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Femmes et enfants de jihadistes tunisiens bientôt rapatriés de Syrie

Un groupe de femmes et d’enfants de jihadistes tunisiens décédés doit être transféré d’un camp de Damas vers la frontière turque, en attendant leur remise aux autorités tunisiennes.

Il s’agit de la première opération de rapatriement depuis la Syrie d’enfants dont les pères étaient liés à l’État islamique (EI, Daech).

Le groupe comprend plus de 200 enfants et plus de 60 femmes qui étaient détenus dans des prisons et des camps syriens.

Selon l’Observatoire tunisien des droits de l’homme, dirigé par l’activiste Mostafa Abdelkebir, qui a travaillé sur ce dossier et assuré le suivi et la documentation depuis des années, un nombre très restreint de personnes seront rapatriées dans un premier temps.

L’Observatoire e précise pas le nom de la partie tunisienne qui va accueillir les rapatriés et comment ils vont pouvoir être insérés dans leurs familles respectives et la société tunisienne en général.

I. B.

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Tunisie | Les mêmes plans génèrent les mêmes échecs

La Tunisie rejoue le même film (un autre Plan de développement) en espérant une issue différente. Ce jeudi 9 juillet 2026, le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple a transmis à la plénière le rapport de synthèse sur le Plan de Développement 2026-2030. Un énième acte d’une pièce que plus personne ne regarde vraiment, tant on en connaît d’avance le dénouement : de grandes promesses au lever de rideau, un silence gêné à la fermeture.

Moktar Lamari *

On appelle ça, en psychologie de comptoir, la définition même de la folie : refaire toujours la même chose en espérant un résultat différent.

En Tunisie, on a simplement institutionnalisé la folie sous forme de planifications (triennale, ou quinquennale) que tout le monde sait que c’est un exercice de mobilisation de foule et une parade populiste dont les résultats sont connus d’avance.

Un casting de blablateurs recyclés

Le Plan 2016-2020, porté par Youssef Chahed, promettait 5% de croissance annuelle et 45 milliards de dinars d’investissements publics. Monsieur Chahed a quitté la Kasbah en 2020 sans jamais revenir devant les Tunisiens pour expliquer pourquoi la croissance réelle a plafonné sous les 2,5%.

Aucune conférence de presse de bilan, aucun mea culpa chiffré — juste un exil confortable et un mandat d’arrêt international pour d’autres motifs, pendant que le pays, lui, encaissait la facture de ses promesses non tenues.

Vient ensuite Najla Bouden, qui présente en janvier 2023 son Plan 2023-2025 : 2,1% de croissance moyenne, chômage à 14% en 2025, investissement à 17,8% du PIB.

Madame Bouden quitte ses fonctions en août 2023, remplacée par Ahmed Hachani, lui-même remplacé en mars 2025 par Sarra Zaâfrani Zenzeri — trois chefs de gouvernement pour un seul plan triennal, aucun n’étant resté assez longtemps pour répondre de son exécution.

Résultat, en 2025 : chômage toujours calé autour de 15%, investissement public exsangue, dette publique à 82% du PIB. Personne n’a payé le prix politique de cet échec — la sanction, en Tunisie, ne s’applique jamais aux plans, seulement au peuple qui les subit.

Et voici Madame Zaâfrani Zenzeri qui présente, elle, un Plan 2026-2030 affublé d’une méthodologie «ascendante» présentée comme révolutionnaire. Une nouveauté de façade pour emballer le même produit périmé : toujours aucune évaluation publique et chiffrée des trois plans précédents, toujours pas de responsable désigné, toujours pas de mea culpa. On change l’emballage, jamais la recette qui rate.

Quatre échecs, quatre responsables, et c’est le peuple qui paie la facture

Primo, l’absence d’évaluation ex post — un choix, pas un oubli. Ne jamais évaluer, c’est ne jamais devoir rendre de comptes. Le ministère de l’Économie et de la Planification, qui rédige plan après plan depuis dix ans, a suffisamment de compétences techniques pour produire un bilan rigoureux ; s’il ne le fait pas, c’est qu’aucun gouvernement successif n’a intérêt à ce que la lumière soit faite sur l’héritage de son prédécesseur — ni, in fine, sur le sien.

