Le Temps.news : Qu’est-ce que le cancer de la prostate ?
Mohsen Ayed : Le cancer de la prostate est composé d’une masse de cellules anormales (tumeur) qui se multiplient de façon anarchique. Dans la majorité des cas, les cancers de la prostate se développent très lentement. Il faut habituellement une dizaine d’années avant qu’ils ne causent des symptômes. Toutefois, certains cancers de la prostate peuvent évoluer plus rapidement. Lorsque la tumeur progresse, elle peut envahir les organes en contact direct avec la prostate comme les vésicules séminales, la vessie ou le rectum (partie terminale du gros intestin). Les cellules cancéreuses peuvent aussi s’échapper de la prostate et coloniser d’autres organes plus distants comme les ganglions lymphatiques, les os ou, plus rarement, le foie, les poumons. Elles y forment des tumeurs secondaires appelées métastases. Comme celles-ci proviennent de la prostate, elles doivent être traitées de la même manière que le cancer de la prostate.
Quels sont ses symptômes ?
Le cancer de la prostate s’accompagne de symptômes ou signes spécifiques :jet d’urine plus faible ou interrompu, difficulté d’uriner,des fuites urinaires, besoin plus fréquent d’uriner même pendant la nuit, sensation de douleur ou de brûlure lorsqu’on urine,des mictions fréquentes, De telles perturbations sont fréquentes chez les hommes . Mais elles sont souvent la conséquence d’un adénomeprostatique (adénome bénin) qui n’est ni un cancer, ni un facteur de risque du cancer de la prostate.Quand la prostate prend du volume, on appelle ça l’hypertrophie bénigne de la prostate. Cette augmentation anormale du volume de l’organe en question ne concerne pas la même zone qui est concernée par le cancer. Cette hypertrophie a des signes, à savoir d’uriner beaucoup la nuit, ou encore quand on a une urgence d’aller d’uriner, ou aussi d’avoir des difficultés à uriner. L’autre signe est le fait d’avoir la sensation que la vessie ne se vide pas même après avoir uriné. L’hypertrophie est une maladie et non pas le cancer de la prostate
Comment se fait son diagnostic ?
Une augmentation du volume de la prostate n’implique pas nécessairement la présence d’un cancer. Ce n’est que lorsque les cellules de celle-ci se développent de façon anormale et forment une tumeur que l’on parle de cancer. Pour savoir exactement ce qu’il en est, le médecin procédera à un examen clinique – toucher rectal et/ou échographie qui lui permettra d’évaluer la taille et la consistance de la prostate. Il prescrira souvent aussi une prise de sang pour connaître le taux de PSA (Antigène Prostatique Spécifique) du patient. S’il dépasse les 6 ng/ml, il peut indiquer le développement d’un cancer de la prostate, mais pas toujours : il peut également s’agir d’une prostatite ou d’une tumeur bénigne. Il est essentiel que chacun puisse se faire diagnostiquer à temps en cas de doute. Et si le cancer est avéré, qu’il puisse participer en toute connaissance de cause au choix de son traitement en concertation avec son médecin. La meilleure solution pour attaquer le cancer de la prostate est le dépister et le prendre en charge précocement
Quel est le rôle de l’intelligence artificielle dans le dépistage des cancers de la prostate ?
L’intelligenceartificielle trouve de plus en plus d’applications dans le domaine de la santé, et en particulier dans les techniques diagnostiques. . L’IA se révèle une nouvelle technologie prometteuse pour aider les professionnels de santé à mieux dépister et détecter les tumeurs, et notamment les tumeurs prostatiques. Cet outil innovant peut constituer une aide majeure pour les médecins, avec plusieurs avantages importants : Un dépistage des cancers de la prostate; une estimation de la charge tumorale, une détection des tumeurs, parfois non identifiées par les autres tests de dépistage et une meilleure identification du grade de la tumeur.
Quels sont les différents traitements ?
Le choix parmi la panoplie de traitements disponibles s’effectue en fonction des caractéristiques du cancer et, par conséquent, de l’objectif visé :Si la croissance du cancer est très lente, on peut se contenter d’une surveillance active de l’évolution de la taille de la tumeur. Ceci permet de retarder le traitement et même de s’en passer totalement. L’hormonothérapie est destinée à ralentir la croissance des cellules cancéreuses pendant un certain temps.La radiothérapie externe vise avec précision la zone à traiter en épargnant autant que possible les cellules saines et organes à proximité.Autre solution, radicale : la prostatectomie totale, c’est-à-dire l’ablation de la prostate par intervention chirurgicale.
Peut-on vivre sans prostate ?
Vivre sans prostate (prostatectomie totale) est tout à fait possible, mais cela entraîne des conséquences directes sur l’organisme. Les deux séquelles principales sont les troubles de l’érection et aussi l’incontinence urinaire c’est-à-dire des fuites urinaires qui sont fréquentes après l’opération. Elles sont généralement temporaires et s’améliorent avec des séances de rééducation périnéale chez un kinésithérapeute.
SOTUVER a tenu son assemblée générale ordinaire, mardi 7 juillet 2026, avec la participation, pour la première fois, du groupe portugais BA Glass en tant qu’actionnaire de référence, avec 41,3 % du capital acquis en avril 2026. Le management du groupe considère cette opération comme « une étape majeure dans le développement de l’entreprise », destinée à accélérer sa modernisation industrielle grâce au transfert de savoir-faire et aux synergies avec BA Glass.
Concernant les réalisations proprement dites, il ressort de l’exercice 2025 que le spécialiste du verre, SOTUVER, a enregistré une croissance de 16 % de son chiffre d’affaires individuel, à 121,5 millions de dinars (MDT). Mieux encore pour les exportations qui ont représenté près de 75 % de l’activité et ont progressé de 26 %, compensant ainsi le recul du marché local, selon l’intermédiaire en Bourse, MAC SA.
Au niveau consolidé, le chiffre d’affaires a atteint 262,3 MDT, tandis que le résultat net part du groupe s’est élevé à 46,1 millions de dinars.
L’entreprise poursuit également un programme d’investissements important. Le projet phare concerne la reconstruction complète du four n°1 pour un montant estimé à 100 millions de dinars, un investissement présenté comme déterminant pour la compétitivité du groupe durant la prochaine décennie, explique MAC SA.
La stratégie future repose notamment sur :
le développement des exportations, particulièrement en Afrique ;
la création de produits à plus forte valeur ajoutée ;
la réduction des coûts énergétiques via la trigénération, le photovoltaïque et l’électrification ;
l’adaptation aux nouvelles exigences environnementales européennes ;
l’augmentation de l’utilisation du verre recyclé (calcin) dans la production.
Enfin, les actionnaires ont approuvé un dividende de 0,250 dinar par action, identique à celui de l’année précédente, afin de préserver les ressources nécessaires au financement des investissements annoncés.
Il est des mensonges qui ne se contentent pas de travestir la réalité : ils cherchent à la fabriquer. En affirmant sur la chaîne américaine Fox News que «certains villages chrétiens du Sud-Liban ont demandé à être annexés» à son Etat, Netanyahu n’a pas seulement lancé une déclaration spectaculaire destinée à son opinion publique et […]
Pour la troisième année consécutive, la politique de distribution des dividendes des sociétés cotées est en nette amélioration.
Selon le document « Évolution des résultats annuels des sociétés cotées : 2025 vs. 2024 », publié par la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT) le 8 juillet 2026, 51 sociétés cotées ont distribué des dividendes en 2026 au titre de l’exercice 2025, contre 49 sociétés pour l’exercice 2024.
Le montant total distribué s’est élevé à près de 1,7 milliard de dinars, contre 1,6 milliard de dinars en 2024. Ce montant inclut les dividendes proposés dans les projets de résolutions des Assemblées générales ordinaires (AGO) non encore réalisées.
Les résultats sectoriels des sociétés cotées montrent des évolutions contrastées en 2025 : cinq secteurs sur neuf affichent des performances positives, avec les Services aux consommateurs en tête.
