Chiffre de la semaine : 1 360 quartiers prioritaires surendettés en France
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Les responsables du gouvernement ont la fâcheuse tendance de mettre la poussière sous le tapis et de brosser un tableau reluisant de la situation générale dans le pays. Zouhair Attallah, chef de cabinet du ministère des Finances, qui est parmi les mieux informés des indicateurs financiers de la Tunisie, ne déroge pas à cette règle. (Photo: ministère des Finances, La Kasbah, Tunis).
Intervenant lors du 4e Forum financier arabe du Prix de Sharjah pour les finances publiques, organisé à Tunis les 6 et 7 octobre 2026, en collaboration avec l’Organisation arabe pour le développement administratif (relevant de la Ligue des États arabes) et le Département central des finances de Sharjah, sous le thème «Résilience financière et durabilité : concevoir des budgets adaptables et maximiser la valeur pour l’argent public», il a déclaré que la Tunisie a réussi — malgré les crises sanitaires, les catastrophes naturelles et l’instabilité du contexte mondial — à faire preuve de résilience, à enregistrer des taux de croissance positifs et à maintenir l’inflation, le déficit et l’endettement à des niveaux qu’il a qualifiés d’«acceptables». «Ces résultats ont été obtenus grâce aux efforts considérables déployés par les institutions publiques et à une bonne préparation pour absorber et affronter ces circonstances exceptionnelles», a-t-il précisé, selon le compte-rendu du forum diffusé sur la page Facebook du ministère, vendredi 9 octobre.
M. Attallah a également souligné la démarche de réforme engagée par le ministère à court et moyen termes, notamment à travers le renforcement des cadres juridique, institutionnel, organisationnel et humain, la consolidation des principes de bonne gouvernance, ainsi que l’amélioration de l’efficacité et de la transparence des politiques publiques.
Que de bonnes nouvelles en somme pour un auto-satisfécit que des économistes objectifs, examinant les indicateurs macroéconomiques de notre pays, trouveraient immérité.
Avec une inflation de 5,3 %, un déficit budgétaire de 5,2 %, un endettement de 82 % et un chômage de 15,2 %, pour une croissance atone d’à peine 2,5 % (chiffres officiels de 2025), on ne peut pas dire que la Tunisie se porte bien ou qu’elle est en train d’avancer sur la voie du progrès socio-économique.
Non seulement, notre pays a beaucoup régressé par rapport à ses indicateurs de 2010, mais il est en train de manger le pain de ses générations montantes en s’endettant à tour de bras. Et il ne s’endette pas pour investir dans la mise en place d’infrastructures publiques mais pour financer ses dépenses de fonctionnement, et notamment les salaires de ses 700 000 à 750 000 fonctionnaires, ni inventifs, ni productifs ni efficaces.
Non, M. Atallah, la Tunisie ne se porte pas aussi bien que vous le dites ! Interrogez les Tunisiens, qui voient leur pouvoir d’achat régresser et leurs conditions de vie se détériorer jour après jour, ils vous diront exactement le contraire.
I. B.
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Les géants de l’intelligence artificielle (IA) empruntent sans regarder le prix, le rendement de la dette du Trésor américain à cinq ans a dépassé 5 % et l’aide publique au développement recule comme jamais. Le Sud découvre que l’argent du monde a trouvé preneur mieux noté et plus attractif, que les réserves de ses banques centrales financent la course dont il est exclu, et que l’avenir de son financement ne s’écrira plus à New York. Il s’écrira chez lui, ou il ne s’écrira pas.
Yahya Ould Amar *

Une règle gouverne les marchés depuis qu’ils existent, et on l’enseigne encore dans les universités. Quand le prix de l’argent monte, les emprunteurs se retirent, la demande de crédit faiblit et le prix finit par redescendre. Cette règle vient de mourir sous les coups d’un emprunteur d’un genre nouveau, dont le calcul ne porte pas sur le coût du capital mais sur la survie de son empire.
