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Tunisie | La fermeture du bureau de garantie prive l’État l’or circulant sur le marché noir

Hatem Ben Youssef, président de la Chambre syndicale des bijoutiers, a affirmé ce mercredi 5 août 2026, sur les ondes de la radio Mosaïque, que le Bureau de garantie constitue un maillon essentiel pour le secteur. En effet, sa mission consiste à contrôler le titre des métaux précieux (or, argent, platine) et à apposer les poinçons officiels sur les objets d’orfèvrerie et de bijouterie, garantissant ainsi l’intégration des bijoux dans le circuit économique légal.

M. Ben Youssef a expliqué que la revendication urgente des professionnels du secteur — adressée principalement aux ministères des Finances, dont dépend les douanes, et du Tourisme et de l’Artisanat — porte sur la réouverture du Bureau de garantie tout en maintenant le dispositif de contrôle. Cette demande se justifie par le rôle clé que joue ce bureau dans le recensement et l’identification des quantités de bijoux en circulation, qu’il s’agisse de pièces vendues, acquises lors du pèlerinage (Omra ou Hajj) ou héritées, ainsi que dans la prise en charge des bijoux dont le poinçon s’est effacé avec le temps.

Le responsable syndical a souligné que la réouverture du Bureau de garantie constitue la solution idéale pour endiguer la contrebande de quantités importantes d’or via des circuits illégaux et non contrôlés, privant ainsi l’État de tirer profit de cette ressource, que ce soit par le renforcement de ses réserves d’or ou par les recettes financières qu’elle génère.

M. Ben Youssef a qualifié la fermeture du Bureau de garantie de «catastrophe» ayant gravement nui au secteur, estimant que le règlement intérieur en vigueur depuis 2005 n’est plus adapté et n’a pas été actualisé au cours de deux décennies.

Pour le bijoutier, on ne peut élaborer un cadre juridique régissant le secteur sans associer les professionnels eux-mêmes, qualifiant le texte actuel de véritable «code pénal» qui entrave l’activité des professionnels ; d’autant plus que seules certaines de ses dispositions sont appliquées et qu’il ne tient pas compte des spécificités du secteur.

M. Ben Youssef a précisé que le secteur de la bijouterie-joaillerie regroupe divers intervenants — commerçants, artisans, professionnels qualifiés, apprentis, gérants et propriétaires d’établissements — et emploie environ 15 000 personnes. Ce total comprend quelque 2 200 commerçants, plus de 1 000 artisans et environ 800 professionnels qualifiés, le reste de l’effectif étant constitué d’artisans, d’apprentis et de travailleurs du secteur.

I. B.  

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Football | Le milieu péruvien Castillo en route pour l’Espérance de Tunis

Le milieu Jesús Castillo, joueur du club péruvien Universitario de Deportes (25 ans, 1m85), milieu de terrain défensif en équipe nationale depuis 2022, a annoncé son départ pour la Tunisie afin de finaliser son engagement avec l’Espérance sportive de Tunis pour une durée de trois saisons.

Dans une déclaration faite avant son départ, Castillo a souligné que les négociations avaient été rapides et qu’il n’avait pas hésité à accepter l’offre du club tunisois le plus capé du pays sur les plans national et international (dont quatre Champions League africaine).

Son arrivée à Tunis est prévue pour ce soir, mercredi 5 août 2026, en vue de passer les examens médicaux et de signer officiellement son contrat.

L’Espérance espère  voir ce joueur faire oublier le départ du Nigérian Onuche Ogbelu, qui faisait un abattage au milieu du terrain et dont la perte était fortement ressentie par les supporters.  

 S’il est tout aussi robuste sur l’homme, Castillo est plus porté sur l’attaque qu’Ogbelu. Il va devoir retrouver rapidement ses marques aux côtés des autres joueurs du milieu : Raed Chikhaoui, Mohamed Belhadj Mahmoud, Hamza Rafia, Mohammed Konaté, Chiheb Jebali et autres Moez Haj Ali.  

