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Tunis | L’Institut Pasteur relance sa chaîne de purification des sérums thérapeutiques

L’Institut Pasteur de Tunis a officialisé, ce jeudi 4 juin 2026, la reprise de l’exploitation de sa chaîne de purification des sérums thérapeutiques.

Dans un communiqué, l’Institut, précise que cette relance stratégique marque une étape majeure dans le renforcement de l’autonomie de la Tunisie en matière de production biomédicale et consolide la souveraineté sanitaire du pays.

La concrétisation de cette relance a été rendue possible grâce au soutien de Monsieur le ministre de la santé et l’engagement de l’équipe du service de production dirigée par Dr N Laabidi et grâce à l’implication de partenaires clés :

  • CLOVER ENERGY, sponsor du dispositif, représentée par M. Mauro CAMPLANI.
  • ROCKE1T POWER INDUSTRY, en tant qu’exécuteur principal, représentée par M. Abdelwaheb Chemkhi.
  • BIODEX, en tant qu’intermédiaire, représentée par Mme Rania LOUATI.

Nous adressons nos sincères remerciements à l’ensemble des intervenants pour leur engagement et leur contribution à la réussite de cette relance stratégique au service de la santé publique, lit-on encore dans le communiqué de l’Institut Pasteur.

Communiqué

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Tunisie | Vers une libération sous caution pour Maher Chaâbane ?

Saisie d’une demande de mise en liberté provisoire sous caution pour l’homme d’affaires Maher Chaâbane, la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis a mis l’affaire en délibéré ce jeudi 4 juin 2026.

Cette décision fait suite au rejet, par la Chambre d’accusation près la Cour d’appel de Tunis, d’une première demande émise par les avocats de l’homme d’affaire, rappelle Mosaïque FM en citant une source proche du dossier.

Pou rappel, Maher Chaâbane fait face à une série de lourds chefs d’accusation, notamment des faits de corruption, de falsification de documents officiels et d’usage de faux, mais aussi pour constitution d’une entente en vue de porter atteinte aux personnes et aux biens et exploitation abusive de la fonction publique pour l’obtention d’avantages indus et le préjudice causé à l’administration.

Y. N.

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Affaire Zied El Heni | L’audience en appel fixée

La Cour d’appel de Tunis a fixé la date du procès en appel du journaliste Zied El Heni, qui comparaîtra devant sa 17ème chambre criminelle.

C’est ce qu’a annoncé le comité de soutien du journaliste, en précisant que l’examen en appel a été fixé pour le vendredi 12 juin 2026. Les poursuites reposent sur des accusations « d’atteinte à autrui à travers les réseaux publics de communication ».

Pour rappel, Zied El Heni avait été condamné en première instance à une peine d’un an de prison ferme. Selon son comité de soutien, l’origine de cette affaire remonte à des déclarations publiques dans lesquelles il avait critiqué la gestion judiciaire du dossier de son confrère, le journaliste Khalifa Guesmi.

Y. N.

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Cour d’appel | La demande de libération du rappeur Samara rejetée

La Chambre d’accusation près la Cour d’appel de Tunis a rejeté, ce mercredi 3 juin 2026, la demande de mise en liberté provisoire déposée par la défense du rappeur Samara.

La justice a également décidé de le renvoyer, aux côtés d’autres co-accusés, devant une juridiction criminelle pour y être jugés pour constitution d’une entente en vue de faire le trafic de stupéfiants ainsi que le blanchiment d’argent.

Pour rappel, cette affaire a éclaté fin janvier 2025 après l’arrestation des accusés en flagrant délit par les unités de la Garde nationale de la région de Laouina dans le cadre d’une enquête pour consommation et trafic de drogues.

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Météo | Des températures allant jusqu’à 30°C pour cette nuit

Le ciel restera globalement dégagé à peu nuageux sur l’ensemble des régions cette nuit, avec des températures allant jusqu’à 30°C, annonce l’Institut national de la météorologie (INM).

​Le vent soufflera du secteur Est et sera particulièrement fort dans le sud du pays, où il sera accompagné de phénomènes locaux de sable, ajoute l’INM en affirmant que dans les autres régions, le vent restera faible à modéré.

