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Santé mentale : pourquoi les Tunisiens vivent-ils sous une pression permanente ?

Entre difficultés économiques, exigences professionnelles, responsabilités familiales et incertitudes face à l’avenir, le stress semble occuper une place grandissante dans le quotidien des Tunisiens. Ce qui pouvait autrefois être considéré comme une réaction passagère à une situation difficile tend, pour certaines personnes, à devenir un état presque permanent. Irritabilité, fatigue persistante, troubles du sommeil, difficultés de concentration ou encore tensions musculaires constituent autant de manifestations d’un mal-être qui peut progressivement affecter la qualité de vie. Derrière ces symptômes, souvent banalisés, se pose une véritable question de santé publique : dans quelle mesure les conditions de vie actuelles favorisent-elles l’installation d’un stress chronique au sein de la société tunisienne ?

La pression économique constitue incontestablement l’un des facteurs susceptibles d’alimenter ce phénomène. Pour de nombreux ménages, la gestion du budget familial représente une préoccupation quotidienne. Les dépenses alimentaires, les frais de transport, les charges liées au logement, à la santé ou encore à la scolarité des enfants imposent des arbitrages parfois difficiles. Cette nécessité de calculer constamment ses dépenses peut entretenir un sentiment d’insécurité financière, même chez des personnes disposant d’un revenu régulier. A cette dimension matérielle s’ajoute une charge mentale souvent invisible. Anticiper les dépenses, organiser la vie familiale, répondre aux obligations professionnelles et gérer les imprévus mobilisent une énergie psychologique considérable. Lorsque ces préoccupations s’accumulent sans véritables périodes de récupération, l’organisme peut rester dans un état d’alerte prolongé.

Quand les préoccupations quotidiennes deviennent une source d’épuisement

Le stress constitue, à l’origine, une réaction naturelle de l’organisme face à une difficulté ou à une menace. Il permet de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour faire face à une situation exigeante. Toutefois, lorsque cette réaction se prolonge dans le temps, elle peut perdre son caractère protecteur et devenir préjudiciable à la santé. Sur le plan physiologique, le stress active notamment des mécanismes hormonaux impliquant le cortisol et l’adrénaline. Si ces réactions sont utiles ponctuellement, leur sollicitation répétée peut perturber plusieurs fonctions de l’organisme. Des troubles digestifs, des maux de tête, des tensions musculaires, une fatigue persistante ou des difficultés d’endormissement peuvent ainsi apparaître ou s’aggraver.

Le monde professionnel représente également une source importante de pression. Entre objectifs à atteindre, exigences de productivité, instabilité de certains emplois et difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle, les salariés peuvent éprouver le sentiment de ne jamais disposer de suffisamment de temps pour récupérer. Les personnes sans emploi ne sont pas épargnées. La recherche prolongée d’un travail, les incertitudes financières et le sentiment de ne pas pouvoir construire sereinement son avenir peuvent favoriser l’anxiété et la perte de confiance en soi. Chez les jeunes diplômés, notamment, le décalage entre les aspirations personnelles et les possibilités d’insertion professionnelle peut constituer une source supplémentaire de souffrance psychologique.

Les femmes peuvent, quant à elles, être confrontées à une accumulation de responsabilités lorsque l’activité professionnelle s’ajoute à une part importante des tâches domestiques et familiales. Cette charge mentale, parfois insuffisamment reconnue, peut contribuer à un épuisement progressif. Il serait néanmoins réducteur d’attribuer le stress uniquement aux difficultés économiques ou professionnelles. Les tensions relationnelles, les problèmes de santé, les responsabilités envers les proches et les événements personnels jouent également un rôle important. Chaque individu possède par ailleurs une sensibilité différente face aux situations stressantes, ce qui explique que leurs conséquences puissent varier considérablement d’une personne à l’autre.

Une souffrance psychologique encore trop souvent banalisée

L’une des principales difficultés réside dans la tendance à considérer le stress comme une composante inévitable de la vie moderne. Beaucoup de personnes finissent par s’habituer à vivre dans un état de tension permanent, sans nécessairement identifier les signaux envoyés par leur organisme. Le manque de sommeil, les réveils nocturnes, les palpitations, les douleurs musculaires ou les difficultés de concentration peuvent être attribués à une simple fatigue. Pourtant, lorsque ces manifestations deviennent fréquentes, elles méritent une attention particulière et, si nécessaire, une évaluation médicale.

Le stress chronique peut également favoriser ou aggraver certains problèmes de santé, notamment l’hypertension artérielle, les troubles anxieux et les symptômes dépressifs. Il peut aussi influencer les comportements quotidiens, en encourageant une alimentation déséquilibrée, une consommation excessive de stimulants ou une diminution de l’activité physique. Un autre obstacle concerne le regard porté sur la santé mentale. Malgré une évolution progressive des mentalités, consulter un psychologue ou un psychiatre peut encore susciter des réticences. Certaines personnes craignent d’être jugées, tandis que d’autres estiment devoir surmonter seules leurs difficultés.

Cette banalisation peut retarder la prise en charge et favoriser l’aggravation des symptômes. Or, reconnaître une souffrance psychologique ne signifie pas nécessairement souffrir d’un trouble psychiatrique. Il s’agit avant tout d’identifier une situation qui affecte le bien-être et qui peut nécessiter un accompagnement adapté. L’accès aux soins représente également un enjeu important. Le coût des consultations, la disponibilité des professionnels et les disparités territoriales peuvent compliquer le recours à un suivi psychologique régulier, particulièrement pour les personnes disposant de ressources limitées.

Faire de la prévention une priorité de santé publique

Face à ces difficultés, la prévention du stress ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle. Certes, l’activité physique régulière, un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et des moments de détente contribuent à améliorer la capacité de l’organisme à faire face aux tensions quotidiennes. Les techniques de relaxation, les exercices respiratoires ou encore le maintien de relations sociales de qualité peuvent également jouer un rôle bénéfique. Cependant, ces mesures restent parfois insuffisantes lorsque les principales sources de stress sont directement liées aux conditions de vie. Il apparaît donc nécessaire d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques de prévention, mais également dans les environnements professionnels, scolaires et universitaires.

La sensibilisation pourrait notamment permettre de mieux distinguer le stress ponctuel, qui fait partie de l’existence, du stress chronique, susceptible d’entraîner des conséquences durables. Une meilleure information sur les symptômes et les possibilités de prise en charge contribuerait également à réduire les préjugés entourant les consultations psychologiques. Dans les entreprises, l’amélioration des conditions de travail, la prévention de l’épuisement professionnel et une organisation plus respectueuse des temps de repos constituent des pistes importantes. Dans les établissements scolaires, l’apprentissage de la gestion des émotions et la détection précoce des situations de détresse pourraient contribuer à renforcer la prévention dès le plus jeune âge.

En Tunisie, la question de la santé mentale mérite ainsi d’être abordée au-delà de sa seule dimension médicale. Elle renvoie aussi aux réalités économiques, aux rapports sociaux, aux conditions de travail et à la capacité des individus à envisager l’avenir avec sérénité. Si aucune donnée récente ne permet, à elle seule, d’affirmer que l’ensemble de la population tunisienne connaît une augmentation du stress chronique, la multiplication des facteurs de pression dans la vie quotidienne justifie néanmoins une attention accrue à cette problématique. Car derrière une fatigue que l’on considère parfois comme ordinaire peut se cacher une souffrance bien réelle. Et dans une société où les exigences matérielles et personnelles semblent laisser de moins en moins de place au repos, préserver la santé mentale ne devrait plus être perçu comme un luxe, mais comme une composante essentielle du bien-être individuel et collectif.

Leila SELMI

 

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Éducation et culture : le pari sur l’égalité des chances

Par Ahmed NEMLAGHI

En plaçant l’éducation au rang des composantes de la sécurité nationale, le président de la République défend une vision dans laquelle l’école, la culture et la justice sociale sont étroitement liées. Son entretien, le 8 octobre à Carthage, avec la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, et Mohamed Ali Boughdiri, secrétaire général du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, remet au premier plan un chantier essentiel : faire du droit à l’éducation une réalité pour tous.

L’éducation ne saurait être réduite à la transmission des connaissances ni la culture cantonnée à une activité réservée à une partie de la société. C’est, en substance, le sens de l’orientation défendue par Kaïs Saïed, qui considère l’école comme un pilier de la construction nationale, de la cohésion sociale et de la préparation des générations futures. La rencontre tenue au palais de Carthage traduit cette approche : l’avenir du système éducatif se joue autant dans les programmes et les méthodes pédagogiques que dans les conditions matérielles d’apprentissage et l’accès à la culture.

En rappelant que l’éducation et l’enseignement font partie intégrante de la sécurité nationale, le chef de l’État leur attribue une portée qui dépasse le cadre scolaire. Il s’agit, dans cette perspective, de former des citoyens capables de comprendre leur environnement, d’exercer leur esprit critique et de participer à la vie collective.

Cette conception repose sur un principe : la solidité d’un pays dépend aussi de la qualité de son système éducatif, de la diffusion du savoir et de la capacité de chaque génération à acquérir les outils nécessaires à son émancipation. La sécurité nationale ne se limite donc pas à ses dimensions traditionnelles. Elle comporte également une dimension humaine, intellectuelle et sociale, dont l’éducation constitue un élément déterminant.

L’inscription du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement dans la Constitution s’inscrit dans cette orientation. Pour Kaïs Saïed, cette consécration institutionnelle traduit la place stratégique accordée à l’éducation dans le projet national. Reste toutefois à donner à cette ambition toute sa portée par des mécanismes de concertation, une vision cohérente et des réformes capables de répondre durablement aux difficultés du secteur.

 

La réussite comme corollaire de l’égalité des chances

L’un des axes majeurs rappelés par le président concerne l’instauration d’un système éducatif national garantissant l’égalité pour tous. Cette ambition renvoie à une question fondamentale : comment assurer à chaque enfant, indépendamment de son milieu social ou de son lieu de résidence, des possibilités comparables d’apprentissage et de réussite ?

L’égalité devant l’éducation ne se résume pas à l’ouverture des portes de l’école. Elle suppose que les élèves disposent de conditions leur permettant de suivre leur scolarité, de développer leurs capacités et de poursuivre leurs études sans être pénalisés par leur situation familiale ou territoriale.

C’est dans ce contexte que prend tout son sens l’appel présidentiel à inculquer, dès la première année du primaire, les principes de liberté, d’émancipation et de justice sociale. L’école est appelée à transmettre des savoirs, mais également à former des citoyens conscients de leurs droits, de leurs responsabilités et de leur place dans la collectivité.

Cette orientation implique de dépasser une conception purement administrative de la démocratisation de l’enseignement. L’enjeu n’est pas seulement de permettre l’accès à l’école, mais de réunir les conditions d’une véritable égalité des chances tout au long du parcours scolaire.

 

Les conditions matérielles, un préalable à la réussite

Le président de la République a également insisté sur la nécessité d’assurer aux élèves le transport, la restauration, l’hébergement dans les internats, les vêtements et les fournitures scolaires, en coordination avec les structures concernées. Ces besoins concrets constituent un volet essentiel de la politique éducative.

Pour les familles confrontées à des difficultés économiques, le coût indirect de la scolarité peut représenter un obstacle important. Les déplacements, les repas et le matériel nécessaire à l’apprentissage pèsent sur les budgets domestiques et peuvent accentuer les inégalités entre élèves.

En mettant ces questions en avant, Kaïs Saïed associe la justice sociale à des réponses qui touchent directement la vie quotidienne des familles. L’objectif affiché est de faire en sorte que les conditions économiques ne déterminent pas, à elles seules, les possibilités de réussite d’un enfant.

Mais cette orientation appelle une mise en œuvre rigoureuse. La disponibilité du transport scolaire, la qualité de la restauration, la capacité d’accueil des internats et l’accès effectif aux fournitures doivent se traduire par des mesures concrètes, suivies et évaluées. C’est à cette échelle que l’ambition de l’égalité des chances pourra être appréciée.

 

La culture, un prolongement naturel de l’école

La place accordée aux clubs culturels dans les établissements scolaires constitue un autre volet significatif de cette vision. En appelant à leur création dans les différentes institutions éducatives, le chef de l’État souligne que l’éducation ne se limite pas aux enseignements dispensés en classe.

La pratique culturelle contribue à l’éveil intellectuel, à la créativité, à l’expression personnelle et à la découverte du patrimoine. Elle peut également favoriser la confiance en soi, le dialogue et le respect des différences. Théâtre, lecture, musique, arts plastiques ou activités patrimoniales offrent autant de possibilités de compléter les apprentissages scolaires.

Le rapprochement entre les secteurs de l’éducation et de la culture prend ici tout son sens. La présence de la ministre des Affaires culturelles à cette rencontre illustre l’importance d’une approche transversale dans laquelle les activités culturelles peuvent accompagner la formation des jeunes et élargir leur accès au savoir.

Pour produire des effets durables, cette ambition nécessite toutefois des moyens, des espaces adaptés, un encadrement compétent et une programmation accessible à tous les élèves. Les clubs culturels ne doivent pas rester une simple annonce, ils sont appelés à devenir des lieux vivants d’apprentissage et de participation.

 

De l’orientation politique aux résultats concrets

En revenant sur les précédentes tentatives de réforme du système éducatif, Kaïs Saïed a exprimé des réserves sur leur portée et leurs motivations. Cette appréciation traduit sa volonté affichée de rompre avec des réformes qu’il juge insuffisantes et de privilégier une transformation plus profonde du système national.

Toutefois, la réussite d’une politique éducative ne se mesure pas uniquement à ses principes ou à ses intentions. Elle dépend aussi de la continuité des décisions, de la mobilisation des ressources, de la coordination entre les institutions et de la capacité à associer les acteurs de terrain à la recherche de solutions.

L’enjeu est donc de faire converger les objectifs éducatifs, les politiques sociales et l’action culturelle autour d’une même exigence : offrir à chaque enfant les moyens d’apprendre, de s’épanouir et de construire son avenir.

La rencontre de Carthage remet ainsi en lumière les grandes lignes d’une vision qui lie souveraineté nationale, justice sociale et formation des générations futures. Sa portée dépendra désormais de la traduction de ces orientations en programmes accessibles, en services effectifs et en améliorations mesurables pour les élèves et leurs familles.

Faire de l’éducation un pilier de la sécurité nationale et de la culture un instrument d’émancipation constitue une ambition de long terme. Le véritable défi consiste à transformer ces principes en une égalité des chances vécue au quotidien, dans chaque école et pour chaque élève.

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Comportements à risque : agir en milieu scolaire

La prévention des comportements à risque en milieu scolaire repose sur une approche globale associant l’école, les familles et les partenaires institutionnels pour instaurer un climat bienveillant et sécurisé. L’objectif est  d’apprendre aux élèves à identifier et à gérer leurs émotions, favoriser l’empathie, la communication non violente et la résolution pacifique des conflits, par exemple via des cours d’empathie dès l’école primaire, créer des espaces de parole et d’écoute (heures de vie de classe, forums de sensibilisation, journées dédiées) et instaurer des programmes de soutien positif pour valoriser les bons comportements et désamorcer les tensions.

C’est dans ce cadre que le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Seniors a organisé une belle action intitulée  «Une heure de prévention» de manière simultanée et unifiée dans les différentes régions. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’approche nationale participative visant à prévenir les comportements à risque, en coordination avec les délégations régionales chargées des affaires de la femme et de la famille ainsi que divers partenaires (ministères, organismes publics et associations concernées). Cet événement offrira un espace de rencontre pour les familles et les élèves, favorisant l’écoute, l’accompagnement, le conseil et la sensibilisation, dans le but d’une prévention participative contre les phénomènes et comportements à risque.

