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Zlecaf: Bergmans décroche un projet douanier de 3,1 milliards $ dans 50 pays, dont la Tunisie

La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) veut s’attaquer à l’un des problèmes les plus concrets du commerce en Afrique, à savoir, le passage des marchandises aux frontières. Son secrétariat vient de confier à l’entreprise nigériane “Bergmans Security Consultants and Supplies” un projet de modernisation des douanes dans 50 pays africains. Le contrat, conclu pour 20 ans, est évalué à 3,1 milliards de dollars.

Le projet sera déployé par AfriTrade CMP, une filiale de Bergmans. L’entreprise devra mettre en place des outils numériques pour simplifier les procédures douanières, faciliter le suivi des marchandises et permettre aux administrations de mieux échanger leurs données.

L’idée est assez simple. Aujourd’hui, une marchandise qui traverse plusieurs pays africains peut être confrontée à des procédures différentes à chaque frontière. Documents, contrôles, systèmes informatiques et formalités ne sont pas toujours les mêmes. Pour les entreprises, cela peut se traduire par du temps perdu, des coûts supplémentaires et, parfois, des marchandises bloquées. La Zlecaf veut donc rendre ces passages plus fluides. Avec le nouveau dispositif, les marchandises pourront être suivies plus facilement et les informations douanières davantage partagées entre les pays. Les procédures devraient également être progressivement harmonisées. Ce changement peut sembler administratif. Il touche pourtant directement les entreprises qui cherchent à vendre au-delà de leur marché national.

Pour un exportateur, par exemple, quelques heures ou quelques jours supplémentaires à une frontière peuvent avoir un coût. Pour une PME qui commence à travailler avec plusieurs pays africains, devoir comprendre et gérer des procédures différentes à chaque étape peut également devenir un frein. Une douane plus numérique et mieux connectée pourrait donc faciliter cette expansion.

Une autre façon de faire fonctionner la ZLECAf

Car la création de la Zlecaf ne signifie pas automatiquement que les marchandises circulent facilement d’un pays à l’autre. L’accord, entré en vigueur en 2021, vise notamment à réduire les droits de douane et les autres obstacles au commerce entre pays africains. Mais même lorsque les droits sont réduits, une entreprise peut encore se retrouver face à des formalités complexes ou à des systèmes douaniers qui ne communiquent pas entre eux. C’est là que le projet Bergmans prend son importance. Il ne s’agit plus seulement de négocier les règles du commerce africain. Il faut maintenant faire fonctionner ces règles sur le terrain, aux frontières.

Wamkele Mene, secrétaire général de la Zlecaf, a d’ailleurs insisté sur ce point. Selon les données relayées par plusieurs médias, les systèmes douaniers encore largement manuels favorisent les fuites de recettes et certaines pratiques de sous-facturation ou de surfacturation. La digitalisation doit permettre aux administrations de mieux suivre les marchandises et de sécuriser les opérations. Le projet doit également améliorer la visibilité sur les flux commerciaux. Pour les pouvoirs publics, cela signifie disposer de davantage de données sur les marchandises qui entrent et sortent des pays. Pour les entreprises, cela peut surtout signifier une meilleure visibilité sur leurs propres opérations.

Pourquoi 3,1 milliards de dollars?

Le montant annoncé donne une idée de l’ampleur du chantier. Les 3,1 milliards de dollars correspondent à la valeur du contrat de concession sur 20 ans. Bergmans doit notamment mobiliser les moyens financiers et techniques nécessaires au déploiement du système.

L’entreprise devra travailler avec les administrations douanières nationales, car l’objectif n’est pas d’imposer exactement le même fonctionnement partout. Les solutions devront être adaptées aux réglementations et aux réalités de chaque pays.

Le choix d’un acteur nigérian est également à relever. La ZLECAf indique avoir privilégié une entreprise africaine alors que des groupes internationaux avaient également manifesté leur intérêt. Bergmans entend s’appuyer sur l’expérience acquise au Nigeria dans la modernisation des douanes pour étendre cette approche à d’autres pays.

