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La rue a parlé, le pouvoir n’a toujours rien compris

Des milliers de personnes ont défilé samedi 17 octobre à Tunis. Cela faisait longtemps qu’un vent de liberté aussi fort n’avait pas soufflé sur le pays. Les slogans emblématiques de la contestation populaire ont été repris à pleins poumons par une foule chauffée à blanc. « On nous a affamés, puis jetés en prison. » Il n’en...

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Quand Trump exploite le chaos français pour nourrir son obsession anti-immigration

À l’approche des élections de mi-mandat, Trump et son vice-président instrumentalisent les violences en France pour alimenter leur discours anti-immigration. Au risque d’occulter les causes sociales et économiques de la crise.

 

Avec son cortège de magasins pillés, de vitrines éventrées et de scènes de désolation, la journée du 17 octobre 2026 a donné à Paris et à plusieurs grandes villes françaises des allures de champ de bataille, comme si manifestants et forces de l’ordre s’étaient livrés à une véritable bataille rangée. Des images de chaos qui resteront gravées dans la mémoire de nombreux Français, mais qui ont également frappé les esprits à l’étranger.

Lecture idéologique

Aux États-Unis, Donald Trump n’a pas tardé à chausser ses lunettes idéologiques pour interpréter ces scènes de chaos à sa façon.

« La France brûle ! », a-t-il écrit lundi 19 octobre sur son réseau Truth Social, en dénonçant les violences survenues dans plusieurs villes françaises. « L’immigration de personnes issues d’un monde totalement différent, des personnes animées par la haine, a détruit ce pays autrefois si grand », a-t-il affirmé. « Fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il exhorté aux autorités françaises. « Ce qui se passe en France est lié à l’immigration, pas aux écoles ni à quoi que ce soit d’autre : c’est l’immigration », a-t-il encore écrit, rejetant ainsi les explications liées aux difficultés du système éducatif et aux revendications sociales.

Et d’avertir sans vergogne que « Paris sera bientôt une ville musulmane », établissant un lien entre immigration, islam et transformations démographiques.

Au-delà de ce constat alarmiste, le président américain en a profité pour attaquer la politique migratoire française, qu’il présente comme l’une des principales causes de ces violences. Il incrimine notamment une immigration venue d’« un monde totalement différent », dans une allusion à peine voilée aux jeunes des banlieues issus de l’immigration maghrébine.

Plus grave encore, Donald Trump reprend à son compte une théorie complotiste et raciste selon laquelle une élite chercherait délibérément à remplacer les populations occidentales blanches par des populations non européennes, majoritairement musulmanes.

Pourtant, il faut bien signaler que rien ne permet d’établir un lien entre ces violences et l’immigration. Les autorités françaises pointent plutôt du doigt des groupes d’ultragauche, des bandes de casseurs et de pilleurs, ainsi que des « factieux », pour reprendre le terme employé par Emmanuel Macron. Autrement dit, les faits incriminés relèvent avant tout de troubles à l’ordre public, et non d’un problème migratoire.

Discours électoraliste

Même son de cloche de la part du  vice-président J.D. Vance, qui a d’ailleurs bondi sur l’actualité française pour tenter un retour sur le devant de la scène médiatique. En effet, le conservateur de 42 ans sait que les élections de mi-mandat risquent de coûter cher aux républicains, et il ne s’est pas fait beaucoup entendre au sujet de la guerre en Iran ou de celle en Ukraine.  Or, en partageant les images de la mairie de Limoges et en accusant « les progressistes occidentaux » d’avoir « importé le tiers-monde au nom de la diversité », il a surtout cherché à présenter les émeutes françaises comme un avant-goût de ce qui attendrait les États-Unis si les démocrates revenaient au pouvoir. Ces derniers sont régulièrement accusés par le camp républicain de faire preuve de laxisme en matière d’immigration.

« J.D. Vance, avance William Genieys qui rédige une biographie du vice-président américain, s’est toujours présenté comme le porte-parole de la classe ouvrière blanche qui serait menacée de “déclassement“ ». Et d’ajouter : « D’ailleurs, lors de son fameux discours à Munich en février 2025, il s’était déjà permis de critiquer les gouvernements européens, responsables à ses yeux de laxisme envers l’immigration qui menacerait le mode de vie des blancs-chrétiens. Les récents commentaires du vice-président américain sont dans la droite ligne idéologique de ce discours qui avait fait couler beaucoup d’encre en Europe », a-t-il conclu.

Pour sa part, Elon Musk n’a pas laissé passer l’occasion de s’emparer des violences françaises pour alimenter son discours anti-immigration. Le patron de Tesla et de SpaceX  s’était déjà exprimé le 6 octobre au début du mouvement lycéen, assurant que cette colère n’avait rien à voir… avec les lycéens, mais tout avec « une lente invasion ».

Sur X, le milliardaire a relayé des images spectaculaires des pillages et des incendies, notamment celles des mairies de Limoges et de Marseille, en donnant aux événements une interprétation centrée sur l’immigration et l’insécurité. Une lecture qui rejoint celle de Donald Trump, au risque de réduire une crise complexe à une explication essentiellement migratoire.

Instrumentalisation

Comment expliquer l’intérêt soudain des deux têtes de l’exécutif américain – tous les deux malmenés dans les sondages – pour la crise française qu’ils brandissent comme une nouvelle illustration du prétendu déclin européen provoqué par l’immigration ? Par le calendrier qui leur offre une occasion inespérée : à deux semaines des élections américaines de mi-mandat, les violences en France deviennent une arme politique de plus pour justifier leur discours de fermeté migratoire.

Au final, la crise française est utilisée comme une mise en garde. Entre les lignes, Donald Trump et J.D. Vance assurent que si les électeurs ne votent pas pour des candidats prônant une fermeté absolue à l’égard des immigrés, ce qui se passe en France va arriver aux États-Unis. Et peu importe que cette lecture occulte les ressorts profonds de la crise française, à savoir le ras-le-bol d’une jeunesse frustrée et inquiète pour son avenir, la flambée du coût de la vie ou encore le rejet des mesures d’austérité envisagées par le gouvernement. Au risque de détourner le débat des causes sociales et politiques de la colère pour le ramener à leur obsession migratoire.

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Nostalgies : Les terrasses de nos enfances

Il pleut et il continue à faire chaud. Le ciel s’est obscurci, les nuages lourds et la pluie drue. Je m’abrite sous un porche alors que la pluie redouble d’intensité. Je suis durablement coincé sous mon porche car maintenant, il pleut des cordes alors que ruisseaux et gouttières débordent en mares et en cascades. Pas question de quitter mon abri à moins de subir ce qui est en train de devenir une tempête. Des grêlons commencent à tomber et me disent soudain comment une brève bourrasque peut devenir une madeleine de Proust.

Je retrouve une photo de la fin des années soixante. Je suis avec mon ami Robert, sur la terrasse de sa maison, rue de l’Hiver, à Bab Djedid. Ce jour-là, la grêle était tombée comme de la neige et nous avions joué à la ramasser à la pelle.

Crédit : Hatem Bourial

Cette photographie a réveillé un volcan de sensations. La terrasse au carrelage rouge était aussi bien notre terrain de jeux que notre observatoire. Agiles comme des chats, nous aimions escalader tout ce qui pouvait l’être et avions notre repaire dans une buanderie, entre les objets remisés et les bassines qui servaient à laver le linge. Là-haut, nous admirions les couleurs changeantes des terrasses voisines où séchaient le couscous, les tomates ou la laine des matelas.

De ce sémaphore impromptu, nous plongions nos regards dans les cours des immeubles et les terrains vagues qui nous entouraient. Cette terrasse était notre coin de paradis et il suffisait de quelques marches à gravir pour nous y retrouver, aériens et libres, dans un éden de pacotille mais retranchés dans nos rêves. Comme quoi si le battement d’aile d’un papillon peut provoquer une tempête lointaine, l’association d’un grêlon et d’une photo peut elle, faire jaillir la lave du souvenir.

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Bassem Loukil, un patron de plus en prison

Mercredi 14 octobre, à la veille d’un jour férié, l’homme d’affaires Bassem Loukil a été placé en détention sur décision du juge d’instruction du pôle judiciaire économique et financier. Il est poursuivi notamment pour blanchiment d’argent, infractions à la réglementation des changes et corruption. L’information est passée presque inaperçue. Quelques articles dans la presse, peu de...

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TRIBUNE – Sociétés communautaires : du financement public à la viabilité économique territoriale

Le Projet de loi de finances pour 2027 (PLF 2027), déposé à l’Assemblée des représentants du peuple le 14 octobre 2026 et transmis à la Commission des finances et du budget le 16, prévoit un renforcement du soutien financier aux sociétés communautaires. Ses articles 20 et 21 proposent respectivement une dotation supplémentaire de 35 millions de dinars au profit de leur ligne de financement et la création d’une nouvelle ligne de 5 millions de dinars destinée à soutenir l’autofinancement de leurs promoteurs. Cette dernière prévoit des prêts sans intérêts et sans exigence de garanties pour l’année 2027. Le projet propose également de prolonger le dispositif concerné jusqu’au 31 décembre 2028.