Une heure de prévention dans nos écoles

Plusieurs élèves sont exposés à des risques qui peuvent affecter leur santé, leur bien-être et leur réussite éducative. Ces conduites à risque altèrent le bien-être physique et mental et ont des répercussions sur les relations avec autrui : isolement social, violences, conflits, marginalisation… Sur le plan académique, le parcours scolaire et les résultats peuvent être affectés. Comprendre quels sont les facteurs qui influencent les comportements à risque va permettre d’agir de façon cohérente sur un ensemble de déterminants communs. Prédisposants ou protecteurs, ces facteurs vont accroître ou au contraire prévenir la vulnérabilité des enfants ou des jeunes face à ces conduites. Il peut s’agir de caractéristiques personnelles telles que la capacité à faire face aux événements, à nouer des relations. C’est aussi l’environnement proche, comme la qualité des relations au sein de la famille ou les relations avec les pairs. C’est également l’environnement social, en particulier l’école, son mode d’organisation et les valeurs sociales qu’elle défend et véhicule. La prévention en milieu scolaire regroupe l’ensemble des mesures et actions visant à protéger les élèves et le personnel éducatif contre les risques liés à la vie scolaire. C’est dans ce cadre que des séances de prévention des comportements à risque en milieu scolaire reposent sur plusieurs axes éducatifs, partenariaux et pratiques ont été animées hier  par les enseignants et des psychologues à Tunis, Ben Arous, La Manouba, Bizerte, Siliana, Zaghouan, Béja, Nabeul, Sousse, Monastir, Mahdia, Sfax, Kairouan, Sidi Bouzid, Gabès, Gafsa, Tozeur et Tataouine en vue d’apprendre aux élèves à gérer leurs émotions, à résister à la pression des pairs et à renforcer leur esprit critique tout en les sensibilisant aux dangers du numérique, des addictions, des réseaux sociaux et des cyberviolences.  L’école est le lieu par excellence d’ancrage des programmes de promotion de la santé et de prévention des conduites à risque. Ces initiatives de prévention dans nos écoles  permettent aux enfants d’acquérir des compétences favorables à la santé (développement de compétences sociales, émotionnelles et cognitives) en utilisant des méthodes interactives s’inscrivant dans la durée. Ils favorisent la création d’un environnement propice à leur mise en pratique. Ces comportements, qui sont des facteurs de protection vis-à-vis des comportements à risque, sont aussi des vecteurs de réussite à l’école. Les parents ont un rôle à jouer : sensibiliser leurs enfants  aux comportements à risque et  accompagner le développement de leurs enfants, tout en assurant leur sécurité. Il est crucial de consulter un professionnel de la santé mentale lorsqu’un adolescent affiche de manière répétée des comportements préoccupants ou dangereux si les  tentatives pour l’encourager à une conduite plus saine demeurent inefficaces. La prévention des conduites à risque peut commencer dès l’enfance par l’éducation, la communication ouverte et la promotion de comportements sains. Elle s’effectue à la maison et à l’école.

Kamel BOUAOUINA

 

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Abandon scolaire : la plaie saignante de l’éducation nationale 

L’école publique tunisienne, jadis socle de la promotion sociale et symbole de la construction de l’État moderne, affronte aujourd’hui une crise d’une ampleur inédite. Chaque année, près de 100.000 élèves désertent prématurément les salles de classe sans obtenir le moindre diplôme ni la moindre qualification professionnelle. Ce phénomène massif d’abandon ne constitue pas seulement un drame individuel pour des dizaines de milliers de familles, il s’impose comme une véritable hémorragie nationale qui fragilise le tissu socio-économique du pays et alimente l’exclusion sociale. Pourtant, le cadre juridique tunisien est sans équivoque, puisque la Loi d’orientation sur l’éducation stipule formellement que l’éducation proclame l’obligation de l’éducation pour tous les enfants âgés de 6 à 16 ans. Entre le droit théorique et la réalité du terrain, le fossé n’a pourtant jamais été aussi profond. Le dernier recensement général de la population et de l’habitat publié par l’Institut national de la statistique (INS), apporte un éclairage d’une grande précision sur la scolarité des enfants appartenant à la tranche d’âge 6-16 ans. D’après ces données démographiques, si 95,5% des enfants de cette tranche d’âge demeurent globalement intégrés dans le parcours scolaire, 3,5% ont définitivement abandonné l’école et 1% n’y ont tout simplement jamais été inscrits.

L’analyse statistique met en évidence une dynamique de genre bien marquée. La non-scolarisation totale concerne 1,1% des garçons contre 0,9% des filles, mais la fracture s’élargit plus nettement au niveau de l’abandon en cours de route. Le taux de décrochage atteint en effet 4,8% chez les garçons, contre 2,1% seulement chez les filles.

Cependant, l’enseignement majeur du recensement général de la population et de l’habitat réside dans l’accélération brutale de l’abandon au fur et à mesure que l’enfant avance en âge. Alors que le taux d’abandon et de non-scolarisation ne dépasse pas 0,5% chez les enfants de 6 à 11 ans, correspondant au cycle primaire, il monte en flèche pour atteindre 6,5% chez les adolescents âgés de 12 à 16 ans. Selon les classifications internationales, ces jeunes se retrouvent ainsi totalement hors du système de l’enseignement, de la formation professionnelle et de toute prise en charge spécialisée, basculant dans la catégorie très vulnérable connue sous l’acronyme anglais des NEET (Neither in Employment, Education or Training – Ni en emploi, ni en études, ni en formation).

Un taux d’achèvement du cycle secondaire en chute libre

L’amplification du phénomène avec l’âge démontre la nécessité impérieuse de renforcer les mécanismes de maintien et de prévention dans l’enseignement collégial et secondaire, en prêtant une attention particulière aux garçons, qui s’avèrent les plus exposés au décrochage précoce. Cette fracture s’inscrit dans une tendance de longue durée mise en lumière par l’Institut Tunisien de la Compétitivité et des Études Quantitatives. La déscolarisation a connu une hausse continue au fil des décennies, passant d’environ 26.000 cas par an lors de l’année scolaire 1984/1985 à 57.613 cas en 1994/1995, avant d’atteindre un sommet critique de 100.000 cas par an durant l’année scolaire 2012/2013. Les chiffres institutionnels récents confirment la persistance du problème, avec une moyenne de 90.000 à 100.000 élèves âgés de 6 à 16 ans qui quittent les bancs des écoles chaque année.

Cette déperdition continue impacte directement la finalisation des parcours d’études. L’enquête nationale sur la situation de la mère et de l’enfant en Tunisie, menée par le ministère de l’Économie et de la Planification avec l’appui du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), révèle qu’un peu plus d’un tiers seulement, soit 34,5% des élèves tunisiens, ont réussi à achever le cycle secondaire en 2023, alors qu’ils étaient 48,7% en 2018. En l’espace de cinq ans, le taux d’achèvement du secondaire a ainsi reculé de plus de 14 points.

Cette chute de l’achèvement traduit d’importantes inégalités territoriales et démographiques. Le taux d’achèvement atteint 41,3% en milieu urbain, contre seulement 22,8% en milieu rural. Sur le plan régional, le Grand Tunis affiche le taux le plus élevé avec 45,2%, tandis que le Centre-Ouest avec 22% et le Nord-Ouest avec 26,9% accusent un retard structurel considérable. La meilleure rétention scolaire des filles se confirme également sur ce terrain, puisque 46,8% d’entre elles mènent à terme le cycle secondaire, contre seulement 25,1% chez les garçons.

La pauvreté, principal catalyseur de la déscolarisation

Le décrochage scolaire ne résulte pas d’une décision individuelle isolée, mais bien d’un engrenage où se cumulent précarité économique, isolement géographique et défaillances pédagogiques. Selon une étude menée par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) auprès d’un échantillon représentatif de 601 enfants dans les gouvernorats de Monastir, Kasserine et Kairouan, 80% des enfants ayant abandonné l’école sont issus de familles défavorisées. Les gouvernorats affichant les taux de décrochage les plus élevés sont d’ailleurs ceux où la pauvreté est la plus prégnante, à l’image de Kairouan, Kasserine et Sidi Bouzid. Face aux difficultés financières du foyer, 50% des enfants interrogés ont déclaré avoir été contraints de travailler pour aider leurs parents, et plus de la moitié avouent être tentés par l’émigration clandestine.

Le niveau d’instruction parental constitue un autre facteur déterminant, puisque 60% des enfants qui décrochent sont nés de parents n’ayant pas fait d’études ou ayant interrompu leur scolarité très tôt. Dans les régions intérieures, l’éloignement géographique des établissements éducatifs aggrave considérablement la situation. D’après l’enquête du FTDES, 78,3% des élèves se rendent à l’école à pied, et parmi eux, 12,6% doivent effectuer une marche quotidienne comprise entre 30 et 60 minutes. Ces trajets pénibles et parfois insécurisés découragent les familles, en particulier pour la scolarisation des jeunes filles dans les régions les plus reculées.

Les répercussions de cet abandon précoce dépassent largement le cadre éducatif et touchent directement l’équilibre social, économique et sécuritaire du pays. Privés de formation et de qualification, les jeunes décrocheurs accèdent très difficilement à l’emploi formel, se trouvent fortement exposés au chômage de longue durée et courent un risque élevé de marginalisation sociale.

Afin de lutter contre ce phénomène, le ministère de l’Éducation et l’UNICEF ont mis en place le programme de l’École de la deuxième chance, pensé pour accompagner les jeunes déscolarisés afin de les réintégrer dans le système d’enseignement formel ou de les orienter vers la formation professionnelle. Toutefois, ce dispositif demeure encore trop restreint, avec seulement cinq centres opérationnels actuellement sur l’ensemble du territoire national.

Walid KHEFIFI

 

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L’unité de l’État : pilier de la vision institutionnelle de Kaïs Saïed

Par Ahmed NEMLAGHI

La rencontre tenue, le 8 octobre, au palais de Carthage entre le président de la République, Kaïs Saïed, le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Brahim Bouderbala, et le président du Conseil national des régions et des districts, Imed Derbali, remet au premier plan une question fondamentale, celle de l’unité de l’État et de la complémentarité de ses institutions. À travers cette réunion, le chef de l’État réaffirme une conception selon laquelle les différentes fonctions publiques doivent agir dans le cadre de leurs compétences constitutionnelles, avec pour objectif commun de répondre aux attentes des citoyens et de préserver la cohésion nationale.

Dans le communiqué publié à l’issue de cette rencontre, la présidence de la République insiste sur la complémentarité des rôles entre les différentes fonctions de l’État, chacune dans le cadre des attributions que lui confère la Constitution. Cette formulation résume l’un des axes de la vision institutionnelle défendue par Kaïs Saïed : l’État doit demeurer un ensemble cohérent, capable d’agir dans l’intérêt général, sans que ses différentes composantes perdent de vue leur responsabilité envers les citoyens.

L’unité de l’État ne signifie pas nécessairement la confusion des pouvoirs ni l’effacement des compétences propres à chaque institution. Elle renvoie plutôt à la nécessité d’assurer la cohérence de l’action publique, dans le respect du cadre constitutionnel, afin que les institutions ne deviennent pas des centres d’intérêt concurrents, mais remplissent leurs missions au bénéfice de la collectivité.

La présence conjointe des responsables des deux chambres parlementaires auprès du président de la République revêt, dans ce contexte, une portée institutionnelle particulière. Elle permet d’aborder des projets liés à la situation sociale des citoyens et de souligner l’importance de la coordination entre les institutions chargées de traduire les orientations publiques en textes et en mesures concrètes.

Pour le chef de l’État, l’enjeu consiste à faire en sorte que les mécanismes institutionnels ne constituent pas un obstacle à la réponse aux besoins de la population. La cohérence entre les fonctions de l’État doit ainsi contribuer à accélérer le traitement des préoccupations sociales et à renforcer la capacité des pouvoirs publics à apporter des réponses concrètes.

Le communiqué de Carthage fait explicitement référence aux compétences fixées par la Constitution. Ce rappel est essentiel car l’unité institutionnelle ne peut durablement reposer sur la seule volonté de coopérer entre responsables. Elle nécessite des règles, une répartition des attributions et une responsabilité clairement définie.

Dans la conception défendue par Kaïs Saïed, la Constitution s’apparente au cadre de référence dans lequel chaque institution doit exercer ses missions. L’Assemblée des représentants du peuple et le Conseil national des régions et des districts disposent de leurs propres fonctions, tandis que la présidence de la République exerce les compétences qui lui sont attribuées. La complémentarité suppose donc que chaque institution assume ses responsabilités sans empiéter sur celles des autres.

Cette approche accorde une place importante à la légitimité constitutionnelle des institutions. L’État ne peut fonctionner efficacement si ses organes se trouvent enfermés dans des logiques de confrontation permanente ou si leurs interventions ne débouchent pas sur des décisions suivies d’effets.

Rompre avec les logiques de division

Le président de la République a également évoqué les tentatives de division du pays et les résistances au changement. Selon les termes rapportés par le communiqué, il estime que certains acteurs demeurent attachés à des pratiques du passé et que la conscience historique du peuple tunisien constitue un rempart contre les manœuvres susceptibles d’affaiblir la cohésion nationale.

Cette déclaration s’inscrit dans un discours politique qui présente l’unité nationale comme une condition essentielle de la transformation institutionnelle et sociale. Dans cette lecture, les divergences et les conflits d’intérêt ne doivent pas compromettre la continuité de l’État ni détourner les institutions de leurs missions fondamentales.

La question mérite cependant d’être envisagée dans toute sa portée institutionnelle. L’unité nationale ne se limite pas à l’absence de désaccords. Elle dépend également de la capacité des institutions à traiter les divergences dans le respect du droit, à garantir l’égalité des citoyens et à maintenir des espaces de responsabilité et de contrôle.

Une institution forte n’est donc pas seulement une institution capable de résister aux pressions. C’est aussi une institution dont les décisions sont motivées, dont les compétences sont respectées et dont l’action peut être appréciée à l’aune de ses résultats.

La vision présidentielle met l’accent sur la nécessité de préserver l’État contre les formes de pression ou de chantage susceptibles, selon elle, de compromettre son indépendance. L’enjeu est de faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers, tout en veillant à ce que les mécanismes de contrôle et de responsabilité fonctionnent dans le cadre du droit.

Parmi les thèmes abordés à Carthage, la reddition des comptes occupe une place centrale. Kaïs Saïed a insisté sur sa légitimité, en prenant soin de la distinguer du règlement de comptes. Cette distinction constitue un élément important de sa conception de l’État : la responsabilité des personnes ayant exercé des fonctions publiques doit être examinée à partir de faits établis et de procédures légales, et non en fonction de considérations personnelles ou politiques.

La reddition des comptes répond à une exigence démocratique et administrative fondamentale. La gestion des ressources publiques, l’exercice de l’autorité et l’utilisation des moyens de l’État doivent pouvoir faire l’objet de vérifications. Les responsabilités doivent être déterminées lorsque des irrégularités sont établies, dans le respect des droits de la défense et des garanties prévues par la loi.

Dans le discours présidentiel, cette exigence est associée à la volonté de rompre avec les pratiques qui auraient permis à certains de bénéficier d’une protection particulière. L’affirmation selon laquelle aucune immunité ni exception ne devrait faire obstacle à l’établissement de la vérité traduit l’objectif annoncé d’une responsabilité applicable à tous.

Pour que cette orientation renforce effectivement la confiance dans les institutions, une condition demeure toutefois essentielle : la reddition des comptes doit être conduite selon des procédures impartiales, transparentes et vérifiables. La présomption d’innocence, l’indépendance de la justice et les droits de chaque personne concernée sont indissociables d’un processus crédible.