Quant aux températures, l’Institut annonce des minimales variant entre 20°C et 25°C sur le Nord, le Centre, ainsi que sur les côtes est du Sud et entre 25°C et 30°C sur le reste des régions du pays.

Y. N.

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UGTT : portes fermées, le dialogue avec les autorités reste au point mort

Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Salah Eddine Selmi, a réaffirmé l’absence de toute perspective de dialogue avec les autorités. Et ce, malgré la disponibilité affichée de l’organisation syndicale pour engager des discussions. Il estime que les portes du dialogue demeurent fermées. Une situation qui impose aux structures syndicales de faire valoir ce droit en s’appuyant sur les législations nationales et les conventions internationales qui consacrent le dialogue social.

S’exprimant jeudi 4 juin 2026 à l’ouverture de la réunion de la Commission administrative nationale de l’UGTT, Salah Eddine Selmi a également appelé les structures syndicales à renforcer leur présence sur le terrain, à intensifier le contact avec les travailleurs et à soutenir les campagnes d’adhésion, afin de consolider les rangs de l’organisation.

La réunion était consacrée à l’examen de la situation générale dans le pays, de la conjoncture syndicale ainsi que des principaux dossiers sociaux et professionnels en cours.

Dans son intervention, le secrétaire général a présenté un état des lieux des questions syndicales actuellement suivies par le Bureau exécutif national. Tout en soulignant l’importance de maintenir un lien étroit avec les travailleurs, les syndicalistes et les différentes catégories professionnelles.

Il a par ailleurs salué la décision de mobilisation prise par les employés du secteur bancaire, des institutions financières et des compagnies d’assurances. De même qu’il a mis en avant le succès de plusieurs mouvements revendicatifs et actions médiatiques menés récemment par différents secteurs. Il estime qu’ils témoignent de la capacité de résistance de l’UGTT face aux pressions et aux campagnes de dénigrement dont elle fait l’objet.

Au cours des travaux, Jabrane Bouraoui, secrétaire général adjoint chargé du règlement intérieur, a présenté les amendements proposés au règlement interne de l’organisation. Ces modifications ont été examinées par les membres de la Commission administrative nationale, dont les débats se poursuivent.

Par ailleurs, la situation financière de l’UGTT figure parmi les principaux points inscrits à l’ordre du jour. À ce titre, Taher Mezzi, secrétaire général adjoint chargé de l’administration et des finances, avait présenté la veille, lors d’une réunion élargie du Bureau exécutif, un rapport détaillé sur ce dossier. Il a notamment insisté sur la nécessité de mettre en œuvre des solutions concrètes pour surmonter les difficultés financières, à travers le renforcement des adhésions et une mobilisation collective de l’ensemble des structures syndicales.

Les membres de la Commission administrative nationale examinent également la situation syndicale générale, le contexte national ainsi que les principaux dossiers sociaux et professionnels. Les discussions mettent l’accent sur la consolidation de l’unité syndicale, le dépassement des divergences passées et la concentration des efforts sur les enjeux sociaux et économiques prioritaires. Tout en réaffirmant le rôle de l’UGTT en tant qu’organisation nationale concernée par toutes les questions touchant à l’intérêt du pays.

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Des nutritionnistes déconseillent le croissant au petit-déjeuner

Le croissant est un incontournable du petit-déjeuner pour beaucoup. Cependant, cette viennoiserie peut facilement faire augmenter le taux de glycémie dans le sang et est déconseillée, surtout pour les diabétiques. Elle est composée de farine, de lait, d’eau, de sucre, de sel et de beurre, qui sont connus pour être riches en glucides et en lipides, mais pauvres en nutriments essentiels.

Les croissants sont classés comme aliments à index glycémique élevé ; les glucides qu’ils contiennent sont digérés rapidement, ce qui entraîne une hausse rapide de la glycémie.

Certaines personnes pensent que réfrigérer une viennoiserie avant de la consommer réduit la hausse de la glycémie.

Cependant, Heewon L. Gray, diététicienne agréée et professeure adjointe à l’Université de Floride du Sud, conteste cette idée. «Lorsqu’on réfrigère du pain comme les croissants, les molécules d’amidon, notamment l’amylose, se réorganisent et cristallisent pour former une structure plus organisée», a-t-elle expliqué à Verywell Health.

