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Anis Bennaceur, cofondateur d’Attention : « La Tunisie dispose de profils capables d’accélérer l’intégration de l’IA »

Le Tunisia Global Forum revient pour une 3e édition placée sous le signe de l’intelligence artificielle, un enjeu devenu central dans les transformations économiques, sociales et technologiques.

Rencontré en marge de cet événement, Anis Bennaceur, cofondateur et CEO d’Attention, start-up basée à New York et spécialisée dans l’IA appliquée aux ventes B2B, estime dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin, que la Tunisie doit rattraper son retard dans l’adoption de ces technologies. Il souligne toutefois que les usages avancés de l’intelligence artificielle progressent déjà sur le terrain et que l’écosystème tunisien dispose de solides atouts pour accélérer.
Evoquant le lancement de son entreprise, Anis Bennacur, explique avoir lancé son entreprise en 2022 avec son associé, après avoir constaté, dans une expérience entrepreneuriale précédente, les limites des outils de suivi commercial traditionnels. Leur solution, d’abord conçue pour automatiser le remplissage du CRM à partir des échanges commerciaux, s’est progressivement enrichie afin de capter un ensemble plus large de signaux, allant des conversations enregistrées aux messages échangés sur Teams, Slack ou par e-mail, ainsi qu’à des données externes liées à l’activité des entreprises clientes.

Selon lui, la création d’Attention repose sur une intuition née dès 2020, au moment de l’émergence des premiers grands modèles de langage, notamment GPT-3.

À cette époque, dit-il, l’IA offrait déjà la possibilité de transformer des conversations non structurées en informations exploitables, ouvrant la voie à de nouveaux usages dans les équipes commerciales. Il rappelle que l’essor de ChatGPT a ensuite popularisé ces technologies, mais que les fondations étaient déjà en place.

Interrogé sur l’évolution de l’intelligence artificielle et sur la place de la Tunisie dans cette dynamique, Anis Bennaceur juge que le marché reste encore largement sous-exploité, y compris aux États-Unis. Il estime que la majorité des entreprises n’a pas encore intégré pleinement ces outils et que le retard observé dans certains pays pourrait être comblé progressivement par les utilisateurs eux-mêmes.

À ses yeux, la Tunisie dispose déjà de profils capables d’adopter et de diffuser ces pratiques, même si cette transition prendra du temps. Il conclut en soulignant: “ Il y a énormément de fondateurs tunisiens qui font des choses exceptionnelles”, tout en se disant très optimiste quant à l’évolution de l’écosystème du pays.

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IA et développement : Mehdi Houas enterre l’excuse du diagnostic

« Diagnostics posés, excuses épuisées ». C’est en ces termes que le président-fondateur de Talan, Mehdi Houas, est intervenu lors de la clôture du Tunisia Global Forum « Bâtir l’avenir à l’ère de l’intelligence artificielle », organisé par l’ATUGE à Tunis, le 21 juillet 2026. Son message aux acteurs économiques, institutionnels et éducatifs du pays : transformer, sans plus attendre, le talent national en entreprises, en emplois et en innovation.

Pour Mehdi Houas, la Tunisie ne souffre plus d’un manque de compréhension de ses difficultés, mais d’un déficit de volonté et d’exécution. Un pays ne se développe pas, a-t-il affirmé, parce qu’il a identifié ses problèmes, mais parce qu’une génération décide que ceux-ci ne constituent plus une excuse à l’inaction, une distinction qui, selon lui, sépare ceux qui observent l’histoire de ceux qui la font.

Le président de Talan est convaincu que l’intelligence artificielle va transformer les économies, redéfinir les rapports de force internationaux et bouleverser les chaînes de valeur… Le système éducatif, les entreprises et les institutions tunisiennes devront, a-t-il ajouté, s’adapter à ces mutations.

L’orateur a reconnu l’existence de freins réels au développement de la Tunisie, citant notamment le financement, la réglementation, la lenteur administrative, la fiscalité et l’infrastructure. Ceux qui font avancer les choses, a-t-il toutefois jugé, ne commencent jamais par dresser la liste de ce qui manque, mais par la décision d’agir avec les moyens disponibles. Fort de son expérience personnelle d’entrepreneur ayant fondé des sociétés dans une trentaine de pays dans le monde, M. Houas a soutenu qu’aucune réussite économique, aucune aventure humaine d’ampleur, n’a jamais attendu la disparition de toute incertitude pour voir le jour ; ceux qui la portent savent qu’ils n’en verront peut-être jamais l’aboutissement, une génération transmettant le relais à la suivante.

L’intelligence n’est pas une richesse mais une possibilité…

Revenant sur une idée souvent avancée en Tunisie selon laquelle l’intelligence serait la plus grande richesse du pays, Mehdi Houas a nuancé ce constat : l’intelligence n’est pas une richesse mais une possibilité, qui ne se transforme en richesse que lorsqu’une recherche devient une innovation, qu’une innovation devient une industrie, et qu’une industrie génère à son tour des emplois, de la prospérité et de la confiance. Le talent, a-t-il insisté, n’est jamais une fin en soi mais la matière première de cette création de valeur.

