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LE PDG de la SONEDE dévoile la stratégie proactive pour l’été 2027 à Médenine et Djerba

Lors du Conseil régional des eaux réuni mercredi matin dans le gouvernorat de Médenine sous l’égide de , Hamadi El Habib, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche chargé des eaux, et Walid Tabboubi, gouverneur de Médenine, le président-directeur général de la Société nationale d’exploitation et de distribution […]

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Le Croissant-Rouge tunisien lance sa campagne hivernale et ambitionne de former un million d’enfants aux premiers secours 

Omar Takrouni, secrétaire général de l’Instance nationale du Croissant-Rouge tunisien et président de l’instance régionale de Zaghouan, a confirmé au micro de Diwan FM que dans le cadre de la célébration du soixantième anniversaire de la fondation de l’organisation et de la préparation à la saison hivernale, le Croissant-Rouge tunisien poursuit la distribution d’aides sociales […]

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Abdelkrim Hajjaji prend la présidence du conseil d’administration de l’UIB

Réuni le 14 octobre 2026, le Conseil d’Administration de l’Union Internationale de Banques (UIB) a désigné Monsieur Abdelkrim Hajjaji comme Président non exécutif du Conseil d’Administration à partir de ce jour. Cette nomination fait suite à sa cooptation en qualité d’administrateur et à l’approbation de la Banque centrale de Tunisie.

A l’issue du Conseil d’Administration, M. Hajjaji a déclaré : « Je suis honoré de cette nomination qui me donne l’opportunité de mettre mon expérience au service de l’UIB en Tunisie. Je souhaite contribuer pleinement au développement de l’UIB et à la réalisation de ses ambitions, avec une priorité constante : créer durablement de la valeur pour nos clients et l’ensemble de nos parties prenantes. Je suis très heureux de travailler dès à présent avec les administrateurs, le directeur général et les équipes de la banque », rapporte un communiqué de la banque.

Cette nomination accompagne une nouvelle étape pour l’UIB avec l’ambition de renforcer ses positions sur le marché bancaire tunisien, au bénéfice de ses clients et plus largement de l’économie tunisienne.

De nationalité tunisienne, M. Hajjaji est ingénieur diplômé de l’ENSAE en Mathématiques, Statistiques, Finance et Économie. Fort de plus de 35 ans de carrière dans les secteurs bancaire, financier et technologique au sein de groupes bancaires internationaux, M. Hajjaji a exercé des responsabilités exécutives de haut niveau couvrant la stratégie, la gouvernance, les opérations, la finance, la transformation digitale, la gestion des risques et le développement international.

Il occupait depuis 2014 et jusqu’à septembre 2026 les fonctions de Global Chief Operating Officer et membre du Comité Exécutif de Banco Santander Corporate & Investment Banking à Londres.

D’après communiqué.

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Un numéro vert pour accompagner les femmes entrepreneures

Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a annoncé, mercredi, le lancement du numéro vert 1810, destiné à orienter et à accompagner les femmes dans leurs projets entrepreneuriaux.

Ce nouveau dispositif a été présenté lors d’une manifestation sur le thème « Réalité des femmes en milieu rural : mutations et défis », organisée par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (Credif), à l’École supérieure d’agriculture de Mograne, dans le gouvernorat de Zaghouan, à l’occasion de la Journée mondiale de la femme rurale.

Dans une allocution prononcée en son nom par Wijdan Ben Ayed, attachée à son cabinet, la ministre Asma Jebri a indiqué que ce numéro vert permettra aux femmes porteuses de projets de bénéficier de conseils techniques et d’un accompagnement pratique sur le terrain, depuis la formulation de leur idée jusqu’à la phase suivant la mise en œuvre de leur projet.

La ministre a également réaffirmé l’engagement de son département en faveur de l’autonomisation économique des femmes rurales, dans le cadre d’une vision nationale visant à consolider le rôle social de l’État et à renforcer la justice sociale. Elle a souligné la nécessité d’accroître l’impact des politiques publiques sur les conditions de vie des femmes et des jeunes filles en milieu rural, tout en renforçant la concertation entre les acteurs nationaux, régionaux et locaux.

Plus de 6 400 projets financés par le programme « Raïdet »

En matière d’entrepreneuriat féminin, le programme national « Raïdet », dédié à l’entrepreneuriat féminin et à l’investissement, a permis de réaliser plus de 6 400 projets, pour des financements dépassant 63 millions de dinars.

Ce programme soutient notamment la création d’activités dans les industries agricoles et alimentaires, l’artisanat et les services, ainsi que la valorisation des chaînes de valeur et des ressources environnementales.

Le ministère intervient également en faveur de l’inclusion économique des travailleuses saisonnières dans le secteur agricole. Il entend, dans ce cadre, généraliser la création d’espaces dédiés à l’accompagnement, à la formation et à la commercialisation au profit des femmes et des jeunes filles dans les différentes régions du pays.

Par ailleurs, le département a mis en place une plateforme nationale consacrée à la commercialisation et à la vente des produits fabriqués par les femmes et les jeunes filles tunisiennes. Cette initiative vise à renforcer leurs capacités commerciales, à faciliter l’accès de leurs produits aux circuits de distribution et à élargir leurs débouchés sur les marchés nationaux et internationaux, en tirant parti des évolutions technologiques.

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Un parachute doré de 2,5 MDT, et une rémunération de plus de 1,1 MDT

Ce sont des chiffres et des montants, que les hommes d’affaires et chefs d’entreprise tunisiens n’aiment pas tout particulièrement, bien qu’ils soient obligés de les citer dans leurs bilans. Ce sont l’article 200 du CSC et l’article 32 de la loi n° 94-117 du CMF tunisien qui le stipulent. Des chiffres et des montants auxquels […]

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La BCT voit les risques monter, mais ne bouge pas

Le Conseil d’administration de la BCT (Banque centrale de Tunisie) a maintenu, le 7 octobre 2026, son taux directeur à 7,00 %. Le communiqué qui accompagne la décision aligne pourtant les signaux d’alerte. Énergie plus chère que prévu, déficit courant en forte hausse, réserves en recul, inflation qui remonte. Les risques sont jugés « orientés […]

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Lloyd Tunisien, assureur en perte, bénéfice de holding

L’assureur affiche un bénéfice de 7,3 MDT pour 2025. Ses états financiers montrent pourtant une souscription déficitaire après réassurance, un résultat porté par des cessions de titres du groupe, et un actionnaire de référence qui lui prête et lui emprunte au même taux. Le Lloyd Tunisien soumet le 13 octobre à son assemblée générale des […]

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Cliniques privées : derrière le succès, le spectre de la faillite

Elles accueillent chaque jour des patients tunisiens et étrangers, offrent des prestations qui contrastent avec les difficultés des hôpitaux publics et bénéficient d’une réputation qui dépasse largement les frontières. Pourtant, derrière les chambres individuelles, les équipements modernes et les halls d’accueil soignés, les cliniques privées tunisiennes traversent une crise financière préoccupante. Huit mois d’impayés de...

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Le siège de l’Arabie Saoudite | L’Iran étrangle le monde pour régner sur le Golfe

En attaquant l’Arabie saoudite, l’Iran prend en otage l’économie planétaire, appauvrit les plus pauvres et menace le voisinage des lieux saints, non pour une cause, mais pour arracher à Washington une négociation qui arrêterait la guerre dont elle est la cible et consacrerait l’hégémonie iranienne sur la péninsule, telle est la stratégie de Téhéran. Ce n’est ni une résistance ni une révolution, c’est un chantage.

Yahya Ould Amar *

En cinq jours, du 6 au 11 octobre 2026, dix-neuf personnes ont péri et plus de trois cent cinquante ont été blessées dans les aéroports d’Abha et de Riyad, sous des missiles et des drones tirés du Yémen. Ces attaques visaient des civils, elles ont été revendiquées, et leurs armes portent une signature que nul ne conteste.

L’Arabie saoudite vit désormais sous un double verrou. À l’est, Ormuz est fermé de fait par l’Iran depuis la rupture du cessez-le-feu du 8 juillet. À l’ouest, les Houthis tiennent depuis le 11 septembre l’île de Périm, au cœur de Bab el-Mandeb, et bloquent les navires liés au royaume. Entre les deux, l’oléoduc Est-Ouest, seule artère de contournement, a été frappé depuis l’Irak et mis à l’arrêt. Un pays qui exporte son sang par deux veines voit l’une tranchée et l’autre comprimée.

Or ce siège concerne le monde entier. Par ces deux détroits transite une part décisive du pétrole consommé sur la planète et du commerce maritime mondial, et l’Arabie saoudite, par ses capacités de réserve, est le régulateur de dernier ressort du marché pétrolier. Lui fermer ses veines, c’est retirer au monde son amortisseur. Chaque hausse durable de dix pour cent du baril retranche entre un à deux dixièmes de point à la croissance mondiale ; un choc de l’ampleur actuelle, c’est près d’un point de croissance, plus de 1000 milliards de dollars évaporés, et une inflation qui frappe d’abord ceux qui importent leur carburant et leur blé, non Téhéran. C’est aussi tarir une source de stabilité : premier bailleur de fonds du monde arabe, pilier de la Banque islamique de développement, le royaume abrite dix millions de travailleurs étrangers dont les transferts, près de quarante milliards de dollars par an, font vivre des familles du Caire à Karachi.

Enfin, pour deux milliards de musulmans, ce pays n’est pas un État comme les autres. Il garde La Mecque et Médine, accueille chaque année des millions de pèlerins, et des drones tirés sur la région de Médine, à portée du tombeau du Prophète Mohamed, atteignent une communauté entière bien au-delà de ses frontières.