Selon le document « Évolution des résultats annuels des sociétés cotées : 2025 vs. 2024 », publié par la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT) le 8 juillet 2026, le secteur des Services aux consommateurs affiche la meilleure progression, suivi par le secteur des Télécommunications. Dans le secteur financier, les 29 sociétés cotées ont réalisé un résultat global de près de 2,1 milliards de dinars en 2025, contre près de 1,9 milliard de dinars en 2024, soit une progression de 6 %.
Dans le détail, les 12 banques cotées ont enregistré un résultat global de près de 1,7 milliard de dinars, en hausse de 6,7 % par rapport à 2024. Les 7 compagnies d’assurances cotées ont également amélioré leur résultat annuel global, qui s’est établi à 192 millions de dinars en 2025, contre 177 millions de dinars en 2024, soit une progression de 8,5 %.
À l’inverse, les 7 sociétés de leasing cotées ont enregistré une baisse de leur résultat annuel global de 7,5 %, à près de 108 millions de dinars contre 116,5 millions de dinars l’année précédente. Du côté du secteur des Biens de consommation, le résultat global de l’année 2025 a progressé de 10,4 %. Les trois grands groupes agroalimentaires cotés (Poulina Group Holding, Délice Holding et SFBT) ont affiché un résultat global de 615 millions de dinars, contre 546 millions de dinars en 2024, soit une hausse de 12,7 %.
Le secteur des Services aux consommateurs a enregistré la plus forte progression en 2025, avec une hausse de 27,3 % de son résultat global par rapport à l’année précédente. Pour les deux enseignes de grande distribution cotées, Monoprix et Magasin General, le résultat annuel global a atteint 7,6 millions de dinars, contre une perte de 3 millions de dinars en 2024.
Concernant les concessionnaires automobiles cotés, hors UADH qui n’a pas encore publié ses états financiers depuis 2018, leur résultat global a progressé de 16,3 % pour atteindre 146 millions de dinars en 2025, contre 126 millions de dinars en 2024. Au total, cinq des neuf secteurs ont enregistré des performances positives en 2025. Au niveau des sous-secteurs, six ont affiché des évolutions positives, tandis que les sous-secteurs « Distribution » et « Biens et services industriels » ont enregistré les plus fortes progressions.
Avec Le Passage, le réalisateur américain Brandt Andersen livre un film poignant sur l’exil et les migrations. Porté par Omar Sy, Yasmine El Masri et Ziad Bakri, ce long-métrage rappelle que derrière chaque réfugié se cache une histoire, un visage…
La présidence du Gouvernement a confirmé que le passage à la phase de réalisation effective du projet de réseau de transport collectif en site propre à Sfax, communément appelé « Métro de Sfax », demeure tributaire de la finalisation d’un ensemble de procédures foncières et réglementaires. Cette mise au point intervient en réponse à une […]
Du 11 au 13 novembre 2026, Nairobi accueillera la 16e édition d’Africa PPP, le Sommet sur le financement, l’investissement et les partenariats public-privé (PPP) en Afrique. Organisé par la Direction des PPP du Kenya, l’événement réunira décideurs publics, investisseurs, institutions financières et développeurs de projets autour d’un objectif commun : accélérer la transformation des ambitions en infrastructures bancables et en projets concrets.
Placée sous le thème « Bâtir la prospérité de l’Afrique : infrastructures, investissements et partenariats transformateurs pour accélérer le développement économique », cette édition intervient à un moment où le défi du continent n’est plus seulement de mobiliser des capitaux, mais de les déployer efficacement.
Le Kenya illustre cette dynamique avec 51 projets PPP, dont 10 déjà en cours de mise en œuvre, tandis que le pays développe un Fonds national d’infrastructure destiné à attirer davantage de capitaux privés et institutionnels. À l’échelle continentale, les réserves de capitaux nationaux non bancaires dépassent désormais 2 000 milliards de dollars, alors que les actifs des fonds de pension et des assurances franchissent 1 000 milliards de dollars, renforçant la nécessité de constituer des portefeuilles de projets solides et attractifs.
Les échanges porteront notamment sur le financement des infrastructures de transport, d’énergie, d’eau, de logement, de santé et d’agriculture, ainsi que sur les mécanismes permettant de réduire les risques pour les investisseurs et d’accélérer la réalisation des projets.
En amont du sommet, une masterclass d’une journée, le 11 novembre, proposera une formation pratique dédiée à la préparation de projets bancables, à destination des unités PPP et des autorités publiques. Des rencontres d’affaires, visites techniques et sessions de réseautage compléteront le programme afin de favoriser la conclusion de nouveaux partenariats et d’accélérer la mise en œuvre des infrastructures prioritaires en Afrique.
Le commerce entre les pays africains poursuit sa progression. Les échanges intra-africains ont atteint 213,8 milliards de dollars en 2025, enregistrant une hausse de 5,47 % par rapport à l’année précédente, selon le rapport African Trade Report 2026 : Leveraging Geopolitics for Trade and Industrialisation in Global Africa publié par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Une dynamique soutenue notamment par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’amélioration des infrastructures de transport et le renforcement des politiques commerciales nationales.
Cette progression masque toutefois une réalité : les échanges restent largement dominés par un nombre limité d’économies africaines. En 2025, dix pays ont concentré près de 60 % du commerce intra-africain, avec une part cumulée de 59,75 %.
L’Afrique du Sud conserve sa position de premier acteur du commerce intra-africain, représentant 19,2 % des échanges de biens réalisés entre pays du continent. Ses exportations vers les marchés africains ont atteint 31,1 milliards de dollars, contre 10,04 milliards de dollars d’importations en provenance du continent.
La puissance économique sud-africaine repose notamment sur une offre industrielle diversifiée. Ses ventes vers l’Afrique concernent principalement les carburants, les machines, les équipements électriques, les véhicules, les plastiques, le fer, l’acier ainsi que les céréales. En parallèle, ses achats auprès des autres pays africains portent notamment sur des matières premières comme le pétrole brut, le charbon et les métaux précieux, mais aussi sur des produits alimentaires transformés et du textile-habillement.
La République démocratique du Congo (RDC) arrive en deuxième position avec 6,74 % des échanges intra-africains. Le poids croissant de Kinshasa s’explique par la taille de son marché intérieur, une population dépassant les 100 millions d’habitants et une position stratégique au cœur de l’Afrique centrale. L’Afrique du Sud reste son principal partenaire commercial africain.
La Côte d’Ivoire complète le podium avec une contribution de 4,83 % au commerce intra-africain. Le pays confirme son rôle de plateforme commerciale en Afrique de l’Ouest grâce à son intégration dans les réseaux régionaux et au développement de la transformation locale des matières premières, notamment dans le cacao et les noix de cajou.
Derrière ce trio figurent l’Ouganda (4,48 %), le Maroc (4,46 %), l’Égypte (4,35 %), la Zambie (4,33 %), le Nigeria (4,22 %), le Zimbabwe (3,64 %) et la Namibie (3,46%). Au-delà des échanges intra-africains, le commerce total de marchandises du continent — incluant les échanges avec le reste du monde — a atteint environ 1 500 milliards de dollars en 2025, en progression de 6,1 % sur un an.
Les exportations africaines de biens ont augmenté de 6,2 %, pour atteindre 685,2 milliards de dollars, tandis que les importations ont progressé de 6 %, à 781,5 milliards de dollars. Cette évolution a toutefois entraîné un creusement du déficit commercial du continent, passé de 91,9 milliards de dollars en 2024 à 96,3 milliards de dollars en 2025. Selon Afreximbank, la croissance des échanges africains intervient dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les conflits régionaux et les incertitudes commerciales. La hausse des prix des produits agricoles ainsi que la progression des cours des minerais et des métaux précieux ont également contribué à soutenir la valeur globale du commerce africain.
Dans ce second article consacré à l’analyse du Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), publié en juin 2026 (253 pages), l’auteur traque les angles morts, incohérences et errata statistiques. Quand les mots trahissent les chiffres…
Moktar Lamari *
La publication des rapports annuels de la BCT a souvent souffert d’un décalage temporel qui réduisait leur portée démocratique. Un rapport annuel d’une banque centrale n’est pas un simple document administratif : il constitue un instrument de reddition de comptes, un acte de transparence institutionnelle et un élément essentiel du débat public sur la politique monétaire, la stabilité financière et l’utilisation des ressources nationales.
