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Tuberculose de l’olivier- Dhaoui Midani : «Ne pas céder à la panique ni sous-estimer les risques»

À l’approche de la campagne oléicole, le signalement de la tuberculose de l’olivier par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, suscite des interrogations quant à ses éventuelles répercussions sur la production.

Pour répondre à ces interrogations, Dhaoui Midani, président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie, a appelé, dans une déclaration accordée au journal «Le Temps», à faire preuve de vigilance et à adopter une approche mesurée face à la tuberculose de l’olivier, soulignant la nécessité de ne ni sous-estimer les risques ni céder à la panique.

Le président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie (Synagri) a indiqué que la maladie se développe principalement dans les zones caractérisées par une forte humidité. Sa propagation peut être favorisée par différents facteurs, notamment les blessures causées aux arbres par le gel ou les opérations de taille. «La maladie peut également se transmettre par l’intermédiaire des outils utilisés lors de la récolte», a-t-il souligné.

Selon lui, cette maladie n’est pas nouvelle et est présente dans certaines exploitations agricoles. «Il est également possible que des oliveraies soient touchées sans que les agriculteurs en aient conscience», a-t-il fait remarquer.

La présence de la maladie ne signifie pas nécessairement une baisse de la récolte

«La situation est particulièrement préoccupante dans certaines zones, notamment à Melloulech, dans le gouvernorat de Mahdia, où la maladie a atteint un stade avancé», a révélé le président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie. 

Il a toutefois tenu à préciser que la présence de la tuberculose de l’olivier ne signifie pas nécessairement une baisse de la récolte. 

«En revanche, lorsque l’infection atteint un stade avancé, une intervention radicale devient nécessaire», a-t-il insisté. Selon lui, une taille sévère (drastique), constitue alors la seule solution pour lutter contre la maladie.

Dhaoui Midani a insisté sur la nécessité de sensibiliser les propriétaires d’exploitations oléicoles, notamment dans les régions du Centre et du Sud, en particulier à Sidi Bouzid, Sfax, Kairouan, Gafsa et Kasserine. «Ces régions, qui abritent une part importante du patrimoine oléicole tunisien, ne font pas actuellement état d’une présence signalée de la maladie», a-t-il précisé.

Il a ainsi rappelé l’importance d’une surveillance accrue des oliveraies et d’une intervention précoce, résumant cette démarche par un principe simple : «Mieux vaut prévenir que guérir».

Une baisse de la récolte estimée à 40% 

S’agissant des prévisions de production et des perspectives de la campagne oléicole en cours, Dhaoui Midani estime une baisse de 40% de la récolte, soit un recul estimé à environ 200.000 tonnes par rapport à la saison précédente.

Selon lui, cette diminution s’inscrit en partie dans le cycle naturel de l’olivier, qui alterne entre des années de forte production et d’autres où les rendements sont plus faibles, pouvant parfois être réduits de près de moitié. À ce titre, il considère qu’un recul de la production d’une saison à l’autre n’a rien d’inhabituel.

Toutefois, au-delà de cette alternance naturelle, le retard de la récolte précédente constitue, selon lui, un facteur préoccupant. 

«En laissant les olives sur les arbres jusqu’au mois d’avril, les agriculteurs ont perturbé le cycle biologique de l’olivier, compromettant ainsi sa capacité à se préparer à une nouvelle campagne de production. Un risque sur lequel le syndicat avait déjà attiré l’attention lors de la saison précédente», a-t-il expliqué.

À ce titre, il a rappelé que la campagne oléicole devrait s’achever entre le 31 décembre et le 15 janvier au plus tard. «Or, en Tunisie, les opérations de récolte se prolongent parfois jusqu’en avril, alors même que l’olivier entre dans sa phase de floraison», a-t-il indiqué. 

La Tunisie pourrait atteindre une production annuelle de 800.000 à 900.000 tonnes 

Par ailleurs, Dhaoui Midani a affirmé que la récolte précédente, estimée à environ 500.000 tonnes, reste en deçà du potentiel oléicole tunisien.   

Selon lui, la Tunisie dispose d’un potentiel de production bien supérieur. «Avec un patrimoine oléicole avoisinant les 120 millions d’oliviers, le pays pourrait atteindre une production annuelle de 800.000 à 900.000 tonnes, à condition de réunir les conditions nécessaires et de mettre en œuvre des stratégies adaptées pour mieux valoriser ce potentiel», a-t-il affirmé.

Nouha MAINSI



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Inji Doggui, DG de l’APIA : « Des solutions intelligentes pour faire face aux changements climatiques et réaliser la souveraineté alimentaire »

Le Salon International de l’Investissement Agricole et de la Technologie « SIAT 2026 », ce rendez-vous biennal organisé par l’APIA se tiendra cette année du 28 au 31 octobre au Parc des expositions du Kram. Une conférence de presse a été tenue hier au siège de l’APIA par Inji Doggui, DG  pour présenter les nouveautés et les objectifs du Salon qui constitue un espace de réseautage entre les différents acteurs du secteur. Plus de 150 participants seront au rendez-vous. Dans le cadre de l’ouverture aux marchés africains, le Sénégal a été choisi cette année comme pays partenaire. Des rencontres B to B et des forums thématiques sont prévus en marge du Salon outre l’organisation du concours Green TIC.  La quatriéme édition du concours récompensera quatre candidats sur 12 shortilistés qui présenteront des solutions innovantes adaptées à une agriculture durable et intelligente.

Yosr Guerfel Akkari

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Dr Bouattour Abdennaceur (Chirurgien maxillo-facial et esthétique) : la reconstruction mammaire est un parcours chirurgical progressif qui nous permet d’obtenir un résultat stable et harmonieux

Le Temps.news: La reconstruction mammaire fait partie intégrante de la prise en charge du cancer du sein. Quelles sont les motivations d’une reconstruction mammaire ?

Dr Bouattour Abdennaceur : la reconstruction mammaire n’est pas systématique dans la prise en charge du cancer du sein, elle est facultative, à la demande de la patiente. Par contre, la motivation n’est pas uniquement esthétique . C’est une restauration de l’intégrité corporelle en vue d’atténuer le rappel quotidien de la maladie et effacer la mutilation physique liée à la mastectomie.Un bénéfice psychologique et émotionnel important qui permet de : récupérer l’estime de soi, dépasser l’état de « patiente » pour redevenir une femme active, et limiter les syndromes anxio-dépressifs post-thérapeutiques tout en facilitant  la réappropriation du corps et réduire les blocages dans la vie intime ou affective.Cette reconstruction éliminer les contraintes de la prothèse externe amovible (glissements, irritation cutanée, transpiration)et rééquilibrer la statique vertébrale car la perte d’un sein (particulièrement de volume moyen à lourd) entraîne une asymétrie de charge au niveau de la colonne dorsale et des épaules.tout en facilitant l’habillage (sous-vêtements, maillots de bain, décolletés).

Quelles sont les méthodes d’interventions pour une reconstruction mammaire ? 

Il existe deux principales méthodes de reconstruction mammaire, parfois associées : la mise en place d’une prothèse interne (implant mammaire) et l’utilisation de tissus provenant d’autres parties du corps (reconstruction par lambeau ou reconstruction autologue avec ou sans microchirurgie).

Combien de temps nécessite une reconstruction mammaire ?

Le premier temps, dédié à la création du volume, peut être réalisé en immédiat lors de la mastectomie ou en différé, soit 6 à 12 mois après la fin des traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie. Les modalités varient selon la technique choisie :Par prothèse : l’intervention dure entre 1 h et 1 h 30, nécessite 24 à 48 heures d’hospitalisation et implique 2 à 4 semaines de convalescence.Par lambeau du grand dorsal : l’opération prend 2 h 30 à 3 h 30, avec un séjour hospitalier de 3 à 5 jours et une convalescence de 4 à 8 semaines.Par lambeau DIEP : cette chirurgie plus complexe dure de 4 à 6 heures, requiert 4 à 6 jours d’hospitalisation et entraîne également 4 à 8 semaines de récupération.Le deuxième temps, est consacré à la symétrisation du sein controlatéral et aux retouches, intervient 3 à 6 mois après la première intervention, le temps que les tissus s’assouplissent et trouvent leur place définitive. Cette procédure dure de 1 h 30 à 2 h 30, s’effectue en ambulatoire ou avec 24 heures d’hospitalisation, et requiert 1 à 2 semaines de convalescence.Enfin, le troisième temps finalise la reconstruction par la recréation de l’aréole et du mamelon, programmée 2 à 3 mois après la symétrisation.. Réalisé sous anesthésie locale en ambulatoire en seulement 30 à 45 minutes, ce geste permet une reprise immédiate des activités, sous réserve de simples soins locaux pendant une dizaine de jours.La reconstruction mammaire est un parcours chirurgical progressif qui s’étale en moyenne sur 6 à 18 mois afin d’obtenir un résultat stable et harmonieux.

Après reconstruction mammaire, faut-il avoir recours à des séances de rééducation et de kinésithérapie ?

Le cancer du sein et les traitements qu’il entraîne sont une épreuve difficile dans la vie d’une femme. Pendant et après la maladie, les séances de kinésithérapie peuvent être d’un grand soutien, à la fois physique et psychologique..Le recours à la kinésithérapie est recommandé avec des  massages et assouplissement pour éviter brides et adhérences.La mobilité de l’épaule permet une récupération complète des amplitudes articulaires (essentielle après grand dorsal ou loge rétro-pectorale). Le drainage lymphatique aide à la réduction des œdèmes et à la prévention du lymphœdème du bras aux  côtés du renforcement abdominal et de la correction des déséquilibres et des positions antalgiques compensatoires.

La reconstruction mammaire demeure un choix personnel, mais elle est fortement recommandée car elle s’inscrit au cœur de la réhabilitation oncologique : bien qu’il s’agisse d’un processus qui s’étale dans le temps (nécessitant généralement entre 6 et 18 mois et plusieurs étapes chirurgicales complémentaires pour stabiliser les volumes, symétriser et recréer l’aréole), elle permet de restaurer l’intégrité corporelle, d’effacer la trace permanente de la mastectomie, de retrouver une féminité épanouie ainsi que l’estime de soi, tout en apportant un confort physique immédiat qui libère des contraintes de la prothèse externe et rétablit l’équilibre postural du rachis.

Kamel Bouaouina

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Festival maghrébin du théâtre amateur de Nabeul :  la 14e édition dédiée à Salah Jedai

Le Festival maghrébin du théâtre amateur de Nabeul est un rendez-vous culturel consacré au théâtre amateur dans le monde maghrébin, organisé à Nabeul, du 24 au 27 octobre 2026 à  la maison de la culture de Nabeul. Il met en valeur les troupes de théâtre, les comédiens amateurs, les metteurs en scène et les échanges artistiques entre les pays du Maghreb. Ce Festival intitulé « Un théâtre pour chaque enfant »rendra un hommage vibrant à l’une des figures emblématiques du 4e art tunisien, Salah Jedai. La 14e édition sera placée sous le signe de ce grand artiste, dont la carrière riche et foisonnante a marqué de son empreinte le paysage théâtral national.

Cette manifestation comme l’a précisé Faouez Ben Kraiem, directeur du festival,vise à créer un espace de rencontre, de partage d’expériences et de coopération artistique entre les comédiens et metteurs en scène amateurs de la région du Maghreb, offrir une scène aux troupes théâtrales émergentes et valoriser la pratique amateur et  proposer des ateliers d’initiation et de perfectionnement

Ce rendez-vous théâtral maghrébin , a ajouté le directeur artistique, Faouzi Ben Brahim, réunira cinq groupes de la Tunisie, d’Algérie, de la Libye ,du Maroc et de la Mauritanie « Elle représente aussi un espace de dialogue artistique et intellectuel, ainsi qu’une plate-forme de valorisation des expériences théâtrales et d’échanges d’expertises entre les artistes, contribuant ainsi au développement de la pratique théâtrale. Au programme trois ateliers : le premier s’intitule « Jeu et expression dramatique par Sahar Maalmi, le second porte sur le petit clown par Nizar Kchaou et le troisième sur l’art du conte dédié à la famille par Salah Jedai

Cette dimension populaire traduit ainsi  une ambition culturelle fondamentale : faire du festival non seulement un rendez-vous pour les amateurs de théâtre, mais aussi une véritable fête collective, ouverte aux familles, aux enfants et aux habitants des quartiers.

                                                               Kamel Bouaouina

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25 Mds de dinars pour les salaires des fonctionnaires en 2027 : un mammouth difficile à dégraisser

L’enveloppe consacrée aux rémunérations des fonctionnaires devrait atteindre le seuil de 25 milliards de dinars en 2027, selon le projet de budget pour le prochain exercice. Cette somme colossale illustre à quel point l’administration publique tunisienne s’apparente à un mammouth, dont la taille et le coût obèrent les équilibres macroéconomiques du pays. La Tunisie compte quelque 692.702 agents de l’État pour une population d’environ 12 millions d’habitants. À titre de comparaison, le Maroc voisin, qui abrite une population près de quatre fois plus nombreuse, ne dénombre que 576.062 fonctionnaires. Ce grand déséquilibre met en lumière une «sur-administration» chronique de l’économie tunisienne, où le secteur public a longtemps joué le rôle de principal employeur de substitution face à un secteur privé atone.

L’hypertrophie des effectifs de l’administration se traduit par une facture salariale colossale qui siphonne à elle seule 46% des recettes fiscales totales de l’État (54,280 milliards de dinars en 2027). Les répercussions sur les finances publiques sont directes et alarmantes. Le déficit budgétaire global devrait ainsi s’établir à 14,615 milliards de dinars, ce qui représente près de 7,8% du PIB. Ce ratio place la Tunisie dans une position particulièrement vulnérable comparativement à ses principaux partenaires économiques : le déficit budgétaire moyen observé chez les partenaires européens de la Tunisie tourne autour de 3,5% du PIB, tandis qu’il se limite à 3,6% au Maroc.

Les diagnostics successifs établis par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale depuis la révolution de 2011 pointent invariablement du doigt les effectifs pléthoriques de l’administration, qui absorbent une part léonine des ressources nationales, tout en offrant un rendement administratif souvent jugé insuffisant au regard des moyens colossaux déployés.

La fonction publique comme soupape de paix sociale

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Depuis la chute du régime de Ben Ali en 2011, les rangs de la fonction publique se sont garnis de plusieurs dizaines de milliers de nouveaux fonctionnaires. En l’absence d’un système performant d’indemnisation du chômage et de filets de sécurité sociale robustes, l’embauche massive dans le secteur public a systématiquement été utilisée par les gouvernements successifs comme une soupape de sécurité pour absorber les tensions sur le marché du travail et calmer les contestations sociales explosives. Cette gestion à court terme a cependant fini par montrer ses limites structurelles. Les recrutements massifs post-révolutionnaires, conjugués à des augmentations de salaires parfois extravagantes accordées à certains corps spécifiques, à l’instar des magistrats ou des forces de sécurité, ont propulsé la masse salariale de l’administration à des hauteurs insoutenables, oscillant entre 13% et 14% du PIB. Pour marquer le contraste, les données montrent que la masse salariale de la fonction publique ne représente que 10% du PIB au Maroc et environ 3,2% en Égypte.