Le XXIe siècle ne se jouera pas, a estimé le fondateur de Talan, dans une compétition entre individus doués  ceux-ci existant partout mais entre les cadres collectifs capables de les faire travailler ensemble. Les pays qui réussiront ne seront pas ceux qui comptent les meilleurs ingénieurs, mais ceux qui permettront à leurs chercheurs, entrepreneurs et investisseurs de bâtir de concert. Un talent isolé, a-t-il résumé, n’est qu’une promesse ; un collectif qui fonctionne devient une puissance.

Interrogé, selon ses propos, sur les moyens de retenir les compétences tunisiennes, Mehdi Houas a jugé la question mal posée : les talents ne restent pas parce qu’on les retient, mais lorsqu’ils ont le sentiment de participer à une aventure qui les dépasse, de voir naître autour d’eux des entreprises ambitieuses, des laboratoires actifs et des projets porteurs de sens.

Ayez le courage et l’audace de façonner l’avenir

L’orateur a par ailleurs fait référence à un précédent événement consacré à l’intelligence artificielle, auquel auraient participé des « visionnaires » ayant laissé, selon ses termes, une vision à transformer en réalité ,un passage de son intervention qui demeure peu précis dans la transcription disponible. La responsabilité de sa propre génération, a estimé M. Houas, est précisément de concrétiser cet héritage, afin de transmettre à la suivante, non pas un rapport ou une analyse supplémentaire, mais des réalisations tangibles : des sociétés, des laboratoires, des produits, des brevets, des emplois, et une confiance renouvelée dans la capacité du pays à produire. Ses parents, a-t-il ajouté, avaient bâti la Tunisie moderne ; sa génération hérite désormais d’un chantier différent : donner au pays sa place dans l’économie du savoir, y faire naître des entreprises innovantes et des technologies rayonnantes, et convaincre la jeunesse tunisienne que son avenir peut aussi s’écrire sur place.

Citant Antoine de Saint-Exupéry pour qui, s’agissant de l’avenir, il ne s’agit pas de le prédire mais de le rendre possible, Mehdi Houas a averti que cet avenir ne serait ni offert ni donné : il se construirait en Tunisie parce que les Tunisiens l’auront décidé, ou ailleurs. Un pays ne change jamais, a-t-il conclu, lorsque tout le monde est d’accord, mais lorsque des hommes et des femmes choisissent d’agir avant les autres et leur donnent envie de les rejoindre. Une invitation adressée aux participants à ne pas se contenter d’observer l’avenir, mais à avoir le courage et l’audace de le façonner.

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Baisse de près de 30 % du chiffre d’affaires de l’ICF au premier semestre

Durant le deuxième trimestre 2026, les ICF ont vu leur chiffre d’affaires fortement chuté à seulement 37,1 millions de dinars (MDT); contre 52,9 MDT au cours de la même période de l’exercice 2025. Soit une baisse de 29,9 %.

Au terme du premier semestre 2026, le chiffre d’affaires cumulé d’ICF atteint 64,2 MDT contre 104,7 millions de dinars au 30 juin 2025, enregistrant ainsi un repli de 38,7 %. Cette évolution s’explique principalement par la baisse des volumes vendus durant les six premiers mois de l’année, dans un contexte marqué par les arrêts de production intervenus au cours des premiers mois de l’exercice.

En revanche, l’activité commerciale a, elle, enregistré une amélioration au deuxième trimestre. Reflétant ainsi la reprise progressive de l’exploitation de l’entreprise.

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WIFAK BANK : augmentation de 20 % du PNB à fin juin

A la fin du 2ème trimestre 2026, les indicateurs d’activité de la Wifak International Bank ont évolué comme suit : une progression de 22,95 % des dépôts de la clientèle, atteignant 1 574 million de dinars (MD) contre 1 280 MDT au 30/06/2025.  L’encours des financements à la clientèle a connu une croissance de 17,64 % s’établissant à 1 504 MDT contre 1 279 MDT à la même période en 2025. Tandis que les produits d’exploitation bancaire ont augmenté de 13 %, passant de 91,250 MDT à 102,968 MDT.

A noter que cette évolution résulte notamment d’une hausse de 12,66 % de la marge et revenus assimilés, portée par l’expansion continue du portefeuille de Wifak International Bank et le développement du réseau d’agences; mais aussi d’une augmentation de 11,98 % des commissions sur produits.

Pour leur part, les charges d’exploitation bancaire ont augmenté de 4,32 % pour s’établir à 43,1 MDT contre 41,3 MDT au 30 juin 2025. Quant au PNB, il a enregistré une croissance de 20 %, s’élevant ainsi à 59,9 MDT contre 49,9 MDT à fin juin 2025. Les charges opératoires ont connu quant à elles une hausse de 17,33 % totalisant 44,6 MDT contre 38,1 MDT à la même date de l’année 2025.

En outre, les capitaux propres de la Banque se sont établis à 170 MDT au 30 juin 2026 contre 177 MDT à fin juin 2025, enregistrant ainsi une baisse de 4 %. Le management de la banque explique cette évolution, essentiellement, par le remboursement des titres participatifs arrivés à échéance au cours de la période…

Enfin, notons que Wifak Bank a récemment ouvert une nouvelle agence à Boumhal. Ce qui porte à 58 le nombre d’agences de la banque.