A dire vrai, derrière ce projet douanier, il y a donc une ambition beaucoup plus large, celle de faire en sorte que le marché africain fonctionne réellement pour les PME. D’ailleurs, les échanges entre pays africains ont atteint 220 milliards de dollars en 2024, en hausse de 12,5 % sur un an, selon Wamkele Mene. La Zleacf veut doubler ce volume d’ici 2035. Pour y parvenir, il ne suffit pas de réduire les droits de douane. Il faut aussi que les marchandises puissent circuler, que les entreprises comprennent facilement les procédures et que les frontières prennent moins de temps à franchir. Le projet confié à Bergmans s’inscrit dans cette étape plus concrète de la Zlecaf. Après avoir posé les règles d’un marché africain commun, le continent cherche désormais à construire les outils qui permettront de le faire fonctionner.

Pour les entreprises tunisiennes qui souhaitent se développer sur les marchés africains, l’évolution mérite donc d’être suivie. Une meilleure connexion des douanes pourrait, à terme, rendre certains marchés plus accessibles et simplifier une partie des opérations d’exportation. Mais tout dépendra de la manière dont le système sera déployé dans chaque pays et de son adoption par les administrations nationales. Pour rappel! La Tunisie a ratifié la Zlecaf en 2020 et faisait partie des sept pays ayant participé à la phase pilote de la Guided Trade Initiative en 2023.  C’est un secret polichinelle! La Tunisie regarde depuis plusieurs années vers le marché africain pour diversifier ses débouchés. Plusieurs initiatives publiques et privées ont été lancées.  Ses exportateurs disposent déjà d’une offre dans une panoplie de secteurs, de l’agroalimentaire aux composants automobiles, en passant par les équipements électriques et les produits chimiques. Le véritable enjeu reste désormais de transformer ce potentiel en flux commerciaux plus importants. À cela s’ajoute que plusieurs pays africains ont assoupli leurs règles de visa, voire même, ils ont levé le visa pour certains pays, tandis que d’autres ont mis en place des procédures d’e-visa, facilitant les déplacements des entrepreneurs, des professionnels et des investisseurs. 

Au final, la réussite du projet se mesurera moins à ses 3,1 milliards de dollars qu’à une question beaucoup plus simple pour les entreprises. Combien de temps faudra-t-il demain pour faire passer une marchandise d’un pays africain à un autre?

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La ClimateTech africaine explose… mais les financements restent concentrés

La ClimateTech est devenue, en 2025, le premier secteur du capital-risque en Afrique. Plus de 1,5 milliard de dollars ont été levés par les entreprises du secteur sur l’année, soit près de 40 % des financements en capital-risque divulgués sur le continent. Derrière cette performance spectaculaire, le marché reste pourtant très concentré : une poignée d’entreprises, de secteurs et de pays absorbe l’essentiel des capitaux. C’est le principal enseignement du rapport The State of ClimateTech in Africa 2.0: Moving Beyond the Headline Numbers, publié par Briter avec Catalyst Fund, FSD Africa et BFA Global, avec l’appui de la plateforme Africa: The Big Deal.

En une décennie, le changement d’échelle est net. Les financements annuels sont passés de 206 millions de dollars pour 28 entreprises en 2016 à plus de 1,5 milliard de dollars pour 223 entreprises en 2025. Sur l’ensemble de la période 2016-2025, quelque 779 entreprises ont mobilisé environ 6,35 milliards de dollars. La ClimateTech a ainsi dépassé la fintech en part des investissements annuels divulgués.

Mais le montant global donne une image incomplète du marché. Les 20 entreprises les mieux financées ont capté à elles seules 60 % des capitaux levés depuis 2016. Les dix premières ont même réuni autant de fonds que l’ensemble des autres entreprises du secteur. Autrement dit, la hausse des investissements ne signifie pas encore que le financement s’est diffusé à l’ensemble de l’écosystème. La concentration est également sectorielle. L’énergie représente environ 65 % des financements climatetech entre 2019 et 2025, très loin devant la mobilité et les transports, autour de 11 %. Des entreprises comme Sun King, d.light et CrossBoundary Energy figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette dynamique.