 

De la volonté politique aux mesures concrètes

Le président de la République a affirmé que les difficultés ne seraient pas surmontées par les communiqués et les déclarations, mais par des mesures concrètes et rapides. Cette affirmation met en évidence l’un des principaux défis de l’action institutionnelle : transformer les orientations politiques en décisions applicables et en résultats perceptibles.

Les citoyens évaluent l’État à travers leur expérience quotidienne. Ils attendent des réponses à leurs difficultés économiques et sociales, des services publics accessibles, une administration efficace, une législation compréhensible et des décisions exécutées dans des délais raisonnables.

La rencontre entre les trois responsables de l’État prend dès lors son sens au regard des projets sociaux évoqués dans le communiqué. La coordination institutionnelle ne peut constituer une fin en soi. Elle doit permettre de faire avancer les dossiers, de lever les blocages administratifs et de garantir que les décisions prises répondent aux besoins identifiés.

Cette exigence implique également une responsabilité dans le suivi. Les mesures annoncées doivent être accompagnées d’échéances, de mécanismes d’évaluation et d’une répartition claire des tâches entre les administrations et les institutions concernées. Sans ces instruments, le risque demeure de voir les ambitions se heurter aux lenteurs et aux difficultés de mise en œuvre.

Le discours présidentiel insiste précisément sur la nécessité de dépasser les déclarations pour entrer dans une phase d’action. La portée de cet engagement dépendra donc de la capacité des institutions à démontrer, par leurs réalisations, que la coordination annoncée améliore effectivement le fonctionnement de l’État.

Lorsque Kaïs Saïed affirme que l’État ne sera le «butin» de personne, il exprime une conception de la puissance publique fondée sur la permanence des institutions et leur indépendance à l’égard des intérêts particuliers. L’État doit, dans cette perspective, demeurer au service de la collectivité nationale et ne pas devenir l’instrument d’un groupe ou d’un réseau.

Cette conception rejoint la volonté affichée de préserver la souveraineté de la décision publique. Les politiques nationales doivent être déterminées par les besoins du pays et mises en œuvre par des institutions capables d’assumer leurs responsabilités.

Mais la solidité de l’État ne se mesure pas uniquement à sa capacité de résister aux pressions. Elle dépend aussi de la prévisibilité de ses décisions, de la stabilité de ses règles, de la qualité de son administration et de la confiance que les citoyens accordent à ses institutions.

Un État fort est également un État dont les pouvoirs sont exercés dans le respect de la Constitution, dont les décisions peuvent être contrôlées et dont les agents sont tenus de rendre compte de leur action. L’autorité publique et la responsabilité ne sont pas des principes contradictoires : elles se renforcent mutuellement lorsqu’elles s’inscrivent dans un cadre juridique clair.

L’unité de l’État à l’épreuve des attentes sociales

Au-delà des principes constitutionnels, la réunion du 8 octobre renvoie à une préoccupation centrale du discours présidentiel : la situation sociale des citoyens. Le communiqué rappelle que les responsables doivent s’inspirer de la conscience du peuple et partager les souffrances des citoyens en s’attachant à en éliminer les causes.

Cette exigence place la responsabilité sociale au cœur de l’action institutionnelle. Elle signifie que les institutions ne peuvent se limiter à leur fonctionnement interne ou à la production de textes. Elles doivent également prendre en compte les conséquences concrètes de leurs décisions sur les conditions de vie de la population.

La cohérence de l’État se mesure alors à sa capacité à articuler les politiques publiques, à identifier les urgences et à apporter des réponses adaptées aux réalités des différentes régions et catégories sociales.

Le rôle des institutions parlementaires est déterminant dans cette démarche, notamment à travers l’examen des textes et des préoccupations qui leur sont soumis dans le cadre de leurs attributions. La présidence de la République, le gouvernement et les autres institutions concernées doivent, chacun dans son domaine de compétence, contribuer à la mise en œuvre des orientations et au suivi de leurs effets.

Cette complémentarité ne sera pleinement effective que si elle se traduit par des résultats mesurables : amélioration des services, réduction des délais administratifs, meilleure application des lois et traitement plus efficace des difficultés sociales.

La rencontre de Carthage traduit ainsi une volonté présidentielle de placer la cohésion de l’État, le respect des compétences constitutionnelles et la reddition des comptes au cœur de l’action publique. Elle rappelle que les institutions ne peuvent répondre aux attentes de la population que si elles assument leurs missions avec sérieux et coordonnent leurs efforts dans le cadre du droit.

L’unité de l’État ne doit cependant pas rester une formule institutionnelle. Elle doit prendre corps dans le fonctionnement des administrations, la qualité des décisions, l’application effective des lois et la capacité des responsables à rendre compte de leurs résultats.

C’est là que se situe l’enjeu principal de la démarche défendue par Kaïs Saïed : faire de la cohérence institutionnelle un moyen de lutter contre les blocages, de préserver la souveraineté de la décision nationale et de répondre aux revendications sociales.

En définitive, la force de l’État ne réside ni dans la seule fermeté des déclarations ni dans l’affirmation abstraite de son unité. Elle se mesure à sa capacité à agir conformément à la Constitution, à garantir l’égalité devant la loi, à protéger les ressources publiques et à apporter des réponses concrètes aux citoyens.

 

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La liberté d’habiter

Par Slim BEN YOUSSEF

À quoi reconnaît-on la prospérité ? À l’éclat captif des coffres, à l’opulence des greniers, à la certitude des lendemains ? Qui mesure, dans la fortune d’un pays, la part de beauté, de désir et de sprezzatura qui circule sous la peau de ses habitants ? Que faut-il encore faire sien pour avoir toutes les saisons à soi ? Peut-on prospérer sans consumer le temps, soi-même, l’autre ?

Chaque matin, la Tunisie rajuste sa robe, rassemble ses cheveux, ses survivances, quelques rêves épars. Un carré de soleil glisse sur le carrelage, effleure une tasse de café, s’immobilise au bord d’une facture. Dehors, l’ombre d’un grenadier frémit sur un mur. Il y a dans cette lumière une invitation à rester.

Prospérer ?

Être libre d’habiter ses jours sans que la morsure de la survie en altère la grâce.

Aristote discernait dans l’eudaimonia l’âpre justesse d’une vie accomplie. Épicure débusquait ces appétits que l’abondance aiguise. Voltaire, après tant de naufrages, confiait à Candide un jardin à cultiver. Camus, à Tipasa, recevait du soleil la volupté d’exister.

Combien de liberté faut-il à une existence pour qu’elle devienne habitable ?

Assez pour savourer la chair des heures et trouver la paix de s’y attabler.

Tolstoï posait la question autrement : combien de terre faut-il à un homme ? On pouvait s’approprier toute l’étendue dont on aurait fait le tour avant le couchant. Alors on marche, accélère, dévore l’horizon. Chaque arpent attise la faim du suivant. On revient. On s’effondre. Six pieds de terre suffiront à ensevelir cette faim. Toute une journée à agrandir un lieu qu’on n’habitera jamais.

À fleur de terre, la caresse.

Dans Le Bonheur de vivre, Matisse affranchit cette terre du cadastre. Des corps s’y étendent, s’enlacent, dansent, se reposent ; les couleurs conspirent contre la ressemblance. La Tunisie voudrait épouser cette toile, laisser tomber sa robe et ses résiliences. Il faut à la félicité un paysage hospitalier, à la chevelure l’indolence de se dénouer, aux songes assez d’avenir pour prendre racine.

La joie de vivre ? Garder aux secondes ordinaires leur part de fête.

L’accomplissement ? Trouver dans la doublure des heures de quoi devenir.

La liberté ? Rester par désir. Partir par ivresse d’ailleurs. Faire de cette latitude une jouissance commune.

Et l’attachement ?

Jusqu’à l’étreinte. Habiter une patrie avec la délicatesse d’un amour. Y coucher ses phrases, ses insomnies, ses audaces.

Une eurythmie souveraine : la liberté d’aimer sa patrie sans avoir à lui sacrifier son avenir.

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Administration tunisienne : quand le citoyen doit prendre son courage à deux mains

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Un document à retirer. Un dossier à déposer. Une situation à régulariser. Sur le papier, la démarche paraît simple. On rassemble ses pièces, on réserve une matinée et l’on se présente au service concerné. Pourtant, lorsque les indications restent imprécises ou que les réponses changent d’un interlocuteur à l’autre, une formalité peut prendre une place démesurée dans la journée. On était venu régler un problème. On repart parfois avec une inquiétude supplémentaire : faudra-t-il recommencer ?

C’est sous cet angle que je voudrais regarder l’administration tunisienne. Derrière les procédures, il y a ce qu’elles font vivre aux personnes. L’attente, l’incertitude, la crainte de mal comprendre, le sentiment de déranger ne figurent pas sur les formulaires. Ils accompagnent pourtant certaines démarches et peuvent peser sur la relation du citoyen avec l’État. Une administration n’est pas seulement un ensemble de bureaux. Elle est aussi une expérience humaine, renouvelée chaque fois que quelqu’un demande un renseignement ou tente de faire reconnaître un droit.

Il serait injuste d’en dresser un portrait uniformément sombre. Des agents accueillent correctement, expliquent avec patience et cherchent des solutions dans les limites de leurs fonctions. Des services accomplissent leur mission sans transformer chaque demande en parcours difficile. Mais ces réalités ne doivent pas nous empêcher d’interroger les situations où la relation se dégrade. Pourquoi une institution destinée à servir peut-elle devenir un lieu que l’on aborde avec appréhension ? Et que laisse cette appréhension dans la vie collective lorsqu’elle finit par paraître normale ?

L’incertitude fatigue davantage que l’attente

Attendre n’est pas nécessairement insupportable. On peut accepter qu’un dossier exige une vérification, qu’un service reçoive beaucoup de demandes ou qu’une décision prenne du temps. Ce qui use davantage, c’est de ne pas savoir. Ne pas savoir si l’on se trouve au bon endroit, si les pièces réunies suffiront, si quelqu’un examine réellement la demande ou si le déplacement suivant permettra enfin d’aboutir.

La différence est considérable. Un délai annoncé permet de s’organiser. Une attente sans explication oblige à rester disponible pour une issue inconnue. Le citoyen ne maîtrise plus son effort. Il peut hésiter entre patienter, revenir, téléphoner ou chercher un autre interlocuteur. Chaque tentative ajoute un peu de fatigue, sans nécessairement apporter davantage de clarté.

Cette fatigue n’a pas le même poids pour tout le monde. Une personne qui peut se déplacer facilement ne vit pas la démarche comme celle qui doit demander une autorisation d’absence, trouver un transport ou se faire accompagner. Pour un parent, une matinée perdue peut désorganiser la journée familiale. Pour quelqu’un dont les revenus dépendent du travail quotidien, le déplacement représente davantage qu’un désagrément. Le temps administratif entre ainsi dans des existences dont il ignore souvent les contraintes.

Il y a aussi ceux qui n’osent pas poser de questions. Un formulaire peut sembler évident à la personne qui le traite régulièrement et rester obscur pour celle qui le découvre. Le citoyen hésite, relit, cherche une indication. Une réponse sèche suffit parfois à le convaincre qu’il aurait dû comprendre seul. Il repart alors avec sa difficulté et, plus pénible encore, avec le sentiment d’être incapable.

On peut appliquer une règle fermement sans humilier. On peut refuser une demande tout en prenant le temps d’expliquer pourquoi. L’administration ne doit pas satisfaire toutes les attentes, mais elle devrait permettre à chacun de comprendre ce qui lui arrive. Cette exigence me paraît élémentaire. Elle engage pourtant toute une manière de considérer la personne qui se tient devant le guichet.

Derrière le guichet, quelqu’un se fatigue aussi

Le regard porté sur le citoyen ne suffit pas. Il faut regarder l’agent, lui aussi pris dans une organisation dont il ne décide pas toujours le fonctionnement. Il reçoit les demandes, entend les plaintes et doit parfois justifier un retard qu’il ne maîtrise pas. Pour le public, il représente l’institution. Dans son travail réel, il peut ne disposer que d’une marge de décision très limitée.

Cette position mérite d’être comprise. Un agent peut connaître la solution souhaitable sans avoir l’autorisation de l’appliquer. Il peut devoir expliquer une consigne peu claire, utiliser un outil défaillant ou attendre une validation avant de répondre. S’il reçoit successivement des personnes inquiètes ou irritées, la journée devient éprouvante. Le citoyen voit quelques minutes de son activité ; il n’en connaît pas nécessairement le reste.

À force, une distance peut s’installer. Répondre brièvement, éviter une discussion, se retrancher derrière la procédure deviennent des façons de tenir. Elles peuvent protéger momentanément l’agent, mais elles appauvrissent la relation. Celui qui demande une explication entend alors une fermeture là où l’autre croit simplement préserver son temps ou respecter ses instructions.

Cela n’excuse ni le mépris ni l’abus d’autorité. Comprendre un comportement ne signifie pas l’accepter. Mais réduire chaque difficulté à la mauvaise volonté d’une personne nous dispense trop facilement d’examiner l’organisation qui l’entoure. Une institution peut demander à ses agents d’être disponibles tout en les plaçant dans des conditions qui rendent cette disponibilité difficile.

Le malentendu se construit ainsi des deux côtés. Le citoyen arrive avec les démarches déjà accomplies, les déplacements et les réponses reçues. L’agent ne connaît pas cette histoire. Il voit une nouvelle demande, parfois formulée avec une impatience qu’il juge injustifiée. L’un pense devoir insister pour être entendu, l’autre se prépare à résister à une pression. La conversation commence, mais chacun se défend déjà.

Former à l’accueil peut aider. Encore faut-il écouter les difficultés des personnels, clarifier leurs responsabilités et leur donner les moyens de répondre. Le respect ne se décrète pas uniquement à l’entrée des bureaux. Il dépend aussi de la manière dont une hiérarchie traite ceux qui y travaillent.

Quand la relation personnelle remplace la règle

Face à l’incertitude, chacun cherche un appui. On demande à un proche comment procéder, on se renseigne sur les habitudes du service, on essaie de savoir à qui s’adresser. Cette entraide est souvent légitime. Elle devient préoccupante lorsque connaître quelqu’un paraît plus rassurant que connaître la procédure.

Le changement est discret, mais profond. Le citoyen ne se demande plus seulement quelles pièces fournir. Il cherche la personne capable de faire avancer les choses. Même lorsqu’aucun passe-droit n’est établi, l’impression que les relations comptent davantage que les règles peut suffire à affaiblir la confiance.

Celui qui ne possède aucun contact se sent alors moins armé. Il peut aborder la démarche avec l’idée qu’il devra attendre davantage ou insister plus longtemps. Celui qui dispose d’une relation peut finir par considérer son intervention comme une simple précaution. Pourquoi suivre un chemin incertain lorsqu’un autre semble plus sûr ? C’est précisément cette question qui devrait nous inquiéter.

Il faut distinguer l’accompagnement du favoritisme. Aider une personne âgée à comprendre un dossier, orienter un voisin vers le bon service ou expliquer une formalité relève de la solidarité. Le problème apparaît lorsque cet accompagnement semble nécessaire pour obtenir un traitement normal, ou lorsque la proximité ouvre une possibilité qui reste fermée aux autres.

Une administration doit offrir un cadre commun. Si chacun croit devoir mobiliser ses ressources personnelles pour y trouver sa place, elle risque de prolonger les inégalités au lieu de les contenir. L’assurance, le statut social, la facilité de parole deviennent alors des avantages supplémentaires.

Les agents consciencieux souffrent également de cette situation. Leur travail peut disparaître derrière une réputation générale de lenteur ou de favoritisme. Ils reçoivent une méfiance qu’ils n’ont pas forcément provoquée. Les personnes finissent, une nouvelle fois, par payer pour un fonctionnement insuffisamment lisible.