Le Rapport annuel 2025 marque, à cet égard, une rupture symbolique, ayant traité du sujet à la transparence.
Une banque centrale indépendante ne peut demander la confiance des citoyens, des investisseurs et des marchés sans pratiquer elle-même une culture de transparence. Le rapport affirme d’ailleurs cette ambition dans son architecture même : gouvernance, stratégie, situation économique, missions monétaires, supervision bancaire et situation financière de l’institution sont regroupées dans une publication exhaustive.
La transparence ne se mesure pas seulement au nombre de pages ou à la richesse des tableaux statistiques. Elle se mesure aussi aux questions posées, aux sujets difficiles abordés et aux angles morts qui subsistent.
Un rapport riche sur certains chiffres, mais silencieux sur d’autres
Le message introductif du gouverneur, Fethi Zouhaier Nouri, présente une lecture globalement optimiste de l’économie tunisienne. Le rapport souligne une croissance du PIB de 2,5 % en 2025 contre 1,6 % en 2024, une baisse du chômage à 15,2 %, ainsi qu’une diminution de l’inflation annuelle moyenne à 5,3 %.
La BCT met également en avant son action monétaire : après plusieurs années de resserrement, elle indique avoir procédé à deux réductions successives de son taux directeur de 50 points de base, en mars puis en décembre 2025, ramenant celui-ci à 7 %.
Cette présentation mérite toutefois d’être complétée par une analyse plus structurelle. La baisse de l’inflation constitue certes un résultat positif, mais elle intervient dans un contexte où le coût du crédit reste très élevé pour les entreprises et les ménages.
Le rapport décrit une politique monétaire visant à préserver la stabilité des prix tout en soutenant l’activité économique, mais il ne développe pas suffisamment le débat sur les conséquences sociales et productives d’une longue période de taux élevés.
La question centrale demeure : la stabilité monétaire a-t-elle été obtenue au prix d’un affaiblissement durable de l’investissement privé ?
Faiblesses et silences du rapport
1- l’optimisme macroéconomique masque des vulnérabilités profondes : le rapport reconnaît certaines fragilités. Il indique que le déficit commercial a atteint 21,8 milliards de dinars en 2025, en hausse de 15,2 %, principalement en raison du déficit énergétique structurel qui représente plus de la moitié du déficit commercial total.
Cette donnée est fondamentale. Elle signifie que derrière l’amélioration apparente des équilibres extérieurs se trouve une dépendance persistante : la Tunisie continue d’importer une part importante de son énergie, ce qui fragilise durablement sa balance des paiements.
Le rapport souligne également que les avoirs extérieurs restent soutenus par les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Mais il traite davantage la diaspora comme une source de devises que comme un acteur économique stratégique.
2- Une diaspora réduite à ses transferts financiers : la diaspora tunisienne apparaît principalement dans le rapport sous l’angle des transferts de revenus. La BCT indique que les revenus entrants ont atteint 14,4 milliards de dinars en 2025, avec une forte contribution des revenus du travail, qui représentent 79,5 % du total des crédits liés aux revenus. Mais une grande question reste sans réponse : combien sont réellement les Tunisiens établis à l’étranger en 2025 ? Quelle est leur structure démographique ? Quels sont leurs investissements productifs ? Quelle part représente l’épargne diaspora dans le financement de l’économie ?
Ces réponses sont importantes. La diaspora ne doit pas être analysée seulement comme un «distributeur automatique de devises». Elle constitue aussi un capital humain, entrepreneurial, scientifique et technologique.
Une banque centrale moderne devrait fournir une cartographie économique complète de cette communauté : nombre, pays d’installation, profils professionnels, investissements immobiliers et productifs, transferts formels et informels.
3- Le honteux silence sur l’économie informelle : l’un des grands angles morts du Rapport annuel 2025 est l’économie informelle. Or, en Tunisie, l’économie parallèle constitue une composante majeure du fonctionnement économique réel : commerce informel, circuits parallèles de change, travail non déclaré, importations hors circuits officiels… Quasiment 37 à 40% de l’économie (du PIB) est opérée par le secteur informel.
La BCT analyse avec précision les flux bancaires, monétaires et extérieurs, mais elle ne propose pas une estimation actualisée du poids de cette économie parallèle ni de son impact sur : la création monétaire ; la fiscalité ; la concurrence entre entreprises ; la demande de devises ; la politique de change.
Ce silence méthodologique est problématique. Une banque centrale ne peut pleinement comprendre la circulation monétaire nationale sans intégrer les circuits économiques et les mécanismes économique (de transmission et de carburation) qui échappent partiellement au système bancaire.
4- L’absence d’analyse des entreprises communautaires : le rapport consacre plusieurs développements à l’innovation financière, à la digitalisation et à l’inclusion financière. Il détaille notamment les projets numériques comme la plateforme Exop dédiée aux opérations de change et la modernisation des systèmes financiers.
Cependant, les entreprises communautaires (chariket ahliya) constituent un angle mort. Leur apparition dans le paysage économique tunisien représente une tentative de renouvellement du modèle entrepreneurial, particulièrement dans les régions marginalisées.
Même si leur poids économique reste encore limité, leur analyse aurait permis d’évaluer leur nombre, leur financement, leurs difficultés administratives, leur contribution à l’emploi régional et leur accès au crédit bancaire.
Le silence sur ce phénomène prive le lecteur d’une partie du débat économique contemporain.
5- Une dépendance financière internationale peu interrogée : le rapport décrit une coopération internationale active avec plusieurs institutions. Il mentionne notamment la coopération financière avec le Fonds Monétaire Arabe, qui a permis un crédit automatique de 14,381 millions de dinars arabes de compte, soit environ 4,6 millions de dollars américains, ainsi que la possibilité d’une enveloppe supérieure à 200 millions USD dans le cadre d’un crédit élargi. Il évoque aussi les relations avec le FMI, la Banque mondiale, Afreximbank et différents programmes de coopération technique.
Mais une question stratégique demeure insuffisamment développée : comment réduire progressivement la dépendance financière extérieure tout en maintenant les équilibres macroéconomiques ?
La question n’est pas l’existence de ces partenariats, qui sont courants pour toutes les économies émergentes. La question est celle de la capacité nationale à retrouver davantage d’autonomie financière.
Quand le silence devient une statistique
Le Rapport annuel 2025 de la BCT constitue une amélioration institutionnelle importante. Sa publication plus rapide, son volume documentaire et sa volonté affichée de modernisation représentent des progrès significatifs.
Cependant, un rapport annuel ne doit pas seulement raconter ce qui fonctionne. Il doit aussi mesurer ce qui échappe aux instruments traditionnels : économie informelle, diaspora, nouvelles formes entrepreneuriales, fractures régionales, dépendances financières…
Les chiffres publiés racontent une partie de la réalité. Les chiffres absents racontent souvent une autre histoire. Et c’est prévisible, la sélection adverse fonctionne à plein… et en plein jour.
La véritable transparence commence lorsque l’institution accepte de mesurer ses propres zones d’ombre. Car en économie, le silence n’est jamais neutre : il devient lui aussi une statistique.
Les incohérences et erratums
Le rapport mérite d’être lu avec prudence. Certaines incohérences et erreurs ont été soulignées par une lecture rapide.
La plus nette incohérence vérifiée porte sur l’effectif de la Banque elle-même. En page 10, le rapport affirme noir sur blanc que «l’effectif global s’établit à 863 agents [fin 2025], contre 890 à fin 2024».
Une page plus loin (p. 11), le Tableau 3 de «Répartition du personnel par genre» donne pourtant, pour la même année 2024, un total de 865 agents (390 femmes + 475 hommes), et non 890. L’écart de 25 unités entre les deux chiffres, présentés à une page d’intervalle pour désigner le même effectif de référence, n’est expliqué nulle part.