Ce déséquilibre révèle surtout une différence de maturité entre les marchés. Les solutions énergétiques disposent déjà de modèles économiques et de besoins d’infrastructures suffisamment identifiables pour attirer des tickets importants. D’autres activités — agriculture, gestion de l’eau, économie circulaire ou résilience climatique — présentent davantage de difficultés à transformer leur potentiel d’impact en revenus suffisamment prévisibles pour convaincre les investisseurs traditionnels. Le même phénomène apparaît lorsqu’on regarde la géographie. Le Kenya concentre à lui seul un peu plus de la moitié des financements climatetech africains. Avec le Nigeria et l’Afrique du Sud, il représente environ 76 % des montants investis. Le financement est donc encore largement structuré autour de quelques écosystèmes capables d’attirer les plus gros tickets.

Le problème ne se situe toutefois pas uniquement après la phase de croissance. Il commence beaucoup plus tôt. Entre 2019 et 2025, les opérations en fonds propres de moins de 500 000 dollars ont représenté moins de 0,5 % du financement total du secteur. Pour les jeunes pousses qui développent leurs premiers prototypes, testent leur marché ou cherchent à atteindre leur première traction commerciale, le passage entre l’idée et les premiers tours significatifs reste donc particulièrement difficile. Le rapport souligne notamment la pénurie de capitaux pre-seed et seed ainsi que les difficultés d’accès à une dette abordable pour financer le besoin en fonds de roulement. La structure du financement évolue néanmoins. En 2025, la dette et les instruments hybrides ont représenté près de la moitié de la valeur totale des financements climatetech. Le marché s’éloigne ainsi progressivement d’un modèle reposant presque exclusivement sur les levées de fonds en capital. Pour des entreprises qui doivent financer des équipements, des actifs énergétiques ou des infrastructures, la dette, les garanties, les financements concessionnels et les mécanismes hybrides peuvent être plus adaptés que la seule dilution du capital.

Autre angle mort : l’adaptation climatique. Les solutions destinées à réduire les émissions ont capté environ 84 % des financements, contre seulement 16 % pour celles consacrées à l’adaptation. Ce décalage est particulièrement important pour l’Afrique, où les besoins liés à l’eau, à l’agriculture, à la résilience des infrastructures et aux risques climatiques sont considérables. Le rapport invite finalement à changer la question. L’enjeu n’est plus simplement de savoir combien d’argent peut être injecté dans la ClimateTech africaine, mais quel capital doit financer quelle entreprise, à quel stade et pour quel modèle économique. Briter et ses partenaires ont ainsi appliqué une grille inspirée des travaux de l’économiste Carlota Perez pour mesurer la maturité de 18 applications réparties dans dix grands clusters. L’objectif est de distinguer les activités déjà proches de la consolidation de celles qui ont encore besoin de subventions, de capital patient ou d’un environnement réglementaire favorable.

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Tunisie – Afrique : où se trouvent les prochaines opportunités pour les entreprises ?

Les échanges commerciaux de la Tunisie avec le continent africain ont atteint 4,93 milliards de dollars en 2025, contre 4,64 milliards en 2024, d’après l’African Trade Report 2026 d’Afreximbank. Derrière cette progression, la marge de développement demeure importante et prometteuse pour les entreprises tunisiennes.

Le principal enjeu se situe en Afrique subsaharienne. Les échanges tunisiens avec cette partie du continent ne représentaient que 550 millions de dollars en 2024, dont 425 millions d’exportations tunisiennes. Afreximbank estime pourtant à plus de 500 millions de dollars le potentiel additionnel d’exportations tunisiennes vers cette région, notamment dans l’industrie, l’agroalimentaire et les biens intermédiaires.

Pour les entreprises tunisiennes, l’opportunité ne consiste donc pas à viser « l’Afrique » dans son ensemble. Le choix des marchés, l’identification des besoins locaux et la capacité de sécuriser la logistique et le financement deviennent déterminants. Ces deux derniers éléments figurent d’ailleurs parmi les conditions identifiées pour permettre à la Tunisie de mieux exploiter ce potentiel.

Un marché à conquérir avec méthode

Pour les entreprises tunisiennes, l’enjeu est désormais de transformer ce potentiel en contrats, partenariats et implantations. Les secteurs industriel, agroalimentaire et celui des biens intermédiaires apparaissent comme des terrains à examiner en priorité. L’expansion africaine peut ainsi devenir un véritable levier de croissance, à condition de partir d’une stratégie ciblée et méthodique plutôt que d’une approche générale du continent et des opportunités qu’il présente.

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