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Cafés premium en Tunisie : quand l’économie urbaine se réinvente autour d’un expresso

Entre mutation des habitudes de consommation, influence des réseaux sociaux et émergence de « tiers-lieux » hybrides, les coffee shops haut de gamme redessinent le visage économique et social des centres-villes tunisiens. Derrière l’esthétique soignée et la carte spécialisée se profile un modèle économique exigeant, porté par des pionniers comme Barista’s et des entrepreneurs-créateurs tels qu’Amine Ben Othmane.

Décryptage d’un phénomène discret mais structurel.

C’est en 2011 que Barista’s ouvre la voie. Premier concept moderne de coffee shop en Tunisie, l’enseigne importe des codes alors rares : café de spécialité, design minimaliste, restauration légère et connexion Wi-Fi. Pendant près de sept ans, elle évolue comme un acteur indépendant, jusqu’à son intégration en 2018 au sein de General Food & Beverage (GFB), filiale d’Amen Group. Ce passage à l’échelle lui offre des moyens financiers conséquents et une capacité d’expansion rapide. Aujourd’hui, selon nos informations, Barista’s compterait de nombreux points de vente dans les zones les plus prisées du Grand Tunis et de Sousse, avec une logique de franchise qui vise la standardisation du modèle.

Ce mouvement n’est pas isolé. En 2016, Amine Ben Othmane, diplômé de Vatel, lance à son tour B Café, d’abord pensé comme un espace culturel et artistique autour de la gaufre liégeoise et du brunch. Très vite, la clientèle élargit ses horizons : étudiants, freelances, familles, journalistes, visiteurs étrangers se croisent dans un lieu conçu pour durer, bien au-delà de la simple pause-café.

Il faut souligner au passage que l’idée d’écrire cet article nous est venue à la suite de quelques passages dans certains de ces cafés d’un genre nouveau. Alors, même si nous avons éprouvé toutes les difficultés à recueillir les témoignages des dirigeants (dont celui de Barista’s), sachez qu’il s’agit là d’un travail de terrain. Du vécu parfois.

Un modèle économique fondé sur la valeur perçue… et ses fragilités

De prime abord, ce qui frappe à l’œil nu concernant ces nouveaux établissements, c’est qu’ils cassent les codes du café traditionnel. L’investissement dans des machines professionnelles, des grains importés, la formation des établissements et surtout la scénographie des espaces justifie un positionnement tarifaire plus élevé. Mais ce modèle repose sur une équation délicate : rentabilité par le flux, fidélisation d’une clientèle régulière et maximisation du temps de présence.

Comme l’analyse Amine Ben Othmane, la réussite ne tient pas uniquement à l’esthétique. « La maîtrise des coûts, la gestion des stocks, la formation du personnel et l’organisation sont tout aussi décisives », explique ce consultant à travers sa structure TATC (Touche-À-Tout Conseil). À ses yeux, « le coffee shop premium se distingue par une cohérence globale : nom, design, service, ambiance, offre culinaire ». C’est cette hybridité – entre café, restaurant, bureau, salon – qui crée la valeur ajoutée.

Cela dit, le modèle reste fragile, tient-il à le faire remarquer. Les coûts d’importation des matières premières, la dépendance aux fluctuations du dinar, les loyers élevés dans les zones attractives et la pression marketing digitale grèvent les marges. Barista’s lui-même essuierait, selon certains dires, des critiques sur l’inégalité de qualité entre ses différents points de vente – un classique des chaînes en expansion rapide.

Instagram comme levier stratégique de rentabilité

Sans surprise, les réseaux sociaux sont devenus un actif stratégique central. Un lieu « photogénique » peut faire sa réputation en quelques semaines via TikTok et Instagram. « La visibilité, la mise en scène des produits et l’adaptation continue du contenu sont aujourd’hui indispensables pour maintenir l’attractivité », confie Amine Ben Othmane. Comprendre par là que l’économie de l’image transforme en profondeur le métier : l’esthétique n’est plus un supplément d’âme, mais un levier de rentabilité direct, explique le jeune patron.

Cette logique a d’ailleurs poussé B Café à fusionner en 2021 avec son restaurant voisin B Food, après la crise du Covid-19, pour créer un concept hybride café-restaurant capable de résister aux chocs extérieurs, souligne Ben Othmane. « L’enseigne a ainsi transformé une contrainte (fermeture d’un établissement) en opportunité stratégique, preuve que l’agilité est une qualité cardinale dans ce secteur ».