Réparer les procédures, retrouver la considération

La modernisation devrait partir d’une question très concrète : que doit savoir une personne avant de commencer sa démarche ? Une information claire sur les pièces, les étapes et les délais peut éviter des déplacements et réduire l’inquiétude. Il faut aussi que cette information reste cohérente d’un interlocuteur à l’autre. Rien ne décourage davantage qu’une consigne annulée par la suivante.

Le numérique peut améliorer les choses. Il peut permettre de suivre une demande, de transmettre un document ou d’obtenir un renseignement sans se déplacer. Mais un écran ne corrige pas automatiquement une mauvaise organisation. Un message d’erreur incompréhensible, une demande bloquée ou l’absence de réponse peuvent reproduire à distance l’impuissance ressentie devant un guichet.

Il faut donc penser l’accompagnement. Certaines personnes maîtrisent les outils numériques, d’autres hésitent ou dépendent d’un proche. La facilité offerte aux premières ne devrait pas devenir un obstacle pour les secondes. Le service public garde la responsabilité de rendre la démarche accessible.

Une réclamation devrait également pouvoir être entendue sans être reçue comme une offense. Elle peut signaler une difficulté que les responsables ne perçoivent pas depuis leur position. Encore faut-il lui donner une suite. Inviter à s’exprimer puis laisser la parole sans réponse ne restaure rien.

Je crois que la confiance se reconstruit dans ces moments modestes : une explication donnée jusqu’au bout, un délai respecté, un retard annoncé, une erreur reconnue et corrigée. Le citoyen n’attend pas nécessairement un privilège. Il veut pouvoir prévoir, comprendre et être traité avec considération.

L’administration tunisienne gagnerait à regarder cette dimension humaine comme une partie de sa mission. Une personne peut accepter une décision défavorable et repartir sans se sentir diminuée. Elle peut attendre tout en sachant que sa demande compte. C’est cette expérience qu’il faudrait rendre ordinaire. Aller demander son droit ne devrait pas exiger de préparer son courage la veille.

 

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Stress hydrique : l’expert Hussein Rhili plaide pour une refonte du modèle de production agricole

Face à une pression de plus en plus importante sur les ressources en eau, la Tunisie se trouve confrontée à la nécessité de revoir ses orientations agricoles. Entre raréfaction des précipitations, diminution des réserves hydriques et besoins croissants en irrigation, le modèle de production actuel soulève des interrogations quant à sa viabilité à long terme. Pour Hussein Rhili, chercheur spécialisé dans le développement et la gestion des ressources en eau, une réorganisation de la carte agricole nationale devient indispensable afin de préserver les ressources disponibles et de mieux anticiper les conséquences du changement climatique. Dans une déclaration accordée à un journal en ligne, l’expert a notamment attiré l’attention sur le poids considérable de l’agriculture dans la consommation nationale d’eau. Selon les chiffres qu’il a avancés, ce secteur absorbe à lui seul 77% des volumes d’eau mobilisés annuellement dans le pays. Une proportion particulièrement importante, d’autant que les superficies agricoles bénéficiant de l’irrigation ne représentent que 8% de l’ensemble des terres consacrées à l’activité agricole.

Cette situation illustre l’importance des besoins hydriques liés aux cultures irriguées et pose, plus largement, la question de l’adéquation entre les ressources naturelles disponibles et les orientations de la production agricole. Toutefois, Hussein Rhili précise que cette prédominance de l’agriculture dans l’utilisation de l’eau ne constitue pas une particularité tunisienne. À l’échelle internationale, les activités agricoles représentent généralement entre 70 et 80% des prélèvements hydriques. La véritable difficulté réside donc moins dans cette proportion que dans la capacité de chaque pays à adapter ses pratiques agricoles à ses propres contraintes climatiques et géographiques.

Une agriculture confrontée aux limites des ressources disponibles

En Tunisie, cette problématique prend une dimension particulière en raison de la vulnérabilité du pays face aux épisodes de sécheresse et à l’irrégularité des précipitations. La diminution des apports pluviométriques, conjuguée aux fluctuations des réserves des barrages, réduit les marges de manœuvre dans la gestion de l’eau et accentue la concurrence entre les différents usages. L’approvisionnement en eau potable, les besoins industriels et les activités agricoles reposent sur des ressources limitées, dont la disponibilité varie considérablement selon les régions et les saisons. Dans ces conditions, maintenir certaines orientations agricoles sans tenir compte de leur consommation hydrique pourrait accentuer les déséquilibres existants.

C’est précisément sur ce point que le chercheur insiste, en appelant à une transformation profonde de l’organisation de la production agricole. Il ne s’agit plus uniquement d’améliorer les techniques d’irrigation ou de rationaliser ponctuellement les quantités utilisées, mais de s’interroger sur la pertinence des cultures pratiquées, leur répartition géographique et leur compatibilité avec les ressources hydriques disponibles. Une telle réflexion suppose notamment de mieux prendre en considération les caractéristiques climatiques de chaque région, les besoins en eau des différentes productions ainsi que leur contribution à l’économie nationale et à la sécurité alimentaire. L’enjeu consiste à parvenir à un équilibre entre les impératifs de production, les revenus des agriculteurs et la préservation d’une ressource naturelle devenue particulièrement précieuse.

Les exportations agricoles au cœur du débat sur l’eau

Parmi les questions soulevées par Hussein Rhili figure également celle des productions agricoles destinées aux marchés étrangers. Si les exportations constituent une source de revenus et contribuent à l’activité économique, elles impliquent aussi une consommation de ressources naturelles qui mérite d’être intégrée dans l’évaluation de leur rentabilité. Le chercheur rappelle ainsi que la commercialisation de produits agricoles à l’étranger représente indirectement un transfert des quantités d’eau nécessaires à leur production. Cette notion, connue sous le nom d’«eau virtuelle», permet de mesurer l’empreinte hydrique des produits alimentaires, depuis leur culture jusqu’à leur commercialisation. Pour illustrer ce phénomène, Hussein Rhili prend l’exemple des agrumes, en estimant qu’une orange exportée correspond à une mobilisation de huit litres d’eau. Cette estimation, avancée par l’expert, met en évidence une dimension souvent peu visible des échanges agricoles : derrière chaque produit commercialisé se trouvent des ressources hydriques utilisées au cours de sa production.

Dans un pays caractérisé par un stress hydrique structurel, cette réalité invite à examiner plus attentivement les choix de spécialisation agricole, notamment lorsque certaines cultures nécessitent des apports en eau importants. Il ne s’agit pas nécessairement de remettre en cause l’ensemble des exportations agricoles, mais plutôt d’évaluer leur intérêt économique au regard de leur coût environnemental et hydrique. La valeur ajoutée des productions, leur capacité à générer des emplois et des recettes, ainsi que leur consommation d’eau constituent autant de paramètres susceptibles d’orienter les décisions futures. Cette approche pourrait également conduire à privilégier, dans certaines régions, des cultures mieux adaptées aux conditions climatiques locales, tout en accompagnant les exploitants dans une éventuelle transition vers des systèmes de production moins exigeants en eau.

Moderniser les réseaux d’irrigation et préparer les cinq prochaines années

Au-delà de la nature des cultures, la question des infrastructures hydrauliques représente un autre défi majeur. Hussein Rhili souligne notamment les pertes enregistrées dans les réseaux destinés à l’irrigation, dont une partie souffre du vieillissement des installations. Les défaillances des conduites, les fuites et les insuffisances d’entretien peuvent entraîner un gaspillage de volumes d’eau pourtant indispensables à la production agricole. Dans un contexte de pénurie, ces pertes constituent une difficulté supplémentaire pour les exploitants comme pour les gestionnaires des ressources hydriques. La réhabilitation des infrastructures apparaît dès lors comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau. Elle pourrait s’accompagner d’une modernisation des équipements, d’un meilleur suivi des volumes distribués et d’une généralisation progressive des techniques d’irrigation économes lorsque les conditions techniques et financières le permettent.

Cependant, l’amélioration des réseaux ne saurait, à elle seule, répondre à l’ensemble des défis auxquels l’agriculture tunisienne est confrontée. Une réflexion plus globale sur les orientations productives, les disponibilités régionales en eau et les conséquences du réchauffement climatique demeure nécessaire. Pour Hussein Rhili, les cinq prochaines années devraient ainsi constituer une période déterminante pour engager cette réorganisation. L’objectif serait de construire un modèle agricole davantage adapté aux contraintes hydriques du pays, capable de préserver les ressources tout en maintenant une activité économique essentielle pour de nombreuses régions.

Une telle évolution nécessiterait une coordination entre les politiques agricoles, hydrauliques et environnementales, mais également un accompagnement des agriculteurs, qui demeurent les premiers concernés par les changements envisagés. A terme, la question dépasse largement celle de la seule gestion de l’irrigation. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, à la pérennité des exploitations, à l’équilibre économique des territoires ruraux et à la capacité de la Tunisie à faire face aux transformations climatiques. Dans un environnement où chaque ressource hydrique disponible revêt une importance croissante, l’avenir de l’agriculture tunisienne pourrait ainsi dépendre autant des quantités produites que de la manière dont l’eau est utilisée pour les obtenir.

Leila SELMI

 

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Compter sur soi : quand la souveraineté économique commence à produire ses effets

 Par Ahmed NEMLAGHI

Pendant longtemps, la question économique tunisienne a été abordée à travers le prisme de la dépendance aux financements extérieurs, de l’endettement et des équilibres budgétaires. Depuis plusieurs années, le président Kaïs Saïed défend une autre orientation : compter davantage sur les capacités propres du pays, renforcer la souveraineté économique, lutter contre la corruption et la spéculation et réorienter les ressources nationales vers l’investissement, la production et la justice sociale.

Les résultats enregistrés récemment dans plusieurs secteurs donnent des éléments permettant d’apprécier cette orientation, même si les défis structurels restent considérables.

La politique économique défendue par le président Kaïs Saïed repose sur une idée devenue centrale dans son discours : la Tunisie doit davantage compter sur ses propres ressources, ses propres compétences et ses propres capacités de production. Le «compter-sur-soi» ne signifie pas, dans cette conception, se fermer au monde ou renoncer aux relations économiques internationales. Il s’agit plutôt de rechercher une plus grande autonomie dans les choix économiques et financiers, afin que les décisions nationales soient déterminées en priorité par les intérêts du pays et les besoins de sa population.

Cette orientation s’inscrit dans une vision plus large de la souveraineté. La souveraineté politique ne pourrait être pleinement exercée, selon cette approche, sans une capacité minimale à maîtriser les grands équilibres économiques, à préserver les ressources publiques et à réduire les formes de dépendance qui fragilisent la décision nationale.

Le gouvernement a d’ailleurs inscrit explicitement cette logique dans les orientations économiques de l’État. Le projet de budget économique pour 2026 met en avant la souveraineté nationale, la confiance dans les propres moyens du pays et la recherche d’un équilibre entre croissance économique et justice sociale. Il prévoit également de développer les ressources propres de l’État, de réduire l’évasion fiscale, d’intégrer progressivement l’économie parallèle et de diversifier les sources de financement.

Le changement de perspective est important. Il ne s’agit plus seulement de rechercher des ressources financières supplémentaires, mais de s’interroger sur la manière dont les richesses nationales sont produites, distribuées et utilisées.

Dans la vision présidentielle, le développement économique doit être étroitement lié à la justice sociale. La croissance n’a de véritable signification que si elle se traduit par davantage d’emploi, une amélioration du pouvoir d’achat, une réduction des disparités régionales et une meilleure qualité des services publics.

Le projet de développement 2026-2030 traduit cette orientation à travers une démarche annoncée comme «ascendante», partant du local vers le régional puis vers le national. L’objectif affiché est de rapprocher les politiques de développement des besoins réels des territoires et de réduire les déséquilibres qui ont longtemps caractérisé la répartition des investissements.

Les premiers résultats comme éléments de réponse

C’est à ce niveau que les données économiques récentes prennent toute leur importance.

Selon les données présentées en juillet 2026 à l’occasion de la remise du rapport annuel de la Banque centrale pour 2025, le PIB tunisien a progressé de 2,5% en 2025, contre 1,6% en 2024. Le chômage est passé de 16,5% en 2024 à 15,2% en 2025, puis à environ 15% au début de 2026 selon les données alors communiquées par le gouvernement. Les investissements directs étrangers ont également progressé d’environ 30% en 2025.

La Banque mondiale fait état, de son côté, d’une croissance de 2,7% en 2025 et de 2,4% sur un an au premier semestre 2026. Elle relève également une baisse du chômage à 14,9% au deuxième trimestre 2026. La croissance récente a notamment été soutenue par la reprise de l’agriculture, des industries mécaniques et électriques et du tourisme.

Ces chiffres ne permettent évidemment pas d’attribuer mécaniquement chaque évolution à une seule décision politique. L’économie dépend d’une multitude de facteurs internes et internationaux. Ils constituent néanmoins des indicateurs importants pour mesurer la trajectoire économique du pays.

La question essentielle est donc de savoir si cette amélioration peut être consolidée et transformée en dynamique durable.

Le principe du «compter-sur-soi» trouve une traduction particulièrement claire dans la volonté de renforcer la production nationale.

La Tunisie dispose d’atouts importants dans l’agriculture, l’agroalimentaire, les industries mécaniques et électriques, le tourisme et les services. L’objectif consiste à mieux valoriser ces ressources afin de créer davantage de valeur ajoutée à l’intérieur du pays.

Le cas de l’huile d’olive constitue à cet égard un exemple significatif. Au cours des dix premiers mois de la campagne 2025-2026, les exportations tunisiennes d’huile d’olive ont atteint 381,2 mille tonnes pour une valeur de 4,78 milliards de dinars, en hausse de 50,8% sur un an.

Au-delà de ce produit emblématique, le défi consiste toutefois à passer progressivement d’une économie fondée sur l’exportation de produits à une économie capable de générer davantage de transformation, d’innovation et de valeur ajoutée.

Lutter contre la corruption pour libérer l’économie

La lutte contre la corruption constitue l’autre pilier de cette orientation.

Dans le discours présidentiel, la corruption n’est pas seulement considérée comme une question morale ou judiciaire. Elle est également présentée comme un obstacle économique. Lorsqu’un marché est faussé, qu’une entreprise obtient un avantage indu, qu’un intermédiaire profite d’une position dominante ou qu’une ressource publique est détournée, ce sont à la fois l’État, l’entreprise honnête et le citoyen qui en subissent les conséquences.

Kaïs Saïed fait régulièrement de la lutte contre la corruption, l’évasion fiscale et les réseaux d’intérêts une composante de sa politique économique. En septembre 2025, il avait notamment insisté sur la nécessité de combattre l’évasion fiscale et les réseaux de corruption, tout en affirmant que les potentialités nationales étaient loin d’être limitées.

Cette approche conduit à considérer la lutte contre la corruption comme un moyen de récupérer des ressources qui pourraient être consacrées au développement.

La même logique concerne la spéculation. La maîtrise des circuits de distribution et la lutte contre les pratiques spéculatives sont présentées comme des conditions nécessaires à la protection du pouvoir d’achat et à la stabilité des marchés.

En février 2026, le président avait appelé à des textes permettant à la fois de préserver le pouvoir d’achat, de freiner la hausse des prix, de lutter contre la spéculation et de réduire les importations non essentielles.

La maîtrise de l’inflation constitue précisément l’un des éléments les plus sensibles pour la population.

Une croissance qui ne s’accompagne pas d’une amélioration du pouvoir d’achat demeure insuffisante du point de vue social. Le gouvernement souligne ainsi l’évolution favorable de plusieurs indicateurs monétaires et financiers.

