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Le financement incertain des économies du Sud à l’heure de l’IA

Les géants de l’intelligence artificielle (IA) empruntent sans regarder le prix, le rendement de la dette du Trésor américain à cinq ans a dépassé 5 % et l’aide publique au développement recule comme jamais. Le Sud découvre que l’argent du monde a trouvé preneur mieux noté et plus attractif, que les réserves de ses banques centrales financent la course dont il est exclu, et que l’avenir de son financement ne s’écrira plus à New York. Il s’écrira chez lui, ou il ne s’écrira pas.

Yahya Ould Amar *

Une règle gouverne les marchés depuis qu’ils existent, et on l’enseigne encore dans les universités. Quand le prix de l’argent monte, les emprunteurs se retirent, la demande de crédit faiblit et le prix finit par redescendre. Cette règle vient de mourir sous les coups d’un emprunteur d’un genre nouveau, dont le calcul ne porte pas sur le coût du capital mais sur la survie de son empire.

Les neuf premiers hyperscalers – ce noyau des géants du numérique qui possède et bâtit les centres de données de la planète – engageront près de 830 milliards de dollars d’investissements en 2026, soit une hausse d’environ 80 % en un an. Microsoft annonce 190 milliards, Google entre 180 et 190, Amazon au-delà de 230, Meta entre 125 et 145. Les agences de notation projettent déjà 1000 milliards par an à l’horizon 2027. Aucune industrie, à aucune époque de l’histoire humaine, n’a mobilisé un tel volume de capital en si peu de temps pour un chiffre d’affaires encore à venir.

Cet effort ne se finance plus par l’émission d’actions, car les fondateurs ne partagent pas leur pouvoir. Il se finance par la dette. En sept mois, cinq groupes ont absorbé plus de deux fois l’encours total des eurobonds souverains africains, qui s’élève à 115 milliards pour 21 pays.

Pour un emprunteur engagé dans une course où le second n’existe pas, payer l’argent 5 % ou 10 % revient au même. Cinq points de plus sur 200 milliards représentent 10 milliards par an, soit une fraction de la trésorerie trimestrielle de chacun de ces groupes. La seule perte qu’ils redoutent se mesure en rang, à la survie de leur empire, pas en points de base. Face à un acheteur insensible au prix, le mécanisme d’enchères qui répartissait l’épargne mondiale ne répartit plus rien. Il adjuge.

Le rendement du bon du Trésor américain à 5 ans a dépassé 5 % un niveau inconnu depuis vingt ans. On y lit une inflation qui résiste, une offre massive de titres publics, un pétrole au-delà de 100 dollars et, pour une part désormais explicite, la demande de capital née de la course à l’IA. Ce rendement sert de plancher à tous les taux de la planète, puisque nul ne prête à Nairobi ou à Bogota moins cher qu’il ne prête sans risque à Washington, et que tout emprunt en dollars s’évalue comme ce rendement augmenté d’une prime. Lorsqu’il monte d’un point, il soulève d’un point le coût de la dette de Colombo ou de Bogota, avant même que leur propre risque soit tarifé.

Les eurobonds émis par les pays émergents, signés entre 2017 et 2021 à 5 ou 6 % arrivent à échéance et se refinanceront à 9, 10 ou 11 %. Quatre points de plus sur un milliard refinancé, ce sont 40 millions de dollars par an prélevés sur des budgets où 40 millions construisent des écoles ou des dispensaires. L’Afrique affrontera cette année un besoin de financement non couvert de près de 100 milliards de dollars.

Un pays du Sud qui doit refinancer sa dette entre 2026 et 2028 ne se présente pas devant un marché tendu, qui finit toujours par se détendre. Il se présente devant un marché occupé, qui ne libère rien tant que l’occupant n’a pas achevé la construction de ses infrastructures. La différence entre les deux fait toute la différence entre une crise et un changement d’époque.

Le mur, la facture et le retrait de l’aide

Cette occupation du marché survient au moment où les trois piliers de l’ancien financement du développement cèdent ensemble.

