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Ormuz sous tension après des frappes américaines en Iran

L’armée américaine a attaqué l’Iran, vendredi 26 juin, en réponse à une frappe de drone iranienne contre un cargo dans le détroit d’Ormuz, mettant ainsi à l’épreuve le fragile accord de paix conclu les deux pays.

À peine un jour après l’attaque d’un navire marchand près des côtes omanaises, l’Iran a réaffirmé vendredi son droit à contrôler la navigation dans le détroit d’Ormuz, tout en mettant en garde les monarchies du Golfe contre tout alignement sur les positions américaines. Cette nouvelle passe d’armes diplomatique intervient alors que l’accord préliminaire conclu récemment pour mettre fin à la guerre entre Washington et Téhéran montre déjà des signes de fragilité.

La réaction iranienne fait suite à une déclaration commune des États-Unis et des six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dénonçant les prétentions de Téhéran à imposer des droits de passage aux navires empruntant cette voie maritime stratégique. Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio et les États du Golfe ont réclamé une navigation « libre, inconditionnelle et sans restriction », rejetant toute tentative iranienne d’exercer un contrôle ou de percevoir des péages.

Sur le réseau X, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a répondu que « la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz ne peut être garantie par des arrangements ambigus, des itinéraires parallèles ou des mécanismes décisionnels ignorant le rôle de l’Iran en tant qu’État riverain ».

Une attaque qui ravive les inquiétudes

Cette montée de tension survient après qu’un cargo battant pavillon singapourien a été touché jeudi 25 juin lors de sa traversée du détroit. Selon l’armateur Evergreen, le navire a subi des dommages au niveau de la passerelle mais a pu poursuivre sa route sans victime parmi l’équipage.  L’incident a conduit l’Organisation maritime internationale (OMI) à suspendre temporairement son programme d’évacuation des centaines de navires restés bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, le 28 février dernier. L’agence onusienne souhaite obtenir de nouvelles garanties de sécurité avant de reprendre ses opérations…

Les marchés restent prudents

Malgré ces tensions, les marchés pétroliers ont poursuivi leur détente. Les cours du brut ont reculé, les opérateurs estimant que les exportations énergétiques du Golfe reprennent progressivement. Le géant saoudien Saudi Aramco a ainsi relancé ses chargements de pétrole à Ras Tanura, le plus grand terminal pétrolier du monde, après près de quatre mois d’interruption.

Les expéditions d’engrais, elles aussi fortement perturbées par le conflit, recommencent à quitter la région. Toutefois, les analystes estiment qu’un retour à la normale reste éloigné en raison des risques sécuritaires persistants, des infrastructures endommagées et de centaines de navires encore immobilisés…

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Chronique – Accord USA-Iran : Benjamin Netanyahou y laisse des plumes

« Allié inconditionnel d’Israël et de son Premier ministre, le président américain pourrait signer la mort politique de Benyamin Netanyahou et sa défaite aux prochaines élections, après avoir hâtivement mis fin à la guerre et conclu un accord avec Téhéran », écrit le média américain, The Atlantic.

 

Et si le protocole d’accord arraché dans la douleur avec Téhéran constituait finalement le pire cauchemar du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou ? Ne se targuait-il pas d’avoir l’oreille du président américain et d’influer sur la politique étrangère de Washington, au point de bénéficier du privilège rarissime d’être reçu à sept reprises à la Maison Blanche ?

Mais c’était sans compter sur l’imprévisibilité de l’ancien promoteur immobilier, ni sur un principe fondamental de la Realpolitik qui gouverne les relations internationales : les alliances comme les choix géopolitiques obéissent d’abord au pragmatisme et à la défense des intérêts nationaux, bien davantage qu’aux affinités personnelles ou aux proximités idéologiques. Après tout, ne dit-on pas que « les États n’ont pas d’amis, seulement des intérêts » ? Bibi aurait tout intérêt à méditer cette maxime, souvent attribuée, à tort, au général de Gaulle.

Brimades et vexations publiques

Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de cette relation autrefois présentée comme privilégiée entre les deux hommes. La proximité avec Washington, que Netanyahou exhibait comme une preuve de son poids politique et un argument électoral, semble s’être retournée contre lui. Ce qui constituait hier encore un signe de puissance apparaît désormais comme le révélateur de son érosion d’influence.

Trump n’avait-il pas hésité, lors d’une une conversation téléphonique houleuse avec Premier ministre israélien sur le bombardement israélien du Sud de Beyrouth, à le traiter comme quantité négligeable ? « T’es complètement cinglé ! Qu’est-ce que tu fous ? Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », lui aurait lancé le milliardaire républicain, faisant référence au procès pour corruption visant le Premier ministre israélien depuis 2020.