La Banque mondiale indique que l’inflation moyenne est passée à 5,7% en 2025, après avoir atteint 10,4% en février 2023. L’Institut national de la statistique indiquait pour sa part un taux d’inflation de 5,3% en juin 2026.

Cette évolution doit naturellement être interprétée avec prudence : une baisse de l’inflation ne signifie pas une baisse générale des prix, mais un ralentissement de leur rythme d’augmentation. Pour les ménages, la question demeure donc celle du niveau réel des prix et de l’évolution des revenus.

Le président lui-même place cette dimension au cœur de l’action économique : préserver le pouvoir d’achat constitue, dans sa conception, l’un des critères permettant de mesurer la portée sociale des politiques publiques.

La souveraineté financière comme objectif

Le «compter-sur-soi» comporte également une dimension financière.

La Tunisie reste confrontée à un niveau élevé de dette, à des besoins importants de financement et à un déficit énergétique qui pèse sur les équilibres extérieurs. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que les perspectives demeurent exposées aux prix des importations et aux déséquilibres des finances publiques.

La souveraineté financière ne peut donc être considérée comme acquise. Elle constitue plutôt un objectif vers lequel l’action économique cherche à progresser.

Dans cette perspective, l’augmentation des ressources propres, l’amélioration du recouvrement fiscal, la réduction du gaspillage, l’intégration de l’économie informelle et la mobilisation de l’épargne nationale deviennent des instruments essentiels.

Le projet de loi de finances pour 2026 s’inscrit explicitement dans cette logique en mettant l’accent sur la réduction de l’évasion fiscale, l’intégration de l’économie parallèle et la diversification des ressources de financement.

Dire que cette politique «donne ses fruits» suppose toutefois de distinguer les résultats observables de l’interprétation politique qui peut en être faite.

Les indicateurs disponibles montrent effectivement une amélioration de plusieurs variables : reprise de la croissance après une période de faibles performances, baisse du chômage, ralentissement de l’inflation et progression de certaines activités exportatrices. 

Produire, investir, travailler : le triptyque de la nouvelle orientation

Au fond, la politique économique défendue par Kaïs Saïed repose sur un triptyque : produire davantage, investir dans les capacités nationales et garantir que les fruits de la croissance bénéficient plus largement à la population.

Le rôle de l’investissement public est, dans cette conception, déterminant. Les infrastructures, l’énergie, l’eau, les transports, la santé et l’éducation constituent autant de conditions nécessaires au développement du secteur privé.

Dans les orientations du plan 2026-2030, le gouvernement a ainsi inscrit le soutien à l’investissement public, considéré comme un levier susceptible de stimuler l’investissement privé, ainsi que l’appui aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises communautaires.

L’enjeu consiste donc à établir un cercle économique vertueux : davantage de production entraîne davantage d’investissement, davantage d’investissement crée davantage d’emplois, davantage d’emplois améliorent les revenus et l’amélioration des revenus soutient à son tour la demande intérieure.

La politique du «compter-sur-soi» n’est donc plus seulement une formule politique. Elle tend à se traduire par des choix budgétaires, des orientations de développement et des politiques destinées à renforcer les ressources propres du pays.

Les premiers indicateurs disponibles montrent une amélioration de plusieurs paramètres économiques. Ils constituent des signes encourageants, sans pour autant effacer les difficultés structurelles : dette, déficit énergétique, faiblesse de l’investissement, chômage encore élevé, disparités régionales et pression persistante sur le pouvoir d’achat.

La véritable réussite consistera désormais à faire de ces premiers résultats une tendance durable.

Car compter sur soi ne signifie pas seulement disposer de ressources nationales. Cela signifie être capable de les mobiliser intelligemment, de les protéger contre la corruption et la spéculation, de les transformer en investissement et en emplois et, surtout, de faire en sorte que la croissance économique retrouve une traduction concrète dans la vie quotidienne des Tunisiens.

C’est à cette condition que la souveraineté économique pourra devenir non seulement un principe politique, mais une réalité mesurable dans la production, l’emploi, le pouvoir d’achat et la qualité de vie.

 

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Une rencontre musicale entre la Tunisie et Monaco à la cité de la culture

La Fondation Hasdrubal pour la Culture et les Arts Mohamed Amouri organise, sous la direction artistique de Laurent Jost, directeur musical de la Fondation Hasdrubal, et en partenariat avec le Théâtre de l’Opéra de Tunis, un concert exceptionnel le dimanche 25 octobre 2026 à 18h, à la Grande Salle du Théâtre de l’Opéra de Tunis.

 

La musique comme trait d’union entre les cultures

Placée sous le signe de la diversité et du partage, cette soirée réunira des artistes tunisiens et monégasques autour d’une même ambition : faire de la musique un espace de rencontre, de dialogue et de rapprochement entre les cultures.

Le Chœur Tunisien Salammbô, dirigé par Aïda Niati, le ténor tunisien Hassen Doss, accompagné au piano par Emmanuelle Houerbi, ainsi que Les Petits Chanteurs de Monaco, Chœur de la Principauté de Monaco dirigé par Pierre Debat, se retrouveront sur la scène de la Grande Salle pour une programmation faisant dialoguer différents répertoires et sensibilités musicales.

À travers une sélection d’œuvres issues de traditions diverses, le concert mettra à l’honneur l’ouverture, le partage et l’amour, au-delà des langues, des cultures, des générations et des origines.

« La musique sera ainsi envisagée dans ce qu’elle possède de plus universel : sa capacité à rapprocher les êtres, à dépasser les frontières et à créer un dialogue immédiat entre les cultures », souligne Laurent Jost.

Une programmation sous le signe de la diversité

Imaginée par Laurent Jost, la programmation repose sur la rencontre de plusieurs univers musicaux. Le public sera invité à découvrir un parcours faisant dialoguer des esthétiques, des traditions et des sensibilités différentes.

Du répertoire choral aux grandes œuvres vocales, des traditions musicales européennes aux expressions tunisiennes et orientales, les artistes réunis pour cette soirée feront entendre une diversité de langages musicaux qui, loin de s’opposer, se répondent et se complètent.

La diversité sera ainsi au cœur de cette rencontre : diversité des langues, des cultures, des répertoires, des générations et des parcours.

« Une pluralité qui ne cherche pas à effacer les différences, mais au contraire à les faire dialoguer. C’est précisément au sein même de cette diversité que la musique révèle sa vocation la plus profonde : unir », explique Laurent Jost.

Les Petits Chanteurs de Monaco à Tunis

Cette soirée revêtira une dimension particulière avec la participation, pour la première fois au Théâtre de l’Opéra de Tunis, des Petits Chanteurs de Monaco, Chœur de la Principauté de Monaco.

Placée sous le Haut Patronage de S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, cette formation, profondément attachée à la tradition musicale de la Principauté, contribue depuis plusieurs années au rayonnement artistique de Monaco sur les scènes internationales.

Sous la direction de Pierre Debat, Maître de Chapelle de la Cathédrale et du Palais Princier de Monaco et directeur des Petits Chanteurs de Monaco, les jeunes choristes monégasques participeront à une résidence artistique en Tunisie avant de se produire sur la scène du Théâtre de l’Opéra de Tunis.

Leur présence permettra de créer un dialogue inédit entre les traditions chorales monégasque, européenne, tunisienne et orientale.

Le Chœur Tunisien Salammbô, acteur de la scène chorale tunisienne

Figure reconnue de la scène chorale tunisienne, le Chœur Tunisien Salammbô prendra pleinement part à cette rencontre artistique internationale.

Il sera dirigé par Aïda Niati, cheffe de chœurs et pédagogue au sein des Instituts Supérieurs de Musique de Sousse et de Tunis, qui œuvre activement au développement de la pratique chorale en Tunisie.

La participation du Chœur Salammbô permettra notamment de favoriser les échanges entre les jeunes choristes tunisiens et leurs homologues monégasques et d’inscrire cette rencontre dans la dynamique de la scène musicale tunisienne.

Hassen Doss et Emmanuelle Houerbi : voix et piano

Le ténor tunisien Hassen Doss apportera à cette soirée son expérience de la scène lyrique ainsi que sa sensibilité artistique. Il sera accompagné au piano par Emmanuelle Houerbi.

Leur participation enrichira une programmation dans laquelle les voix solistes dialogueront avec la puissance expressive des ensembles choraux, offrant au public une expérience musicale placée sous le signe de la complémentarité.

Des voix différentes, un même langage

Tout au long de la soirée, les formations et les artistes réunis sur scène proposeront un véritable voyage à travers des répertoires et des traditions musicales variés.

La diversité des œuvres répondra ainsi à celle des artistes et des cultures représentées.

« La diversité des langues répondra à celle des cultures et la rencontre des voix répondra à une même aspiration : faire de la musique un langage universel de paix et de partage », souligne Laurent Jost.

Mohamed Sahbi RAMMAH

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La pêche, c’est un métier pour les femmes aussi !

Les femmes jouent un rôle essentiel mais souvent invisible tout au long de la chaîne de valeur du secteur de la pêche, tant en Tunisie qu’à l’échelle internationale. Elles jouent un rôle important dans les nombreuses tâches liées à la pêche Outre les activités nécessaires de la production et de la récolte, elles sont largement impliquées dans tous les travaux qui se déroulent à terre comme la réparation des filets de pêche, le tri, le séchage, la transformation, la vente, la dégustation, la gestion administrative et comptable, etc.  Mais elles restent plus particulièrement impliquées dans les activités spécifiquement côtières et les pêcheries artisanales de taille modeste. 

Etre pêcheur n’est pas facile, et Alia le sait très bien. Il faut se lever tôt le matin, avoir les bons outils, être en tenue adéquate et affronter les vagues. Mais pour Alia, c’est un travail gratifiant. La pêche lui permet de nourrir sa famille et de contribuer à l’économie de son île.Même si la pêche était, pendant longtemps, perçue comme un métier d’homme. C’est  un métier qui peut être exercé par tous, sans distinction de genre ! C’est pourquoi l’’événement    » l « Woman together in fisheries »  organisé  du 5 au 7 octobre 2026 à Tunis en présence  de 80 femmes issues de plus de 10 pays méditerranéens  a appelé  à renforcer le rôle des femmes, leur  leadership et leur autonomisation économique dans le secteur de la pêche et de l’économie bleue ,partager les savoir-faire traditionnels, les expériences et les solutions pour des communautés côtières plus résilientes et structurer un réseau méditerranéen solide entre les femmes.  Organisé par le WWF Afrique du Nord en partenariat avec l’Initiative marine méditerranéenne du WWF (WWF Mediterranean Marine Initiative), cet événement de trois jours a constitué un espace de dialogue, d’échange d’expériences, d’apprentissage mutuel et de réflexion collective sur le rôle et le leadership des femmes dans le secteur de la pêche et au sein des communautés côtières méditerranéennes.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La première journée, intitulée « Où en sommes-nous aujourd’hui ? », a été consacrée à un état des lieux de la situation des femmes dans le secteur de la pêche en Tunisie et en Afrique du Nord, mettant en lumière leurs multiples contributions qui vont bien au-delà des activités directement liées à la pêche. Les discussions ont porté sur le rôle des femmes dans la préservation des savoirs et pratiques traditionnels liés à une pêche durable, les activités post-capture, la transformation et la commercialisation des produits de la mer, le développement de coopératives et d’initiatives féminines, la contribution à la gestion des ressources, ainsi que la diversification des moyens de subsistance et l’adaptation au changement climatique. La première journée a également permis d’examiner les principaux défis auxquels les femmes sont toujours confrontées dans le secteur de la pêche maritime, notamment en matière d’accès au financement, aux marchés, aux services, aux compétences et aux opportunités économiques, ainsi que concernant la représentation, la participation et l’influence limitées des femmes au sein des mécanismes de gouvernance du secteur. Les discussions ont souligné l’importance de renforcer l’autonomisation économique des femmes, de soutenir leur participation effective aux processus décisionnels et de mieux reconnaître leur expertise, leurs savoirs et leurs contributions à la durabilité des ressources marines et à la résilience des communautés côtières. Les participantes se sont rendues  à Ghar El Melh pour une visite du port de pêche et des échanges avec des femmes impliquées dans les activités post-capture ainsi qu’avec des membres des coopératives locales. Elles ont identifié notamment les changements prioritaires, les actions concrètes à engager, les acteurs à mobiliser et les premières étapes nécessaires. Les discussions ont porté également sur les possibilités économiques pour les femmes, l’accès aux ressources, leur participation à la gouvernance et la manière dont les savoirs traditionnels peuvent contribuer à l’innovation et à la résilience des communautés côtières.

Le « World Café » (Café du monde) intitulé « Où en sommes-nous aujourd’hui ? »  a offert un espace interactif réunissant les participantes autour de quatre axes majeurs : l’économie bleue, l’autonomisation économique, l’influence et la gouvernance, ainsi que le patrimoine et l’avenir. Cette approche participative a permis aux participantes d’échanger leurs expériences et leurs points de vue sur divers sujets : les domaines où les femmes contribuent à la création de valeur au sein de l’économie bleue ; les obstacles limitant leur capacité à développer des moyens de subsistance plus durables ; les moyens de renforcer leur présence et leur influence dans la prise de décision ; et enfin, les savoirs, compétences et pratiques traditionnelles qu’il convient de préserver et de transmettre aux générations futures.À travers les différentes sessions et discussions, il est apparu essentiel de placer les expériences et les savoirs locaux des femmes au cœur de la réflexion sur l’avenir du secteur de la pêche maritime et des communautés côtières, et de transformer ces expertises en priorités communes, en solutions concrètes et en nouvelles voies de coopération.

L’implication des femmes dans la lutte contre la pollution marine

 Véritable fléau pour l’écosystème marin, la pollution est déplorée par les pêcheuses. Elles sont toutes conscients de l’importance de la préservation de l’environnement pour la pérennité de leurs activités et sont convaincues que la pêche doit être effectuée dans le respect de l’environnement pour assurer une production durable et de qualité..C’est pourquoi la troisième et dernière journée, le 7 octobre, a été consacrée à la pollution plastique, à l’économie circulaire et aux moyens de subsistance des femmes dans les communautés côtières. Les participantes ont pu découvrir différentes approches liées à l’innovation et aux technologies de lutte contre les déchets marins, ainsi que des exemples de transformation des déchets en produits, revenus et nouvelles opportunités économiques.Les échanges ont permis également d’identifier les conditions nécessaires pour développer les solutions locales d’économie circulaire et de mettre en lumière le rôle que les femmes peuvent jouer dans la transformation des communautés côtières.Ainsi,l ‘initiative « Women Together in Fisheries 2026 » souligne que l’autonomisation des femmes, ainsi que le renforcement de leur leadership et de leur participation à la prise de décision, constituent des piliers fondamentaux pour bâtir un secteur de la pêche plus durable, équitable et résilient, et pour garantir un avenir meilleur aux communautés côtières de la région méditerranéenne.

                          Kamel Bouaouina

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Sur proposition de l’ARP : vers un durcissement des peines pour les braquages

Ce n’est pas la première fois qu’une telle proposition est présentée au ministère de tutelle et il semble, cette fois-ci, que la demande de durcissement des peines pour le délit de braquage va être sérieusement examinée et mise en pratique, à moins que les tergiversations, pour franchir ce pas, l’emportent sur le souhait de tous les citoyens de voir de nouvelles peines, plus dissuasives, arrêter cette hémorragie…

Après quelques initiatives précédentes, en 2021, 2025 et 2026, le Parlement vient de relancer une proposition qui, pour le moment, peine à passer. C’est qu’une proposition de loi visant à durcir les peines contre les «braquages» et les vols avec violence, présentée il y a quelques jours par certains députés, est en cours d’examen à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

C’est le député Fakhreddine Fadhloun qui vient de révéler que les auditions nécessaires à l’examen de la proposition de loi n° 073/2025, relative à la modification de certaines dispositions du Code pénal, ont été achevées. Cette initiative, qu’il porte avec plusieurs autres députés, a désormais pris sa forme finale. Il a indiqué que son renvoi en séance plénière dans les meilleurs délais figurera parmi les priorités dès la rentrée parlementaire.