Les neuf premiers hyperscalers – ce noyau des géants du numérique qui possède et bâtit les centres de données de la planète – engageront près de 830 milliards de dollars d’investissements en 2026, soit une hausse d’environ 80 % en un an. Microsoft annonce 190 milliards, Google entre 180 et 190, Amazon au-delà de 230, Meta entre 125 et 145. Les agences de notation projettent déjà 1000 milliards par an à l’horizon 2027. Aucune industrie, à aucune époque de l’histoire humaine, n’a mobilisé un tel volume de capital en si peu de temps pour un chiffre d’affaires encore à venir.
Cet effort ne se finance plus par l’émission d’actions, car les fondateurs ne partagent pas leur pouvoir. Il se finance par la dette. En sept mois, cinq groupes ont absorbé plus de deux fois l’encours total des eurobonds souverains africains, qui s’élève à 115 milliards pour 21 pays.
Pour un emprunteur engagé dans une course où le second n’existe pas, payer l’argent 5 % ou 10 % revient au même. Cinq points de plus sur 200 milliards représentent 10 milliards par an, soit une fraction de la trésorerie trimestrielle de chacun de ces groupes. La seule perte qu’ils redoutent se mesure en rang, à la survie de leur empire, pas en points de base. Face à un acheteur insensible au prix, le mécanisme d’enchères qui répartissait l’épargne mondiale ne répartit plus rien. Il adjuge.
Le rendement du bon du Trésor américain à 5 ans a dépassé 5 % un niveau inconnu depuis vingt ans. On y lit une inflation qui résiste, une offre massive de titres publics, un pétrole au-delà de 100 dollars et, pour une part désormais explicite, la demande de capital née de la course à l’IA. Ce rendement sert de plancher à tous les taux de la planète, puisque nul ne prête à Nairobi ou à Bogota moins cher qu’il ne prête sans risque à Washington, et que tout emprunt en dollars s’évalue comme ce rendement augmenté d’une prime. Lorsqu’il monte d’un point, il soulève d’un point le coût de la dette de Colombo ou de Bogota, avant même que leur propre risque soit tarifé.
Les eurobonds émis par les pays émergents, signés entre 2017 et 2021 à 5 ou 6 % arrivent à échéance et se refinanceront à 9, 10 ou 11 %. Quatre points de plus sur un milliard refinancé, ce sont 40 millions de dollars par an prélevés sur des budgets où 40 millions construisent des écoles ou des dispensaires. L’Afrique affrontera cette année un besoin de financement non couvert de près de 100 milliards de dollars.
Un pays du Sud qui doit refinancer sa dette entre 2026 et 2028 ne se présente pas devant un marché tendu, qui finit toujours par se détendre. Il se présente devant un marché occupé, qui ne libère rien tant que l’occupant n’a pas achevé la construction de ses infrastructures. La différence entre les deux fait toute la différence entre une crise et un changement d’époque.
Cette occupation du marché survient au moment où les trois piliers de l’ancien financement du développement cèdent ensemble.
Le premier pilier, la dette extérieure, s’est transformé en pompe aspirante. Le rapport que la Cnuced a publié le 7 octobre 2026 indique que les pays en développement ont payé 995 milliards de dollars d’intérêts nets sur leur dette publique en 2025, près du triple de 2010. L’État médian y consacre 8,1 % de ses recettes, deux fois plus qu’il y a quinze ans. Cinquante-et-un pays, où vivent 3,7 milliards d’êtres humains, dépensent davantage pour servir leurs intérêts que pour la santé ou l’éducation. S’ils empruntaient aux conditions des économies avancées, ils économiseraient 500 milliards de dollars par an, davantage que toute l’aide publique au développement jamais versée en une année.