Prendre en otage l’économie planétaire, appauvrir les plus pauvres et menacer le voisinage des lieux saints, non pour une cause, mais pour arracher à Washington une négociation qui consacrerait l’hégémonie iranienne sur la péninsule, telle est la stratégie de Téhéran. Ce n’est ni une résistance ni une révolution, c’est un chantage.

Téhéran ne cherche pas à conquérir la péninsule, il cherche à l’étrangler. Riyad doit refuser la guerre de religion entre sunnites et chiites qu’on lui tend et conduire une guerre d’État, coalisée et asymétrique, dont le centre de gravité est à Bab el-Mandeb plutôt qu’à Ormuz, et dont la clé militaire se trouve à Jérusalem plutôt qu’à Islamabad ou Ankara.

Huit mois de feu, une seule main

La guerre s’est ouverte le 28 février 2026 par les frappes américano-israéliennes. Dès les premières heures, l’Iran a riposté contre ses agresseurs et contre toutes les monarchies du Golfe abritant des bases américaines, Oman excepté : missiles sur Riyad, drones sur Ras Tanura, sur le complexe Samref de Yanbu … Le 13 mars, deux champs offshore fermés, le royaume réduisait sa production d’un cinquième. La veille même du cessez-le-feu du 8 avril, Téhéran frappait encore les infrastructures énergétiques de tous ses voisins.

Ni la trêve négociée par le Pakistan ni le mémorandum d’Islamabad de juin n’ont couvert les voisins de l’Iran. En juillet, les Houthis ont ouvert leur propre front, un avion iranien atterrit à Sanaa en violation du contrôle aérien saoudien** a entraîné une riposte saoudienne. Juste après, un blocus est proclamé contre tout navire lié au royaume.

Les 27 et 28 juillet, les milices irakiennes du Hachd al-Chaabi ont visé les champs de la province orientale, en coordination avec des frappes houthistes sur les installations acheminant le brut vers Yanbu ; la fumée s’est élevée sur Abqaiq, déjà mis à genoux par l’Iran. Les 10 et 11 septembre, des drones tirés d’Irak ont atteint l’oléoduc Est-Ouest jusque dans les régions de Riyad et de Médine, à plus de mille kilomètres de leur rampe, forçant la fermeture de l’artère ; le même jour, les Houthis prenaient Moka puis l’île de Périm, bouclant Bab el-Mandeb. En octobre enfin, les cibles sont passées des infrastructures aux civils, après Abha, l’aéroport King Khalid de Riyad a été frappé trois fois en une semaine, une seule attaque y faisant douze morts et plus de trois cents blessés.

La leçon de cette chronologie est limpide. Trois fronts, le Yémen, l’Irak et l’Iran lui-même, obéissent à une même séquence, chaque pause sur l’un ouvrant une relance sur l’autre. Les acteurs diffèrent, la main qui tient les fils ne change pas.

La stratégie de la tenaille

La doctrine iranienne de la défense avancée date des années 1980, un État révolutionnaire encerclé survit en portant le feu chez les autres. Le Hezbollah au Liban, le Hachd en Irak, Ansar Allah au Yémen, les milices de Syrie forment un tampon ou espace protecteur. Avec la guerre de 2026, les proxys ne servent plus seulement à protéger l’Iran, mais aussi à punir ceux qui ne lui sont pas soumis.

Armement et entraînement obéissent à une chaîne de valeur dont Téhéran garde les maillons décisifs. Les Houthis reçoivent composants, plans et conseillers ; les drones qui ont atteint Médine depuis l’Irak étaient, selon les experts, des appareils à longue portée dont aucune milice ne possède seule l’ingénierie ni la logistique. La transmission passe par mer, via Oman et la Corne de l’Afrique, et désormais par les airs, puisque c’est un vol iranien vers Sanaa qui a rallumé le front yéménite. Le réseau est un corps unique.

L’Iran tient Ormuz par sa marine et ses mines, ses alliés tiennent Bab el-Mandeb depuis Périm, et entre les deux la seule voie terrestre est un oléoduc de mille deux cents kilomètres à portée des milices en Irak. La tenaille se referme sur l’économie saoudienne, et par elle sur l’économie mondiale, sans qu’un soldat iranien ait franchi une frontière. Elle se referme aussi sur le calendrier : étranglée par le blocus naval américain, la ligne de vie pétrolière de l’Iran pourrait se tarir vers décembre, selon certains analystes. Téhéran court donc entre deux asphyxies, la sienne et celle de son voisin, et parie que la monarchie cédera avant la théocratie, prenant l’économie mondiale en otage pour faire pression sur Washington.

Le choix des cibles trahit une escalade raisonnée, les infrastructures pétrolières pour peser sur le prix du brut et les finances du royaume, l’oléoduc pour fermer la porte de sortie, les aéroports civils enfin pour atteindre la réputation d’un pays qui a fait du tourisme et des grands événements le visage de sa transformation. Chaque échelon reste attribuable à une milice et nié par l’État qui l’arme.

Ce que veut Téhéran

L’Iran ne cherche ni à convertir les sunnites ni à les gouverner ; il n’a, pour le moment, ni les moyens ni le désir d’administrer La Mecque. Son ambition est de faire de ses voisins des otages plutôt que des sujets, et elle poursuit trois objectifs.

Le premier est un droit de veto sur l’architecture de sécurité de la péninsule. Chaque frappe sur une base, une ambassade, un aéroport ou un champ pétrolier porte le même message, la protection américaine coûte plus qu’elle ne rapporte. Le jour où Riyad demanderait le départ des forces américaines pour acheter sa tranquillité, l’Iran aurait gagné sa guerre sans traité.

Le deuxième est une rente de nuisance. Qui peut fermer deux détroits et frapper des infrastructures stratégiques détient un actif négociable. Téhéran a déjà conditionné chaque cessez-le-feu à des clauses extérieures à son propre théâtre, le Liban en avril, Ormuz en juillet ; il entend désormais que la sécurité du Golfe soit négociée avec lui, par lui et payée à lui. La paix devient un service dont il fixe le tarif.

Le troisième est la parité des verrous : les États-Unis bloquent les tankers iraniens, l’Iran bloque Ormuz, ses alliés bloquent Bab el-Mandeb. Cette symétrie voulue dit au monde que l’économie planétaire est l’otage de l’Iran, et que le premier exportateur de brut servira de caution à la démonstration.

L’Iran vise à imposer aux pays sunnites la neutralité armée de la Finlande de la guerre froide, qui gardait son drapeau, son roi et son parlement mais consultait Moscou avant de signer un traité. L’Iran veut un Golfe finlandisé, une péninsule sans bases, sans coalitions, qui ne finance plus d’adversaires et paie le prix de sa prudence.

Le piège de la guerre de religion

Le risque d’un affrontement sunnite-chiite existe dans plusieurs pays et il serait irresponsable de le minimiser. Mais l’Iran instrumentalise le fait confessionnel sans en être prisonnier. Ses alliés houthistes sont zaydites, branche du chiisme que les duodécimains de Qom, majoritaires en Iran, en Irak, au Liban, à Bahreïn et dans la province orientale saoudienne, ont longtemps tenue pour hétérodoxe. Il a financé le Hamas, mouvement sunnite. Il a frappé le Qatar, seule monarchie du Golfe à lui avoir gardé vingt ans d’amitié sincère, parce que le Qatar abrite une base américaine. La République islamique n’a pas d’amis confessionnels, elle a des instruments et des cibles. La clé de lecture est étatique, pas théologique.

Le danger est que les États sunnites attaqués tombent dans le piège qu’on leur tend. Si Riyad se pose en champion du sunnisme contre l’hérésie, les chiites de sa province orientale, de Bahreïn et du Koweït, citoyens loyaux pour l’immense majorité, deviennent suspects dans leur propre pays, et l’Iran gagne à l’intérieur ce qu’il n’obtient pas de l’extérieur. Le prince héritier MBS, qui a bâti son projet sur la sortie du religieux, redeviendrait le gardien d’une orthodoxie militante, ce qui ruinerait la Vision 2030 plus sûrement que dix frappes sur Abqaiq. Dans une guerre d’États, l’Iran est seul, ruiné, bloqué ; dans une guerre de religion, il devient le protecteur de deux cents millions de chiites et l’attaqué de l’histoire.

L’Irak mérite ici une attention particulière, les deux confessions y cohabitent en nombre, l’État et les milices s’y disputent le monopole de la force, et c’est de là que partent les drones qui frappent Médine. Traité en ennemi, il devient une province iranienne ; traité en partenaire contrarié, il devient le théâtre où l’Iran perd. Cette différence se joue à Riyad autant qu’à Bagdad, et elle commande de parler au gouvernement irakien avec la fermeté due à un État et la patience due à un partenaire fragile.

Islamabad et Ankara, l’assurance contre le mauvais sinistre

L’Arabie saoudite a cherché sa sécurité dans le monde musulman. Le pacte de défense mutuelle signé avec le Pakistan en septembre 2025 a été invoqué dès le 6 mars, quand les missiles iraniens ont touché Riyad, puis élargi à la Turquie le 7 août par l’accord de La Mecque, dont l’article central reprend la clause de l’Otan qui stipule qu’une attaque contre l’un vaut attaque contre tous. Le bilan tient en deux phrases. Le 10 septembre, Islamabad déclarait qu’aucune réponse militaire immédiate n’était envisagée ; Ankara avait précisé, dès le lendemain de la signature, que le pacte ne visait ni l’Iran ni aucun autre pays.