L’asphyxie des investissements et des dépenses sociales

La conséquence inévitable de cette domination écrasante de la masse salariale est l’éviction progressive des ressources réservées aux autres composantes essentielles du budget de l’État. Chaque dinar injecté dans le paiement des salaires des fonctionnaires est un dinar soustrait aux investissements publics productifs. Les chantiers de construction d’infrastructures de transport, d’édification d’établissements scolaires et universitaires, de rénovation des structures sanitaires et de financement de la recherche et du développement se trouvent ainsi complètement sacrifiés ou du moins, sévèrement rationnés.

De surcroît, les dépenses sociales pâtissent directement de cette situation. Les subventions allouées aux produits de base, la prise en charge des dépenses de santé des assurés sociaux et les programmes d’accompagnement en faveur des populations vulnérables et des enfants handicapés subissent des arbitrages budgétaires de plus en plus drastiques. L’État tunisien se retrouve ainsi pris en étau entre des dépenses salariales incompressibles et des besoins sociaux croissants.

 Alléger sans sabrer brutalement les effectifs

Conscient de cette impasse, le gouvernement tunisien a engagé une stratégie minutieuse pour reprendre le contrôle de la masse salariale dans le secteur public, sans recourir à des coupes massives et brutales dans les effectifs ni décréter un gel total et aveugle des salaires qui risquerait de paralyser l’administration.

Dans cette optique, le programme général de majorations salariales a été maintenu, mais aucune hausse sectorielle spécifique ne sera accordée durant la période triennale. Cette discipline tarifaire permettra de limiter la progression des dépenses salariales à environ 4,6% par an, soit un net recul par rapport au rythme effréné de plus de 7% par an enregistré durant la décennie 2012-2021.

La stratégie élaborée par l’Exécutif repose également sur un triptyque : la suspension des recrutements non essentiels, l’encouragement au départ volontaire et le redéploiement interne des surplus d’effectifs. Désormais, seuls les secteurs d’utilité vitale et à forte valeur ajoutée bénéficieront d’autorisations d’embauche au compte-gouttes, tandis que les contrats de prestation de service et de sous-traitance à long terme sont suspendus.

Le programme spécifique de mise à la retraite anticipée avant l’âge légal, qui avait été lancé en 2022, a également été reconduit jusqu’au 31 décembre 2027.

Par ailleurs, l’application de l’arrêté n° 387 qui encadre le redéploiement des fonctionnaires entre les différents départements ministériels et établissements publics administratifs se poursuit activement, tout comme l’octroi de congé spécifique pour la création d’entreprise.

Le pari des autorités est de réussir à transformer la fonction publique tunisienne en une machine plus agile, efficiente et soutenable financièrement, sans compromettre la paix sociale. 

Walid KHEFIFI

 

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Financement durable : face au défi de la transformation du système financier 

 Par Ahmed NEMLAGHI

La diversification des sources de financement, le développement du marché financier, la couverture des risques naturels et la promotion de l’investissement durable figurent parmi les orientations retenues pour 2027. À travers ces chantiers, l’enjeu est de mieux mobiliser l’épargne nationale, de faciliter l’accès des PME et des nouveaux entrepreneurs aux financements et d’orienter les ressources vers une économie plus résiliente. 

Une démarche qui rejoint les priorités affichées par le président Kaïs Saïed en matière de justice sociale, de développement équilibré et de valorisation des capacités nationales.

Le document du projet de budget économique pour 2027 accorde une place importante à la modernisation du système financier tunisien. Le renforcement du secteur des assurances, la consolidation du système bancaire et la dynamisation du marché financier y apparaissent comme des leviers complémentaires pour répondre aux besoins de financement de l’économie et soutenir l’investissement productif.

Au-delà des mesures techniques envisagées, cette orientation soulève une question fondamentale : comment faire du système financier un instrument au service du développement national, plutôt qu’un mécanisme dont les ressources profiteraient principalement aux acteurs déjà établis ? La réponse passe notamment par une meilleure répartition des possibilités de financement, une gestion plus rigoureuse des risques et une mobilisation de l’épargne au bénéfice des entreprises, des projets productifs et des initiatives porteuses de valeur ajoutée.

Cette ambition rejoint les orientations économiques défendues par Kaïs Saïed, qui insiste sur la nécessité de concilier création de richesses, justice sociale et réduction des disparités régionales. Encore faut-il que les réformes annoncées se traduisent par des mécanismes accessibles, des investissements effectifs et des résultats mesurables.

Un système financier au service de l’économie réelle

L’un des principaux enjeux du programme envisagé pour 2027 réside dans la complémentarité entre les banques, le marché financier et le secteur des assurances. Ces trois composantes ne répondent pas aux mêmes besoins, mais leur coordination peut contribuer à élargir les possibilités de financement offertes aux entreprises et aux porteurs de projets.

Le crédit bancaire demeure une source essentielle de financement en Tunisie. Toutefois, une dépendance excessive à l’égard du secteur bancaire peut limiter les possibilités des entreprises qui ne disposent pas de garanties suffisantes ou dont les projets présentent des risques élevés. Les jeunes entrepreneurs et les petites et moyennes entreprises sont particulièrement concernés.

Le développement du marché financier pourrait leur offrir des possibilités supplémentaires, tandis que les mécanismes de garantie et les instruments d’assurance contribueraient à mieux répartir les risques liés à l’investissement.

Cette diversification ne consiste donc pas simplement à multiplier les instruments financiers. Elle doit permettre de rapprocher les ressources disponibles des besoins réels de l’économie, en favorisant les activités productives, l’innovation, l’emploi et la création de valeur.

Dans cette perspective, la politique économique défendue par Kaïs Saïed accorde une importance particulière à la nécessité de mettre les ressources nationales au service du développement. L’objectif est de renforcer les capacités du pays à financer ses propres priorités, tout en élargissant les possibilités offertes aux acteurs économiques.

L’assurance, un rempart contre les risques naturels

La préparation d’un projet de loi instituant un système de couverture des catastrophes naturelles constitue l’un des chantiers importants annoncés pour 2027. Elle répond à un besoin économique et social : mieux protéger les ménages, les entreprises et les exploitations agricoles contre les conséquences financières des événements naturels.

Les catastrophes peuvent détruire des infrastructures, compromettre des récoltes, interrompre des activités et fragiliser durablement les revenus. Lorsque les mécanismes de couverture sont insuffisants, les pertes pèsent directement sur les victimes et peuvent nécessiter des interventions publiques coûteuses.

La mise en place d’un dispositif adapté permettrait de mieux répartir ces risques et d’améliorer les capacités de reconstruction. Sa réussite dépendra néanmoins de plusieurs conditions : des règles de fonctionnement claires, une répartition équilibrée des responsabilités, des garanties accessibles et une articulation efficace entre les assureurs et les pouvoirs publics.

La poursuite des travaux techniques relatifs à l’assurance agricole revêt, à cet égard, une importance particulière. L’agriculture reste exposée aux aléas climatiques, dont les effets peuvent compromettre les revenus des exploitants et fragiliser l’approvisionnement du marché intérieur.

Une assurance agricole adaptée pourrait contribuer à sécuriser les investissements, à faciliter l’accès au crédit et à renforcer la résilience des exploitations. Elle devrait toutefois tenir compte de la diversité des structures agricoles et des capacités financières des petits exploitants, afin que le coût des garanties ne devienne pas un obstacle supplémentaire.

Ces mesures rejoignent l’enjeu de souveraineté alimentaire régulièrement mis en avant dans les orientations économiques nationales : protéger la production suppose aussi de protéger ceux qui la rendent possible.

Le financement durable, une nouvelle étape à concrétiser

Le financement durable constitue l’un des volets les plus structurants des orientations annoncées. Il ne s’agit plus seulement de financer des entreprises ou des infrastructures, mais de mieux intégrer les conséquences environnementales et sociales des investissements dans les décisions économiques.

Le document prévoit notamment la mise en place d’un système national d’attribution du label «Entreprise verte ou durable» et la création d’un indice de durabilité au sein de la Bourse de Tunis. Ces deux instruments pourraient contribuer à identifier les entreprises engagées dans des démarches responsables et à rendre leurs efforts plus visibles auprès des investisseurs.

Un label crédible permettrait de mieux distinguer les engagements réels des simples déclarations de communication. Pour remplir cette fonction, il devra reposer sur des critères précis, vérifiables et transparents ainsi que sur des procédures de contrôle adaptées. Sans ces garanties, le risque serait de voir la notion de durabilité perdre sa portée et sa crédibilité.

L’indice de durabilité envisagé à la Bourse de Tunis pourrait, de son côté, améliorer l’information disponible sur les entreprises cotées et favoriser la prise en compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les décisions d’investissement.

L’enjeu est de faire de ces instruments des leviers concrets d’orientation de l’épargne vers des activités plus résilientes, moins exposées aux risques environnementaux et davantage attentives aux conséquences sociales de leur développement.

Cette démarche peut s’inscrire dans une conception du développement qui ne réduit pas la performance économique aux seuls résultats financiers à court terme. La création de richesses doit également être appréciée au regard de sa contribution à l’emploi, à l’équilibre territorial, à la protection des ressources naturelles et à l’amélioration des conditions de vie.

Pour autant, le financement durable ne pourra se développer par la seule création d’un label ou d’un indice boursier. Il nécessitera une mobilisation coordonnée des banques, des assureurs, des investisseurs, des entreprises et des pouvoirs publics ainsi qu’une information fiable sur les risques et les effets des projets financés.

Le marché financier, un levier encore sous-exploité

Le document consacré au projet de budget économique pour 2027 souligne plusieurs limites du marché financier tunisien, notamment le nombre restreint de sociétés cotées et la prédominance du secteur bancaire dans le financement de l’économie.

Le développement de la Bourse de Tunis apparaît dès lors comme un enjeu stratégique. Un marché plus dynamique pourrait permettre aux entreprises de diversifier leurs ressources, de financer leur croissance et de réduire leur dépendance exclusive au crédit bancaire.

Cela suppose d’améliorer le cadre législatif et réglementaire, d’encourager les entreprises à accéder au marché des capitaux et d’élargir la base des investisseurs. La création d’une plateforme numérique dédiée à l’éducation financière répond également à un besoin important : permettre aux épargnants de mieux comprendre les produits disponibles, leurs avantages, leurs risques et les mécanismes de protection existants.

La confiance constitue ici une condition essentielle. Elle dépend de la transparence des opérations, de la qualité de l’information communiquée aux investisseurs et de l’efficacité du contrôle exercé sur les acteurs du marché.

Le renforcement du marché obligataire, le développement des organismes de placement collectif et la diversification des instruments de financement de l’État et des collectivités locales figurent également parmi les pistes envisagées. Ces mécanismes pourraient élargir les possibilités de mobilisation de l’épargne, à condition de préserver une gestion prudente des ressources et de garantir la soutenabilité des engagements financiers.

Le financement des grands projets et des partenariats public-privé pourrait aussi bénéficier d’un marché financier plus développé. Mais cette évolution exige une évaluation rigoureuse des risques, une répartition transparente des responsabilités et une appréciation précise des retombées économiques et sociales attendues.

La modernisation du système financier passe également par la consolidation du secteur bancaire. Le renforcement du contrôle des établissements, le traitement des créances classées et la restructuration des banques à capitaux mixtes et de la Banque de financement des petites et moyennes entreprises figurent parmi les priorités annoncées.

La gestion des créances classées constitue un enjeu majeur, car l’accumulation de crédits difficiles à recouvrer peut réduire la capacité des banques à accorder de nouveaux financements. Une amélioration de leur situation financière pourrait donc contribuer à réorienter davantage de ressources vers les entreprises viables et les projets productifs.

Le développement des services de la Société tunisienne de garantie (SOTUGAR) est également présenté comme un moyen de soutenir l’investissement. Les garanties peuvent faciliter l’accès au crédit des entreprises qui ne disposent pas de sûretés suffisantes, sans pour autant supprimer la nécessité d’évaluer sérieusement la viabilité des projets.

La réussite de ces réformes dépendra ainsi de l’équilibre entre prudence financière et soutien à l’initiative économique. Il s’agit de préserver la stabilité des établissements tout en évitant que les exigences de financement ne deviennent un obstacle systématique pour les PME et les nouveaux entrepreneurs.

De l’annonce des réformes à leur mise en œuvre

Les orientations retenues pour 2027 dessinent les contours d’un système financier appelé à jouer un rôle plus diversifié dans le développement national. La couverture des catastrophes naturelles, l’assurance agricole, la mobilisation de l’épargne, le renforcement du marché des capitaux et la promotion du financement durable répondent à des besoins complémentaires.

Elles rejoignent plusieurs priorités affichées par Kaïs Saïed : renforcer l’autonomie économique, soutenir les activités productives, mieux prendre en compte les besoins sociaux et favoriser un développement plus équilibré. Toutefois, il convient de distinguer les objectifs annoncés des résultats qui restent à obtenir. La portée de ces orientations dépendra de la concrétisation des projets législatifs, de la qualité de leur mise en œuvre et de l’accessibilité réelle des mécanismes créés.

Le défi sera notamment de veiller à ce que le financement durable ne bénéficie pas uniquement aux grandes entreprises capables de supporter les coûts de mise en conformité, mais qu’il puisse également accompagner les PME, les exploitations agricoles et les initiatives implantées dans les régions moins favorisées.

En définitive, la transformation du système financier ne se mesurera pas seulement à la diversité des instruments disponibles ou au volume de l’épargne mobilisée. Elle devra être appréciée à l’aune de sa capacité à financer une économie productive, à protéger les acteurs contre les risques, à soutenir la transition environnementale et à créer des opportunités durables. C’est à cette condition que la finance pourra devenir un véritable instrument de développement au service de la souveraineté économique et du progrès social.

 

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À Nabeul, au cœur du dépistage du cancer du sein

En ce mois d’octobre, l’ensemble des établissements hospitaliers se mobilise autour d’un même message : ensemble, plus forts contre le cancer du sein. Détecté à un stade précoce, il offre de très bonnes chances de guérison et permet souvent des traitements moins lourds.