Le deuxième pilier, l’aide publique, se retire. L’aide des pays de l’OCDE a chuté de 23,3 % en termes réels en 2025, après un recul de 8,5 % en 2024, une contraction sans précédent dans l’histoire de l’aide au développement. L’OCDE projette une nouvelle baisse de 6,9 % en 2026, de 11,6 % pour l’aide bilatérale à l’Afrique subsaharienne et de 10,9 % pour celle aux pays les moins avancés. En trois ans, l’aide mondiale aura perdu plus d’un tiers de sa valeur réelle.
Le troisième pilier, la promesse climatique, n’a jamais été construit. Le Programme des Nations unies pour l’environnement chiffre les besoins d’adaptation des pays en développement entre 310 et 365 milliards de dollars par an d’ici 2035 – une sous-estimation manifeste en comparaison avec d’autres sources scientifiques plus crédibles. Les flux publics internationaux d’adaptation, selon l’OCDE, représentent un peu moins de 35 milliards en 2024. Les pays dont la responsabilité dans le réchauffement est infime doivent construire digues, réseaux et systèmes d’irrigation avec un argent qui n’arrive pas, pour survivre à des catastrophes climatiques devenues récurrentes.
Le Sud doit donc emprunter davantage, pour rembourser plus cher, sur un marché où le capital a déjà trouvé preneur, pendant que l’aide se retire et que le climat présente sa facture.
La Federal Reserve (banque centrale américaine) combat une inflation qu’elle impute à l’économie réelle alors qu’une part croissante vient d’une poignée de bilans. Chaque durcissement frappe la mauvaise cible. Il écrase le logement et l’investissement des entreprises ordinaires sans retarder d’un seul serveur la construction des centres de données, puisque leurs promoteurs ne regardent pas le prix.
Cette erreur de visée se propage aux banques centrales du Sud, contraintes de suivre pour défendre leur monnaie, et qui étranglent leur propre économie pour compenser une dépense dont elles ne tireront aucun bénéfice.
Une banque centrale sait traiter une crise de liquidité. Elle prête contre de bons actifs à des institutions solides momentanément privées de trésorerie. Elle ignore en revanche comment traiter une crise de solvabilité, où les actifs ne valent plus ce qu’ils ont coûté et où aucune avance ne rendra au débiteur la richesse perdue. La bulle de l’IA prépare une crise du second type. Des centres de données amortis sur quinze ou vingt ans abritent des processeurs dépassés en trois à cinq ans. Des dettes à trente ans reposent sur des revenus dont aucun compte de résultat ne porte encore la trace à la hauteur des sommes engagées. Tout cela ne manquera pas de liquidité. Tout cela manquera de valeur.
Prêter à des insolvables prolonge l’agonie et transforme la banque centrale en caisse de garantie des mauvais paris. Refuser de prêter précipite la chute et emporte les banques, d’abord celles qui ont financé la course au Nord, ensuite celles du Sud par contagion. Entre les deux, toute banque centrale émettrice de monnaie de réserve choisira la création monétaire, c’est-à-dire la conversion d’une perte privée en impôt diffus sur tous les détenteurs de la monnaie.
Le dilemme se pose ensuite, en miroir et avec moins de moyens, aux banques centrales du Sud. Elles n’ont ni la monnaie de réserve ni la profondeur de marché qui permettent d’absorber une crise de solvabilité par la planche à billets. Fournir de la liquidité à un système devenu insolvable revient à financer la fuite des capitaux et à détruire la monnaie. La refuser à un système seulement illiquide revient à provoquer la faillite que l’on voulait éviter. La frontière entre les deux diagnostics se révèle invisible dans l’instant, et l’erreur se paie en dévaluation ou en années perdues. Le Sud n’a jamais eu le droit à l’erreur que le Nord s’accorde depuis toujours.