Les nutritionnistes appellent ce type d(amidon «amidon résistant». Il est difficilement digestible, ne fait pas augmenter la glycémie et peut servir de nourriture aux bonnes bactéries intestinales.

Des études ont montré que réfrigérer certains aliments riches en glucides, comme le riz, peut augmenter significativement la teneur en amidon résistant, mais pour les croissants, les recherches suggèrent que la réfrigération n’apporte pas le même avantage.

Gray a expliqué : «La quantité totale d’amidon recalculé dans un croissant est limitée», ajoutant que consommer des glucides avec des repas contenant des matières grasses ou des fibres peut réduire les pics de glycémie, mais que les croissants font exception. Malgré sa teneur en matières grasses, cette viennoiserie possède un index glycémique élevé.

Pour minimiser l’impact des croissants sur la glycémie, il est recommandé de les consommer dans le cadre d’un repas équilibré et riche en nutriments essentiels.

La nutritionniste Amanda Sauceda de Californie conseille d’accompagner les croissants d’une petite quantité de protéines, comme du fromage ou des œufs.

I. B.

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130 migrants illégaux transférés à El-Amra pour être rapatriés

Alors que les heurts se multiplient dans plusieurs régions de la Tunisie entre les populations locales et les migrants illégaux en provenance de l’Afrique subsaharienne, les autorités tentent de renforcer les flux inverses de rapatriement volontaire de ces derniers, avec l’aide de l’OIM.  

Ce jeudi 4 juin 2026, environ 130 migrants en situation irrégulière ont été transférés au kilomètre 21 du camp de migrants d’El-Amra, dans le gouvernorat de Sfax, en vue de leur rapatriement vers leur pays d’origine.

Ce transfert s’inscrit dans le cadre du programme de retour volontaire mis en place depuis juin 2025 pour lutter contre l’immigration irrégulière, a indiqué le superviseur général du camp à Diwan FM, en précisant qu’il s’agit d’un transfert exceptionnel, comprenant 80 migrants en situation irrégulière en provenance du point de rassemblement de Tunis et 50 autres en provenance des points de rassemblement de Sousse et de Nabeul.

Le responsable a expliqué que la procédure de rapatriement pour les personnes munies d’un passeport prend entre 24 et 48 heures, tandis que pour celles qui n’en possèdent pas, elle prend environ un à dix jours au maximum, après coordination avec leurs ambassades respectives.

Des appels ont récemment été reçus de migrants subsahariens souhaitant rentrer volontairement dans leur pays d’origine, a-t-il ajouté, en exhortant les migrants sans papiers désirant rentrer chez eux à contacter les autorités compétentes via WhatsApp au 51824889 ou par téléphone au 93769546.

Beaucoup de ces migrants survivent dans des conditions très difficiles et certains se disent victimes de violence raciste de la part de la population locale, laquelle se plaint, de son côté, d’agressions physiques de la part de certains sans papiers. Dans certains quartiers de Tunis, Sousse, Mahdia ou Sfax, où une présence massive de migrants subsahariens est constatée, les heurtes deviennent fréquents.

Il convient de souligner que plus de 4 300 migrants sans papiers ont pu rentrer dans leur pays d’origine grâce au programme de retour volontaire lancé par la Tunisie en juin 2025 pour lutter contre la migration irrégulière.

I.B.

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Sortir de la pauvreté | L’angle mort moral de l’économie mondiale

Lorsque l’ordre économique mondial se dérègle — sous l’effet des tensions géopolitiques, des chocs énergétiques, de la rareté des financements, du ralentissement de la croissance et du retour des disciplines budgétaires imposées — qui paiera le prix du grand désordre ? On sait qu’à chaque vacillement des équilibres financiers, ce sont les corps les plus exposés, les salaires les plus faibles, les subventions les plus vitales, les familles les plus vulnérables qui absorbent le choc.

Yahya Ould Amar *

Quand les États revoient leurs priorités et que l’ajustement devient nécessaire, il faut se rappeler ce que l’économie moderne a toujours exclu de ses équations : les pauvres. Leur dignité est cette frontière morale qui interdit de traiter l’humain comme une variable d’équilibre, de sacrifier les vies au nom des comptes, et de transformer toute souffrance en simple ligne de coût.