 

À la date du 18 octobre 2026, ces dispositions relatives aux sociétés communautaires demeurent celles d’un projet de loi en cours d’examen parlementaire. Au-delà de l’effort budgétaire annoncé, une question fondamentale mérite d’être posée : faciliter l’accès au financement suffit-il à assurer la viabilité des projets et leur contribution durable au développement régional ?

L’expérience économique montre que l’allègement des contraintes financières initiales ne garantit ni la rentabilité opérationnelle ni la pérennité d’une entreprise. Entre la disponibilité du crédit et la création effective de valeur, toute une chaîne de conditions économiques, techniques et commerciales doit être maîtrisée.

 

Le financement sans garantie n’efface pas le risque économique

La première clarification concerne la nature même du risque. L’absence de garanties classiques ou de charges d’intérêts peut alléger les contraintes qui pèsent sur les promoteurs. Elle ne supprime cependant ni les coûts d’exploitation, ni les besoins de trésorerie, ni les dépenses de maintenance, ni l’obligation de rembourser le capital emprunté selon les conditions convenues. Un projet qui ne génère pas des revenus suffisants pour couvrir ses charges et financer son développement demeure économiquement fragile, quelles que soient les conditions de son financement initial.

Le risque serait donc de confondre l’accès au crédit avec la réussite entrepreneuriale, ou de mesurer l’efficacité du dispositif au seul nombre de sociétés créées. Une telle approche privilégierait la performance administrative du guichet au détriment de la performance économique des projets. La société communautaire ne peut se limiter à un instrument de soutien social ou à un mécanisme temporaire de résorption du chômage. Sa vocation économique suppose une activité productive réelle, une organisation capable de maîtriser ses coûts et une offre répondant à des besoins identifiés. L’enjeu n’est pas uniquement de mobiliser des ressources publiques, mais de les convertir en capacités productives durables, en revenus locaux et en emplois pérennes.

 

De l’initiative locale à l’intégration dans les chaînes de valeur

La viabilité d’une société communautaire dépend d’abord de son insertion dans une économie réelle. Un projet ne peut être conçu indépendamment de son environnement territorial, des ressources disponibles, des concurrents et des débouchés commerciaux. Les filières de valorisation agricole, de transformation agroalimentaire, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets, de l’artisanat à valeur ajoutée ou des services logistiques de proximité peuvent offrir des perspectives intéressantes. Leur potentiel ne doit toutefois pas être présumé : il doit être établi à partir d’études de marché, de données territoriales et d’une appréciation réaliste de la demande solvable.

La question déterminante n’est donc pas seulement ce qu’une société communautaire souhaite produire, mais ce qu’elle peut vendre, à quel prix, à quels clients et dans quelles conditions de rentabilité. Cette exigence conduit à privilégier les projets qui s’insèrent dans des chaînes de valeur existantes ou qui répondent à des besoins insuffisamment couverts. Elle invite également à rechercher des complémentarités avec les entreprises privées, les exploitations agricoles, les structures coopératives et les opérateurs publics, plutôt qu’à multiplier des initiatives isolées. Le développement territorial gagne en efficacité lorsque les projets s’articulent avec une stratégie économique locale cohérente.

 

Du financement à l’accompagnement : une chaîne de responsabilité

Le deuxième impératif est celui de l’ingénierie de projet. L’adhésion collective et la motivation des promoteurs constituent des atouts, mais elles ne remplacent ni les compétences techniques ni la maîtrise de gestion. L’octroi de financements à des conditions préférentielles doit s’accompagner d’une évaluation rigoureuse des projets : étude de marché, prévisions de trésorerie, calcul des coûts de revient, identification des risques, choix des équipements et définition des responsabilités de gestion.

Les structures d’accompagnement doivent dépasser une logique essentiellement administrative d’instruction des dossiers. Leur intervention doit contribuer à préparer les projets, à renforcer les capacités des équipes dirigeantes et à suivre les premières étapes de l’exploitation.

Cette démarche implique une répartition claire des responsabilités. Les promoteurs doivent assumer la gestion quotidienne et la transparence financière. Les structures d’appui doivent fournir un accompagnement technique adapté. Les organismes chargés du financement doivent évaluer les risques selon des critères explicites et suivre l’utilisation des fonds. Enfin, les autorités publiques doivent apprécier les résultats obtenus au regard des objectifs économiques et territoriaux poursuivis. L’accompagnement ne doit pas devenir une tutelle permanente. Il doit permettre aux sociétés communautaires d’acquérir progressivement l’autonomie nécessaire à leur fonctionnement dans des conditions économiques normales.

 

Produire ne suffit pas : il faut accéder aux marchés

Le troisième impératif concerne les débouchés. Une société peut disposer d’un financement, d’équipements et de compétences sans parvenir à commercialiser sa production. L’absence de clients réguliers, les délais de paiement, les coûts logistiques ou l’insuffisance des circuits de distribution peuvent rapidement compromettre son équilibre financier. La viabilité suppose donc de construire, dès la conception du projet, une stratégie commerciale crédible. Celle-ci peut reposer sur des contrats avec des acheteurs identifiés, l’intégration dans des circuits de distribution régionaux, des partenariats avec des entreprises établies ou la fourniture de biens et de services à des opérateurs publics et privés.

L’accès à la commande publique peut également constituer une perspective, dans le respect des règles applicables, de la concurrence et de la transparence. Il ne saurait toutefois se substituer à une véritable capacité commerciale ni garantir artificiellement la survie de projets insuffisamment compétitifs. La cohérence entre financement, accompagnement et accès aux marchés constitue ainsi une condition essentielle de réussite. Si l’une de ces composantes fait défaut, les ressources mobilisées risquent de produire des résultats inférieurs aux ambitions affichées.

 

Mesurer la performance par la valeur créée

La politique de soutien aux sociétés communautaires doit enfin s’appuyer sur des indicateurs permettant d’apprécier les résultats au-delà du volume des financements accordés et du nombre de structures enregistrées. Quatre dimensions méritent une attention particulière : le taux de survie des sociétés à trois et cinq ans, le taux de remboursement effectif des prêts, le coût public par emploi durable créé et la valeur ajoutée générée dans les territoires concernés.

Ces indicateurs doivent être complétés par le suivi du chiffre d’affaires, de la productivité, de la régularité des revenus, de la part des emplois maintenus après la phase initiale de soutien et de la capacité des entreprises à financer leurs besoins courants. Un tel dispositif permettrait de distinguer les projets qui progressent vers l’autonomie économique de ceux qui nécessitent une restructuration, une réorientation ou un accompagnement supplémentaire.

Il suppose également de prévoir des mécanismes de suivi transparents, des évaluations périodiques et une publication régulière des résultats agrégés. La qualité de la dépense publique se mesure autant à la pertinence de son allocation qu’à l’impact effectivement obtenu.

 

Faire de l’ambition locale une capacité productive durable

Les dispositions financières proposées dans le PLF 2027 peuvent contribuer à lever des obstacles importants à la création et au développement des sociétés communautaires. Leur portée dépendra toutefois de la capacité des acteurs concernés à transformer ces ressources en activités économiquement viables. Le succès ne se jouera pas au seul moment de l’attribution des crédits. Il se construira dans la qualité des projets sélectionnés, la compétence des équipes, la maîtrise des charges, l’accès aux marchés et la capacité à générer des revenus suffisants pour assurer la continuité de l’exploitation.

La souveraineté économique territoriale ne se décrète pas par la seule disponibilité du financement. Elle se construit par une ingénierie d’exécution qui relie les ressources publiques aux besoins du marché, les initiatives locales aux chaînes de valeur et les objectifs sociaux aux résultats économiques mesurables.

La réussite d’une société communautaire ne se mesure pas à sa création, mais à sa capacité à créer durablement de la valeur pour son territoire.

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La guerre du Yémen et le retournement de l’histoire

A l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes à l’académie militaire le samedi 17 octobre, le président égyptien Abdelfattah Sissi a évoqué deux sujets importants. Le premier, sous forme de clarification, consiste à lever toute incertitude sur la durée de sa présidence. « Ma présidence du pays, si Dieu me prête vie, se terminera en 2030. Je tiens à préciser que la question ne se posera plus. » Le second sujet concerne la guerre qui fait rage au Yémen et la possibilité pour l’Egypte de s’engager militairement dans « la défense de l’Arabie saoudite, si les dirigeants saoudiens le demandent. »

Avant même que Ryadh ne demande cette aide, le président Sissi appela donc le parlement à se réunir en cession extraordinaire pour donner « l’autorisation » à l’Exécutif égyptien d’envoyer éventuellement des troupes en Arabie saoudite contre le Yémen, si celle-ci en exprime le désir.

Il faut dire que le président égyptien, en prenant une décision d’une telle importance, a en tête avant tout les intérêts vitaux de l’Egypte. Tout d’abord, il y a un million et demi d’Egyptiens expatriés en Arabie saoudite. Une déstabilisation de ce pays se répercuterait forcément socialement et financièrement sur une l’économie égyptienne.