Secundo, des hypothèses de croissance gonflées sciemment pour vendre le plan au Parlement et aux bailleurs de fonds. Annoncer 5% quand on sait pertinemment que la structure de l’économie ne le permet pas n’est pas de l’optimisme, c’est de la présentation frauduleuse de résultats escomptés — un délit qui, dans une entreprise cotée, vaudrait une enquête du régulateur boursier.

Tertio, des réformes structurelles promises et jamais engagées — code des marchés publics, réforme fiscale, modernisation administrative — recyclées de plan en plan comme un copier-coller PowerPoint que personne ne relit plus.

Chaque ministre de l’Économie et de la Planification qui a occupé ce poste depuis 2016 — de Fadhel Abdelkefi à Samir Saïed jusqu’à Samir Abdelhafidh aujourd’hui — a eu ce même paragraphe sous les yeux et l’a simplement retapé, sans jamais exiger de ses collègues du gouvernement qu’ils rendent des comptes de son exécution.

Quarto, une valse de chefs de gouvernement organisée comme une stratégie de dilution des responsabilités : quand un plan échoue sur trois ans mais que trois chefs de gouvernement différents se le partagent, personne n’est individuellement comptable — et c’est précisément ce flou organisationnel qui permet à chacun de partir la conscience tranquille.

Une planification sérieuse imposerait qu’aucun nouveau plan ne soit présenté au Parlement sans un rapport d’évaluation indépendant du précédent, publié et débattu en séance plénière avant le vote — pas après, jamais après.

Elle imposerait que les ministres signataires d’un plan soient nommément identifiés comme responsables de sa non-exécution, avec obligation de comparution devant la commission des finances en fin de mandat. Elle imposerait enfin l’abandon des horizons lointains et vagues — 2030, 2035 — au profit d’engagements annuels vérifiables, sanctionnables, et donc réellement contraignants.

Trois constats, sans complaisance

Primo, les décideurs tunisiens ne rejouent pas la même erreur par incompétence — ils la rejouent parce que l’absence d’évaluation leur profite personnellement et politiquement : pas de bilan, pas de blâme.

Secundo, chaque chef de gouvernement qui part avant l’échéance de son propre plan laisse une dette de redevabilité que le suivant n’a aucun intérêt à recouvrer, puisque lui-même compte partir avant l’heure des comptes.

Tertio, tant que la sanction de l’échec continuera de retomber uniquement sur le pouvoir d’achat des Tunisiens et jamais sur la carrière de ceux qui signent ces plans, le cinquième acte de cette pièce, en 2031, ressemblera trait pour trait aux quatre précédents.

Comme le dit le proverbe : «Idha kther el tabbakhine, el tabkha tahrek» (Quand les cuisiniers se multiplient, le plat brûle).

En Tunisie, on a changé les cuisiniers plusieurs fois depuis 2016 sans jamais changer la recette — et le plat, lui, continue de brûler pendant que tout le monde regarde ailleurs. Ou souffler sur le feu… de l’insatisfaction sociale !

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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On défigure Sidi Bou Saïd

À force de remplacer les ateliers, les galeries, les boutiques d’artisanat et les espaces culturels par des commerces de nourriture, nous transformons Sidi Bou Saïd, un village unique au monde, en une simple vitrine commerciale, sans identité. (Illustration : Le Sidi Bou Saïd que l’on veut préserver / Le Sidi Bou Saïd que l’on continue de piétiner).

Aïcha Gorgi *

Hier soir, en rentrant un peu tard, j’ai pris le temps de regarder mon village. Mon regard s’est arrêté sur un immense mur en céramique flambant neuf, sans aucun lien avec les zelliges traditionnels de Sidi Bou Saïd, surmonté d’une enseigne gigantesque qui défigure les lieux.

En m’approchant, j’ai découvert qu’il s’agissait encore d’un commerce de restauration, cette fois spécialisé dans le tiramisu.