Le texte en question prévoit des peines pouvant atteindre 20 ans de prison pour certaines formes de vol. Le député estime que l’aggravation des vols avec violence, couramment désignés par le terme «braquages», nécessite de revoir la réponse législative et de renforcer la dissuasion. Dans une déclaration aux médias, il justifie cette démarche par ce qu’il décrit comme «une multiplication des menaces pesant sur l’intégrité physique des citoyens», tout en insistant sur la nécessité de faire avancer le texte vers la séance plénière.

Composée d’un article unique, la proposition de loi prévoit d’abroger les dispositions des articles 261, 262 et 264 du Code pénal et de les remplacer par de nouvelles dispositions. Les sanctions envisagées varient selon les formes de vol et les circonstances auxquelles renvoie chaque article. Le texte ne prévoit donc pas de peine identique pour l’ensemble des vols.

Article 261 : de 15 à 20 ans de prison

Dans sa rédaction proposée, l’article 261 prévoit une peine de 15 à 20 ans de prison pour un vol commis avec l’une des circonstances énumérées aux points 1, 2 et 5 de l’article 260.

Cette peine concerne les situations auxquelles renvoie précisément le texte et ne s’appliquerait pas automatiquement à toutes les infractions de vol.

Article 262 : de 12 à 15 ans de prison

Le nouvel article 262 proposé prévoit une peine allant de 12 à 15 ans de prison lorsque le vol réunit les deux circonstances mentionnées aux points 3 et 4 de l’article 260.

L’application de cette disposition est ainsi liée à la présence conjointe de ces deux circonstances.

Article 264 : cinq ans de prison et une amende

La rédaction proposée pour l’article 264 prévoit 5 ans de prison et une amende de 2.000 dinars pour les vols et soustractions commis en dehors des cas définis par les articles 260 à 263 du Code pénal.

Le député a révélé que la prochaine priorité sera de faire parvenir la proposition en séance plénière. Son intervention ne fixe toutefois pas de date précise pour cet examen.

D’autres propositions similaires ont été «ignorées» 

Pour l’histoire, rappelons qu’il ne s’agit pas d’une première. Au mois de janvier 2021, le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple a transmis aux commissions concernées de l’ARP une proposition de loi initiée par un groupe parlementaire portant amendement de nombre d’articles du code de procédures pénales aggravant les peines encourues dans les crimes de «braquages». Les peines proposées allaient jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de bénéfice de circonstances atténuantes.

La Commission de la législation générale de l’ARP a également tenu, vendredi 13 février 2026, une séance d’audition consacrée à une initiative parlementaire visant à modifier certains articles du Code pénal. Les députés à l’origine de la proposition ont expliqué que le texte s’inscrit dans une démarche de révision de la politique pénale tunisienne face à certains «phénomènes sociaux». Le projet cible précisément les crimes de vol avec violence, communément désignés comme des braquages.

Les initiateurs du texte estiment que la prolifération de ce type d’agressions impose un changement dans l’approche législative, notamment en raison de la «limitation» des peines actuellement prévues pour ce genre de crimes. Ils affirment ainsi que l’objectif est de réduire la propagation de ces délits, en durcissant les sanctions afin qu’elles soient «à la hauteur de la gravité du crime». Cette proposition prévoit l’abrogation des articles 261, 262 et 264 du Code pénal, qui seraient remplacés par de nouvelles dispositions introduisant un plancher de peine fixé à 15 ans de prison, pouvant aller jusqu’à 20 ans, avec une orientation clairement affichée : écarter toute possibilité de réduction de peine.

Les membres de la commission ont salué l’initiative, tout en insistant sur un point : la réponse ne doit pas être uniquement répressive. Plusieurs députés ont ainsi plaidé pour une approche «multidimensionnelle», intégrant également des volets éducatif et culturel. D’autres ont souligné la nécessité de définir clairement, dans la loi, ce que recouvre exactement la notion de braquage, en appelant à un durcissement particulier des peines en cas de récidive.

Or, les représentants du ministère de tutelle ont souligné que la formulation de cette proposition nécessite davantage de précision afin de correspondre à l’intention du législateur telle qu’exposée dans le document de justification des raisons, qui stipule un durcissement des peines.

Ils ont ajouté que la révision de ces articles pourrait nécessiter une réévaluation d’autres sections du code afin d’assurer une cohérence et une harmonisation dans l’ensemble de la législation.

Réagissant aux interventions des représentants du ministère, les initiateurs de la proposition de loi et un grand nombre de députés ont souligné que la gravité du phénomène nécessite une intervention urgente dans une approche juridique visant à durcir les sanctions, en raison des répercussions négatives que ces crimes engendrent, tant pour les victimes que pour l’image de notre pays auprès des touristes, ainsi que pour la stabilité sociale.

D’ailleurs, lors d’une audition tenue par la commission des droits et libertés, des représentants du ministère de l’Intérieur ont fait savoir que les braquages représentent 40% du total des délits enregistrés. 20% des braquages ont lieu dans les quatre gouvernorats du Grand Tunis.

 

Quelles peines à travers le monde ?               

À travers le monde, le braquage (juridiquement qualifié de vol à main armée ou vol qualifié) est considéré comme un crime majeur. Les sanctions varient fortement d’un pays à l’autre selon la sévérité du code pénal, la présence de violence physique et le type d’arme utilisé.

Voici un aperçu des peines encourues dans différentes régions du monde :

France : le vol avec arme (usage ou menace) est un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle et de 150.000 euros d’amende. Si le braquage est commis en bande organisée ou s’il s’accompagne de tortures ou d’actes de barbarie, la peine maximale passe à la réclusion criminelle à perpétuité.

Suisse : les tribunaux appliquent des sanctions sévères pour les gros casses. Par exemple, lors du retentissant braquage d’un convoi de fonds commis en Suisse, les auteurs ont été condamnés à des peines allant de 7 à 20 ans de prison ferme.

Canada : le vol qualifié est passible d’emprisonnement à perpétuité. La loi prévoit des peines minimales obligatoires strictes si une arme à feu est impliquée : 4 à 5 ans minimum pour une première infraction, et 7 ans minimum en cas de récidive.

États-Unis : le système américain est particulièrement sévère. Un braquage fédéral classique peut valoir jusqu’à 20 ou 25 ans de prison. Cependant, en raison du principe de l’accumulation des peines (chaque chef d’accusation s’additionne), les peines peuvent exploser. Certains braqueurs multirécidivistes ou particulièrement violents ont ainsi écopé de condamnations historiques de plus de 100 ou 200 ans de prison.

Chine : le vol avec violence ou à main armée y est sévèrement réprimé par le Code pénal. Les peines planchers commencent généralement à 10 ans d’emprisonnement, mais le verdict peut aller jusqu’à la prison à perpétuité ou la peine de mort si le braquage a causé des blessures graves, la mort ou s’il visait des institutions spécifiques (comme des banques).

Kamel ZAIEM

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Recrutement public :  le lourd héritage des passe-droits

Pendant des années, des milliers de diplômés tunisiens ont attendu leur chance, multiplié les concours, déposé des dossiers et espéré intégrer la fonction publique. Pour une partie d’entre eux, cette attente s’est transformée en chômage de longue durée, avec le sentiment que les années d’études et les qualifications acquises ne suffisaient pas toujours pour accéder à un poste. La question revient aujourd’hui au premier plan avec la préparation de la mise en œuvre de la loi n°18 de 2025, consacrée au recrutement exceptionnel des diplômés de l’enseignement supérieur restés longtemps sans emploi. Le dossier a été abordé au plus haut niveau de l’État.

Lors d’une réunion tenue le 5 octobre au palais de Carthage avec la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, et le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est penché sur l’avancement des mécanismes devant permettre l’application du nouveau dispositif. Au-delà de la question du recrutement des diplômés concernés, cette réunion remet surtout en lumière un problème beaucoup plus ancien : l’égalité d’accès à l’emploi public et les dysfonctionnements qui ont pu, au fil des années, fausser les règles du jeu.

Des années d’attente et un profond sentiment d’injustice

Le chômage des diplômés constitue depuis longtemps l’un des paradoxes du marché de l’emploi. L’université devait représenter un moyen d’améliorer les perspectives professionnelles et sociales. Pourtant, pour de nombreux jeunes, l’obtention d’un diplôme a été suivie d’une longue période d’inactivité ou d’emplois sans rapport avec leur formation. Plus les années passent, plus le retour vers le marché du travail devient difficile. Un diplômé qui reste cinq, dix ans ou davantage sans emploi voit progressivement son diplôme perdre de sa valeur sur le marché. Il se retrouve également en concurrence avec des générations plus jeunes qui viennent d’achever leurs études. Le chômage de longue durée finit ainsi par créer sa propre mécanique d’exclusion.

À cette difficulté économique s’ajoute une frustration particulière lorsque les personnes concernées estiment que les recrutements n’ont pas toujours reposé sur des critères transparents. La Présidence a notamment évoqué des irrégularités liées aux qualifications présentées lors de certaines embauches ainsi que des situations dans lesquelles les compétences universitaires normalement requises n’auraient pas été respectées. La question dépasse donc le simple nombre de postes disponibles. Elle touche directement à la confiance dans les institutions et dans les procédures de sélection. Lorsqu’un diplômé estime que ses chances ne dépendent plus de sa formation, de ses compétences ou de critères clairement établis, c’est la notion même de mérite qui se trouve fragilisée.

Quand les réseaux prennent le dessus sur les compétences

Le problème devient encore plus sensible lorsque les relations personnelles, les appartenances ou les réseaux d’influence interviennent dans l’accès à l’emploi. Dans un contexte marqué par la rareté des postes publics et par un chômage élevé, chaque recrutement effectué en dehors de règles équitables peut signifier qu’un autre candidat, pourtant qualifié, reste sur le bord du chemin. C’est précisément cette dimension que le Chef de l’État a mise en avant en considérant que certains chômeurs de longue durée ont subi les conséquences de pratiques qui les ont écartés de possibilités auxquelles ils auraient normalement pu prétendre.

Ces dérives ont également un coût pour l’administration. Recruter une personne qui ne possède pas les qualifications nécessaires ne constitue pas seulement une injustice envers les autres candidats. Cela peut aussi affecter la qualité du service public. Une administration efficace suppose que les postes soient occupés en fonction des compétences nécessaires et des besoins réels des structures concernées. S’y ajoute la question des finances publiques. Les recrutements injustifiés, les avantages accordés sans fondement ou la création de situations privilégiées pèsent finalement sur le budget de l’État. Dans un pays confronté à des marges financières limitées, la masse salariale publique ne peut être considérée indépendamment de l’efficacité des recrutements.

Réparer les injustices sans créer de nouvelles inégalités

La loi n°18 de 2025 entend apporter une réponse à une catégorie particulièrement vulnérable : les diplômés qui sont restés durablement sans emploi. Son application représente donc une étape très attendue par des personnes qui considèrent avoir payé pendant des années le prix des déséquilibres du marché du travail et, parfois, de procédures de recrutement contestables. Mais le défi sera désormais de garantir que le mécanisme exceptionnel lui-même repose sur des critères précis, vérifiables et transparents. Corriger les injustices du passé ne peut fonctionner que si les nouvelles procédures évitent de reproduire les mêmes travers. Il faudra notamment concilier la situation sociale des chômeurs de longue durée avec les besoins effectifs des administrations et des établissements publics. Le recrutement ne peut constituer une réponse durable que lorsque les profils correspondent aux postes à pourvoir et que l’intégration professionnelle permet réellement de renforcer les services publics.

Cette réforme pose finalement une question qui dépasse largement le sort des seuls diplômés concernés : comment restaurer la confiance dans le recrutement public ? Pour les nouvelles générations qui sortent aujourd’hui de l’université, la réponse sera déterminante. Elles doivent pouvoir être convaincues que leurs études, leurs compétences et leurs efforts restent les principaux critères permettant d’accéder à un emploi. L’enjeu n’est donc pas seulement de donner aujourd’hui une chance à ceux qui attendent depuis des années. Il est aussi de mettre fin à une culture du passe-droit qui, lorsqu’elle s’installe, produit une double perte : elle prive des citoyens qualifiés de leurs perspectives professionnelles et prive l’État des compétences dont il a besoin.

Leila SELMI

 

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Emploi et dignité :  le chômage, une injustice à réparer

Par Ahmed NEMLAGHI

La réunion tenue au palais de Carthage autour de l’application de la loi n°18 de 2025 sur le recrutement des diplômés de l’enseignement supérieur en chômage de longue durée remet au premier plan une question sociale centrale, celle de l’accès à l’emploi dans des conditions équitables. Dans la lecture développée par le Président de la République, Kaïs Saïed, le chômage de longue durée ne relève pas d’un choix individuel, mais d’un système marqué par les inégalités d’accès, les privilèges et des pratiques ayant privé certains diplômés de leur droit à une véritable chance.

L’emploi n’est pas seulement une question économique. Dans une société où le travail demeure intimement lié à l’autonomie, à la dignité et à la reconnaissance sociale, l’accès à un emploi constitue également une question de justice. C’est précisément sous cet angle que le Président de la République Kaïs Saïed aborde la problématique du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur.

La réunion tenue au palais de Carthage avec la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, et le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaouad, consacrée à l’application de la loi n°18 de 2025, intervient dans un contexte où le recrutement des diplômés en chômage de longue durée est présenté comme une étape de la politique publique destinée à répondre à une situation accumulée depuis plusieurs années.

Le texte présidentiel insiste sur une idée fondamentale : le jeune diplômé privé durablement d’emploi n’est pas nécessairement responsable de sa situation. Dans les propos rapportés par la présidence, Kaïs Saïed affirme que le chômage ne résulte pas d’un choix volontaire des personnes concernées, mais de pratiques et de mécanismes qui auraient, au fil des décennies, favorisé certains au détriment de ceux qui remplissaient les conditions requises.

Cette lecture place donc le problème du chômage dans une perspective de justice sociale.

Pour de nombreux diplômés, le passage de l’université à la vie professionnelle représente depuis longtemps une période d’incertitude. Obtenir un diplôme ne garantit pas automatiquement un emploi, particulièrement lorsque le marché du travail ne crée pas suffisamment de postes correspondant aux qualifications disponibles.

Mais le problème évoqué par le Chef de l’Etat dépasse la seule inadéquation entre l’offre et la demande de travail.

Kaïs Saïed a dénoncé, lors de cette réunion, des pratiques anciennes qu’il considère comme ayant contribué à dénaturer les mécanismes de recrutement. Il a notamment évoqué des recrutements fondés sur des diplômes falsifiés ou sur des qualifications insuffisantes, ainsi que l’utilisation de l’appartenance à telle ou telle partie comme un «diplôme» permettant d’accéder à un emploi.

Ces propos renvoient à une question essentielle, celle de l’égalité devant l’accès à la fonction publique.

Dans une conception fondée sur le mérite et l’égalité des chances, le diplôme, les compétences et l’aptitude doivent constituer les principaux critères permettant de prétendre à un emploi. Lorsque d’autres considérations prennent le dessus, le recrutement cesse d’être seulement une procédure administrative, il devient un problème de justice.

Le diplômé qui a consacré des années à ses études peut alors avoir le sentiment que ses efforts ne suffisent pas. Celui qui ne dispose ni de relations ni de réseaux d’influence peut se retrouver durablement écarté, malgré ses qualifications.