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La Tunisie face à la crise de la crevette rouge

La Tunisie a mis en place une cellule de crise et engagé des discussions avec l’Italie, la Commission européenne (CE) et la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) afin de débloquer les exportations de crevettes rouges vers le marché italien. (Photo : Pêcheurs tunisiens à Bizerte).

Cette «cellule de crise», qui a pour mission de coordonner les actions techniques et diplomatiques, a organisé des réunions avec les professionnels du secteur et le ministère des Affaires étrangères, a pris contact avec ses homologues européens pour permettre la reprise des exportations vers l’Italie et a soumis une demande officielle au secrétariat exécutif de la CGPM visant à réviser le quota de la Tunisie, en se fondant sur les données nationales officielles de production.

Le ministère de l’Agriculture, des Ressource hydrauliques et de la Pêche a rejeté l’interprétation selon laquelle les difficultés rencontrées par les exportateurs résulteraient d’une mesure tunisienne visant à restreindre les échanges, expliquant que ces restrictions découlent plutôt du système international de gestion durable des stocks de crevettes rouges de profondeur dans le détroit de Sicile, un système adopté par la CGPM sur la base d’évaluations scientifiques et d’engagements pris par les pays membres. Le plan pluriannuel défini par la recommandation 45/2022/5 de la CGPM a instauré des limites de capture distinctes pour la Tunisie et l’Union européenne (UE) pour la période transitoire 2023-2025, impliquant une réduction annuelle de 3 % par rapport aux captures déclarées en 2021.

Préserver l’accès des produits tunisiens aux marchés européens

Pour la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea), le quota tunisien a été fixé à 39 tonnes en 2023, 38 tonnes en 2024 et 37 tonnes en 2025. Ce régime a par la suite été prolongé jusqu’en 2026 par la recommandation 48/2025/9 de la CGPM.

La crise a éclaté début juin lorsque le ministère italien de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts a informé les opérateurs que le quota tunisien pour 2026 — fixé à 36 000 kilogrammes — était déjà épuisé au 15 mai. Selon les données italiennes, les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes pour des produits destinés au marché européen totalisaient au moins 50 960 kilogrammes, dépassant ainsi la limite de plus de 41 %. En conséquence, Rome a ordonné des contrôles systématiques et suspendu les autorisations pour les expéditions certifiées après l’épuisement du quota.

Des parlementaires ont demandé au gouvernement de clarifier la nature juridique et scientifique des quotas, les raisons de l’importante disparité des quantités allouées aux différents pays méditerranéens, ainsi que l’absence de consultation préalable des pêcheurs et des exportateurs, appelant également à une action bilatérale et multilatérale pour préserver l’accès des produits tunisiens aux marchés européens.

Selon La Presse, Tunis a adressé une note à la direction générale des affaires maritimes et de la pêche (DG Mare) de la CE pour contester et clarifier les données relatives au dépassement présumé du quota. Une seconde communication a été envoyée au ministère italien de l’Agriculture pour demander une augmentation des quantités autorisées sur le marché, tandis qu’une demande officielle a été soumise au secrétariat exécutif de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) afin de réviser le quota sur la base des données de production officielles transmises en avril 2026. Cette réaction marque le passage du différend d’une contestation sectorielle à une question institutionnelle et diplomatique.

L’Italie disposée à ouvrir les négociations

Ces dernières semaines, pêcheurs et exportateurs ont manifesté devant le ministère de l’Agriculture à Tunis, soulignant le blocage des marchandises, les coûts de stockage et de transport, ainsi que les risques pesant sur les emplois et les investissements — en particulier dans les ports du nord tels que Ghar El Melh, dans le gouvernorat de Bizerte.

L’enjeu consiste à concilier la préservation biologique des stocks halieutiques partagés dans le détroit de Sicile et l’impact économique sur une filière tunisienne fortement tournée vers l’Italie. «La volonté affichée par le ministère italien d’ouvrir des négociations sur les volumes de capture constitue une première réponse aux revendications de la profession ; toutefois, la reprise effective des exportations dépendra de l’issue des vérifications des certificats de capture et des consultations avec Rome, Bruxelles et la CGPM», rapporte l’agence italienne Ansa.

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Le ministre des Affaires sociales : « Toutes les catégories sont concernées par les augmentations salariales »

Le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a affirmé que toutes les catégories en Tunisie sont concernées par les augmentations salariales, sans exception, y compris les retraités concernés par les revalorisations prévues.

S’exprimant, lundi, en marge de la huitième Conférence arabe sur les retraites et les assurances sociales, organisée sur le thème « Le parcours des réformes vers la sécurité des retraites », le ministre a indiqué que le retard enregistré dans le versement des augmentations à une partie des retraités est principalement dû à des contraintes techniques et administratives.

Issam Lahmar a précisé que des solutions à ces difficultés administratives devraient être mises en place au cours de ce mois afin de finaliser l’application des augmentations au profit de toutes les catégories concernées.

Le ministre a également annoncé qu’un programme consacré à la restructuration des régimes de sécurité sociale sera prochainement présenté, avec les principales orientations de cette réforme.

Ces déclarations interviennent alors que le secrétaire général de la Fédération générale des retraités, Abdelkader Naceri, a récemment indiqué que plus de 200 000 retraités affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) n’ont pas bénéficié des augmentations décidées par le gouvernement dans le cadre de la loi de finances 2026.

