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TRIBUNE – De l’ambition territoriale à l’ingénierie du réel : sécuriser la faisabilité des grands projets

Dans une Tunisie confrontée à des contraintes budgétaires, financières et sociales considérables, la question n’est plus de savoir si nous pouvons multiplier les grands projets. Elle est de déterminer comment garantir qu’ils soient finançables, économiquement utiles, progressivement réalisables et effectivement livrables.

Les objections sont connues : dépendance financière, éléphants blancs, surcapacités logistiques et infrastructures sous-utilisées. Ces risques ne condamnent pas l’ambition. Ils imposent une méthode rigoureuse de démonstration et d’exécution.

Du projet décidé au projet démontré

Le changement de paradigme est simple à formuler, mais exigeant à mettre en œuvre : passer du projet décidé au projet démontré. Démontré sur les plans financier, économique, territorial et environnemental, mais aussi opérationnel. Une décision d’investissement ne constitue pas, à elle seule, une preuve de faisabilité.

Le port en eaux profondes d’Enfidha illustre cette exigence. En février 2026, un Conseil ministériel restreint a recommandé d’engager les procédures nécessaires à sa réalisation, en privilégiant une mise en œuvre progressive par tranches fonctionnelles afin de rechercher une viabilité économique et opérationnelle immédiate. En septembre, le ministre des Transports a annoncé une actualisation des études techniques dans un délai de trois mois. Ces annonces témoignent d’une volonté de relance, mais ne constituent pas une démonstration de rentabilité. Elles rendent au contraire indispensable une évaluation actualisée de la demande, des coûts, du financement et des conditions d’exploitation.

Avant tout engagement irréversible, chaque tranche devrait franchir cinq tests : une demande solvable, appuyée sur des flux commerciaux crédibles ; un modèle économique compatible avec les coûts d’exploitation ; un financement suffisamment sécurisé ; une répartition explicite des risques entre l’État, les partenaires privés et les usagers ; enfin, un impact territorial mesurable en matière d’emplois, de valeur ajoutée et d’investissements induits.

Le phasage ne doit pas se réduire à un découpage administratif des travaux. Il doit constituer un mécanisme de décision : chaque nouvelle tranche est engagée lorsque des conditions préalablement définies sont satisfaites. C’est ainsi que la progressivité devient un instrument de maîtrise des risques, plutôt qu’une simple modalité de réalisation.

Le PPP et les incitations fiscales ne remplacent pas la viabilité

La première erreur serait de croire qu’un grand projet devient soutenable parce qu’il est présenté en partenariat public-privé (PPP) ou associé à des mécanismes d’encouragement fiscal. Les instruments budgétaires et fiscaux peuvent contribuer à mobiliser l’investissement, mais ils ne suppriment ni le coût du capital ni les risques économiques sous-jacents. Ils peuvent modifier leur répartition et leur financement sans faire disparaître leur coût collectif.

Le PLF 2027, déposé à l’Assemblée des représentants du peuple le 14 octobre et transmis le 16 octobre 2026, constitue à ce stade un projet en cours d’examen parlementaire. Il s’inscrit dans le contexte des orientations économiques du Plan 2026-2030, mais ses mesures budgétaires et fiscales doivent être appréciées selon leur contenu précis et leur impact attendu. Aucun mécanisme d’encouragement ne saurait, à lui seul, démontrer la viabilité d’un investissement structurant.

Trois dimensions doivent être distinguées. La rentabilité financière mesure la capacité du projet à générer les flux nécessaires à son exploitation et à son financement. L’évaluation socio-économique apprécie les bénéfices collectifs, les externalités et les coûts supportés par la société. La soutenabilité budgétaire mesure l’exposition de l’État, y compris ses garanties, ses engagements conditionnels et les paiements susceptibles de peser sur les budgets futurs. Ces trois évaluations sont complémentaires. Un projet peut présenter un intérêt collectif sans être directement rentable pour son exploitant. Inversement, une opération attractive pour un investisseur peut imposer des engagements excessifs aux finances publiques ou aux usagers. La décision doit donc reposer sur une appréciation explicite de ces différentes dimensions.

La question centrale devient alors celle du partage effectif des risques. L’État doit assumer les responsabilités qui relèvent de lui : cadre réglementaire, coordination institutionnelle, infrastructures collectives et maîtrise des conditions d’aménagement. Le partenaire privé doit apporter une contribution démontrable en capitaux, en expertise, en technologie ou en capacité d’exploitation. Le transfert contractuel d’un risque n’est toutefois pas synonyme de transfert réel : une garantie publique ou une obligation de paiement peut maintenir une exposition importante pour les finances de l’État.

Les incitations fiscales doivent, elles aussi, être appréciées à l’aune de leur efficacité. Leur pertinence dépend des investissements supplémentaires qu’elles déclenchent, des emplois durables qu’elles contribuent à créer et de la valeur ajoutée produite, au regard de leur coût budgétaire. Elles doivent accélérer des projets dont la viabilité a été démontrée, et non compenser indéfiniment les faiblesses d’un modèle économique incertain.

Un port ne vaut que par ce qu’il fait vivre derrière lui

Une infrastructure ne devient pas économiquement pertinente parce qu’elle est qualifiée de stratégique. Un port en eaux profondes n’a de sens que s’il s’insère dans un système productif capable de générer des flux réguliers : industrie, agriculture à valeur ajoutée, plateformes logistiques, transformation, commerce et exportation.

Le risque est celui du grand équipement isolé : une infrastructure coûteuse dont les capacités restent insuffisamment utilisées faute de clients, de marchandises, de connexions efficaces ou d’activités complémentaires. La question ne doit donc pas être seulement : combien coûtera le port ? Elle doit être : quelle valeur ajoutée supplémentaire le système logistique et productif pourra-t-il générer par dinar investi ?

Dans le cas d’Enfidha, la démonstration devra intégrer la compétitivité par rapport aux autres plateformes portuaires méditerranéennes, les perspectives de trafic, les engagements commerciaux susceptibles de soutenir la demande et les coûts complets d’accès au marché. Les connexions ferroviaires et routières, les disponibilités foncières, les équipements logistiques et les contraintes environnementales doivent être évalués conjointement. La performance du port dépendra de celle de toute la chaîne de transport et de production.

Cette approche vaut également pour les nouvelles centralités territoriales. Créer une zone industrielle ou déplacer administrativement une activité ne suffit pas à faire émerger un pôle économique. Une centralité se construit lorsque des fonctions complémentaires se concentrent progressivement sur un même territoire : production, énergie, logistique, transformation, formation, services et accès aux marchés.

Le grand projet cesse alors d’être une destination en soi. Il devient l’épine dorsale d’un écosystème productif. Sa réussite se mesure moins à la superficie aménagée ou aux capacités nominales installées qu’à l’activité effectivement générée, aux entreprises implantées, aux flux traités et à la valeur ajoutée créée.

La donnée comme instrument d’exécution

La faisabilité d’un grand projet ne dépend pas uniquement de la qualité de ses études initiales. Elle repose également sur la capacité de l’État à coordonner, dans la durée, les décisions administratives, foncières, budgétaires, techniques et contractuelles dont sa réalisation dépend.

Le 14 octobre 2026, la Présidence du gouvernement indiquait que les travaux de mise en place de la plateforme nationale d’échange de données entre structures publiques adhérentes se poursuivaient. Son utilité pour les investissements structurants dépendra notamment de son articulation avec les dispositifs de suivi des projets publics. L’enjeu est de relier les informations administratives, foncières, budgétaires et opérationnelles utiles à la décision.

Cette articulation ne se décrète pas par la seule interconnexion technique : elle suppose des référentiels communs, des responsabilités clairement attribuées, des données régulièrement actualisées et des mécanismes d’alerte débouchant sur des décisions effectives.

