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Corruption à la CPG : Jusqu’à 12 ans de prison pour plus de 20 accusés

La chambre pénale spécialisée dans les affaires de corruption financière auprès du tribunal de première instance de Tunis a rendu, ce vendredi 19 juin, son verdict dans une affaire liée à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG). Plus de vingt accusés ont été condamnés à des peines de prison allant de cinq à douze ans, assorties de sanctions financières.

Selon les informations rapportées par Mosaïque FM, les condamnations concernent notamment d’anciens responsables de la CPG, dont plusieurs anciens présidents-directeurs généraux de l’entreprise publique. Les prévenus étaient poursuivis pour exploitation de la fonction publique afin d’obtenir des avantages indus, préjudice causé à l’administration, violation de la réglementation en vigueur, participation à ces infractions ainsi que blanchiment d’argent.

Un dossier centré sur le transport du phosphate

Cette affaire s’inscrit dans le cadre d’enquêtes portant sur les conditions d’attribution et d’exécution de contrats liés au transport du phosphate entre 2013 et 2019. Les investigations ont visé plusieurs marchés conclus durant cette période ainsi que les relations entre certains responsables publics et des opérateurs privés du secteur.

Le dossier est devenu l’un des plus emblématiques des affaires de corruption ayant touché la filière phosphatière tunisienne, un secteur stratégique pour l’économie nationale et les exportations du pays.

Le rôle central de Lotfi Ali

Au cœur de ce dossier figure l’ancien député et homme d’affaires Lotfi Ali, ainsi que son frère Mouldi Ali. Selon les éléments de l’enquête, leurs sociétés de transport routier auraient bénéficié de contrats et d’avantages dans l’acheminement du phosphate entre 2013 et 2019, en lien avec plusieurs responsables de la CPG et de l’administration.

Les soupçons portent notamment sur des irrégularités dans l’attribution de marchés, des avantages indus et un recours controversé au transport routier, au détriment du transport ferroviaire, longtemps considéré comme l’option naturelle pour l’évacuation du phosphate.

L’affaire a pris une dimension nationale en raison des montants en jeu et de son impact sur la gouvernance d’une entreprise publique considérée comme l’un des piliers de l’économie tunisienne.

Le signalement de l’Observatoire Raqabah

Le dossier a également été nourri par les révélations de l’Observatoire Raqabah, qui avait déposé une plainte documentée en juillet 2024. L’organisation avait notamment pointé des soupçons de falsification de documents, de favoritisme et d’irrégularités autour d’un marché de transport portant sur 600.000 tonnes de phosphate depuis la mine de Meknassy.

Ce signalement avait contribué à remettre en lumière les conditions d’attribution de certains marchés liés à la CPG et à accélérer le traitement judiciaire d’un dossier devenu emblématique des soupçons de corruption dans le secteur du phosphate.

Les investigations qui ont suivi ont permis de rassembler de nouveaux éléments et d’élargir le périmètre des poursuites visant plusieurs responsables et opérateurs économiques.

Le précédent volet impliquant Slim Feriani

L’affaire examinée ce vendredi s’inscrit dans un dossier plus large ayant déjà donné lieu à plusieurs décisions judiciaires. En novembre 2025, l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines Slim Feriani avait été condamné à quatre ans de prison dans un volet lié à la CPG.

Cette condamnation concernait notamment des soupçons d’irrégularités liés à des activités de transport du phosphate. D’autres prévenus, dont l’ancien député Lotfi Ali, avaient également été visés par des poursuites dans le cadre de cette affaire qui continue de connaître de nouveaux développements judiciaires.

Une affaire suivie depuis plusieurs années

Le verdict rendu ce vendredi constitue une nouvelle étape dans un dossier suivi de près depuis plusieurs années. Plusieurs volets judiciaires liés aux activités de la CPG et au transport du phosphate ont déjà donné lieu à des poursuites et à des condamnations au cours des derniers mois.

Avec cette décision, la justice poursuit son examen d’affaires liées à la gestion de la filière phosphatière, dans un contexte où les autorités affichent leur volonté de renforcer la lutte contre la corruption et de préserver les intérêts des entreprises publiques stratégiques.

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CPG-GCT: un plan à 2,7 milliards de dinars pour redynamiser la filière phosphatière

Longtemps considéré comme l’un des principaux pourvoyeurs de devises du pays, le secteur tunisien des phosphates cherche aujourd’hui à renouer avec sa dynamique d’antan. Face à des difficultés qui se sont accumulées au fil des années, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe chimique tunisien (GCT) travaillent à une stratégie de relance dont l’ambition est de porter la production de phosphate commercial à 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035.

Présentée devant la Commission des finances et du budget du Conseil national des régions et des districts, cette vision s’appuie sur un programme d’investissement estimé à près de 2,7 milliards de dinars. L’objectif est non seulement d’augmenter les volumes produits, mais aussi de remettre à niveau l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation industrielle.

À court terme, la production devrait atteindre 4,5 millions de tonnes en 2026 avant de franchir le seuil des 5 millions de tonnes en 2028. Pour y parvenir, les responsables du secteur doivent toutefois composer avec plusieurs contraintes persistantes. Les difficultés de transport continuent notamment de ralentir l’acheminement du minerai, tandis que la raréfaction des ressources hydriques complique les opérations de lavage du phosphate. La piste du recours aux eaux usées traitées figure désormais parmi les solutions envisagées afin de réduire la pression sur les ressources conventionnelles.

Sur le plan industriel, le Groupe chimique tunisien est lui aussi confronté à une situation délicate. La baisse des approvisionnements en phosphate, conjuguée à une crise de liquidité, a affecté le fonctionnement de plusieurs unités de production. À cela s’ajoutent le vieillissement des équipements et la multiplication des pannes techniques, qui limitent les capacités de transformation et pèsent sur la compétitivité du groupe.

Pour redresser la situation, les dirigeants misent sur une série de mesures destinées à restaurer progressivement les équilibres financiers. L’ouverture de nouvelles lignes de financement, le rééchelonnement des dettes et l’accélération des exportations figurent parmi les priorités immédiates. L’amélioration du transport du phosphate, tant par route que par voie ferrée, constitue également un enjeu majeur pour fluidifier l’activité.

La relance industrielle passe aussi par plusieurs projets structurants. Parmi eux, le projet “Mdhilla 2” est considéré comme un levier essentiel pour renforcer les capacités de transformation et améliorer la situation financière du GCT. Les responsables évoquent également la nécessité d’accélérer les projets de valorisation du phosphogypse, un sous-produit du phosphate dont l’exploitation pourrait ouvrir de nouvelles perspectives économiques tout en répondant à certaines préoccupations environnementales.

Lors des débats, les membres de la Commission ont insisté sur l’importance d’engager rapidement les réformes nécessaires pour préserver une filière jugée stratégique pour l’économie nationale. Les questions liées à l’environnement, notamment dans la région de Gabès, à la modernisation des équipements ou encore à l’augmentation de la valeur ajoutée des produits phosphatés ont occupé une place centrale dans les échanges.

Au-delà des chiffres et des objectifs de production, l’enjeu est désormais de restaurer la confiance des partenaires financiers et industriels tout en donnant au secteur les moyens de retrouver sa place sur les marchés internationaux. La réussite de cette relance dépendra autant des investissements annoncés que de la capacité des différents acteurs à lever les blocages structurels qui freinent depuis plusieurs années le développement de la filière phosphatière tunisienne.

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