Entre recomposition urbaine et segmentation sociale

Dans les grandes artères de Tunis ou des Berges du Lac, coffee shops premium et cafés traditionnels cohabitent désormais, mais ne répondent pas aux mêmes logiques. Les premiers attirent une clientèle en quête d’expérience, de modernité et de connectivité ; les seconds restent ancrés dans des usages plus sociaux et fonctionnels. « Cette segmentation progressive des espaces urbains reflète aussi l’émergence de nouvelles formes de sociabilité, où le café devient un “troisième lieu“ – entre le domicile et le bureau – propice au travail informel, aux rendez-vous professionnels ou aux pauses numériques », nous explique un enseignant au campus universitaire de La Manouba.

Le jeune investisseur assure également que la proximité entre propriétaires et clients joue un rôle clé. Contrairement aux chaînes impersonnelles, explique-t-il en substance, les (nouveaux) fondateurs sont souvent présents en salle ou en cuisine, favorisant l’échange direct et la fidélisation. Une manière aussi de s’adapter rapidement aux retours clients, dans un marché où les habitudes évoluent très vite.

Nous avons remarqué cette attitude dans certains de ces établissements – comprendre que tous n’ont pas cette façon d’agir.

Un secteur prometteur mais à maturité fragile

Maintenant, l’analyse montre que le potentiel de ce segment reste significatif, porté par l’émergence d’une classe moyenne urbaine plus exigeante, la transformation des modes de travail (freelance, télétravail) et l’essor des pratiques digitales. Toutefois, l’avenir des coffee shops premium en Tunisie dépendra de leur capacité à surmonter plusieurs défis structurels : évolution du pouvoir d’achat (qui fait hélas défaut aujourd’hui), dépendance aux importations (ne pas oublier les conséquences de la guerre au Moyen-Orient), risque de saturation dans les zones hyper-touristiques.

Soulignons également que Barista’s, avec son ambition de franchise, et B Café, avec son modèle hybride et culturel, incarnent deux stratégies opposées mais complémentaires. « Leur évolution commune raconte celle de tout un secteur : passage d’une niche tendance à un marché structuré, montée en puissance des professionnels et consolidation progressive d’une économie de services où l’expérience prime sur le produit ».

Finalement, vous l’aurez compris, ces coffee shops ne sont pas de simples lieux de consommation. Ils sont les révélateurs discrets mais puissants d’une Tunisie urbaine en pleine mutation, connectée, exigeante et prête à payer pour une manière différente d’habiter la ville.

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Une Tunisie frileuse dans un monde volatile

Dans la volatilité qui caractérise la situation internationale aujourd’hui, la Tunisie s’enfonce jour après jour dans une crise dont on ne voit pas la fin et voit s’éroder ses facteurs de cohésion interne, de résilience et de survie à la tempête qui pointe à l’horizon.

Elyes Kasri *

La Tunisie vit depuis 2011 une détérioration des indicateurs socioéconomiques concernant notamment l’inflation et le pouvoir d’achat ainsi que la tentation migratoire chez une proportion de plus en plus grande de Tunisiens et surtout les compétences, de même que plus récemment le sentiment d’envahissement par des populations subsahariennes.

Pour ne rien arranger, le vide à de nombreux postes d’administration et de décision donnent l’impression d’une absence de vision et de direction dans un monde de plus en plus volatile avec des velléités de plus en plus visiblement hostiles.

Cette perception accentue l’appréhension de l’avenir avec toutes sortes de rumeurs et de déclarations dont le rétrécissement de l’espace de débat ne fait que renforcer la dimension anxiogène et la crainte pour l’avenir au niveau personnel et national.

Le rétrécissement des horizons et les risques de plus en plus évidents dans la région et dans le monde d’une spirale incontrôlable d’actes hostiles envers notre pays et même d’un dérapage imminent de la violence donne le sentiment d’une insécurité existentielle et de la menace d’un écroulement à tout moment.

Dans cette volatilité internationale exceptionnelle, il semble difficilement discutable que la Tunisie voie s’éroder ses facteurs de cohésion interne, de résilience et de survie à la tempête qui pointe à l’horizon.

Le plus angoissant est que ce malaise profond ne puisse pas donner lieu à un consensus suffisant sur un scénario de sortie de crise et que la sobriété dans la réflexion et le discours n’arrive pas à survivre aux dérives conceptuelles et à la distorsion de la parole et du discours politique depuis la révolution de 2011 dont les révélations et retombées en donnent de plus en plus l’allure d’un complot dont la Tunisie peine à se relever, si jamais elle en serait capable.