Autopalpation, examen clinique, mammographie selon l’âge et l’avis du médecin : des gestes simples pour agir à temps. Dans la salle d’attente du service d’imagerie médicale, le silence n’est rompu que par le chuchotement des patientes. À l’occasion d’Octobre Rose, la campagne annuelle de sensibilisation au cancer du sein, elles sont des centaines à attendre leur tour pour une mammographie. Ce lieu transitoire concentre à lui seul l’espoir, l’anxiété et la solidarité féminine. A 13h 00, elles étaient 600 patientes au centre cardiologique de Nabeul.

L’atmosphère : une attente partagée

Les chaises en skaï bleu affichent complet. Sur les visages des femmes de tous âges, le programme de dépistage ciblant principalement les 25 à 70 ans, se lit une palette d’émotions. Certaines regardent fixement le sol, les mains croisées, tandis que d’autres échangent des sourires complices pour désamorcer l’angoisse. L’attente est souvent le moment où la vulnérabilité refait surface : les motifs de leur présence diffèrent, mais l’objectif reste le même, celui de prendre soin de sa santé. Ce lieu transitoire concentre à lui seul l’espoir, l’anxiété et la solidarité féminine.

À tout juste 50 ans, une jeune femme participe à son premier dépistage organisé. «J’ai repoussé l’échéance plusieurs fois par peur d’avoir mal, mais avec toutes les affiches ce mois-ci, je me suis dit que je n’avais plus d’excuses». L’attente est stressante, mais je sais que c’est nécessaire. Plus loin, Fatma affiche un calme olympien. «C’est ma septième mammographie. Je viens tous les deux ans. Pour moi, c’est comme une révision obligatoire. On attend un peu, c’est vrai, car le service est surchargé en octobre, mais la tranquillité d’esprit n’a pas de prix». Dans un coin, deux femmes qui ne se connaissaient pas dix minutes plus tôt partagent leurs expériences et leurs astuces pour ne pas stresser pendant l’examen, illustrant la force des liens éphémères qui se créent dans cette antichambre de la médecine

 Pour Nawel Khadhar, «cette initiative vise à encourager les femmes à recourir régulièrement aux examens médicaux, en vue de favoriser la détection des lésions à un stade précoce et d’améliorer les chances de traitement dans le cadre de la célébration du mois international de sensibilisation au cancer du sein, Octobre rose. Plus la maladie est détectée tôt, plus les possibilités de traitement sont importantes». Tout en mettant l’accent sur le rôle de la sensibilisation pour encourager les femmes à se rendre dans les centres de dépistage, pour effectuer régulièrement des frottis cervico-vaginaux et des mammographies. Un cancer du sein détecté tôt, c’est 90% de chances de guérison. L’examen simple sauve des milliers de vies chaque année, mais encore trop de femmes craignent d’aller se faire dépister. Il y a déjà dans un premier temps certaines patientes qui sont stressées par rapport à l’examen, qui ont peur des éventuels résultats qui peuvent être pathologiques. En Tunisie, 4.500 nouveaux cas de cancer du sein sont enregistrés chaque année. Ce chiffre devrait atteindre environ 6.000 en 2030.

Derrière les portes closes

Derrière les portes closes du cabinet de radiologie, le personnel médical s’active au rythme des technologies modernes pour scruter les tissus mammaires. Actuellement, le taux de participation au dépistage organisé oscille autour de 45% à 48%, un chiffre que nous espérons voir grimper grâce à cette journée de forte affluence. A 13h 00, elles étaient 600 patientes. Alors que la porte s’ouvre et qu’un nom est appelé, une nouvelle patiente se lève. L’attente prend fin, laissant place à un examen rapide qui, dans la grande majorité des cas, apporte le soulagement d’un résultat rassurant. «Je redoutais beaucoup ma première mammographie. En réalité, la compression ne dure que quelques secondes. L’examen complet a duré moins de dix minutes, a indiqué une jeune institutrice. J’avais senti une petite boule dans mon sein. La mammographie a permis de vérifier que ce n’était pas un cancer. Cet examen m’a rassurée et m’a rappelé l’importance du dépistage», a souligné une dame âgée de 55 ans.

«Un cancer du sein détecté tôt, c’est 90% de chances de guérison», affirme Nawel Khadhar. «L’examen simple sauve des milliers de vies chaque année, mais encore trop de femmes craignent d’aller se faire dépister. Il y a déjà dans un premier temps certaines patientes qui sont stressées par rapport à l’examen, qui ont peur des éventuels résultats qui peuvent être pathologiques. Chaque année, le cancer du sein, le cancer le plus fréquent chez la femme en Tunisie, représente environ 30% de l’ensemble des cancers féminins, avec plus de 4.000 nouveaux cas recensés chaque année», dit-elle. Pour sa part, Dr Yosra Bouachir a mis en avant l’importance de la mammographie, qui permet de détecter le cancer du sein à un stade précoce, parfois jusqu’à trois ans avant l’apparition des symptômes. «Cet examen, d’une durée d’environ 20 minutes, contribue à améliorer les chances de guérison, qui dépassent 95% lorsque la maladie est diagnostiquée précocement», a-t-elle expliqué. Elle a également souligné l’importance de réaliser une mammographie chaque année, même pour les jeunes en dehors des périodes de grossesse et d’allaitement, tout en rappelant le rôle de l’auto-examen des seins, qu’il est recommandé d’effectuer une fois par mois, notamment chez les femmes de plus de 40 ans. Le dépistage contribue ainsi à prévenir l’évolution de ces lésions vers un cancer, à diagnostiquer certaines formes de la maladie à un stade précoce, à limiter le recours à des traitements lourds et à réduire l’incidence et la mortalité liées à cette pathologie.

Témoignages

Les témoignages de certaines patientes sont des récits puissants, remplis d’émotion, de courage et d’espoir. Chaque découverte de la maladie, souvent à la suite de la détection d’une grosseur ou d’un symptôme anormal ou encore d’une mammographie, marque un tournant dans la vie de ces femmes. Leurs histoires reflètent la réalité vécue par des milliers de patientes chaque année.  Le nombre de cancers augmente chaque année. «Derrière chaque opération, chaque traitement, il y a une épreuve physique et psychologique intense, mais aussi une réhabilitation progressive, un retour à soi et à la vie. Leur expérience, souvent bouleversante, met en lumière une formidable capacité de résilience. Le partage de leur histoire est un acte profondément émouvant, mais aussi un geste solidaire, qui devient une source d’information, de réconfort et de force pour d’autres femmes en cours de traitement», nous explique Dr Bouachir. Plusieurs femmes ont voulu témoigner au cours de cette journée. Pour moi, disait la première dame, «on a traversé, on a vaincu le cancer. On a passé une colline, maintenant on a le monde à conquérir, un nouveau monde. Je le trouve tellement courageux d’avoir accepté d’être là, juste là aujourd’hui, parler de ça».  Une mammographie de dépistage a changé le cours de sa vie. Aujourd’hui et en pleine forme, une jeune dame raconte son histoire dans l’espoir d’encourager les autres à prioriser le dépistage, à se renseigner sur leurs antécédents familiaux et à prendre leur santé en main. «Aujourd’hui, je suis guérie. Mon parcours m’a rendue plus forte. Je témoigne pour dire que oui, on peut traverser ce combat et s’en sortir», dit-elle

Kamel BOUAOUINA

                                                       

 

 

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L’automne installe ses «pathologies de saison»

L’automne est une saison de transition caractérisée par des changements climatiques importants : baisse des températures, augmentation de l’humidité et diminution de la luminosité. Ces changements peuvent favoriser l’apparition ou l’aggravation de certaines pathologies. Avec l’arrivée de l’automne, les premières fraîcheurs arrivent et les premiers maux physiques commencent à apparaître : fatigue, gorge irritée, tête lourde, nez qui coule… Les virus de l’automne sont bel et bien arrivés. Avec leurs effets visibles : yeux rougis, mouchoirs en papier dans les mains et salves d’éternuements et de toux, à la maison, à l’école, dans les transports en commun et dans les lieux publics. Certes, ce rhume qui attaque grands et petits en ces premiers jours d’automne n’a rien de dramatique, mais il peut être très pénible, surtout lorsqu’il a tendance à s’éterniser, notamment pour les enfants qui ne savent pas souvent prendre les précautions nécessaires. 

En effet, en cette période de changements alternatifs de temps, qui devient tantôt froid, tantôt chaud, les enfants changent souvent de vêtements selon la variation des températures tout au long de la journée, provoquant ainsi la propagation du rhume parmi eux. Cette période de l’année qui coïncide avec les premières semaines de la rentrée scolaire peut se révéler parfois particulièrement éprouvante pour les élèves. De même, les premiers cas de la grippe saisonnière apparaissent, ce qui nécessite une vaccination pour se prémunir contre ce virus et son pouvoir infectieux. 

Les maladies infectieuses apparaissent

En automne, les variations de température, d’humidité et de luminosité peuvent provoquer l’apparition de symptômes sur le corps humain, tels que des rhumes ou des infections saisonnières. En effet, les rhumes, causés par des rhinovirus, sont plus fréquents à cette période. C’est pourquoi chaque année, une campagne antigrippe est organisée chez nous pour exhorter les citoyens à se faire vacciner contre cette maladie saisonnière. En effet, cette transition, de l’été vers l’automne, peut entraîner des effets considérables sur nos habitudes de vie, notre santé, notre humeur et notre état psychologique.

En effet, le passage d’une saison à une autre est souvent mal supporté par les gens. Ce changement du temps n’est pas sans conséquence sur l’homme, son organisme, voire son caractère. Avec l’entrée de l’automne et les premières fraîcheurs du temps, la température baisse sensiblement de quelques degrés par rapport aux chaleurs de l’été, le temps devient plus frais et plus humide, c’est pourquoi la plupart des gens sont allergiques à ce changement climatique, d’où l’apparition de troubles sanitaires, de fatigue et de mauvaise humeur.

Fatigue et mauvaise humeur

Selon les spécialistes, avec l’automne, de nombreuses personnes ressentent de la fatigue et une mauvaise humeur. Les changements saisonniers affectent également notre corps et notre rythme biologique, ce qui peut contribuer à ces symptômes négatifs. En fait, en automne, la durée des journées commence à diminuer et certaines personnes peuvent se sentir d’humeur maussade. Il est important de souligner qu’il ne s’agit pas forcément seulement d’une sensation puisque, selon les spécialistes, la lumière du soleil régule des molécules spécifiques responsables de l’équilibre de l’humeur. Scientifiquement parlant, cette sensation de baisse d’énergie qui se manifeste à l’automne est le résultat naturel des changements de température et de luminosité impactant le métabolisme. La désynchronisation entre l’horloge interne et les signaux extérieurs conduit souvent à un manque d’énergie et à une déprime automnale, une perte de motivation.

Précautions à prendre

Pour lutter contre le rhume, nous recommandent les médecins, on peut avant tout l’anticiper. Les élèves sont appelés à conserver une bonne hygiène de vie : une alimentation équilibrée, un cycle de sommeil régulier et suffisant (8 heures par nuit minimum) et une bonne gestion du stress, sans quoi, leur système immunitaire s’affaiblit systématiquement et ils risquent d’attraper un rhume. 

En Tunisie, ces maux qu’on appelle dans le milieu médical «pathologies de saison» sont fréquents, surtout en cette période de l’année, notamment parmi les plus jeunes, si bien que les cabinets des généralistes et des pédiatres sont très visités durant cette saison. Cependant, chez certaines familles, ces «maux» sont souvent soignés en recourant aux remèdes traditionnels en absorbant pendant deux ou trois jours quelques tisanes de miel et citron chaud ou en inhalant de l’eucalyptus pour mettre fin au mal. Mais si le mal persiste, il vaudrait mieux consulter un médecin pour écarter toute complication. 

De toute façon, il n’y a pas à s’inquiéter puisque ce mal d’automne n’est pas souvent très nuisible. Alors que les infections bactériennes peuvent être traitées par des antibiotiques, les rhumes sont causés par des virus et disparaissent généralement d’eux-mêmes après 7 à 10 jours. Et c’est pourquoi chez nous, certaines gens n’y prêtent souvent aucune attention. Pourtant, les infections dues au rhume sont très répandues chez nous. On estime que le rhume est l’une des causes principales des journées d’absence au travail ou à l’école et là-dessus, il n’est pas difficile de recevoir un certificat médical de quelques jours chez le médecin, quand bien même on pourrait poursuivre son travail ou ses études tout en étant enrhumé. Ainsi, un simple rhume devient un prétexte à l’absentéisme déjà bien répandu dans nos administrations et nos écoles.

Hechmi KHALLADI 



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Santé numérique : un défi à relever et un levier d’accès équitable aux soins

Par Kamel ZAIEM

Lors d’une interview accordée à «HOSPITALS Magazine», le ministre de la Santé a longuement parlé du premier hôpital numérique en Tunisie et ses performances durant une année. Les données et les chiffres qu’il a révélés confirment les progrès de plus en plus évidents dans nos établissements hospitaliers et la mobilisation de l’Etat pour soutenir ce secteur et en faire un des principaux atouts pour permettre au pays d’aller de l’avant et au citoyen de bénéficier des meilleures conditions de soins partout à travers la République.

La mise en place du premier hôpital numérique en Tunisie a permis de connecter 30 établissements hospitaliers au réseau numérique et de réaliser plus de 120 mille interprétations d’examens d’imagerie médicale à distance en une année. C’est le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, qui vient de le révéler dans un entretien accordé à «HOSPITALS Magazine». 

Dans cet entretien accordé au magazine en marge du Congrès international de la santé numérique, le ministre a précisé que le système de santé numérique s’oriente progressivement vers l’élargissement de ses services pour toucher de nouvelles spécialités dont les téléconsultations médicales, la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC), la mammographie, l’anatomie pathologique et l’examen de la rétine.

Il a expliqué que l’interconnexion numérique des hôpitaux permet d’assurer une assistance médicale 24 h/24 et de rapprocher l’expertise médicale des citoyens dans les différentes régions du pays. Ce dispositif contribue ainsi à réduire les déplacements des patients et les délais d’attente, tout en accélérant leur accès au diagnostic et à une expertise médicale spécialisée, a-t-il précisé.

Ferjani a souligné que la valeur de la technologie se mesure également à sa capacité à améliorer le quotidien des citoyens, à faciliter leur accès aux soins et à garantir une prise en charge médicale plus équitable et plus efficace.

Il a ajouté que le recours aux solutions numériques vise aussi à optimiser l’utilisation des ressources humaines et des équipements médicaux disponibles, tout en réduisant les disparités régionales en matière d’accès aux services de santé, de manière à placer l’intérêt et la dignité du patient au cœur du système sanitaire.

Le fait que la publication «HOSPITALS Magazine», qui est une revue anglophone publiée au Liban, spécialisée dans le secteur de la santé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), s’y intéresse, cela prouve que cette réalisation est importante et révolutionnaire, d’autant plus que le magazine couvre notamment les avancées médicales et technologiques, les innovations dans le domaine de la santé ainsi que l’évolution des infrastructures hospitalières et de la gestion sanitaire.