Dans l’ancien monde, la récession américaine venait au secours des pays émergents. Les rendements chutaient, le dollar reculait, les capitaux repartaient vers le Sud en quête de rendement meilleur. Cette respiration risque de ne plus venir. Les grandes économies développées creusent leurs déficits au même moment, le Japon et la Chine cessent d’absorber la dette américaine, et les taux longs peuvent rester élevés au cœur même d’un ralentissement. Le Sud perd ainsi le seul mécanisme automatique qui lui rendait, périodiquement, l’accès au capital.
Lorsque le pari de l’IA se dénouera, les pertes s’ajouteront à celles, encore enfouies, du capital-investissement et du crédit privé contractées au temps de l’argent quasi gratuit. Un problème de solvabilité de cette ampleur se traite par une création monétaire assumée et massive, dont la facture atterrit sur tous ceux qui détiennent des dollars. Or les économies émergentes et en développement détiennent plus de la moitié des quelque 13 000 milliards de dollars de réserves de change mondiales, dans leurs banques centrales, leurs fonds de stabilisation et les comptes de leurs exportateurs. Le Sud aura été évincé pendant la bulle et dilué pendant la purge. Deux fois prélevé dans une partie à laquelle il n’a jamais joué.
Les fonds souverains de Riyad, de Doha et d’Abou Dhabi, qui gèrent ensemble plus de 4 000 milliards de dollars, se sont fait une place au cœur de la course. MGX, le véhicule d’Abou Dhabi, compte parmi les fondateurs du programme Stargate, chiffré à 500 milliards de dollars d’infrastructures américaines. Le fonds saoudien, par sa filiale Humain, a investi trois milliards dans xAI.
L’épargne du Sud nourrit la course qui exclut le Sud. Les capitaux de la péninsule arabique financent, au Texas et dans l’Ohio, les centres de données, la rareté qui frappe Le Caire ou Lima. Aucune conférence sur le financement du développement n’a jamais déplacé des sommes comparables à celles que le Sud déplace lui-même, chaque trimestre, en direction du Nord.
Une vieille conviction gouverne les chancelleries depuis que les nations existent. Une économie forte a besoin d’une armée forte, et une armée forte a besoin d’une économie forte. Les deux se nourrissent jusqu’au jour où l’une faiblit. Ce jour venu, la peur s’installe, et la peur d’une grande puissance qui se sent décliner constitue une menace sur la paix mondiale.
La course à l’IA appartient autant au Pentagone qu’à la Silicon Valley. Les centres de données que finance l’épargne du monde entier sont des arsenaux, et le crédit qui s’y engouffre relève du budget de la défense autant que de celui de l’innovation. Cela explique la passivité des autorités monétaires devant la bulle de l’IA. On ne modère pas un réarmement. Une banque centrale qui relèverait ses taux jusqu’à freiner la construction des centres de données serait accusée de livrer la supériorité technologique à l’adversaire, et aucune institution ne survit à une telle accusation. La hiérarchie des urgences a été renversée dans l’ombre. La stabilité financière s’efface devant la sécurité nationale, et le prix de l’argent devient une variable stratégique avant d’être une variable économique.
Le Sud global se trouve à l’autre bout de cette chaîne. Il finance, par les taux qu’il subit, une course aux armements numériques dont il ne possède ni les laboratoires ni les armées. Il en subira les retombées lorsque la peur des puissances se traduira en sanctions, en contrôles des exportations, en fragmentation des circuits de paiement et en guerres par procuration sur son propre sol.
Le Sahel, la Corne de l’Afrique et la mer Rouge savent déjà ce que signifie devenir le terrain où des grandes puissances inquiètes règlent leurs comptes. Une économie du Sud qui veut se protéger doit comprendre que sa faiblesse financière constitue désormais une faiblesse militaire, et que sa souveraineté monétaire relève de sa défense.