* Ancien ambassadeur.

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La Conect propose 41 amendements au projet de Code des changes

Dans le cadre de sa mission de défense des intérêts des entreprises tunisiennes et de contribution à l’amélioration de l’environnement économique national, la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a pris part, le 1er juin 2026, à une séance d’audition organisée par la Commission des finances et de la planification de l’Assemblée des représentants du peuple, consacrée à l’examen du projet de loi n°2025/115 relatif au Code des changes. Elle a proposé 41 amendements au projet de loi qui traîne depuis plusieurs années dans les tiroirs de ces messieurs du gouvernement et de l’assemblée, alors que les opérateurs économiques l’attendent avec un mélange d’impatience et d’incrédulité, tant l’Etat persiste dans sa logique du tout contrôle, quitte à bloquer l’initiative économique.

Lotfi Sahli

Cette participation illustre la place grandissante qu’occupe Conect dans le dialogue économique national ainsi que sa capacité à porter la voix des entreprises auprès du pouvoir législatif. Elle témoigne également de l’émergence de nouvelles pratiques de concertation entre les institutions publiques et les organisations représentatives du secteur privé, dans l’intérêt supérieur de l’économie tunisienne.

À cette occasion, Conect a réaffirmé son soutien à la réforme du Code des changes, considérée comme l’une des réformes structurelles les plus attendues par les opérateurs économiques. Une réforme indispensable pour renforcer l’attractivité de la Tunisie auprès des investisseurs, améliorer le climat des affaires et permettre au pays d’accompagner les profondes mutations économiques, technologiques et numériques qui redessinent les échanges internationaux.

Tout en saluant cette dynamique de modernisation, Conect a souligné que la réussite de cette réforme demeure conditionnée par l’adoption d’un cadre juridique équilibré, conforme aux meilleures pratiques internationales, offrant davantage de liberté et de flexibilité aux acteurs économiques, tout en préservant les équilibres financiers du pays et les intérêts stratégiques de l’État.

Consacrer le principe de liberté

Fidèle à son approche fondée sur l’expertise et la concertation, Conect a présenté aux membres de la Commission un mémorandum technique comprenant 41 propositions d’amendements, fruit d’un travail de consultation et d’analyse mené avec les professionnels et les experts concernés. Ces propositions visent notamment à :

– consacrer le principe de liberté des opérations de change et faire des restrictions l’exception dûment justifiée ;

– intégrer pleinement l’économie numérique et les nouveaux opérateurs digitaux dans le dispositif réglementaire ;

– renforcer l’harmonisation de la législation tunisienne avec les normes et engagements internationaux ;

– offrir davantage de garanties aux investisseurs étrangers, notamment en matière de rapatriement des revenus et des capitaux ;

– instaurer des délais légaux de traitement des demandes d’autorisation afin de réduire les contraintes administratives et d’améliorer la prévisibilité pour les entreprises.

Soutenir durablement la croissance

À travers cette contribution substantielle, Conect confirme son rôle de partenaire de proposition et d’accompagnement des réformes économiques, en veillant à concilier ouverture économique, compétitivité des entreprises et stabilité financière.

La Confédération a également insisté sur la nécessité d’inscrire cette réforme dans une vision globale de développement, capable de soutenir durablement la croissance, l’emploi et l’intégration de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales.

À l’issue de la séance, Conect a appelé à la poursuite du dialogue avec l’ensemble des parties prenantes et à l’élaboration d’une feuille de route claire garantissant une mise en œuvre progressive, réaliste et efficace de la réforme.

Pour Conect, le Code des changes dépasse largement le cadre d’un simple texte juridique : il constitue un signal fort adressé aux investisseurs, aux partenaires économiques et aux marchés internationaux. Il représente un instrument stratégique devant concilier ouverture, responsabilité et souveraineté économique, tout en créant les conditions nécessaires à l’initiative privée, à l’innovation et à la prospérité durable de la Tunisie.

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De Fayeche à Belgacem | La sexualité du Tunisien entre sacré et profane

«Quelle est, pour toi, la femme idéale ?» Mon patient esquissa un sourire narquois au coin de sa bouche avant de répondre : «Je la veux Rabaa El Adawia le jour et Cicciolina la nuit. Je la veux aussi dévouée qu’une mystique soufie et aussi libre qu’une héroïne pornographique». Il la veut, somme toute, une femme capable de réunir deux mondes que tout oppose : la pureté sacrée et la jouissance profane. La sexualité du Tunisien a-t-elle pour socle la dualité sacré/profane ?