D’ailleurs, cet intérêt n’a rien de fortuit. Avec tout ce qui est en train de se réaliser dans le domaine médical, au niveau des soins et du progrès technologique, la Tunisie peut se vanter d’avoir un système honorable en matière de santé, d’autant plus que c’est le Chef de l’Etat en personne qui y veille et qui rappelle en permanence l’importance vitale de ce secteur et sa contribution pour préserver le capital humain du pays.

 

Une détermination inébranlable à remettre le secteur de la santé sur les rails

D’ailleurs, le Président de la République, Kaïs Saïed, l’a rappelé il y a à peine un mois lors d’un entretien avec le ministre de la Santé. Il a indiqué que la santé publique demeure au cœur des priorités de l’Etat, s’agissant d’un «droit naturel de l’être humain», qui doit être garanti à tous les citoyens sur un pied d’égalité.

Le président Kaïs Saïed s’est montré, à l’occasion, satisfait que plusieurs projets aient été réalisés, notamment dans le domaine de l’interprétation à distance des analyses biologiques et des examens d’imagerie médicale. Ces dispositifs permettent, selon lui, de réduire les déplacements des patients et de leurs familles ainsi que les délais d’attente.

Le chef de l’État s’est montré fier de voir de tels progrès réalisés dans un contexte qui appelle à la vigilance avec un système de santé publique qui a été ciblé et détruit par la corruption, les retards et les manigances et sciemment mis à genoux, soulignant que plusieurs projets de haute importance ont accusé des retards injustifiés malgré la disponibilité des crédits nécessaires et ont été intentionnellement bloqués, tout comme les équipements qui y sont associés.

Il a imputé ces entraves à «ceux qui sont impliqués dans la corruption ou dont les cœurs sont malades», estimant qu’ils ne peuvent être amendés que par «une reddition de comptes juste et équitable» pour leurs manœuvres et agissements  désavoués. Le chef de l’Etat s’est enfin dit convaincu que le secteur de la santé ainsi que les autres services publics, «retrouveront leur vitalité,  conformément aux aspirations du peuple tunisien».

Sur un autre plan, le chef de l’État n’a pas manqué, à cette occasion, de saluer les compétences du personnel médical tunisien, notamment les médecins, les professionnels paramédicaux et les agents de santé. Il a souligné que l’intérêt manifesté par plusieurs pays, y compris des pays à la pointe du progrès scientifique, pour recruter des compétences médicales tunisiennes «n’est pas le fruit du hasard». Il a ainsi mis en avant la qualité de la formation médicale tunisienne, qu’il a qualifiée de «niveau mondial» et considérée comme l’une des fiertés du pays. 

Sur la lancée

La santé numérique en Tunisie poursuit plusieurs objectifs concrets. Elle vise d’abord à réduire les déplacements des patients et les délais d’attente. Elle doit également accélérer l’accès à l’expertise médicale.

En parallèle, cette approche permet de mieux utiliser les ressources humaines et les équipements disponibles. Elle contribue ainsi à améliorer l’organisation des établissements de santé et la prise en charge des patients.

D’ailleurs, la transformation numérique ne se limite pas à l’introduction de nouvelles technologies. Elle doit rapprocher les soins des citoyens, réduire les disparités entre les régions et renforcer le droit à la santé pour tous.

A ce propos, il faut rappeler que la Tunisie est en train d’accélérer la transformation numérique de son système de santé public avec l’ambition de parvenir à une numérisation complète de ses hôpitaux d’ici la fin de l’année 2026. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté globale de modernisation des services publics, en s’appuyant sur les technologies digitales pour améliorer la qualité des soins.

Le projet repose sur le déploiement progressif de solutions numériques dans les établissements de santé. Plusieurs hôpitaux régionaux sont déjà équipés de dispositifs de télémédecine et de télé-imagerie, permettant d’assurer des consultations à distance et de faciliter le diagnostic.

En parallèle, les autorités développent des plateformes numériques spécialisées, notamment dans des domaines comme l’assistance médicale et la gestion des urgences. Un système d’information unifié, baptisé «One Health», a été programmé afin d’interconnecter les données sanitaires et d’améliorer la coordination entre les acteurs du secteur.

Depuis plusieurs années, la Tunisie s’est engagée sur la voie de la numérisation de son système de santé. Dès 2020, elle reçoit un prêt de 27,3 millions d’euros (environ 31,3 millions $) pour numériser son secteur sanitaire. Depuis lors, les projets dans ce sens se sont enchaînés tels que la création de son premier hôpital numérique en 2025 et le choix de Tunisie Telecom pour mener à bien les projets de numérisation.

À travers cette transformation, le gouvernement tunisien cherche à renforcer l’efficacité du système de santé, à réduire les délais de prise en charge et à améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les zones éloignées.

La digitalisation apparaît aussi comme un levier pour optimiser la gestion des ressources hospitalières, qu’il s’agisse du personnel ou des équipements. Elle s’inscrit enfin dans une logique de modernisation globale, où la donnée devient un outil central de pilotage des politiques publiques.

Il s’agit, certes, d’un défi à relever, mais avec l’intérêt accru de l’Etat pour «libérer» le secteur et le remettre sur les rails, nous ne pouvons qu’être optimistes avec l’espoir de voir cette orientation vers le numérique rapporter au secteur et aux citoyens de meilleurs soins et dans de bonnes conditions.

 

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Palais de justice : la procédure d’appel

 En matière civile comme en matière pénale, le principe du double degré de juridiction constitue une garantie essentielle du droit à un procès équitable. Il permet à toute personne contestant une décision rendue en première instance de solliciter son réexamen par une juridiction supérieure, afin que soient vérifiées tant l’application de la loi que l’appréciation et la qualification juridique des faits. L’exercice du droit d’appel représente ainsi une garantie fondamentale pour le justiciable.

Toutefois, en matière pénale, les lenteurs dans la transmission des dossiers à la cour d’appel peuvent avoir des conséquences particulièrement lourdes lorsque le prévenu ou le condamné est détenu. Pour celui qui entend faire réexaminer sa situation par la juridiction compétente, l’attente peut se prolonger durant plusieurs mois, sans que son dossier soit transmis dans des délais raisonnables. Une telle situation soulève une question préoccupante au regard de l’effectivité du droit au recours et des exigences d’une bonne administration de la justice.

Il devient dès lors urgent de remédier à ces retards, en améliorant les procédures de transmission des dossiers entre les juridictions et en veillant à accorder une attention prioritaire aux affaires impliquant des personnes détenues. Car si le droit d’interjeter appel est reconnu par la loi, encore faut-il que son exercice puisse produire ses effets dans des délais compatibles avec les exigences de la justice. Un recours ne saurait être pleinement effectif lorsque l’attente de la transmission du dossier risque, à elle seule, de prolonger inutilement l’incertitude et la privation de liberté.

L’article 96 du Code pénal : portée et enjeux de la réforme

Dans le cadre des conférences de stage organisées par l’Ordre national des avocats de Tunisie, une rencontre consacrée à l’article 96 du Code pénal et aux modifications introduites par la loi n° 2025-14 du 28 juillet 2025 se tiendra le 20 octobre 2026. Cette conférence sera présentée par Ichraq Daraaoui, en présence de son maître de stage, Me Hichem Dhib, et de Me Saïda Akrémi, représentant l’Ordre.

Au cœur de cette rencontre : l’évolution du dispositif pénal réprimant certains abus de fonction commis par les agents publics, ainsi que les conditions d’engagement de leur responsabilité pénale.

La réforme de l’article 96 du Code pénal a modifié les éléments constitutifs de l’infraction et les peines encourues. Dans sa nouvelle version, le texte vise les fonctionnaires publics ou assimilés qui commettent intentionnellement un acte relevant de leurs fonctions dans le but de procurer un avantage indu à eux-mêmes ou à autrui, au préjudice de l’administration.

Le champ d’application de cette disposition concerne également certains employés d’établissements économiques ou sociaux auxquels l’État participe au capital, lorsqu’ils sont chargés, en raison de leurs fonctions, de la vente, de l’achat, de la fabrication, de l’administration ou de la garde de biens.

L’introduction expresse de l’élément intentionnel constitue l’un des aspects importants de la réforme. Elle souligne la nécessité de caractériser l’intention délictueuse, au-delà du seul constat d’une irrégularité ou d’une mauvaise gestion. L’application du texte suppose ainsi d’examiner les circonstances des faits, le comportement reproché et les éléments permettant d’établir les conditions prévues par la loi.

La loi du 28 juillet 2025 a également modifié le régime des sanctions. La peine d’emprisonnement prévue par le nouvel article 96 est fixée à six ans, contre dix ans dans la version antérieure. Une amende est également prévue, dont le montant est déterminé en fonction de l’avantage obtenu ou du préjudice subi par l’administration.

Lorsque le préjudice concerne un établissement dans lequel l’État détient une participation au capital, le calcul de l’amende tient compte de la proportion de cette participation, conformément aux dispositions du texte.

La réforme invite ainsi à examiner conjointement les éléments constitutifs de l’infraction, l’exigence de l’intention criminelle et les règles relatives à la détermination des sanctions.

L’étude de l’article 96 présente un intérêt particulier pour les futurs avocats, appelés à maîtriser les conditions d’application d’une disposition susceptible d’engager la responsabilité pénale d’agents publics ou de personnes assimilées. Elle soulève notamment des questions relatives à la preuve de l’intention, à la caractérisation du préjudice et à la distinction entre une faute de gestion, une irrégularité administrative et un comportement pénalement répréhensible.

Cette conférence de stage sera ainsi l’occasion d’approfondir les implications juridiques de la réforme et d’en examiner les enjeux pour la défense, l’interprétation de la loi pénale et la protection des intérêts de l’administration, dans le respect des principes de légalité et de responsabilité pénale.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Achats sur les réseaux sociaux : quand le consommateur se retrouve sans recours

Les publicités défilent quotidiennement sur Facebook et Instagram, proposant une multitude de produits à des prix souvent attractifs. Articles ménagers, accessoires de cuisine, vêtements, chaussures, produits cosmétiques, gadgets électroniques ou encore objets présentés comme révolutionnaires : les offres se multiplient, accompagnées de vidéos séduisantes et de promesses commerciales parfois difficiles à vérifier. En quelques clics, le consommateur peut passer commande et se faire livrer directement à domicile. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une réalité beaucoup moins rassurante.

En Tunisie, une partie de ce commerce réalisé à travers les réseaux sociaux semble évoluer dans une zone grise où l’identité du vendeur, l’origine des marchandises et les possibilités de réclamation demeurent souvent floues. Lorsque le produit livré ne correspond pas à celui présenté dans la publicité, le consommateur peut rapidement se retrouver face à une impasse.

Des publicités séduisantes, mais des vendeurs parfois insaisissables

Le mécanisme est désormais bien rodé. Une publicité apparaît sur le fil d’actualité d’un internaute, généralement accompagnée d’une démonstration vidéo particulièrement convaincante. Le produit semble pratique, innovant et proposé à un tarif accessible. Il suffit alors de remplir un formulaire, d’envoyer un message privé ou de communiquer son numéro de téléphone pour confirmer la commande. Quelques jours plus tard, un livreur se présente au domicile du client, qui règle généralement le montant demandé à la réception. Une partie de ces marchandises peut provenir de Chine ou d’autres marchés étrangers, sans que leur provenance exacte soit toujours clairement indiquée. Mais le problème ne réside pas nécessairement dans le pays de fabrication. Il concerne avant tout l’absence d’informations fiables sur le vendeur, les caractéristiques réelles du produit et les garanties offertes après l’achat. Les images utilisées dans les publicités peuvent être particulièrement valorisantes, tandis que l’article reçu se révèle parfois de qualité médiocre, différent du modèle présenté ou tout simplement inutilisable. Dans le commerce traditionnel, le consommateur dispose généralement d’un interlocuteur identifiable auquel il peut s’adresser en cas de problème. Dans ces transactions réalisées sur les réseaux sociaux, la situation peut être tout autre. Certaines pages commerciales ne mentionnent ni adresse physique, ni raison sociale, ni numéro d’identification de l’entreprise. Les échanges se limitent parfois à une conversation sur Messenger, WhatsApp ou à un simple appel téléphonique. Une fois la commande livrée et payée, obtenir une réponse peut devenir particulièrement compliqué.

Livraison à domicile : une chaîne de responsabilités difficile à identifier

L’intervention des sociétés de livraison ajoute une difficulté supplémentaire. Ces prestataires assurent l’acheminement des commandes et, dans certains cas, l’encaissement des paiements pour le compte des vendeurs. Pourtant, lorsqu’un client découvre que le produit ne correspond pas à ses attentes ou à la description annoncée, il peut se heurter à un véritable jeu de renvoi des responsabilités. Le livreur explique qu’il n’est chargé que du transport, tandis que le vendeur peut devenir injoignable ou refuser toute réclamation. Cette situation soulève plusieurs interrogations. Qui est réellement responsable lorsque le produit livré est défectueux ou différent de celui commandé ? Comment identifier le vendeur lorsque la transaction ne s’accompagne d’aucune facture ni d’aucun document commercial ? À qui le consommateur peut-il s’adresser lorsque la page ayant diffusé la publicité disparaît, change de nom ou cesse simplement de répondre aux messages ?

Il serait néanmoins inexact d’affirmer que ces transactions échappent à toute réglementation. La Tunisie dispose d’un cadre juridique relatif au commerce électronique et à la protection du consommateur. La loi du 9 août 2000 relative aux échanges et au commerce électroniques prévoit notamment des obligations concernant les informations communiquées au consommateur et les transactions à distance. Le véritable enjeu réside donc dans l’application effective de ces dispositions aux ventes effectuées par l’intermédiaire des réseaux sociaux, particulièrement lorsque les vendeurs opèrent de manière informelle ou demeurent difficiles à identifier. La question du contrôle se pose avec d’autant plus d’acuité que ces publicités peuvent toucher quotidiennement un nombre considérable d’utilisateurs. La facilité avec laquelle une page peut promouvoir un produit, recueillir des commandes et organiser leur livraison contraste parfois avec les difficultés auxquelles se heurte un client souhaitant simplement obtenir un remboursement ou retourner un article non conforme.