A cela s’ajoutent les investissements saoudiens en Egypte qui s’élèvent à 37 milliards de dollars, une manne précieuse pour l’économie du pays. Deux raisons vitales qui expliquent la détermination des autorités égyptiennes de voler au secours du royaume.

Mais il y a un autre élément plus important encore qui explique le souci de l’Egypte de contribuer à la défaite des ‘’Houthis’’ qui dominent le passage maritime vital de ‘’Bab el Mendeb’’, reliant la mer Rouge à l’Océan indien.

Pourquoi ‘’Bab el Mendeb’’ est si important pour l’économie égyptienne ? Tout le trafic maritime venant d’Asie en direction de l’Europe passe par ce détroit, traverse la mer Rouge et s’engage dans le Canal de Suez en direction de la Méditerranée. Un éventuel blocage de ‘’Bab el Mendeb’’ se traduirait donc par d’immenses pertes financières en devises pour l’Egypte. Autant d’éléments qui expliquent l’inquiétude des autorités égyptiennes face au risque de déstabilisation régionale et leur décision d’intervenir en soutien à l’un des belligérants.

Deux questions se posent ici. La première est que l’Arabie saoudite est déjà liée par un Pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et la Turquie. L’Egypte a-t-elle plus de moyens à mettre à la disposition de l’Arabie saoudite que les deux puissances régionales susmentionnées, dont l’une est détentrice de l’arme nucléaire ?

La deuxième question a trait à l’histoire. L’armée égyptienne a-t-elle dépassé le traumatisme qu’elle a subi au Yémen dans les années 60 du siècle dernier ? Rappelons qu’en 1962, le président Jamal Abdennacer envoya 70 000 soldats au Yémen pour soutenir le coup d’état perpétré alors contre la royauté yéménite dirigée par l’imam Yahya que soutenait militairement et financièrement l’Arabie saoudite.

Entre 25 000 et 30 000 soldats ont péri dans ce conflit qui a affaibli fortement l’armée égyptienne. Des commentateurs, à l’instar du Libanais Fawwaz Gerges, estiment que l’intervention désastreuse au Yémen était l’une des causes de la défaite de l’Egypte face à Israël dans la guerre de juin 1967.

Retournement de l’histoire, 64 ans après, l’armée égyptienne s’apprêterait à intervenir dans un conflit impliquant le Yémen, mais cette fois, non pas contre, mais à côté de l’Arabie saoudite…

En attendant la réponse du parlement égyptien (qui a demandé plus de temps) à la demande du président Sissi, une ultime question se pose ici. Comment se fait-il qu’avec un budget-défense de plus de 80 milliards de dollars par an (5e rang mondial après les USA, la Chine, la Russie et l’Inde), et avec un arsenal des plus sophistiqués acheté aux Etats-Unis à coups de centaines de milliards de dollars, l’Arabie saoudite peine à se défendre par ses propres moyens contre les attaques dévastatrices d’une milice établie dans l’un des pays les plus pauvres du monde ?

Chacun répondra à sa manière à cette question embarrassante. Cela dit, cette guerre, que l’Egypte intervienne ou pas, prend des proportions de plus en plus dangereuses. Pas seulement pour la région, mais pour le monde qui risque de voir à tout moment le détroit de Bab el Mendeb subir le sort du détroit d’Ormuz.

Pourtant la solution est d’une simplicité époustouflante. Il suffit que l’Arabie saoudite lève l’embargo qu’elle impose sur le Yémen et laisse les Yéménites résoudre leurs problèmes.

Rappel important : cette guerre dévastatrice s’est déclenchée le jour où un avion, transportant des personnalités yéménites de retour de l’Iran après avoir assisté aux funérailles du guide Ali Khamenei, s’apprêtait à atterrir au Yémen. L’Arabie saoudite a estimé que cela constituait « une violation de l’embargo » et a bombardé la piste d’atterrissage…

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Nostalgies : Si tu es pressé, prends un détour

Lorsque j’ai des vêtements à repriser, je vais toujours à la rue des Tanneurs, chez un tailleur qui, devant sa machine à coudre, dans un minuscule atelier, rend des services inestimables. De bon matin, alors que ses voisins ne sont pas encore ouverts, je lui apporte un pantalon dont je voudrais prolonger la vie et que je reviendrai chercher dans quelques heures.

La rue des Tanneurs s’éveille à peine. Seul le marchand de beignets s’active et sert des clients qui attendent calmement leur tour et une ftira croustillante. Le plus ancien des bouquinistes de cette rue est lui aussi dans son antre. Alors que je suis à sa hauteur, il est en train de disposer des classiques Larousse sur un étalage. Je ne peux résister à la vue des petits fasicules qui fleurent bon le théâtre de Racine et de Moliére, les tragédies antiques, les petits caprices de Marianne, les noces trépidantes de Figaro ou les odieuses fourberies de Scapin. Je m’empare de quatre fasicules et demande au bouquiniste de m’en garder un cinquième que je viendrai récupérer en même temps que le pantalon.

Heureux de ma prise matinale, je me dirige vers l’Avenue, non sans avoir caressé du regard la façade de l’immeuble où a longtemps vécu l’école de danse Tramoni & Caparros. Je m’arrête ensuite quelques instants devant le restaurant l’Orient dont l’enseigne ayant perdu son apostrophe, annonce désormais une ville de Bretagne. C’est dans les cuisines de ce restaurant que travaillait le père de Habib Hentati que j’avais croisé la veille. Cuisinier à l’ancienne, ce dernier faisait lui-même son marché et pouvait rien qu’en jaugeant le contenu des couffins, deviner si la journée serait fructueuse.

Avec son associé de la famille Fendri, le chef Hentati avait fait de l’Orient une table appréciée, aux spécialités très recherchées. Avec le Bagdad et le Malouf, l’Orient était le porte-drapeau de la cuisine tunisienne au centre-ville et si on y dégustait une excellente sole farcie, on y sacrifiait surtout à la salade de poulpe et l’agneau servi dans une gargoulette. Dans le temps, le célèbre Nanou était le voisin de l’Orient et servait ses plats tunisiens et son inimitable casse-croûte au thon juste à côté, drainant une clientèle inépuisable. Aujourd’hui, Nanou n’est plus là depuis longtemps et l’Orient se maintient vaille que vaille dans un Tunis en perte de repères gourmands.

Ces quelques pas matinaux dans une ville encore déserte ont convoqué le souvenir de plusieurs enseignes des rues que je viens de parcourir. Je préfère les noter pour mémoire, afin d’y revenir plus tard. À la rue des Tanneurs, les gâteaux secs de Victor ; rue d’Alger, le Chantilly tenu par la famille Grech ; rue Saint-Jean, le Bosphore qui est toujours ouvert ; le Hungaria et la brasserie Guillaume Tell qui ont disparu de la rue Ali Bach Hamba alors que le Carthage est toujours là ; l’Orient enfin qui a gardé de beaux restes après le départ des fondateurs.

Ce bref détour par les rues du quartier me mène jusqu’à l’avenue Bourguiba dont je regrette l’effritement de certaines façades Art Déco qui mériteraient un ravalement. Je m’assieds quelques instants sur les marches du théâtre, mon carnet numérique à la main. Je prends quelques notes pour comme qui dirait, alimenter la chronique et nourrir les pages de ce journal extime. La ville continue à s’éveiller : l’équipe du Théâtre municipal est déjà à pied d’œuvre, accrochant des affiches et nettoyant les abords de la Bonbonnière. Comme j’ai le temps et quelques dizaines de minutes à tuer, je file vers la porte de service de la rue de Grèce et me dirige vers le bureau du directeur du théâtre.

Abbés Libirsou est déjà arrivé. Il organise la journée de travail et la soirée de représentation. C’est toujours avec nostalgie que je viens dans ce bureau où flotte le souvenir de mes amis Mohsen Ben Abdallah et Youssef Slama. Je profite de mon passage pour faire quelques pas sur scène, devant la salle vide puis je déambule dans les couloirs, admire les portraits des gens de théâtre et la silhouette en Caligula d’Aly Ben Ayed. Je suis comme dans un cocon, la matrice de tant de souvenirs liés à ce théâtre centenaire.

Je me lance ensuite dans un tour de la ville pour glaner des émotions et des réminiscences et accessoirement récupérer un livre et un pantalon. Je profite de la matinée pour payer quelques factures et rendre visite à la rédaction de Tunis Hebdo. Je prends aussi quelques photos et, sans m’en rendre compte, me retrouve dans la médina.

J’arpente la rue Zarkoun, le souk Grana et arrive à la Hafsia. Je cherche à me procurer une veste et tombe sur une pépite de la marque Dockers qui ne me coûte qu’une poignée de dinars. Je reviens ensuite vers le souk du Cuivre puis la rue de la Kasbah et bifurque vers le Divan ottoman du seizième siècle. Je continue ma vadrouille impromptue qui n’est qu’une manière d’attendre en mouvement que mon pantalon soit reprisé. Je finis par aboutir à Bab Carthagène et me laisse aller jusqu’à mon point de départ. Je récupère livre et pantalon et poursuis mon chemin après ce long détour.