I. B.

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«L’UGTT ne restera pas inactive face à la crise en Tunisie» (Selmi)

Marginalisé par le régime présidentialiste mis en place par Kaïs Saïed au lendemain de la proclamation de l’état d’exception le 25 juillet 2021, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a de plus en plus mal à exister et à jouer le rôle qui fut longtemps le sien au centre du jeu politique en Tunisie.

C’est en réaction à cette marginalisation que son secrétaire général Slaheddine Selmi a déclaré que l’organisation ne resterait ni silencieuse ni inactive, soulignant que les structures de l’organisation sont en mouvement permanent — une caractéristique qui marque son histoire.

Dans une allocution prononcée, ce matin, mercredi 5 août 2026, lors d’une marche qui prit le départ devant le siège de l’Union régionale du travail à Sfax, à l’occasion de la commémoration des événements du 5 août 1947 *, Selmi a ajouté, selon ses propos rapportés par Diwan FM : «Lorsque les crises parlent, le silence équivaut à un abandon de la patrie», dans une allusion à la crise socioéconomique où continue de s’enfoncer le pays.   

Il a aussi appelé toutes les structures syndicales ainsi que les adhérents de l’UGTT à ne pas brader la patrie, soulignant qu’il s’agit là de sa mission à l’heure actuelle.

Le responsable syndical a poursuivi en affirmant que le rôle fondamental de l’UGTT consiste à défendre et à sauver le pays, déclarant : «Nous avons dépassé la question sociale et celle des augmentations de salaires.»

Tout en relevant la succession de crises dans divers domaines, Selmi a rappelé que le citoyen jouit de droits sociaux — tels que l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, aux transports et à l’éducation — qui relèvent de la responsabilité de l’État, ajoutant : «Nous sommes des citoyens et non des sujets.»

Dans ce même contexte, il a estimé que la récente hausse du prix des médicaments découlait de recommandations du Fonds monétaire international (FMI), lequel cherche, selon lui, à réduire l’intervention de l’État dans le domaine social, par allusion à la levée des subvention sur beaucoup de médicaments importés qui a été décidée par le gouvernement à cause des difficultés financières et budgétaires auxquelles il fait face.

I. B.  

* Le 5 août 1947, une grève générale menée à Sfax par le leader syndicaliste Habib Achour sous la bannière de l’UGTT a réclamé un salaire minimum pour les ouvriers. Cette mobilisation sociale s’est heurtée à une violente répression militaire de l’armée coloniale française, faisant plusieurs victimes et marquant l’histoire du mouvement national.

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Tunisie | Y a-t-il ou non une crise du secteur avicole ?

Selon Ibrahim Nefzaoui, président de la Chambre nationale des commerçants de volaille et de viandes blanches, il n’y a «aucune crise» dans le secteur de la volaille et des œufs en Tunisie. L’offre est supérieure à la demande, a-t-il déclaré, mardi 4 juin 2026, sur Diwan FM. Mieux encore, selon lui, les œufs, la volaille et les viandes blanches proposés sur le marché sont sains et soumis à des contrôles, sauf que les citoyens doivent s’approvisionner auprès de points de vente agréés et contrôlés, et éviter les abattoirs clandestins.

Concernant les prix, le prix du poulet s’établit à 8,5 dinars le kilogramme, tandis que celui des escalopes de dinde varie entre 15 et 19 dinars le kilogramme.

Tout cela est bon à noter, et on ne peut que s’en féliciter en cette période où les prix ont plutôt tendance à flamber. Mais s’il n’y a vraiment pas de crise de la volaille et des œufs, on se demande pourquoi le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, a-t-il tenu, lundi, une réunion avec des représentants des entreprises du secteur de la volaille, ainsi qu’avec les structures professionnelles et administratives concernées.