Selon lui, les retraités percevant les pensions les plus modestes figurent parmi les plus touchés par cette situation. Il a précisé qu’une large partie d’entre eux dispose d’un revenu mensuel ne dépassant pas 260 dinars.

Abdelkader Naceri a appelé à l’application des dispositions prévues par la loi afin de garantir le bénéfice des augmentations à l’ensemble des retraités concernés. Il a également insisté sur la nécessité de veiller à ce que les affiliés à la CNSS ne soient exclus d’aucune revalorisation salariale à l’avenir.

Le responsable syndical a, par ailleurs, invité le gouvernement à engager un dialogue avec les représentants syndicaux afin d’examiner ce dossier et d’identifier des solutions permettant de répondre aux revendications des retraités concernés.

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Kaïs Saïed : la Tunisie a honoré ses engagements malgré une dette « sans bénéfice pour le peuple »

Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, lundi 20 juillet 2026 au palais de Carthage, la cheffe du gouvernement, Sara Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, ainsi que le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fathi Zouhair Nouri.

Selon un communiqué de la présidence de la République, la réunion a porté sur la loi promulguée relative à l’approbation du Plan de développement 2026-2030. Au cours de cette réunion, Kaïs Saïed a évoqué la question de la dette, déclarant que « les dettes se sont accumulées sans que le peuple tunisien n’en bénéficie ». Le chef de l’État a également affirmé que « la Tunisie a honoré tous ses engagements et n’a accusé aucun retard dans le remboursement de ses obligations ».

Dans ce contexte, Kaïs Saïed a appelé à redoubler d’efforts afin de transformer ces dettes en investissements destinés à reconstruire les services publics, « tels que le souhaite le peuple tunisien », selon les termes du communiqué.

Le président de la République a, par ailleurs, déclaré que « la vie des États et des nations connaît des moments où les peuples sont au rendez-vous de l’Histoire pour faire l’Histoire comme ils le souhaitent ». Tout en ajoutant qu’« il n’y a pas de place, à ce moment, pour les mains tremblantes, les cœurs hésitants ou la pensée aliénée », conclut le communiqué de la présidence.

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L’exportation du pétrole saoudien via la mer Rouge menacée !

La menace qui pèse sur la principale voie d’exportation de pétrole de l’Arabie saoudite s’accroît avec l’escalade des tensions entre le Royaume et le groupe Ansar Allah (communément appelé les Houthis), soutenu par l’Iran, au Yémen. Les oléoducs acheminant le pétrole de l’est du royaume jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge (photo), sont devenus une artère vitale, permettant à l’Arabie saoudite de maintenir ses exportations de pétrole malgré les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz dues au conflit irano-américain.

Imed Bahri

Depuis Yanbu, les pétroliers saoudiens empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rejoindre les marchés asiatiques, contribuant ainsi à atténuer l’impact de la hausse des prix du pétrole lorsque le trafic maritime dans le golfe Persique est perturbé par les attaques iraniennes, souligne le Wall Street Journal

Jusqu’à présent, le détroit de Bab el-Mandeb est resté ouvert grâce aux accords politiques conclus par Riyad avec les Houthis, même si ce groupe a perturbé à plusieurs reprises le trafic maritime en mer Rouge au cours des trois dernières années.

Cependant, le cessez-le-feu de 2022, sur lequel ces accords reposaient, commence à se déliter. Les Houthis ont lancé des drones et des missiles sur un aéroport civil du sud-ouest de l’Arabie saoudite après avoir accusé le royaume d’avoir bombardé la piste de l’aéroport de Sanaa, qu’ils contrôlent, cette semaine, afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien.

Aéroports contre aéroports, ports contre ports et blocus contre blocus

Jeudi, le chef houthi, Abdel-Malik al-Houthi, a durci le ton lors d’une allocution télévisée, déclarant : «La véritable équation est : aéroport de Sanaa contre aéroport de Riyad. Aéroports contre aéroports, ports contre ports et blocus contre blocus».

Il a également menacé de cibler les installations pétrolières saoudiennes si Riyad reprenait son implication dans la guerre au Yémen, après avoir dirigé une coalition militaire contre les Houthis il y a plus de dix ans, tout en appelant ses partisans à manifester contre les restrictions de voyage qui leur sont imposées depuis des années par l’Arabie saoudite et ses alliés yéménites.

Les Houthis devraient prochainement tester à nouveau la position saoudienne en tentant d’accueillir un autre avion iranien à l’aéroport de Sanaa. Bien qu’Abdul-Malik al-Houthi n’ait pas explicitement annoncé la reprise des attaques contre les navires transitant en mer Rouge, des responsables et des analystes estiment que l’évolution de la situation régionale pourrait inciter le groupe à recommencer de telles attaques.

«La situation en mer Rouge se détériore à nouveau», a déclaré Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne, lors d’une visite à Djibouti vendredi. Elle ajoute : «Les récentes attaques de missiles menées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, qui ont mis fin à une trêve de quatre ans, sont un signal d’alarme : l’instabilité terrestre se transforme rapidement en insécurité maritime».

Le dernier blocus de la mer Rouge imposée par les Houthis avait provoqué une intervention militaire américaine en 2025, infligeant des pertes considérables au groupe. Cependant, des attaques sporadiques ont persisté, perturbant le trafic maritime pendant des mois.

