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En déclin, les trois segments de la classe moyenne tunisienne

La classe moyenne tunisienne s’érode progressivement, révélant un déséquilibre social de plus en plus marqué. C’est le constat dressé par l’économiste Fatma Mabrouk, porte-parole de Association des économistes tunisiens, qui indique que son poids est passé d’environ 85 % dans les années 1980 à une fourchette comprise entre 60 et 65 % en 2019.

Intervenant sur les ondes de la radio nationale elle souligne que cette évolution traduit une transformation structurelle du tissu socio-économique du pays. Longtemps pilier de la stabilité, la classe moyenne constitue à la fois le moteur de la consommation et un facteur d’équilibre entre les catégories les plus aisées et les plus vulnérables.

Trois segments

Mais aujourd’hui, cette classe reste présente tout en devenant plus fragile et fragmentée. Selon l’analyse présentée, elle se divise désormais en trois segments : les salariés et cadres, les indépendants et entrepreneurs, ainsi qu’une frange plus vulnérable composée notamment de jeunes et de retraités. Une hétérogénéité qui appelle des politiques publiques différenciées.

Derrière cette recomposition se cache une « vulnérabilité invisible ». De nombreux ménages continuent d’être classés comme appartenant à la classe moyenne, mais subissent une pression économique croissante. La hausse des prix, l’érosion du pouvoir d’achat et le renchérissement des services essentiels les poussent à recourir à l’endettement et à des solutions de court terme pour maintenir leur niveau de vie.

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Rupture avec les comportements passés

Ce basculement marque une rupture avec les comportements passés. Là où l’épargne et l’investissement — notamment dans l’éducation et le logement — dominaient, les stratégies actuelles privilégient l’adaptation immédiate : diversification des revenus, recours à l’économie informelle, voire projection migratoire comme alternative économique.

Face à cette mutation, l’experte plaide pour une réponse structurée. Parmi les pistes avancées : encourager l’intégration dans l’économie formelle, simplifier les procédures administratives, améliorer l’accès au financement et soutenir plus activement les initiatives des jeunes et des femmes. Elle évoque également la nécessité de promouvoir des mécanismes de migration circulaire, susceptibles de générer des ressources tout en limitant les pertes de compétences.

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Tunisie : Le recul silencieux de la classe moyenne

Longtemps considérée comme le pilier de la stabilité sociale et économique du pays, la classe moyenne tunisienne traverse aujourd’hui une phase de fragilisation progressive. Inflation persistante, hausse du coût des services, pression fiscale et crises économiques répétées ont progressivement érodé le pouvoir d’achat et la sécurité financière de nombreux ménages.

C’est l’alerte lancée par une note d’analyse publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU) et rédigée par l’économiste Dr Fatma Mabrouk, intitulée « Quand les crises redessinent la classe moyenne en Tunisie : vulnérabilités révélées et résilience en action ».

Un pilier historique fragilisé

La classe moyenne tunisienne s’est progressivement constituée à partir du milieu du XXᵉ siècle, notamment grâce aux politiques économiques et sociales des années 1970. L’extension de l’éducation, le développement de l’emploi public et l’industrialisation ont favorisé l’émergence d’une large catégorie de ménages disposant d’un revenu relativement stable.

Selon certaines estimations, la classe moyenne représentait près de 67,7 % de la population en 1980, faisant de la Tunisie l’un des pays du monde arabe où cette catégorie sociale était la plus importante.

Mais cette dynamique s’est progressivement affaiblie.

Une érosion progressive depuis 2011

Depuis la révolution de 2011, la classe moyenne tunisienne est confrontée à des pressions croissantes : croissance économique faible, chômage élevé des diplômés et inflation persistante.

Les estimations de l’Institut tunisien des études stratégiques indiquent que le poids des classes moyennes serait passé de 84 % de la population en 1984 à environ 50 % en 2018, traduisant un phénomène de déclassement progressif.

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a accentué cette tendance en aggravant les inégalités et la vulnérabilité des ménages.

Une classe moyenne désormais fragmentée

L’analyse souligne que la classe moyenne tunisienne ne constitue plus un bloc homogène. Elle se compose aujourd’hui de plusieurs groupes aux vulnérabilités différentes.

On distingue notamment :

  • la classe moyenne inférieure salariée (22,6 %), composée d’ouvriers souvent peu qualifiés ;
  • la classe moyenne supérieure salariée (23 %), regroupant cadres et employés qualifiés ;
  • les entrepreneurs et indépendants (17,3 %), particulièrement touchés par les crises économiques ;
  • une classe moyenne populaire vulnérable (37,1 %), comprenant chômeurs, retraités et inactifs.

Selon l’étude, plus de la moitié des entrepreneurs et indépendants ont perdu plus de 25 % de leurs revenus durant la pandémie, tandis que 86 % des salariés de la classe moyenne inférieure déclarent avoir renoncé à certains biens essentiels.

Des stratégies d’adaptation face à la crise

Face à la dégradation de leurs conditions économiques, de nombreux ménages ont développé différentes stratégies d’adaptation.

La diversification des revenus, le recours accru aux solidarités familiales et la migration figurent parmi les réponses les plus fréquentes. Ces mécanismes permettent d’amortir les chocs économiques, mais ils entraînent aussi des conséquences importantes, notamment la précarisation de certains emplois et la fuite des compétences vers l’étranger.

Un enjeu central pour la cohésion sociale

Pour les économistes, préserver la classe moyenne constitue un enjeu stratégique pour la Tunisie. Historiquement moteur de consommation et de stabilité sociale, elle reste un élément central du contrat social.

Face aux crises successives, la mise en place de politiques publiques combinant protection sociale, accès au financement, sécurisation de l’emploi et valorisation des compétences de la diaspora apparaît désormais comme un impératif.

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