Une protection du consommateur à renforcer

La comparaison avec les pratiques européennes met en évidence l’importance d’un encadrement effectif. Au sein de l’Union européenne, les achats à distance effectués auprès de professionnels sont soumis à des obligations d’information, à des garanties légales de conformité et, sauf exceptions, à un droit de rétractation de quatorze jours. Le consommateur dispose ainsi de droits clairement définis lorsqu’il souhaite retourner un produit ou contester une livraison non conforme. Même si des difficultés peuvent également survenir dans leur application, ces mécanismes constituent une protection essentielle. En Tunisie, le développement rapide des ventes sur Facebook et Instagram impose de s’interroger sur l’efficacité des dispositifs de contrôle existants. Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause l’ensemble des commerçants qui utilisent les réseaux sociaux pour développer leurs activités. Beaucoup exercent de manière sérieuse et respectent leurs engagements. Le problème concerne surtout les pratiques opaques qui permettent à certains vendeurs de commercialiser des produits sans offrir aux clients des garanties suffisantes. Une meilleure identification des vendeurs, la délivrance systématique de justificatifs d’achat, la transparence des conditions de retour et la mise en place de procédures de réclamation accessibles apparaissent comme des exigences fondamentales. Le rôle des entreprises de livraison mérite également d’être clarifié, notamment concernant les informations permettant d’identifier leurs clients professionnels et les modalités de traitement des litiges. Sans leur attribuer automatiquement la responsabilité de la qualité des marchandises transportées, il paraît légitime de s’interroger sur leur place dans cette chaîne commerciale.

Au-delà des textes juridiques, c’est aussi la question de la surveillance des pratiques commerciales sur les plateformes numériques qui se pose. Les autorités compétentes disposent-elles de moyens suffisants pour identifier les vendeurs qui multiplient les publicités trompeuses ? Les consommateurs connaissent-ils les démarches à entreprendre pour signaler une transaction litigieuse ? Et surtout, ces démarches permettent-elles réellement d’obtenir réparation lorsque le vendeur refuse de coopérer ? A mesure que les réseaux sociaux deviennent de véritables vitrines commerciales, la protection du consommateur ne peut rester en décalage avec l’évolution des habitudes d’achat. Commander un produit en quelques secondes ne devrait pas signifier renoncer à ses droits. Car derrière chaque publicité séduisante et chaque livraison à domicile, il doit exister une responsabilité clairement identifiable. Faute de quoi le commerce numérique risque de devenir, pour certains vendeurs peu scrupuleux, un espace où il est beaucoup plus facile de vendre que de répondre de ses engagements.

Leila SELMI

 

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La demande chute, les prix s’envolent : les paradoxes du marché de l’immobilier 

Le marché de l’immobilier tunisien traverse actuellement une zone de turbulences d’une gravité inédite, s’inscrivant dans une crise structurelle à la fois paradoxale et étouffante. D’un côté, la Tunisie affiche une surabondance apparente de logements, avec un parc global qui dépasse le nombre de ménages de près de 800.000 unités. De l’autre, l’accès à la propriété est devenu un parcours du combattant quasi infranchissable, en particulier pour la classe moyenne, qui constitue le socle historique de la stabilité sociale et économique du pays. Face à l’érosion continue du pouvoir d’achat et à une inflation galopante, s’offrir un toit décent relève désormais de l’illusion pour une large frange de la population. 

Cette flambée des prix a engendré une forte régression du volume des ventes, un gonflement des stocks d’invendus, notamment dans le segment du haut standing et une baisse de 80% des investissements et des mises en chantier. Dans le même temps, les prix ont continué à flamber. Selon les données de la plateforme spécialisée Moubawab, le prix moyen des biens immobiliers a bondi de 7% en une seule année, tandis que le marché locatif subissait une pression tout aussi agressive, affichant une hausse moyenne des loyers de 7,5%.

Les tarifs au mètre carré deviennent prohibitifs dans les grands centres urbains et leurs périphéries. Dans le Grand Tunis, le prix moyen général s’établit à 3.691 dinars/m2. Dans les banlieues huppées telles que La Marsa ou les Jardins de Carthage, les prix s’envolent allègrement pour osciller entre 4.700 et 5.400 dinars /m2. Même dans des zones traditionnellement prisées par la classe moyenne, à l’instar de la Cité El Ghazala à l’Ariana, les appartements neufs de haut standing varient entre 2.900 et 3.500 dinars/m², tandis que l’ancien oscille entre 2.378 et 2.778 dinars/m². Les villas indépendantes y dépassent quant à elles régulièrement la barre des 800.000 dinars, sur fond d’une pénurie chronique de terrains à bâtir dont le prix moyen stagne autour de 950 dinars/m², et grimpe même jusqu’à 5.000 ou 5.500 dinars le mètre carré dans les zones les plus tendues.

«Les prix connaissent une hausse ininterrompue, mais les volumes des ventes ont régressé de 80% comparativement aux niveaux enregistrés durant les années précédentes, poussant de nombreux citoyens vers les loyers dont les prix ont également explosé», s’inquiète le président de la Chambre syndicale nationale des promoteurs immobiliers, Hechmi Meliani. 

Fait étonnant : la fameuse loi de l’offre et de la demande ne s’applique pas dans ce contexte. Le principe de cette loi est simple : plus le prix d’un bien augmente, plus les gens qui le produisent cherchent à en vendre ; en revanche, les acheteurs sont moins nombreux ou achètent en moins grande quantité, ce qui entraîne inéluctablement une baisse de prix. C’est que la flambée des prix de la pierre en Tunisie ne relève plus d’une simple fluctuation conjoncturelle tirée par la spéculation ou l’orientation des investisseurs échaudés par la baisse des actions vers la «pierre», mais d’une véritable surchauffe structurelle. 

De nombreux facteurs économiques et financiers interdépendants étranglent l’ensemble de la chaîne de valeur immobilière. Côté offre, les promoteurs font face à une raréfaction chronique des terrains aménagés constructibles, propulsant les coûts fonciers initiaux vers des sommets.

À cela s’ajoutent l’envolée systémique des prix des matériaux de construction sous l’effet direct de la hausse des cours mondiaux de l’aluminium et du cuivre, le coût de la main-d’œuvre qui a triplé depuis 2010, ainsi que l’impact fiscal direct de l’application d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 19% sur l’immobilier résidentiel. Ce surcoût est lourdement et inévitablement répercuté sur le consommateur final. 

 

Des réformes coordonnées sont nécessaires 

Côté demande, l’analyse du marché met en lumière un décrochage flagrant et insoutenable entre l’évolution des revenus et celle des prix. Au cours de la dernière décennie, alors que les prix des appartements progressaient à un rythme moyen de 7,1% par an, les salaires n’ont augmenté en moyenne que de 5%, brisant net la capacité d’endettement des ménages.

Le coup de grâce provient des conditions de financement bancaire. Avec un taux directeur de la Banque centrale maintenu à 7%, les taux d’intérêt des crédits au logement oscillent actuellement entre 9% et 12%. De surcroît, les banques limitent rigoureusement la capacité d’endettement à 40% des revenus des salariés et durcissent drastiquement les exigences d’autofinancement. Concrètement, un ménage moyen gagnant 3.000 dinars par mois ne peut prétendre qu’à un crédit lui permettant d’acquérir un bien d’environ 135.000 dinars. Or, à ce prix-là, il est aujourd’hui rigoureusement impossible de trouver un appartement de type S+2, le logement le moins cher du marché oscillant désormais entre 300.000 et 400.000 dinars, voire entre 700.000 et 900.000 dinars pour les biens standards dans les grands centres urbains. 

Face à cette forte déconnexion entre les prix et le pouvoir d’achat des ménages, les professionnels du secteur plaident pour des mesures correctives urgentes. Le président de la Chambre nationale des promoteurs immobiliers dresse un constat sans appel de la situation. 

«Sur les 3.372 promoteurs immobiliers enregistrés en Tunisie, 700 seulement demeurent réellement actifs, les autres luttant pour leur survie dans un environnement économique hostile», révèle-t-il. 

Pour sortir de cette impasse structurelle, le statu quo n’est plus une option. Des réformes profondes, coordonnées entre l’État, la Banque centrale de Tunisie (BCT) et le système bancaire s’avèrent impératives pour réaligner l’offre immobilière sur la réalité des bourses tunisiennes. Les promoteurs immobiliers proposent notamment d’injecter les 380 millions de dinars annuels générés par le Fonds de promotion du logement pour les salariés (FOPROLOS) dans des crédits à taux bonifiés avoisinant les 3%. L’objectif stratégique est de plafonner les mensualités de remboursement entre 15% et 20% de l’ancien loyer de l’acquéreur, permettant ainsi à un salarié aux revenus moyens de devenir propriétaire sans asphyxier son budget familial.

L’intérêt doit également se porter sur le renforcement du mécanisme de la location-accession, qui a été déployé récemment par la Société Nationale Immobilière de Tunisie (SNIT), ainsi que sur le développement de l’offre de logements abordables en imposant aux promoteurs privés la réservation d’un quota minimum de logements économiques et sociaux. Une autre piste consiste à dissocier le foncier du bâti en permettant aux acquéreurs d’acheter uniquement les murs tandis que l’État ou l’Agence Foncière d’Habitation (AFH) conserve la propriété du terrain, ce qui permettrait de faire baisser immédiatement le coût d’acquisition initial de près de 20%. De même, la révision des cadres réglementaires et le déblocage des milliers de biens dont la situation juridique est gelée redonneraient des couleurs à un marché asphyxié. Ce n’est qu’en agissant sur la cherté des intrants et la rigidité du financement que l’on peut éviter que la propriété ne devienne un privilège exclusif réservé aux plus fortunés et parer aux dérives de l’informel et de la construction anarchique.

Walid KHEFIFI

 

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Sur la voie publique : des aberrations au quotidien 

Durant la journée et dans plusieurs artères de la capitale, des scènes aberrantes se passent et se répètent devant le citoyen piéton qui trouve du mal à les accepter, étant donné qu’il n’aura jamais imaginé de les voir et de les vivre, parfois dangereusement.

Pour traverser une rue, d’un trottoir à l’autre, et même si cette rue est à sens unique, ce citoyen doit impérativement prendre toutes ses précautions pour ne pas finir à la morgue. Après avoir tiré sa révérence sur le coup! Car il doit regarder dans les deux sens pour éviter d’être fauché par un vélo ou une moto dont le conducteur roule très vite et en sens inverse, en toute «sécurité». Cela est d’ailleurs devenu une chose commune et une évidence chez une catégorie de citoyens qui devraient être… déchus de leur citoyenneté, eh oui, pour des mois ou des années pour la simple raison qu’ils devraient la mériter au concret. Enfreindre la loi et provoquer des accidents mortels avec préméditation est un acte passible d’une peine d’emprisonnement et d’une amende. D’un autre côté et sur le trottoir, les bicyclettes et les motos peuvent surgir de partout, puisque les messieurs qui les utilisent ne prennent pas la peine d’en descendre, car ils continuent leur chemin, qu’ils auraient dû faire à pied, toujours sur l’engin jusqu’à arriver tranquillement à leur boutique ou magasin. Un non-respect total envers autrui ! Qui fera mieux en termes d’incivisme?

Le «rapide» est devenu plus lent

Le pauvre citoyen se retrouve souvent à traverser un passage étroit et de fortune qui a échappé à l’invasion d’une rue, pourtant assez large au départ, par les vendeurs ambulants installés confortablement et par le débordement sur le trottoir et sur la chaussée de plusieurs articles à bon marché que les propriétaires revendent dans leur boutique ou magasin. Et il est un autre détail qu’on retrouve dans certaines artères de la capitale où l’on est contraint à marcher sur la chaussée, étant donné que le petit trottoir n’existe plus, emprunté depuis des années par les boutiques qui préfèrent revendre dehors pour attirer la clientèle et gagner beaucoup plus de fric qu’en situation réglementaire. Sur un autre plan, le citoyen lambda peut être surpris par une file d’attente dans une rue. Il s’aperçoit au plus vite qu’il s’agit de l’Administration rapide, créée par la municipalité depuis plusieurs années pour alléger les attentes devenues interminables pour obtenir un papier officiel. Et tellement ce service rapide est couru par les citoyens qu’il est devenu beaucoup plus lent que celui de la voie normale où l’on gagne chaque guichet d’un service ou d’un autre par ticket d’attente et parfois bien installé sur une chaise dans une salle climatisée été comme hiver. L’Administration rapide se révèle en tant que service lent où il faut avoir des nerfs d’acier et une très bonne santé pour rester debout durant près d’une heure pour aspirer à être servi. Sinon, on ira se reposer par terre en face du lieu en attendant son tour. Un véritable supplice. 

Des abris-bus lamentables et sans chaises

Il est regrettable de trouver dans les rues et les avenues de Tunis des stations de bus dans un piteux état. Et si elles existent, elles sont dépourvues de leurs chaises. La condamnation à rester debout est donc inévitable pour les usagers de tous les bus. La saleté n’y est pas en reste et l’attente est tellement longue qu’on se dit qu’il vaudrait mieux aller à pied pour gagner du temps et pour éviter de risquer de tomber malade. Et le plus aberrant dans tout cela est que ces abris-bus ont été ravagés par les citoyens eux-mêmes et que d’un autre côté, les sociétés de transport ne les ont pas réparés. Un tableau représentant une situation aberrante et insupportable pour le commun des citoyens qui voudrait vivre dans une atmosphère saine et belle.

Lotfi BEN KHELIFA 

 

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PLF 2027 : les priorités sociales du gouvernement

Conformément à l’article 42 de la loi organique du budget, qui fixe au 15 octobre au plus tard le délai de dépôt du projet de loi de finances, le gouvernement a transmis le projet de loi de finances pour l’année 2027 à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).

Composé de 70 articles dans sa version transmise à l’ARP, le PLF 2027 s’inscrit dans les orientations stratégiques définies par le gouvernement dans le cadre du Plan de développement 2026-2030.

Parmi les axes prioritaires mis en avant dans la présentation du PLF 2027, figure ainsi la consolidation du rôle social de l’État, associée au renforcement de l’inclusion économique. Cette orientation se traduit notamment par le renforcement de la protection sociale, le soutien aux régimes de sécurité sociale et l’appui au système de santé.

20 millions de dinars pour les catégories vulnérables et à revenu limité

Dans le cadre du renforcement du soutien social et de la promotion de l’inclusion économique, l’article 17 du PLF 2027 prévoit la création d’une ligne de financement d’un montant de 20 millions de dinars, mobilisée sur les ressources du Fonds national de l’emploi, au profit des catégories vulnérables et à revenu limité.

Cette enveloppe est destinée à l’octroi de crédits sans intérêt, d’un montant maximal de 10.000 dinars par bénéficiaire, afin de financer des activités dans l’ensemble des secteurs économiques.

«Le dispositif couvrira la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2027, les crédits étant remboursables sur une durée maximale de six ans, dont une année de grâce», indique le document.

Par ailleurs, le projet prévoit le maintien, pendant deux ans à compter de la création du projet et de son entrée en activité, des avantages accordés dans le cadre du programme «Amen Social» aux bénéficiaires ayant obtenu des crédits au titre de cette ligne de financement.