Deuxième incohérence, plus mineure mais bien réelle : le même tableau 3 (p. 11) affiche une part féminine de 46,6% dans l’effectif en activité de 2025, alors que le calcul direct (388 femmes sur 834 agents en activité, chiffres eux-mêmes cités en page 10) donne 46,5% — un écart d’arrondi d’un dixième de point qui, seul, serait négligeable, mais qui s’ajoute au premier signe d’un contrôle de cohérence interne perfectible sur le chapitre «Gouvernance et Stratégie».
Troisième point, plus substantiel celui-là : le Tableau 2-6 (p. 65) sur les «Principaux indicateurs de l’emploi» fait bondir la population active totale tunisienne de 4 084 000 personnes en 2023 à 4 532 000 en 2024, soit une hausse de 11% en une seule année — près de 450 000 personnes supplémentaires sur le marché du travail en douze mois — avant de la voir refluer à 4 255 000 en 2025 (-6,1%).
Un tel accordéon statistique, deux fois plus ample dans un sens que dans l’autre, n’est accompagné d’aucune note de bas de tableau, d’aucune mention de révision de base, de changement d’enquête ou de rupture de série de l’Institut national de la statistique, alors même que cette variable détermine mécaniquement le taux de chômage affiché en une du rapport.
Ces trois éléments suffisent, à eux seuls, pour justifier une lecture prudente des statistiques rapportées. On invite la BCT à communiquer mieux et plus sur les données manquantes dont, notamment, le secteur informel, les effectifs des expatriés, le financement de l’économie par la création monétaire, les impératifs et enjeux de la souveraineté du pays en matière de financements, les vraies des séries traitant de l’emploi, de la population active et implicitement du chômage.
En 2025, les comptes extérieurs de la Tunisie se sont dégradés malgré la poursuite de la reprise touristique et la hausse des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger. Selon le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), le déficit courant s’est établi à 4,038 milliards de dinars, soit 2,3 % du PIB, contre 2,576 milliards de dinars et 1,6 % du PIB un an auparavant.
Cette évolution s’explique principalement par l’aggravation du déficit commercial. Celui-ci a atteint 21,8 milliards de dinars (FOB-CAF), en hausse de 15,2 % sur un an. Les importations ont progressé de 5,5 %, à 85,5 milliards de dinars, alors que les exportations n’ont augmenté que de 2,6 %, à 63,7 milliards de dinars. La Banque centrale souligne que ce creusement est essentiellement lié à un effet volume : les importations ont augmenté beaucoup plus rapidement que les exportations. Les termes de l’échange se sont également détériorés de 2 %, sous l’effet d’une baisse des prix à l’exportation (-1,5 %) combinée à une légère hausse des prix à l’importation (+0,5 %).
Face à cette dégradation, plusieurs sources de devises ont continué de soutenir les comptes extérieurs. Le premier moteur reste le tourisme. Les recettes touristiques ont progressé de 7,1 % pour atteindre 8,137 milliards de dinars. La Tunisie a accueilli plus de 11 millions de visiteurs, soit une hausse de 10,4 %, tandis que les nuitées des non-résidents ont augmenté de 9,2 %, à 23,3 millions.
Autre facteur déterminant : les revenus des Tunisiens travaillant à l’étranger. Les revenus du travail ont augmenté de 15,2 % pour atteindre 11,445 milliards de dinars, représentant près de 80 % des recettes de la balance des revenus. Au total, l’excédent de cette balance a atteint 6,696 milliards de dinars, contre 5,125 milliards en 2024. La balance des services continue également de jouer un rôle essentiel. Son excédent s’est établi à 23,796 milliards de dinars, grâce notamment à la progression des activités de fabrication réalisées pour le compte d’entreprises étrangères et aux recettes des voyages.
Du 13 au 15 juillet 2026, Hammamet accueille le Sommet africain de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, sous le thème «Vers une gouvernance numérique intelligente et sécurisée pour la transformation digitale dans les gouvernements africains». Le thème est ambitieux. Les livrables doivent l’être autant — sinon le thème devient lui-même un problème, celui d’une promesse non tenue.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Choisir Hammamet pour accueillir le premier sommet africain consacré à l’IA et à la cybersécurité est un acte de positionnement stratégique que la Tunisie doit assumer pleinement. Mais les sommets africains sur le numérique ont une histoire chargée de déclarations bien formulées et de suivis insuffisants. Le risque n’est pas l’échec de l’événement — c’est son succès de façade. Trois jours d’échanges brillants, un communiqué final ambitieux, et dans six mois, les mêmes questions sans réponse. Cette tribune pose une question simple : qu’est-ce que Hammamet 2026 doit produire concrètement pour ne pas rejoindre cette liste ?
Chaque mot du thème retenu est un engagement implicite que les participants ne peuvent pas ignorer.
Gouvernance — pas seulement des outils déployés, mais des structures de décision qui encadrent leur usage, leur évolution et leur responsabilité. La gouvernance numérique africaine ne peut pas rester un chantier de chaque pays isolément. Elle exige des architectures communes, des standards partagés, des mécanismes d’arbitrage entre souverainetés nationales et interopérabilité continentale.
Intelligente — pas seulement de l’automatisation de processus existants, mais de la valeur ajoutée mesurable pour les citoyens africains. Une IA intelligente dans l’administration publique africaine, c’est une IA qui comprend les langues locales, qui s’adapte aux réalités infrastructurelles du continent, qui produit des réponses utiles dans des contextes de connectivité intermittente. Ce n’est pas ChatGPT avec un logo africain.
Sécurisée — pas seulement des déclarations sur l’importance de la cybersécurité, mais des architectures réelles de protection des données souveraines, des protocoles opérationnels de réponse aux incidents, et une doctrine commune face aux menaces qui ne respectent aucune frontière nationale. La cybersécurité africaine ne peut pas continuer à se construire pays par pays, chacun découvrant seul ce que les autres ont déjà subi.
Les jalons que Hammamet doit poser
Trois livrables concrets doivent être produits par Hammamet 2026 :le premier, indispensable, est un cadre africain commun de gouvernance des données publiques. Les administrations africaines produisent des volumes de données considérables — données sanitaires, foncières, fiscales, démographiques — dont l’exploitation pour des fins d’IA souveraine se heurte partout aux mêmes obstacles : formats hétérogènes, qualité insuffisante, absence de standards d’interopérabilité, vide juridique sur la propriété et l’usage.
Un cadre commun — pas un traité de plus, mais un référentiel technique et juridique opérationnel — permettrait à chaque pays de capitaliser sur les avancées des autres plutôt que de réinventer individuellement des solutions que le continent a collectivement les moyens de produire une seule fois.
Le deuxième livrable est un mécanisme opérationnel de partage d’expériences en cybersécurité entre gouvernements africains. Pas un comité consultatif — un protocole de réponse aux incidents qui transcende les frontières. Les attaques cyber les plus dévastatrices des dernières années en Afrique ont ciblé des infrastructures critiques — systèmes bancaires, réseaux énergétiques, plateformes de services publics. Elles ont été traitées dans l’isolement national alors qu’elles présentaient des signatures communes et auraient pu être anticipées par un partage précoce d’informations. Un Cert africain opérationnel — Centre d’alerte et de réponse aux incidents — est la réponse structurelle à ce déficit. Hammamet doit en poser les jalons.
Le troisième livrable est une feuille de route de coopération Sud-Sud en IA souveraine qui identifie les complémentarités entre écosystèmes africains et organise la mutualisation des ressources rares. Les data scientists spécialisés dans les langues africaines, les annotateurs de données, les experts en fine-tuning de modèles sur des corpus non occidentaux — ces profils sont rares et dispersés sur le continent. Une feuille de route de coopération Sud-Sud permettrait de les mobiliser collectivement, d’éviter que chaque pays les forme pour les voir partir, et de construire la masse critique nécessaire à une IA africaine qui ne soit pas une simple adaptation d’outils conçus ailleurs pour d’autres réalités.
Ce que la Tunisie doit en retirer
Accueillir n’est pas une position stratégique. C’est une opportunité — qui se transforme en position seulement si elle est saisie avec lucidité.
La Tunisie doit sortir de Hammamet avec trois engagements propres, distincts des conclusions collectives du sommet.