Selon le communiqué officiel diffusé à l’issue de la rencontre, cette réunion était consacrée à «suivre la situation générale du secteur, particulièrement durant la période récente marquée par diverses évolutions, des fluctuations climatiques et une instabilité des prix, autant de facteurs ayant eu de multiples répercussions sur les différents maillons de la filière.»

Le ministre a d’ailleurs profité de cette occasion, pour «réitérer la nécessité d’œuvrer conjointement, au sein d’un groupe de travail réunissant toutes les parties prenantes de la filière avicole, pour examiner et résoudre les problèmes auxquels elle est confrontée», le but étantde «parvenir à des solutions structurelles garantissant la pérennité de la filière et renforçant sa capacité à surmonter les difficultés, dans l’intérêt général des acteurs du secteur — en particulier les petits et moyens éleveurs — et conformément à la politique sociale de l’État.»

Le ministre a également souligné la nécessité de «renforcer la coordination entre les structures administratives centrales et régionales ainsi que les organismes professionnels liés au secteur, de se préparer à d’éventuelles situations d’urgence et de prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir les phénomènes susceptibles d’engendrer des problèmes et des défis pour la filière.»

Paradoxalement, les mots utilisés par les autorités publiques (instabilité des prix, situations d’urgence, problèmes, difficultés…) parlent davantage aux consommateurs que les propos soporifiques des professionnels pour qui il n’y aurait pas de crise du secteur avicole, malgré la canicule et les coupures d’électricité enregistrées ces derniers temps et qui ont provoqué des pertes chez beaucoup de producteurs.

I. B.

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D’où provient la résilience du régime iranien ?

La génération actuellement aux affaires en Iran est composée de personnes qui ne sont ni des novices en politique ni des dirigeants facilement intimidés par les pressions extérieures. Leur longévité leur a conféré une solide expérience, un instinct aigu de survie du régime et une compréhension pragmatique des usages –et des limites– de la coercition comme du compromis. L’administration Trump qui cherche un épilogue au conflit avec Téhéran doit composer avec ces réalités. Ni la guerre ni la paix avec la République islamique ne seront faciles. Ce n’est pas un régime théocratique mais un régime militarisé avec une façade théocratique et c’est cette nuance que l’Occident n’a toujours pas assimilé.

Imed Bahri

Comprendre la capacité du régime iranien à résister aux pressions américaines et israéliennes exige bien plus qu’une simple analyse de l’establishment religieux. Il est nécessaire d’étudier la génération révolutionnaire qui a renversé le régime du Chah, bâti les institutions de la République islamique et qui exerce aujourd’hui une influence considérable dans le pays, explique l’universitaire irano-américain Mehrzad Boroujerdi, dans le New York Times, qui s’appuie sur une expérience personnelle douloureuse. Son père, cadre du secteur pétrolier iranien, a été assassiné en décembre 1978 par des membres du groupe armé islamiste Mansouroun, quelques semaines seulement avant la victoire de la révolution iranienne.

Boroujerdi souligne que plusieurs des personnes impliquées dans cet assassinat sont devenues par la suite des figures influentes au sein de l’armée et des services de sécurité iraniens et que certaines figurent encore aujourd’hui parmi les décideurs les plus importants de Téhéran.

Ne pas négliger la génération la plus influente

L’universitaire américano-iranien soutient que les administrations américaines successives ont longtemps appréhendé l’Iran uniquement à travers le prisme des théologiens négligeant une autre génération, bien plus influente, en l’occurrence celle des dirigeants issus des organisations révolutionnaires armées, ayant combattu lors de la guerre Iran-Irak puis établi les Gardiens de la révolution et l’appareil sécuritaire et militaire qui est devenu l’épine dorsale du régime.

Cette génération, née dans les années 1950, a acquis une vaste expérience de la gestion de crise, confrontée aux sanctions, à l’isolement international, aux protestations internes et aux conflits armés.

