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De l’injustice à l’obscurité 

Le noir qui tombe sur les villes n’est plus seulement une panne électrique. Il devient l’image d’un pays dont l’horizon s’assombrit. Car l’obscurité n’est pas seulement l’absence de lumière. Elle est aussi, peut-être, l’ombre portée de l’injustice.

Monia Kallel *

En ce 25 juillet, il est difficile de célébrer.  Les coupures d’électricité, les pénuries d’eau, la flambée des prix, la disparition de produits essentiels et de certains médicaments imposent un autre registre : celui de la réflexion.

Depuis plusieurs années, les mots propreté, nettoyage, probité, transparence occupent le discours public, même lorsqu’ils ne sont pas explicitement prononcés. Ils dessinent un imaginaire de la pureté.

Cela fait penser au livre de Colette, Le Pur et l’Impur. Il est des titres qui traversent le temps et finissent par vivre d’une vie propre parce qu’ils interrogent ces vieux rêves qui traversent les sociétés : la pureté, l’ordre parfait, l’homme sans tache.

La pureté est une catégorie morale. Lorsqu’elle devient une catégorie politique, elle cesse d’être une exigence personnelle pour devenir un instrument de classement. Le monde se partage alors entre les purs et les impurs, les loyaux et les traîtres, les patriotes et les vendus. La politique ne cherche plus à convaincre ; elle désigne. Elle ne demande plus : Que fait-on ? , mais : De quel côté êtes-vous ?

Toute politique de la pureté a besoin de son impur. Il lui faut une menace, un repoussoir, une figure qui justifie le tri. Ici, c’est la «décennie noire», sans cesse convoquée moins comme une période de notre histoire à comprendre que comme une peur à entretenir. Le passé n’éclaire plus le présent ; il le dispense d’être interrogé.

L’histoire est jalonnée d’entreprises de purification. Toutes ont fini par transformer l’injustice en nécessité. Ce qui, hier encore, aurait paru arbitraire devient acceptable parce qu’il participe du «nettoyage». Les mots changent avant les consciences. Rendre des comptes se confond avec punir. L’emprisonnement devient l’horizon naturel de la justice. Peu à peu, l’injustice cesse même d’être perçue comme telle, dès lors qu’elle frappe ceux que l’on a préalablement désignés comme impurs.

La langue arabe ménage une proximité saisissante entre ظلم (dhulm), l’injustice, et  ظلام (dhalâm), l’obscurité. Plus qu’une parenté de racine, on y entend une résonance.

Il y a l’obscurité des villes soudain privées d’électricité, les quartiers plongés dans le noir, les foyers qui attendent le retour de la lumière. Mais il est une autre obscurité, plus lente, moins visible. Celle qui s’installe lorsqu’une société s’habitue à l’injustice, lorsqu’elle consent à la privation de liberté au nom de la pureté, lorsqu’elle accepte qu’une partie des siens soit exclue de la protection du droit.

Alors le noir qui tombe sur les villes n’est plus seulement une panne. Il devient l’image d’un pays dont l’horizon s’assombrit. Car l’obscurité n’est pas seulement l’absence de lumière. Elle est aussi, peut-être, l’ombre portée de l’injustice.

* Ecrivaine.

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Tunisie : Le 25-Juillet, entre soutien au pouvoir et colère du quotidien

Le 69ᵉ anniversaire de la République a donné lieu, samedi 25 juillet 2026 à Tunis, à deux rassemblements aux messages opposés. Au-delà de cette confrontation politique, une évolution se dessine: les difficultés du quotidien — eau, électricité, pouvoir d’achat — occupent désormais une place centrale dans les revendications.

Deux rassemblements, deux visions du pays

Dans la matinée, des partisans du président Kaïs Saïed se sont retrouvés devant le Théâtre municipal de Tunis. Chants, slogans de soutien et appels à poursuivre le processus engagé depuis 2021 ont rythmé un rassemblement marqué par une ambiance davantage festive que revendicative.

En fin d’après-midi, le décor a changé. Selon l’Agence France-Presse (AFP), plus de 2 500 personnes ont défilé dans le centre de Tunis pour dénoncer la situation économique, les coupures d’eau et d’électricité, les poursuites visant plusieurs opposants ainsi que le recul des libertés publiques.

Deux rassemblements, deux lectures opposées du bilan des cinq dernières années.