Adnene Khaldi *

Tout semble confirmer cette hypothèse : à commencer par l’histoire de Sidi Omar El Fayeche dans les années 1970 qui illustrait bien la dualité du sacré/profane. C’était un homme psychotique qui déambulait nu dans les ruelles de Tunis, refusant tout vêtement et balbutiant des mots incompréhensibles qui confirmaient bien la dissociation de sa pensée.

Plutôt que de voir dans sa nudité une indécence et dans son délire une folie, les femmes de la ville préféraient percevoir une sainteté : elles le visitaient pour avoir sa baraka et pour écouter ses prophéties. Le sacré devenait alors le voile qui recouvrait sa nudité, rendant supportable la vue de son sexe offert et exhibé (d’ailleurs Fayeche en arabe veut dire celui qui exhibe).

Le basculement du profane au sacré est fulgurant puisque, traditionnellement, la mixité entre hommes et femmes est encadrée par des normes vestimentaires strictes et par une forte régulation du rapport au corps. Pourtant, dans cet espace particulier, des femmes pour lesquelles la nudité est habituellement proscrite semblent suspendre, momentanément, cet interdit. Comme si ce lieu devenait un espace d’exutoire symbolique où ce qui est défendu dans l’ordre social pouvait être réinvesti sous une forme licite, voire sacralisée. On pourrait y voir une forme de retournement du sens de l’interdit : «Vous nous interdisez l’accès au corps masculin au nom du sacré ; nous allons alors utiliser précisément ce registre du sacré pour contourner cette interdiction et lui donner une autre signification».

Retournement du sens de l’interdit

Ce qui était condamné devient ainsi le support même d’une libération psychique et corporelle. Ce détour permettait alors de desserrer, au moins provisoirement, le poids d’une sexualité vécue comme interdite ou culpabilisante.

Le phénomène Sidi Omar El Fayeche montre bien que ces structures sont loin d’être hermétiques et statiques, le sacré et le profane se traversent l’un l’autre, ce qui souligne la porosité de leurs frontières.

60 ans plus tard, cette structure psychosexuelle n’a pas disparu, elle est bien là dans toute sa splendeur : le phénomène Belgacem le guérisseur en est la parfaite illustration. Il s’agit d’un escroc qui se fait passer pour un guérisseur spirituel. Il aurait attiré plus de 900 femmes en leur faisant croire qu’il était capable de les débarrasser du «djinn amoureux» qui les habitaient ainsi que d’autres maladies incurables ou encore des problèmes de retard de grossesse, au moyen de ce qu’il appelait le «sperme pur».

Le faux guérisseur convainquait ses victimes qu’un «djinn amoureux» habitait leur corps et qu’il pouvait l’en expulser en recourant à des pratiques occultes consistant en des séances de rapports sexuels avec elles. Son génie criminel lui a insufflé d’utiliser intuitivement l’arme imparable du sacré/profane : il forgea alors l’expression «sperme pur». Condensant en elle-même la dialectique du sacré et du profane, elle fonctionne comme un oxymore où se nouent le religieux et l’obscène, le pur et l’impur, le sacré et le charnel.

La pénétration transgressive devient tout à coup bénie et sacrée. Belgacem sait que ça fonctionne, il n’a pas l’ombre d’un doute sinon il ne se mettrait pas en danger de se faire démasquer. Il semble persuadé de l’efficacité de son dispositif symbolique sinon comment comprendre que même des femmes instruites et universitaires aient pu être prises dans cette logique d’emprise.

Si ce mécanisme opère avec une telle efficacité, c’est parce qu’il vient activer une structure psychosexuelle déjà présente dans l’imaginaire collectif, latente mais disponible, qu’il suffit d’effleurer pour la voir émerger. L’articulation entre sacré et profane semble ainsi constituer l’un des soubassements symboliques majeurs de la sexualité en Tunisie.

La circoncision et le tasfih comme lieux du sacré/profane

La circoncision est l’opération inaugurale qui inscrit ontologiquement et scelle à jamais le Tunisien (et le musulman en général) dans la dialectique du sacré/profane. Cette opération symbolique s’appelle la tahara autrement dit la purification sacré d’un organe potentiellement profanateur, tels que la luxure, la fornication, le péché, la turpitude, la souillure, le désir et le désir interdit, la non-maîtrise pulsionnelle, les figures du satyre et de l’hubris.