Renforcement du financement destiné aux personnes handicapées

Dans la continuité des mesures visant à favoriser l’inclusion économique des personnes handicapées, l’article 18 du PLF 2027 prévoit, d’une part, la prolongation de la période d’application du dispositif de financement qui leur est destiné et, d’autre part, le renforcement des ressources qui lui sont allouées.

À cet effet, le texte propose de modifier l’article 22 de la loi n° 2024-48 du 9 décembre 2024, portant loi de finances pour l’année 2025, tel que modifié et complété par l’article 34 de la loi n° 17 de 2025 du 12 décembre 2025, portant loi de finances pour 2026.

Plus précisément, la période initialement fixée du 1er janvier 2025 au 31 décembre 2027 serait prolongée jusqu’au 31 décembre 2028.

En parallèle, le projet prévoit l’affectation d’une enveloppe supplémentaire de 5 millions de dinars, prélevée sur les ressources du Fonds national de l’emploi, au profit de la ligne de financement destinée aux personnes handicapées.

Il convient de rappeler que le dispositif initial prévoyait une enveloppe de 5 millions de dinars destinée à l’octroi de crédits sans intérêt, plafonnés à 10.000 dinars par crédit, pour financer des activités dans tous les secteurs économiques. Par ailleurs, ce mécanisme prévoit des modalités de remboursement sur une durée maximale de huit ans, dont deux années de grâce.

Soutien aux régimes de sécurité sociale 

S’agissant du soutien aux régimes de sécurité sociale, le gouvernement prévoit des mesures visant à régler certaines dettes croisées entre les établissements publics et à alléger leurs charges fiscales.

À ce titre, l’article 52 du PLF2027 prévoit l’abandon des pénalités de contrôle et de retard de recouvrement afférentes aux créances fiscales prises en charge par les receveurs des finances au 31 décembre 2026 et dues par la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS).

Dans le même axe, le projet prévoit également des mesures relatives à la régularisation de la situation de quatre établissements publics à l’égard de la CNRPS. Il s’agit de l’Office des Terres Domaniales (OTD), la Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens (SNCFT), la Société des Transports de Tunis (TRANSTU) et la Société Nationale de Cellulose et de Papier Alfa (SNCPA).

Prolongation des mesures fiscales en faveur de la PCT

Quant au soutien au système de santé, il constitue un autre volet des mesures annoncées par le gouvernement dans le cadre du PLF 2027.

À ce titre, l’article 25 du PLF 2027 prévoit la prorogation, jusqu’au 31 décembre 2027, des mesures de soutien à la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) prévues par l’article 34 de la loi de Finances pour 2025.

Ces mesures consistent, d’une part, à réduire à 0% le taux des droits de douane applicables aux médicaments importés par la PCT disposant d’un similaire fabriqué localement et relevant des positions tarifaires 30.03 et 30.04 du tarif des droits de douane. D’autre part, elles prévoient la suspension de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) applicable à ces mêmes médicaments.

Nouha MAINSI

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40 MD pour reconstituer le cheptel bovin : l’État prend enfin le taureau par les cornes

Le projet de loi de finances 2027 prévoit de nouvelles mesures visant à reconstituer le cheptel bovin et à soutenir les petits éleveurs, afin de mettre fin de manière durable aux pénuries de lait et à la contraction critique de l’offre de viandes rouges, qui menacent l’un des piliers de la sécurité alimentaire nationale. Le texte stipule la révision à la hausse des crédits alloués au programme de reconstitution du cheptel lancé en 2025. La disposition figurant à l’article 32 de la loi de Finances de 2025, qui prévoyait l’allocation de 10 millions de dinars au titre de l’année 2025, a été annulée et remplacée par l’affectation de crédits d’un montant d’environ 40 millions de dinars provenant des ressources du Fonds de développement de la compétitivité dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche. La mise en œuvre de ce programme s’étendra sur une période de quatre ans, du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2030.

La nouvelle enveloppe a été répartie selon deux axes principaux. Il s’agit, en premier lieu, d’un montant de 35 millions de dinars décaissés sous forme de subventions exceptionnelles pour soutenir l’autofinancement des petits éleveurs de bovins, leur permettant ainsi d’obtenir des prêts bancaires sur les ressources propres des banques afin de financer l’acquisition de génisses gestantes. Selon le nouveau texte, cette acquisition concerne les génisses produites dans des centres agréés par le ministère de l’Agriculture et dédiés à l’élevage de génisses de race pure nées localement ou les génisses gestantes importées conformément aux cahiers des charges établis à cet effet.

Un montant de 5 millions de dinars sera d’autre part décaissé sous forme de subvention exceptionnelle directe pour soutenir les petits éleveurs dans le domaine du financement de l’élevage des génisses gestantes et des vaches primipares de race pure, dans le cadre du même programme de reconstitution et de préservation du cheptel.

Dans le même contexte, l’article 36 du projet de loi de finances 2027 clarifie le champ d’application de l’avantage fiscal relatif à l’alimentation des veaux. La mention du produit «poudre de lait écrémé destinée à l’alimentation des veaux», figurant dans l’article 80 de la loi de Finances pour 2026, a été remplacée par une formulation plus large, à savoir «préparations utilisées pour l’alimentation des animaux».

 

Un déclin estimé entre 20 à 35%

 L’objectif de cette modification est d’élargir la base des produits bénéficiant de l’avantage fiscal pour inclure diverses préparations d’aliments d’allaitement complémentaires pour veaux, contribuant ainsi à la réduction des coûts d’élevage et encourageant les éleveurs à préserver le cheptel.

Le cheptel bovin tunisien connaît depuis plusieurs années un déclin ininterrompu, qui a été à l’origine de pénuries récurrentes de produits laitiers et d’une flambée des prix des viandes rouges. Le cheptel bovin national a subi une contraction estimée entre 20% et 35% depuis 2019, qui trouve en grande partie son origine dans la succession de plusieurs années de sècheresse et de raréfaction des ressources hydriques. Outre ces aléas climatiques, la filière des viandes rouges a subi les contrecoups de l’envolée des coûts des intrants consécutive aux tensions géopolitiques internationales et à la hausse des tarifs du transport maritime. La hausse excessive des prix des aliments pour bétail a fragilisé l’équilibre financier des petites et moyennes exploitations. Criblés de dettes et largement déficitaires, de nombreux éleveurs ont fini par jeter l’éponge et par liquider massivement leurs troupeaux, dont les femelles reproductrices.

Le même réflexe de survie a touché les élevages ovins, causant une chute d’environ 60% de la production des viandes rouges comparativement aux niveaux des années 80 du siècle dernier, selon la Chambre syndicale nationale des bouchers, rattachée à l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).

Les professionnels de la filière estiment cependant que d’autres mesures doivent être prises pour donner du sang neuf au secteur. Il s’agit notamment de la mise en place d’un recensement national précis et numérisé des cheptels ovin et bovin pour adapter les quotas d’approvisionnement et garantir un ciblage efficace pour les aides de l’État et l’adoption de sanctions plus sévères en ce qui concerne l’abattage précoce des génisses et des agnelles ainsi que l’abattage anarchique hors des structures réglementées, afin de préserver le renouvellement naturel et la base productive des troupeaux.

Walid KHEFIFI

 

 

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Le droit des peuples, socle de la diplomatie tunisienne : une position constante face à l’épreuve du Moyen-Orient

Par Ahmed NEMLAGHI

La déclaration de l’ambassadeur et représentant permanent de la Tunisie auprès de l’Organisation des Nations unies à New York, Nabil Ammar, devant le Conseil de sécurité s’inscrit dans une ligne diplomatique régulièrement réaffirmée par le président de la république, Kaïs Saïed : le droit du peuple palestinien à disposer de lui-même ne peut être effacé par la force, le temps ou les rapports de puissance. La Tunisie défend l’établissement d’un État palestinien indépendant et pleinement souverain sur l’ensemble du territoire palestinien, avec Al-Qods pour capitale. Cette position a été réitérée à plusieurs reprises par le chef de l’État et par les représentants de la diplomatie tunisienne.

Pour Kaïs Saïed, la question palestinienne ne saurait être réduite à une succession de négociations, de cessez-le-feu provisoires ou d’arrangements sécuritaires. Elle renvoie à une exigence de justice : reconnaître au peuple palestinien ses droits nationaux et mettre fin aux conditions qui empêchent leur exercice effectif.

Cette approche explique la place accordée, dans le discours tunisien, à la condamnation des violences contre les civils, aux déplacements forcés et à l’appropriation des terres palestiniennes. Elle s’accompagne du refus de toute solution qui conduirait à faire supporter aux Palestiniens le prix d’un règlement élaboré sans garantie de leurs droits.

La portée politique de cette position réside dans la distinction qu’elle établit entre une accalmie militaire et une paix durable. Un cessez-le-feu peut réduire les pertes humaines et permettre l’acheminement de l’aide, mais il ne résout pas, à lui seul, la question des droits nationaux, du territoire et de l’autodétermination. Pour Tunis, la recherche de la paix doit donc s’accompagner d’une réponse politique à ces questions fondamentales.

L’intervention de Nabil Ammar insiste sur la contradiction entre la poursuite des opérations militaires et les principes du droit international ainsi que de la Charte des Nations unies. Elle met en cause l’incapacité de la communauté internationale à garantir les droits du peuple palestinien, malgré les appels répétés à la cessation des violences.

Cette critique rejoint l’un des axes de la diplomatie défendue par Kaïs Saïed : les règles internationales ne peuvent avoir de véritable portée si leur application dépend de la puissance des États concernés ou de leurs alliances. La crédibilité du système multilatéral repose sur la cohérence entre les principes proclamés et les actes accomplis.

La question palestinienne devient ainsi un test pour les Nations unies. Si la protection des civils, le respect de la souveraineté des peuples et le règlement pacifique des différends constituent des principes fondamentaux, leur efficacité dépend de la capacité des institutions internationales à agir lorsqu’ils sont gravement mis à l’épreuve.

Dans cette perspective, l’appel tunisien à révéler les crimes commis, à les condamner et à assurer réparation aux victimes ne relève pas uniquement d’une démarche mémorielle ou morale. Il renvoie également à la nécessité de préserver les mécanismes de responsabilité et de justice. La reconnaissance des souffrances ne saurait remplacer l’établissement des faits, pas plus que la condamnation politique ne peut se substituer aux procédures juridiques compétentes.

La position tunisienne souligne ainsi que la paix ne peut être durable si elle repose sur l’effacement des victimes ou sur l’absence de responsabilité. Elle suppose que les violations soient examinées conformément au droit applicable et que les victimes puissent obtenir justice.

L’expérience tunisienne du colonialisme comme référence

Nabil Ammar a également rappelé que l’histoire tunisienne, marquée par le colonialisme, la violence et l’humiliation, renforce la détermination du pays à défendre les droits des Palestiniens. Cette référence historique constitue un élément important de la lecture que Kaïs Saïed fait des relations internationales.

L’expérience de la lutte pour l’indépendance nourrit une conception selon laquelle aucun peuple ne devrait être privé de son droit à choisir librement son avenir. Elle confère à la solidarité avec les Palestiniens une dimension historique et politique, tout en inscrivant la position tunisienne dans une réflexion plus large sur la liberté des peuples et le refus de la domination.

Cette référence ne signifie pas que les situations historiques soient identiques. Elle exprime plutôt une conviction : l’indépendance territoriale et politique ne peut être considérée comme pleinement accomplie tant que d’autres peuples restent privés de leurs droits fondamentaux.

Le discours présidentiel relie également cette question à la souveraineté nationale. Dans cette perspective, la Tunisie entend défendre ses choix diplomatiques sans se soumettre aux pressions extérieures, tout en maintenant sa participation aux institutions internationales et en plaidant pour le respect des principes qui les fondent.

La souveraineté ne signifie donc pas le retrait de la scène internationale. Elle suppose, au contraire, la capacité de prendre part aux débats mondiaux, de défendre une position nationale et de rechercher des convergences avec d’autres États sans renoncer à ses principes.

 

Arrêter les opérations militaires et construire une paix durable

En appelant à l’arrêt de toutes les opérations militaires au Moyen-Orient, la Tunisie inscrit la question palestinienne dans une préoccupation régionale plus large. La multiplication des fronts et l’escalade des tensions exposent les populations civiles à des risques supplémentaires et font peser la menace d’une extension des conflits.

Cette position souligne la nécessité de privilégier les voies politiques et diplomatiques. Elle ne dissocie toutefois pas la désescalade régionale du règlement de la question palestinienne. Une paix qui ignorerait les droits du peuple palestinien risquerait de laisser intactes les causes profondes de l’instabilité.

Les chiffres évoqués par Nabil Ammar donnent la mesure de l’urgence humanitaire. Selon son intervention, 1.394 Palestiniens auraient été tués depuis l’annonce du cessez-le-feu en octobre 2025, tandis que le bilan total dépasserait 73.900 morts depuis le début de la guerre. Ces chiffres, attribués au diplomate tunisien, illustrent la gravité de la situation telle que la Tunisie la présente devant le Conseil de sécurité.

L’arrêt des opérations militaires doit, dans ce contexte, aller de pair avec la protection des civils, l’accès durable à l’aide humanitaire et la reconstruction des territoires dévastés. Il doit également ouvrir la voie à un processus politique qui ne réduise pas la paix à une simple suspension des combats.

La diplomatie tunisienne affirme ainsi son soutien aux initiatives susceptibles de mettre fin aux violences et de contribuer au rétablissement de la sécurité régionale. La difficulté reste celle de leur traduction en résultats concrets, dans un contexte où les divergences internationales et les rapports de force entravent la recherche d’un règlement.

 

De la solidarité politique à l’efficacité diplomatique

La constance de la position tunisienne constitue un marqueur de la politique étrangère de Kaïs Saïed. Mais la défense d’une cause sur la scène internationale pose également la question des moyens diplomatiques permettant de faire progresser les objectifs annoncés.

La Tunisie peut contribuer à cette dynamique en poursuivant son action au sein des Nations unies, en renforçant la coordination avec les pays arabes et africains et en soutenant les initiatives conformes au droit international. La diversification des partenariats et le dialogue avec les acteurs internationaux peuvent également servir la recherche d’un consensus en faveur de la protection des civils et de l’exercice des droits palestiniens.

L’enjeu est de transformer la fermeté du discours en capacité d’action : mobiliser les soutiens, favoriser les démarches multilatérales, défendre l’accès humanitaire et maintenir au centre des négociations la question des droits nationaux palestiniens.

Cette exigence ne dépend pas de la seule Tunisie. Elle engage l’ensemble des États qui affirment leur attachement au droit international et à la paix. Elle implique aussi de distinguer les déclarations de principe des résultats effectivement obtenus.

En définitive, l’intervention de Nabil Ammar traduit la volonté de Tunis de maintenir la Palestine au cœur de son action diplomatique et de rappeler que la paix ne saurait être durable sans justice. La ligne défendue par Kaïs Saïed repose sur une idée centrale : les droits d’un peuple ne peuvent être annulés par la force ni devenir une variable d’ajustement des équilibres géopolitiques.