Un retard peut résulter d’un blocage extérieur au chantier lui-même : autorisation manquante, procédure foncière inachevée, raccordement non réalisé ou financement non mobilisé. Encore faut-il identifier rapidement la cause, déterminer l’acteur responsable et suivre la résolution du problème.

C’est ici que la donnée devient un instrument d’ingénierie d’exécution. Un tableau de bord utile ne se contente pas d’afficher un taux d’avancement. Il met en évidence les écarts, documente les risques, signale les dépendances critiques et facilite les arbitrages. Cela suppose des référentiels communs, des données régulièrement actualisées, des responsabilités clairement attribuées et des mécanismes d’alerte reliés à des décisions effectives.

L’évaluation doit également dépasser le volume de crédits engagés et le nombre de projets annoncés. Les indicateurs pertinents sont les délais réels de réalisation, les écarts entre coûts prévisionnels et coûts constatés, les emplois durables créés, les volumes effectivement transportés, les investissements privés déclenchés et la valeur ajoutée produite. Définis avant le lancement, ces indicateurs doivent être suivis pendant toute la durée de vie du projet.

Le véritable blindage : une gouvernance de l’exécution

Reste la condition décisive : qui livre, dans quels délais et sous quelle responsabilité ? Un grand projet peut disposer d’études de qualité, d’un financement annoncé et d’un statut stratégique, puis échouer faute de coordination administrative, de maîtrise foncière ou de capacité de pilotage. L’ingénierie du réel exige une architecture d’exécution clairement définie : un responsable de projet identifiable, une répartition explicite des responsabilités, un calendrier assorti de jalons vérifiables, un mécanisme d’arbitrage rapide et une évaluation indépendante des coûts et des risques.

Cette architecture doit organiser des décisions, et non simplement produire des rapports. Chaque jalon important doit permettre de vérifier que les conditions techniques, financières, commerciales et territoriales restent réunies. Les écarts significatifs doivent déclencher une analyse et, si nécessaire, une révision du calendrier, du périmètre ou du modèle économique.

Un projet qui dérape doit pouvoir être redimensionné. Un projet qui ne trouve pas son marché doit pouvoir être reconfiguré. Un projet performant peut être accéléré. Cette capacité de correction ne traduit pas un renoncement à l’ambition : elle protège les ressources publiques contre la poursuite automatique d’engagements devenus insuffisamment justifiés.

La souveraineté de l’État ne consiste pas à terminer coûte que coûte tous les projets annoncés. Elle consiste aussi à savoir lesquels méritent d’être poursuivis, lesquels doivent être transformés et lesquels doivent être abandonnés lorsque les conditions de leur pertinence ne sont plus réunies.

C’est à ce niveau que se joue la crédibilité du Plan 2026-2030. La Tunisie ne manque ni de projets ni d’idées. Elle doit renforcer sa capacité à transformer les décisions d’investissement en réalisations utiles, soutenables et mesurables.

L’enjeu est d’apprendre à industrialiser l’ambition par l’exécution.

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Inventaire : Ces noms de poissons qui changent selon les régions

Les yeux plongés dans une mosaïque antique, je retrouve l’écho millénaire des poissons qui vivent en Méditerranée et sont toujours sur les étals de nos marchés.

Je cherche les noms de chaque poisson et réalise combien ces noms peuvent différer selon les régions. Je me lance alors dans une manière d’inventaire où cohabitent la langue tunisienne, le français et l’italien. Dès lors, je me retrouve face à une formidable profusion de noms aussi difficiles à saisir qu’un poisson dans l’eau.

Prenons une daurade. Elle est généralement désignée sous le nom « ourata » qui des origines italiennes. Mais nous la nommons également « ouarqa » et quand elle a des traits noirs, elle devient une « kahlaia ». Mieux, quand elle pèse un peu plus lourd, à partir de 300 grammes, nous lui donnons le nom de « jarraf ». Un véritable puzzle !

Prenons maintenant un mulet. Nous le nommons communément « bouri » mais aussi « milla ». Toutefois, ce poisson va porter des noms différents selon les régions. À Sfax, ce sera « menjel », à Kélibia « safraya », à Bizerte, ce sera plutôt « mlaâbna » alors que pour Djerba, on dira « maâzoul ».

On peut ainsi multiplier les exemples au point où il serait judicieux d’établir un lexique qui permettrait de mieux s’y retrouver parmi les variétés de poissons et leurs dénominations régionales.

Que d’autres poissons pour initier cet inventaire ! Que de noms à retrouver, noter, croiser avec d’autres pour y voir plus clair ! Pour le moment, c’est encore la bouteille à l’encre et plus justement les yeux plongés dans la mosaïque la plus frétillante du musée du Bardo.

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Snapshot : A Carthage, la prétendue maison Flaubert en chantier

A Carthage, non loin des ports puniques, une villa a indûment été reliée au séjour tunisien de Gustave Flaubert en 1858. Depuis, à intervalles réguliers, cette demeure continue à être présentée sur les réseaux sociaux comme étant celle où le grand écrivain français a séjourné.

De fait, il n’en est rien car ni cette maison ni l’ensemble du lotissement n’existaient en 1858.

Aujourd’hui, auréolée d’une identité qui n’est pas sienne, cette villa intrigue et suscite les passions.

Actuellement en travaux, elle devrait être rafraîchie en attendant peut-être de nouveaux résidents.

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Une dernière Celtia, à la santé des retraités !

Dans toutes les tablées de Tunisie, dans les restaurants les plus huppés comme dans les bars les plus miteux, il existe une phrase que tous les buveurs ont dit au moins une fois : « Une dernière et on rentre ! ». L’équivalent tunisien de l’expression française : « Un dernier pour la route ». Généralement, il s’agit d’une dernière bière avant...

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Squattée depuis 2011 : La Ville de Tunis récupère l’ancienne école de la Hafsia

L’ancienne école de la rue du Tribunal est en passe d’être complètement récupérée par les services municipaux. Squattée en 2011, cette ancienne école était jusque là occupée par une soixantaine de familles qui ont finalement bénéficié d’un relogement.

Pour des raisons sociales, bien qu’elle disposait d’un arrêté d’expulsion depuis plus d’une dizaine d’années, la Ville de Tunis a choisi de privilégier un départ négocié.

Ainsi, seulement deux familles en instance de relogement sont encore sur le départ alors que toutes les autres ont bénéficié d’une installation dans les quartiers environnants.

L’édifice plutôt délabré est quant à lui prêt à être réhabilité et restauré. Selon les plans antérieurs, il devrait accueillir une résidence d’artistes en lien avec le palais Khereddine voisin et offrir un nouveau pôle culturel municipal.

Pour rappel, le palais Khereddine qui accueille le musée de la Ville de Tunis et le bâtiment voisin qui a longtemps hébergé l’ancienne école israëlite faisaient tous les deux partie de la propriété morcelée du ministre Khereddine.

Après avoir servi de tribunal – d’où le nom de la rue – puis d’école, une partie de la propriété est devenue le musée actuel.

Désaffecté depuis plusieurs décennies, l’édifice qui abritait l’école a été squatté en 2011 et a enfin pu être récupéré par la municipalité de Tunis en 2026.

Reste une question : l’ancienne école désormais dans le giron municipal est-elle toujours destinée à une fonction de résidence artistique ?

Nous devrions le savoir dès que les édiles s’exprimeront à propos de la reprise en main de l’édifice.

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La rue a parlé, le pouvoir n’a toujours rien compris

Des milliers de personnes ont défilé samedi 17 octobre à Tunis. Cela faisait longtemps qu’un vent de liberté aussi fort n’avait pas soufflé sur le pays. Les slogans emblématiques de la contestation populaire ont été repris à pleins poumons par une foule chauffée à blanc. « On nous a affamés, puis jetés en prison. » Il n’en...

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Quand Trump exploite le chaos français pour nourrir son obsession anti-immigration

À l’approche des élections de mi-mandat, Trump et son vice-président instrumentalisent les violences en France pour alimenter leur discours anti-immigration. Au risque d’occulter les causes sociales et économiques de la crise.