En effet, la «pauvreté» n’existe pas dans la vingtaine d’équations fondamentales de la théorie économique. On y trouve l’utilité, le bien-être, le revenu, la préférence, le surplus du consommateur … On y mesure tout, la propension à consommer, l’élasticité de la demande, la production, l’investissement, la consommation, la balance des paiements, la croissance, le taux d’intérêt… Mais nulle part, dans les manuels économiques enseignés qui forment les dirigeants d’entreprises, les banquiers et les gouvernants, n’apparaît le mot «pauvreté». Comme si l’absence de mesure valait absence d’existence.

C’est pourtant ce mot-là que portent, cinquante pour cent de la population mondiale qui vivant avec moins de cinq dollars et demi par jour et par personne – ceux que l’on appelle pauvres. Ils demandent que la pauvreté ne soit pas une humiliation quotidienne, qu’on cesse de les traiter comme des coûts budgétaires ou des lignes de bilan. Ils veulent être reconnus comme des vies humaines, des visages, des sujets.

Entre ce que l’économie sait compter et ce que les pauvres demandent de sauver, il y a un abîme, celui de l’angle mort moral de l’économie moderne.

Le pauvre comme variable d’ajustement

Dans le langage économique, le pauvre n’apparaît jamais en tant que tel, il se dissous dans des agrégats. Il est le «ménage à bas revenu», le «secteur informel», parfois la «population vulnérable». Ces mots ont une vertu apparente — la neutralité — et un vice profond, ils effacent le visage.

Car derrière l’abstraction se joue une inversion morale. Lorsqu’une économie est en difficulté, le modèle cherche la variable la plus «flexible», celle qui peut absorber le choc au moindre coût pour l’équilibre d’ensemble. Or cette variable, presque toujours, c’est le pauvre, son salaire, sa subvention, sa retraite, son accès au soin et à l’eau potable, son éducation, sa sécurité.

Le riche dispose de capital mobile, d’avocats, de frontières fiscales ; le pauvre n’a que sa subsistance, et c’est elle qu’on ajuste. L’ajustement «par le bas» est la conséquence logique d’un système qui mesure l’efficience globale et reste aveugle à la dignité particulière.

La pauvreté est d’abord une confiscation du temps. Le riche peut attendre, différer ses choix, investir, se tromper, recommencer. Le pauvre, lui, vit dans l’urgence. Il ne choisit pas entre plusieurs avenirs ; il tente d’empêcher l’effondrement du présent. C’est pourquoi l’économie se trompe lorsqu’elle parle de «préférences» là où il n’y a que la contrainte pour la moitié de l’humanité. Le pauvre ne préfère pas ; il est simplement privé du temps long qui rend ces choix possibles.

L’aberration des plans d’ajustement

Pendant des décennies, sous le nom rassurant de «programme d’ajustement», «programme d’urgence» ou autres dénominations équivalentes, on a appliqué à des dizaines de pays — singulièrement en Afrique et en Amérique latine — une même ordonnance, dévaluer, couper les dépenses publiques, supprimer les subventions sur le pain et le carburant, privatiser, comprimer les salaires, ouvrir les frontières … Le diagnostic était comptable ; le remède le fut aussi. Et le résultat, mesuré dans la seule langue du modèle — déficit, inflation, balance des paiements — pouvait parfois sembler bon.

Mais que disait ce résultat des milliers, parfois des millions de vies qui sont précipitées dans l’extrême pauvreté, l’insécurité alimentaire ou le dénuement total.

L’aberration fut de croire que l’on pouvait assainir des finances publiques en laissant hors de l’équation le vrai coût humain de cet assainissement — et que l’on ait appelé «rigueur» ce qui était, pour des millions de gens, une cruauté administrée.

On rétorquera que ces plans furent nécessaires, que des États endettés risquent de ne pas rembourser leurs créanciers. C’est exact, il y avait de vrais déséquilibres, de vraies gabegies, de vrais privilèges à défaire.

Le scandale n’est pas qu’il ait fallu corriger ; c’est l’ordre des priorités — l’équilibre budgétaire d’abord, le corps humain ensuite, s’il en reste — et la certitude tranquille des décideurs que la douleur d’autrui était un paramètre, non une limite.

Libéralisme : la promesse et le glissement

Soyons justes avec le libéralisme, à sa source, le libéralisme est une philosophie de la dignité, il affirme que l’individu a le droit de contracter, de posséder, d’entreprendre, de n’être pas soumis à l’arbitraire.