Il reste à comprendre pourquoi cette bulle rencontre si peu de résistance dans les opinions du Sud, alors même qu’elle les appauvrit. Des décennies de promesses non tenues, de budgets détournés, d’élections sans alternance et d’alternances sans changement ont vidé la parole des dirigeants de toute crédibilité. Lorsque l’on ne croit plus en ceux qui gouvernent, on se prend à croire en ce qui pourrait gouverner à leur place. L’IA recueille un espoir. On lui prête la capacité de détecter la fraude, de distribuer l’aide sans intermédiaire, de rendre la justice sans clientèle. Une machine réputée sans appétit paraît, aux peuples qui ont trop connu l’appétit des puissants, une promesse de probité.
Cette foi mérite le respect, car elle naît d’une blessure réelle. Mais les systèmes que l’on espère incorruptibles sont conçus et détenus par des groupes dont l’intérêt diffère de celui des citoyens de Bangkok ou de Kinshasa. Ils absorbent les données du Sud, en restituent les décisions et en conservent la valeur. Une gouvernance déléguée à des algorithmes financés par la dette que nous payons ne corrige pas l’absence de confiance envers nos dirigeants. Elle la déplace vers des maîtres plus lointains et moins comptables encore. La seule probité qui dure se construit dans des institutions que les peuples contrôlent, et aucun modèle de langage ne remplacera un parlement qui vote, une cour qui juge et une presse qui enquête.
Le modèle qui a financé le Sud depuis un demi-siècle, une aide publique en complément, une dette extérieure en devises pour l’essentiel, et une fenêtre de marché qui se rouvrait à chaque ralentissement américain, est mort en 2026. L’aide recule, la dette aspire plus qu’elle n’apporte, la fenêtre est occupée. L’avenir du financement du développement repose sur trois déplacements, et chacun se chiffre.
Le premier déplacement va de la devise empruntée à l’épargne mobilisée. Les transferts des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 685 milliards de dollars en 2024, davantage que l’investissement direct étranger et l’aide publique réunis, et l’Afrique en reçoit près de 100 milliards par an. L’épargne nationale brute du continent dépasse 500 milliards de dollars par an, soit plus de quatre fois l’encours de l’ensemble de ses eurobonds. Cette épargne existe, elle dort dans des dépôts à vue rémunérés en dessous de l’inflation, s’exporte vers des bons du Trésor étrangers appelés à être dilués, ou se perd dans l’immobilier improductif. On observe déjà que la dette domestique a progressé plus vite que la dette extérieure dans 62 pays sur 86.
Un pays qui place chez lui -sur son marché boursier- un dixième de son épargne annuelle lève davantage, à moindre coût et sans risque de change, que par l’eurobond signé au mauvais moment.
Le deuxième déplacement va de la dette à la rente partagée. L’IA a faim de ce que le Sud possède. L’Agence internationale de l’énergie attend un doublement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030, à près de 945 térawattheures, davantage que ce que consomme le Japon. La République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial, le Niger et la Namibie figurent parmi les premiers producteurs d’uranium, la Guinée détient les premières réserves de bauxite. Vendre ces ressources brutes contre des dollars, puis emprunter ces mêmes dollars à 10 %, revient à payer deux fois ce que l’on possède une fois. L’enjeu consiste à exiger des participations au capital plutôt que des redevances, des contrats d’électricité à long terme libellés en partie en monnaie locale plutôt que des exportations de minerai, une transformation sur place plutôt qu’un embarquement au port, et une cotation locale des sociétés d’exploitation afin que la rente devienne un capital qui reste plutôt qu’une facture qui revient de loin. Le Sud détient ce que la bulle convoite. Il doit se faire payer en patrimoine, pas en dette.
Le troisième déplacement va de la dépendance cyclique à la profondeur institutionnelle. Les banques multilatérales de développement peuvent, par une utilisation plus audacieuse de leur capital et le recours au capital hybride, dégager plusieurs centaines de milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur la décennie sans un dollar de contribution nouvelle. Les droits de tirage spéciaux alloués en 2021, 650 milliards de dollars, sont allés pour l’essentiel aux économies riches qui n’en avaient pas besoin, et les pays à faible revenu en ont reçu moins de 4 %. Leur réaffectation vers des mécanismes de garantie en monnaie locale et des lignes de liquidité régionales vaut davantage que dix conférences de bailleurs.