 

Avec son cortège de magasins pillés, de vitrines éventrées et de scènes de désolation, la journée du 17 octobre 2026 a donné à Paris et à plusieurs grandes villes françaises des allures de champ de bataille, comme si manifestants et forces de l’ordre s’étaient livrés à une véritable bataille rangée. Des images de chaos qui resteront gravées dans la mémoire de nombreux Français, mais qui ont également frappé les esprits à l’étranger.

Lecture idéologique

Aux États-Unis, Donald Trump n’a pas tardé à chausser ses lunettes idéologiques pour interpréter ces scènes de chaos à sa façon.

« La France brûle ! », a-t-il écrit lundi 19 octobre sur son réseau Truth Social, en dénonçant les violences survenues dans plusieurs villes françaises. « L’immigration de personnes issues d’un monde totalement différent, des personnes animées par la haine, a détruit ce pays autrefois si grand », a-t-il affirmé. « Fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il exhorté aux autorités françaises. « Ce qui se passe en France est lié à l’immigration, pas aux écoles ni à quoi que ce soit d’autre : c’est l’immigration », a-t-il encore écrit, rejetant ainsi les explications liées aux difficultés du système éducatif et aux revendications sociales.

Et d’avertir sans vergogne que « Paris sera bientôt une ville musulmane », établissant un lien entre immigration, islam et transformations démographiques.

Au-delà de ce constat alarmiste, le président américain en a profité pour attaquer la politique migratoire française, qu’il présente comme l’une des principales causes de ces violences. Il incrimine notamment une immigration venue d’« un monde totalement différent », dans une allusion à peine voilée aux jeunes des banlieues issus de l’immigration maghrébine.

Plus grave encore, Donald Trump reprend à son compte une théorie complotiste et raciste selon laquelle une élite chercherait délibérément à remplacer les populations occidentales blanches par des populations non européennes, majoritairement musulmanes.

Pourtant, il faut bien signaler que rien ne permet d’établir un lien entre ces violences et l’immigration. Les autorités françaises pointent plutôt du doigt des groupes d’ultragauche, des bandes de casseurs et de pilleurs, ainsi que des « factieux », pour reprendre le terme employé par Emmanuel Macron. Autrement dit, les faits incriminés relèvent avant tout de troubles à l’ordre public, et non d’un problème migratoire.

Discours électoraliste

Même son de cloche de la part du  vice-président J.D. Vance, qui a d’ailleurs bondi sur l’actualité française pour tenter un retour sur le devant de la scène médiatique. En effet, le conservateur de 42 ans sait que les élections de mi-mandat risquent de coûter cher aux républicains, et il ne s’est pas fait beaucoup entendre au sujet de la guerre en Iran ou de celle en Ukraine.  Or, en partageant les images de la mairie de Limoges et en accusant « les progressistes occidentaux » d’avoir « importé le tiers-monde au nom de la diversité », il a surtout cherché à présenter les émeutes françaises comme un avant-goût de ce qui attendrait les États-Unis si les démocrates revenaient au pouvoir. Ces derniers sont régulièrement accusés par le camp républicain de faire preuve de laxisme en matière d’immigration.

« J.D. Vance, avance William Genieys qui rédige une biographie du vice-président américain, s’est toujours présenté comme le porte-parole de la classe ouvrière blanche qui serait menacée de “déclassement“ ». Et d’ajouter : « D’ailleurs, lors de son fameux discours à Munich en février 2025, il s’était déjà permis de critiquer les gouvernements européens, responsables à ses yeux de laxisme envers l’immigration qui menacerait le mode de vie des blancs-chrétiens. Les récents commentaires du vice-président américain sont dans la droite ligne idéologique de ce discours qui avait fait couler beaucoup d’encre en Europe », a-t-il conclu.

Pour sa part, Elon Musk n’a pas laissé passer l’occasion de s’emparer des violences françaises pour alimenter son discours anti-immigration. Le patron de Tesla et de SpaceX  s’était déjà exprimé le 6 octobre au début du mouvement lycéen, assurant que cette colère n’avait rien à voir… avec les lycéens, mais tout avec « une lente invasion ».

Sur X, le milliardaire a relayé des images spectaculaires des pillages et des incendies, notamment celles des mairies de Limoges et de Marseille, en donnant aux événements une interprétation centrée sur l’immigration et l’insécurité. Une lecture qui rejoint celle de Donald Trump, au risque de réduire une crise complexe à une explication essentiellement migratoire.

Instrumentalisation

Comment expliquer l’intérêt soudain des deux têtes de l’exécutif américain – tous les deux malmenés dans les sondages – pour la crise française qu’ils brandissent comme une nouvelle illustration du prétendu déclin européen provoqué par l’immigration ? Par le calendrier qui leur offre une occasion inespérée : à deux semaines des élections américaines de mi-mandat, les violences en France deviennent une arme politique de plus pour justifier leur discours de fermeté migratoire.

Au final, la crise française est utilisée comme une mise en garde. Entre les lignes, Donald Trump et J.D. Vance assurent que si les électeurs ne votent pas pour des candidats prônant une fermeté absolue à l’égard des immigrés, ce qui se passe en France va arriver aux États-Unis. Et peu importe que cette lecture occulte les ressorts profonds de la crise française, à savoir le ras-le-bol d’une jeunesse frustrée et inquiète pour son avenir, la flambée du coût de la vie ou encore le rejet des mesures d’austérité envisagées par le gouvernement. Au risque de détourner le débat des causes sociales et politiques de la colère pour le ramener à leur obsession migratoire.

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Nostalgies : Les terrasses de nos enfances

Il pleut et il continue à faire chaud. Le ciel s’est obscurci, les nuages lourds et la pluie drue. Je m’abrite sous un porche alors que la pluie redouble d’intensité. Je suis durablement coincé sous mon porche car maintenant, il pleut des cordes alors que ruisseaux et gouttières débordent en mares et en cascades. Pas question de quitter mon abri à moins de subir ce qui est en train de devenir une tempête. Des grêlons commencent à tomber et me disent soudain comment une brève bourrasque peut devenir une madeleine de Proust.

Je retrouve une photo de la fin des années soixante. Je suis avec mon ami Robert, sur la terrasse de sa maison, rue de l’Hiver, à Bab Djedid. Ce jour-là, la grêle était tombée comme de la neige et nous avions joué à la ramasser à la pelle.

Crédit : Hatem Bourial

Cette photographie a réveillé un volcan de sensations. La terrasse au carrelage rouge était aussi bien notre terrain de jeux que notre observatoire. Agiles comme des chats, nous aimions escalader tout ce qui pouvait l’être et avions notre repaire dans une buanderie, entre les objets remisés et les bassines qui servaient à laver le linge. Là-haut, nous admirions les couleurs changeantes des terrasses voisines où séchaient le couscous, les tomates ou la laine des matelas.

De ce sémaphore impromptu, nous plongions nos regards dans les cours des immeubles et les terrains vagues qui nous entouraient. Cette terrasse était notre coin de paradis et il suffisait de quelques marches à gravir pour nous y retrouver, aériens et libres, dans un éden de pacotille mais retranchés dans nos rêves. Comme quoi si le battement d’aile d’un papillon peut provoquer une tempête lointaine, l’association d’un grêlon et d’une photo peut elle, faire jaillir la lave du souvenir.

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Bassem Loukil, un patron de plus en prison

Mercredi 14 octobre, à la veille d’un jour férié, l’homme d’affaires Bassem Loukil a été placé en détention sur décision du juge d’instruction du pôle judiciaire économique et financier. Il est poursuivi notamment pour blanchiment d’argent, infractions à la réglementation des changes et corruption. L’information est passée presque inaperçue. Quelques articles dans la presse, peu de...