 

Le chômage comme injustice sociale

La notion de chômage est souvent abordée à travers les statistiques : nombre de demandeurs d’emploi, taux de chômage, nombre de diplômés sans emploi, durée moyenne de recherche d’un poste. Ces indicateurs sont indispensables, mais ils ne rendent pas entièrement compte de la dimension humaine du phénomène.

Derrière chaque demandeur d’emploi se trouve un parcours. Il y a des années d’études, des sacrifices familiaux, des attentes, parfois des concours passés à plusieurs reprises et l’espoir de pouvoir enfin accéder à une autonomie financière.

Le chômage prolongé produit également des conséquences qui dépassent le revenu. Il peut retarder l’installation familiale, accroître la dépendance à l’égard des parents et fragiliser le sentiment d’utilité sociale. Pour les jeunes diplômés, la répétition des refus peut progressivement transformer une difficulté économique en sentiment d’exclusion.

C’est pourquoi la lecture présidentielle du chômage comme injustice mérite d’être replacée dans le cadre plus large de la dignité.

Le droit au travail ne signifie évidemment pas que l’État puisse garantir immédiatement un poste à chaque diplômé. Il implique cependant que l’accès à l’emploi public, lorsqu’il est ouvert, obéisse à des règles équitables et transparentes et que les politiques économiques créent les conditions permettant au secteur privé de générer lui aussi des emplois.

La loi n°18 de 2025 constitue, dans ce cadre, une réponse spécifique à la situation des diplômés de l’enseignement supérieur confrontés à un chômage de longue durée. Sa mise en œuvre constitue désormais l’enjeu central.

Toute politique de recrutement exceptionnelle soulève toutefois une question essentielle : comment réparer une situation d’injustice tout en garantissant l’égalité entre les différentes catégories de demandeurs d’emploi ?

La réponse passe nécessairement par des critères objectifs, transparents et vérifiables. L’objectif affiché est de permettre aux diplômés concernés de bénéficier d’une possibilité d’accès à l’emploi public.

 

La fin des privilèges comme principe de recrutement

Dans son intervention, Kaïs Saïed établit un lien direct entre les privilèges dont certains auraient bénéficié dans le passé et la situation actuelle de nombreux chômeurs. Ces pratiques ont contribué à la dilapidation des deniers publics et à la privation de postes pour ceux qui remplissaient les conditions requises.

Cette affirmation renvoie à l’un des axes récurrents de son discours politique : la nécessité de rompre avec les mécanismes de favoritisme et de rétablir une relation plus directe entre le mérite et l’accès aux responsabilités.

Dans cette perspective, la question de l’emploi devient aussi une question de bonne gouvernance.

Un État qui recrute sur la base de critères transparents protège non seulement les candidats, mais également l’administration. Il s’assure que les compétences nécessaires sont présentes et que les ressources publiques sont utilisées conformément à l’intérêt général.

À l’inverse, lorsqu’un recrutement est effectué pour des considérations étrangères aux qualifications requises, le coût est supporté par l’ensemble de la collectivité.

La conséquence n’est donc pas seulement individuelle, elle est institutionnelle et financière.

Le recrutement d’une personne qui ne possède pas les qualifications nécessaires peut entraîner une perte d’efficacité administrative, tandis que l’exclusion d’une personne compétente représente une perte de potentiel humain.

La lutte contre ces pratiques est ainsi indissociable d’une politique de modernisation de l’administration.

La référence à la dignité nationale dans les propos du Chef de l’Etat donne à la question de l’emploi une dimension particulière.

Pour un diplômé, l’emploi constitue aussi l’aboutissement logique d’un parcours de formation. Lorsque des années d’études débouchent sur une longue période d’inactivité, le sentiment d’injustice peut devenir particulièrement fort.

La politique évoquée par le Président Kaïs Saïed entend précisément replacer la dignité au centre de cette problématique.

Le travail doit permettre à l’individu de vivre de son effort et de participer pleinement à la vie économique et sociale. Il ne doit pas dépendre de relations personnelles ou d’appartenances particulières.

 

Du recrutement public à une politique globale de l’emploi

La question demeure cependant plus large que celle du recrutement dans la fonction publique.

La Tunisie ne pourra répondre durablement au chômage des diplômés par les seuls recrutements publics. L’État doit également favoriser la création d’emplois dans le secteur privé, soutenir l’investissement, développer l’entrepreneuriat, renforcer la formation professionnelle et améliorer l’adéquation entre les formations universitaires et les besoins de l’économie.

L’enjeu est de passer progressivement d’une logique dans laquelle le diplôme constitue principalement une attente d’emploi public à une logique dans laquelle la qualification devient un véritable capital professionnel.

La formation professionnelle peut jouer ici un rôle majeur. Elle doit permettre aux jeunes d’acquérir des compétences directement valorisables, tout en accompagnant les mutations technologiques et économiques.

De même, les politiques d’investissement doivent accorder une attention particulière aux régions intérieures, où les opportunités d’emploi restent souvent moins nombreuses que dans les grands pôles économiques.

L’équité territoriale constitue ainsi une dimension essentielle de l’équité devant l’emploi.

L’État peut agir sur les règles, les recrutements publics, les dispositifs d’accompagnement et les politiques de formation. Mais la création durable d’emplois dépend également de la capacité de l’économie à produire de nouvelles activités.

Le véritable défi consiste donc à articuler politique sociale et politique économique.

Il ne suffit pas de lutter contre le chômage, il faut créer les conditions permettant de réduire durablement ses causes. Cela suppose un environnement favorable à l’investissement, des entreprises capables de se développer, un accès plus fluide au financement et une administration plus efficace.

Dans cette perspective, le recrutement des diplômés de longue durée doit être considéré comme une mesure de réparation et d’accompagnement, mais non comme l’unique réponse au problème structurel du chômage.

La dignité par le travail passe également par la création de perspectives économiques durables.

La réunion de Carthage intervient à un moment où le débat passe du principe à l’application. Le Chef de l’Etat a demandé à la Cheffe du gouvernement et au ministre de l’Emploi de présenter l’état d’avancement de la mise en œuvre de la loi.

Cette étape est essentielle.

Les diplômés concernés attendent désormais des décisions concrètes. Une politique publique ne peut être évaluée uniquement à partir des déclarations qui accompagnent son lancement. Elle doit l’être à partir de ses résultats : combien de personnes seront recrutées ? Selon quel calendrier ? Dans quelles administrations ? Selon quels critères ? Avec quel accompagnement ?

La transparence de ces étapes sera déterminante pour maintenir la confiance des bénéficiaires et éviter les contestations.

 

Une conception du travail fondée sur la justice

À travers ses déclarations, le Président Kaïs Saïed présente donc le dossier du chômage des diplômés comme une question qui dépasse les seuls chiffres de l’emploi. Il le relie à la justice sociale, à la lutte contre les privilèges, à la protection des deniers publics et à la dignité.

Dans cette lecture, le chômeur de longue durée n’est pas simplement un demandeur d’emploi parmi d’autres. Il peut être considéré comme la victime d’un déséquilibre ancien entre les qualifications, les possibilités d’accès et les pratiques de recrutement.

La loi n°18 de 2025 apparaît alors comme un instrument destiné à apporter une réponse spécifique à cette catégorie. Mais sa portée réelle dépendra de son application.

L’objectif d’un accès équitable à l’emploi ne pourra être durablement atteint que si la réforme s’accompagne d’une transformation plus profonde des mécanismes de recrutement et de création d’emplois. Le mérite doit pouvoir devenir une réalité concrète et non seulement un principe proclamé.

Il faudra également veiller à ce que la recherche de justice pour les diplômés de longue durée s’inscrive dans une politique globale permettant aux nouvelles générations d’accéder elles aussi à des perspectives professionnelles sans devoir attendre des années.

Au fond, la question posée est celle de la place que la société accorde au travail. Un emploi n’est pas seulement un salaire versé à la fin du mois. Il représente une autonomie, une responsabilité, une participation à la vie collective et, pour beaucoup, une condition essentielle de la dignité.

C’est pourquoi le chômage prolongé peut être vécu comme une injustice lorsqu’il résulte non seulement des difficultés économiques, mais aussi de mécanismes de sélection perçus comme inéquitables.

 

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On insulte notre intelligence 

Après un championnat arabe calamiteux, une coupe d’Afrique désastreuse et une honteuse coupe du monde, le bureau fédéral n’a pas voulu partir. Après avoir concédé deux nuls devant l’Ouganda et le Botswana à domicile, deux équipes des plus moyennes, les responsables ont enfoncé le clou en ignorant que les points du match contre l’Ouganda comptent vraiment même si ce pays fait partie des nations qui organiseront le prochain championnat d’Afrique des Nations. Après une gestion désastreuse des affaires du football tunisien, voilà qu’un éminent responsable sort au grand jour pour nous parler de la possibilité d’organiser une coupe d’Afrique alors que nous ne disposons pas de stades pouvant abriter un match de Ligue des champions des clubs. Faut-il rappeler que le Stade de Radès est dérogatoire ?

Nous manquons de tout et surtout de pelouses propices à la pratique du football. Nous avons touché le fond et nous continuons de creuser et le premier responsable de la FTF a osé affirmer que cette dernière a fait ce qu’il fallait pour que tout aille pour le mieux et que finalement les résultats n’ont pas suivi. Tout est bien dans le meilleur des mondes possibles pour le football tunisien, les résultats finiront par suivre !

 Inutile de revenir sur plein d’autres détails comme le stage annulé et le match amical contre le Mali annulé également. Une première !

Il est clair que quand on se sent intouchable, on peut tout dire et les autres ne peuvent rien faire. On est en train de le vérifier…

Mourad AYARI

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Tunisie-Algérie :  la réalisation d’une centrale électrique de 1.400 MW en projet

Le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables algérien a annoncé, dans un communiqué publié le 1er octobre 2026, qu’à l’issue d’une séance de travail réunissant le ministre de l’Equipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Slah Zouari, et le ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, la réalisation d’une centrale électrique à cycle combiné d’une capacité de 1.400 mégawatts (MW) en Tunisie figure parmi les principaux projets inscrits dans le cadre du partenariat énergétique entre les deux pays.

Lors de cette rencontre, tenue en marge de la deuxième réunion ministérielle des ministres de l’Énergie des pays partenaires du projet de corridor sud de l’hydrogène «SouthH2», le ministre Slah Zouari a indiqué que les investissements nécessaires à la réalisation de la centrale devraient être déterminés prochainement, afin d’accélérer le lancement des différentes étapes du projet et de permettre sa concrétisation dans les meilleurs délais.

«Une délégation technique tunisienne se rendra prochainement en Algérie. Cette visite aura pour objectif d’examiner de manière approfondie les différents aspects techniques et opérationnels liés à la réalisation de cette infrastructure énergétique», a-t-il affirmé.

Ainsi, selon le communiqué du ministère algérien, les discussions ne se sont pas limitées au projet de la centrale électrique. Elles ont également porté sur les moyens de réactiver le Comité maghrébin de l’électricité (COMELEC), dans le but de renforcer la coopération énergétique à l’échelle régionale.

 

L’Algérie s’engage à soutenir l’approvisionnement énergétique tunisien

Dans cette continuité, le ministre algérien a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à poursuivre son soutien à la Tunisie, notamment en matière d’approvisionnement énergétique, conformément aux orientations du président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

«L’Algérie a réaffirmé sa volonté de poursuivre ses exportations d’énergie vers la Tunisie durant l’été 2026, malgré les circonstances exceptionnelles qu’a connues le pays», a souligné le ministre algérien.

Par ailleurs, Mourad Adjal a insisté sur l’importance d’intensifier les efforts et de renforcer la coordination entre la Société algérienne de distribution de l’électricité et du gaz (Sonelgaz) et la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG).

«Cette coopération vise notamment à consolider un partenariat davantage structuré, fondé sur une vision prospective et capable de répondre aux défis et aux besoins énergétiques futurs des deux pays», selon le communiqué du ministère algérien.

 

Centrale électrique : un projet dès mai 2026

Il convient de rappeler que le projet de la centrale électrique de 1.400 MW avait déjà été évoqué en mai 2026.

La réalisation d’une centrale électrique à cycle combiné en Tunisie avait alors été au cœur d’une rencontre tenue en Algérie, le 24 mai 2026, entre le ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, et une délégation de la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG), conduite par son PDG, Fayçal Trifa.

Selon l’Agence de presse algérienne (APS), le ministre algérien Mourad Adjal avait, à cette occasion, donné des instructions aux responsables de Sonelgaz afin de renforcer la coordination avec la STEG et de l’accompagner dans la prise en charge de ses différents besoins énergétiques.

En outre, en 2025, Sonelgaz et la STEG avaient déjà signé un mémorandum d’entente destiné à renforcer leur coopération et à consolider leurs relations.

Selon un communiqué du ministère algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, ce mémorandum établit le cadre général ainsi que les mécanismes devant permettre la mise en œuvre d’actions conjointes, notamment dans les domaines de la production, du transport et de la distribution de l’électricité, ainsi que du transport et de la distribution du gaz naturel et de la maintenance des infrastructures électriques.

Nouha MAINSI

 

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62ᵉ anniversaire du programme ITEC : Tunisie-Inde, le pari du savoir et des compétences

De la formation aux technologies émergentes, le programme indien de coopération technique et économique ouvre un nouveau chapitre de la coopération entre Tunis et New Delhi. Plus de 1.000 Tunisiens ont déjà bénéficié de ce dispositif lancé en 1964.

Soixante-deux ans après sa création, le programme indien de coopération technique et économique (ITEC) continue de miser sur ce qui ne s’exporte pas dans des containers : le savoir, les compétences et les réseaux humains. L’ambassade de l’Inde en Tunisie a célébré, dimanche 4 octobre à Gammarth, le 62e anniversaire de ce programme qui constitue aujourd’hui l’un des principaux instruments de coopération de New Delhi avec les pays partenaires.

La cérémonie, organisée dans un hôtel de la place, a réuni des représentants du gouvernement tunisien, des responsables du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ainsi que plusieurs anciens bénéficiaires tunisiens de l’ITEC.

Créé le 15 septembre 1964, l’ITEC a considérablement élargi son champ d’action au fil des décennies. Plus de 225.000 responsables et professionnels issus de plus de 160 pays ont bénéficié de formations dans des secteurs civils et militaires.

Mais le programme a changé de dimension. Aux formations classiques se sont ajoutés des programmes consacrés à l’intelligence artificielle appliquée à la gouvernance, à la cybersécurité, à l’informatique quantique, à la transformation numérique, au changement climatique, à l’innovation et à l’entrepreneuriat.

 

Une coopération appelée à changer d’échelle

Dans son allocution, l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Dr Devyani Uttam Khobragade, a insisté sur une conception de la coopération fondée sur le partenariat et la réciprocité. L’ITEC ne se limite plus à des formations dispensées en Inde. Le dispositif comprend également des programmes adaptés aux besoins spécifiques des pays partenaires, des formations à distance, des sessions organisées directement dans les pays concernés, des programmes destinés aux hauts responsables ainsi que des visites d’étude et l’intervention d’experts indiens.

La Tunisie occupe une place particulière dans cette histoire. Plus de 1.000 Tunisiens ont déjà suivi des formations dans le cadre de l’ITEC. Le dispositif offre actuellement 100 places annuelles à la Tunisie, un quota que l’ambassadrice souhaite voir pleinement utilisé.

L’enjeu est désormais de mieux faire connaître ces possibilités auprès des administrations, des institutions publiques mais également du secteur privé. Près de 40% des bénéficiaires du programme pour la session 2025-2026 provenaient du secteur privé, signe d’une ouverture croissante de l’ITEC au-delà de la fonction publique.