Le premier est d’inscrire ce sommet comme point de départ officiel d’un hub tunisien de certification et de gouvernance numérique africaine. La doctrine développée dans ces colonnes au fil des mois — la Tunisie comme couche intelligente entre l’Afrique et l’Europe, tiers de confiance numérique, architecte de la conformité des flux — trouve dans ce sommet sa première occasion de se traduire en mandat institutionnel concret. L’hôte du sommet africain de l’IA a une légitimité naturelle pour proposer d’en devenir le centre de gravité permanent.
Le deuxième engagement est de capitaliser sur la dynamique du sommet pour accélérer l’adoption de la stratégie IA souveraine nationale — dont le Plan 2026-2030, actuellement en cours d’examen parlementaire, doit sortir avec des engagements de transformation opérationnelle mesurables, pas seulement des objectifs de déploiement.
Ce que Hammamet produit en termes de standards et de bonnes pratiques doit alimenter directement les délibérations parlementaires en cours — pas atterrir dans un rapport de conférence qui dormira dans une bibliothèque ministérielle.
Le troisième engagement est de transformer la position d’hôte en position d’architecte — en proposant que Tunis devienne le siège permanent du secrétariat de coopération africaine en IA et cybersécurité. Ce n’est pas une revendication de prestige. C’est une décision stratégique qui ancre durablement la Tunisie dans l’écosystème continental du numérique, génère un flux permanent d’expertise et de relations, et donne à la doctrine du hub Afrique-Europe une incarnation institutionnelle réelle.
Ce que l’histoire des sommets africains enseigne
Les sommets africains sur le numérique ont rarement manqué d’ambition dans leurs thèmes ni de qualité dans leurs débats. Ce qui leur a manqué, systématiquement, c’est le mécanisme de suivi qui transforme les conclusions en décisions et les décisions en réalités.
La différence entre un sommet qui change quelque chose et un sommet qui documente l’état du problème tient à une seule variable : l’existence ou l’absence d’un organe de suivi doté d’un mandat clair, d’une échéance ferme et d’une responsabilité nominale. Sans cela, les meilleures résolutions restent des intentions — et les participants se retrouvent au prochain sommet à constater que les mêmes obstacles sont toujours là, formulés avec un vocabulaire légèrement différent.
Hammamet 2026 doit donc produire, avant de se clôturer, non seulement un communiqué final mais un mécanisme de redevabilité — qui désigne des responsables, fixe des échéances et prévoit une évaluation publique des engagements pris dans douze mois.
Hammamet peut être un tournant
Le contexte est favorable comme il l’a rarement été. Le Plan de développement 2026-2030 est en cours d’examen parlementaire et inscrit l’IA parmi ses axes stratégiques. Le momentum africain sur le numérique n’a jamais été aussi fort. La position géographique tunisienne entre l’Afrique et l’Europe n’a jamais été aussi pertinente. Et la qualité de l’écosystème d’ingénierie tunisien — mathématiciens, data scientists, experts en cybersécurité — n’a jamais été aussi reconnue au niveau continental.
La fenêtre est ouverte. Ce que les participants en feront dans les 72 heures déterminera si Hammamet est un tournant ou un communiqué de plus.
Un sommet ne vaut que par ce qu’il engage. Et ce qu’il engage ne vaut que par ce qui est fait le lendemain.
L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,5 % en 2025, contre 1,6 % en 2024, selon le Rapport annuel de la BCT publié le 7 juillet 2026. Le PIB réel dépasse ainsi pour la première fois son niveau d’avant la pandémie.
Ce résultat masque cependant de fortes disparités sectorielles : l’agriculture et l’industrie manufacturière ont porté la croissance, tandis que les activités financières et d’assurance ont chuté de 8,2 %, plombées par un crédit atone. L’agriculture a constitué le principal moteur de cette progression, avec une croissance de 10,3 % de sa valeur ajoutée, apportant à elle seule 0,9 point de pourcentage à la croissance globale. Cette performance repose sur une campagne 2024-2025 particulièrement favorable sur le plan climatique. La récolte céréalière a atteint 19,8 millions de quintaux, contre 11,5 millions un an plus tôt, dépassant la moyenne de la dernière décennie, proche de 15 millions de quintaux. La production d’huile d’olive a progressé de 54,5 %, à 340 mille tonnes, et celle des agrumes de 5,2 %, à 384 mille tonnes. La production de dattes a en revanche reculé de 10,8 %, à 348 mille tonnes.
Industrie et mines, une reprise à deux vitesses
L’industrie manufacturière a également renoué avec la croissance, à 3,2 %, après un repli de 0,5 % en 2024. Les industries mécaniques et électriques enregistrent la plus forte hausse, à 6,2 %, devant l’agroalimentaire, à 4,5 %, et la chimie, à 3,2 %. Le textile, l’habillement et le cuir demeurent en difficulté, avec une nouvelle baisse de 2,6 % de leur valeur ajoutée, attribuée à la faiblesse de la demande européenne. Du côté des industries non manufacturières, l’extraction minière a bondi de 24,2 %, portée par une production de phosphate brut en hausse de 40,7 %, à 3,8 millions de tonnes. La production d’hydrocarbures poursuit à l’inverse son déclin, avec un recul de 11 % pour le pétrole brut et de 8 % pour le gaz naturel, un rythme toutefois moins marqué qu’en 2024. Le secteur de la construction affiche pour sa part une croissance de 3,7 %, après trois années consécutives de contraction. La Banque centrale y voit un premier signal d’amélioration, sans évoquer encore un redressement confirmé.
Le tourisme porte les services
Les services marchands ont été portés par le tourisme. L’hébergement et la restauration ont progressé de 6,8 %, dans le sillage d’une hausse de 10,4 % des entrées de visiteurs non résidents, à 11,3 millions de personnes, et d’une progression de 7,2 % des nuitées touristiques, à 29,1 millions d’unités. Le commerce a crû de 2,1 % et les services d’information et de communication de 2,0 %. Le transport a en revanche nettement ralenti, à 0,7 % contre 2,7 % en 2024.
La finance, principal point noir de l’année
Le principal signal négatif de l’année provient des activités financières et d’assurance, dont la valeur ajoutée s’est contractée de 8,2 %, après une croissance de 2,6 % en 2024. La Banque centrale attribue ce recul à la faible progression du crédit, limitée à 3,3 %, ainsi qu’à l’application de nouvelles dispositions réglementaires issues de la loi n° 2024-41 du 2 août 2024, qui prévoit un abattement de 50 % des intérêts à taux fixes en faveur des emprunteurs.
Une accélération attendue en 2026
Pour 2026, le ministère de l’Économie et de la Planification prévoit une accélération de la croissance à 3,3 %, portée par l’industrie manufacturière tournée vers l’exportation, la progression attendue des mines et des hydrocarbures, ainsi que par la poursuite du dynamisme touristique. L’agriculture devrait également continuer de contribuer positivement, avec des perspectives jugées favorables pour la campagne 2025-2026, notamment pour l’huile d’olive et les céréales.
En application de sa stratégie de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) et de son engagement en faveur de la transition énergétique, BNA Assurances a procédé aujourd’hui à l’inauguration de deux bornes de recharge destinées aux véhicules électriques et aux véhicules hybrides rechargeables devant sa délégation régionale de Sfax.
Cette cérémonie s’est déroulée en présence de Mohamed Hajri, gouverneur de Sfax, et de Mourad Hammami, directeur général de BNA Assurances, ainsi que de plusieurs responsables régionaux et représentants de la compagnie.
Cette nouvelle installation constitue la deuxième station de recharge déployée par BNA Assurances, après celle mise en service devant son siège social aux Berges du Lac II à Tunis. Elle s’inscrit dans la volonté de la compagnie de contribuer au développement d’un réseau de recharge favorisant l’essor de la mobilité électrique en Tunisie.
À travers cette initiative, BNA Assurances se positionne comme un acteur de référence engagé en faveur de la mobilité durable, en adéquation avec les orientations stratégiques de l’État en matière de transition énergétique. Fidèle à sa mission d’entreprise citoyenne, la compagnie œuvre dans l’intérêt général en contribuant au développement d’infrastructures favorisant une mobilité plus propre, plus accessible et plus durable au bénéfice de l’ensemble de la collectivité.
