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La haine raciale s’affiche au grand jour en France

Les images sont d’une violence glaçante. Filmés en pleine rue, plusieurs individus scandent sans détour : «Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir.» Un slogan qui ne relève ni de la provocation politique ni de la liberté d’expression, mais d’une haine raciale et d’un appel à la violence visant une population en raison de son origine.

Djamal Guettala 

Une seconde vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, semble confirmer que ces faits ne sont pas isolés. Pourtant, malgré la gravité apparente des propos, le traitement médiatique de cette affaire est jugé par certains particulièrement discret, notamment sur plusieurs chaînes d’information en continu. Un contraste qui nourrit les interrogations et alimente le sentiment d’un traitement inégal des discours de haine selon leurs auteurs ou leurs cibles.

Face à ces images, le député insoumis de l’Aveyron, Laurent Alexandre, a annoncé avoir saisi le procureur de la République par un signalement fondé sur l’article 40 du Code de procédure pénale, afin que la justice se prononce sur des faits susceptibles de constituer une provocation à la haine raciale et à la violence.

Au-delà de la réponse judiciaire, cette affaire pose une question fondamentale : jusqu’où la société est-elle prête à tolérer la banalisation de slogans qui rappellent les heures les plus sombres de l’histoire européenne ? Les mots ne sont jamais anodins. Avant les violences, il y a souvent la désignation d’un ennemi, la stigmatisation d’une communauté, puis la normalisation d’un discours de haine.

La crainte est d’autant plus grande au sein de la communauté ainsi ciblée que Marine Le Pen et son parti le Rassemblement National ont aujourd’hui le vent en poupe et sont aux portes du pouvoir en France.

Lorsque des individus appellent publiquement à envoyer «les Arabes à l’abattoir», ce ne sont pas seulement les citoyens d’origine maghrébine qui sont visés. C’est l’ensemble des principes républicains, de l’égalité devant la loi et de la dignité humaine qui sont frontalement attaqués.

La justice devra désormais établir les responsabilités pénales de chacun. Mais une autre responsabilité est engagée : celle de l’ensemble des acteurs politiques, médiatiques et institutionnels. Face à un appel aussi explicite à la haine, le silence ou la minimisation ne peuvent qu’alimenter le sentiment d’impunité.

Dans un État de droit, aucune complaisance ne devrait être tolérée lorsqu’un groupe de citoyens est désigné comme une cible en raison de ses origines.

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