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La crise à la française

La situation en France fait la Une de l’actualité internationale. Les images d’affrontement, des dégradations et des pillages ont créé une onde de choc. Avec la même question : pourquoi une telle violence de Paris à Marseille ? Au-delà de la défaillance des forces de l’ordre, le sentiment de chaos qui ressort de la séquence vient conclure la présidence Macron et ses échecs politiques, économiques et sociaux. Alors qu’il va quitter l’Elysée dans quelques mois, l’extrême droite est au sommet des sondages, l’inflation et le chômage ne cessent d’augmenter, et le creusement des inégalités dans un pays qui cultive une passion pour l’égalité est plus que jamais une source de frustration dont les manifestations sont de plus en plus radicales. Or le pouvoir a l’air comme déconnecté de ces réalités et incapable de nouer un quelconque dialogue social.

La crise économique et sociale a renforcé la demande de protection, en soulignant la nécessité d’organiser des solidarités plus effectives et en rappelant le rôle central de la puissance publique dans la cohésion sociale. Or l’Etat apparaît comme le garant des plus privilégiés (au regard de la politique fiscale notamment), plutôt que garant de l’intérêt général et des plus défavorisés.

Les manifestations actuelles sont le symptôme d’une crise du lien social caractérisée causée par l’affaiblissement des institutions de socialisation (famille, école, partis, syndicats), la persistance d’un chômage structurel et massif, la précarisation et l’appauvrissement de la jeunesse, le déclassement de la classe moyenne rattrapée par le coût de la vie, notamment celui de l’alimentation, du logement, de l’énergie et des transports.

Ainsi, les mobilisations et revendications sont nourries par le creusement des inégalités sociales et le sentiment d’injustice. Une partie de la population a le sentiment que les sacrifices demandés ne sont pas répartis équitablement. Les personnes qui disposent de revenus confortables peuvent mieux absorber les hausses de prix, tandis que les ménages modestes doivent parfois renoncer à certains soins, aux loisirs ou même à des achats indispensables. Ce sentiment d’injustice peut provoquer de la colère et affaiblir la solidarité entre les différentes catégories de la société.

La République française est sclérosée par des mécanismes de reproduction sociale et de discrimination pour la réussite scolaire, l’accès à un logement ou à un emploi. Statistiquement, les musulmans sont les plus discriminés. Les descendants de migrants du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ont plus de risques de n’obtenir aucun diplôme du secondaire ; les immigrés en provenance de ces régions sont aussi plus souvent au chômage. Ce sont d’ailleurs ces mêmes groupes sociaux qui se sentent le plus victimes de discriminations dans le milieu professionnel. Le déficit d’insertion sociale qui nourrit le cloisonnement spatial de minorités condamnées à vivre entre elles, dans des espaces clos communautarisés. Cette situation reflète l’une des réalités du « ghetto français ».

Cette fracture sociale nourrit la crise démocratique. Les dirigeants sont accusés d’incompétence, d’impuissance, d’immoralité et de non-représentativité. La question de la démocratie occupe ainsi une place importante dans cette crise. Certains citoyens estiment que leur voix n’est pas suffisamment entendue au terme de chaque élection. Cette situation encourage les citoyens à utiliser d’autres moyens d’expression, comme les grèves, les rassemblements et les manifestations. La rue devient alors un espace où les revendications peuvent être exprimées collectivement.

Les jeunes jouent un rôle particulier dans cette contestation. Les mobilisations lycéennes et étudiantes témoignent de leurs inquiétudes concernant leurs conditions d’études, le manque de moyens dans certains établissements et leurs perspectives d’avenir. Beaucoup redoutent de rencontrer des difficultés pour trouver un emploi stable, se loger ou accéder à une vie autonome. Leur participation montre que la crise ne concerne pas uniquement les générations déjà confrontées aux difficultés du travail et du pouvoir d’achat, mais aussi celles qui s’interrogent sur leur avenir.

Les manifestations du 17 octobre révèlent ainsi l’interdépendance des crises politique, économique et sociale. Les difficultés matérielles alimentent la colère, les inégalités renforcent le sentiment d’injustice et l’instabilité politique complique la recherche de réponses acceptées par une majorité de citoyens. D’autant que l’Elysée semble réduire la situation à une question de maintien de l’ordre. La lucidité devrait l’amener à regarder en face le bilan de son action depuis près d’une décennie.

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Est-ce le début de la fin ?

Le journal télévisé du samedi 17 octobre 2026 était égal à lui-même : banal, médiocre et sans intérêt. Il n’a pas jugé utile d’informer les Tunisiens de la manifestation qui a eu lieu quelques heures auparavant, presque sous ses fenêtres. Tant pis, les Tunisiens sont convaincus que la télévision du secteur public n’informait plus et était...

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TRIBUNE – Assurance-crédit export dans le PLF 2027 : de la subvention financière à l’ingénierie d’exécution africaine

Le Projet de loi de finances 2027 introduit une mesure ciblée et bienvenue : la prise en charge par l’État de 50% des primes d’assurance-crédit pour les exportations destinées aux marchés africains. Dans un contexte où le risque d’impayé et la volatilité financière constituent le principal frein pour les PME tunisiennes, ce geste incitatif envoie un signal politique clair en faveur de l’ancrage continental. Reste une question que les commentateurs n’ont pas encore posée : peut-on construire une politique d’exportation sur une subvention de prime sans traiter les blocages qui rendent cette prime souvent inutilisable ?

 

Subventionner 50% de la prime d’assurance suppose que le risque soit d’abord assurable. Or, sur de nombreux marchés d’Afrique subsaharienne, le blocage majeur rencontré par les organismes d’assurance-crédit, dont la COTUNACE, réside dans le manque d’information financière fiable, d’historique de solvabilité et de données certifiées sur les acheteurs continentaux.

Sans une infrastructure numérique de renseignement commercial et une gouvernance de la donnée transfrontalière, la couverture d’assurance reste plafonnée ou refusée, rendant l’avantage fiscal inopérant. Une PME tunisienne qui veut exporter vers Abidjan ou Dakar ne bute pas d’abord sur le coût de la prime, elle bute sur l’impossibilité d’obtenir une couverture faute d’informations vérifiables sur son acheteur. Réduire le coût d’une prime qu’on ne peut pas émettre ne résout rien.

L’urgence ne réside donc pas seulement dans l’aide budgétaire, mais dans la création d’écosystèmes d’intelligence économique capables d’évaluer le risque réel à la source, en partenariat avec les chambres de commerce africaines, les institutions financières continentales et les plateformes de données commerciales émergentes sur le continent.

 

Du mécanisme budgétaire à l’interopérabilité des chaînes opérationnelles

Comme nous l’avons documenté dans nos tribunes précédentes sur la ZLECAf, les BRICS et le MACF, la compétitivité d’un exportateur se joue dans la continuité de la chaîne opérationnelle, pas dans un seul maillon. L’allègement de la prime d’assurance doit s’insérer dans un triptyque fluide que la mesure actuelle ne couvre pas.

La fluidité administrative et monétaire est le premier maillon. Un mécanisme numérique et automatique d’imputation de la prise en charge est indispensable pour éviter que l’entreprise n’avance les fonds ou ne subisse des retards de remboursement qui asphyxient sa trésorerie. Si la PME doit avancer l’intégralité de la prime puis attendre plusieurs mois pour récupérer 50%, le dispositif perd l’essentiel de son utilité opérationnelle.

L’interopérabilité des systèmes de paiement est le deuxième maillon. Sécuriser la couverture d’assurance est stérile si le règlement bancaire transfrontalier bloque faute de canaux financiers directs ou de correspondants bancaires adaptés entre Tunis et les capitales africaines. Nos banques publiques ne disposent pas encore d’architectures de paiement qui permettent des transactions fluides et traçables avec les principales places financières africaines.

La fluidité logistique est le troisième maillon. Le coût de la prime n’est qu’une fraction des coûts globaux d’accès au marché. Sans fluidité aux postes frontaliers et sans lignes logistiques régulières, les délais d’acheminement annulent le bénéfice de l’incitation financière. L’exportateur tunisien qui a obtenu sa couverture et sécurisé son paiement reste bloqué si sa marchandise met trois semaines à franchir une frontière terrestre.

 

Trois priorités pour transformer la mesure en levier structurant

Pour que la disposition du PLF 2027 devienne un véritable accélérateur de valeur, trois priorités s’imposent. La première est de concentrer l’effort sur des corridors et filières prioritaires. Plutôt que de disperser l’avantage budgétaire de manière uniforme, il convient de l’adosser aux accords-cadres de la ZLECAf et aux secteurs où la Tunisie dispose d’un avantage comparatif immédiat, agroalimentaire, pharmacie, ingénierie, composants électriques et services numériques. Une politique d’exportation qui traite tous les marchés et tous les produits de manière identique ne construit pas de positions durables.