Cette expérience les a rendus plus adaptables aux pressions extérieures et plus conscients des limites du pouvoir et des frontières du compromis politique.

Boroujerdi indique que son père n’était ni un partisan du Chah ni du mouvement religieux dirigé par l’ayatollah Khomeini. Cependant, il a refusé de participer aux grèves visant à paralyser le secteur pétrolier, ce qui a conduit les groupes révolutionnaires à le considérer comme un ennemi de la révolution. Finalement, il fut assassiné avec un cadre américain de la même entreprise, un acte qui contribua à accélérer l’effondrement de la production pétrolière et à affaiblir le régime du Chah.

Etude du pouvoir iranien post-révolution

L’universitaire affirme que cet incident l’a incité à changer radicalement d’orientation. Il a abandonné ses études d’ingénierie pétrolière pour se tourner vers les sciences politiques, consacrant sa carrière universitaire à l’étude de la structure du pouvoir iranien et des élites apparues après la révolution. 

Il retrace le parcours de personnalités marquantes, notamment Mohsen Rezaei, qui a fondé et dirigé les Gardiens de la révolution pendant de nombreuses années et qui est aujourd’hui le conseiller militaire du guide suprême Mojtaba Khamanei, Ali Shamkhani, qui a occupé de hautes fonctions dans les domaines de la sécurité et de l’armée avant son assassinat lors du raid aérien israélo-américain de cette année, ainsi que Mohammad Baqer Zolghadr qui occupe actuellement un poste clé au sein du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

Pour Boroujerdi, l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei, conjugué aux répercussions de la récente guerre, a renforcé l’influence du pouvoir militaire au détriment de l’establishment religieux. De ce fait, les Gardiens de la révolution sont devenus la force la plus influente dans l’élaboration des politiques de l’État, tout en préservant la façade constitutionnelle du nouveau Guide suprême.

Le régime ne s’effondrera pas facilement

Le politologue met en garde contre l’idée que croire à un effondrement facile du régime iranien relève d’une interprétation erronée de la réalité.

En effet, l’État iranien dispose d’institutions sécuritaires et militaires bien établies, d’une élite dirigeante dotée d’une longue expérience de gestion des crises, malgré l’escalade des pressions économiques et sociales et le déclin de sa légitimité intérieure.

Boroujerdi conclut que l’Iran est actuellement confronté à un paradoxe complexe: le régime fait face à une accumulation de crises et à des défis sans précédent, tout en conservant une capacité de survie significative. Dès lors, toute politique américaine ou israélienne à l’égard de Téhéran doit impérativement appréhender la véritable nature des centres de pouvoir au sein de l’État et dépasser l’idée reçue selon laquelle ces centres seraient uniquement composés de religieux.

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‘‘L’étau’’ de Salah El Gharbi ou la torture au quotidien

Ô lecteur, face au climat injonctif qui brutalise, ‘‘L’étau’’ (Contrastes Editions, Tunis, mars 2026), roman de Salah El Gharbi paru au printemps 2026, défie-toi des relents de dictature déchue, comme de ta dignité confisquée après la période phare 2011 ! Destinataire-miroir, il te convient de répondre à Bassam –pivot actant et écrivant–, par ce sourire de connivence que t’accorde en trompe-l’œil l’auteur, dans un simili futur d’anticipation.

Monique-Marie Akkari, Tahiti.

Jeux d’écriture d’une époque troublée ou maîtrise d’un écrivain-chercheur dont la littérature demeure le métier, la création un engagement ? Quant à lui attribuer un genre littéraire… Peu s’y hasardent… Peu le relèvent comme si les temps de l’oppression n’étaient pas encore advenus !!!