Cette fois-ci, toute perturbation du trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb surviendrait alors que le trafic dans le détroit d’Ormuz est déjà de plus en plus congestionné en raison des attaques iraniennes.

Capital Economics prévoit qu’une fermeture simultanée des deux détroits, ou des dommages importants aux oléoducs ou aux ports saoudiens, pourraient plonger l’économie mondiale en récession.

La guerre avec l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont déjà privé les marchés mondiaux de plusieurs millions de barils de pétrole par jour. Jusqu’à présent, les consommateurs ont puisé dans les réserves pétrolières pour compenser cette pénurie mais ces réserves s’épuiseront avec le temps.

L’Arabie saoudite utilise l’oléoduc traversant la péninsule arabique pour exporter environ quatre millions de barils par jour via la mer Rouge, ce qui maintient ses exportations totales à environ 4,6 millions de barils par jour.

L’Iran a réussi à mettre les États-Unis dans l’embarras

Bien que ce chiffre soit inférieur au niveau d’avant-guerre (7,3 millions de barils par jour), l’écart aurait été bien plus important sans les exportations de la mer Rouge.

Les analystes estiment que les Houthis se sentent plus confiants sur le plan stratégique car ils pensent que l’Iran est parvenu à mettre les États-Unis dans l’embarras et que le moment est venu de faire pression sur l’Arabie saoudite qui a tout intérêt à maintenir le Yémen hors du conflit régional.

«Les Houthis en sont parfaitement conscients. Ils voient une opportunité d’escalade et ils la saisiront», a déclaré April Longley Alley, ancienne conseillère de l’envoyé spécial de l’Onu pour le Yémen.

Les deux camps semblent plus proches que jamais depuis le cessez-le-feu de 2022 d’une reprise des hostilités transfrontalières, même à faible intensité.

Ce cessez-le-feu visait à assouplir les restrictions saoudiennes sur le carburant entrant dans le port d’Hodeïda et à rétablir les vols commerciaux à destination et en provenance de Sanaa mais les progrès restent limités.

Les États-Unis soutiennent la campagne militaire menée par l’Arabie saoudite contre les Houthis depuis 2015.

Les analystes estiment que Washington continuera de soutenir Riyad, mais que, préoccupé actuellement par le conflit avec l’Iran, le pays cherchera à éviter une nouvelle implication militaire directe au Yémen.

Des responsables américains et saoudiens se sont entretenus cette semaine au sujet du Yémen et le département d’État américain a approuvé un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite d’une valeur de près de 2 milliards de dollars, comprenant plus de 20000 kits de munitions de précision.

L’aéroport de Sanaa demeure le point chaud le plus probable d’une nouvelle escalade, compte tenu de sa valeur symbolique pour les deux camps.

L’Arabie saoudite craint que l’assouplissement des restrictions ne permette à l’Iran de fournir des armes et des conseillers militaires aux Houthis.

À l’inverse, les analystes estiment que les Houthis, confrontés à des difficultés économiques internes dues à la hausse des prix et aux pénuries de produits de première nécessité, souhaitent la réouverture de la liaison aérienne afin d’accéder à davantage de ressources.

«Pour eux, il s’agit d’un calcul interne visant à obtenir un accord plus avantageux leur permettant d’accéder à plus de ressources, une plus grande autonomie et une plus grande liberté pour consolider leur contrôle au Yémen et dans la région de la mer Rouge», a déclaré April Longley Alley.

Les Houthis considèrent depuis longtemps comme inacceptables les restrictions saoudiennes imposées aux voyages à destination et en provenance du Yémen.

Les funérailles du défunt Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ce mois-ci, ont offert une nouvelle occasion de tester la volonté de Riyad de s’engager dans une nouvelle confrontation.

Une délégation houthie s’est rendue à Téhéran il y a deux semaines pour assister aux funérailles, provoquant des protestations de la part du gouvernement yéménite internationalement reconnu, basé à Riyad.

À son retour cette semaine, l’avion de la délégation a été contraint d’atterrir dans une autre ville contrôlée par les Houthis après le bombardement de l’aéroport de Sanaa.

L’Arabie saoudite risque de replonger dans la guerre

Les analystes estiment que si un autre avion iranien tente d’atterrir à Sanaa et que l’Arabie saoudite riposte en bombardant à nouveau l’aéroport, les Houthis intensifieront leur riposte, ce qui pourrait inciter Riyad à réagir avec plus de force malgré sa volonté d’éviter d’exposer son territoire à des contre-attaques.

Mohammed al-Basha, fondateur du cabinet d’évaluation des risques Basha Report, a déclaré que les Houthis ont annoncé cette semaine de nouvelles règles d’engagement, confirmant ainsi que l’Arabie saoudite risque de replonger dans la guerre si elle tente d’empêcher de nouveaux vols iraniens. Il a ajouté: «Abdul-Malik al-Houthi intensifie progressivement ses attaques. Il suit une stratégie d’escalade par étapes et n’entre pas directement dans une guerre totale car il ne souhaite pas un conflit à grande échelle»

L’une des principales raisons pour lesquelles l’Arabie saoudite a accepté le cessez-le-feu de 2022 était les attaques de missiles et de drones menées par les Houthis contre des villes saoudiennes, dont Riyad, qui menaçaient les ambitieux projets économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Aujourd’hui, toute nouvelle attaque des Houthis pourrait être encore plus dévastatrice.