La deuxième est d’adosser l’assurance-crédit aux outils de finance numérique. Relier les mécanismes de garantie aux nouvelles architectures de paiement régionales et aux plateformes de numérisation du commerce continental permettrait de réduire les coûts d’intermédiation et d’accélérer les cycles de règlement, transformant la couverture d’assurance en accélérateur de trésorerie plutôt qu’en charge administrative.

La troisième est de passer du contrôle a priori à la mesure d’impact réel. L’efficacité de cette mesure ne devrait pas s’évaluer au volume de primes subventionnées – elle devrait se mesurer au volume de nouveaux marchés conquis, au taux de pénétration des PME tunisiennes en Afrique et à la valeur ajoutée effectivement rapatriée. Ces indicateurs existent. Ils ne sont pas encore au cœur du dispositif de suivi.

 

La géographie et la budgétisation ne créent pas de flux commerciaux

L’initiative prise dans le cadre du PLF 2027 témoigne d’une volonté politique réelle de soutenir l’exportation vers le continent. Mais la géographie et les subventions d’État ne créent pas à elles seules des flux commerciaux pérennes, elles créent des conditions favorables que l’ingénierie d’exécution doit transformer en réalités économiques mesurables.

La Tunisie a signé la ZLECAf. Elle a annoncé son ambition africaine dans le Plan 2026-2030. Elle introduit maintenant un mécanisme d’incitation dans son PLF 2027. Ces trois étapes sont cohérentes. Ce qui leur manque encore, c’est l’architecture opérationnelle qui les relie, données sur le risque, interopérabilité bancaire, fluidité logistique, indicateurs d’impact.

Une subvention sans infrastructure de données est une intention sans instrument. Et une politique d’exportation sans mesure d’impact est un budget sans résultat.

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Nostalgies : Comme si un peu de la Valette reposait à Tunis

J’ai vocation à retenir et garder telles quelles des traces ténues et tenaces. Car elles me fondent face à l’oubli et me ramènent toujours à celui que je fus dans le fuyant du temps.

Parfois, de simples patronymes  pourtant irrigués de significations peuvent conjurer l’effacement.

D’autres fois, ce sont des noms de magasins, ceux de grands professionnels de la presse,de la médecine ou du barreau, ou encore ceux de minuscules commerçants de proximité, des enseignes de bars et cafés qui eurent leur heure.

Tenter une énumération. Dire pêle-mêle ce qui revient : Sitruk,  Baranès, Kalfon, Galula, Sitbon. Alors réaliser que seulement cinq noms pourraient être les têtes de liste d’un inventaire inépuisable.

Cesser d’écrire. Méditer, chercher au fond de soi, aller vers celles et ceux qui comme des fantômes angéliques, nous habitent fussent-ils outre-tombe, fussions-nous à tire d’âme. Se taire. Laisser remonter le souvenir dans sa complexité.

Quand j’arpente le cimetière du Borgel, entre les tombes souvent délaissées, je ne peux m’empêcher d’être aspiré par le souvenir du registre d’appel de ma classe où beaucoup des noms inscrits sur les stèles figuraient.

Ces sépultures de personnes que je ne connais pas mais dont les noms me sont familiers me renvoient aussi aux enseignes de nos rues lorsque les noms de fantaisie jouxtaient les raisons sociales.

Sur des vitrines, je pouvais lire Borg, Schembri ou Sammut et sur les tombes, gravés dans le marbre, je relis les mêmes noms.

Ces fulgurances, je les ai ressenties pour la première fois en remontant l’avenue principale de La Valette. Toutes les enseignes que mon regard croisait portaient des noms familiers, ceux d’amis ou de relations : Mangani, Farrugia, Azzopardi, Grech, Cauchi, Tabone.

Puis, un jour, sur l’allée centrale du cimetière chrétien de Tunis, la même sensation troublante s’est imposée à moi. Les mêmes noms, comme si j’étais à la Valette. Ou encore comme si un peu de la Valette reposait à Tunis.

On écrit toujours contre la mort et ces tombes si nombreuses sont non pas des monuments en exil mais des repères inlassables pour ceux de la diaspora qui reviendront un jour.

Ces ancêtres devenus poussière nous fixent dans l’humus et où que nous soyons,  ils nous interpellent et nous rappellent à un sol aussi absolu que celui des poètes : mon sol natal, celui dont je m’exhume.

Toutes ces traces me fascinent. Qu’elles remontent au cours d’une conversation ou qu’elles reviennent à petits pas dans l’intimité d’un cimetière. Ces échos parfois lointains me remuent car je les assume et plus précisément, je voudrais m’emparer de leur continuité, les établir dans une présence diffuse mais bien réelle.

Ceci, je voudrais le dire et le revendiquer. Je suis un chercheur de traces dans la fuite du temps. Chaque éclat, chaque tesselle, chaque bribe sont mon horizon à rebours et le socle de mon regain.

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Boire coûte cher, partir aussi

Épisode 1 — Ma Celtia, cette généreuse contribuable Je suis une femme simple. Je travaille, je paie mes factures et, de temps en temps, je m’accorde une Celtia bien fraîche, un verre de Chardonnay au dîner ou un petit Baileys pour oublier les contrariétés de la journée. Je ne demande ni subvention, ni voiture de...

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Midterms : Trump redoute une cinglante défaite … et ce qui l’attend après !

À l’approche des élections de mi-mandat, une déroute républicaine se précise. Pour le président américain, perdre le Congrès ne serait pas seulement un revers politique mais le spectre d’une offensive démocrate contre ses affaires, son entourage et, potentiellement, son propre maintien à la tête du pays. 

 

Pourquoi Donald Trump redoute-t-il autant une potentielle défaite aux élections de mi-mandat, alors même qu’il est courant dans l’histoire américaine que le parti du président en exercice essuie un revers lors de ce scrutin ?

Le 3 novembre, les électeurs américains sont appelés aux urnes pour renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. Or, les sondages dessinent un scénario particulièrement inquiétant pour le camp républicain, les démocrates semblent en bonne position pour réaliser une percée électorale et pourraient reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès. Pour cela, il leur suffit de gagner trois sièges nets pour obtenir la majorité, et ils semblent bien placés pour y parvenir. Mais la bataille s’annonce plus complexe au Sénat. La carte électorale de cette année ne semblait pourtant pas particulièrement favorable aux démocrates, sauf que la dynamique s’est progressivement inversée ces derniers mois, plaçant plusieurs sénateurs républicains en difficulté dans des États clés.

Gros nuages

Pour Donald Trump, l’enjeu dépasse largement un simple revers électoral. La reconquête de l’une ou des deux chambres du Congrès par les démocrates serait à coup sûr un casus belli. Les deux dernières années de son mandat s’annonceraient alors particulièrement houleuses, marquées par un affrontement permanent avec l’opposition, qui disposerait de nouveaux leviers pour entraver son action et enquêter sur son administration.

Plus inquiétant encore pour le président, cette nouvelle configuration politique pourrait remettre au premier plan ses démêlés judiciaires passés et raviver des menaces qu’il préférerait sans doute voir définitivement enterrées. Et ce d’autant qu’il affiche une impopularité record, avec un taux d’approbation qui plafonne autour de 38 % selon les derniers sondages. Sans oublier que pour le camp républicain, le sort électoral de nombreux candidats au Congrès est désormais étroitement lié à celui de Trump, dont la présence risque autant de mobiliser sa base que de repousser les électeurs indécis.

Au cœur de ce mécontentement, la hausse persistante du coût de la vie et une guerre contre l’Iran qui s’enlise sans perspective claire de sortie. Si les démocrates reprenaient le contrôle des deux chambres du Congrès, Donald Trump verrait ses marges de manœuvre considérablement réduites. Il lui serait bien plus difficile de faire adopter de nouvelles lois et de conduire sa politique, notamment militaire, avec le soutien quasi automatique des élus républicains. Sur le dossier iranien, le président pourrait ainsi se heurter à un Congrès moins disposé à lui accorder un blanc-seing.

Epée de Damoclès

Mais c’est surtout la perspective d’une nouvelle procédure de destitution qui plane sur Donald Trump comme une véritable épée de Damoclès, dans l’éventualité où les démocrates reprendraient le contrôle des deux chambres du Congrès. « Il s’est lancé corps et âme, à corps perdu dans cette campagne, à coups de millions et de millions de dollars. Parce qu’effectivement, c’est ça qu’il redoute. Il a vu ce qui s’était passé lors de son premier mandat, quand il a perdu en partie ses midterms », résume un observateur politique.

« Un clan mafieux »

Une illustration concrète de cette menace ? Selon le Financial Times, dans un article publié mercredi 14 octobre, le député démocrate Robert Garcia, pressenti pour prendre la tête de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, entend passer au crible les activités financières de la famille Trump si les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre. Dans son viseur figurent notamment les soupçons de conflits d’intérêts impliquant Donald Trump Jr., ainsi que plusieurs entreprises soutenues par son fonds d’investissement, 1789 Capital, qui auraient bénéficié de financements ou de contrats militaires.