C’est que le pacte de La Mecque assure contre l’invasion par un État. Redoutable face à une colonne blindée franchissant une frontière, il dissuade réellement une agression iranienne directe. Mais nul ne menace d’envahir le Hijaz ; on menace de le frapper depuis le Yémen et l’Irak avec des engins à trois mille dollars pièce. Le royaume a souscrit une police contre l’incendie pour se protéger d’une inondation.

Les garants, du reste, ont leurs propres raisons de rester prudents. Le Pakistan partage 900 kilomètres de frontière avec l’Iran, abrite une forte minorité chiite, affronte une insurrection baloutche que Téhéran peut attiser, et surtout joue les médiateurs entre Washington et Téhéran : on ne peut être à la fois l’arbitre et le garde du corps d’un des joueurs. La Turquie est membre de l’Otan, commerce avec l’Iran, poursuit en Syrie et en Libye ses intérêts propres, et son président a fait de l’équilibre entre tous les acteurs une méthode de gouvernement.

Israël, l’allié que l’on ne peut nommer

Israël connaît les sites de lancement des Houthis, leurs dépôts d’armes et leurs chaînes d’approvisionnement ; il dispose d’une aviation à long rayon d’action, d’une défense antimissile éprouvée par des milliers d’interceptions et d’un renseignement efficace. Tout plaide pour une alliance, sauf la politique.

Le moment est pourtant paradoxal, jamais l’intérêt stratégique des pays sunnites n’a autant convergé avec celui d’Israël. Après le génocide à Gaza et l’extension des opérations israéliennes au Liban et en Syrie, les stratèges de Riyad tiennent l’Iran et Israël pour deux puissances révisionnistes dont le conflit déstabilise un Golfe qui n’y a pas pris part. MBS a répété en Amérique qu’il souhaitait rejoindre les accords d’Abraham, à condition d’un chemin irréversible vers un État palestinien ; Washington a répondu, le 23 juillet, en subordonnant l’accord nucléaire américano-saoudien à cette adhésion. Le pont est tendu des deux côtés, et personne ne l’emprunte.

La trajectoire praticable ne commence pas par la normalisation. Elle passe par une coalition de nécessité à trois étages, dont chacun se suffit et prépare le suivant.

Le premier est technique – intégration des défenses aériennes via le commandement central américain, qui couvre déjà les deux pays ; partage du renseignement sur les trajectoires, les rampes et les transferts maritimes iraniens vers le Yémen ; fourniture de systèmes anti-drones israéliens par intermédiaires. Rien de cela n’exige une ambassade.

Le deuxième est opérationnel – une division du travail où Israël frappe les capacités houthistes et la logistique iranienne en mer Rouge pour ses propres motifs, Eilat et sa navigation étant menacées, tandis que le royaume conduit avec ses alliés locaux la reconquête de la côte yéménite. Nul besoin de reconnaître la coordination pour qu’elle existe. Israël y gagne un théâtre où l’Iran s’épuise, Riyad un bras armé qu’il ne peut se donner.

Le troisième est politique et public. Un monde sunnite et Israël combattant côte à côte pendant que la Knesset légifère sur l’annexion de la Cisjordanie offrirait à Téhéran la victoire qu’il cherche. La clé reste l’initiative de paix arabe de 2002, reconnaissance pleine contre État palestinien, texte que Riyad a écrit et peut ressortir du tiroir. Le prix pour Israël est un calendrier contraignant vers la souveraineté palestinienne, le gel de l’annexion, le retrait des territoires saisis au Liban et en Syrie. En échange, ce qu’aucune victoire militaire ne lui donnera, l’intégration dans une architecture de sécurité régionale dont l’Iran serait exclu.

Israël doit comprendre que cette concession n’est pas un cadeau fait à Riyad, mais une protection pour lui-même. Si l’Arabie saoudite finit par céder au siège, l’Iran obtient un Golfe neutralisé, sans bases américaines ni coalition, et retrouve des ressources, des routes et des mains libres pour reporter tout son effort sur le front israélien.

L’Arabie saoudite qui tient est le premier rempart d’Israël ; l’Arabie saoudite qui plie en serait la première brèche. Riyad doit comprendre que la hiérarchie de ses périls a changé, ce qui tue aujourd’hui des Saoudiens dans les aéroports ne vient pas de Jérusalem. L’allié qu’on ne peut nommer est celui qu’il faudra, à terme, pouvoir nommer, et c’est à Israël de rendre ce nom prononçable.

Une stratégie d’État en sept piliers

La réponse saoudienne doit tenir en une doctrine lisible par ses alliés, ses adversaires et son peuple, elle doit refuser le duel sur le terrain choisi par l’Iran et déplacer le combat là où le royaume peut gagner.

Nommer la menace – Faire inscrire Ansar Allah et les milices du Hachd impliquées sur les listes terroristes du Conseil de coopération du Golfe (CCG), de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), en s’appuyant sur la résolution 2817 et sur les morts d’octobre. Porter au Conseil de sécurité la responsabilité de l’État fournisseur, non celle de ses sous-traitants.

Bab El-Mandeb avant Ormuz – Ormuz ne rouvrira que par un accord américano-iranien que Riyad ne contrôle pas ; le centre de gravité de la guerre est Périm. L’île et Moka peuvent être reprises par une opération amphibie des forces du gouvernement yéménite, appuyées par l’alliance maritime fondée en juillet, par l’Égypte dont le canal est en jeu, et par les frappes israéliennes sur les capacités houthistes. C’est rouvrir la veine occidentale et briser la symétrie des détroits sur laquelle repose tout le calcul de Téhéran.

L’économie de l’interception – Abattre un drone à trois mille dollars avec un missile à trois millions est une défaite comptable que l’adversaire a comprise. Il faut une défense à couches, radars à basse altitude, brouillage, canons, intercepteurs bon marché, en s’appuyant sur l’industrie turque et l’expérience pakistanaise, les deux alliés devenant fournisseurs plutôt que garants. Aéroports et terminaux exigent une protection dédiée, car c’est là qu’on frappe désormais.

L’Irak, endiguer sans rompre – Soutenir Bagdad dans sa reprise en main des milices, conditionner les investissements saoudiens au démantèlement des capacités de lancement, obtenir des observateurs sur les sites saisis, et ne jamais frapper l’Irak sans l’accord de l’Irak. L’objectif est un État assez fort pour qu’on lui demande des comptes, non une province iranienne qu’on ne peut que bombarder.

Le temps est contre Téhéran – L’horloge joue pour le royaume s’il tient, la ligne de vie pétrolière iranienne se tarit vers la mi-décembre en raison du blocus américain, selon les analystes. L’Iran n’aura donc plus les moyens financiers pour armer ses proxys, il doit savoir que sa reconstruction dépendra des capitaux de ceux qu’il bombarde.

Israël, la coalition par étages – Intégration technique immédiate, coordination opérationnelle, alliance publique contre un calendrier palestinien contraignant. La séquence donne aussi au royaume son levier sur Washington, puisque le président américain a lui-même lié accord nucléaire et normalisation.

Le pacte intérieur – Refuser toute lecture confessionnelle du conflit, protéger les citoyens chiites comme des citoyens, poursuivre l’ouverture de la société. La Vision 2030 doit rester la réponse à Téhéran, pas sa victime.

Ces sept piliers forment une stratégie asymétrique. Là où l’Iran frappe des installations, le royaume reprend un détroit ; où il instrumentalise une confession, le royaume mobilise des États ; où il mise sur le temps court, le royaume parie sur le temps long. Et là où l’Iran compte sur la solitude saoudienne, le royaume bâtit une coalition dont la pièce décisive, par un paradoxe que l’histoire affectionne, est l’État que la rue arabe tient encore pour l’ennemi.

Enfin, les empires meurent rarement de leurs ennemis, ils meurent de la réponse qu’ils leur donnent. L’Arabie saoudite affronte aujourd’hui un siège conçu par un adversaire plus pauvre, plus isolé et plus désespéré qu’elle, mais qui a l’avantage de la cohérence. Téhéran sait ce qu’il veut, un Golfe neutralisé, et il a choisi ses instruments en conséquence. Riyad doit opposer à cette cohérence une cohérence supérieure. Cela suppose de renoncer à trois illusions. L’illusion que la protection américaine suffira, alors que Washington négocie par-dessus la tête du Golfe y compris avec les Houthis. L’illusion que la solidarité musulmane se changera en divisions blindées, alors que le pacte de la Mecque ne vaut que par ses fournitures. L’illusion qu’on peut tenir Israël à distance en attendant un monde meilleur, alors que le seul allié capable de frapper l’arsenal houthiste attend lui aussi qu’on lui dise le prix.

* Économiste, banquier et financier.

** A la demande en 2015 du gouvernement yéménite reconnu, en application de la résolution 2216 du Conseil de sécurité imposant un embargo sur les armes à destination des Houthis et autorisant l’inspection des cargaisons.

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France | Forces et faiblesses de la stratégie de rupture de Mélenchon

De retour d’un séjour de dix jours à Marseille, marqué par les mobilisations lycéennes et les échanges avec la jeunesse étudiante, j’ai pu mesurer la dynamique socio-économique et l’enthousiasme politique qui animent les jeunes. Un terrain où la candidature de Jean-Luc Mélenchon puise sa force. Mais pour espérer passer au second tour de la présidentielle de 2027, le leader de LFI doit être capable de transformer une candidature de rupture, qui risque de lui aliéner les électeurs de centre-gauche, en candidature de rassemblement. 

Lotfi Sahli, Marseille.