Bien que la défense aérienne saoudienne se soit améliorée, les capacités offensives des Houthis se sont également développées, tandis que les projets de développement saoudiens sont confrontés à une pression financière croissante et à des risques politiques supplémentaires en raison de la guerre avec l’Iran.

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UBCI : progression de 10 % du PNB au premier semestre 2026

Portée par une collecte de dépôts en hausse et une demande de crédit toujours soutenue, l’UBCI clôture le premier semestre 2026 sur une note résolument positive. Au 30 juin 2026, son produit net bancaire s’établit à 193 millions de dinars (MDT), en progression de 10,1% sur un an — une performance qui confirme la solidité de son modèle d’affaires et la pertinence de sa stratégie de développement.

Crédits et dépôts: une dynamique commerciale à deux chiffres

Le premier moteur de cette performance est résolument commercial, porté par l’essor conjoint des crédits et des dépôts. Les encours nets de crédits à la clientèle progressent de 11,6% sur un an, soit 419 MDT supplémentaires, pour atteindre 4 032 MDT au 30 juin 2026, confirmant le maintien d’une demande de financement soutenue de la part des entreprises et des particuliers.

Cette croissance des engagements s’accompagne d’une collecte tout aussi vigoureuse : les dépôts de la clientèle atteignent 4 271 MDT, en hausse de 8,5 % par rapport au 30 juin 2025. Cette progression est portée par les dépôts à vue (+11,7 %) et les dépôts d’épargne (+9,3 %), qui constituent les deux principaux moteurs de la collecte au cours du semestre et traduisent la confiance renouvelée des clients envers la banque.

Une diversification maîtrisée des ressources

Pour accompagner cette croissance, l’UBCI a également renforcé ses sources de refinancement. Les emprunts et ressources spéciales enregistrent une hausse de 312,2 %, passant de 49 MD à 203 MDT en un an. Cette évolution résulte de choix de financement ciblés, notamment l’émission de deux emprunts subordonnés d’un montant total de 120 MDT, destinés à renforcer la structure financière de la banque, ainsi que la mobilisation d’un nouvel emprunt sur ressources spéciales de 34 MDT dédié au financement de l’économie durable.

Un effet de ciseaux positif au service de la rentabilité

Sur le plan des résultats, UBCI bénéficie d’un effet de ciseaux favorable : les produits d’exploitation bancaire progressent de 8,9%, pour atteindre 305 MDT, tandis que les charges d’exploitation bancaire n’augmentent que de 6,9%, à 112 MDT. Cet écart de rythme entre revenus et charges explique la solide progression du produit net bancaire et augure d’une rentabilité en amélioration continue.

 Des charges opératoires sous contrôle 

Les charges opératoires s’établissent en hausse de 8,6 % sur la période. Cette évolution tient principalement aux frais de personnel, en hausse de 12,7 %, alors que les charges générales d’exploitation affichent une quasi-stabilité, avec une hausse contenue à 0,2 %. La banque démontre ainsi sa capacité à investir dans ses ressources humaines tout en gardant une maîtrise stricte de ses charges de structure.

Des fonds propres renforcés renforcés, gage de solidité

Enfin, les capitaux propres d’UBCI s’établissent à 563 MDT au 30 juin 2026, contre 523 MDT un an plus tôt, soit une progression de 7,6%. Combinée à l’émission des emprunts subordonnés, cette évolution conforte l’assise financière de la banque et sa capacité à soutenir durablement la croissance de son activité.

Portés par une croissance commerciale à deux chiffres, une diversification maîtrisée des ressources et une discipline financière rigoureuse, ces résultats confirment la solidité de la trajectoire engagée par l’UBCI depuis le lancement de son plan stratégique« Émergence 2029 ».

D’après communiqué 

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Tunisie | Des banquiers développeurs aux courtiers d’argent  

A propos des effets pervers de la restructuration du système bancaire tunisien entre 2000 et 2009, une restructuration conduite sous l’impulsion de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et dans le sillage des diktats du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Comment le dogme de la libéralisation financière a-t-il progressivement sacrifié les banques de développement au profit de banques essentiellement commerciales… et vénales ? (Photo : La Banque centrale de Tunisie laisse faire ces acteurs vautours, et rapaces de la Tunisie de Ben Ali.)

Moktar Lamari *

Pendant près de quatre décennies, et depuis son indépendance, la Tunisie avait fait un choix original. La banque n’était pas seulement un commerçant ou courtier d’argent ; elle constituait un instrument de politique économique.

Le crédit n’était pas une simple marchandise tarifée selon le risque : il servait à transformer une économie agricole en économie industrielle, à financer les hôtels, les usines, les exploitations agricoles, les petites et moyennes entreprises (PME) et le développement régional. Ce fut, l’ère de Bourguiba et sa prodigieuse équipe de technocrates : Ahmed Ben Salah, Hédi Nouira, Mansour Moalla, entre autres. Tous morts et oubliés par ces nouvelles élites qui gouvernent aujourd’hui.