La tahara inscrit dans la chair une marque indélébile qui structure en profondeur l’univers psychique du Tunisien. Elle opère un clivage symbolique fondamental de l’être entre le sacré et le profane, un clivage qui structure également sa manière de percevoir le monde extérieur.

Il devient alors légitime de se demander dans quelle mesure cette incorporation clivante de l’être entre sacré et profane joue un rôle dans le mindset des extrémistes islamistes violents ? Veulent-ils à tout prix chasser du plus profond de leur être le profane et installer autour d’eux et en eux un monde intégralement sacré et épuré ?

Dans un autre registre, on peut interroger la manière dont la dichotomie sacré/profane structure la dynamique du désir chez l’homme tunisien.

En clinique, j’ai reçu de nombreux patients dont la dysfonction érectile provenait d’une incapacité à érotiser la future épouse, devenue trop sacrée. Leur parcours sexuel, marqué par le recours aux prostituées – figures du profane –, avait verrouillé un clivage : d’un côté, la femme respectable, objet de vénération mais désinvestie du désir ; de l’autre, la femme interchangeable, seule habilitée à recevoir la charge érotique. C’est le mécanisme même de la dissociation érotique.

En miroir de la circoncision se déploie l’exigence de virginité, comme son corollaire culturel et symbolique. L’hymen n’est pas que membrane anatomique mais une preuve morale. Sa présence est lue comme signe de pureté ; sa rupture comme indice de profanation, elle assure le passage du pur au profane.

Une autre pratique qui corrobore le sacré/profane est le rituel du tasfih, c’est cette pratique magique et donc profane au service de la virginité sacrée. Ici, c’est un «double loop» : le profane qui permet le sacré mais par la même il va permettre une autorisation implicite à des «jeux sexuels sans pénétration», ou même à des rapports, car la fille reste symboliquement vierge. Sa vertu est «protégée» par la magie, quoi qu’il arrive.

La littérature comme support du sacré/profane 

Le sacré/profane traverse la littérature aussi, le roman de Faouzia Zouari, ‘‘Le corps de ma mère’’ est particulièrement édifiant à ce sujet. Il s’agit d’un récit autobiographique et familial centré sur la figure de la mère qui est une femme bédouine à la personnalité à la fois autoritaire, secrète et tragique. Elle incarne l’ordre moral : la pudeur, le silence, l’honneur, le contrôle du corps féminin et l’interdit autour du sexe. Elle est la gardienne du sacré familial. Son autorité impose une frontière stricte entre pur et impur, haram et halal. Tout commence quand la mère plonge dans le coma, autrement dit, elle se rapproche symboliquement du sacré et c’est à ce moment précis que le profane resurgit : les secrets sexuels, les turpitudes du corps, les frustrations, les désirs enfouis et surtout la féminité longtemps occultée derrière le rôle maternel sacralisé. Encore une fois, ici, le coma ou plutôt le sacré dévoile ce qu’il est censé taire.

Autrement dit, plus la mère se rapproche symboliquement du sacré et de l’au-delà, plus son humanité profane devient racontable. Il y a là un oxymore central du livre : le sacré ne protège le secret qu’en préparant son dévoilement.

Un champ de négociation entre honte et désir

La sexualité tunisienne n’oppose pas simplement le sacré au profane, elle les noue ensemble. Le désir n’y est pas hors du religieux ; il le traverse, le conteste, l’absorbe, parfois même le mime. Et la société, loin de se libérer de cette tension, semble continuer à l’habiter comme une évidence culturelle. Au fond, rien n’a vraiment disparu depuis les années 1970. Les noms changent, les pratiques se déplacent, les discours se modernisent, mais la structure demeure. Le sacré continue d’avoir besoin du profane pour se définir ; le profane continue d’emprunter au sacré sa puissance de légitimation. Et dans cette zone grise, la sexualité du Tunisien reste moins un espace de liberté qu’un champ de négociation entre honte, pouvoir, pureté et désir

* Psychothérapeute TCCE / Sexologue clinicien. 

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Jill Biden se livre sur la présidence de son mari !

Dans ses mémoires ‘‘A View from the East Wing’’ (Vue de l’aile Est), l’ancienne Première dame Jill Biden dévoile des détails inédits sur la présidence de son époux Joe Biden. Elle y livre son récit personnel des événements qui ont marqué leur passage à la Maison-Blanche et la campagne présidentielle de 2024 qui s’est soldée par le retrait de son époux de la course et la réélection de Donald Trump. 