Sur le vieux port comme devant les lycées marseillais, la colère sociale et les revendications pour l’école publique résonnent avec une intensité particulière. Dans les discussions des jeunes étudiants, la précarité socio-économique et la défense des conditions de travail des enseignants s’imposent au cœur des préoccupations. Ce climat de solidarité et d’engagement n’est pas neutre sur le plan électoral : selon l’un des derniers sondages, chez les 18-24 ans, Jean-Luc Mélenchon fait la course en tête avec 41 % des intentions de vote, devançant nettement Marine Le Pen (20 %).

Chez les jeunes, le pronostic dominant est donc une forte dynamique en faveur de Mélenchon. Cette dynamique s’explique notamment par la force de La France Insoumise (LFI), une organisation à la fois structurée et structurante, qui dispose d’un imaginaire politique auquel une partie des Français demeure réceptive. Sa force est également programmatique : comme le soulignait un chroniqueur, LFI ne se limite pas à une mobilisation émotionnelle ou à une posture de rupture, mais s’appuie sur un corpus de propositions structuré, capable d’offrir une grille de lecture globale des enjeux économiques, sociaux et écologiques.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, le fondateur de LFI entend transformer cet enthousiasme juvénile en levier politique principal autour d’une stratégie de rupture articulée en quatre piliers.

Premier levier, la polarisation du débat : Mélenchon cherche à structurer la campagne autour d’une opposition entre deux projets de société. D’un côté, le programme de rupture porté par LFI ; de l’autre, l’extrême droite et les politiques qu’il associe aux inégalités, à la stigmatisation et à la défense des intérêts économiques dominants. Cette stratégie vise à marginaliser le centre politique et à présenter la gauche insoumise comme le principal rempart contre le Rassemblement national (RN). Elle comporte cependant un risque : en durcissant les clivages, le candidat peut consolider son socle tout en éloignant une partie de l’électorat modéré.

Deuxième levier, la mobilisation des abstentionnistes : LFI considère que les réserves électorales les plus importantes se trouvent parmi les jeunes, les salariés précaires et les habitants des quartiers populaires, dont une partie participe peu aux élections. L’objectif est de transformer une disponibilité politique diffuse en votes effectifs. Meetings, présence militante sur le terrain, campagnes d’inscription sur les listes électorales et communication numérique constituent les instruments de cette tactique. Le mouvement entend ainsi compenser ses difficultés à convaincre certains électeurs du centre gauche par une mobilisation plus intense de son propre espace électoral.

Troisième levier, l’affirmation d’une candidature incontournable : en avançant tôt dans la campagne, Mélenchon cherche à imposer son leadership et à placer les autres formations de gauche devant un choix stratégique : s’aligner sur une candidature insoumise ou risquer la dispersion des voix. Cette démarche s’appuie sur un programme déjà structuré, L’Avenir en commun, actualisé pour 2027, qui articule pouvoir d’achat, services publics, planification écologique, transformation institutionnelle et souveraineté nationale. La présentation d’un programme de gouvernement et d’une équipe susceptible d’exercer le pouvoir vise également à répondre aux critiques sur la préparation et la crédibilité de LFI.

Quatrième levier, occuper le terrain médiatique et politique: la multiplication des meetings, les prises de position sur les conflits internationaux et les interventions dans les mobilisations sociales permettent à Mélenchon de maintenir sa présence dans l’actualité. La tactique est celle de l’initiative : imposer les thèmes du débat plutôt que se contenter de répondre aux adversaires. Mais cette stratégie de conflictualisation est à double tranchant. Les controverses peuvent renforcer la visibilité du candidat auprès de ses soutiens, tout en alimentant les accusations d’excès et en compliquant son élargissement électoral.

C’est précisément là que se situe la principale contradiction de sa campagne. Pour atteindre le second tour, Mélenchon doit réunir un socle populaire solide et convaincre au-delà de celui-ci. Or, le style combatif qui mobilise ses partisans peut inquiéter des électeurs dont le soutien serait indispensable au second tour. Sa stratégie doit donc conjuguer radicalité programmatique et démonstration de capacité gouvernementale.

En définitive, le pari Mélenchon repose sur une équation claire : mobiliser davantage, polariser le débat et apparaître comme le candidat le mieux préparé à affronter l’extrême droite. Sa réussite dépendra moins de sa capacité à dominer la gauche militante que de son aptitude à convertir cette force en majorité électorale. La présidentielle de 2027 se jouera ainsi sur une question centrale : Mélenchon peut-il transformer une candidature de rupture en candidature de rassemblement sans perdre l’identité politique qui fait sa force ?

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Intelligence artificielle | Attention au piège des benchmarks !

L’Occident s’est enfermé dans une illusion métrologique où chaque semaine, des classements dorés à l’or fin décernent la «suprématie de l’intelligence artificielle» sur la base de benchmarks devenus de véritables pièces de théâtre. On compare des pourcentages d’exactitude sur des tests d’école (MMLU, HumanEval, Math), comme si l’on mesurait la puissance militaire de deux empires en comptant le nombre de médailles obtenues à un concours de tir à l’arc.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

La réalité est bien plus brutale : la caducité des techniques actuelles de benchmarking est quasi-totale.

L’évaluation de l’IA ne souffre plus d’un manque de précision, mais d’un biais d’invalidation fondamentale. Les modèles de frontière sont surentraînés pour réussir les tests, ils connaissent les réponses aux examens avant même de s’y présenter. Mais surtout, ces benchmarks mesurent une performance statique, en laboratoire, ignorant la véritable nature de la guerre technologique : la puissance infrastructurelle, l’agilité systémique et surtout l’imprévisibilité stratégique.

Déclarer aujourd’hui les États-Unis vainqueur sur la base des benchmarks d’OpenAI ou d’Anthropic est une erreur d’appréciation stratégique. La suprématie de l’IA ne se joue pas dans une feuille de calcul, mais sur le terrain d’une guerre invisible structurée par quatre piliers matériels et surtout une variable x imprévisible.

Primo, la guerre des modèles : la brute de la Silicon Valley face à l’alchimie de «Hangzhou».

La méthodologie américaine repose sur «le scaling law brutal» qui consiste à injecter plus de paramètres, consommer plus de térawatts, empiler plus de milliards. Les USA produisent des titans monolithiques, ultra-performants sur le papier, mais lourds et extrêmement coûteux à faire tourner.

Côté chinois, la contrainte a engendré une mutation techno-génétique. Privée de la force brute par les sanctions, la Chine a développé une culture de l’optimisation extrême. L’épisode DeepSeek n’était qu’un tir de sommation : la démonstration qu’une architecture distribuée, distillée et basée sur un apprentissage par renforcement frugal pouvait égaler les monstres américains pour une fraction ridicule de leur coût.

Pendant que Washington évalue la «réflexion» de ses modèles sur des énigmes logiques, Pékin déploie des dizaines de milliers de modèles légers, spécialisés (Agentic AI), directement greffés sur son tissu industriel, son réseau de surveillance et sa robotique. L’un calcule la métaphysique, l’autre orchestre l’économie matérielle.

Secundo, les data centers et l’énergie, la faille du réseau américain.

Si l’IA est le nouveau cerveau global, les data centers en sont le système nerveux central. Dans ce périmètre stratégique, les benchmarks de laboratoire oublient la physique.

Les USA affichent une capacité cumulée impressionnante et des projets pharaoniques (Stargate et clusters de gigawatts), mais ils heurtent un mur imprévu : la vétusté de leur réseau électrique, les blocages bureaucratiques et l’opposition des populations locales face à la surconsommation d’eau et d’électricité.

À l’inverse, la Chine aborde la question de la puissance de calcul avec la rigueur d’une planification d’État centralisée. Avec son projet stratégique de «Routage des données de l’Est vers l’Ouest» (East Data, West Computing) lancé officiellement en février 2022, Pékin connecte directement ses mégacentres de calcul aux barrages hydroélectriques du Sud-Ouest et aux immenses parcs solaires et éoliens du désert de Gobi. La Chine ne construit pas juste des serveurs, elle bâtit une infrastructure énergétique dédiée à l’inférence en temps réel.

Tertio, les semi-conducteurs : l’embargo américain a-t-il vraiment bloqué la Chine ?

En interdisant la vente de ses puces de pointe (comme les Nvidia H100 ou B200…), Washington pensait paralyser l’essor de l’IA en Chine. C’était sans compter sur la résilience et l’agilité d’un pays habitué à innover sous pression.

Loin d’être freinée, la Chine a structuré son propre écosystème matériel indépendant. Symbole éclatant de cette riposte : le déploiement massif de puces de dernière génération comme la Huawei Ascend 910C, associée aux superclusters de calcul CloudMatrix. Ces accélérateurs ultrapuissants démontrent la force de la stratégie chinoise du «dépassement en virage».

Pour surmonter l’absence d’équipements de lithographie EUV occidentale, les ingénieurs chinois repensent toute l’architecture microélectronique :

– empilement de mini-puces et intégration 3D avancée pour démultiplier les performances sans dépendre des procédés de gravure de TSMC ;

– optimisation logicielle poussée (via le Framework Cann de Huawei) et réseaux d’interconnexion optique pour contourner les verrous de mémoire ;

– pari sur les technologies de rupture, notamment l’industrialisation des premières puces à lumière (calcul photonique) et des architectures neuromorphiques imitant le cerveau humain.

Si les benchmarks d’aujourd’hui ne mesurent que la vitesse d’exécution sur puces occidentales, la Chine a créé en secret un écosystème matériel parallèle. De la conception de puces Asic sur mesure à la maîtrise de l’interconnexion chiplet (un type de micropuce), en passant par l’optimisation logicielle des accélérateurs Huawei (Ascend), les ingénieurs chinois ont appris à faire sauter les verrous d’efficacité.