Toute une architecture bancaire au service du développement

Au tournant des années 1990, un autre credo s’imposa : celui de la libéralisation financière, de la concurrence, de la privatisation et de la banque universelle. Trente ans plus tard, une question mérite d’être posée sans complaisance : qu’avons-nous réellement gagné… et surtout, qu’avons-nous perdu ?

Durant les années 1960 à 1990, l’architecture financière tunisienne ressemblait à une véritable boîte à outils. Chaque secteur stratégique disposait de son propre instrument de financement. La Banque de développement économique de Tunisie (BDET), créée en 1963, soutenait l’industrialisation avant d’être absorbée par la Société tunisienne de banque (STB) en 2000.

La Banque nationale de développement touristique (BNDT), fondée en 1973, accompagnait les investissements touristiques jusqu’à sa disparition la même année. La Banque nationale de développement agricole (BNDA) avait, quant à elle, fusionné dès 1989 avec la Banque nationale de Tunisie (BNT) pour donner naissance à l’actuelle Banque nationale agricole (BNA).

Autour de ces établissements gravitaient plusieurs instruments spécialisés : le Fonds de promotion et de décentralisation industrielle (Foprodi), le Fonds spécial de développement agricole (Fosda), le Fonds de dépollution (Fodep), le Fonds national de promotion de l’artisanat et des petits métiers (Fonapra), sans oublier les banques mixtes de développement comme la Banque tuniso-koweïtienne de développement (BTKD) et la Société tuniso-saoudienne d’investissement et de développement (Stusid).

Chaque institution bancaire répondait à une mission clairement définie. Le tout s’arrimait à merveille et se complétait pour financer et refinancer les pôles de développement, les grands projets dans le cadre d’une stratégie visionnaire et articulée. Mais, non sans risque de corruption et de financements risqués, sans garanties.

Cela dit, ces banques de développements et fonds de financement insufflaient ensemble des taux de croissance allant jusqu’à 7% par an.

Retour de manivelle et tournant libéral des années 1990

Ces organismes n’étaient pas exempts de défauts. Bureaucratie, créances douteuses, interférences politiques et gouvernance parfois défaillante nourrissaient des critiques souvent fondées. Mais ils poursuivaient un objectif que les banques commerciales n’assument jamais spontanément : financer ce qui est utile avant de financer ce qui est immédiatement rentable.

Au fil des réformes, le vocabulaire changea de musique : ajustement structurel, gouvernance, concurrence, privatisation, normes prudentielles et ouverture financière remplacèrent progressivement les notions de planification et de développement.

Les institutions financières internationales expliquaient alors que les banques spécialisées appartenaient au passé et que le marché allouerait le capital plus efficacement que l’État. La Tunisie appliqua cette nouvelle doctrine avec une remarquable discipline.

En moins de 5 ans, la BNDA fusionna avec la BNT, la BDET et la BNDT furent absorbées par la STB, l’Union internationale de banques (UIB) fut privatisée en 2002, la Banque du Sud passa sous contrôle d’Attijari Bank en 2005 à l’issue d’une privatisation demeurée controversée (corruption avérée), puis la Banque tuniso-koweïtienne (BTK) fut également privatisée en 2008.

En moins d’une décennie, un écosystème financier construit depuis l’indépendance avait pratiquement disparu. Les défenseurs de ces réformes rappellent, à juste titre, que les banques publiques accumulaient des créances non performantes et souffraient d’interférences politiques. Ces critiques étaient largement justifiées. Mais réformer ne signifie pas nécessairement supprimer.

Restructuration à la tronçonneuse ou la BCT aux ordres du FMI

La Tunisie n’a pas seulement modernisé son système bancaire ; elle a remplacé une philosophie économique par une autre. Les anciennes institutions ont été démantelées avant qu’une véritable banque nationale de développement moderne ne voie le jour. Comme si l’on avait détruit le pont avant de construire celui qui devait le remplacer.

Les principaux artisans de cette transition – gouverneurs de la BCT, hauts responsables du ministère des Finances et économistes influents, parmi lesquels Taoufik Baccar, Mongi Safra ou Mustapha Kamel Nabli – poursuivaient un objectif clair : rapprocher la Tunisie des standards internationaux, améliorer la solidité du système bancaire et renforcer la stabilité financière. Ils prônaient le démantèlement des banques de développement en faveur des banques commerciales.

L’intention était respectable. Mais l’histoire économique juge moins les intentions que les résultats.

Cette évolution ne s’est pas produite dans un vide intellectuel. À partir du Programme d’ajustement structurel de 1986, les recommandations du FMI et de la BN ont profondément influencé les réformes financières tunisiennes.

Le régime Ben Ali croise le fer, et sa famille élargie et son entourage goûtaient à la corruption et aux recettes de la prédation. La BCT, sous la gouverne de Taoufik Baccar (entre 2004 et 2011), ne fait rien pour défendre le système bancaire. Bien au contraire, elle laisse faire ces acteurs vautours, et rapaces de la Tunisie de Ben Ali.

Le FMI fournissait la logistique conceptuelle et quelques prêts avec leurs lots de diktats. Les priorités étaient alors claires : libéraliser les marchés financiers, renforcer la concurrence, réduire les interventions directes de l’État, améliorer les ratios prudentiels, privatiser plusieurs établissements publics, ne rien faire contre la corruption et orienter les banques vers des critères de rentabilité et de gestion du risque conformes aux standards internationaux.