Le premier pilier, la dette extérieure, s’est transformé en pompe aspirante. Le rapport que la Cnuced a publié le 7 octobre 2026 indique que les pays en développement ont payé 995 milliards de dollars d’intérêts nets sur leur dette publique en 2025, près du triple de 2010. L’État médian y consacre 8,1 % de ses recettes, deux fois plus qu’il y a quinze ans. Cinquante-et-un pays, où vivent 3,7 milliards d’êtres humains, dépensent davantage pour servir leurs intérêts que pour la santé ou l’éducation. S’ils empruntaient aux conditions des économies avancées, ils économiseraient 500 milliards de dollars par an, davantage que toute l’aide publique au développement jamais versée en une année.

Le deuxième pilier, l’aide publique, se retire. L’aide des pays de l’OCDE a chuté de 23,3 % en termes réels en 2025, après un recul de 8,5 % en 2024, une contraction sans précédent dans l’histoire de l’aide au développement. L’OCDE projette une nouvelle baisse de 6,9 % en 2026, de 11,6 % pour l’aide bilatérale à l’Afrique subsaharienne et de 10,9 % pour celle aux pays les moins avancés. En trois ans, l’aide mondiale aura perdu plus d’un tiers de sa valeur réelle.

Le troisième pilier, la promesse climatique, n’a jamais été construit. Le Programme des Nations unies pour l’environnement chiffre les besoins d’adaptation des pays en développement entre 310 et 365 milliards de dollars par an d’ici 2035 – une sous-estimation manifeste en comparaison avec d’autres sources scientifiques plus crédibles. Les flux publics internationaux d’adaptation, selon l’OCDE, représentent un peu moins de 35 milliards en 2024. Les pays dont la responsabilité dans le réchauffement est infime doivent construire digues, réseaux et systèmes d’irrigation avec un argent qui n’arrive pas, pour survivre à des catastrophes climatiques devenues récurrentes.

Le Sud doit donc emprunter davantage, pour rembourser plus cher, sur un marché où le capital a déjà trouvé preneur, pendant que l’aide se retire et que le climat présente sa facture.

La Federal Reserve (banque centrale américaine) combat une inflation qu’elle impute à l’économie réelle alors qu’une part croissante vient d’une poignée de bilans. Chaque durcissement frappe la mauvaise cible. Il écrase le logement et l’investissement des entreprises ordinaires sans retarder d’un seul serveur la construction des centres de données, puisque leurs promoteurs ne regardent pas le prix.

Cette erreur de visée se propage aux banques centrales du Sud, contraintes de suivre pour défendre leur monnaie, et qui étranglent leur propre économie pour compenser une dépense dont elles ne tireront aucun bénéfice.

Solvabilité ou liquidité, le dilemme sans bon choix

Une banque centrale sait traiter une crise de liquidité. Elle prête contre de bons actifs à des institutions solides momentanément privées de trésorerie. Elle ignore en revanche comment traiter une crise de solvabilité, où les actifs ne valent plus ce qu’ils ont coûté et où aucune avance ne rendra au débiteur la richesse perdue. La bulle de l’IA prépare une crise du second type. Des centres de données amortis sur quinze ou vingt ans abritent des processeurs dépassés en trois à cinq ans. Des dettes à trente ans reposent sur des revenus dont aucun compte de résultat ne porte encore la trace à la hauteur des sommes engagées. Tout cela ne manquera pas de liquidité. Tout cela manquera de valeur.

Prêter à des insolvables prolonge l’agonie et transforme la banque centrale en caisse de garantie des mauvais paris. Refuser de prêter précipite la chute et emporte les banques, d’abord celles qui ont financé la course au Nord, ensuite celles du Sud par contagion. Entre les deux, toute banque centrale émettrice de monnaie de réserve choisira la création monétaire, c’est-à-dire la conversion d’une perte privée en impôt diffus sur tous les détenteurs de la monnaie.

Le dilemme se pose ensuite, en miroir et avec moins de moyens, aux banques centrales du Sud. Elles n’ont ni la monnaie de réserve ni la profondeur de marché qui permettent d’absorber une crise de solvabilité par la planche à billets. Fournir de la liquidité à un système devenu insolvable revient à financer la fuite des capitaux et à détruire la monnaie. La refuser à un système seulement illiquide revient à provoquer la faillite que l’on voulait éviter. La frontière entre les deux diagnostics se révèle invisible dans l’instant, et l’erreur se paie en dévaluation ou en années perdues. Le Sud n’a jamais eu le droit à l’erreur que le Nord s’accorde depuis toujours.