Le goulot d’étranglement de la mémoire HBM et de la lithographie EUV pousse la Chine vers des paradigmes alternatifs : calcul photonique, processeurs analogiques et architectures neuromorphiques. Si une seule de ces voies franchit le seuil de viabilité commerciale, le monopole de l’architecture x86/GPU – issu du mariage entre le processeur central (CPU x86) et le processeur graphique (GPU) – s’effondre du jour au lendemain.

Autrement dit, l’embargo américain sur les puces Nvidia (H100, B200) censé paralyser l’IA chinoise n’a pas tenu en compte la capacité d’adaptation d’un pays habitué aux contraintes de siège.

Quarto, le système sanguin mondial : les câbles sous-marins & l’Internet physique

On oublie souvent que l’IA «dans le cloud» repose sur des câbles de fibre optique sous-marins reposant par 4 000 mètres de fond. La suprématie de l’IA n’est rien sans la maîtrise de sa distribution en millisecondes.

Dans cette arène silencieuse, la compétition est féroce. La Chine déploie ses propres dorsales internationales (comme le câble Peace qui s’inscrit directement dans le volet numérique des Nouvelles Routes de la Soie) pour interconnecter le Sud Global (Asie du Sud-Est, Moyen-Orient, Afrique, Amérique Latine) sans passer par les bifurcations américaines ou européennes.

En contrôlant les tuyaux par lesquels transitent les modèles open-source chinois distribués massivement, Pékin garantit que la couche applicative mondiale tournera sur ses standards infrastructurels, neutralisant toute tentative de blocage numérique par l’Occident.

Quinto, la discrétion Chinoise et le scénario du Jour J.

C’est dans ce cadre précis que le benchmarking traditionnel révèle son absurdité totale. Les métriques occidentales ne mesurent que ce qui est rendu public et commercialisé.

En Chine, une bonne partie de l’écosystème d’IA est marquée par une lisibilité stratégique fort réduite. Tandis que les entreprises de la Silicon Valley font du bruit médiatique à chaque version mineure pour rassurer leurs investisseurs, les laboratoires chinois (qu’ils soient liés à l’Académie chinoise des sciences, à l’armée ou aux géants de la tech) opèrent sous le sceau du secret opérationnel.

Selon les spécialistes en IA, les technologies majeures chinoises en cours d’expérimentation à l’abri des regards touchent, entre autres :

– des modèles hybrides alliant Quantum Computing et réseaux de neurones pour la cryptanalyse et la simulation moléculaire ;

– des architectures d’IA militaires en mesure d’opérer en essaims autonomes sans connexion réseau ;

– des algorithmes de raisonnement synthétique à très faible empreinte mémoire, apte de tourner sur des puces grand public dégradées.

Cette tendance de rupture globale démontre que le potentiel d’évolution de la Chine en IA n’est pas linéaire, il est exponentiel et discontinu. Et l’illusion de la suprématie américaine reposant sur un score de 92% à un test standardisé contre 89% pour un modèle chinois est une berceuse pour diplomates. Il suffirait de quelques heures par la publication surprise d’une rupture architecturale, l’activation d’un réseau de puces photoniques souverain ou la mise à disposition globale d’un modèle AGI open-source ultraléger pour que la suprématie bascule instantanément.

In fine, pendant que l’Occident pèse des plumes sur des balances électroniques, la Chine est en train de couler une enclume. La vraie suprématie de l’IA ne sera pas proclamée par un classement sur GitHub, elle sera constatée le jour où le monde entier réalisera que l’infrastructure de son économie tourne déjà sur un modèle dont il ne possède pas la clé.

* Stratège en réflexion IA.

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La croissance mondiale serait de 3,1 % en 2026

Le Fonds monétaire international (FMI) a relevé ses prévisions de croissance mondiale pour 2026. La vague d’investissements liée à l’IA compensera une partie de l’impact négatif de la flambée des coûts de l’énergie.

 

L’économie mondiale progressera de 3,1 % en 2026, 10 points de base de plus que la dernière estimation de juillet. Cela reste inférieur aux 3,5 % enregistrés en 2025. De plus, la croissance globale devient également de plus en plus asymétrique. 32 pays représentent désormais 95 % de la croissance mondiale, contre 54 en avril 2026. Pour 2027, les prévisions sont maintenues, à 3,4 %. L’inflation est estimée à 4,1 % en 2027, au-dessus des 3,9 % prévus en juillet. Pour 2026, l’inflation mondiale est maintenue à 4,7 %.

 

Point de rupture pour la résilience

La résilience économique pourrait approcher de son point de rupture. Jusqu’à maintenant, l’utilisation de coussins de sécurité et l’adaptabilité ont aidé les économies à traverser les chocs négatifs. Cependant, ce matelas de sécurité s’est considérablement réduit. Les réserves mondiales de pétrole s’épuisent d’environ 2,7 millions de barils par jour, s’approchant de seuils susceptibles de déclencher de fortes variations de prix. Les contraintes énergétiques pourraient compromettre la dynamique portée par l’IA. L’inquiétude croissante concernant la santé budgétaire des gouvernements alourdit également les perspectives.

Le FMI considère que la politique monétaire devait rester suffisamment restrictive pour ramener l’inflation vers sa cible. Les décideurs politiques ont deux chantiers : des marges budgétaires à reconstituer et des chaînes d’approvisionnement à sécuriser.

 

Contraintes budgétaires

Les rendements obligataires de référence des économies avancées sont à des pics. Le cocktail actuel est explosif, avec la résurgence de l’inflation, la trajectoire attendue des taux directeurs et les préoccupations budgétaires qui font grimper les coûts d’emprunt. Les entreprises technologiques qui s’endettent pour financer leurs investissements dans l’IA amplifient cette pression.

Les chiffres sont inquiétants : la dette publique dans les économies développées devrait atteindre 115 % du PIB d’ici 2031, contre 108 % en 2025. Dans les économies émergentes et en développement, elle devrait grimper à 84 % contre 74 % dans 5 ans l’année dernière. Les déficits primaires dans les plus grandes économies restent nettement plus importants qu’avant la pandémie, et les gouvernements font face à des taux d’intérêt réels plus élevés ainsi qu’à des échéances de dette plus courtes à mesure que les pressions liées aux dépenses de défense s’accroissent.

Reste à préciser que toutes ces estimations sont basées sur un scénario clair : le détroit d’Ormuz rouvrira en mars 2027 et retrouvera sa situation d’avant-guerre d’ici octobre 2027. Et si la situation se dégrade encore ? Il ne serait donc pas surprenant de voir les estimations revues à la baisse lors des prochaines réunions de Washington en avril 2027.

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Huile d’olive : Un bon cru. La suite à la discrétion de l’Espagne

Les recettes d’exportation d’huile d’olive tunisienne ont sans doute l’heur de faire pavoiser. Elles se sont envolées de 37,4 % sur un an pour atteindre environ 4 milliards de TND à la fin du mois de septembre 2026, contre 2,9 milliards de TND au cours de la même période l’année précédente, comme l’indiquent les données […]

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Location-vente en Tunisie : 1000 logements par an face à un besoin de 200 000

Au rythme prévu de 1 000 logements par an, il faudrait 200 ans pour couvrir la demande nationale. C’est ce que relève la Chambre des promoteurs immobiliers, qui propose quatre réformes.

Le projet gouvernemental de location-vente de logements, salué dans son principe pour raviver un mécanisme ayant fait ses preuves dans les années 1970, se heurte à des lacunes légales et opérationnelles majeures. Lesquelles risquent de paralyser son efficacité. C’est le constat de Hechmi Miliani, trésorier de la Chambre nationale des promoteurs immobiliers, dans une déclaration au journal L’Économiste Maghrébin. Il estime que le dispositif actuel ne permettra pas de résoudre la crise structurelle du logement sans une révision législative approfondie, menée en concertation avec les professionnels du secteur.

Pour M. Miliani, le principal frein est l’attribution exclusive du programme à la SNIT et à la SPROLS, qui font déjà face à d’importantes difficultés internes. Le besoin national est estimé à 200 000 logements, mais ces structures prévoient une capacité de production limitée à 1 000 unités par an, soit 5 000 logements sur cinq ans. Selon son calcul, il faudrait donc 200 ans pour absorber la demande actuelle, au point que les candidats, leurs enfants et leurs petits-enfants n’en bénéficieraient pas de leur vivant. Il déplore aussi la démarche du ministère de l’Équipement, qui consiste à réaliser une phase d’essai étalée jusqu’en 2027-2028, et plaide au contraire pour l’adoption immédiate d’une vision stratégique globale.

La Chambre propose d’abord d’ouvrir le programme aux promoteurs privés, sous réserve d’appliquer le même cahier des charges que le secteur public. Cela permettrait de produire de 25 000 à 30 000 logements par an et d’atteindre 90 000 unités en trois ans. Elle suggère ensuite de segmenter l’offre en trois standings, social, intermédiaire et amélioré, afin d’adapter les logements aux différents niveaux de revenus, du SMIG à des salaires de 5 000 dinars. Et ce, tout en garantissant des implantations géographiques adaptées aux attentes de la classe moyenne.

Lire aussi — Immobilier tunisien : Hechmi Miliani démonte le mythe des 800 000 logements invendus

 

Sa troisième proposition consiste à accorder aux ménages de la classe moyenne un prêt direct, au taux préférentiel de 3 % et plafonné à 400 000 dinars. Il serait financé par le fonds FOPROLOS, qui accumule 380 millions de dinars par an grâce aux contributions patronales. M. Miliani rappelle que le coût du crédit bancaire constitue le principal obstacle à l’accès à la propriété : un emprunt de 200 000 dinars coûte au final 484 000 dinars au souscripteur.