Certains voudraient nous rassurer en sous-estimant la fiction au délire parano d’un mythomane, – je désigne évidemment le personnage principal–, narrateur de surcroît ! Sa victimisation –au son, au volume, à la lettre près–, en constitue le moteur, l’emballe, en dissèque même l’intrigue : encore fallait-il le mettre en œuvre, dans tous les sens du terme ! Et pour parfaire l’ambiguïté –conçue par le romancier–, j’opterai pour une œuvre tout à fait fantastique dans sa première partie : le récit s’écrivant dans le présent non segmenté du narrateur protagoniste-lecteur ; la seconde partie se marquant par l’oubli ou la résilience –tellement à la mode–, pour accomplir un processus romantico-idéaliste : «l’amour est sourd, muet» sans parler de son aveuglement. Mais ce serait mésestimer les compétences de l’auteur en la matière.

Le pire, c’esl le vide culturel…face aux vociférations du monde

Rares sont les écrits qui prennent autant de soin à manier les contradictions et à échafauder des paravents de protection aussi méticuleux… pour le narrateur enfermé dans les pages aussi tranchantes que les pièges systématiquement mécaniques, ondulatoires ou moraux, autant que pour leur transcripteur de chair et d’os ! Le lecteur tranchera…

Le monde du «Fais ce que tu veux à condition que personne ne le sache», mieux «du pas vu, pas pris», fonctionne à merveille, parfaitement lubrifié : la machinerie en est tout autant performante et tourne au mieux…

L’instigateur –le malfaisant–, le monstre impalpable, invisible et invulnérable, à la pointe des techniques les plus sophistiquées, n’étant identifié, et impossible à démasquer, aucun des recours –même virtuels–, ne peut se trouver contourné ni anéanti… L’énigme reste en suspens … Fantastique à plein.

Suite à son premier ouvrage, ‘‘Perditions’’ (2004), qu’il s’empresse d’étiqueter récit, Salah El Gharbi, poursuit, avec son implacable rigueur d’enseignant universitaire, la fabrication textuelle qui lui coûte son indépendance et sa survie. Cette récente production, à la structure composite, se renvoie en écho, deux aspects d’une même réalité dont l’une s’approprie l’envers du décor.

Par enchâssement bilatéral d’un double récit, ‘‘L’étau’’ débonde l’inénarrable : en premier lieu, il se fait débusquer, la seconde partie débauche l’intimité.

Politique et relations intimes, encore versées de nos jours, au silence du tabou : la Constitution de 2022 réexpédie –tout en la limogeant–, la Tunisie au califat.

À contre-courant de l’engrenage du pouvoir

Si l’auteur n’en est pas à son coup d’essai politique, parfois romancé, du fait d’une génération prise en étau (!) par une Indépendance sacrément en danger, son ouvrage relève d’un genre très peu employé : le fantastique. L’irrationnel, faisant de son intrusion un présent de l’écriture, page après page –avec ses assauts invisibles, ses décharges, ses menaces explicites, ses «tapages et tasages» intempestifs (p.69), issus d’un surnaturel infernal–, et son diktat réitéré dès les 1ères lignes : «Tu n’écriras point», psalmodié, tel un précepte exhibé du seul livre autorisé !

Né au 19e siècle, le mouvement littéraire entre à plein dans nos sociétés contemporaines perturbées et chaotiques de par le monde, avant d’envahir le cinéma… Ce genre se justifiant –en tant que projet d’écriture–, face à une réalité d’une aberration et d’une absurdité éternelles !

Le châtiment liberticide

D’une discrétion à toute épreuve, arbitraire à souhait, sans risquer d’être dévoilé, aussi efficace que le goulag, mais moins onéreux, épargnant tout personnel qualifié ou non, tout en s’appliquant à un maximum de contrevenants et destiné sans doute aux collectivités et groupuscules irréductibles : telle se définit cette «répression impérativement secrète», apte à interagir parce qu’endoctrinée.