La fin du refuge et le second prélèvement

Dans l’ancien monde, la récession américaine venait au secours des pays émergents. Les rendements chutaient, le dollar reculait, les capitaux repartaient vers le Sud en quête de rendement meilleur. Cette respiration risque de ne plus venir. Les grandes économies développées creusent leurs déficits au même moment, le Japon et la Chine cessent d’absorber la dette américaine, et les taux longs peuvent rester élevés au cœur même d’un ralentissement. Le Sud perd ainsi le seul mécanisme automatique qui lui rendait, périodiquement, l’accès au capital.

Lorsque le pari de l’IA se dénouera, les pertes s’ajouteront à celles, encore enfouies, du capital-investissement et du crédit privé contractées au temps de l’argent quasi gratuit. Un problème de solvabilité de cette ampleur se traite par une création monétaire assumée et massive, dont la facture atterrit sur tous ceux qui détiennent des dollars. Or les économies émergentes et en développement détiennent plus de la moitié des quelque 13 000 milliards de dollars de réserves de change mondiales, dans leurs banques centrales, leurs fonds de stabilisation et les comptes de leurs exportateurs. Le Sud aura été évincé pendant la bulle et dilué pendant la purge. Deux fois prélevé dans une partie à laquelle il n’a jamais joué.

Les fonds souverains de Riyad, de Doha et d’Abou Dhabi, qui gèrent ensemble plus de 4 000 milliards de dollars, se sont fait une place au cœur de la course. MGX, le véhicule d’Abou Dhabi, compte parmi les fondateurs du programme Stargate, chiffré à 500 milliards de dollars d’infrastructures américaines. Le fonds saoudien, par sa filiale Humain, a investi trois milliards dans xAI.

L’épargne du Sud nourrit la course qui exclut le Sud. Les capitaux de la péninsule arabique financent, au Texas et dans l’Ohio, les centres de données, la rareté qui frappe Le Caire ou Lima. Aucune conférence sur le financement du développement n’a jamais déplacé des sommes comparables à celles que le Sud déplace lui-même, chaque trimestre, en direction du Nord.

L’économie comme champ de bataille

Une vieille conviction gouverne les chancelleries depuis que les nations existent. Une économie forte a besoin d’une armée forte, et une armée forte a besoin d’une économie forte. Les deux se nourrissent jusqu’au jour où l’une faiblit. Ce jour venu, la peur s’installe, et la peur d’une grande puissance qui se sent décliner constitue une menace sur la paix mondiale.

La course à l’IA appartient autant au Pentagone qu’à la Silicon Valley. Les centres de données que finance l’épargne du monde entier sont des arsenaux, et le crédit qui s’y engouffre relève du budget de la défense autant que de celui de l’innovation. Cela explique la passivité des autorités monétaires devant la bulle de l’IA. On ne modère pas un réarmement. Une banque centrale qui relèverait ses taux jusqu’à freiner la construction des centres de données serait accusée de livrer la supériorité technologique à l’adversaire, et aucune institution ne survit à une telle accusation. La hiérarchie des urgences a été renversée dans l’ombre. La stabilité financière s’efface devant la sécurité nationale, et le prix de l’argent devient une variable stratégique avant d’être une variable économique.

Le Sud global se trouve à l’autre bout de cette chaîne. Il finance, par les taux qu’il subit, une course aux armements numériques dont il ne possède ni les laboratoires ni les armées. Il en subira les retombées lorsque la peur des puissances se traduira en sanctions, en contrôles des exportations, en fragmentation des circuits de paiement et en guerres par procuration sur son propre sol.

Le Sahel, la Corne de l’Afrique et la mer Rouge savent déjà ce que signifie devenir le terrain où des grandes puissances inquiètes règlent leurs comptes. Une économie du Sud qui veut se protéger doit comprendre que sa faiblesse financière constitue désormais une faiblesse militaire, et que sa souveraineté monétaire relève de sa défense.