Enfin, la Chambre préconise la création d’une interface financière intermédiaire entre les promoteurs et les citoyens pour assurer le recouvrement des loyers. Elle éviterait aux entreprises publiques comme la SNIT de dépêcher des agents pour collecter directement des mensualités de 400 dinars.

Pour étayer son diagnostic sur la crise du secteur, le trésorier détaille l’envolée des coûts de production enregistrée depuis 2010. Le coût de revient du mètre carré bâti est passé de 150 dinars en 2010 à 350 dinars aujourd’hui. Cette augmentation s’explique par le renchérissement des matériaux et de la main-d’œuvre : le sac de ciment est passé de 6,5 à 17 dinars, le prix du fer a été multiplié par cinq ou six, la journée d’un ouvrier qualifié est passée de 25 à 80 dinars, et celle d’un ouvrier non qualifié de 10 dinars à une fourchette de 30 à 35 dinars. Sur le plan foncier, il est désormais impossible de trouver du terrain à bâtir à moins de 2 000 dinars le mètre carré.

Pour appuyer ses mises en garde contre les risques d’échec réglementaire, M. Miliani rappelle l’expérience du programme « Premier Logement », déployé entre 2018 et 2025. Sur l’enveloppe de 200 milliards de millimes allouée par l’État, seuls 65 milliards ont été consommés, et 135 milliards ont été réintégrés au budget public. Le programme s’est soldé par la vente de seulement 2 000 à 2 500 logements en sept ans, en raison de conditions d’emprunt inadaptées aux revenus réels des citoyens.

 

Lire également — Le mécanisme du crédit « Premier logement » n’a pas connu le succès escompté (N. Snoussi)

 

Le trésorier précise que le secteur privé ne redoute aucune concurrence de la part du projet public de location-vente. Les bénéficiaires visés par des loyers publics de l’ordre de 180 dinars par mois constituent, selon lui, un segment de clientèle totalement distinct de celui desservi par les promoteurs privés.

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Un mégaprojet touristique bahreïni bientôt dans le Grand Tunis

Une délégation bahreïnie, en visite en Tunisie, prévoit de réaliser un nouvel investissement d’envergure dans le secteur touristique du pays, a révélé Le directeur général de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT), Mohamed Mehdi Haloui. Il a précisé que la délégation bahreïnie a exprimé son intention de concrétiser un investissement majeur en Tunisie, plus précisément […]

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Contre le cash, la BCT relève les retraits en espèces

Officiellement pour « l’inclusion financière », et réellement selon nous, pour réduire l’usage des espèces, la Banque centrale de Tunisie relève les plafonds des comptes de paiement et autorise des retraits en liquide jusqu’à 10 000 dinars par jour. La nouvelle circulaire sur les établissements de paiement élargit leur champ d’action, durcit leur encadrement, mais ne dit […]

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Les Houthis sèment la panique en Arabie saoudite

Une série d’attaques de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière menée par les Houthis yéménites a frappé l’aéroport international roi Khaled de Riyad samedi 10 octobre 2026 faisant 13 morts et 309 blessés. L’aéroport est fermé jusqu’à nouvel ordre, les écoles de la capitale ont basculé en enseignement à distance et plusieurs entreprises du centre d’affaires de Riyad ont mis leur personnel en télétravail. Les attaques n’ont pas épargné le reste du Royaume, l’aéroport de Dammam et des installations énergétiques du géant pétrolier Aramco ont aussi été visés. Ces frappes et leurs conséquences écornent l’image de l’Arabie Saoudite et peuvent compromettre la concrétisation des objectifs de diversification et de modernisation de l’économie saoudienne, priorité du prince héritier Mohammed ben Salmane surtout que pour le moment, aucune issue au conflit ne se profile.

Imed Bahri

Selon l’analyse du magazine britannique The Economist intitulée «L’Arabie saoudite est de plus en plus assiégée», le Royaume dispose de peu d’options face aux attaques meurtrières en provenance du Yémen et semble pris au piège. L’attaque visant l’aéroport international de Riyad était la plus sanglante jamais perpétrée par les Houthis.

Samedi, des témoins oculaires ont rapporté que des missiles avaient touché directement le terminal 3, réservé aux vols intérieurs, provoquant l’effondrement d’une partie de sa toiture. Au moins 13 personnes ont été tuées —saoudiens et résidents étrangers— et 309 autres ont été blessées, certaines se trouvant dans un état critique. L’aéroport reste fermé jusqu’à nouvelle ordre et la date de sa réouverture n’a pas encore été précisée.

Le lendemain, dimanche, les Houthis ont lancé une nouvelle attaque contre le terminal 4 cette fois-ci, provoquant un incendie. Cette attaque, la plus grave subie par le Royaume depuis plus d’une décennie, survient à peine deux semaines avant que le pays n’accueille une importante conférence sur l’investissement. Elle soulève des questions quant aux capacités de défense aérienne saoudiennes et à l’avenir de la guerre au Yémen, un conflit qui s’est récemment ravivé après une trêve de plusieurs années.

The Economist affirme que les Houthis contrôlent toujours la majeure partie du Yémen, malgré la campagne aérienne menée par l’Arabie saoudite en 2015 visant à les évincer du pouvoir. Si le cessez-le-feu de 2022 a gelé les lignes de front, la guerre plus large dans le Golfe, déclenchée par les États-Unis et Israël en février, a rendu cette trêve manifestement intenable. À l’approche de l’été, les deux camps se préparaient à reprendre les combats.

Les Houthis contrôlent la côte sud-ouest du Yémen

Le mois dernier, les Houthis ont lancé une offensive leur permettant de prendre rapidement le contrôle d’une grande partie de la côte sud-ouest du Yémen, y compris la ville portuaire de Mokha.

Les Saoudiens et leurs alliés yéménites (forces armées dépendant du gouvernement internationalement reconnu) ont entamé une contre-offensive ce mois-ci mais leur progression a été lente. S’ils ont reconquis une bande côtière, ils semblent marquer le pas aux abords de la localité de Dhubab, située à 40 kilomètres au sud de Mokha.

Comme c’est souvent le cas au Yémen, les campagnes militaires démarrent avec vigueur mais s’enlisent rapidement dans une impasse.

Parallèlement, les Houthis continuent de tenter d’encercler Taëz, la troisième plus grande ville du Yémen et bastion de la résistance anti-houthie. Ils ont également repris leurs attaques de missiles et de drones contre les infrastructures saoudiennes, notamment les raffineries de pétrole et les bases militaires.

Les Houthis ont fait des aéroports une cible privilégiée, avertissant les voyageurs d’éviter l’espace aérien saoudien. Au cours des trois dernières semaines, ils ont multiplié les attaques d’envergure croissante contre l’aéroport de Riyad. Une attaque au missile, survenue le 8 octobre, a fait trois morts —dont un pilote— et a entraîné la destruction d’un avion appartenant à une compagnie aérienne saoudienne publique. Si les compagnies aériennes étrangères ont annulé des centaines de vols, les autorités saoudiennes ont maintenu l’aéroport ouvert jusqu’à l’attaque sanglante de samedi dernier. 

The Economist souligne que l’incapacité des Saoudiens à intercepter les missiles reste inexpliquée alors même qu’ils disposent de systèmes de défense aérienne sophistiqués, notamment des batteries Thaad et Patriot de fabrication américaine.

Toutefois, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la région, ils s’inquiètent de l’épuisement de leurs stocks de missiles intercepteurs après près de huit mois de guerre.

Quelques heures avant la dernière attaque, les organisateurs de la conférence annuelle Future Investment Initiative (Initiative pour l’investissement futur), prévue le 26 octobre, ont déclaré qu’ils comptaient toujours maintenir l’événement. Cet événement annuel, organisé par le prince héritier et surnommé le «Davos du désert», attire généralement l’élite du monde de la finance et des affaires, son annulation serait donc source d’embarras.

Cependant, on ignore combien de dirigeants d’entreprises souhaiteront y assister, ni même comment ils rejoindront le Royaume. Les déplacements aériens vers d’autres villes pourraient ne pas être une option envisageable, les Houthis ayant également pris pour cible l’aéroport de Dammam, situé à quatre heures de route à l’est de la capitale, Riyad.

Le gouvernement saoudien confronté à une guerre prolongée

Les Houthis dirigent de main de fer les zones sous leur contrôle. Ils financent leur machine de guerre grâce à des taxes et des redevances exorbitantes qui pèsent lourdement sur une population déjà épuisée. Si une décennie de guerre a appauvri le Yémen, ils restent prêts et capables de poursuivre le combat.

Dans ce contexte, le gouvernement saoudien est confronté à une guerre prolongée, marquée par des attaques répétées contre les aéroports et les infrastructures énergétiques, ce qui compromet ses plans de diversification économique et sape la concrétisation de la vision 2030 de Mohammed ben Salmane.

Pour autant, des analystes politiques sur les réseaux sociaux saoudiens insistent sur le fait que le pays se battra jusqu’à remporter une victoire décisive sur les Houthis. Les sources de The Economist ayant récemment rencontré les dirigeants du Royaume affirment que le prince héritier est déterminé à reconquérir les territoires perdus au profit des Houthis le mois dernier. Un responsable occidental a déclaré : «Je ne sais pas s’ils ont des objectifs clairs au-delà de cela».