Les investigations pourraient également s’étendre à Jared Kushner (le gendre du président), à Steve Witkoff (son conseiller spécial), et à Howard Lutnick (le secrétaire au Commerce). Autre cible potentielle : les revenus tirés des cryptomonnaies, qui auraient rapporté au moins un milliard de dollars à la famille Trump en 2025.

Les investigations pourraient également concerner Elon Musk et son rôle à la tête du DOGE, chargé de réduire les dépenses fédérales. Robert Garcia souhaite aussi examiner les pratiques de la police de l’immigration (ICE), le financement de la nouvelle salle de bal de la Maison-Blanche et les relations entre l’administration Trump et plusieurs multinationales américaines. L’affaire Epstein resterait également au programme des travaux parlementaires.

Enfin, ces investigations pourraient raviver la menace d’une nouvelle procédure de destitution contre Donald Trump. Une option qui ne fait toutefois pas l’unanimité chez les démocrates, certains élus préfèrent concentrer leurs efforts sur les préoccupations quotidiennes des Américains, notamment la hausse du coût de la vie et la défense du pouvoir d’achat, plutôt que de faire de la destitution leur principal cheval de bataille.

Autant de dossiers susceptibles de placer le président et son entourage sous une pression politique et médiatique accrue si les démocrates reprenaient les commandes de la Chambre.

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Snapshot : C’est tendance, le poisson de l’étal au grill du marché !

Que ce soit à Bizerte, Kélibia, La Goulette ou Djerba, la dégustation de poisson frais associe de plus en plus le marché et le grill du coin.

Comme l’indique, cette pancarte, il suffit d’aller acheter le poisson à l’étalage et se rendre au grill le plus proche pour savourer la marée du jour à prix doux.

C’est une bonne recette anti-crise car elle offre à tous un accès à prix raisonnable au meilleur du poisson. Ce qui explique que ce mode de consommation est plus que jamais tendance !

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Rétro Photo : Un anniversaire d’un siècle et dix-huit ans, ça se fête !

Notre photo représente l’Omnia Pathé, la première salle de cinéma à avoir ouvert ses portes en Tunisie.

L’inauguration de ce cinéma qui se trouve à la rue Amilcar et a gardé de beaux restes, a eu lieu le 16 octobre 1908. Ce qui donne une profondeur historique de 118 ans à ce lieu de mémoire.

Un tel anniversaire se doit d’être célébré et, dans cet esprit, il est bienvenu à la veille des Journées cinématographiques de Carthage de réveiller la longue mémoire du cinéma en Tunisie.

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Nostalgies : Flâner dans le souvenir de tant de souvenirs

À chaque rue jaillissaient des réminiscences et flottaient les souvenirs d’amies comme Adriana et Paola Designi, le bijoutier Sarfati, l’artiste Bellagha ou le libraire Soufiane.

Notre promenade nous a menés partout, de Sidi Mahrez à la Zitouna, de Dar Lasram à Dar Monastiri et de la Kasbah à Bab Bhar.

Chaque pas que nous faisions me nourrissait des souvenirs de mes quatre compagnes d’un jour : pêle-mêle, mes amies évoquaient le souvenir de l’atelier mécanique du cousin Jaques Casubolo, la figure de duégne de madame Giudice au Cercle italien, la finesse des escalopes de madame Garcia au Paradiso, l’ancêtre radiologue des Designi, les citronnades chez Bébert et les croquants chez Nathan, les rues de Tunis entre Massicault, Bordeaux et Jean le Vacher, le souvenir de tant de souvenirs que parfois elles égrenaient en chœur.

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TRIBUNE – PLF 2027 : de l’incitation fiscale à l’ingénierie d’exécution, le test de la performance économique

Une incitation fiscale peut réduire le coût d’un investissement. Une ligne de financement peut faciliter le démarrage d’une entreprise. Une exonération peut améliorer temporairement sa trésorerie. Mais aucune de ces mesures ne garantit, à elle seule, la création de valeur, la pérennité d’une activité ou l’émergence d’un nouvel écosystème productif.

 

C’est précisément là que se situe le véritable enjeu du projet de loi de finances pour 2027. Inscrit dans le cycle du Plan de développement 2026-2030, il ne peut être évalué uniquement à travers le nombre de mesures annoncées ou les enveloppes financières mobilisées. Il doit être examiné à partir d’une question plus structurante : quelle capacité d’exécution l’État construit-il pour transformer ses choix fiscaux et budgétaires en résultats économiques vérifiables ?

Pour la Tunisie, le défi dépasse donc la fiscalité. Il concerne l’articulation entre la dépense publique, l’investissement privé, le financement bancaire, la création d’emplois et la capacité des institutions à conduire les projets jusqu’à leur mise en activité. Autrement dit, le passage d’une logique d’incitation à une véritable ingénierie de la performance économique.

 

Le budget sous contrainte : arbitrer, cibler, mesurer

Les équilibres prévisionnels du PLF 2027 donnent la mesure de cette exigence. Les recettes du budget de l’État sont estimées à 54,280 milliards de dinars, contre 68,895 milliards de dépenses. Le déficit prévisionnel atteint ainsi 14,615 milliards de dinars.

Dans ce contexte, chaque avantage fiscal et chaque mécanisme de financement doivent être appréciés au regard de leur coût, de leur ciblage et de leur contribution attendue à l’activité. La contrainte budgétaire ne commande pas nécessairement de renoncer aux incitations. Elle impose de mieux distinguer celles qui déclenchent une décision économique nouvelle de celles qui accompagnent des opérations qui auraient eu lieu en leur absence.

 

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Le projet affiche plusieurs orientations cohérentes avec cette recherche d’efficacité : faciliter la création et le financement des projets, soutenir l’emploi, alléger certaines charges fiscales et favoriser l’intégration de l’économie parallèle. L’enjeu consiste désormais à relier ces objectifs à des mécanismes d’exécution suffisamment lisibles pour que leur impact puisse être apprécié. Une politique budgétaire ne devient pas performante parce que ses objectifs sont pertinents. Elle le devient lorsque les moyens mobilisés, les responsabilités institutionnelles et les résultats attendus forment une chaîne cohérente.

 

L’incitation fiscale ne remplace pas l’ingénierie de l’investissement

Le PLF 2027 prévoit notamment, à son article 22, l’application aux entreprises nouvellement créées de certaines dispositions d’exonération fiscale prévues par la législation de référence, sous les conditions correspondantes, pour les investissements déclarés entre janvier 2027 et décembre 2030. Le texte prévoit plusieurs exclusions sectorielles.

Cette orientation peut contribuer à améliorer les conditions de lancement d’une activité. Mais l’avantage fiscal ne constitue qu’un maillon d’une chaîne plus longue : identification d’une opportunité, structuration du projet, mobilisation des fonds propres, accès au crédit, autorisations, réalisation de l’investissement, commercialisation et développement de l’activité.

Une rupture à l’un de ces niveaux peut neutraliser l’effet attendu de l’incitation. Une entreprise fiscalement avantagée mais confrontée à des délais administratifs excessifs, à un financement insuffisant ou à un environnement économique imprévisible ne dispose pas nécessairement des conditions nécessaires à sa croissance.

Le véritable sujet est donc celui de la complémentarité des instruments. L’incitation fiscale doit être articulée avec l’accompagnement des promoteurs, la disponibilité du financement et la simplification effective des parcours administratifs. Il ne s’agit pas de multiplier les dispositifs, mais de construire une architecture dans laquelle chacun répond à un obstacle identifié et contribue à un résultat mesurable.

 

L’incitation fiscale doit être articulée avec l’accompagnement des promoteurs, la disponibilité du financement et la simplification effective des parcours administratifs.

 

Du financement disponible à la bancabilité des projets

Les mesures financières prévues par le projet illustrent cette volonté d’agir en amont de la création d’activité. L’article 13 prévoit une ligne de financement de 10 millions de dinars, sous forme de prêts participatifs sans intérêts, destinée au renforcement des fonds propres des entreprises ayant obtenu le label « startup », pour la période 2027-2028.

L’article 14 prévoit une prise en charge dégressive par l’État de la contribution sociale, dans les limites et conditions fixées par le texte, au bénéfice des promoteurs de projets et des petites entreprises créés en 2027. Cette prise en charge atteint 100 % la première année, 75 % la deuxième et 50 % la troisième, dans la limite d’une enveloppe de 5 millions de dinars.

L’article 21 prévoit, pour sa part, une ligne de 5 millions de dinars destinée aux promoteurs de sociétés communautaires, sous forme de prêts sans intérêts et sans exigence de garanties, selon les conditions prévues par le projet. Ces instruments peuvent réduire certains obstacles financiers. Leur portée dépendra toutefois de la capacité des bénéficiaires à présenter des projets viables, d’une gestion accessible des lignes de financement et de la rapidité de traitement des demandes.