Il reste à comprendre pourquoi cette bulle rencontre si peu de résistance dans les opinions du Sud, alors même qu’elle les appauvrit. Des décennies de promesses non tenues, de budgets détournés, d’élections sans alternance et d’alternances sans changement ont vidé la parole des dirigeants de toute crédibilité. Lorsque l’on ne croit plus en ceux qui gouvernent, on se prend à croire en ce qui pourrait gouverner à leur place. L’IA recueille un espoir. On lui prête la capacité de détecter la fraude, de distribuer l’aide sans intermédiaire, de rendre la justice sans clientèle. Une machine réputée sans appétit paraît, aux peuples qui ont trop connu l’appétit des puissants, une promesse de probité.

Cette foi mérite le respect, car elle naît d’une blessure réelle. Mais les systèmes que l’on espère incorruptibles sont conçus et détenus par des groupes dont l’intérêt diffère de celui des citoyens de Bangkok ou de Kinshasa. Ils absorbent les données du Sud, en restituent les décisions et en conservent la valeur. Une gouvernance déléguée à des algorithmes financés par la dette que nous payons ne corrige pas l’absence de confiance envers nos dirigeants. Elle la déplace vers des maîtres plus lointains et moins comptables encore. La seule probité qui dure se construit dans des institutions que les peuples contrôlent, et aucun modèle de langage ne remplacera un parlement qui vote, une cour qui juge et une presse qui enquête.

Ce que sera le financement du développement

Le modèle qui a financé le Sud depuis un demi-siècle, une aide publique en complément, une dette extérieure en devises pour l’essentiel, et une fenêtre de marché qui se rouvrait à chaque ralentissement américain, est mort en 2026. L’aide recule, la dette aspire plus qu’elle n’apporte, la fenêtre est occupée. L’avenir du financement du développement repose sur trois déplacements, et chacun se chiffre.

Le premier déplacement va de la devise empruntée à l’épargne mobilisée. Les transferts des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 685 milliards de dollars en 2024, davantage que l’investissement direct étranger et l’aide publique réunis, et l’Afrique en reçoit près de 100 milliards par an. L’épargne nationale brute du continent dépasse 500 milliards de dollars par an, soit plus de quatre fois l’encours de l’ensemble de ses eurobonds. Cette épargne existe, elle dort dans des dépôts à vue rémunérés en dessous de l’inflation, s’exporte vers des bons du Trésor étrangers appelés à être dilués, ou se perd dans l’immobilier improductif. On observe déjà que la dette domestique a progressé plus vite que la dette extérieure dans 62 pays sur 86.

Un pays qui place chez lui -sur son marché boursier- un dixième de son épargne annuelle lève davantage, à moindre coût et sans risque de change, que par l’eurobond signé au mauvais moment.

Le deuxième déplacement va de la dette à la rente partagée. L’IA a faim de ce que le Sud possède. L’Agence internationale de l’énergie attend un doublement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030, à près de 945 térawattheures, davantage que ce que consomme le Japon. La République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial, le Niger et la Namibie figurent parmi les premiers producteurs d’uranium, la Guinée détient les premières réserves de bauxite. Vendre ces ressources brutes contre des dollars, puis emprunter ces mêmes dollars à 10 %, revient à payer deux fois ce que l’on possède une fois. L’enjeu consiste à exiger des participations au capital plutôt que des redevances, des contrats d’électricité à long terme libellés en partie en monnaie locale plutôt que des exportations de minerai, une transformation sur place plutôt qu’un embarquement au port, et une cotation locale des sociétés d’exploitation afin que la rente devienne un capital qui reste plutôt qu’une facture qui revient de loin. Le Sud détient ce que la bulle convoite. Il doit se faire payer en patrimoine, pas en dette.