L’Arabie saoudite a obtenu un certain soutien international ce mois-ci en activant des accords de défense commune signés en août avec le Pakistan et la Turquie. Le Pakistan a déployé des milliers de soldats en Arabie saoudite, bien qu’il affirme ne pas vouloir participer à la guerre au Yémen. Le Royaume-Uni a envoyé un avion ravitailleur en vol et la France a promis d’envoyer des troupes pour protéger un important terminal pétrolier sur la mer Rouge. Donald Trump a rejeté à plusieurs reprises les demandes du prince Mohammed ben Salmane de mener des frappes aériennes américaines mais le président américain a laissé entendre qu’il pourrait reconsidérer la question après l’attaque de samedi contre l’aéroport de Riyad. Néanmoins, aucune de ces mesures ne s’avérera décisive face aux Houthis.

L’autre option consiste à conclure un accord mais les Houthis en exigeront un prix élevé. Ils s’attendront à des gains économiques, à la levée du blocus saoudien sur l’espace aérien yéménite et à d’autres concessions. Cela créerait un précédent dangereux : les Houthis comprendraient que les attaques contre les infrastructures civiles constituent une forme efficace de chantage. 

Après plus d’une décennie de guerre, les Saoudiens ne disposent clairement plus de bonnes options et il n’y a pas de voie de sortie à l’horizon, du moins pour l’instant.

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Lloyd Assurances : 104 millions de dinars placés dans le groupe Bayahi

Au 31 décembre 2025, Lloyd Assurances détenait 104 millions de dinars de billets de trésorerie émis par cinq sociétés du groupe Bayahi. Une somme représentant 125 % de ses capitaux propres, qui s’élèvent à 83 millions de dinars. L’essentiel de ces placements est concentré sur la Compagnie financière d’investissement (CFI), qui finance elle-même l’assureur à...

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TRIBUNE – De l’extraction brute à la valeur ajoutée locale : la leçon des matières premières pour la Tunisie (2026-2030)

L’image récente du Burkina Faso inaugurant ses propres infrastructures de raffinage d’or pour capter la valeur ajoutée sur son sol ne relève pas du simple fait divers ou de la posture politique. Elle incarne une mutation structurelle qui traverse l’ensemble des pays émergents : le refus d’être de simples réservoirs de matières premières brutes et la réappropriation méthodique des chaînes de valeur.

 

Pour la Tunisie, engagée dans son cycle stratégique 2026-2030, cette dynamique offre un miroir d’une grande lucidité. Qu’il s’agisse de nos ressources minières, de notre production agricole ou de nos compétences technologiques, l’économie nationale demeure piégée dans une logique d’extraction à faible marge, subissant la volatilité des cours mondiaux au lieu d’imposer son propre prix par la transformation locale.

 

Le piège de la rente brute : dépasser la tentation du rendement immédiat

Les données officielles illustrent la gravité du coût d’opportunité concédé par le pays. Dans le secteur des phosphates, la production nationale de phosphate marchand, qui dépassait 8 millions de tonnes en 2010, s’est effondrée pour osciller ces dernières années autour de 3 à 3,5 millions de tonnes, pénalisant l’approvisionnement des usines de transformation du Groupe Chimique Tunisien. Dans le secteur agricole, près de 80 à 85 % de notre huile d’olive est encore exportée en vrac, abandonnant la marge de conditionnement et le pouvoir de marque aux conditionneurs de la rive nord de la Méditerranée.

Certains analystes soutiennent que l’exportation brute constitue le moyen le plus rapide de procurer des devises liquides à un Trésor public sous tension. C’est un calcul à courte vue : céder de la matière brute pour racheter ensuite des produits dérivés à fort coefficient d’importation aggrave le déficit commercial structurel et détruit l’emploi industriel local. La véritable souveraineté économique n’est ni un autarcisme nostalgique ni une rupture avec le commerce international, mais un repositionnement agressif au sommet de la chaîne de valeur.

 

Capital humain et numérique : stopper la fuite du minerai immatériel

Cette urgence industrielle s’applique avec une acuité accrue à notre ressource la plus précieuse : le capital humain. Avec plus de 3 000 ingénieurs et cadres techniques qui quittent chaque année le territoire national, la Tunisie subit une forme d’extraction à ciel ouvert de sa matière grise. Exportée sous forme de sous-traitance logicielle à faible marge ou par l’émigration directe de compétences formées par l’école publique, notre intelligence technologique enrichit des écosystèmes extérieurs.

Traiter ce phénomène comme une fatalité liée aux écarts salariaux est une erreur d’ingénierie. La rétention des talents ne se fera pas par des décrets restrictifs, mais par la création sur notre sol de projets complexes à forte valeur ajoutée. Bâtir des briques de souveraineté numérique, déployer des infrastructures d’intelligence artificielle appliquées à l’industrie et concevoir des plateformes logicielles nationales permettent de transformer la sous-traitance passive en co-propriété intellectuelle, fiscalisée et valorisée en Tunisie.

 

Financer l’exécution : le rôle souverain du secteur bancaire public

L’objection récurrente face à ces ambitions touche à la disponibilité des capitaux : comment financer des unités de raffinage, des chaînes de conditionnement et des centres de calcul souverains dans un contexte de rigueur budgétaire ? La réponse réside dans la réallocation stratégique du crédit. Le secteur bancaire, et en premier lieu les banques publiques, ne peut plus cantonner son rôle au refinancement passif des dettes d’exploitation ou à la couverture des déficits de gestion des entreprises publiques. Il doit s’imposer comme un banquier de l’exécution industrielle, capable de structurer des financements en Project Finance, d’adosser les crédits à des garanties sur la valeur ajoutée future et d’accompagner l’équipement technologique des filières stratégiques.

La souveraineté économique ne se décrète pas ; elle s’exécute dans les usines, les laboratoires et les réseaux de distribution. Pour le cycle 2026-2030, le choix offert à la Tunisie est binaire : demeurer un sous-traitant vulnérable exposant ses ressources brutes et ses compétences aux chocs extérieurs, ou devenir un hub régional de transformation à haute valeur ajoutée.

C’est en opérant ce saut d’ingénierie industrielle que le pays garantira la stabilité de sa monnaie, la solidité de ses équilibres extérieurs et l’avenir de sa jeunesse.

L’article TRIBUNE – De l’extraction brute à la valeur ajoutée locale : la leçon des matières premières pour la Tunisie (2026-2030) est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

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Citron pressé | Boualem Sansal ou l’arroseur arrosé

De la polémique sur l’immigration à la récupération politique de son image, le parcours médiatique de l’écrivain français d’origine algérienne Boualem Sansal interroge les rapports entre littérature, pouvoir et instrumentalisation des figures intellectuelles. Derrière la célébration d’un écrivain présenté comme un symbole absolu de la liberté se dessine une question essentielle : où s’arrête l’admiration sincère d’un auteur et où commence son exploitation politique ? Question que l’écrivain doit du reste se poser à lui-même…

Dr Abderrahmane Cherfouh *

À force de renier ses principes, on finit par se confronter aux conséquences de ses propres choix. Le temps finit parfois par rendre à chacun le fruit de ses actes. Dans un récent entretien, l’écrivain Boualem Sansal se lamentait de l’accueil qui lui est désormais réservé à Paris après son feuilleton éditorial et ses déclarations fracassantes, résumant son quotidien par cette formule : «C’était matin et soir, j’étais l’ingrat et le salaud». L’ironie est le désespoir de ceux que le spectacle du monde a cessé de faire rire.

Voilà un homme qui découvre, feignant la surprise, des qualificatifs que le peuple algérien lui attribue pourtant depuis des années. Sauf que cette fois, ce ne sont pas les Algériens qui le pointent du doigt, mais ses propres soutiens du microcosme parisien.

En se retournant contre le système qui l’a médiatiquement fabriqué après avoir renié la patrie qui l’a nourri et formé, Sansal fait face au miroir de ses propres turpitudes. L’instrument de l’extrême droite française est en train de réaliser, à ses dépens, qu’un mercenaire idéologique n’a pas d’amis : il n’a que des utilisateurs.

La fabrication d’une icône par une droite en manque de symboles

À Paris, le monde politique et les médias confondent trop souvent les enjeux électoraux avec la valeur littéraire d’un écrivain.

Dès qu’un auteur instrumentalise les thèmes incandescents de l’époque — l’autoritarisme, le fanatisme et les fractures géopolitiques —, une partie du complexe médiatique s’empresse de lui tailler un costume sur mesure : celui du «martyr absolu». C’est ainsi que s’est écrite la saga de Boualem Sansal, ou l’histoire stupéfiante d’un esprit aux prophéties apocalyptiques métamorphosé en icône nationale par une droite en quête de symboles.

Invité régulier des plateaux télévisés, l’écrivain n’a jamais hésité à surenchérir sur le lexique de l’extrême droite. Lors d’un entretien diffusé dans l’émission Les Conversations en mai 2024, alors que son interlocuteur évoquait prudemment la question de l’immigration, l’auteur coupait court pour imposer sa vision des choses : «Vous parlez d’immigration, mais c’est une invasion !» En qualifiant les flux migratoires de «colonisation à l’envers» et en affirmant sur CNews ou dans les colonnes du Figaro que la France perdait une guerre culturelle face à un projet de conquête, l’écrivain offrait sur un plateau d’argent la caution rêvée aux tenants du choc des civilisations.

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment faire d’un écrivain jusque-là peu connu du grand public une star de dimension mondiale ? Le secret de cette élévation médiatique réside notamment dans la ferveur des campagnes politiques françaises. À l’approche d’échéances électorales majeures, la droite s’est disputé sa présence. Bruno Retailleau affichait fièrement son amitié avec lui et l’invitait à son premier meeting, dans une mise en scène qui a viré au fiasco. En cherchant à ériger une figure au discours si particulier en «faiseur de présidents», ce courant politique a rejoué le mythe de Frankenstein : il a façonné sa propre créature médiatique, un avatar idéologique nourri de surenchères, qui a fini par échapper à ses géniteurs.