Il existe, entre une idée et un investissement financé, un espace d’ingénierie souvent décisif : celui de la bancabilité. Structurer les besoins, consolider les fonds propres, apprécier les risques, adapter les échéances et assurer le suivi de l’activité sont autant de fonctions qui conditionnent la transformation d’un financement en capacité productive.

Le système bancaire peut contribuer à cette chaîne, en complément des mécanismes publics et dans le respect de ses exigences de maîtrise du risque. Le nombre de crédits accordés ne suffit pas à mesurer la performance. Il faut également examiner les projets effectivement réalisés, leur pérennité, les emplois créés et leur contribution à l’économie réelle.

Lire également:  PLF 2027 – L’Etat augmentera le capital de l’OTD, SNCFT, TRANSTU et STS

 

De la dépense fiscale à la valeur économique créée

Toute exonération constitue un choix d’allocation des ressources publiques. Elle représente une recette à laquelle l’État renonce, en contrepartie d’un effet économique attendu. Cette relation doit pouvoir être documentée.

L’évaluation des dépenses fiscales devrait ainsi rapprocher le coût des dispositifs de leurs résultats : investissements additionnels, emplois durables, productivité, développement territorial et formalisation des activités. Elle devrait également permettre de repérer les effets d’aubaine et de distinguer les avantages réellement incitatifs de ceux dont l’impact demeure limité.

Cette démarche ne vise pas à remettre en cause le principe des allègements fiscaux. Elle cherche à en renforcer la légitimité et l’efficacité. Dans un environnement budgétaire contraint, la question n’est pas seulement de savoir combien coûte une mesure, mais quelle valeur économique et sociale elle permet effectivement de produire.

Une telle approche suppose des indicateurs définis dès la conception du dispositif, des données fiables et une capacité de suivi dans le temps. Elle appelle aussi une coordination entre les administrations fiscales, les structures chargées de l’investissement et de l’emploi, les organismes de financement et les acteurs économiques concernés. L’évaluation ne doit pas intervenir uniquement après l’exécution budgétaire. Elle doit permettre de corriger les modalités d’application, de réorienter les moyens et, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, de revoir les dispositifs concernés.

 

Le dernier kilomètre du Plan 2026-2030

Le Plan de développement 2026-2030 offre le cadre stratégique dans lequel les mesures du PLF 2027 doivent prendre leur sens. Mais un plan ne s’exécute pas par la seule juxtaposition de mesures sectorielles. Il nécessite une articulation entre les objectifs, les ressources, les responsabilités, les délais et les mécanismes de suivi.

Le passage à l’exécution suppose notamment de rendre chaque dispositif lisible pour ses bénéficiaires, de clarifier les responsabilités de mise en œuvre et de réduire les ruptures entre les différentes étapes du parcours d’investissement. Il exige aussi que les résultats soient suivis selon des indicateurs communs, permettant de comparer les objectifs annoncés aux réalisations effectives.

 

Le Plan de développement 2026-2030 offre le cadre stratégique dans lequel les mesures du PLF 2027 doivent prendre leur sens. Mais un plan ne s’exécute pas par la seule juxtaposition de mesures sectorielles.

 

La justice fiscale et la compétitivité participent de la même exigence. Un système fiscal plus lisible et mieux appliqué peut renforcer la confiance, limiter les distorsions de concurrence et favoriser l’intégration de l’économie parallèle. Mais l’efficacité économique dépend également de la prévisibilité des règles, de la qualité des services publics, de l’accès au financement et de la capacité administrative à traiter les projets dans des délais maîtrisés. L’incitation fiscale ne peut donc compenser durablement les insuffisances de l’environnement d’exécution. Elle doit s’inscrire dans une transformation plus large des capacités institutionnelles et économiques.

 

La performance comme doctrine d’action publique

Le PLF 2027 ouvre ainsi une question qui dépasse la seule politique fiscale : celle de la capacité de l’État à convertir ses choix budgétaires en résultats économiques mesurables. Le test ne sera pas uniquement celui des exonérations accordées, des enveloppes annoncées ou des dossiers approuvés. Il sera celui des investissements réalisés, des entreprises pérennisées, des emplois créés, de la productivité améliorée et des opportunités économiques effectivement ouvertes aux territoires.

Pour le cycle 2026-2030, la Tunisie doit pouvoir passer d’une logique de moyens à une logique de résultats, sans confondre performance et multiplication des indicateurs. La priorité est de construire une chaîne d’exécution dans laquelle chaque mesure répond à un obstacle réel, chaque responsabilité est identifiable et chaque résultat peut être évalué.

La souveraineté économique ne se mesure pas seulement à la capacité de décider. Elle se mesure aussi à la capacité de transformer une décision en activité productive, un financement en investissement et une ambition publique en valeur créée sur le territoire national.

C’est à cette condition que l’incitation fiscale cessera d’être une fin en soi pour devenir un levier d’exécution du développement.

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Bismillah, c’est vraiment les ténèbres

« Bismillah, c’est les ténèbres. » À première vue, on dirait une phrase inventée par une intelligence artificielle, ou par quelqu’un qui aurait voulu imiter les jeunes sans avoir jamais fréquenté un seul jeune. Cette formule absurde est devenue virale en France. Elle provient d’un message attribué à un compte soupçonné par des lycéens d’être...

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TRIBUNE – Gouvernance des entreprises publiques : le défi de l’exécution pour 2026-2030

Le colloque ministériel consacré à la gouvernance des entreprises et établissements publics a rappelé la nécessité de clarifier les responsabilités, d’accélérer les décisions et de renforcer le pilotage par les résultats. Pour le cycle 2026-2030, le véritable enjeu sera de traduire ces orientations en mécanismes opérationnels, capables de mieux anticiper les risques, de mobiliser le financement et d’améliorer la performance des entreprises publiques.

La gouvernance des entreprises et établissements publics (EEP) revient au centre du débat économique tunisien. Le colloque consacré à cette question, organisé à Tunis le 18 septembre 2026 sous la présidence de Slah Zouari, ministre de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, a mis en avant plusieurs exigences : la clarté des objectifs, la rapidité de la prise de décision, l’anticipation des risques et l’évaluation des performances.

Ces orientations rejoignent une difficulté persistante de l’action publique : la distance entre les objectifs annoncés et les résultats effectivement obtenus. La Tunisie dispose de cadres réglementaires, de stratégies sectorielles et d’institutions chargées du contrôle. Pourtant, l’existence de ces dispositifs ne garantit ni l’exécution rapide des projets ni la résolution des difficultés opérationnelles et encore moins l’amélioration durable des équilibres financiers.

Pour le cycle 2026-2030, l’enjeu est donc de dépasser une gouvernance principalement administrative pour construire une véritable capacité d’exécution. Il ne s’agit plus seulement de préserver des équilibres financiers fragiles; mais de restaurer la performance des entreprises publiques, de renforcer leur contribution à l’économie réelle et de mieux orienter les ressources vers les projets capables de produire des résultats mesurables.

 

Le coût du statu quo et les limites du contrôle a posteriori

Les difficultés financières des entreprises publiques ne peuvent être examinées indépendamment de leurs conséquences sur les finances de l’État et sur le système économique. Les garanties publiques, les concours financiers, les engagements budgétaires et les créances croisées entre organismes publics constituent autant de sujets qui nécessitent une vision consolidée des risques.

Le ministère des Finances publie notamment des rapports consacrés aux entreprises publiques dans le cadre de la documentation budgétaire. Ces données doivent permettre d’apprécier les expositions financières, d’identifier les vulnérabilités et de mieux anticiper les besoins de soutien de l’État.

Mais la disponibilité de rapports financiers sur la gouvernance ne suffit pas à prévenir les difficultés. Une information consolidée après la clôture d’un exercice peut éclairer une décision future sans nécessairement permettre d’éviter une dégradation déjà engagée. Lorsque les alertes arrivent tardivement, les marges de manœuvre se réduisent, les arbitrages deviennent plus coûteux et les solutions d’urgence prennent le pas sur la prévention.

Le problème n’est donc pas de supprimer le contrôle a posteriori, indispensable à la transparence et à la redevabilité. Il est de le compléter par un pilotage continu, fondé sur des données fiables, des seuils d’alerte définis à l’avance et des responsabilités clairement attribuées.

 

Les deux verrous de la décision publique

Il s’agit tout d’abord du reporting passif. L’accumulation de comptes rendus périodiques ne constitue pas, à elle seule, un système d’alerte précoce. L’anticipation suppose des données actualisées, contrôlées et rapprochées des systèmes de gestion, afin de détecter rapidement les écarts entre les objectifs et les réalisations.

Ensuite, vient la lenteur décisionnelle. La multiplication des validations et la crainte de l’erreur peuvent retarder des décisions nécessaires. La réponse ne consiste pas à contourner les règles, mais à sécuriser les actes de gestion grâce à des procédures explicites, une traçabilité numérique et une répartition claire des responsabilités.

 

Passer du financement de l’inertie au financement de l’exécution

La réforme de la gouvernance des EEP concerne directement le système financier, notamment les banques publiques. Leur rôle ne saurait se limiter à examiner des demandes de crédit sur la base de données financières historiques. Elles peuvent aussi contribuer à accélérer les projets viables, à condition que les décisions de financement soient mieux articulées avec les capacités réelles d’exécution.