Le glissement s’est produit lorsqu’on a fait du moyen une fin. La liberté économique est devenue la valeur suprême devant laquelle la dignité doit s’incliner. On est passé du «marché pour les hommes» au «hommes pour le marché». Et dans sa version contemporaine, le libéralisme économique a enfanté une étrange créature, un individu réduit à son capital humain, sommé d’être «entrepreneur de lui-même», responsable de tout — de son chômage comme de sa maladie. Le pauvre n’est alors plus une victime d’un ordre injuste ; il devient le gestionnaire défaillant de sa propre vie. C’est la forme la plus subtile du mépris, faire porter à l’écrasé la responsabilité de son écrasement.

Capitalisme : ce qu’il produit et ce qu’il ne voit pas

Le capitalisme est sans doute la machine la plus efficace que l’humanité ait jamais construite pour produire de la richesse. Il a sorti des centaines de millions d’êtres humains de la misère absolue. Le capitalisme optimise une chose, le rendement du capital. Tout ce qui sert ce rendement, il le voit, le compte. Tout ce qui ne le sert pas — la dignité de celui qui ne «rapporte» rien — il le traite, au mieux, comme une externalité ; au pire, comme un obstacle.

De là vient un paradoxe, celui qu’un système peut accumuler des richesses inouïes tout en appauvrissant moralement ceux qu’il enrichit, et matériellement ceux qu’il ignore. Le pauvre du capitalisme contemporain est celui qui est de trop — l’«inemployable», le «non-rentable», celui dont l’existence ne trouve aucune case dans la comptabilité du profit.

L’enseignement économique ou la fabrique de l’aveuglement

Comment des esprits brillants, en viennent-ils à administrer la douleur sans la voir ? On n’enseigne pas seulement des modèles ; on enseigne un «regard». Pendant des années, on apprend au futur décideur que l’agent économique est rationnel et égoïste, que tout a un prix, que l’éthique relève de la sphère privée et n’a rien à faire dans l’analyse économique. On lui apprend, surtout, à raisonner «toutes choses égales par ailleurs» — formule innocente en apparence, et qui consiste à mettre méthodiquement entre parenthèses tout ce qui dérange le modèle, à commencer par la dignité des pauvres.

Une étude célèbre a montré que l’enseignement prolongée de l’économie rend plus enclin à des comportements intéressés et moins coopératif. Un certain enseignement économique peut, lorsqu’il se coupe de la philosophie morale, former des intelligences techniquement brillantes mais affectivement désarmées devant la souffrance sociale.

On ne sort pas indemne d’avoir appris pendant des années que la générosité est «irrationnelle» et la dignité «non quantifiable». Le diplômé en économie ne devient pas méchant ou cynique, il devient aveugle. Et un aveugle bienveillant qui tient les leviers d’une économie peut faire plus de dégâts qu’un cynique lucide. Voilà pourquoi réformer l’économie n’est pas d’abord une affaire de modèles, mais de formation du regard, on ne fera pas une économie de progrès avec des esprits dressés à ne pas voir la dignité humaine.

Réinscrire la dignité dans l’équation

Que faire ? Certes, les bons sentiments n’ont jamais nourri personne — mais exiger que l’économie élargisse son regard à la mesure de son pouvoir.

D’abord, faire de la dignité une contrainte, non une variable d’ajustement.

Ensuite, rendre compte de l’invisible. Mesurer ce que coûte vraiment un ajustement sur le plan social. Ce qui se compte finit toujours par compter. Tant que la souffrance des pauvres restera hors-bilan, elle restera la première variable que l’on sacrifie.

Enfin, rendre la parole à ceux que l’on chiffre. La dignité est aussi le droit d’être un sujet de sa propre histoire, et non l’objet des plans d’autrui. Aucun programme conçu sans les pauvres, sur les pauvres, n’a jamais respecté leur dignité — quelles qu’aient été ses bonnes intentions. Le paternalisme expert est encore une forme de mépris ; il décide du bien d’autrui sans lui demander son avis.

On objectera que la dignité ne se met pas en équation. Une science qui ne sait mesurer que ce qui rapporte finira par ne servir que ceux à qui cela rapporte.