Je n’ai absolument rien contre cette enseigne ni contre les gâteaux italiens. Le problème n’est pas là. Le problème, c’est que Sidi Bou Saïd est en train de perdre son âme.

À force de remplacer les ateliers, les galeries, les boutiques d’artisanat et les espaces culturels par des commerces de nourriture, nous transformons un village unique au monde en une simple vitrine commerciale, sans identité.

Cette enseigne remplace une charmante boutique qui vendait des tableaux, en parfaite harmonie avec l’esprit du village. C’est une perte immense, repose en paix cher Saro **.

À quoi servent les discours sur la préservation du patrimoine si, sur le terrain, on laisse disparaître ce qui fait l’identité de Sidi Bou Saïd ?

J’ai parfois l’impression de me battre seule, mais je refuse de me taire. J’appelle tous ceux qui aiment ce village à réagir. Nous avons besoin de projets culturels, d’artisans, de librairies, de galeries, d’espaces de création, pas d’une succession infinie de commerces de restauration.

Sidi Bou Saïd n’est pas un centre commercial. C’est un patrimoine vivant. Et il est de notre responsabilité à tous de le défendre avant qu’il ne soit complètement trop tard.

* Galeriste.

** Saro Lo Turco, un artiste peintre italien originaire de Valguarnera Caropepe en Sicile. C’était un amoureux de Sidi Bou Said et de la Tunisie, où il réside depuis la fin des années 1990 et où il est décédé le 14 janvier 2024.

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En dépit des scandales, Infantino tout-puissant et la Fifa se goinfre plus que jamais !

La Coupe du Monde 2026 a été critiquée de toutes parts : prix des billets exorbitants, restrictions injustes imposées à l’équipe nationale iranienne, exclusion d’un arbitre somalien, attribution du tout premier «Prix de la Paix de la Fifa» au président américain Donald Trump, au moment où ses troupes bombardent des cibles civiles en Iran et tuent des innocents, et évidemment les scandales d’arbitrage qui n’en finissent pas. En dépit de tout cela, le patron du football mondial Gianni Infantino est en roue libre pour briguer un troisième mandat -avec pour seul mantra de ne jamais se mettre à dos les États-Unis- et la Fifa n’a jamais généré autant de profits. (L’illustration de l’article est une caricature générée par l’IA).

Imed Bahri

Dans une enquête intitulée «La Fifa sort encore plus riche d’une Coupe du monde marquée par les controverses», Bloomberg indique que le ressentiment envers la Fifa a atteint son paroxysme après qu’elle a autorisé, sous la pression de Trump, un joueur américain suspendu à participer à la compétition, une décision largement condamnée par la communauté internationale. 

«La question n’est plus de savoir si le carton rouge était mérité, mais si la Fifa a porté atteinte à l’intégrité de la Coupe du Monde et à son autorité en tant qu’instance dirigeante du football mondial», selon Nick De Marco, avocat spécialisé dans le sport et basé au Royaume-Uni.

Il est à indiquer que Moez Nasri, président de la très décriée Fédération tunisienne de football (FTF), est membre de la commission de discipline de la Fifa ayant décidé de retirer le carton rouge au footballeur américain Folarin Balogun. 

Les revenus records de la Fifa

Ces critiques devraient toutefois s’effilocher une fois le tournoi terminé. Après la défaite 4-1 des États-Unis face à la Belgique, la polémique autour de l’attaquant américain Balogun s’est apaisée. Infantino, quant à lui, reste pleinement concentré sur ce qui est sa priorité absolue : générer des revenus, toujours plus de revenus !

La Fifa a toujours été confrontée au dilemme de concilier ses liens avec les milieux influents et fortunés et sa mission première : faire respecter les règles du football. Il semble que l’argent finira par l’emporter. Sous la direction de cet homme de 56 ans à la tête du sport le plus lucratif au monde, la Fifa devrait engranger environ 9 milliards de dollars directement grâce à la Coupe du Monde 2026, soit une augmentation de près de 2 milliards de dollars par rapport à l’édition 2022 au Qatar.