Cette pesanteur impersonnelle à ciel-ouvert disséminée à discrétion par «La Machine»(p.18) –engrenage-à-perpétuité–, sans même recourir à l’emprisonnement que cautionnerait quelque condamnation, s’adresse à quiconque revendique un soupçon d’affranchissement. «Être, se sentir, cogiter libre» équivaut à un délit majeur dans un bled où le pouvoir pense pour toi… en dépit des droits universels… L’opinion singulière subjective te définit par les idéologies communautaristes et despotiques comme AUTRE, dans ton propre pays : l’équivalent de la xénophobie ou de l’«hétéro phobie», ou de la «peur agressive d’autrui», définie en 1985, par Albert Memmi.

«La vérité, quoi qu’on fasse, est révolutionnaire» (2016, GN)

Il est vrai que l’unique personnage- narrateur, Bassam, se permet deux infractions majeures : l’écriture et la liberté sexuelle ! Ce qui n’est pas rien dans cette Terre non identifiée, majoritairement, réactionnaire et conformiste.

Tabous or not tabous ?

La critique locale évitant de «se mouiller», en qualifiant la plupart de ses romans d’intimistes, élude l’un des aspects-clé des romans réalistes de Salah El Gharbi à savoir : la peinture cinglante d’une société habituée à fonctionner sur l’hypocrisie, l’aversion du qu’en-dira-t-on… surtout quand il s’agit de mettre en cause les femmes. Ainsi le subit Rihab –employée de maison–, à peine tolérée, difficilement acceptée par le clan familial dans ‘‘La vie d’après’’ (2023) !

Si certaines de ses fictions décortiquent les relations familiales chagrines que semble uniquement offrir la Tunisie : outre une galerie de portraits pittoresques et tranchants, certains renvoient aux types dévastateurs de la belle-mère intransigeante, du patriarche obtus, au suiveur trivial et aux caricatures sans concession…

L’essentiel étant de conjuguer évolution des rôles –masculin/féminin–, avec progrès des droits humains ou des perspectives politiques…
Et si on parlait de sujets qui fâchent ?

Dans certaines figures ressortent les aspirations des jeunes générations à ne plus dépendre des impératifs de la terre et de l’honneur du nom… pour revendiquer une émergence des valeurs de reconnaissance mutuelle, de parité, ne reposant pas sur le seul milieu social et la précarité.

L’auteur ne se prive pas de nous faire côtoyer les lubies irrationnelles de certaines personnalités alambiquées : tel paterfamilias s’exilant pour se refaire une virginité ; telle matrone, gavée de principes jonglant entre fidélité, cruauté, vengeance…

Une forme couverte de dénonciation de principes moraux collectifs inégalement abusifs et la manière dont chacun s’arrange pour en déjouer les excès.

L’avenir serait-il l’apanage des femmes ?

La page finale de ses romans semble le confirmer. Dans ‘‘La vie d’après’’ –dont certaines réponses semblent déjà annoncées dans le titre, la dernière phrase (p.198) se clôt en s’ouvrant paradoxalement sur la totale émancipation de Rihab : «l’esprit et les sens entièrement affranchis». Abordez-le du point de vue que vous choisirez, mais l’analyse ne rappellerait-elle cet éclairage que nous devons à Aragon : «L’avenir de l’homme est la femme», en terminale de son recueil poétique ‘‘Le Fou d’Elsa’’, sans compter dans cette référence, la tradition andalouse du «zadjal» –ou chant poétique–, transmis en Tunisie par «arud al balad».

«Il est temps que je remette tout à plat et que je prenne mon destin en main», déclare Najla – «très résolue» –, en finale de ‘‘L’Étau’’ (p.184).

De même, l’acharnement et la persécution systématique s’appliquent à des individus isolés : semblent concrétiser une volonté de nettoyage et s’étendre subrepticement aux porteurs d’opinion. Les plus exposés, victimes d’intimidations et de persécutions systématiques, s’avèrent insignifiants, très ordinaires, otages de bourreaux machiavéliques, à la merci de factions incontrôlées. Plus faibles, en butte à des protocoles similaires aux lavages de cerveaux, ils finissent rapidement par craquer psychiquement et de traitements médicaux lourds.