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TRIBUNE – Sociétés communautaires : du financement public à la viabilité économique territoriale

Le Projet de loi de finances pour 2027 (PLF 2027), déposé à l’Assemblée des représentants du peuple le 14 octobre 2026 et transmis à la Commission des finances et du budget le 16, prévoit un renforcement du soutien financier aux sociétés communautaires. Ses articles 20 et 21 proposent respectivement une dotation supplémentaire de 35 millions de dinars au profit de leur ligne de financement et la création d’une nouvelle ligne de 5 millions de dinars destinée à soutenir l’autofinancement de leurs promoteurs. Cette dernière prévoit des prêts sans intérêts et sans exigence de garanties pour l’année 2027. Le projet propose également de prolonger le dispositif concerné jusqu’au 31 décembre 2028.

 

À la date du 18 octobre 2026, ces dispositions relatives aux sociétés communautaires demeurent celles d’un projet de loi en cours d’examen parlementaire. Au-delà de l’effort budgétaire annoncé, une question fondamentale mérite d’être posée : faciliter l’accès au financement suffit-il à assurer la viabilité des projets et leur contribution durable au développement régional ?

L’expérience économique montre que l’allègement des contraintes financières initiales ne garantit ni la rentabilité opérationnelle ni la pérennité d’une entreprise. Entre la disponibilité du crédit et la création effective de valeur, toute une chaîne de conditions économiques, techniques et commerciales doit être maîtrisée.

 

Le financement sans garantie n’efface pas le risque économique

La première clarification concerne la nature même du risque. L’absence de garanties classiques ou de charges d’intérêts peut alléger les contraintes qui pèsent sur les promoteurs. Elle ne supprime cependant ni les coûts d’exploitation, ni les besoins de trésorerie, ni les dépenses de maintenance, ni l’obligation de rembourser le capital emprunté selon les conditions convenues. Un projet qui ne génère pas des revenus suffisants pour couvrir ses charges et financer son développement demeure économiquement fragile, quelles que soient les conditions de son financement initial.

Le risque serait donc de confondre l’accès au crédit avec la réussite entrepreneuriale, ou de mesurer l’efficacité du dispositif au seul nombre de sociétés créées. Une telle approche privilégierait la performance administrative du guichet au détriment de la performance économique des projets. La société communautaire ne peut se limiter à un instrument de soutien social ou à un mécanisme temporaire de résorption du chômage. Sa vocation économique suppose une activité productive réelle, une organisation capable de maîtriser ses coûts et une offre répondant à des besoins identifiés. L’enjeu n’est pas uniquement de mobiliser des ressources publiques, mais de les convertir en capacités productives durables, en revenus locaux et en emplois pérennes.

 

De l’initiative locale à l’intégration dans les chaînes de valeur

La viabilité d’une société communautaire dépend d’abord de son insertion dans une économie réelle. Un projet ne peut être conçu indépendamment de son environnement territorial, des ressources disponibles, des concurrents et des débouchés commerciaux. Les filières de valorisation agricole, de transformation agroalimentaire, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets, de l’artisanat à valeur ajoutée ou des services logistiques de proximité peuvent offrir des perspectives intéressantes. Leur potentiel ne doit toutefois pas être présumé : il doit être établi à partir d’études de marché, de données territoriales et d’une appréciation réaliste de la demande solvable.

La question déterminante n’est donc pas seulement ce qu’une société communautaire souhaite produire, mais ce qu’elle peut vendre, à quel prix, à quels clients et dans quelles conditions de rentabilité. Cette exigence conduit à privilégier les projets qui s’insèrent dans des chaînes de valeur existantes ou qui répondent à des besoins insuffisamment couverts. Elle invite également à rechercher des complémentarités avec les entreprises privées, les exploitations agricoles, les structures coopératives et les opérateurs publics, plutôt qu’à multiplier des initiatives isolées. Le développement territorial gagne en efficacité lorsque les projets s’articulent avec une stratégie économique locale cohérente.

 

Du financement à l’accompagnement : une chaîne de responsabilité

Le deuxième impératif est celui de l’ingénierie de projet. L’adhésion collective et la motivation des promoteurs constituent des atouts, mais elles ne remplacent ni les compétences techniques ni la maîtrise de gestion. L’octroi de financements à des conditions préférentielles doit s’accompagner d’une évaluation rigoureuse des projets : étude de marché, prévisions de trésorerie, calcul des coûts de revient, identification des risques, choix des équipements et définition des responsabilités de gestion.

Les structures d’accompagnement doivent dépasser une logique essentiellement administrative d’instruction des dossiers. Leur intervention doit contribuer à préparer les projets, à renforcer les capacités des équipes dirigeantes et à suivre les premières étapes de l’exploitation.

Cette démarche implique une répartition claire des responsabilités. Les promoteurs doivent assumer la gestion quotidienne et la transparence financière. Les structures d’appui doivent fournir un accompagnement technique adapté. Les organismes chargés du financement doivent évaluer les risques selon des critères explicites et suivre l’utilisation des fonds. Enfin, les autorités publiques doivent apprécier les résultats obtenus au regard des objectifs économiques et territoriaux poursuivis. L’accompagnement ne doit pas devenir une tutelle permanente. Il doit permettre aux sociétés communautaires d’acquérir progressivement l’autonomie nécessaire à leur fonctionnement dans des conditions économiques normales.

 

Produire ne suffit pas : il faut accéder aux marchés

Le troisième impératif concerne les débouchés. Une société peut disposer d’un financement, d’équipements et de compétences sans parvenir à commercialiser sa production. L’absence de clients réguliers, les délais de paiement, les coûts logistiques ou l’insuffisance des circuits de distribution peuvent rapidement compromettre son équilibre financier. La viabilité suppose donc de construire, dès la conception du projet, une stratégie commerciale crédible. Celle-ci peut reposer sur des contrats avec des acheteurs identifiés, l’intégration dans des circuits de distribution régionaux, des partenariats avec des entreprises établies ou la fourniture de biens et de services à des opérateurs publics et privés.

L’accès à la commande publique peut également constituer une perspective, dans le respect des règles applicables, de la concurrence et de la transparence. Il ne saurait toutefois se substituer à une véritable capacité commerciale ni garantir artificiellement la survie de projets insuffisamment compétitifs. La cohérence entre financement, accompagnement et accès aux marchés constitue ainsi une condition essentielle de réussite. Si l’une de ces composantes fait défaut, les ressources mobilisées risquent de produire des résultats inférieurs aux ambitions affichées.

 

Mesurer la performance par la valeur créée

La politique de soutien aux sociétés communautaires doit enfin s’appuyer sur des indicateurs permettant d’apprécier les résultats au-delà du volume des financements accordés et du nombre de structures enregistrées. Quatre dimensions méritent une attention particulière : le taux de survie des sociétés à trois et cinq ans, le taux de remboursement effectif des prêts, le coût public par emploi durable créé et la valeur ajoutée générée dans les territoires concernés.

Ces indicateurs doivent être complétés par le suivi du chiffre d’affaires, de la productivité, de la régularité des revenus, de la part des emplois maintenus après la phase initiale de soutien et de la capacité des entreprises à financer leurs besoins courants. Un tel dispositif permettrait de distinguer les projets qui progressent vers l’autonomie économique de ceux qui nécessitent une restructuration, une réorientation ou un accompagnement supplémentaire.

Il suppose également de prévoir des mécanismes de suivi transparents, des évaluations périodiques et une publication régulière des résultats agrégés. La qualité de la dépense publique se mesure autant à la pertinence de son allocation qu’à l’impact effectivement obtenu.

 

Faire de l’ambition locale une capacité productive durable

Les dispositions financières proposées dans le PLF 2027 peuvent contribuer à lever des obstacles importants à la création et au développement des sociétés communautaires. Leur portée dépendra toutefois de la capacité des acteurs concernés à transformer ces ressources en activités économiquement viables. Le succès ne se jouera pas au seul moment de l’attribution des crédits. Il se construira dans la qualité des projets sélectionnés, la compétence des équipes, la maîtrise des charges, l’accès aux marchés et la capacité à générer des revenus suffisants pour assurer la continuité de l’exploitation.

