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Cybersécurité : l’alerte rouge sur la manipulation algorithmique

« L’intelligence artificielle (IA) n’est plus un simple outil d’assistance, mais un véritable phénomène de manipulation cognitive et comportementale à l’échelle mondiale », estime l’expert en cybersécurité et en IA, Oussama Lahmar. De ce fait, il appelle à l’instauration de la « résistance cognitive » face aux algorithmes, soulignant l’urgence de combler le retard législatif tunisien en la matière, un constat récemment corroboré par l’UNESCO, rapporte l’agence TAP.

Lors de la présentation d’une étude intitulée « L’intelligence artificielle, la drogue numérique qui vole nos esprits », l’expert a mis en garde contre la transformation de l’IA d’un outil technique en un « guide invisible » orientant aussi bien rationnellement qu’émotionnellement les comportements humains.

Le véritable danger, selon lui, réside dans la fragilité structurelle de ces systèmes : les statistiques récentes en cybersécurité révèlent que 73 % des grands modèles de langage (LLM) sont vulnérables aux « injections d’instructions » (prompt injection). Cette faille permet d’orienter délibérément les résultats présentés à l’utilisateur, ouvrant la voie à de nouveaux crimes numériques et à la manipulation de l’opinion publique sans trace humaine visible.

Tout utilisateur est un livre ouvert

L’expert a détaillé un modèle de manipulation en quatre étapes observables : la fascination, l’attraction, la conviction et enfin la manipulation. Face à l’accumulation de données comportementales qui transforme chaque utilisateur en un « livre ouvert » pour les algorithmes, Lahmar a estimé que l’avenir divisera l’humanité en deux catégories : « ceux qui contrôlent la technologie et ceux qui sont contrôlés par elle ».

Pour y échapper, il a écarté l’option du rejet technologique, lui préférant le développement d’une pensée critique et d’une formation technique approfondie. Il a plaidé pour l’adoption d’une charte encadrant une utilisation consciente de l’IA, incluant des législations strictes pour protéger les données psychologiques des citoyens et les catégories vulnérables (les enfants et les personnes âgées) contre les diagnostics et les orientations algorithmiques arbitraires.

Cet appel à la régulation fait écho aux conclusions d’une étude de l’UNESCO sur l’écosystème de l’IA en Tunisie, dont les résultats préliminaires ont été présentés en décembre 2025.

Selon Hichem Besbes, expert en télécommunications ayant participé à ces travaux, la Tunisie accuse un retard législatif par rapport aux normes internationales. Le diagnostic souligne la nécessité impérative de renforcer le système national de protection et de stockage des données, tout en valorisant les compétences locales.

Le pays affiche néanmoins des points positifs, notamment un engouement croissant des étudiants pour les filières technologiques, une hausse du volume des publications scientifiques spécialisées et une amélioration de la connectivité Internet.

Pour accompagner cette transition et combler les lacunes, le bureau régional de l’UNESCO pour le Maghreb prévoit d’élaborer, dès cette année 2026, un ensemble de programmes en Tunisie, toujours selon la TAP.

Son directeur, Charaf Ahmimed, a indiqué que ces initiatives incluront des sessions de formation à l’intention des enseignants de la formation professionnelle et des jeunes diplômés, visant à développer leurs compétences pour un usage sûr, éthique et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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Washington autorise un accès contrôlé au modèle d’IA Mythos 5 d’Anthropic

Le gouvernement américain a décidé, vendredi 26 juin, de lever partiellement les restrictions imposées au modèle d’intelligence artificielle, Claude Mythos 5, développé par la société Anthropic. Il autorise sa mise à disposition auprès de plus de 100 institutions américaines, incluant de grandes entreprises privées et plusieurs agences gouvernementales.

Cette décision marque un infléchissement notable de la position de l’administration américaine, qui avait bloqué il y a deux semaines l’accès au modèle, invoquant des préoccupations liées à sa puissance et à ses usages potentiellement détournés.

Selon une lettre adressée à Anthropic, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a indiqué avoir estimé que « des garanties appropriées » étaient désormais en place pour permettre un accès contrôlé au modèle.

Dans le cadre de cet accord, les restrictions d’exportation sont assouplies : aucune licence ne sera désormais requise pour transférer ou utiliser le modèle Claude Mythos 5 au sein des entités listées en annexe, y compris leurs employés étrangers, ainsi que certains employés étrangers d’Anthropic.

Un contrôle renforcé mais un accès élargi

Le gouvernement précise toutefois que l’ouverture reste strictement encadrée et réservée à des partenaires identifiés comme « de confiance ». L’objectif affiché est de concilier innovation technologique et contrôle des risques liés aux modèles d’IA avancés.

Le modèle Mythos 5 avait été suspendu, ainsi que sa version allégée Fable 5, après des alertes émises par Amazon et d’autres acteurs technologiques concernant un risque de détournement à des fins malveillantes.

Cette décision intervient le jour même où le concurrent direct d’Anthropic, OpenAI, a annoncé le déploiement de son nouveau modèle GPT-5.6, accessible à un nombre limité de partenaires agréés par le gouvernement américain.

Cette synchronisation souligne l’intensification de la compétition entre les principaux acteurs de l’intelligence artificielle de pointe, dans un contexte où la régulation devient un facteur stratégique au même titre que la performance technique.

Vers une nouvelle gouvernance des modèles d’IA avancés

En arrière-plan, cette séquence illustre l’émergence d’un modèle de gouvernance hybride, dans lequel l’État américain intervient directement dans la diffusion des modèles les plus puissants, en coordination étroite avec les entreprises du secteur.

Anthropic s’est engagée à coopérer avec les autorités américaines sur les protocoles, les normes et les futures versions de ses modèles, renforçant ainsi l’idée d’un encadrement structurel de l’IA de pointe.

Cette évolution confirme que les modèles d’intelligence artificielle les plus avancés ne sont plus seulement des produits technologiques, mais des actifs stratégiques soumis à des arbitrages politiques et sécuritaires.

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