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Une contestation qui change de nature

Si les revendications liées aux libertés publiques restent présentes, les slogans entendus samedi montrent une évolution sensible.

« Ni eau, ni électricité, il n’y a que prison et hausse des prix », ont notamment scandé des manifestants.

Il y a encore quelques années, les critiques adressées au pouvoir portaient principalement sur les institutions, la Constitution ou l’organisation des pouvoirs. Désormais, les préoccupations liées au quotidien occupent une place tout aussi importante.

Les difficultés d’accès à l’eau, les délestages électriques, le coût de la vie ou encore la qualité des services publics deviennent des sujets de mobilisation politique à part entière.

Cette évolution traduit un déplacement du débat : les citoyens jugent désormais le pouvoir autant sur sa capacité à garantir les services essentiels que sur ses choix institutionnels.

L’effet des coupures et de la canicule

Ce changement intervient dans un contexte particulièrement tendu.

Depuis plusieurs semaines, la Tunisie fait face à une vague de chaleur exceptionnelle qui a entraîné une forte hausse de la consommation électrique. Pour préserver l’équilibre du réseau, la STEG a procédé à des coupures tournantes dans plusieurs régions du pays, tandis que des perturbations de l’approvisionnement en eau ont également été signalées.

Ces difficultés ont provoqué plusieurs mouvements de protestation locaux, des blocages de routes et de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, bien avant la manifestation du 25 juillet.

La crise des services publics est ainsi progressivement sortie du seul champ technique pour devenir un véritable sujet politique national, au même titre que les débats sur les institutions ou les libertés publiques.

Lire aussi: Stockage de l’électricité : La solution de la STEG coûte 20 mille dinars… qui peut se l’offrir ?

Un nouveau défi pour le pouvoir

À cinq ans du tournant du 25 juillet 2021, les deux rassemblements de samedi illustrent une réalité qui dépasse leur différence de participation.

Le débat tunisien ne se limite plus à l’opposition entre partisans et adversaires du président Kaïs Saïed. Il porte désormais aussi sur la capacité de l’État à répondre à des attentes très concrètes : assurer la continuité de l’alimentation en eau et en électricité, préserver le pouvoir d’achat, améliorer les services publics et faire face aux effets des épisodes climatiques extrêmes.

Autrement dit, si les clivages politiques demeurent, les difficultés du quotidien sont devenues l’un des principaux terrains sur lesquels sera désormais jugée l’action des pouvoirs publics.

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Mohamed Brahmi, un symbole de courage et de dignité, toujours vivant dans les mémoires

À l’occasion du triste anniversaire de l’assassinat de Mohamed Brahmi, sa famille, soutenue par des militants, des syndicalistes et de nombreux citoyens, s’est rassemblée pour honorer la mémoire de cet homme tombé en martyr le 25 juillet 2013.

En ce jour de mémoire, l’émotion était vive au cimetière du Jellaz, où personnalités publiques, acteurs de la société civile et proches du défunt se sont recueillis dans une atmosphère empreinte de respect pour réciter la Fatiha à la mémoire de l’ancien député et dirigeant politique.

Homme courageux et intègre, Mohamed Brahmi s’est battu pour la démocratie, la défense des libertés et les droits humains, rêvant d’une Tunisie libre et souveraine. Fervent opposant à l’islam politique et au parti Ennahdha, alors au pouvoir, il était reconnu pour ses positions intransigeantes et sa quête permanente de justice sociale et de valeurs républicaines.

En ce sombre 25 juillet 2013, Mohamed Brahmi était lâchement assassiné à quelques pas de son domicile. Ce second assassinat politique (survenu quelques mois après celui de son camarade Chokri Belaïd, assassiné le 6 février de la même année ) a déclenché une vague de manifestations à travers tout le pays, de sa ville natale de Sidi Bouzid jusqu’à la capitale.

La colère populaire soulevée par ce crime odieux avait alors accéléré la chute du gouvernement d’Ali Larayedh, ouvrant la voie à l’instauration d’un gouvernement de technocrates dirigé par Mehdi Jomaa.

Devoir de mémoire : Au-delà du simple recueillement, cette journée réaffirme l’exigence inébranlable de vérité et de justice pour Mohamed Brahmi, symbole immortel de dignité, ainsi que pour l’ensemble des martyrs de la nation.

Y. N.

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