La souveraineté économique territoriale ne se décrète pas par la seule disponibilité du financement. Elle se construit par une ingénierie d’exécution qui relie les ressources publiques aux besoins du marché, les initiatives locales aux chaînes de valeur et les objectifs sociaux aux résultats économiques mesurables.

La réussite d’une société communautaire ne se mesure pas à sa création, mais à sa capacité à créer durablement de la valeur pour son territoire.

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La guerre du Yémen et le retournement de l’histoire

A l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes à l’académie militaire le samedi 17 octobre, le président égyptien Abdelfattah Sissi a évoqué deux sujets importants. Le premier, sous forme de clarification, consiste à lever toute incertitude sur la durée de sa présidence. « Ma présidence du pays, si Dieu me prête vie, se terminera en 2030. Je tiens à préciser que la question ne se posera plus. » Le second sujet concerne la guerre qui fait rage au Yémen et la possibilité pour l’Egypte de s’engager militairement dans « la défense de l’Arabie saoudite, si les dirigeants saoudiens le demandent. »

Avant même que Ryadh ne demande cette aide, le président Sissi appela donc le parlement à se réunir en cession extraordinaire pour donner « l’autorisation » à l’Exécutif égyptien d’envoyer éventuellement des troupes en Arabie saoudite contre le Yémen, si celle-ci en exprime le désir.

Il faut dire que le président égyptien, en prenant une décision d’une telle importance, a en tête avant tout les intérêts vitaux de l’Egypte. Tout d’abord, il y a un million et demi d’Egyptiens expatriés en Arabie saoudite. Une déstabilisation de ce pays se répercuterait forcément socialement et financièrement sur une l’économie égyptienne.

A cela s’ajoutent les investissements saoudiens en Egypte qui s’élèvent à 37 milliards de dollars, une manne précieuse pour l’économie du pays. Deux raisons vitales qui expliquent la détermination des autorités égyptiennes de voler au secours du royaume.

Mais il y a un autre élément plus important encore qui explique le souci de l’Egypte de contribuer à la défaite des ‘’Houthis’’ qui dominent le passage maritime vital de ‘’Bab el Mendeb’’, reliant la mer Rouge à l’Océan indien.

Pourquoi ‘’Bab el Mendeb’’ est si important pour l’économie égyptienne ? Tout le trafic maritime venant d’Asie en direction de l’Europe passe par ce détroit, traverse la mer Rouge et s’engage dans le Canal de Suez en direction de la Méditerranée. Un éventuel blocage de ‘’Bab el Mendeb’’ se traduirait donc par d’immenses pertes financières en devises pour l’Egypte. Autant d’éléments qui expliquent l’inquiétude des autorités égyptiennes face au risque de déstabilisation régionale et leur décision d’intervenir en soutien à l’un des belligérants.

Deux questions se posent ici. La première est que l’Arabie saoudite est déjà liée par un Pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et la Turquie. L’Egypte a-t-elle plus de moyens à mettre à la disposition de l’Arabie saoudite que les deux puissances régionales susmentionnées, dont l’une est détentrice de l’arme nucléaire ?

La deuxième question a trait à l’histoire. L’armée égyptienne a-t-elle dépassé le traumatisme qu’elle a subi au Yémen dans les années 60 du siècle dernier ? Rappelons qu’en 1962, le président Jamal Abdennacer envoya 70 000 soldats au Yémen pour soutenir le coup d’état perpétré alors contre la royauté yéménite dirigée par l’imam Yahya que soutenait militairement et financièrement l’Arabie saoudite.

Entre 25 000 et 30 000 soldats ont péri dans ce conflit qui a affaibli fortement l’armée égyptienne. Des commentateurs, à l’instar du Libanais Fawwaz Gerges, estiment que l’intervention désastreuse au Yémen était l’une des causes de la défaite de l’Egypte face à Israël dans la guerre de juin 1967.

Retournement de l’histoire, 64 ans après, l’armée égyptienne s’apprêterait à intervenir dans un conflit impliquant le Yémen, mais cette fois, non pas contre, mais à côté de l’Arabie saoudite…

En attendant la réponse du parlement égyptien (qui a demandé plus de temps) à la demande du président Sissi, une ultime question se pose ici. Comment se fait-il qu’avec un budget-défense de plus de 80 milliards de dollars par an (5e rang mondial après les USA, la Chine, la Russie et l’Inde), et avec un arsenal des plus sophistiqués acheté aux Etats-Unis à coups de centaines de milliards de dollars, l’Arabie saoudite peine à se défendre par ses propres moyens contre les attaques dévastatrices d’une milice établie dans l’un des pays les plus pauvres du monde ?

Chacun répondra à sa manière à cette question embarrassante. Cela dit, cette guerre, que l’Egypte intervienne ou pas, prend des proportions de plus en plus dangereuses. Pas seulement pour la région, mais pour le monde qui risque de voir à tout moment le détroit de Bab el Mendeb subir le sort du détroit d’Ormuz.

Pourtant la solution est d’une simplicité époustouflante. Il suffit que l’Arabie saoudite lève l’embargo qu’elle impose sur le Yémen et laisse les Yéménites résoudre leurs problèmes.

Rappel important : cette guerre dévastatrice s’est déclenchée le jour où un avion, transportant des personnalités yéménites de retour de l’Iran après avoir assisté aux funérailles du guide Ali Khamenei, s’apprêtait à atterrir au Yémen. L’Arabie saoudite a estimé que cela constituait « une violation de l’embargo » et a bombardé la piste d’atterrissage…

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Nostalgies : Si tu es pressé, prends un détour

Lorsque j’ai des vêtements à repriser, je vais toujours à la rue des Tanneurs, chez un tailleur qui, devant sa machine à coudre, dans un minuscule atelier, rend des services inestimables. De bon matin, alors que ses voisins ne sont pas encore ouverts, je lui apporte un pantalon dont je voudrais prolonger la vie et que je reviendrai chercher dans quelques heures.

La rue des Tanneurs s’éveille à peine. Seul le marchand de beignets s’active et sert des clients qui attendent calmement leur tour et une ftira croustillante. Le plus ancien des bouquinistes de cette rue est lui aussi dans son antre. Alors que je suis à sa hauteur, il est en train de disposer des classiques Larousse sur un étalage. Je ne peux résister à la vue des petits fasicules qui fleurent bon le théâtre de Racine et de Moliére, les tragédies antiques, les petits caprices de Marianne, les noces trépidantes de Figaro ou les odieuses fourberies de Scapin. Je m’empare de quatre fasicules et demande au bouquiniste de m’en garder un cinquième que je viendrai récupérer en même temps que le pantalon.

Heureux de ma prise matinale, je me dirige vers l’Avenue, non sans avoir caressé du regard la façade de l’immeuble où a longtemps vécu l’école de danse Tramoni & Caparros. Je m’arrête ensuite quelques instants devant le restaurant l’Orient dont l’enseigne ayant perdu son apostrophe, annonce désormais une ville de Bretagne. C’est dans les cuisines de ce restaurant que travaillait le père de Habib Hentati que j’avais croisé la veille. Cuisinier à l’ancienne, ce dernier faisait lui-même son marché et pouvait rien qu’en jaugeant le contenu des couffins, deviner si la journée serait fructueuse.

Avec son associé de la famille Fendri, le chef Hentati avait fait de l’Orient une table appréciée, aux spécialités très recherchées. Avec le Bagdad et le Malouf, l’Orient était le porte-drapeau de la cuisine tunisienne au centre-ville et si on y dégustait une excellente sole farcie, on y sacrifiait surtout à la salade de poulpe et l’agneau servi dans une gargoulette. Dans le temps, le célèbre Nanou était le voisin de l’Orient et servait ses plats tunisiens et son inimitable casse-croûte au thon juste à côté, drainant une clientèle inépuisable. Aujourd’hui, Nanou n’est plus là depuis longtemps et l’Orient se maintient vaille que vaille dans un Tunis en perte de repères gourmands.