Il y a plus de dix ans, le nom de la Fifa est devenu synonyme de scandale suite à une affaire de corruption instruite par le parquet fédéral américain et basée sur enquête menée par le FBI après que la Coupe du monde 2022 ait été attribuée au Qatar au détriment des États-Unis. L’enquête du FBI avait prouvé que des pots-de-vin ont été versé à des membres de la Fifa pour l’attribution de cette compétition au Qatar. Le scandale a fini par emporter le président de la Fifa de l’époque Sepp Blatter acculé à démissionner ce qui a mis fin brutalement à son règne qui avait duré 17 ans.

Moins d’un an plus tard, Infantino était devenu le nouveau visage de l’organisation. Il a supervisé des réformes, instauré une certaine transparence et considérablement élargi l’envergure des tournois Fifa, notamment la très lucrative Coupe du Monde des Clubs. Mais il a également conduit l’instance dirigeante du football sur une voie familière où argent, pouvoir et politique s’entremêlent. Infantino a surtout retenu la leçon avec ce qui est arrivé à Blatter, il ne faut jamais se mettre à dos les États-Unis.

Les retombées économiques de la Coupe du Monde

La Coupe du Monde génère des revenus pour toutes les parties prenantes. Les grandes entreprises chargées de la vente de nourriture et de boissons dans les stades engrangent des profits substantiels. Dans certains stades, les supporters ont dépensé jusqu’à 100 dollars par personne et par match, soit près du double des dépenses moyennes lors des matchs de NFL, le championnat américain.

Les annonceurs ont également profité des pauses hydratation obligatoires, qui ont transformé un match traditionnel en deux mi-temps en un match en quatre mi-temps.

Même les villes hôtes, qui se plaignaient des coûts élevés avant le début du tournoi, constatent désormais une augmentation des dépenses. Les données de Bank of America pour la période du 10 au 21 juin montrent que les dépenses par carte bancaire dans les villes hôtes de la Coupe du Monde ont augmenté de 6,3% sur un an, tandis que les dépenses des visiteurs extérieurs à ces villes ont bondi de 16,7%.

Cette édition de la Coupe du Monde a vu le nombre d’équipes participantes passer de 32 à 48. Les prix ont également plus que doublé, atteignant le montant record de 871 millions de dollars. Chaque équipe participante est assurée de recevoir au moins 12,5 millions de dollars simplement en se qualifiant pour le tournoi.

Le Cap-Vert a engrangé plus de 21 millions de dollars grâce à son parcours historique dans le tournoi, soit environ 0,75 % du PIB de ce petit pays. Pour de nombreuses fédérations de football, les sommes distribuées par la Fifa constituent une ressource essentielle pour la majorité de leurs membres.

Infantino en roue libre pour un nouveau mandat

Infantino se prépare à briguer un nouveau mandat début 2027, lors du 77e Congrès de la Fifa qui se tiendra à Rabat, au Maroc, l’un des pays hôtes de la prochaine Coupe du Monde. Chacune des 211 associations membres dispose d’une voix.

L’issue de l’élection semble quasiment acquise, Infantino étant une fois de plus le seul candidat. Les fédérations d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Afrique lui ont déjà apporté leur soutien. S’il est élu, ce sera son troisième mandat.

La Fifa pourra facilement présenter la Coupe du Monde actuelle comme un succès total, et à bien des égards, ce fut le cas. Malgré le prix élevé des billets, les stades étaient pleins et les plus grandes stars du football ont continué à marquer de nombreux buts. Le tournoi a également renforcé la représentation internationale, avec neuf équipes africaines qualifiées pour les phases finales. Les supporters ont été également chaleureusement accueillis dans les pays hôtes.

Appels à la démission infructueux 

On ignore encore comment les protestations de stars du football et de personnalités politiques affecteront Infantino suite à l’appel téléphonique qu’il a reçu de Trump après l’expulsion de Balogun.