Ces trois déplacements ne relèvent ni de la charité du Nord ni de la bonne volonté des marchés. Ils relèvent de décisions que les États du Sud peuvent prendre seuls, et dont la plupart ont déjà le cadre juridique. Ils supposent, en revanche, la confiance des peuples dans leurs propres institutions. Une épargne nationale ne se mobilise que vers des bourses dont les règles sont respectées. La souveraineté financière commence par la probité domestique, et la probité domestique ne se délègue à aucune machine.
Enfin, le Sud global a connu la dette comme un fardeau, puis comme un instrument. Il la découvre aujourd’hui comme un droit d’entrée dans une partie truquée, où le prix de l’argent ne mesure plus la rareté du capital mais la peur de déclin des puissances. Les économies qui comprendront les premières que la sortie se trouve dans la profondeur de leurs propres marchés, dans la rente convertie en patrimoine et dans une souveraineté financière pensée comme une ligne de défense, auront moins à craindre du jour où les emprunteurs sans limite, cesseront de payer. Les autres apprendront, une fois encore, que l’on ne négocie pas avec un marché occupé. On le quitte, ou on en construit un autre non truqué.
Économiste, banquier et financier.
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Partie le 27 septembre 2026 de Menzel Bouzaiane, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, en direction du palais présidentiel de Carthage, la marche des diplômés chômeurs réclament l’application de la loi n° 18 du 22 décembre 2025 relative au recrutement exceptionnel dans fonction et les entreprises publiques, des diplômés de l’enseignement supérieur restés longtemps sans emploi, s’est terminée en queue de poisson sans que les marcheurs n’aient pu obtenir satisfaction.
Latif Belhedi
La mobilisation, qui comptait initialement 23 personnes, a progressivement rallié de nouveaux participants en cours de route. Selon le comité de coordination, le nombre de participants a dépassé les 120 personnes, incluant des chômeurs venus d’autres gouvernorats ainsi que des membres de leurs familles ayant choisi de les accompagner.
«Nous voulons l’application de la loi, pas une rencontre avec le président», a déclaré à la presse Nesma Mahfoudhi, l’une des coordinatrices de la marche, résumant ainsi la position des participants.
La revendication porte sur l’ouverture de la plateforme numérique prévue par la réglementation, la définition d’un calendrier de recrutement et le lancement de la première tranche avant la fin de 2026, le recrutement devant se faire sur une période maximale de trois ans et selon des critères prenant notamment en compte l’âge — avec une priorité accordée aux personnes de plus de 40 ans —, l’année d’obtention du diplôme, la situation sociale et le principe d’un seul bénéficiaire par famille.
A leur arrivée aux portes de Tunis, après une marche de quelque 300 kilomètres à pieds, marquée par une grande fatigue et des problèmes de santé – plusieurs participants ayant dû recevoir des soins lors des différentes étapes -, les marcheurs ont été empêchés d’avancer davantage et sommés de rentrer au bled les mains vides. L’une des marcheuses, qui s’est montrée intraitable dans la défense de ce qu’elle considère comme un droit, a été arrêtée.
«Votre appel a été entendu par le président de la république», leur a-t-on dit, et des mesures seront prises bientôt pour accélérer l’application de la loi n° 18/2025, qui engage le gouvernement à recruter les diplômés chômeurs par tranches. Mais comme ils se sont lassés des promesses non tenues et qu’ils traînent leur détresse depuis plusieurs années, certains depuis 15 ans et plus, les diplômés chômeurs de Menzel Bouzaiane, l’un des berceaux de la révolution de 2011, rechignent à donner foi à la nouvelle promesse. Et le malaise reste entier. Le malentendu aussi. Car toute cette affaire est né d’un malentendu qu’il va être difficile de lever.