Ces quelques pas matinaux dans une ville encore déserte ont convoqué le souvenir de plusieurs enseignes des rues que je viens de parcourir. Je préfère les noter pour mémoire, afin d’y revenir plus tard. À la rue des Tanneurs, les gâteaux secs de Victor ; rue d’Alger, le Chantilly tenu par la famille Grech ; rue Saint-Jean, le Bosphore qui est toujours ouvert ; le Hungaria et la brasserie Guillaume Tell qui ont disparu de la rue Ali Bach Hamba alors que le Carthage est toujours là ; l’Orient enfin qui a gardé de beaux restes après le départ des fondateurs.

Ce bref détour par les rues du quartier me mène jusqu’à l’avenue Bourguiba dont je regrette l’effritement de certaines façades Art Déco qui mériteraient un ravalement. Je m’assieds quelques instants sur les marches du théâtre, mon carnet numérique à la main. Je prends quelques notes pour comme qui dirait, alimenter la chronique et nourrir les pages de ce journal extime. La ville continue à s’éveiller : l’équipe du Théâtre municipal est déjà à pied d’œuvre, accrochant des affiches et nettoyant les abords de la Bonbonnière. Comme j’ai le temps et quelques dizaines de minutes à tuer, je file vers la porte de service de la rue de Grèce et me dirige vers le bureau du directeur du théâtre.

Abbés Libirsou est déjà arrivé. Il organise la journée de travail et la soirée de représentation. C’est toujours avec nostalgie que je viens dans ce bureau où flotte le souvenir de mes amis Mohsen Ben Abdallah et Youssef Slama. Je profite de mon passage pour faire quelques pas sur scène, devant la salle vide puis je déambule dans les couloirs, admire les portraits des gens de théâtre et la silhouette en Caligula d’Aly Ben Ayed. Je suis comme dans un cocon, la matrice de tant de souvenirs liés à ce théâtre centenaire.

Je me lance ensuite dans un tour de la ville pour glaner des émotions et des réminiscences et accessoirement récupérer un livre et un pantalon. Je profite de la matinée pour payer quelques factures et rendre visite à la rédaction de Tunis Hebdo. Je prends aussi quelques photos et, sans m’en rendre compte, me retrouve dans la médina.

J’arpente la rue Zarkoun, le souk Grana et arrive à la Hafsia. Je cherche à me procurer une veste et tombe sur une pépite de la marque Dockers qui ne me coûte qu’une poignée de dinars. Je reviens ensuite vers le souk du Cuivre puis la rue de la Kasbah et bifurque vers le Divan ottoman du seizième siècle. Je continue ma vadrouille impromptue qui n’est qu’une manière d’attendre en mouvement que mon pantalon soit reprisé. Je finis par aboutir à Bab Carthagène et me laisse aller jusqu’à mon point de départ. Je récupère livre et pantalon et poursuis mon chemin après ce long détour.

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La crise à la française

La situation en France fait la Une de l’actualité internationale. Les images d’affrontement, des dégradations et des pillages ont créé une onde de choc. Avec la même question : pourquoi une telle violence de Paris à Marseille ? Au-delà de la défaillance des forces de l’ordre, le sentiment de chaos qui ressort de la séquence vient conclure la présidence Macron et ses échecs politiques, économiques et sociaux. Alors qu’il va quitter l’Elysée dans quelques mois, l’extrême droite est au sommet des sondages, l’inflation et le chômage ne cessent d’augmenter, et le creusement des inégalités dans un pays qui cultive une passion pour l’égalité est plus que jamais une source de frustration dont les manifestations sont de plus en plus radicales. Or le pouvoir a l’air comme déconnecté de ces réalités et incapable de nouer un quelconque dialogue social.

La crise économique et sociale a renforcé la demande de protection, en soulignant la nécessité d’organiser des solidarités plus effectives et en rappelant le rôle central de la puissance publique dans la cohésion sociale. Or l’Etat apparaît comme le garant des plus privilégiés (au regard de la politique fiscale notamment), plutôt que garant de l’intérêt général et des plus défavorisés.

Les manifestations actuelles sont le symptôme d’une crise du lien social caractérisée causée par l’affaiblissement des institutions de socialisation (famille, école, partis, syndicats), la persistance d’un chômage structurel et massif, la précarisation et l’appauvrissement de la jeunesse, le déclassement de la classe moyenne rattrapée par le coût de la vie, notamment celui de l’alimentation, du logement, de l’énergie et des transports.

Ainsi, les mobilisations et revendications sont nourries par le creusement des inégalités sociales et le sentiment d’injustice. Une partie de la population a le sentiment que les sacrifices demandés ne sont pas répartis équitablement. Les personnes qui disposent de revenus confortables peuvent mieux absorber les hausses de prix, tandis que les ménages modestes doivent parfois renoncer à certains soins, aux loisirs ou même à des achats indispensables. Ce sentiment d’injustice peut provoquer de la colère et affaiblir la solidarité entre les différentes catégories de la société.

La République française est sclérosée par des mécanismes de reproduction sociale et de discrimination pour la réussite scolaire, l’accès à un logement ou à un emploi. Statistiquement, les musulmans sont les plus discriminés. Les descendants de migrants du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ont plus de risques de n’obtenir aucun diplôme du secondaire ; les immigrés en provenance de ces régions sont aussi plus souvent au chômage. Ce sont d’ailleurs ces mêmes groupes sociaux qui se sentent le plus victimes de discriminations dans le milieu professionnel. Le déficit d’insertion sociale qui nourrit le cloisonnement spatial de minorités condamnées à vivre entre elles, dans des espaces clos communautarisés. Cette situation reflète l’une des réalités du « ghetto français ».

Cette fracture sociale nourrit la crise démocratique. Les dirigeants sont accusés d’incompétence, d’impuissance, d’immoralité et de non-représentativité. La question de la démocratie occupe ainsi une place importante dans cette crise. Certains citoyens estiment que leur voix n’est pas suffisamment entendue au terme de chaque élection. Cette situation encourage les citoyens à utiliser d’autres moyens d’expression, comme les grèves, les rassemblements et les manifestations. La rue devient alors un espace où les revendications peuvent être exprimées collectivement.

Les jeunes jouent un rôle particulier dans cette contestation. Les mobilisations lycéennes et étudiantes témoignent de leurs inquiétudes concernant leurs conditions d’études, le manque de moyens dans certains établissements et leurs perspectives d’avenir. Beaucoup redoutent de rencontrer des difficultés pour trouver un emploi stable, se loger ou accéder à une vie autonome. Leur participation montre que la crise ne concerne pas uniquement les générations déjà confrontées aux difficultés du travail et du pouvoir d’achat, mais aussi celles qui s’interrogent sur leur avenir.

Les manifestations du 17 octobre révèlent ainsi l’interdépendance des crises politique, économique et sociale. Les difficultés matérielles alimentent la colère, les inégalités renforcent le sentiment d’injustice et l’instabilité politique complique la recherche de réponses acceptées par une majorité de citoyens. D’autant que l’Elysée semble réduire la situation à une question de maintien de l’ordre. La lucidité devrait l’amener à regarder en face le bilan de son action depuis près d’une décennie.

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Est-ce le début de la fin ?

Le journal télévisé du samedi 17 octobre 2026 était égal à lui-même : banal, médiocre et sans intérêt. Il n’a pas jugé utile d’informer les Tunisiens de la manifestation qui a eu lieu quelques heures auparavant, presque sous ses fenêtres. Tant pis, les Tunisiens sont convaincus que la télévision du secteur public n’informait plus et était...