Cette évolution correspond aussi aux nouveaux axes de la relation tuniso-indienne. Lors des sixièmes consultations entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays, tenues à Tunis en mars 2026, plusieurs domaines ont été identifiés comme prioritaires : agriculture, gestion de l’eau, énergies renouvelables et infrastructures numériques publiques.

Ces secteurs s’inscrivent dans une approche plus large de la coopération bilatérale articulée autour des «3T» : Trade, Technology and Training, autrement dit commerce, technologie et formation.

 

Les anciens bénéficiaires, mémoire vivante de l’ITEC

La cérémonie a également donné la parole à ceux qui incarnent le mieux la portée concrète du programme : ses anciens bénéficiaires.

Karim Karmi, professeur à l’Université de la Manouba relevant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Omar Ben Amor, producteur de films et acteur des médias alternatifs, également directeur artistique et entrepreneur dans le design et le textile, ainsi que Yosr Bellourou, spécialiste des opérations au sein de l’Organisation mondiale de la santé, ont partagé leurs expériences de formation en Inde.

Trois parcours, trois secteurs, mais une même idée : une formation ne prend véritablement son sens qu’une fois revenue sur le terrain.

C’est précisément cette dimension que l’ambassadrice souhaite renforcer. Pour elle, le succès de l’ITEC ne se mesure pas au certificat remis au terme d’une formation, mais à ce que le bénéficiaire en fait ensuite : nouvelles méthodes de travail, amélioration des systèmes, renforcement des institutions, transmission des connaissances et création de nouveaux réseaux professionnels.

Les anciens participants sont ainsi appelés à devenir à leur tour des relais du programme, en encourageant leurs collègues à candidater et en permettant à l’ambassade d’identifier les domaines dans lesquels les besoins tunisiens évoluent.

Au-delà des salles de formation et des certificats, l’ITEC entend donc construire une coopération durable entre les deux pays. Une coopération où la technologie ouvre des portes, mais où ce sont les femmes et les hommes formés, leurs expériences et les liens noués en chemin qui donnent au partenariat sa véritable profondeur.

Mona BEN GAMRA

 

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C’est parti pour une nouvelle saison de chasse : au grand bonheur de 12 mille passionnés

Battant champs et forêts, ils traquent, depuis dimanche dernier, un gibier certes de moins en moins fourni, mais diversifié. C’est une fête qui s’ouvre. Le bonheur des chasseurs sera immense. Se retrouver à deux ou en groupe plus élargi, partir ensemble tôt le matin, partager la convivialité et l’amitié. Lièvre, perdrix, caille sédentaire et pigeon biset y figurent toujours. Passion, détente, plaisir, voilà le leitmotiv pour les centaines de chasseurs qui partiront à la recherche de leur gibier. Braver les mornes et les vallées, se positionner au bon endroit, attendre, armer et tirer, voilà les différentes attitudes en cette période d’activité qui débute avec la chasse au lapin de garenne, à la perdrix choukar, à la caille sédentaire, au pigeon biset et au ganga cata.

Cette période s’étendra jusqu’au 6 décembre 2026, la chasse étant autorisée uniquement les dimanches, les jours de fête et les jours fériés. Concernant le grand gibier (sanglier et loup doré africain), la saison s’étend d’aujourd’hui jusqu’au 31 janvier 2027 dans plusieurs gouvernorats, notamment Bizerte, Tunis, la Manouba, l’Ariana, Ben Arous, Nabeul, Zaghouan, Sousse, Monastir, Mahdia, le Kef, Siliana, Béja, Jendouba, Kairouan, Kasserine et Médenine. La saison de chasse au grand gibier se poursuivra jusqu’au 21 mars 2027 dans les gouvernorats de Tozeur, Kébili, Gafsa, Gabès, Tataouine, Sfax et Sidi Bouzid. Par ailleurs, la période de chasse aux oiseaux d’eau, au pigeon ramier, à la grive et à l’étourneau a été fixée du 22 novembre 2026 au 28 mars 2027, tandis que la saison de chasse à la tourterelle (migratrice et sédentaire) s’étendra du 1er août 2027 au 19 septembre 2027. Le plus souvent, les chasseurs partent de bonne heure, jusqu’à une heure indéterminée. Pour certains, la prise est bonne, pour d’autres, c’est un retour «bredouille». Mais la plupart des chasseurs ne se découragent pas. Tout chasseur qui se respecte doit aussi respecter son espace réservé à la pratique de ce plaisir. Comme à l’accoutumée, la Fédération tunisienne des chasseurs insiste sur le respect des règles d’hygiène, de sécurité, notamment la distance par rapport aux habitations, routes, infrastructures publiques, par rapport à la chasse sur terrain d’autrui. La chasse demeure toujours un sport, une passion, une tradition comme aiment le proclamer les adeptes de cette pratique. 

Haythem Boughzala, un chasseur chevronné, membre de l’Association régionale des chasseurs de Nabeul et chargé du pôle numérique à la Fédération nationale des chasseurs et de chasse spécialisée, insiste aussi sur la préparation nécessaire pour les chasseurs avant un séjour en forêt. «Par exemple, il est important de faire l’entretien des équipements, de pratiquer son tir et de planifier l’après-chasse pour l’entreposage de l’animal au frais. Chasser, c’est avant tout un plaisir, un moyen de s’évader mais aussi et surtout, de partager une belle prise avec des amis lors d’une grillade», se réjouit-il.

Fethi est un chasseur de Kélibia. Dans sa famille, la chasse est une histoire de transmission. Les plus jeunes font office de rabatteurs. Ils marchent dans le champ pour lever le gibier, sans fusil évidemment. «C’est toujours encourageant d’être accompagné. Et c’est une passion pour moi, un rituel annuel. Le prix n’a pas diminué ma passion pour la chasse. Ce que j’aime avant tout, c’est le contact avec la nature et la convivialité», explique-t-il.

 

La chaleur extrême bouleverse la faune sauvage

Alors que la majorité de nos régions ont connu des épisodes de canicule record, les conséquences sur la faune sauvage deviennent une préoccupation majeure pour les chasseurs. Perte d’eau, raréfaction de la nourriture, reproduction perturbée : le gibier subit de plein fouet les effets des fortes chaleurs. Ces phénomènes climatiques ne touchent pas uniquement les espèces sauvages. Ils modifient également les pratiques de chasse et imposent une adaptation des acteurs du monde cynégétique. Connaisseur de la nature locale, Haythem en retrouve les symptômes partout, comme devant une ravine, d’habitude occupée par un petit cours d’eau. Cet automne, le ru est à sec, et les terriers sont abandonnés. D’habitude, il reste toujours un filet d’eau ici pour qu’il y ait un petit peu de vie aquatique et puis surtout, pour que les animaux puissent y trouver de la fraîcheur. «En tant qu’association de chasseurs, nous nous sommes mobilisés pour venir en aide à la biodiversité. Tous les week-ends, nous alimentons des points d’eau disposés en lisière de forêt, dont profitent les oiseaux», précise-t-il.

Entre stress thermique, incendie, manque d’eau, raréfaction de la nourriture, perturbation de la reproduction, migration du gibier vers l’Europe, de nombreuses espèces voient leurs conditions de vie se dégrader lors des épisodes de fortes chaleurs. La sécheresse qui accompagne souvent les épisodes caniculaires réduit ainsi la disponibilité des ressources alimentaires. Les prairies jaunissent, les cultures souffrent du manque d’eau et certaines espèces végétales produisent moins de graines ou de fruits. Cette situation affecte directement le petit gibier. Dans certaines régions, les animaux sont contraints de parcourir davantage de distance pour se nourrir. C’est le cas des sangliers qui descendent dans les villes à Hammam-Lif, Ezzahra, Gammarth, Séjoumi car ils ne trouvent rien à manger. Les effets d’une canicule peuvent se faire ressentir plusieurs mois après l’épisode de chaleur. Une baisse de la reproduction ou une mortalité accrue des jeunes peut entraîner une diminution locale des populations de petit gibier. Mais nous constatons cette année un léger mieux pour le gibier. Cette évolution impose une réflexion sur la gestion des habitats, la préservation des zones humides et l’adaptation des pratiques cynégétiques. La protection des milieux naturels devient plus que jamais un levier essentiel pour maintenir des populations de gibier en bonne santé. Dans un contexte de changement climatique, l’avenir de certaines populations de gibier dépendra largement de notre capacité à adapter les pratiques de gestion et à protéger les ressources indispensables à la faune sauvage. «La chasse est un loisir, pas une activité d’intérêt public. Or, nous estimons que les animaux sauvages appartiennent au patrimoine commun, il faut en prendre soin», insiste Haythem Boughzala.

Kamel BOUAOUINA

 

 

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«SNIPE La Presse» et «Dar Assabah», dans le droit fil d’une fusion historique, ne font plus qu’un : la vision de Kaïs Saïed se concrétise

11 mars 2023 : le Président de la République, Kaïs Saïed, visite le siège de «Snipe La Presse».

16 juin 2023 : c’est à «Dar Assabah» qu’échoit le même honneur. L’histoire se met en marche et s’accélère. Lors de ces visites, le Chef de l’Etat avait décidé de sauver les deux entreprises par leur fusion et la mise en place d’un programme de restructuration, soulignant leur rôle central dans la mémoire médiatique nationale.

Entre héritage, droits des employés et impératif de modernisation, la presse publique entre de plain-pied dans une nouvelle phase caractérisée par un changement de paradigme de bon aloi. Après des années de difficultés, l’État enclenche un plan de sauvetage et de modernisation pour bâtir une institution médiatique nationale unifiée. Le 14 décembre 2025, la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a présidé au palais du gouvernement à La Kasbah, une réunion ministérielle au terme de laquelle il a été décidé d’autoriser la Société nouvelle d’impression, de presse et d’édition «Snipe La Presse» à transférer à son profit et en dinar symbolique, l’intégralité des actions de la Société tunisienne de presse, d’impression, d’édition, de distribution et de publicité «Dar Assabah», dans le cadre de la fusion entre les deux sociétés.

Il a également été convenu d’autoriser «Snipe La Presse» à entamer officiellement les démarches de fusion par absorption de «Dar Assabah», conformément à la législation et à la réglementation en vigueur, avait précisé la présidence du gouvernement dans un communiqué. «Cette fusion est de nature à ouvrir la voie à la reconstruction d’une institution médiatique nationale unifiée, plus apte à assurer sa pérennité et son développement», a indiqué la Cheffe du gouvernement. Elle a insisté sur l’impératif d’élaborer un programme global de restructuration visant à améliorer les performances, garantir la durabilité et assurer la continuité des publications de la nouvelle structure.

Elle a également réaffirmé la volonté de l’État de trouver une solution durable qui garantisse la pérennité des deux entreprises et la protection des droits des travailleurs, tout en développant les contenus, en unifiant les moyens de production et en relançant le secteur de la presse écrite.

Elle a insisté sur la mutualisation des ressources et la maîtrise des dépenses pour renforcer la compétitivité, élargir la part de marché et enrichir le paysage médiatique et culturel, dans le respect de la mémoire nationale.

Ainsi, un plan d’affaires prospectif, avec un calendrier précis de mise en œuvre, a été décidé et confié à un Comité de pilotage, créé à cet effet par une décision de la Présidence du gouvernement en date du 20 juin 2023. 

Ce comité est composé des représentants et experts désignés par la Présidence du gouvernement, ainsi que des cadres des ministères concernés (Finances, Affaires sociales, Domaines de l’État) ; il a œuvré deux années durant afin d’élucider les obstacles et de trouver les formules conduisant à bon port cette opération.

Après deux longues années de dur labeur, l’opération de fusion entre «SNIPE La Presse» et «Dar Assabah» s’est concrétisée par l’Assemblée générale ordinaire qui s’est tenue au siège de «Dar Assabah» et qui a désigné Saïd Ben Kraiem en tant que Directeur général du nouveau groupe.

Il ne manque plus que les démarches de fusion par absorption de «Dar Assabah», conformément à la législation et à la réglementation en vigueur. Longue vie au «nouveau-né» de l’univers médiatique tunisien, un avènement-événement oint de saisissante singularité, s’agissant de l’unification de deux mastodontes de la sphère médiatique.

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Orange Tunisie et Focus s’associent pour accélérer l’accès des entreprises au Cloud souverain en Tunisie

Un partenariat pour proposer aux entreprises des solutions Cloud sécurisées, performantes et opérées localement

Orange Tunisie et Focus annoncent la signature d’un partenariat stratégique visant à faciliter l’accès des entreprises tunisiennes aux solutions Cloud et d’infrastructure hébergées et opérées localement en Tunisie.

À travers cette collaboration, les deux acteurs souhaitent accompagner les entreprises de toutes tailles dans leurs projets de transformation digitale, en leur proposant des environnements Cloud répondant à des enjeux croissants de maîtrise des données, de sécurité, de performance et de proximité.

Un Cloud souverain pour répondre aux enjeux des entreprises

Dans un environnement numérique où les entreprises recherchent davantage de maîtrise sur leurs infrastructures et leurs données, le Cloud local constitue une réponse aux besoins croissants de flexibilité, de performance et de continuité des services.

Les solutions proposées dans le cadre de ce partenariat permettent aux entreprises de bénéficier de ressources informatiques hébergées en Tunisie, avec une proximité renforcée des infrastructures et des équipes techniques.

Cette approche offre notamment :

  • Une meilleure maîtrise de la localisation des données et des infrastructures ;

  • Des performances adaptées aux usages professionnels;

  • Une infrastructure évolutive, permettant d’adapter les ressources aux besoins de chaque entreprise

  • Un accompagnement de proximité, assuré par des équipes présentes en Tunisie ;

  • Une plus grande flexibilité dans le déploiement et l’évolution des environnements IT.

Le partenariat s’adresse aux entreprises souhaitant moderniser leurs infrastructures, faire évoluer leurs environnements IT ou accompagner le développement de nouveaux services numériques.

Deux expertises complémentaires au service de la transformation digitale

Pour Orange Tunisie, ce partenariat vient renforcer son portefeuille de solutions ICT & Cloud et sa capacité à accompagner les entreprises dans la modernisation de leurs infrastructures.

« Ce partenariat nous permet de proposer aux entreprises tunisiennes des solutions cloud performantes et adaptées à leurs besoins, tout en leur offrant la proximité et l’accompagnement de nos équipes B2B. Il s’inscrit pleinement dans notre volonté de renforcer notre offre ICT & Cloud et d’accompagner les entreprises dans leurs projets de transformation digitale »- Ahmed Ben Said, Chief Business Officer d’Orange Tunisie

Pour Focus Tunisie, cette collaboration constitue une nouvelle étape dans le développement de son activité Cloud et dans sa volonté de rendre les infrastructures Cloud accessibles au plus grand nombre d’entreprises.

« En associant notre expertise dans les infrastructures Cloud à la force commerciale et à la proximité d’Orange Tunisie, nous souhaitons faciliter l’adoption du Cloud par les entreprises tunisiennes. Ce partenariat permet de proposer une approche combinant performance technologique, sécurité, maîtrise des données et accompagnement local. » – Imen Nabli Directeur commercial de Focus Cloud.

 Une ambition commune : démocratiser l’accès au Cloud en Tunisie

À travers ce partenariat, Orange Tunisie et Focus partagent une ambition commune : accompagner la digitalisation des entreprises tunisiennes en leur donnant accès à des infrastructures Cloud modernes, sécurisées et opérées localement.

Cette collaboration s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de l’écosystème numérique tunisien et de promotion de solutions technologiques permettant aux entreprises d’accélérer leur transformation tout en conservant un haut niveau de maîtrise de leurs infrastructures et de leurs données.

 

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