Captive de la nuit, de l’isolement, de pouvoirs occultes qui «lient les mains de la démocratie» ou inversement (p.26), la menace cible les intellectuels…les isole par calomnie, fait éclater leur couple… La norme disparaît… «tapage et tasage» (p.62), discrédit et terreur (p.91), la coercition rythme le chaos : «On ne joue pas avec l’autorité» sera repris plus loin.

Soyons cohérents ! Dans un contexte de populace à lâcheté congénitale, le narrateur-écrivain se trouve à la merci d’un hackeur, qui lui pirate le système mental, dans un contexte d’Absurdie, et d’obscurantisme, identifiables au pays et relevant de forces mythiques infernales, caractéristiques des légendes populaires.

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Education physique en Tunisie | De la faillite disciplinaire à la faillite stratégique

Se basant sur son expérience et son vécu d’inspecteur pédagogique, l’auteur revient dans cette tribune sur les graves dysfonctionnements du système d’éducation physique tunisien où la recherche, l’évaluation et la compétence sont complètement dévaluées et passées par pertes et profits.

Fredj Bouslama *

En 2013, la Tunisie vivait sous la vague des attentats et la tension gagnait les établissements de mon secteur. J’ai rédigé une consigne pédagogique pour quatre-vingts enseignants : comment adapter les séances au stress, comment retisser la cohésion d’une classe qui a peur.

La consigne n’a pas été diffusée : la procédure exigeait une signature ministérielle.

Je porte encore le poids de ce refus. Non parce qu’on a ignoré mon travail — mais parce qu’on a choisi la procédure contre la protection des enfants.

L’inspecteur pédagogique est la plus haute instance pédagogique d’un ministère technique. Lui refuser la diffusion d’une consigne dans son propre secteur, c’est le déclasser en agent d’exécution.

Cet épisode n’est pas une anomalie : c’est le symptôme d’un système qui a cessé de savoir pourquoi il existe.

Faire semblant de travailler

L’éducation physique tunisienne est orpheline de programme depuis vingt-quatre ans.

En 2002, la loi d’orientation a imposé l’approche curriculaire à toutes les disciplines. Toutes ont transposé. L’éducation physique, elle, continue d’enseigner sur des textes de 1991 et de 1996 — juridiquement caducs, pédagogiquement obsolètes.

Une centaine d’inspecteurs évaluent pourtant chaque année des milliers d’enseignants. Sur quoi ? Ni curriculum officiel, ni référentiel de compétences des enseignants, ni référentiel des inspecteurs n’existent.

Chaque visite produit un feuillet en cinq exemplaires. Ce feuillet donne une note, la note ouvre droit à une promotion, et l’affaire s’arrête là. Aucune synthèse annuelle, aucune exploitation stratégique, aucune action corrective en vingt ans. Des milliers de pages par an dont la destination est une armoire.

J’ai fait ce métier quatorze ans. La visite est devenue une épreuve — non parce qu’elle était difficile, mais parce qu’elle ne reposait sur rien. Je jugeais des enseignants au nom d’un texte que la loi avait vidé de sa substance, et je repartais avec le sentiment d’avoir fait semblant de travailler.

L’enseignant fait semblant d’être évalué. L’inspecteur fait semblant d’évaluer. L’administration fait semblant d’archiver.

Ce que le statut exige, ce que la grille récompense

Le décret n° 920 de 2019 assigne aux inspecteurs généraux des missions claires : conception des orientations de l’État, recherche appliquée, évaluation d’impact, rapports de synthèse au ministre.

Le statut exige des concepteurs. La grille, elle, compte les visites. Elle mesure la présence, pas la pensée.