Des personnalités politiques britanniques et belges ont réclamé sa démission. L’ancien entraîneur de Liverpool, Jürgen Klopp, a déclaré : «C’est notre sport, pas le leur. Si Donald Trump et Gianni Infantino ont réellement réglé cette affaire entre eux, c’est de la folie. Cela remet tout en question».

Cependant, pour la majorité des associations membres, le soutien à Infantino reste inébranlable. Le président de la Confédération asiatique de football, le bahreïni Cheikh Salman Al-Khalifa, a déclaré : «La Fifa ne s’est jamais mieux portée qu’aujourd’hui». Des pays du Koweït à l’Afrique du Sud ont également exprimé leur soutien indéfectible.

La Fédération royale marocaine de football a salué «l’excellent travail accompli par M. Gianni Infantino et son équipe pour développer le football africain et mondial».     

Tout cela pour dire qu’en dépit des controverses, des polémiques et des scandales, l’emprise de ce dernier sur le football mondial reste totale.

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Otan | Une alliance militaire en crise d’identité

Sans une vision stratégique cohérente, centrée sur la légitimité démocratique, les droits de l’homme et l’État de droit, l’Otan risque de devenir un instrument militaire au service des intérêts économiques des Etats-Unis et de ceux du complexe militaro-industriel américain, aux dépens de ceux du reste du monde, l’Europe y compris. (Photo : Sommet de l’Otan à Ankara, les 7 et 8 juillet 2026 : derrière l’apparence d’unité, de profondes fissures menacent l’édifice atlantique).

Habib Glenza, à Lodz, Pologne.

Toute alliance militaire durable repose en fin de compte sur une question simple en apparence, mais en réalité complexe : que défend-elle ? Sans réponse claire à cette interrogation, elle devient réactive, définie par ses adversaires plutôt que par un objectif commun.

Lorsque l’Otan a été fondée en 1949, cet objectif était clair. Née sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, l’alliance a été créée pour défendre ce que ses fondateurs appelaient le «monde libre», contre l’expansionnisme soviétique. 

Plus fondamentalement, elle visait à préserver un ordre international libéral reposant sur quatre piliers complémentaires : gouvernance démocratique, ouverture économique, primauté géopolitique de l’Occident, et droit international fondé sur la Charte des Nations Unies.

Fossé entre les valeurs prônées et les politiques menées

Chacun de ces piliers est aujourd’hui mis à rude épreuve. On l’observe notamment dans l’identité politique de l’Alliance, fragilisée par le recul de la démocratie et la montée de l’autoritarisme. L’Otan a beau demeurer le plus puissant bloc militaire au monde, sa légitimité morale dépend de la capacité de ses membres à continuer d’incarner les valeurs démocratiques qu’ils prônent.

La réaction de nombreux gouvernements membres de l’Otan face à la campagne militaire d’Israël à Gaza a mis en évidence un fossé grandissant entre les valeurs proclamées par l’Alliance et les politiques menées par ses membres. Alors que la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI) continuent d’examiner les allégations de génocide et d’autres violations graves du droit international par l’Etat d’Israël, plusieurs membres éminents de l’Otan –en premier lieu desquels les États-Unis – continuent d’apporter au gouvernement israélien un soutien militaire et une couverture politique.

Or, une alliance dont la légitimité historique trouve ses racines dans le rejet du fascisme et les crimes de guerre ne peut se permettre d’apparaître sélective dans sa défense des principes humanitaires universels. La cohérence morale n’est pas un luxe éthique, mais un atout stratégique, que l’Otan abandonne aujourd’hui à ses risques et périls.

L’ordre économique libéral mis à mal par ses protagonistes même

L’ordre économique libéral subit également une pression croissante. Ironie de la situation, la plus grande difficulté de l’Otan ne provient pas de ses adversaires, mais de ses propres États membres, le protectionnisme, les guerres tarifaires et la politisation du commerce international ayant mis à mal le système fondé sur des règles que les pays occidentaux ont mis des décennies à bâtir et à entretenir après 1945.

Dans le même temps, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est clairement déplacé vers l’Asie. À l’époque de la création de l’Otan, ses membres représentaient environ deux tiers du PIB mondial. Leur part est depuis tombée à moins de la moitié, l’Asie s’étant imposée comme le principal moteur de croissance de l’économie planétaire.