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TRIBUNE – Assurance-crédit export dans le PLF 2027 : de la subvention financière à l’ingénierie d’exécution africaine

Le Projet de loi de finances 2027 introduit une mesure ciblée et bienvenue : la prise en charge par l’État de 50% des primes d’assurance-crédit pour les exportations destinées aux marchés africains. Dans un contexte où le risque d’impayé et la volatilité financière constituent le principal frein pour les PME tunisiennes, ce geste incitatif envoie un signal politique clair en faveur de l’ancrage continental. Reste une question que les commentateurs n’ont pas encore posée : peut-on construire une politique d’exportation sur une subvention de prime sans traiter les blocages qui rendent cette prime souvent inutilisable ?

 

Subventionner 50% de la prime d’assurance suppose que le risque soit d’abord assurable. Or, sur de nombreux marchés d’Afrique subsaharienne, le blocage majeur rencontré par les organismes d’assurance-crédit, dont la COTUNACE, réside dans le manque d’information financière fiable, d’historique de solvabilité et de données certifiées sur les acheteurs continentaux.

Sans une infrastructure numérique de renseignement commercial et une gouvernance de la donnée transfrontalière, la couverture d’assurance reste plafonnée ou refusée, rendant l’avantage fiscal inopérant. Une PME tunisienne qui veut exporter vers Abidjan ou Dakar ne bute pas d’abord sur le coût de la prime, elle bute sur l’impossibilité d’obtenir une couverture faute d’informations vérifiables sur son acheteur. Réduire le coût d’une prime qu’on ne peut pas émettre ne résout rien.

L’urgence ne réside donc pas seulement dans l’aide budgétaire, mais dans la création d’écosystèmes d’intelligence économique capables d’évaluer le risque réel à la source, en partenariat avec les chambres de commerce africaines, les institutions financières continentales et les plateformes de données commerciales émergentes sur le continent.

 

Du mécanisme budgétaire à l’interopérabilité des chaînes opérationnelles

Comme nous l’avons documenté dans nos tribunes précédentes sur la ZLECAf, les BRICS et le MACF, la compétitivité d’un exportateur se joue dans la continuité de la chaîne opérationnelle, pas dans un seul maillon. L’allègement de la prime d’assurance doit s’insérer dans un triptyque fluide que la mesure actuelle ne couvre pas.

La fluidité administrative et monétaire est le premier maillon. Un mécanisme numérique et automatique d’imputation de la prise en charge est indispensable pour éviter que l’entreprise n’avance les fonds ou ne subisse des retards de remboursement qui asphyxient sa trésorerie. Si la PME doit avancer l’intégralité de la prime puis attendre plusieurs mois pour récupérer 50%, le dispositif perd l’essentiel de son utilité opérationnelle.

L’interopérabilité des systèmes de paiement est le deuxième maillon. Sécuriser la couverture d’assurance est stérile si le règlement bancaire transfrontalier bloque faute de canaux financiers directs ou de correspondants bancaires adaptés entre Tunis et les capitales africaines. Nos banques publiques ne disposent pas encore d’architectures de paiement qui permettent des transactions fluides et traçables avec les principales places financières africaines.

La fluidité logistique est le troisième maillon. Le coût de la prime n’est qu’une fraction des coûts globaux d’accès au marché. Sans fluidité aux postes frontaliers et sans lignes logistiques régulières, les délais d’acheminement annulent le bénéfice de l’incitation financière. L’exportateur tunisien qui a obtenu sa couverture et sécurisé son paiement reste bloqué si sa marchandise met trois semaines à franchir une frontière terrestre.

 

Trois priorités pour transformer la mesure en levier structurant

Pour que la disposition du PLF 2027 devienne un véritable accélérateur de valeur, trois priorités s’imposent. La première est de concentrer l’effort sur des corridors et filières prioritaires. Plutôt que de disperser l’avantage budgétaire de manière uniforme, il convient de l’adosser aux accords-cadres de la ZLECAf et aux secteurs où la Tunisie dispose d’un avantage comparatif immédiat, agroalimentaire, pharmacie, ingénierie, composants électriques et services numériques. Une politique d’exportation qui traite tous les marchés et tous les produits de manière identique ne construit pas de positions durables.

La deuxième est d’adosser l’assurance-crédit aux outils de finance numérique. Relier les mécanismes de garantie aux nouvelles architectures de paiement régionales et aux plateformes de numérisation du commerce continental permettrait de réduire les coûts d’intermédiation et d’accélérer les cycles de règlement, transformant la couverture d’assurance en accélérateur de trésorerie plutôt qu’en charge administrative.

La troisième est de passer du contrôle a priori à la mesure d’impact réel. L’efficacité de cette mesure ne devrait pas s’évaluer au volume de primes subventionnées – elle devrait se mesurer au volume de nouveaux marchés conquis, au taux de pénétration des PME tunisiennes en Afrique et à la valeur ajoutée effectivement rapatriée. Ces indicateurs existent. Ils ne sont pas encore au cœur du dispositif de suivi.

 

La géographie et la budgétisation ne créent pas de flux commerciaux

L’initiative prise dans le cadre du PLF 2027 témoigne d’une volonté politique réelle de soutenir l’exportation vers le continent. Mais la géographie et les subventions d’État ne créent pas à elles seules des flux commerciaux pérennes, elles créent des conditions favorables que l’ingénierie d’exécution doit transformer en réalités économiques mesurables.

La Tunisie a signé la ZLECAf. Elle a annoncé son ambition africaine dans le Plan 2026-2030. Elle introduit maintenant un mécanisme d’incitation dans son PLF 2027. Ces trois étapes sont cohérentes. Ce qui leur manque encore, c’est l’architecture opérationnelle qui les relie, données sur le risque, interopérabilité bancaire, fluidité logistique, indicateurs d’impact.

Une subvention sans infrastructure de données est une intention sans instrument. Et une politique d’exportation sans mesure d’impact est un budget sans résultat.

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Nostalgies : Comme si un peu de la Valette reposait à Tunis

J’ai vocation à retenir et garder telles quelles des traces ténues et tenaces. Car elles me fondent face à l’oubli et me ramènent toujours à celui que je fus dans le fuyant du temps.

Parfois, de simples patronymes  pourtant irrigués de significations peuvent conjurer l’effacement.

D’autres fois, ce sont des noms de magasins, ceux de grands professionnels de la presse,de la médecine ou du barreau, ou encore ceux de minuscules commerçants de proximité, des enseignes de bars et cafés qui eurent leur heure.

Tenter une énumération. Dire pêle-mêle ce qui revient : Sitruk,  Baranès, Kalfon, Galula, Sitbon. Alors réaliser que seulement cinq noms pourraient être les têtes de liste d’un inventaire inépuisable.

Cesser d’écrire. Méditer, chercher au fond de soi, aller vers celles et ceux qui comme des fantômes angéliques, nous habitent fussent-ils outre-tombe, fussions-nous à tire d’âme. Se taire. Laisser remonter le souvenir dans sa complexité.

Quand j’arpente le cimetière du Borgel, entre les tombes souvent délaissées, je ne peux m’empêcher d’être aspiré par le souvenir du registre d’appel de ma classe où beaucoup des noms inscrits sur les stèles figuraient.

Ces sépultures de personnes que je ne connais pas mais dont les noms me sont familiers me renvoient aussi aux enseignes de nos rues lorsque les noms de fantaisie jouxtaient les raisons sociales.

Sur des vitrines, je pouvais lire Borg, Schembri ou Sammut et sur les tombes, gravés dans le marbre, je relis les mêmes noms.

Ces fulgurances, je les ai ressenties pour la première fois en remontant l’avenue principale de La Valette. Toutes les enseignes que mon regard croisait portaient des noms familiers, ceux d’amis ou de relations : Mangani, Farrugia, Azzopardi, Grech, Cauchi, Tabone.