La portée de cette politique se mesurera à sa capacité à contribuer, avec les autres acteurs internationaux, à la cessation des violences, à la protection des populations et à l’émergence d’une solution garantissant aux Palestiniens leurs droits nationaux. Car la crédibilité du droit international, tout comme la perspective d’une paix durable au Moyen-Orient, dépend de la possibilité de faire de ces principes une réalité.

 

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L’héritage des oiseaux

Par Slim BEN YOUSSEF

Une conjecture nous travaille : où se prémédite une frontière ? Qui a donné des bords au ciel, un passeport aux nuages, une juridiction au vent ? Depuis quand la terre doit-elle expier les lignes qu’on lui impute ? Qui a appris au dehors à nous tenir dedans ?

Kafka laisse un homme consumer sa vie devant une porte ouverte. Dans Le Mur, Sartre fait d’une nuit d’attente l’antichambre d’une exécution annoncée. Entre le seuil et les fusils, l’interdit maçonne le vide.

Cruel privilège des lignes : se cantonner à l’imaginaire et disposer des vivants.

La Tunisie et l’Ailleurs s’écrivent des lettres que l’état civil du monde tient pour adultères. L’infranchissable est leur plus délicieuse perversion. La Frontière, leur duègne indiscrète, en a contracté une jalousie de géomètre : dans le délire de son bornage, elle soupçonne les vents de complicité. Et le moindre battement d’ailes donne au ciel des airs coupables.

Sur la page, ma phrase nargue l’endroit où le point fait obstacle. Elle s’aventure, déshabille une rive, se fait l’alibi de deux tourterelles en flagrant délit d’évasion. Au premier point, le blanc se prend déjà pour le maître de ses marges. Il a des pudeurs de bourreau.

Deux signatures se disputent alors l’héritage des oiseaux. L’une, plume en cavale, a l’impatience des étreintes différées. L’autre, exigeant une nationalité au vent, somme le désir d’exhiber son visa. Tandis que les nuages passent sans papiers, deux battements d’ailes se cherchent dans l’aube apatride. Une ligne invisible prolonge l’exil de leurs mains.

Où se tapit une frontière ?

Il est des ponctuations du monde qui rhabillent les étreintes avant même qu’elles aient lieu.

Dans le Berlin de Wenders, un ange s’éprend d’une trapéziste. Pour la rejoindre, il abdique l’éternité, se compromet avec la pesanteur des hommes. Le ciel perd un immortel. La terre gagne une étreinte. L’interdit découvre les voluptés de sa propre défaite.

Qui héritera de la liberté des oiseaux ?

À Istanbul, Diego Rivera et Frida Kahlo s’inventeraient une alcôve par tableaux interposés. À Amsterdam, Picasso soufflerait à un oiseau des envies de poisson. De rive en rive, les caprices de l’air et de l’art conspirent à des rendez-vous sans guet.

Quelque part, une étreinte échappe aux géomètres.

La Frontière avait raison de soupçonner les vents.

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Impact de l’IA sur l’avenir professionnel : la hantise des jeunes 

L’inquiétude des jeunes face à l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur leur avenir professionnel se manifeste dès le choix de leurs études, puis lors du passage des diplômes à l’insertion sur le marché du travail. C’est un phénomène paradoxal : les jeunes diplômés sont les plus grands utilisateurs des outils d’IA au quotidien, mais ils sont aussi parmi les plus lucides sur les capacités d’automatisation de ces technologies. C’est dans ce cadre que l’espace Dharoufa a abrité une conférence-débat sur l’intelligence artificielle et l’avenir de nos jeunes. Les échanges avec les jeunes ont duré plus de quatre heures, tant les questions étaient nombreuses, concrètes et riches. Parents, jeunes, informaticiens, comptables : chacun est venu avec ses préoccupations et son expérience.

L’horizon de l’emploi s’assombrit. Tout le monde a un avis sur la question. Les uns pensent que l’intelligence artificielle va détruire des millions d’emplois de cols blancs dans le monde, les autres s’attendent à ce que, comme beaucoup de technologies jusqu’ici, elle détruise des postes mais à ce qu’elle en crée d’autres, nouveaux, qui restent à inventer. Mais quels effets mesurables l’intelligence artificielle a-t-elle déjà eus sur le marché du travail ? Les lycéens et étudiants craignent de s’engager dans des cursus pour des métiers voués à disparaître ou à être fortement automatisés (juridique, comptabilité, rédaction, support client, programmation junior).  À l’approche du diplôme et du 1er emploi, la crainte s’installe, c ‘est le moment de rupture le plus aigu. L’inquiétude porte moins sur une vague de licenciements immédiats que sur la fermeture des portes d’entrée dans la vie active (postes «junior», stages, premiers CDI). Face au décalage avec les formations : Près de 60% des étudiants estiment que les formations académiques ne vont pas assez vite pour les préparer aux usages et compétences exigés par le marché transformé par l’IA. Près de 1 jeune sur 2 (50%) craint que l’IA ne remplace directement le métier auquel il se prédestine. Cela ne signifie pas que tous les métiers disparaîtront, mais aucun ne peut se considérer à l’abri. Il semble que l’IA générative a déjà des effets sur l’embauche des jeunes diplômés. Les tâches les plus faciles à automatiser comme la rédaction de rapports, de synthèses ou encore de supports analytiques sans réorganiser totalement l’entreprise sont faites par l’IA, et les premières victimes sont les jeunes.

Les entreprises réduisent ainsi les besoins en personnel entrant, sans provoquer de suppressions de postes immédiates. Ces tâches étant désormais prises en charge par l’IA, de nombreuses entreprises réduisent leurs recrutements de profils débutants. Un seul collaborateur expérimenté aidé d’une IA peut aujourd’hui abattre le travail de deux ou trois profils juniors, ce qui resserre l’entonnoir des recrutements. Même en Tunisie, les premiers effets de l’IA sur le marché du travail pourraient bien commencer à se faire sentir. Lesjeunes diplômés des grandes écoles ont plus de mal à trouver un emploi. C’est un signal faible, mais à surveiller : l’impact de l’IA générative s’annonce par un gel des embauches des plus diplômés car leurs tâches sont le plus aisément automatisables. Aucun jeune n’est préparé à ce parcours semé d’embûches. Les écoles endossent-elles une certaine responsabilité ? «Elles ne nous préviennent pas. Elles devraient nous former différemment, en intégrant des compétences comme l’IA, pour que l’on puisse se démarquer», note Mohamed Ali, étudiant en informatique.

Face à cette déconvenue, certains jeunes envisagent des reconversions, quitte à se détourner de leur passion. Seif a opté pour une voie plus sûre : «Je commençais à m’intéresser à l’IA. Ce n’est pas une passion, mais c’est le métier d’avenir».

Comment se préparer à un marché du travail tendu qui coïncide avec l’émergence de l’IA?

Pour émettre son avis là-dessus, Mondher, ingénieur en télécom, ne mâche pas ses mots. Il estime que le chômage chez les jeunes diplômés «pourrait facilement atteindre les 30% dans les deux prochaines années, pointant du doigt l’essor des agents IA dans les entreprises. L’IA va perturber beaucoup de ces types d’emploi», a-t-il averti, ajoutant que pour lui, il s’agit d’«une crise». Les universités sont-elles en train de former des diplômés pour un marché qui n’existe plus ? Faut-il repenser le cursus informatique pour le centrer sur l’orchestration des outils d’IA plutôt que sur la production de code ? Quelles études ferons-nous lorsque certaines étapes du raisonnement pourront être assistées par des machines ? L’IA va-t-elle remplacer les futurs diplômés ? Va-t-elle rendre inutiles leurs études? L’universitaire Naceur Ammar n’est pas de cet avis : «Je ne pense pas que l’IA rende les ingénieurs inutiles. En revanche, elle va profondément transformer leur métier. Une partie du travail pourra être automatisée : génération de code, calculs, simulations, documentation, recherche de solutions techniques ou optimisation de certains paramètres. Mais le métier d’ingénieur ne consiste pas simplement à exécuter des calculs.

Un ingénieur doit comprendre un problème réel, prendre en compte des contraintes techniques, économiques, humaines et environnementales, évaluer les risques, faire des choix et assumer la responsabilité de ces choix. Une intelligence artificielle peut proposer plusieurs solutions. Il faut encore quelqu’un capable de déterminer laquelle est réellement réalisable, sûre, pertinente et adaptée au contexte. Les études d’ingénieur ne vont donc pas devenir inutiles. Elles devront probablement évoluer en mettant davantage l’accent sur ce que l’IA remplace difficilement, soit la compréhension scientifique, la capacité de modélisation, la créativité, l’esprit critique, le jugement et la capacité à résoudre des problèmes complexes. L’ingénieur de demain sera certainement un ingénieur qui saura travailler avec l’intelligence artificielle. Mais celui qui se contentera d’accepter automatiquement les réponses de l’IA sans les comprendre sera beaucoup plus vulnérable». Mais comme le souligne l’ingénieur Hatem Smine, «chacun doit commencer à utiliser l’IA, dans son propre métier, dès maintenant. C’est en pratiquant que l’on découvre ses possibilités, ses limites et les choix qu’elle nous oblige à faire».

 Kamel BOUAOUINA

 

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Quand les coefficients décident de ce qui compte à l’école

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Sur un bulletin scolaire, un coefficient paraît bien innocent. Un chiffre placé à côté d’une matière, une règle de calcul, rien de plus. Pourtant, il dit quelque chose à l’élève et à sa famille : certaines notes pèseront davantage que d’autres. Très vite, cette différence de poids peut devenir une différence de considération. On travaille ce qui rapporte le plus à la moyenne. On reporte le reste à plus tard, quand il restera du temps. Et ce temps, justement, manque souvent.

Je voudrais interroger cette logique au primaire et au collège. À ces âges, l’école doit-elle déjà installer une hiérarchie entre les savoirs, entre les aptitudes, entre les manières de découvrir le monde ? Pourquoi ne pas donner le même coefficient à toutes les matières ? La proposition peut sembler trop simple. Elle mérite pourtant mieux qu’un sourire indulgent. Derrière elle se trouve une certaine idée de l’enfant : un être en construction, dont les possibilités ne devraient pas être réduites trop tôt aux disciplines qui pèsent le plus lourd dans un calcul.

Il ne s’agit évidemment pas de diminuer l’importance des mathématiques ni celle des langues. Un enfant doit apprendre à lire avec assurance, à écrire clairement, à compter et à raisonner. Mais il doit aussi comprendre son environnement, regarder une œuvre, écouter, créer, bouger et apprendre à vivre avec les autres. Cette formation ne comporte pas un centre noble entouré d’activités accessoires. Elle forme un ensemble, parfois fragile, dont chaque partie aide les autres à tenir.

Le bulletin enseigne lui aussi

L’école transmet des connaissances par ses programmes. Elle transmet également des valeurs par son organisation. Le temps réservé à une matière, les moyens accordés à son enseignement et la place qu’elle occupe dans l’évaluation composent un message. Lorsqu’une discipline compte peu dans la moyenne, on peut affirmer qu’elle est importante ; le bulletin, lui, semble parfois raconter autre chose. Les enfants perçoivent cette contradiction, même sans pouvoir la formuler.

Dans une famille soucieuse de réussite scolaire, privilégier les matières les plus fortement pondérées peut paraître raisonnable. Il faut préparer les contrôles, surveiller les résultats, éviter une mauvaise moyenne. Pourquoi consacrer autant d’efforts à une activité dont la note changera à peine le résultat final ? Ce raisonnement n’a rien d’absurde. Il répond aux règles proposées. C’est précisément pour cette raison que ces règles méritent discussion : elles peuvent conduire une famille attentive à restreindre, sans le vouloir, la formation de son enfant.

La question touche aussi notre manière de parler de l’école en Tunisie. Lorsqu’on oppose des matières dites principales à des matières dites secondaires, on ne décrit pas seulement une organisation pédagogique. On suggère une échelle de valeur. Le dessin, la musique ou l’éducation physique peuvent alors être considérés comme des pauses entre les apprentissages sérieux. Or dessiner demande de regarder. Jouer ensemble suppose d’écouter. Une activité sportive oblige à respecter une règle, à maîtriser un geste et à reconnaître la présence de l’autre. Ce sont des apprentissages à part entière.

Un coefficient ne détermine pas, à lui seul, tout ce qui se passe dans une classe. Un enseignant peut donner une grande valeur à une matière faiblement pondérée. Une famille peut encourager toutes les curiosités. Il reste que la pondération établit une incitation : elle rend certains efforts plus rentables que d’autres au regard de la moyenne. Au début de la scolarité, est-ce vraiment le message que nous voulons privilégier ?

Une base ne se construit pas à moitié

Nous demandons souvent à l’école de former des élèves capables de réfléchir par eux-mêmes. Cette ambition exige une base scientifique, linguistique, artistique et physique. La culture scientifique apprend à poser une question, à chercher une explication, à distinguer ce que l’on observe de ce que l’on suppose. Les langues donnent les moyens de nommer cette observation, de raconter, de discuter et de comprendre une pensée différente de la sienne. Rien de tout cela ne devrait être tenu pour facultatif.

L’éducation artistique ouvre un autre travail, tout aussi nécessaire. Elle invite à chercher une forme, à essayer, à reprendre, à accepter qu’une réponse ne soit pas toujours unique. Un dessin ne se réduit pas à sa beauté supposée. Il engage une intention, une attention aux proportions, une manière d’occuper l’espace. La musique demande une écoute et une présence. Ce ne sont pas des luxes réservés aux enfants qui auraient déjà terminé leurs devoirs importants.

Le corps mérite lui aussi une place pleine dans l’éducation. L’élève ne vient pas à l’école avec sa seule mémoire. Il y vient avec sa fatigue, son énergie, sa timidité, ses maladresses et son besoin de mouvement. L’éducation physique peut lui apprendre à connaître ses possibilités, à progresser sans se comparer constamment au plus habile, à coopérer et à accepter une limite. Réduire cette matière à une note de performance serait une erreur. La traiter comme un simple défoulement en serait une autre.

Ces domaines se rencontrent davantage qu’on ne le pense. Décrire une expérience mobilise la langue. Comprendre un rythme fait appel à l’attention et à l’organisation. Expliquer les règles d’un jeu demande de la précision. Il ne faut pas, pour autant, défendre les arts ou le sport uniquement parce qu’ils pourraient améliorer les résultats dans d’autres matières. Ils ont aussi leur valeur propre. Un enfant a le droit de découvrir ce qui l’émeut et ce qui lui permet de se sentir capable.