La rubrique «recherche» existe pourtant. Elle vaut six points, sans aucune échelle de qualité : une compilation téléchargée un dimanche soir y pèse le même poids qu’un article évalué par des pairs. Autant dire qu’un inspecteur peut chercher toute sa vie ou ne rien chercher du tout — le résultat chiffré sera identique.

Le biais se retrouve au concours d’accès, où l’on juge de futurs inspecteurs sur une leçon d’enseignement : sur leur capacité à faire la classe, non à concevoir un système. Un bon marin n’est pas forcément un bon capitaine — et à chaque échelon, on promeut sur la compétence de l’échelon inférieur, puis l’on s’étonne que personne ne conçoive.Cette particularité est tunisienne. En France comme au Royaume-Uni, on recrute les inspecteurs sur l’expertise reconnue et la capacité d’analyse prospective. Nulle part on ne compte les visites. Partout ailleurs, on évalue des compétences ; ici, on compte des actes.

Mon cas n’est pas un cas isolé

En 2024 puis 2025, ma candidature au grade d’inspecteur général a été rejetée. Motif : pas assez d’actes pédagogiques. Les cinq tomes de mon dossier — publications, expertises internationales, engagements syndicaux — n’ont pas été évalués sur le fond. On me reprochait d’avoir cherché plutôt que d’avoir multiplié les visites, c’est-à-dire d’avoir fait ce que le statut prescrit.

Or, pendant que l’administration refusait de compter cette production, elle s’en servait. J’avais rédigé en 2005 le document-cadre de la réforme des programmes. Vingt ans plus tard, une commission nationale l’a ressorti des tiroirs pour travailler dessus. Je n’y ai pas été invité. Ses travaux ont été abandonnés à leur tour.

Ce scénario se répète. J’ai côtoyé des inspecteurs qui ont structuré cette discipline et porté l’expertise tunisienne à l’international. Presque tous sont partis à la retraite sans obtenir le grade qu’appelait leur contribution.

Le plus édifiant : après ce refus, la direction générale m’a proposé au Haut conseil de l’éducation, et ma candidature a été retenue à l’unanimité par une commission présidée par le ministre. Les mêmes responsables qui venaient de me refuser un grade me jugeaient apte à siéger dans une instance constitutionnelle. Le Haut conseil n’a jamais été installé.

On nomme des commissions, on crée des instances, on propose des noms, et l’on n’achève rien.

Quatre mesures sans réforme législative

Évaluer une trajectoire, pas un stock d’actes. Une carrière a une direction, une cohérence, un rebond. Aucun total ne les fait apparaître.

Former au leadership stratégique. Concevoir, évaluer, projeter à dix ans : cela s’enseigne. Aucun dispositif ne le transmet aux cadres de l’État.

Réformer le concours d’accès. Du diagnostic stratégique et de l’analyse prospective, non une leçon de classe.

Ouvrir les commissions. Aujourd’hui, le même responsable qui valide la grille peut présider la commission qui juge sur cette grille.

Rien de tout cela n’exige une loi. Une circulaire suffit. Et rien de tout cela n’est original : c’est ce que font la France, le Royaume-Uni et le Canada.

Le coût invisible

Depuis trois ans, la direction de l’éducation physique est gérée par intérim, ses nominations bloquées. Une administration sans direction ne peut ni concevoir, ni impulser, ni évaluer.

Mais le coût réel ne se mesure pas en organigrammes. Il se mesure en enfants qu’on n’a pas protégés faute d’une signature. En enseignants notés au nom d’un texte mort. En inspecteurs partis sans que rien de ce qu’ils avaient bâti ne subsiste.

L’État ne perd pas seulement ceux qui partent. Il perd surtout la valeur de ceux qui restent et qui, face à un système aveugle, finissent par se taire.

Et nous continuons de faire semblant que cela fonctionne.

* Inspecteur pédagogique principal, ministère de la Jeunesse et des Sports.

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