Troisième pilier de l’ordre d’après-guerre, le leadership géopolitique est devenu tout aussi fragile. La guerre froide fournissait à l’Otan un cadre stratégique clair. Après l’effondrement de l’URSS, l’hypothèse selon laquelle la prédominance américaine perdurerait s’est imposée comme une évidence, sous-tendant les vagues successives d’élargissement de l’Otan, et renforçant la conviction selon laquelle la supériorité militaire à elle seule pouvait déterminer l’issue des événements internationaux.

La guerre en Afghanistan a mis en évidence les limites de cette hypothèse. À la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, l’Otan a mené l’opération militaire la plus vaste et la plus longue de son histoire. Or, malgré deux décennies d’écrasante supériorité militaire et technologique américaine, les talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul. Il ne s’agit pas d’en tirer comme enseignement que la force est devenue inutile, mais plutôt que la réussite sur le champ de bataille ne saurait se substituer à une stratégie politique cohérente. Une sécurité durable passe par la diplomatie, le renforcement des institutions, l’engagement régional et une vision politique à long terme.

Cette leçon s’applique d’autant plus dans le contexte multipolaire actuel. Bien que la dissuasion demeure indispensable, les cadres de la guerre froide ne sont plus adaptés à un monde façonné par la coercition économique, les migrations, l’insécurité énergétique, la concurrence technologique et la cyberguerre. L’Otan doit par conséquent compléter sa puissance militaire par une vision géopolitique clairvoyante et une pratique subtile du pouvoir.

L’ordre juridique international cède de plus en plus la place à la politique des grandes puissances. La crédibilité de toute alliance repose sur sa volonté de faire respecter les normes qu’elle proclame. Or, les menaces d’annexion du Groenland – un territoire autonome du Danemark – formulées par le président américain Donald Trump remettent en cause l’un des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies : l’intégrité territoriale des États souverains. Lorsque la puissance dominante de l’Otan menace la souveraineté de l’un de ses propres membres, l’engagement de l’alliance en faveur du droit international sonne creux.

Ces défis structurels sont aggravés par une fracture croissante concernant l’objectif stratégique de l’Otan. Certes, les désaccords entre alliés ne datent pas d’hier. La guerre en Irak a par exemple a profondément partagé les États-Unis et leurs partenaires européens, mais les deux parties ont continué de considérer l’Otan comme indispensable à la sécurité transatlantique. 

D’une alliance politico-militaire à un arrangement transactionnel 

Sous Trump, les États-Unis considèrent de plus en plus l’Otan comme un arrangement transactionnel, et prennent d’importantes décisions de politique étrangère sans consulter leurs principaux alliés.

La guerre contre l’Iran l’illustre parfaitement. Ce conflit, qui est susceptible de redessiner le paysage sécuritaire régional, et qui a profondément perturbé l’économie mondiale, revêt de profondes implications pour tous les États membres de l’Otan, alors que l’Alliance elle-même semble n’avoir joué aucun rôle dans le processus décisionnel. Une alliance dont les membres peuvent être entraînés dans un conflit régional qu’ils n’ont ni choisi collectivement, ni approuvé politiquement, risque de saper la confiance mutuelle nécessaire à la coopération en matière de sécurité.

La crise de l’Otan étant davantage une crise d’identité que de capacités, la redynamisation de l’Alliance nécessite plus qu’une augmentation des budgets de défense et qu’un renforcement de la dissuasion. L’Otan a besoin d’un fondement normatif renouvelé, ancré dans la légitimité démocratique et les droits de l’homme, d’un réengagement à l’appui du droit international, ainsi que d’une vision économique adaptée à l’ère du rééquilibrage mondial des puissances.

Sans une philosophie stratégique cohérente, centrée sur la légitimité démocratique, les droits de l’homme et l’État de droit, l’Otan risque de ne devenir qu’un instrument au service des intérêts des Etats-Unis et de ceux du complexe militaro-industriel américain.

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