Au primaire, puis au collège, cette découverte devrait rester ouverte. Les goûts ne sont pas tous fixés, les facilités ne sont pas toutes visibles. Une difficulté momentanée ne dit pas ce que deviendra un élève. Une réussite artistique ou sportive peut être un point d’appui, sans dispenser du travail dans les autres disciplines. Pourquoi fermer symboliquement certaines portes avant même que l’enfant ait eu le temps de les pousser ?

Le même coefficient pour un autre message

Attribuer le même coefficient à toutes les matières signifierait que chacune participe pleinement à la formation commune. La famille n’aurait plus à lire dans la pondération une invitation à négliger un domaine. L’élève comprendrait que l’on attend de lui un engagement dans l’ensemble de ses apprentissages. Il ne s’agirait pas de prétendre que toutes les disciplines se ressemblent, mais de reconnaître qu’à ce niveau de formation aucune ne mérite d’être reléguée.

On objectera que certaines matières occupent davantage d’heures ou servent de support à beaucoup d’autres. L’objection est sérieuse. La maîtrise de la lecture, notamment, conditionne l’accès à de nombreux apprentissages. Mais le temps nécessaire pour enseigner une discipline et son poids dans une moyenne répondent à deux questions différentes. On peut consacrer davantage d’heures à la langue ou aux mathématiques tout en accordant une considération égale aux autres composantes de l’éducation. L’égalité des coefficients n’impose pas l’uniformité des horaires.

Une autre inquiétude mérite d’être entendue : une bonne note dans une matière pourrait-elle masquer une difficulté importante ailleurs ? Oui, une moyenne peut masquer des écarts, avec des coefficients égaux comme avec des coefficients différents. C’est une limite du calcul lui-même. Il faut donc regarder les résultats par matière, préciser les acquis et repérer ce qui demande un accompagnement. Un enfant qui lit difficilement doit être aidé, même si sa moyenne générale est satisfaisante. Aucune pondération ne remplace ce regard.

L’égalité proposée ne doit pas non plus transformer chaque activité en nouvelle source de pression. Il serait regrettable de donner plus de poids aux arts ou au sport pour y installer une course supplémentaire aux notes. L’objectif est d’élargir la formation, pas d’élargir l’angoisse. L’évaluation doit tenir compte des apprentissages effectivement proposés, des progrès et des critères que l’élève peut comprendre. Elle ne devrait pas confondre une aptitude initiale avec le mérite scolaire.

Changer le calcul ne suffira pas

Il serait facile d’annoncer des coefficients identiques et de considérer le problème réglé. Ce serait aller trop vite. Une matière ne devient pas pleinement reconnue parce qu’une case du bulletin a changé. Elle a besoin d’un enseignement réel, d’un temps respecté, de conditions convenables et d’enseignants soutenus dans leur travail. L’égalité affichée perdrait son sens si certaines disciplines restaient les premières sacrifiées lorsqu’une difficulté d’organisation apparaît.

Il faut également penser aux différences entre les enfants. Tous ne disposent pas, chez eux, du même espace, du même matériel ni des mêmes occasions de pratiquer une activité. L’école ne peut demander à une famille de compenser systématiquement ce qu’elle ne propose pas elle-même. Donner un poids égal à une discipline suppose donc de garantir autant que possible des conditions d’apprentissage équitables. Sinon, une intention généreuse pourrait produire une injustice supplémentaire.

Cette réflexion nous ramène à la fonction de la note. Elle doit aider à situer un apprentissage, à reconnaître une progression et à signaler une difficulté. Elle devient moins utile lorsqu’elle absorbe toute la conversation entre l’école et la famille. À force de demander combien l’enfant a obtenu, on oublie parfois de demander ce qu’il a compris, ce qu’il sait désormais faire et ce qui l’empêche encore d’avancer. Une moyenne rassure ou inquiète rapidement. Elle explique peu.

Je défends donc l’idée d’un même coefficient pour toutes les matières au primaire et au collège comme un choix éducatif à discuter sérieusement, avec les enseignants et les familles. Cette égalité devrait s’accompagner d’une évaluation attentive, d’un soutien aux apprentissages fondamentaux et d’une place effective pour les arts et l’éducation physique. Elle ne résoudrait pas toutes les difficultés de l’école. Elle pourrait toutefois corriger un message dont nous mesurons mal la portée : celui qui apprend très tôt à l’enfant que certains savoirs comptent à peine.

L’orientation et les spécialisations auront leur temps. Avant cela, l’école commune doit donner à chacun de quoi comprendre, s’exprimer, créer et agir. Nous ne savons pas encore quelles rencontres, quelles découvertes ou quels efforts feront grandir tel élève. Il serait dommage que son bulletin lui ait déjà indiqué où il ne valait pas la peine de chercher.



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Loi de Finances 2027 : la dignité du citoyen au cœur des priorités

Justice sociale, allègement de la pression fiscale, réponse aux besoins essentiels et soutien à l’investissement : à travers les orientations annoncées pour la loi de Finances 2027, le président de la République entend faire du budget de l’État un instrument au service du citoyen, de la réduction des inégalités et du développement national. Reste à traduire ces ambitions en mesures concrètes, capables d’améliorer durablement les conditions de vie des Tunisiens.

La préparation de la loi de Finances 2027 s’inscrit dans une orientation que le président de la République, Kaïs Saïed, présente comme une rupture avec les approches économiques qui, selon lui, ont privilégié les équilibres comptables au détriment des besoins réels de la population. Lors du Conseil des ministres du 13 octobre 2026, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de placer les attentes des citoyens au centre des choix budgétaires, en accordant une attention particulière à la justice sociale, à la fiscalité, à l’investissement et aux exigences du développement.

Derrière ces orientations se dessine une conception du rôle de l’État : celui-ci ne doit pas se limiter à gérer les ressources publiques et à veiller aux grands équilibres financiers. Il lui revient également de garantir les conditions d’une vie digne, de réduire les disparités et de faire en sorte que les richesses nationales profitent à l’ensemble de la population.

La loi de Finances 2027 est ainsi appelée à traduire cette ambition dans les choix fiscaux, les dépenses publiques et les priorités économiques. Pour les Tunisiens, l’enjeu est de savoir dans quelle mesure ces engagements se répercuteront sur leur pouvoir d’achat, leur emploi et leur accès aux services essentiels.

La première promesse portée par le discours présidentiel est celle d’une plus grande justice sociale. Elle repose sur l’idée que les décisions budgétaires doivent tenir compte des difficultés quotidiennes des ménages, notamment ceux dont les revenus sont les plus modestes et qui subissent directement la hausse du coût de la vie.

Dans cette perspective, la loi de Finances ne saurait être considérée comme un simple document technique destiné à déterminer les recettes et les dépenses de l’État. Elle constitue un choix de société, puisqu’elle définit les catégories qui contribuent au financement des politiques publiques, celles qui en bénéficient et les secteurs auxquels les moyens disponibles sont affectés.

L’objectif affiché est de mieux répartir les charges et les ressources, en veillant à ce que les catégories les plus fragiles ne supportent pas une part disproportionnée de l’effort national. Cette orientation implique de porter une attention particulière aux salaires, aux pensions, à l’emploi, aux mécanismes de protection sociale et aux services publics dont dépend une large partie de la population.

La justice sociale ne peut cependant se réduire à des déclarations de principe. Elle suppose des mesures budgétaires cohérentes, des ressources suffisantes et des mécanismes de suivi permettant de vérifier que les décisions prises bénéficient effectivement aux citoyens auxquels elles sont destinées.

Alléger la pression fiscale et préserver les ressources de l’État

La fiscalité constitue un autre enjeu majeur de la loi de Finances 2027. Pour de nombreux Tunisiens, la pression fiscale pèse sur les revenus et limite la capacité des ménages à faire face aux dépenses courantes. Les entreprises, notamment les petites et moyennes structures, doivent également composer avec des charges susceptibles de freiner leur activité, leurs investissements et leurs perspectives de recrutement.

L’orientation présidentielle invite ainsi à rechercher une fiscalité plus équitable, mieux adaptée aux capacités contributives et davantage tournée vers la mobilisation des ressources là où elles échappent encore à la collectivité.

Une telle démarche suppose de lutter contre l’évasion fiscale, de réduire les circuits informels et de renforcer le respect des obligations fiscales. L’enjeu est de ne pas faire reposer l’essentiel du financement public sur les contribuables déjà soumis à l’impôt, alors que d’autres activités peuvent échapper, en partie ou en totalité, à leurs obligations.

L’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration du recouvrement pourraient contribuer à dégager des ressources supplémentaires sans multiplier mécaniquement les prélèvements sur les mêmes catégories. Ils exigent toutefois une administration fiscale plus efficace, des procédures plus lisibles et des garanties de traitement équitable.

L’allègement de la pression fiscale ne peut, de son côté, être dissocié de la situation des finances publiques. L’État doit disposer des moyens nécessaires pour financer les services collectifs, honorer ses engagements et soutenir les politiques sociales. La difficulté consiste donc à concilier deux impératifs : réduire les charges injustement ressenties par les citoyens et préserver les ressources indispensables à l’action publique.

La promesse sera d’autant plus crédible que les mesures retenues préciseront clairement les catégories concernées, les allègements envisagés et les modalités de compensation des recettes éventuellement perdues.

 

L’investissement, condition de la création de richesses et d’emplois

La justice sociale ne peut durablement reposer sur la seule redistribution des ressources existantes. Elle dépend également de la capacité de l’économie à créer des richesses, à développer les activités productives et à offrir des emplois stables.

C’est pourquoi la loi de Finances 2027 est appelée à accorder une place importante à l’investissement. L’objectif consiste à encourager les initiatives économiques, à faciliter la création et le développement des entreprises et à améliorer les conditions dans lesquelles les investisseurs peuvent concrétiser leurs projets.

Pour les petites et moyennes entreprises, qui constituent un élément essentiel du tissu économique national, la simplification des procédures, la prévisibilité des règles et l’accès au financement représentent des conditions déterminantes. Un environnement économique plus favorable pourrait soutenir la production, favoriser l’innovation et renforcer la capacité des entreprises à recruter.

Cette orientation concerne également les régions qui disposent de ressources humaines, agricoles, industrielles ou touristiques insuffisamment valorisées. Le développement ne peut rester concentré dans les zones déjà les mieux équipées. Il doit permettre aux territoires de mobiliser leurs propres potentialités, de diversifier leurs activités et de retenir leurs compétences.

L’investissement doit ainsi être envisagé non seulement sous l’angle de la croissance, mais aussi au regard de ses effets sociaux : nombre et qualité des emplois créés, amélioration des revenus, dynamisation des régions et réduction des inégalités territoriales.

Encore faut-il que les orientations budgétaires soient accompagnées de mécanismes efficaces. Les incitations financières, à elles seules, ne suffisent pas si les obstacles administratifs persistent, que les projets demeurent difficiles à financer ou que les infrastructures nécessaires font défaut.

L’une des exigences qui se dégagent des orientations présidentielles est la nécessité de rapprocher les politiques publiques des besoins concrets de la population. Les disparités entre les régions demeurent un défi majeur, qu’il s’agisse de l’accès aux soins, de la qualité des établissements scolaires, des transports, de l’approvisionnement en eau ou de la disponibilité des infrastructures.

La loi de Finances constitue, à cet égard, un instrument déterminant. La répartition des investissements publics et le financement des équipements collectifs peuvent contribuer à corriger les déséquilibres territoriaux, à condition que les crédits annoncés se traduisent par des projets réalisés et des services effectivement améliorés.

Les citoyens attendent des réponses tangibles : des établissements de santé capables de répondre à leurs besoins, des écoles disposant des moyens nécessaires, des routes et des transports adaptés, ainsi que des perspectives d’emploi pour les jeunes. Ces attentes ne relèvent pas de revendications secondaires. Elles touchent directement à l’égalité des chances et à la confiance dans les institutions.

La priorité accordée aux régions défavorisées doit donc se mesurer à l’aune des résultats obtenus. Il ne suffit pas d’inscrire des crédits dans un budget, encore faut-il garantir leur utilisation dans les délais, la bonne exécution des projets et la transparence dans la gestion des fonds publics.

Cette exigence renvoie également à la responsabilité de l’administration. Les décisions budgétaires ne produisent leurs effets que si les structures chargées de les mettre en œuvre disposent des moyens nécessaires et assument pleinement leurs missions.

 

Le citoyen au-delà des chiffres

Au cœur des orientations annoncées, figure une idée essentielle : les indicateurs économiques ne prennent tout leur sens qu’à travers leurs conséquences sur la vie des citoyens. La croissance, les recettes fiscales, les dépenses publiques et les équilibres budgétaires sont indispensables à l’évaluation de la situation économique, mais ils ne suffisent pas à rendre compte du vécu des ménages.

Pour une famille, la réussite d’une politique économique se mesure aussi à sa capacité à couvrir ses dépenses, à accéder aux soins, à assurer la scolarité de ses enfants et à envisager l’avenir avec davantage de sécurité. Pour un jeune diplômé, elle se traduit par la possibilité de trouver un emploi correspondant à ses compétences. Pour un entrepreneur, elle dépend de la capacité à développer son activité dans un cadre stable et prévisible.

La loi de Finances 2027 devra donc être appréciée au regard de ses effets concrets. Les mesures annoncées permettront-elles de soulager les ménages ? Contribueront-elles à réduire les inégalités ? Favoriseraient-elles l’investissement productif et l’emploi ? Les régions les moins développées bénéficieront-elles de moyens à la hauteur de leurs besoins ?

Ces questions sont déterminantes, car elles permettent de distinguer les objectifs affichés des résultats effectivement obtenus.

À travers les orientations présentées pour la loi de Finances 2027, Kaïs Saïed entend réaffirmer une conception de l’action publique fondée sur la souveraineté nationale, la justice sociale et la responsabilité de l’État envers les citoyens. La fiscalité, l’investissement et la répartition des ressources sont appelés à servir une même ambition : faire du développement économique un moyen d’améliorer les conditions de vie et non une finalité détachée des réalités sociales.

Cette ambition comporte néanmoins une exigence essentielle : la mise en œuvre. La justice fiscale doit se traduire par une répartition plus équitable des charges ; le soutien à l’investissement doit produire des emplois et des activités durables ; la solidarité nationale doit se concrétiser par des services publics accessibles et une réduction mesurable des disparités régionales.

Le budget de 2027 sera ainsi évalué moins à la portée des déclarations qui l’accompagnent qu’à la cohérence des mesures adoptées et aux résultats obtenus. Pour les Tunisiens, la promesse centrale demeure celle d’un État qui protège, investit et répartit plus équitablement les ressources collectives.

C’est dans la vie quotidienne, dans le pouvoir d’achat, dans l’accès aux services essentiels et dans les perspectives offertes aux jeunes que se mesurera, en définitive, la portée réelle de cette loi de Finances.

 

 

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