Cette réalisation s’inscrit dans une démarche RSE globale portée par BNA Assurances, fondée sur l’innovation, la création de valeur durable et la contribution aux objectifs nationaux de développement durable. Elle traduit également la volonté de la compagnie d’accompagner les mutations du secteur des transports et de promouvoir des solutions respectueuses de l’environnement.
À travers cette nouvelle réalisation à Sfax, BNA Assurances réaffirme son ambition d’accompagner la transition écologique en Tunisie et de contribuer, aux côtés des pouvoirs publics et de l’ensemble des parties prenantes, à la construction d’un avenir plus durable.
Selon le dernier classement de la Banque africaine de développement, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les pays les plus industrialisés de l’espace CEDEAO et les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest au sein du top 10 africain. Ils devancent nettement le Nigeria et le Ghana, et dépassent également tous les pays d’Afrique de l’Est continentale. Cette performance résulte d’un environnement plus favorable aux affaires, à l’investissement et à l’industrialisation.
Dans son dernier rapport sur l’industrialisation en Afrique, publié le 24 mai et intitulé « Indice d’industrialisation en Afrique, 2025 », la Banque africaine de développement (BAD) place le Sénégal et la Côte d’Ivoire aux huitième et dixième places, respectivement, du classement continental avec des scores de 0,6368 et 0,6173 point.
Ces deux pays sont les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les plus industrialisés du continent. Ils devancent ainsi nettement le Nigeria et le Ghana, qui occupent les troisième et quatrième positions au niveau régional, respectivement, mais se classent 14e et 18e au niveau continental. Par ailleurs, ils devancent également l’ensemble des pays d’Afrique de l’Est, hors États insulaires, en se positionnant devant le Kenya (11e), pays le plus industrialisé de la région, et loin devant la Tanzanie (23e), l’Éthiopie (31e) ou encore le Rwanda (32e).
Le Nigeria et le Ghana sont suivis par le Bénin et le Togo, deux autres pays membres de l’UEMOA, et classés 24e et 25e sur le plan continental (soit à peu près au même niveau que la Tanzanie, et également devant l’Éthiopie). Non membres de la CEDEAO, la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso suivent aux 34e, 35e et 36e places continentales. Ils précèdent le Cap-Vert (37e) et le Niger (40e), qui a lui aussi récemment quitté la CEDEAO.
Les cinq dernières places ouest-africaines sont donc occupées par la Guinée (41e), le Liberia (42e), la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). Aucun pays francophone ne figure donc parmi les quatre pays les moins industrialisés de la CEDEAO et d’Afrique de l’Ouest.
Au niveau continental, l’Afrique du Nord demeure la région la plus industrialisée (avec quatre représentants dans le top 10, dont trois francophones), devant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et enfin l’Afrique de l’Est. Cette dernière concentre, à elle seule, cinq des dix pays les moins industrialisés du continent, comme le Soudan du Sud, pays produisant une assez importante quantité de pétrole et classé 53e et avant-dernier du classement (juste devant Sao Tomé-et-Principe, minuscule État insulaire lusophone d’Afrique centrale).
L’Afrique de l’Est demeure d’ailleurs également la partie la plus pauvre du continent, dont elle continue à afficher les niveaux de PIB par habitant les plus faibles. À titre d’exemple, seul deux pays d’Afrique de l’Est continentale dépassent la barre des 1 500 dollars par habitant (Djibouti et le Kenya), contre non moins de six d’Afrique de l’Ouest continentale (dont cinq pays francophones). Ce qui rend d’autant plus remarquable le fait que l’Afrique de l’Ouest francophone soit régulièrement l’espace le plus dynamique du continent, avec un taux de croissance annuel de 5,6 % sur la période de 12 années 2014-2025, contre seulement 4,1% pour l’Afrique de l’Est anglophone, moins développée.
Enfin, le classement démontre également la présence de trois pays non francophones d’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les moins industrialisés du continent, à savoir la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). La Gambie se retrouve donc une nouvelle fois aux toutes dernières places du classement continental, soit très loin derrière le Sénégal qui fait, au contraire, régulièrement partie des cinq premiers en Afrique subsaharienne. La question de la viabilité de ce petit pays anglophone extrêmement pauvre, et dont le territoire enclavé constitue la plus grande anomalie territoriale du continent, peut donc être légitimement posée.
Un environnement plus favorable aux affaires et à l’investissement industriel
La supériorité industrielle du Sénégal et de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest, ainsi que par rapport aux pays d’Afrique de l’Est, résulte d’un environnement globalement plus favorable aux affaires et aux investissements, notamment industriels. Les différentes politiques économiques et monétaires suivies au cours des dernières années ont permis de faciliter considérablement les procédures relatives à la création d’entreprise et à l’investissement, tout en maîtrisant l’inflation et en accordant une attention particulière à la transformation locale des matières premières, notamment à travers la multiplication des zones industrielles.
À titre d’exemple, le Sénégal et la Côte d’Ivoire font également partie des dix pays africains les plus performants en matière de climat des affaires, selon le dernier classement annuel publié par la Banque mondiale, en décembre 2025. Ils font d’ailleurs partie des quatre pays ouest-africains francophones figurant au sein du top 10, avec le Bénin et le Togo. Quant à la maîtrise de l’inflation, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont connu un taux annuel d’environ 2 % seulement sur la période de douze années allant de 2014 à 2025 (2,2 et 2,1 % respectivement), contre non moins de 17,2 % et 16,6 % pour le Ghana et le Nigeria, qui ont également subi de très importantes dépréciations de leur monnaie.
Par ailleurs, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se distinguent en matière de lutte contre la corruption. En effet, et selon le dernier classement annuel publié par Transparency International et faisant référence en la matière, le Sénégal est le pays le moins touché par la corruption en Afrique de l’Ouest continentale (65e au niveau mondial), devant le Bénin (70e) et la Côte d’Ivoire (76e). De leur côté, le Ghana affiche également un bon score en se classant au même niveau que la Côte d’Ivoire (76e également), alors que le Nigeria se positionne très loin derrière, à la 142e place mondiale (tout comme le Kenya, 130e).
Les différentes politiques et réformes menées par le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont donc permis d’instaurer un environnement globalement plus favorable au développement économique. Une réalité qui s’est notamment traduite par le fait que ces deux pays aient réalisé un taux de croissance annuel de 6,3 % et 5,5 %, respectivement, sur la période 2014-2025, contre 4,3 % pour le Ghana et seulement 1,9 % pour le Nigeria.
C.rst l’occasion de rappeler que l’Afrique francophone subsaharienne est globalement la partie la plus dynamique du continent, dont elle a réalisé en 2025 le niveau de croissance économique le plus élevé pour la douzième année consécutive, affichant ainsi une progression annuelle de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Dans le même temps, elle a enregistré un taux d’inflation annuel de seulement 4,2 % (et même de 2,3 % en zone CFA), contre non moins de 19,8 %.
Parallèlement, l’Afrique francophone, Maghreb inclus, est globalement la partie la plus industrialisée du continent, avec notamment six pays francophones parmi les dix pays les plus industrialisés selon le dernier classement de la BAD. Un classement dominé par le Maroc francophone, et où un seul pays francophone se trouve parmi les six pays les moins bien classés.
Toutefois, si de grandes avancées ont été réalisées, le chemin est encore long afin de rattraper le retard économique et industriel du continent sur le reste du monde. Aujourd’hui, et selon la BAD, l’Afrique ne serait à l’origine que de 2 % de la production mondiale de produits manufacturés et de 1,4 % des exportations en la matière. Cependant, la mise en œuvre progressive de la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) devrait contribuer à accélérer l’industrialisation du continent.
Par ailleurs, l’augmentation considérable des coûts de production asiatiques au cours des dernières années est de nature à augmenter grandement la compétitivité et l’attractivité de l’Afrique en tant que fournisseur de produits manufacturés, notamment vers l’énorme marché européen.
Une évolution qui offrira donc très prochainement de grandes opportunités au continent, comme on le voit déjà avec le Bénin, qui commence à concurrencer la Chine et le Bangladesh dans le domaine du textile. Les pays africains devront donc poursuivre leurs efforts en matière de bonne gouvernance, d’amélioration du climat des affaires, de développement des infrastructures et des compétences humaines afin d’être en mesure de saisir les nombreuses et gigantesques opportunités qui se présenteront.