Un projet portant sur les énergies renouvelables, les phosphates, les infrastructures ou la logistique peut répondre à un besoin économique incontestable. Pourtant, entre la décision initiale et la mise en service, plusieurs obstacles peuvent s’accumuler : études incomplètes, autorisations tardives, difficultés de coordination, marchés retardés, manque de visibilité sur les coûts ou insuffisance de suivi.

Dans ce contexte, financer un projet ne signifie pas simplement mettre des ressources à disposition. Il faut également s’assurer que les conditions de réalisation sont réunies, que les responsabilités sont identifiées et que les risques susceptibles de compromettre les délais sont suivis.

L’enjeu est de rapprocher quatre dimensions souvent traitées séparément : l’évaluation économique, la décision de financement, la préparation opérationnelle et le suivi de l’exécution. Cette articulation permettrait de distinguer plus clairement les projets simplement autorisés de ceux qui sont réellement prêts à démarrer, puis de ceux qui progressent conformément aux engagements pris.

Les banques ne peuvent évidemment pas se substituer aux entreprises publiques, aux autorités de tutelle ou aux responsables des projets. Leur contribution consiste plutôt à améliorer la qualité de l’analyse financière, à suivre les jalons convenus et à identifier suffisamment tôt les difficultés susceptibles de compromettre la viabilité des investissements. Le financement devient alors un levier de performance, et non une réponse isolée à un besoin de trésorerie.

 

Les trois piliers de l’ingénierie d’exécution

Pour traduire les orientations de la réforme en résultats, la gouvernance des EEP doit s’appuyer sur une ingénierie d’exécution structurée autour de trois leviers complémentaires.

Premier levier : un pilotage décisionnel des projets

Un dispositif de type Project Management Office (PMO) peut renforcer le suivi des projets stratégiques. Sa fonction ne devrait pas se limiter à collecter des tableaux de bord ou à produire des comptes rendus. Il doit permettre de comparer les réalisations aux objectifs, de repérer les écarts, de préparer les arbitrages et de suivre les décisions correctives.

Son efficacité dépend toutefois de son mandat. Les responsabilités doivent être formalisées, les délais de réponse définis et les mécanismes d’escalade connus. Sans accès à l’information nécessaire et sans capacité à saisir les décideurs compétents, un tel dispositif risque de devenir une structure administrative supplémentaire.

 

Deuxième levier : l’interopérabilité des systèmes d’information

L’alerte précoce suppose que les données utiles puissent circuler de manière fiable et sécurisée entre les systèmes de gestion des EEP et les structures chargées de leur tutelle, de leur contrôle ou de leur financement, dans le respect des règles applicables.

Des architectures ouvertes, notamment fondées sur des interfaces de programmation applicative (API), peuvent faciliter ces échanges. Elles permettent d’éviter, lorsque les conditions techniques et réglementaires le permettent, les ressaisies multiples, les rapprochements manuels et les délais liés à des systèmes qui communiquent difficilement entre eux.

Cette évolution doit également s’accompagner d’une réduction de la dette technologique : applications obsolètes, dépendances excessives envers certains fournisseurs, documentation insuffisante, difficultés de maintenance et manque de compétences internes. Sans cette remise à niveau, le pilotage en temps réel risque de rester une ambition théorique.

 

Troisième levier : une gouvernance responsable de la donnée

La donnée n’est utile à la décision que si sa qualité, son origine, sa date de mise à jour et ses règles d’utilisation sont connues. La responsabilité de sa production et de sa validation doit être clairement attribuée.

Les outils d’analyse avancée et l’intelligence artificielle peuvent contribuer à détecter des anomalies, à anticiper certains risques et à éclairer les scénarios de décision. Ils ne remplacent toutefois ni le jugement du responsable ni les contrôles requis et moins encore l’obligation de justifier les arbitrages.

La transformation numérique ne doit donc pas être envisagée comme une simple modernisation informatique. Elle doit renforcer la qualité de la décision de gouvernance, la traçabilité des opérations et la capacité des institutions à rendre compte des résultats.

Repères pour le cycle 2026-2030

Objectif : structurer une chaîne opérationnelle continue : donnée fiable, évaluation, décision, financement, exécution et mesure des résultats. Capital humain : développer des profils capables de faire le lien entre finance, technologie, gestion des risques, réglementation et conduite de projets.

Souveraineté opérationnelle : renforcer les capacités nationales à maîtriser les systèmes d’information, à contrôler les dépendances critiques et à maintenir les services essentiels. Indicateurs : suivre les délais de décision, les écarts de coûts, l’avancement physique des projets, la qualité des services rendus et la mise en œuvre effective des mesures correctives.

 

De la réforme institutionnelle à la responsabilité des résultats

La réussite d’une telle démarche dépendra moins de la création de nouveaux dispositifs que de la capacité à faire fonctionner ceux qui existent, à clarifier leurs responsabilités et à mesurer leurs effets.

Les conseils d’administration doivent pouvoir exercer pleinement leur rôle stratégique et de surveillance. Les directions générales doivent disposer d’objectifs cohérents avec leurs moyens et être évaluées sur des résultats explicites. Les ministères de tutelle doivent assurer un suivi effectif sans multiplier les interventions contradictoires. Les fonctions de contrôle doivent contribuer à prévenir les risques tout en préservant leur indépendance.

Cette répartition suppose de distinguer clairement les responsabilités de décision, d’exécution, de contrôle et d’évaluation. Lorsque plusieurs structures interviennent dans une même chaîne sans que leurs rôles soient suffisamment définis, les retards deviennent difficiles à attribuer et les décisions correctives perdent en efficacité.

Il faut également éviter de réduire la performance à un indicateur financier isolé. Pour une entreprise publique, l’évaluation doit tenir compte de sa mission, de la qualité du service rendu, de sa productivité, de sa situation financière et de sa capacité à réaliser les investissements nécessaires. Les indicateurs doivent être adaptés à chaque activité, tout en permettant une comparaison pertinente des objectifs et des résultats.

Enfin, l’alerte précoce n’a de valeur que si elle déclenche une réponse. Un écart détecté doit conduire à une analyse, à une décision documentée, à la désignation d’un responsable et à un suivi de la mesure corrective. Sans cette boucle de rétroaction, les tableaux de bord risquent de devenir une nouvelle forme de reporting passif.

 

Faire de l’exécution un avantage économique

La gouvernance des entreprises publiques ne constitue pas un chantier isolé. Elle influence la qualité des services, la confiance des investisseurs, la mobilisation des financements et la capacité de l’économie à transformer les ressources engagées en activité productive.

Pour le cycle 2026-2030, la Tunisie gagnerait à évaluer les projets non seulement en fonction des crédits mobilisés ou des décisions prises, mais aussi selon les capacités opérationnelles développées et les résultats effectivement obtenus. Les infrastructures livrées, les délais respectés, les coûts maîtrisés, les services améliorés et les risques réduits doivent devenir des éléments centraux de l’évaluation.

Cette orientation exige une méthode : des objectifs réalistes, des responsabilités explicites, des données fiables, des mécanismes d’alerte et des évaluations régulières. Elle suppose également une continuité dans le suivi, afin que les difficultés identifiées donnent lieu à des mesures correctives plutôt qu’à la répétition des mêmes constats.

Le colloque ministériel a rappelé le cap : une gouvernance fondée sur le leadership responsable, la performance et la redevabilité. Le défi est désormais de traduire cette ambition en pratiques quotidiennes, dans les conseils d’administration, les directions générales, les structures de tutelle et les mécanismes de financement.

La crédibilité de la réforme se mesurera finalement à une question simple : les entreprises publiques seront-elles davantage capables de décider à temps, d’exécuter leurs projets, de maîtriser leurs risques et d’améliorer les services rendus ?

Pour la Tunisie, l’ingénierie d’exécution n’est pas une option technique supplémentaire. Elle constitue l’une des conditions essentielles pour transformer les orientations stratégiques en résultats économiques et sociaux tangibles.

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Snapshot : Les jerrycans de la Deuxième guerre mondiale

Dans plusieurs régions du sud tunisien, de Mareth à Ghomrassen en passant par Matmata, des jerrycans des différents corps d’armée – notamment américain et britannique – sont préservés comme des reliques.

De fait, ces bidons destinés à l’essence sont disséminés un peu partout, là où les combats avaient eu lieu entre forces de l’Axe et Alliés.

Toutefois, dans le sud tunisien, ils sont exposés comme des pièces de musée. Parfois intacts, souvent recouverts d’une couche de peinture, ces bidons restituent quelques éclats de la Campagne de Tunisie entre novembre 1942 et mai 1943.

Certains parmi nous se souviennent que ces jerrycans ont longtemps servi pour les corvées d’eau devant les fontaines publiques. À ce dernier titre, ils sont indissociables de notre mémoire urbaine quand l’eau courante n’était pas encore dans toutes nos maisons.

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