Ces orientations répondaient à une logique macroéconomique de stabilisation et d’efficacité. En revanche, la question du financement de long terme du développement industriel, agricole ou régional est progressivement passée au second plan. Le marché devait, selon cette doctrine, prendre le relais des anciens instruments publics. C’est précisément cette hypothèse que l’expérience tunisienne invite aujourd’hui à réexaminer. Même si c’est trop tard, et le mal est fait, par collusion, par incompétence ou pire par accointance.

Jamais les banques tunisiennes n’ont affiché des ratios prudentiels aussi exigeants, des dispositifs de contrôle aussi sophistiqués et des exigences réglementaires aussi élevées. Pourtant, rarement l’économie productive aura paru aussi orpheline de financement.

Depuis 2011, l’investissement privé productif stagne autour de 12 % du produit intérieur brut, la formation brute de capital fixe demeure inférieure à celle observée durant les décennies précédentes et la croissance économique peine à retrouver un rythme soutenu. Pendant ce temps, les banques ont découvert un client autrement plus confortable : l’État.

Pourquoi financer une PME innovante, risquée et coûteuse à suivre lorsqu’il suffit de souscrire à des titres publics offrant un rendement attractif avec un risque perçu comme plus faible ? Le banquier moderne a trouvé un débouché plus rentable que l’entrepreneur : le Trésor public.

Ce phénomène nourrit un puissant effet d’éviction. En mobilisant une part croissante de l’épargne nationale pour financer ses déficits, l’État réduit mécaniquement les ressources disponibles pour les entreprises productives. Les PME deviennent les variables d’ajustement. Trop petites pour accéder aux marchés financiers, insuffisamment garanties pour satisfaire les banques, mais suffisamment importantes pour créer l’essentiel des emplois, elles se retrouvent dans un véritable désert financier.

Cette évolution éclaire également, sans tout expliquer, l’essor spectaculaire de l’économie informelle. Fiscalité, lourdeurs administratives, corruption et instabilité politique y contribuent également.

Mais lorsque le crédit bancaire devient inaccessible ou prohibitif, les entrepreneurs cherchent d’autres circuits. Une partie de l’épargne quitte progressivement le système bancaire pour alimenter les transactions en espèces, les réseaux familiaux ou les circuits parallèles. L’argent ne disparaît pas ; il change simplement de trottoir.

Les quatre erreurs de la Banque centrale

Avec le recul, quatre erreurs majeures apparaissent. La première fut de supprimer les banques spécialisées dans le développement et promotion stratégique (secteur, région, filière et innovation) sans leur substituer une véritable banque publique d’investissement capable de financer les projets structurants avec des méthodes modernes.

La deuxième fut de croire que les mécanismes du marché remplaceraient spontanément une politique industrielle. Pourtant, les économies qui ont réussi leur transformation – de la Corée du Sud au Maroc, en passant par la Chine ou la Malaisie – n’ont jamais abandonné leurs instruments publics de financement stratégique.

La troisième erreur fut de demander aux banques commerciales de remplir une mission qui n’est pas la leur. Une banque privée maximise naturellement son rendement ajusté au risque ; ce n’est ni une faute ni une anomalie. L’erreur consiste à croire qu’elle assurera, à elle seule, le financement du développement national.

Enfin, la quatrième fut de confondre solidité bancaire et prospérité économique. Des ratios prudentiels irréprochables ne remplacent ni une stratégie industrielle ni une politique d’investissement.

Aujourd’hui, le système bancaire tunisien fonctionne dans un environnement fortement concentré où la logique dominante demeure celle de la rentabilité financière, mesurée notamment par la valeur actualisée nette (VAN) des projets, davantage que par leur contribution au développement économique, régional ou technologique.

Selon les profils d’emprunteurs et les garanties offertes, les taux nominaux appliqués aux entreprises atteignent fréquemment des niveaux très élevés, alors même que la rentabilité moyenne de nombreuses activités productives demeure nettement inférieure.

Dans ces conditions, financer l’investissement relève parfois davantage de l’exploit que de la décision entrepreneuriale.

Alors que de nombreuses économies émergentes redécouvrent le rôle des banques publiques d’investissement et des institutions de financement du long terme, la Tunisie continue de payer le prix d’un démantèlement qu’elle présentait naguère comme le symbole de la modernité. Les bilans bancaires se sont incontestablement renforcés ; les bilans économiques sont beaucoup moins convaincants. La logique de l’argent facile domine le système bancaire, sous la gouverne d’une BCT complice des collusions opaques.

Les banques prêtent davantage à l’État qu’aux entreprises, davantage au court terme qu’à l’avenir. Elles accomplissent correctement leur mission commerciale, mais laissent inachevée une mission plus essentielle : accompagner la transformation économique du pays.

Une banque qui ne finance plus suffisamment le développement cesse d’être un levier de croissance pour devenir un simple intermédiaire financier. Et lorsqu’un pays renonce à financer son avenir, il finit toujours par payer, intérêts compris, le prix de ses propres illusions. C’est peut-être là le véritable retour de flamme de la grande restructuration bancaire tunisienne.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T

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