Ajoutant à cela qu’afin de préserver l’accord en cours de négociation avec Téhéran, le président américain a en effet contraint le gouvernement Netanyahou à renoncer à des frappes de représailles contre l’Iran et exigé une modération de sa réponse aux tirs du Hezbollah, avant d’imposer un cessez-le-feu entre Israël et le mouvement chiite le 19 juin.

Par ailleurs, en signe de défiance, le président octogénaire aura  également refusé que Tel-Aviv ait un droit de regard sur le protocole d’accord négocié par son administration avec l’Iran. La confiance ne semble plus régner entre les deux hommes ; loin de là.

Bref, « non seulement il a perdu la guerre avec l’Iran, mais il a aussi perdu Trump comme ami. Il est désormais isolé non seulement sur la scène internationale, mais enfermé dans un conflit majeur avec Trump », a asséné Aviv Bushinsky, ancien conseiller de Netanyahou.

Dilemme

Mais comment réagit le dirigeant israélien face à ce désamour qu’il n’a pas vu venir ? Va-t-il, pour sauver la face, se rebiffer contre le « diktat » américain ou est-il plus sage de plier l’échine en attendant le passage de l’orage ? Placé devant un dilemme existentiel pour son pays ainsi que pour son avenir politique, il se mure pour le moment dans un silence pesant. En a-t-il d’ailleurs le choix ?

Un dilemme que le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a parfaitement résumé lundi 22 juin au Parlement en ces termes : « soit un affrontement direct et destructeur avec notre plus grand allié, soit une capitulation servile face aux intérêts israéliens ».

Mais en attendant que le versatile président américain revienne à de meilleurs sentiments, Netanyahou devra justifier – devant l’opinion publique israélienne, à son électorat, et surtout devant son gouvernement composé de la coalition de droite, d’extrême droite et de partis ultra-orthodoxes avec à leur tête l’incontrôlable Bezalel Smotrich ou encore l’infréquentable Itamar Ben-Gvir – que lui qui se targue publiquement d’exercer une réelle influence sur les décideurs à Washington soit écarté brutalement et sans ménagement des accords avec l’Iran par l’homme qu’il désignait comme « le plus grand ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche ».

Il devra également justifier que l’homme qui a fait du conflit avec l’Iran le pilier central de la politique de sécurité d’Israël, finisse d’accepter que l’Iran, l’ennemi « existentiel » dont il en fait une fixation depuis plus de 30 ans, sorte du conflit affaibli militairement mais la tête haute pour avoir tenu tête à deux puissances nucléaires.

Enfin, sur le dossier libanais, Netanyahou semble plus que jamais tiraillé. Doit-il se plier aux exigences de Trump, qui presse Tsahal de mettre fin à ses frappes contre le Hezbollah, le bras armé de Téhéran, et de se retirer du Sud Liban, ou écouter son propre camp, qui appelle à tenir bon au nom des intérêts supérieurs d’Israël ? Cette ligne dure s’est d’ailleurs exprimée publiquement : « L’accord de Trump ne nous engage pas », a lancé le 22 juin sur les réseaux sociaux Itamar Ben-Gvir.

Le Premier ministre israélien semble avoir tranché en affirmant que les forces israéliennes resteraient dans les zones de sécurité du Liban, de la Syrie et de Gaza « aussi longtemps que nécessaire », et qu’elles « conservaient la liberté d’agir contre les attaques ». Mais en a-t-il les moyens ?

Reprise de main

« Toute action militaire israélienne perçue à Washington comme une tentative de saboter l’accord se heurtera très probablement à une réponse ferme de la part des États-Unis », a déclaré un chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale (INSS) dans un article publié dans le quotidien Israel Hayom.

« Contrairement à ce qui se passait sous l’administration Obama, lorsque Benjamin Netanyahou pouvait tenter de contourner la Maison Blanche en mobilisant le soutien du Congrès et de l’opinion publique américaine, ces options n’existent pratiquement plus aujourd’hui », a-t-il encore ajouté.

Aujourd’hui, le président américain semble avoir définitivement repris la main. Fini le temps où Benyamin Netanyahou pouvait composer par téléphone les équilibres stratégiques de Washington à sa convenance. L’influence israélienne, longtemps exercée dans l’ombre mais avec efficacité, paraît désormais nettement affaiblie.

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