Cet affaissement éthique et la dérive du débat public — où la course aux voix et le règne de l’image ont fini par banaliser la xénophobie et ériger des provocateurs en modèles de franc-parler — n’étaient en réalité que les signes avant-coureurs de cette séquence. C’est précisément dans cette brèche que s’engouffre l’intelligence cynique de Boualem Sansal : celle d’un auteur qui a su trouver sa place dans un écosystème médiatique avide de figures clivantes et de symboles politiques, échangeant une caution idéologique contre une visibilité et des dividendes considérables.

De l’intellectuel d’œuvre à l’intellectuel de plateau

Poussé sur le devant de la scène médiatique, Sansal y est resté non pas en raison de la profondeur d’une œuvre — car une simple succession de romans ne compose pas nécessairement une œuvre véritable —, mais parce qu’il s’est installé en symbiose parfaite avec une époque qui a fait de l’exclusion et du discours identitaire son terrain de prédilection. Nous assistons à une perversion des valeurs capable de transformer la moindre posture en événement de première importance.

L’époque est bien révolue où un intellectuel se définissait d’abord par la rigueur de son travail, par une création exigeante qui fondait sa légitimité lorsqu’il intervenait dans les affaires du siècle. Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola, André Gide, Jean-Paul Sartre ou Pierre Bourdieu furent tous des créateurs qui ne devaient leur renommée qu’à leur talent, à la force de leurs écrits et à l’indépendance de leur pensée.

Aujourd’hui, peu importe la valeur ou la nullité d’une production : ce sont les médias, et la télévision en premier lieu, qui consacrent les intellectuels, décident qui l’est et qui ne l’est pas, modifiant radicalement leur statut. Il ne s’agit plus d’écrire les livres les plus substantiels pour être reconnu, mais d’être le plus visible possible, d’occuper l’antenne et les unes des journaux comme Le Monde ou Le Figaro. Grâce aux réseaux de connivence parisiens, l’auteur s’assure une place au soleil.

Dans cet échange de bons procédés, Sansal apporte aux médias la caution dont ils ont besoin pour leurs polémiques, tandis que les médias entretiennent sa réputation et le couronnent roi. Mais cette dépendance servile à l’égard de ceux qui l’ont fait roi — et qui peuvent du jour au lendemain le précipiter dans les oubliettes — se répercute sur la nature même de sa production. Tout se fait au détriment de la rigueur, du sérieux et de la vérité historique.

Faute d’innover et de créer, ces figures de plateau se distinguent toutes par un silence assourdissant sur les tragédies réelles du monde contemporain, qu’il s’agisse des massacres en Palestine, du drame du Soudan ou du blocus subi par Cuba. On assiste au contraire à leur alignement inconditionnel sur les politiques d’occupation, à leur soutien inlassable et inconditionnel à Israël et aux États-Unis, à leur dénigrement permanent du Sud Global et à leur obsession anti-immigrés. À chacun son fonds de commerce idéologique : pour peu qu’il soit rentable, son détenteur peut se permettre n’importe quelle fantaisie, jusqu’à soutenir qu’un raciste n’est qu’un humaniste persécuté.

Le prisme colonial : du ressentiment au reniement

Pour comprendre la mécanique de Sansal, il faut analyser le cadre mental dans lequel il s’est enfermé. Nous faisons face à une forme de racisme idéologique, tout aussi pernicieux que le racisme biologique. Il s’agit du logiciel propre aux esprits coloniaux et impérialistes : «Tu dois penser comme moi, adopter mes dogmes, sinon tu es considéré comme l’ennemi.»

Un esprit libre et véritablement universaliste sait travailler sur ce qui rassemble les êtres humains tout en acceptant ce qui les sépare. L’esprit colonial, lui, rejette viscéralement la différence. Si vous ne pensez pas comme lui, si vous ne validez pas ses obsessions, vous ne serez jamais le bienvenu. C’est ce fascisme identitaire qui caractérise aujourd’hui le discours de Sansal et qui est en train de subir un choc violent face au principe de réalité.

On peut légitimement s’interroger sur la trajectoire psychologique de l’écrivain : s’agit-il d’une naïveté politique sidérante, d’un aveuglement tragique sur les signaux et les marqueurs idéologiques qui l’entourent ? Ou alors, plus simplement, faut-il admettre que Sansal est irrémédiablement tombé, par le biais de ses frustrations et de ses ressentiments pathologiques, dans la sphère la plus réactionnaire ? Les notions d’«extrême droite», de neutralité ou de clairvoyance politique semblent désormais frappées d’un flou artistique absolu dans son esprit, masquant à peine un alignement total sur des dogmes xénophobes.

En diabolisant systématiquement les musulmans et les immigrants sous le qualificatif d’«envahisseurs», Sansal a tenté d’appliquer la stratégie classique du bouc émissaire. Mais ce principe politique comporte une règle d’or : il n’est jamais payant à long terme. Il finit toujours par se retourner contre son propre initiateur. En s’attaquant avec la même hargne aux voix laïques et progressistes qui dénonçaient ses amalgames, Sansal s’est définitivement aliéné ses soutiens historiques.

L’imposture du «Voltaire» autoproclamé face au miroir d’Émile Zola

Tant que Sansal servait les intérêts de ses promoteurs, ses courtisans les plus zélés n’hésitaient pas à le parer de vertus philosophiques indues, allant jusqu’à le qualifier grotesquement de «Voltaire algérien». Quelle insulte à l’esprit des Lumières et à l’honnêteté intellectuelle ! Voltaire, Sartre ou Beauvoir ont marqué l’Histoire en choisissant d’écouter leur conscience au détriment de la raison d’État ou des opportunismes de carrière. Sansal, lui, n’est qu’un pamphlétaire aux indignations sélectives.

Où est la conscience de ce prétendu «Voltaire» face aux tueries de masse perpétrées à Gaza ? Lors de son voyage en Israël en 2012, balayant les critiques relatives à l’occupation, Sansal déclarait toute honte bue : «Ma liberté de penser et de parler passe avant toute chose… Je suis venu avec joie et je reviendrai.» Plus tard, au micro de la radio Kan Reshet Bet, il scellait cette sélectivité morale en affirmant, sans le moindre mot pour la tragédie palestinienne : «Mon amitié avec Israël est ce que le régime algérien ne pouvait pas supporter», réduisant ainsi un conflit d’occupation à une simple «guerre civile». Ce refus de voir la souffrance des opprimés trahit une faillite morale absolue.

Comment ne pas éprouver une vive indignation en songeant, par contraste, au sort d’Émile Zola ? Candidat malheureux à dix-neuf reprises à l’Académie française, le titan du naturalisme et l’auteur de ‘‘J’accuse… !’’ a payé son engagement en faveur d’Alfred Dreyfus au prix de la haine, des menaces et de l’exil. Son combat demeure l’un des exemples les plus marquants du courage intellectuel. Un siècle plus tard, les institutions déroulent le tapis rouge devant un «athée mystique à double visage» dont la seule arme est l’amalgame anti-laïque et la provocation marchande.

La trahison éditoriale et la qualification juridique

Le cynisme marchand a fini par achever le personnage. Après avoir bénéficié de la mobilisation de son éditeur historique Gallimard et de soutiens européens pour sa libération, Sansal a cédé aux sirènes financières en rejoignant les écuries Grasset (groupe Hachette-Bolloré) contre un chèque mirobolant d’un million d’euros. Ce marchandage a suscité la désillusion de ses soutiens, jusque dans les rangs du Parlement belge et de l’Académie royale de Belgique, où ses pairs lui ont infligé un réquisitoire mémorable sur sa déchéance éthique.

Au-delà de la faillite morale, les propos répétés de Sansal relèvent d’une responsabilité civique et légale. Classer les êtres humains, désigner des communautés entières (musulmans, immigrants) sous le sceau de l’«invasion» ou de la menace constitue une forme intolérable de discrimination.

En droit français, de tels dérapages dépassent la simple liberté d’opinion :

  • L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur religion.
  • L’article 225-1 du Code pénal définit et réprime sévèrement les discriminations portées aux droits fondamentaux des individus.

Cet homme irresponsable ne saurait se draper plus longtemps dans le manteau de la laïcité. Il s’agit désormais d’informer les esprits éclairés et les vrais défenseurs des libertés que cet auteur n’est qu’un agitateur anti-laïque, dont les amalgames tombent sous le coup des principes civiques les plus élémentaires.

Le syndrome du citron pressé et le verdict de la postérité

Le vent tourne en France et l’autorité usurpée de Boualem Sansal s’émousse irrémédiablement. La dénonciation est désormais lancée, et elle se poursuivra de bouche à oreille, sur la toile et dans les médias indépendants.

Sansal est définitivement devenu semblable à ce citron que l’on presse jusqu’à la dernière goutte pour alimenter les polémiques des plateaux télévisés. Une fois totalement asséché, il sera mis au rebut par ceux-là mêmes qui l’ont instrumentalisé.

Traité de «salaud» et d’«ingrat» par le Tout-Paris littéraire et politique qu’il a tenté de berner, il subit aujourd’hui un juste retour des choses. L’arroseur est arrosé. L’Histoire retiendra qu’à force de nourrir son ego de contrevérités, d’amalgames répréhensibles et de reniements, Boualem Sansal aura fini par s’isoler totalement : rejeté par la patrie qu’il a trahie, méprisé par le système qui l’a utilisé, et condamné par la conscience des hommes libres.

* Médecin algérien au Canada.

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