En effet, les membres de l’Union des diplômés chômeurs (UDC), qui sont derrière la «Marche de la dignité», pensent, sans doute à tort, qu’un diplôme ouvre automatiquement la voie à un recrutement dans la fonction publique qui, de ce point de vue, devient un droit inaliénable. Or, on le sait, cela est totalement faux. Un diplôme, quel qu’il soit, est à peine une ligne dans un CV, un indicateur de mérite parmi d’autres. Un emploi ne s’offre pas, il se mérite, par la motivation, le talent, l’expérience et la confiance que l’on inspire à l’employeur.
Un diplômé ne doit donc pas dormir sur ses lauriers et attendre un hypothétique emploi dans la fonction publique qui risque de ne jamais venir : son diplôme ne vaut rien s’il n’est pas complété par des formations, des acquis, des savoir-faire… C’est ce que les responsables auraient dû expliquer à ces jeunes diplômé(e)s dont certain(e)s sont presque quinquagénaires. Et non succomber à un populisme de mauvais aloi, dicté par des calculs électoralistes, en leur faisant miroiter la perspective d’un emploi offert sur un plateau d’argent.
Disons les choses clairement et sans détour : la fameuse loi n° 18/2025, qui a été défendue par tous les partis politiques et les organisations de la société civile, y compris l’UGTT, la centrale ouvrière, et portée par le président Kaïs Saïed, n’aurait jamais dû être promulguée parce qu’elle est inapplicable dans un pays faisant face à une grave crise financière et dont le déficit budgétaire continue de se creuser sur fond d’endettement, intérieur et extérieur, d’inflation structurelle et de croissance économique atone peinant à atteindre 1,5 ou 2 %.
Cette loi est d’autant plus inapplicable, également, que la fonction publique en Tunisie emploie plus de 700 000 salariés – là où des pays d’une même grandeur démographique se contenteraient de 200 000 ou 300 000. Près du tiers de ces salariés sont payés d’ailleurs pour ne rien faire, des employés fantômes percevant des salaires fictifs et protestant régulièrement pour exiger des augmentations salariales. Beaucoup d’entre eux ont du reste un second emploi, réel celui-là, dans la contrebande et le marché parallèle qui nuit à l’économie nationale et grève les recettes de l’État par l’évasion fiscale.
Au lieu de faire de vagues promesses et de prendre des engagements solennels qu’il n’est pas en mesure de respecter, l’État aurait dû jouer, plus efficacement et avec plus de détermination, le rôle qui est censé être le sien dans la gestion des affaires publiques : mettre en place les conditions requises pour impulser l’investissement, la croissance, la création de richesses et d’emplois, seul moyen pour réduire le déficit budgétaire, l’endettement et le chômage structurel qui touche, bon an mal an, autour de 15% de la population active.
A notre connaissance, l’humanité n’a pas inventé d’autres moyens pour sortir du sous-développement, de la pauvreté et de la dépendance de l’aide étrangère qui sont aujourd’hui le lot des Tunisiens soixante-dix ans après leur indépendance. Et c’est dommage…
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La situation de Tunisair continue de cristalliser les inquiétudes à la lumière des dernières déclarations du ministre du Transport. Devant les députés, le 20 avril 2026, le ton s’est voulu lucide sur l’ampleur des difficultés mais à la fois (un peu trop) optimiste sur le redressement en cours.
Le constat initial fait par le ministre a toutefois été jugé surprenant : celui-ci a soutenu avoir trouvé une compagnie dans une « situation lamentable », réduite à opérer avec seulement six à sept avions en état de service. Une configuration minimale pour une compagnie nationale, symptomatique selon le ministre d’années de gestion dégradée. Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue dans les milieux avisés qui y ont vu un dédouanement de sa part, imputant implicitement la responsabilité de la situation à l’ancien dirigeant de la compagnie.