La pauvreté est une confiscation de l’avenir

Lutter contre la pauvreté au XXIᵉ siècle suppose de la comprendre comme une privation de capacité productive et de pouvoir d’agir. Le pauvre est celui qui ne peut pas produire, négocier, anticiper, se prémunir contre le risque. Or les pays en développement ont souvent réduit la misère sans construire les structures qui rendent la prospérité irréversible. La pauvreté y est devenue une oscillation permanente au bord du gouffre où la moindre sécheresse, maladie ou dévaluation reprécipite des millions de personnes dans l’insécurité vitale.

Penser la lutte contre la pauvreté, c’est donc penser la résilience structurelle bien plus que l’aumône, et substituer à l’obsession du «combien donner», celle de «quelles capacités installer».

En effet, la pauvreté est une expropriation de l’avenir, l’impossibilité faite à un être humain de se projeter. Un État ne peut pas être réduit à un arbitre de coûts, évalué uniquement à sa capacité à satisfaire des créanciers. Il doit être stratège, visionnaire et notamment bâtisseur de conditions durables d’émancipation.

Ces conditions reposent d’abord sur des infrastructures matérielles, qui donnent accès à l’eau, à l’énergie, au logement, à la santé, au transport, au numérique et au financement ; ensuite sur des infrastructures juridiques, qui sécurisent la propriété privée, protègent les contrats en sécurisant les relations économiques (pas de corruption pour obtenir un droit, pas de lenteur judiciaire coupable…), formalisent les activités sans les étouffer et garantissent l’égalité devant les opportunités ; enfin sur des infrastructures éducatives, qui transforment l’école, la formation professionnelle, l’apprentissage technique et la culture numérique en moteur de mobilité sociale.

Vaincre la pauvreté, au fond, c’est rendre aux pauvres le temps long, et avec lui la dignité d’être les auteurs de leur histoire.

En définitive, la grande erreur de l’économie moderne aura été de croire qu’une société peut sauver ses équilibres en mutilant ceux qui ont déjà tout perdu. On peut réduire un déficit, rassurer des créanciers ; mais si cette victoire se paie par l’humiliation des pauvres, par l’effacement des visages derrière les agrégats macroéconomiques, alors ce n’est plus une politique économique, c’est une abdication morale.

Le XXIᵉ siècle ne pourra pas se contenter d’une économie qui ajuste plus vite les budgets qu’elle ne répare les destins, qui parle de soutenabilité financière en oubliant la soutenabilité humaine. Le premier devoir d’une pensée économique digne de ce siècle est donc de rendre aux pauvres ce qu’aucun modèle économique, ne devrait leur retirer, un visage, un temps et une place dans l’équation du monde.

* Economiste, banquier et financier.

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La Tunisie mise sur le marché chinois pour dynamiser son tourisme

En marge de sa participation à un salon professionnel organisé à Shanghai, le directeur général de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), Mohamed Mehdi Haloui, a multiplié les rencontres et visites de travail avec les principaux acteurs du secteur du voyage en Chine.

Selon un communiqué de l’ONTT, cette mission a constitué une opportunité stratégique pour renforcer la coopération avec les grandes plateformes numériques, les agences de voyages en ligne, les tour-opérateurs ainsi que les institutions académiques spécialisées dans le tourisme.

Mohamed Mehdi Haloui s’est notamment entretenu avec les représentants de plusieurs plateformes digitales de premier plan afin d’examiner les moyens de promouvoir la destination Tunisie auprès des jeunes voyageurs et des touristes indépendants, un segment en forte croissance sur le marché chinois. Les discussions ont également porté sur le développement de campagnes promotionnelles conjointes et sur l’adaptation aux nouvelles tendances du tourisme international.

Par ailleurs, des réunions ont été organisées avec d’importants tour-opérateurs chinois pour étudier le lancement de nouveaux programmes touristiques vers la Tunisie. Ces offres mettraient en valeur la richesse du patrimoine culturel tunisien, les destinations sahariennes, le tourisme balnéaire ainsi que le tourisme d’affaires.

Le directeur général de l’ONTT a également échangé avec un groupe spécialisé sur les perspectives de renforcement de la connectivité aérienne et les mécanismes susceptibles de faciliter les flux de touristes chinois vers la Tunisie.

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