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, l’ouvrage paru mardi aux États-Unis dresse un portrait franc d’une administration critiquée pour sa réticence à communiquer avec le public surtout sur l’état de santé de Joe Biden.

Parmi les révélations les plus importantes de ces mémoires figurent les problèmes de santé rencontrés par l’ancien président durant sa dernière année de mandat, avant le diagnostic d’un cancer de la prostate métastatique.

Jill raconte avoir remarqué ses fréquents réveils nocturnes et avoir fait part de ses inquiétudes à l’équipe médicale de la Maison-Blanche, persuadée que son état serait examiné et suivi.

Elle indique que ces symptômes n’ont pas été pris en charge correctement, admettant qu’elle n’en a pas discuté directement avec son mari en raison de la nature de leur relation qu’elle décrit comme très privée en matière de santé.

Débat présidentiel

Jill Biden consacre une part importante de son livre au débat télévisé de juin 2024 entre Joe Biden et le candidat républicain de l’époque, Donald Trump, un moment crucial de la campagne de réélection de l’ancien président. Elle raconte que dès le début, elle a senti que quelque chose n’allait pas étant donné que son mari paraissait fatigué, sa voix rauque et son teint inhabituellement pâle.

Elle se souvient qu’en écoutant certaines de ses réponses hésitantes pendant le débat, elle s’est demandée s’il était victime d’un malaise soudain, voire d’un AVC. Elle affirme qu’aujourd’hui encore, elle ignore ce qui s’est réellement passé ce soir-là.

Selon le WSJ, Jill Biden révèle qu’elle était favorable à ce que le président subisse un test cognitif après le débat afin de démontrer ses facultés mentales et de rassurer le public. Elle explique cependant que certains conseillers s’opposaient à cette idée, arguant que sa performance quotidienne à la tête du pays était le véritable indicateur de sa compétence.

Elle relate également l’aveu de son mari, immédiatement après le débat, que ce fut un désastre pour lui.

L’actuel président n’a pas tardé à réagir aux confidences de Mme Biden. Il a écrit sur son réseau social Truth Social : «Jill Biden admet enfin qu’elle ne savait pas quel était le problème avec Sleepy Joe (Joe l’Endormi) pendant notre débat présidentiel spectaculaire de 2024 qui a fait de fortes audiences et pendant lequel Joe n’a pas exactement livré la meilleure performance possible. Elle ne s’est pourtant pas précipitée sur scène pour aider son mari en difficulté comme le ferait toute bonne épouse. La seule chose qu’elle a oublié de mentionner est à quel point j’étais bon avant [que Joe Biden] ne s’effondre quasiment».

Le procès du fils

Jill Biden décrit le procès de Hunter Biden, fils du président et de sa défunte première épouse Neilia, pour possession illégale d’armes à feu, comme l’une des périodes les plus difficiles que la famille ait traversées durant sa présidence. Elle confie que voir des membres de sa famille témoigner au tribunal et entendre les détails de ses anciennes addictions (à l’alcool at au crack) ont été parmi les expériences les plus douloureuses pour elle.

Dans ses mémoires, elle exprime sa conviction que son mari s’est peut-être trop soucié de démontrer l’indépendance et la non-ingérence du Département de la Justice dans cette affaire, ce qui a finalement entraîné de lourdes conséquences juridiques pour son fils.

Sur le plan politique, Jill Biden brosse le portrait d’une relation cordiale avec la famille de l’ancien président Bill Clinton, notamment durant les derniers mois de la campagne de 2024. En revanche, elle décrit sa relation avec Donald Trump et son épouse Melania comme froide et tendue.

Sa relation avec Trump

Elle note que ses rencontres avec Trump étaient très rares, tout en décrivant des échanges protocolaires tendus avec Melania Trump, notamment un bref trajet en voiture pendant la transition présidentielle, marqué par peu de mots et quelques banalités.

Ses mémoires révèlent également son profond attachement à l’aile Est de la Maison-Blanche, aile qui était réservée aux premières dames. Elle exprime sa tristesse face à la démolition de certaines parties de cette aile lors des rénovations ultérieures de Trump et considère cet espace comme un élément important de ses souvenirs de la présidence.

Dans l’ensemble, les mémoires de Jill Biden offrent un récit personnel d’années marquées par d’importantes difficultés politiques, familiales et de santé et lèvent le voile sur les rouages ​​d’une administration qui a longtemps préféré garder le silence sur de nombreuses questions ayant suscité une vive controverse aux États-Unis.

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