À cela s’ajoute un endettement jugé critique, évalué à près de 2 600 millions de dinars selon le chiffre avancé à l’ARP, niveau d’endettement qui a durablement pesé sur la capacité d’investissement et de fonctionnement de l’entreprise.
Etats financiers et retards de publication
Sur le plan financier, un effort de mise à jour est en cours promet Rachid Amri. Les états financiers des exercices 2021 et 2022 ont été validés, tandis que ceux de 2023, 2024 et 2025 devraient l’être dans le courant de l’année 2026. Une étape indispensable pour restaurer la crédibilité de la compagnie, aujourd’hui jugée non bancable. « Elle ne peut pas contracter de prêt dans sa situation actuelle, mais elle va le redevenir », a-t-il assuré, évoquant un objectif de retour progressif à la confiance des partenaires financiers.
Au cœur de cette stratégie, un plan de sauvetage qualifié d’« urgent » est déployé à court terme. L’objectif : remettre rapidement en exploitation un maximum d’appareils afin de générer des revenus, tout en finançant les réparations nécessaires, notamment celles des moteurs, particulièrement coûteuses.
Flotte en cours de développement
La flotte constitue ainsi un indicateur clé de ce redressement. Actuellement, Tunisair dispose de 12 avions opérationnels, auxquels s’ajoutent deux appareils en réparation, attendus en service d’ici la fin du mois. Dès juin, la flotte devrait atteindre 16 avions grâce à l’intégration de deux appareils supplémentaires, un Airbus A320 et un Airbus A330, pour lesquels les moteurs ont été acquis et les contrats finalisés.
À horizon fin 2026, la compagnie ambitionne d’exploiter 18 avions, dont trois en location de type « dry lease », avec option d’achat selon le ministre, quoique cette affirmation soit discutable étant donné que les appareils sous ce régime sont restitués à la fin du bail.
Selon les projections présentées, un seuil de 21 appareils serait nécessaire pour atteindre l’équilibre financier, illustrant le lien direct entre capacité opérationnelle et viabilité économique.
Filiales en déficit
Le ministre a également évoqué la situation des six filiales du groupe, bizarrement toutes décrites comme fortement endettées (les résultats montrent au contraire qu’Amadeus qu’il a citée est la seule bénéficiaire), mais engagées dans des processus d’assainissement. Un chantier parallèle, essentiel pour restaurer la cohérence et la performance globale du groupe.
Sur le plan opérationnel, des progrès ont été revendiqués concernant l’état des avions, longtemps critiqué. Le ministre a indiqué qu’un indicateur interne de sécurité et de conformité (qu’il a désigné par le terme facteur), qui atteignait auparavant des niveaux préoccupants (jusqu’à 3,5), est désormais repassé sous la barre de 1. Une amélioration qui aurait permis de lever certaines immobilisations et de renforcer les standards de sûreté et de sécurité.
Enfin, la situation de Tunisair Express a été qualifiée de « plus préoccupante encore ». Malgré des tarifs de billets jugés élevés, la filiale demeure déficitaire et dépendante de subventions. Des mesures sont toutefois prévues, avec l’exploitation d’au moins deux avions de capacité moyenne d’ici la fin de l’année, dans l’espoir de renforcer son modèle économique.
Entre diagnostic sévère hérité du passé et projections volontaristes, le discours officiel dessine une trajectoire de redressement rapide, mais encore conditionnée à la capacité de la compagnie à exécuter son plan dans un contexte financier contraint.
Le sauvetage de Tunisair s’annonce ainsi comme un test majeur de résilience pour cette entreprise dont la main-mise de l’Etat demeure encore très prononcée malgré la décision de modifier son mode de gouvernance depuis 2024 qui n’a, dans les faits, jamais été appliqué malgré la nomination d’un président de conseil.
©Destination Tunisie
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