Puis, un jour, sur l’allée centrale du cimetière chrétien de Tunis, la même sensation troublante s’est imposée à moi. Les mêmes noms, comme si j’étais à la Valette. Ou encore comme si un peu de la Valette reposait à Tunis.

On écrit toujours contre la mort et ces tombes si nombreuses sont non pas des monuments en exil mais des repères inlassables pour ceux de la diaspora qui reviendront un jour.

Ces ancêtres devenus poussière nous fixent dans l’humus et où que nous soyons,  ils nous interpellent et nous rappellent à un sol aussi absolu que celui des poètes : mon sol natal, celui dont je m’exhume.

Toutes ces traces me fascinent. Qu’elles remontent au cours d’une conversation ou qu’elles reviennent à petits pas dans l’intimité d’un cimetière. Ces échos parfois lointains me remuent car je les assume et plus précisément, je voudrais m’emparer de leur continuité, les établir dans une présence diffuse mais bien réelle.

Ceci, je voudrais le dire et le revendiquer. Je suis un chercheur de traces dans la fuite du temps. Chaque éclat, chaque tesselle, chaque bribe sont mon horizon à rebours et le socle de mon regain.

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Boire coûte cher, partir aussi

Épisode 1 — Ma Celtia, cette généreuse contribuable Je suis une femme simple. Je travaille, je paie mes factures et, de temps en temps, je m’accorde une Celtia bien fraîche, un verre de Chardonnay au dîner ou un petit Baileys pour oublier les contrariétés de la journée. Je ne demande ni subvention, ni voiture de...

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Midterms : Trump redoute une cinglante défaite … et ce qui l’attend après !

À l’approche des élections de mi-mandat, une déroute républicaine se précise. Pour le président américain, perdre le Congrès ne serait pas seulement un revers politique mais le spectre d’une offensive démocrate contre ses affaires, son entourage et, potentiellement, son propre maintien à la tête du pays. 

 

Pourquoi Donald Trump redoute-t-il autant une potentielle défaite aux élections de mi-mandat, alors même qu’il est courant dans l’histoire américaine que le parti du président en exercice essuie un revers lors de ce scrutin ?

Le 3 novembre, les électeurs américains sont appelés aux urnes pour renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. Or, les sondages dessinent un scénario particulièrement inquiétant pour le camp républicain, les démocrates semblent en bonne position pour réaliser une percée électorale et pourraient reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Pour cela, il leur suffit de gagner trois sièges nets pour obtenir la majorité, et ils semblent bien placés pour y parvenir. Mais la bataille s’annonce plus complexe au Sénat. La carte électorale de cette année ne semblait pourtant pas particulièrement favorable aux démocrates, sauf que la dynamique s’est progressivement inversée ces derniers mois, plaçant plusieurs sénateurs républicains en difficulté dans des États clés.

Gros nuages

Pour Donald Trump, l’enjeu dépasse largement un simple revers électoral. La reconquête de l’une ou des deux chambres du Congrès par les démocrates serait à coup sûr un casus belli. Les deux dernières années de son mandat s’annonceraient alors particulièrement houleuses, marquées par un affrontement permanent avec l’opposition, qui disposerait de nouveaux leviers pour entraver son action et enquêter sur son administration.

Plus inquiétant encore pour le président, cette nouvelle configuration politique pourrait remettre au premier plan ses démêlés judiciaires passés et raviver des menaces qu’il préférerait sans doute voir définitivement enterrées. Et ce d’autant qu’il affiche une impopularité record, avec un taux d’approbation qui plafonne autour de 38 % selon les derniers sondages. Sans oublier que pour le camp républicain, le sort électoral de nombreux candidats au Congrès est désormais étroitement lié à celui de Trump, dont la présence risque autant de mobiliser sa base que de repousser les électeurs indécis.

Au cœur de ce mécontentement, la hausse persistante du coût de la vie et une guerre contre l’Iran qui s’enlise sans perspective claire de sortie. Si les démocrates reprenaient le contrôle des deux chambres du Congrès, Donald Trump verrait ses marges de manœuvre considérablement réduites. Il lui serait bien plus difficile de faire adopter de nouvelles lois et de conduire sa politique, notamment militaire, avec le soutien quasi automatique des élus républicains. Sur le dossier iranien, le président pourrait ainsi se heurter à un Congrès moins disposé à lui accorder un blanc-seing.

Epée de Damoclès

Mais c’est surtout la perspective d’une nouvelle procédure de destitution qui plane sur Donald Trump comme une véritable épée de Damoclès, dans l’éventualité où les démocrates reprendraient le contrôle des deux chambres du Congrès. « Il s’est lancé corps et âme, à corps perdu dans cette campagne, à coups de millions et de millions de dollars. Parce qu’effectivement, c’est ça qu’il redoute. Il a vu ce qui s’était passé lors de son premier mandat, quand il a perdu en partie ses midterms », résume un observateur politique.

« Un clan mafieux »

Une illustration concrète de cette menace ? Selon le Financial Times, dans un article publié mercredi 14 octobre, le député démocrate Robert Garcia, pressenti pour prendre la tête de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, entend passer au crible les activités financières de la famille Trump si les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre. Dans son viseur figurent notamment les soupçons de conflits d’intérêts impliquant Donald Trump Jr., ainsi que plusieurs entreprises soutenues par son fonds d’investissement, 1789 Capital, qui auraient bénéficié de financements ou de contrats militaires.

Les investigations pourraient également s’étendre à Jared Kushner (le gendre du président), à Steve Witkoff (son conseiller spécial), et à Howard Lutnick (le secrétaire au Commerce). Autre cible potentielle : les revenus tirés des cryptomonnaies, qui auraient rapporté au moins un milliard de dollars à la famille Trump en 2025.

Les investigations pourraient également concerner Elon Musk et son rôle à la tête du DOGE, chargé de réduire les dépenses fédérales. Robert Garcia souhaite aussi examiner les pratiques de la police de l’immigration (ICE), le financement de la nouvelle salle de bal de la Maison-Blanche et les relations entre l’administration Trump et plusieurs multinationales américaines. L’affaire Epstein resterait également au programme des travaux parlementaires.

Enfin, ces investigations pourraient raviver la menace d’une nouvelle procédure de destitution contre Donald Trump. Une option qui ne fait toutefois pas l’unanimité chez les démocrates, certains élus préfèrent concentrer leurs efforts sur les préoccupations quotidiennes des Américains, notamment la hausse du coût de la vie et la défense du pouvoir d’achat, plutôt que de faire de la destitution leur principal cheval de bataille.

Autant de dossiers susceptibles de placer le président et son entourage sous une pression politique et médiatique accrue si les démocrates reprenaient les commandes de la Chambre.

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Snapshot : C’est tendance, le poisson de l’étal au grill du marché !

Que ce soit à Bizerte, Kélibia, La Goulette ou Djerba, la dégustation de poisson frais associe de plus en plus le marché et le grill du coin.

Comme l’indique, cette pancarte, il suffit d’aller acheter le poisson à l’étalage et se rendre au grill le plus proche pour savourer la marée du jour à prix doux.

C’est une bonne recette anti-crise car elle offre à tous un accès à prix raisonnable au meilleur du poisson. Ce qui explique que ce mode de consommation est plus que jamais tendance !

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Rétro Photo : Un anniversaire d’un siècle et dix-huit ans, ça se fête !

Notre photo représente l’Omnia Pathé, la première salle de cinéma à avoir ouvert ses portes en Tunisie.

L’inauguration de ce cinéma qui se trouve à la rue Amilcar et a gardé de beaux restes, a eu lieu le 16 octobre 1908. Ce qui donne une profondeur historique de 118 ans à ce lieu de mémoire.

Un tel anniversaire se doit d’être célébré et, dans cet esprit, il est bienvenu à la veille des Journées cinématographiques de Carthage de réveiller la longue mémoire du cinéma en Tunisie.

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