Ilyes Zouari
Président du CERMF (Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone)
En application de sa stratégie de Responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) et de son engagement en faveur de la transition énergétique, BNA Assurances a procédé aujourd’hui à l’inauguration de deux bornes de recharge destinées aux véhicules électriques et aux véhicules hybrides rechargeables devant sa délégation régionale de Sfax.
Cette cérémonie s’est déroulée en présence de Mohamed Hajri, gouverneur de Sfax, et de Mourad Hammami, directeur général de BNA Assurances, ainsi que de plusieurs responsables régionaux et représentants de la compagnie.
Cette nouvelle installation constitue la deuxième station de recharge déployée par BNA Assurances, après celle mise en service devant son siège social aux Berges du Lac II à Tunis. Elle s’inscrit dans la volonté de la compagnie de contribuer au développement d’un réseau de recharge favorisant l’essor de la mobilité électrique en Tunisie.
À travers cette initiative, BNA Assurances se positionne comme un acteur de référence engagé en faveur de la mobilité durable, en adéquation avec les orientations stratégiques de l’État en matière de transition énergétique. Fidèle à sa mission d’entreprise citoyenne, la compagnie œuvre dans l’intérêt général en contribuant au développement d’infrastructures favorisant une mobilité plus propre, plus accessible et plus durable au bénéfice de l’ensemble de la collectivité.
Cette réalisation s’inscrit dans une démarche RSE globale portée par BNA Assurances, fondée sur l’innovation, la création de valeur durable et la contribution aux objectifs nationaux de développement durable. Elle traduit également la volonté de la compagnie d’accompagner les mutations du secteur des transports et de promouvoir des solutions respectueuses de l’environnement.
À travers cette nouvelle réalisation à Sfax, BNA Assurances réaffirme son ambition d’accompagner la transition écologique en Tunisie et de contribuer, aux côtés des pouvoirs publics et de l’ensemble des parties prenantes, à la construction d’un avenir plus durable.
À la clôture du premier semestre 2026, le marché primaire affiche une physionomie répétée, marquée par une prédominance des titres de créances. Au total, les émissions s’élèvent à 501,199 MDT fin juin 2026, une baisse globale de 28,5% par rapport à la même période en 2025 (700,560 MDT).
Les émissions de titres de créances ont attient 490,200 MDT, dont 310 MDT mobilisés par les sociétés cotées et 180,200 MDT par celles hors cote. Bien qu’elles soient en repli de 16,84% par rapport au premier semestre 2025, ces émissions représentent plus de 97,8% de l’ensemble de l’activité du marché. L’opération la plus importante est celle à 250 MDT. Il y a aussi Amen Bank et Taysir Microfinance, avec 60 MDT chacune. Le compartiment des Sukuk est resté totalement atone sur cette période, n’enregistrant aucune opération.
Sur la Cote de la Bourse, la tendance majeure en matière de titres de capital ne s’est pas orientée vers l’appel public à l’épargne classique, mais plutôt vers la consolidation interne. L’opération phare de ce semestre est portée par Assurances Maghrebia. La compagnie a procédé à une incorporation de réserves d’un montant de 10 MDT. Cette stratégie reflète la volonté des entreprises cotées de renforcer leur structure financière et de rassurer les actionnaires dans un contexte macroéconomique serré.
Le compartiment Hors-Cote s’est distingué par une opération de restructuration, celle de la Sodek Sicar. La société a réduit son capital d’un montant de 0,548 MDT, matérialisé par l’annulation de 109 760 actions. Puis, une injection en numéraire de 0,999 MDT a été réalisée sans recours à l’appel public à l’épargne. Elle a été intégralement souscrite par un consortium de banques, à savoir la BH Bank, la STB Bank et la BNA Bank.
Face à une conjoncture globale exigeante, les sociétés tunisiennes maintiennent leur préférence pour la dette, un comportement dicté en partie par les règles prudentielles des institutions financières. Cette tendance historique se traduit par une rareté des augmentations de capital et une faible sollicitation des actionnaires.
L’affaire Balogun a fait basculer la Coupe du Monde 2026 dans une crise institutionnelle rare, opposant frontalement la Fifa à l’UEFA. En cause : le revirement de l’instance mondiale, qui a levé la suspension automatique de l’attaquant américain Folarin Balogun à la veille d’un huitième de finale décisif, après un carton rouge que le règlement rendait pourtant incontestable.Le football mondial sens dessus dessous… (Image d’illustration réalisée par IA).
Habib Glenza
L’UEFA a réagi par un communiqué d’une dureté inhabituelle, dénonçant une lignerouge franchie et une atteinte à l’intégrité de la compétition. En arrière-plan, un coup de fil : celui du président américain, qui aurait personnellement pesé sur le dossier. De quoi transformer une banale sanction disciplinaire en affaire de gouvernance mondiale, à l’entrée du tableau final de la Coupe du monde de football 2026.
Ce qui se joue dépasse largement le cas d’un joueur. C’est la crédibilité de l’arbitrage, l’indépendance de la Fifa face au pouvoir politique, et la rivalité larvée entre les deux plus grandes instances du football qui se retrouvent exposées en pleine lumière.
Chronologie de l’affaire Balogun
Tout part d’un geste. Lors de la victoire des États-Unis contre la Bosnie-Herzégovine en seizièmes de finale, Balogun, buteur dans la rencontre, est exclu après un tacle jugé dangereux sur le défenseur Tarik Muharemovic, semelle en avant. La sanction tombe après recours à la vidéo : carton rouge direct, synonyme de suspension automatique pour le match suivant.
Dans le cadre réglementaire du tournoi, cette suspension d’un match n’est pas censée être discutable. Plusieurs responsables de la Fifa avaient eux-mêmes rappelé, dans un premier temps, qu’un carton rouge direct entraînait un match de suspension ne pouvant faire l’objet d’un appel.
Dans un Mondial à 48 équipes qui avait déjà vu seize nations éliminées dès la phase de poules sans le moindre passe-droit, Balogun, meilleur buteur des siens avec trois réalisations, semblait donc condamné à manquer le huitième de finale contre la Belgique.
C’est là que survient le coup de théâtre. À la veille de la rencontre, la Commission de discipline de la Fifa annonce que la suspension est assortie d’un sursis probatoire d’un an. Traduction concrète : Balogun redevient immédiatement alignable. Le joueur, qui avait publiquement déclaré qu’il devait accepter la sanction, se retrouve réintégré dans le groupe américain à quelques heures du coup d’envoi.
Pour justifier ce revirement, la Fifa invoque l’article 27 de son Code disciplinaire. Ce texte autorise l’organe compétent à suspendre, totalement ou partiellement, l’exécution d’une sanction. Dans le cas Balogun, la formulation officielle est limpide : l’exécution de la suspension est reportée pendant une période probatoire d’un an. Si le joueur commet une nouvelle faute de nature comparable dans les douze mois, la sanction initiale sera réactivée.
Le problème, soulevé par plusieurs juristes du droit du sport, tient à la collision avec un autre article. L’article 66.4 du même Code prévoit qu’un carton rouge entraîne automatiquement une suspension pour le match suivant, sans marge d’interprétation.
La Royal Belgian Football Association s’est ditestupéfaite et a dénoncé une mesure en contradiction directe avec le règlement de la compétition, rappelant que le caractère automatique de la suspension avait été réaffirmé par écrit à toutes les sélections, via la Circulaire n°16 distribuée aux fédérations en mai 2026.
Ne pouvant contester la décision devant la Fifa elle-même, dossier concernant un joueur adverse, la fédération belge a d’abord obtenu le droit de faire appel, puis s’est tournée vers le Tribunal arbitral du sport (Tas), dont la chambre ad hoc peut trancher en urgence pendant un grand tournoi. Le risque pour les États-Unis est réel : aligner un joueur finalement jugé inéligible pourrait exposer à une défaite sur tapis vert.
La Fifa a franchi une ligne rouge
La réaction de l’UEFA a donné à l’affaire sa dimension politique. Dans un communiqué, l’instance européenne estime que la décision a franchi une ligne rouge et met en jeu l’intégrité du jeu. Son argumentaire est frontal : une suspension automatique d’un match après un carton rouge relève d’une règle, pas d’une option discrétionnaire soumise à l’appréciation d’un organe.
L’UEFA va plus loin en pointant le risque de précédent. Si une sanction automatique peut être levée dans un cas, alors toutes les situations comparables du tournoi devront être traitées de la même manière, sous peine de rompre l’égalité entre les équipes.
Cette sortie publique pèse lourd dans les rapports de force du football. Il est rare que l’UEFA attaque aussi ouvertement la Fifa en plein Mondial, sur un dossier disciplinaire concernant une nation non européenne. Le geste dit surtout combien la confiance entre les deux instances s’est dégradée et combien la crédibilité de la Fifa a été entamée.
Pression personnelle de Trump sur Infantino
Le point le plus explosif se situe hors du terrain. Selon Reuters et l’AFP, le président américain Donald Trump aurait personnellement appelé le patron de la Fifa, Gianni Infantino, pour lui demander de réexaminer le carton rouge. Le chef d’État a ensuite salué publiquement, sur son réseau Truth Social, la réparation de ce qu’il présente comme une injustice, tandis que la Maison-Blanche relayait la nouvelle.
Ni la Fifa ni les autorités américaines n’ont commenté cette intervention téléphonique. Mais la seule perspective d’un chef d’État influençant une décision disciplinaire en plein tournoi a suffi à embraser le débat. L’ancien président de la Fifa, Sepp Blatter, est sorti du silence pour rappeler qu’un carton rouge se renverse par des règles, des preuves et des instances indépendantes, pas par des appels politiques.
Le contexte donne du poids à ces critiques. La proximité affichée d’Infantino avec Trump, multipliée depuis des mois lors de sommets diplomatiques, nourrit déjà les interrogations sur la neutralité politique de l’institution, qui sanctionne la Russie pour son invasion de l’Ukraine mais pas Israël pour son génocide à Gaza, alors que la Coupe du Monde 2026 est coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
L’affaire Balogun vient cristalliser cette suspicion d’un football mondial perméable au pouvoir politique.
Le cas de Ronaldo et l’article 27
La défense de la Fifa repose en partie sur l’existence d’un précédent. Quelques mois plus tôt, Cristiano Ronaldo avait écopé de trois matchs de suspension pour un coup de coude en qualifications. Deux de ces matchs avaient finalement été assortis de sursis via le même article 27, permettant au capitaine portugais de disputer l’entrée en lice de sa sélection au Mondial. La décision avait déjà suscité la critique à l’époque.
Ce parallèle est à double tranchant pour la Fifa. Il montre que l’article 27 n’a pas été inventé pour Balogun. Mais il révèle aussi une application sélective : deux stars majeures bénéficient d’un traitement de faveur là où des joueurs de moindre notoriété purgent leur suspension sans discussion. C’est précisément cette jurisprudence à géométrie variable que dénonce à juste titre l’UEFA.
L’Argentine, championne du monde de football en titre, va-t-elle continuer à bénéficier de la même complaisance dont la gratifiée la Fifa depuis le début de la Coupe du Monde, ou l’attitude de l’instance footballistique mondiale va-t-elle changer lorsque l’Albiceleste va se trouver, forcément, face à une équipe européenne ?
Dr Mounir Hanablia *
L’Argentine est une grande équipe, elle fait preuve d’esprit offensif, sait tout simplement se créer les occasions de buts face aux équipes repliées et possède en Lionel Messi un joueur hors norme qui, la quarantaine entamée, peut autant marquer que distribuer des passes décisives à ses coéquipiers.
Néanmoins, deux remarques restent à faire. La première a trait à son parcours en phase finale de la Coupe du monde 2026 au cours duquel elle a affronté l’Algérie, la Jordanie, l’Autriche, le Cap Vert, et en huitième de finale, l’Egypte. Quand on pense qu’elle va affronter la Suisse, vainqueur de la Colombie en huitième de finale, hier soir, on ne peut pas dire que sa route aura été particulièrement semée d’embûches, avant les demi-finales, du moins sur le papier.
Dans la réalité, elle a dû puiser au fond de ses ressources pour battre les surprenants Capverdiens après prolongation, en inscrivant deux buts sur corner. Si on compare cela au Portugal, qui a affronté la Colombie, la Croatie, et l’Espagne, on ne peut pas dire que le calendrier de la Fifa ait eu pour souci principal l’équité. L’Angleterre elle a dû rencontrer la Croatie, puis le Mexique dans son antre du stade Azteca à 2240 mètres d’altitude, et a été obligée de prendre l’avion 7 fois en 12 jours.
Un arbitrage complaisant
La seconde remarque concerne la victoire face à l’Egypte. Le Onze égyptien s’est retrouvé menant au score 2-0 à 15 minutes de la fin du match en dépit d’un pénalty inexistant concédé aux Argentins et raté par la star Messi, et d’un but parfaitement régulier marqué par les Pharaons et annulé par l’arbitre pour une faute imaginaire sur un joueur argentin au départ d’une contre-attaque rondement menée.
On peut encore considérer que l’égalisation obtenue en fin de match par les Sud-Américains n’a reflété que leur supériorité réelle sur le terrain.
Néanmoins c’est le troisième but, celui de la victoire qui pose problème. En effet, au départ de l’action, un joueur égyptien a été intentionnellement déséquilibré probablement par Alexis Mc Allister dans la surface de réparation argentine, afin de l’empêcher d’être à la réception d’un centre mal repoussé par sa défense. Immédiatement après, Mohamed Salah a été séché par un défenseur, toujours dans la surface de réparation. La VAR, le but argentin étant inscrit, n’a pas trop insisté en s’abstenant d’en reprendre le prélude sous toutes les coutures ainsi qu’elle a l’habitude de le faire.
Ainsi deux fautes pénalisables en faveur des Egyptiens dans la surface de réparation adverse et ignorées par l’arbitrage ont constitué le départ de la contre-attaque victorieuse qui a permis à l’équipe Albiceleste d’éviter l’épreuve des prolongations.
On comprend la fureur des entraîneurs égyptiens, les deux frères jumeaux Houssem et Ibrahim Hassan, à la fin du match, mais c’est ainsi.
Europe contre Amérique du Sud
On ignore les raisons de la sollicitude témoignée par la Fifa en faveur de l’Argentine, dont le président est un proche de Donald Trump. Ce dernier n’avait pas hésité à intervenir pour faire annuler un carton rouge contre un joueur de la sélection de son pays. Apparemment, des intérêts financiers énormes imposent la poursuite du feuilleton de la Coupe du monde Europe contre Amérique du Sud, et une finale avec la Colombie n’intéresserait certainement pas grand monde.
Pour en revenir à l’équipe d’Argentine, il semble que son aspect offensif et spectaculaire ne soit que le fruit des circonstances, contre des équipes mal classées. Face à des grosses pointures, il faut s’attendre à ce qu’elle montre un visage beaucoup moins sympathique qui a fait sa réputation, celui d’une équipe défensive gelant le jeu et refusant d’ouvrir des espaces. Reste à savoir si la complaisance dont elle bénéficie de la part de la Fifa se manifestera ou non lors de la finale **.
* Médecin de libre pratique.
* Lors du match des Argentins contre l’Algérie, une agression caractérisée commise par Messi aurait pu coûter sa cheville au défenseur Aissa Mandi. Le score était de 0-0. Une expulsion de Messi, amplement justifiée, aurait donné une autre physionomie au match, l’Argentine sans Messi devenant une équipe très accessible. L’arbitre et la VAR n’ont -très opportunément- rien vu. Si c’était Mandi qui avait commis la même agression contre Messi, l’auraient-ils laissé passer ? Comme quoi, la Fifa ne donne qu’aux riches. Ce qui, d’une certaine façon, justifie les récriminations de Trump, lequel aurait aimé voir les Etats-Unis bénéficier, eux aussi, de cette règle non écrite (NDLR).