Le troisième déplacement va de la dépendance cyclique à la profondeur institutionnelle. Les banques multilatérales de développement peuvent, par une utilisation plus audacieuse de leur capital et le recours au capital hybride, dégager plusieurs centaines de milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur la décennie sans un dollar de contribution nouvelle. Les droits de tirage spéciaux alloués en 2021, 650 milliards de dollars, sont allés pour l’essentiel aux économies riches qui n’en avaient pas besoin, et les pays à faible revenu en ont reçu moins de 4 %. Leur réaffectation vers des mécanismes de garantie en monnaie locale et des lignes de liquidité régionales vaut davantage que dix conférences de bailleurs.

Ces trois déplacements ne relèvent ni de la charité du Nord ni de la bonne volonté des marchés. Ils relèvent de décisions que les États du Sud peuvent prendre seuls, et dont la plupart ont déjà le cadre juridique. Ils supposent, en revanche, la confiance des peuples dans leurs propres institutions. Une épargne nationale ne se mobilise que vers des bourses dont les règles sont respectées. La souveraineté financière commence par la probité domestique, et la probité domestique ne se délègue à aucune machine.

Enfin, le Sud global a connu la dette comme un fardeau, puis comme un instrument. Il la découvre aujourd’hui comme un droit d’entrée dans une partie truquée, où le prix de l’argent ne mesure plus la rareté du capital mais la peur de déclin des puissances. Les économies qui comprendront les premières que la sortie se trouve dans la profondeur de leurs propres marchés, dans la rente convertie en patrimoine et dans une souveraineté financière pensée comme une ligne de défense, auront moins à craindre du jour où les emprunteurs sans limite, cesseront de payer. Les autres apprendront, une fois encore, que l’on ne négocie pas avec un marché occupé. On le quitte, ou on en construit un autre non truqué.

Économiste, banquier et financier.

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747 milliards $ : le pari énergétique XXL de Séoul d’ici 2035

Le gouvernement sud-coréen a dévoilé un plan ambitieux de 1 000 billions de wons (environ 747 milliards de dollars) pour la transition énergétique et la décarbonation d’ici 2035. Séoul vise à stimuler les sources d’énergie renouvelables, à transformer l’industrie lourde et à créer de nouveaux moteurs de croissance économique.

Le plan K-GX (Korea-Green Transformation) proposé par Séoul comprend, entre autres, 200 billions de wons de dépenses publiques. Il y a aussi plus de 790 billions de wons de financement pour des actions liées au climat. Ainsi que 220 billions de wons d’investissements du secteur privé. C’est ce qu’a déclaré le ministre des Finances sud-coréen, Lee Hyoung-il, lors de la présentation hier du plan gouvernemental.

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Lee Tae-Won, ambassadeur de Corée : « Dans le domaine de la santé, la Tunisie est une puissance régionale »

Alors que la Tunisie et la Corée approchent du soixantième anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques en 1969, les indicateurs soulignent une coopération bilatérale en plein essor dans plusieurs domaines. Nous avons rencontré M. Lee Tae-Won, ambassadeur de la République de Corée en Tunisie, pour faire le point.

La dimension régionale de la Tunisie

Dans quel domaine se développe la coopération entre la Tunisie et la Corée ?

Depuis mon arrivée en Tunisie il y a deux ans, j’ai pu constater un grand potentiel dans le domaine médical. La dextérité des médecins tunisiens est remarquable. Elle vaut à la Tunisie d’avoir l’image d’une puissance médicale qui rayonne sur la région et continue à progresser. Des projets en matière de chirurgie robotique et de numérisation des services médicaux ont vu le jour en Tunisie avec un partenariat de la Corée.

Sur un autre plan, la Tunisie possède une industrie de haut niveau en matière de composants automobiles. Plusieurs visites de compagnies coréennes ont permis de mettre en valeur ces capacités. Récemment, une délégation de la Korean Autopart Manufacturing Association a permis de renouveler ce constat. En effet, dans ce domaine également, la Tunisie peut se prévaloir d’une dimension régionale et d’une pleine coopération avec la Corée.

Bientôt, Yura installera une sixième unité

On annonce la prochaine installation d’une sixième usine Yura

En effet, la compagnie Yura continue à développer sa présence en Tunisie. Une cinquième unité vient de voir le jour à Kairouan et une sixième unité est actuellement planifiée. Depuis une décennie, cette compagnie poursuit son développement en Tunisie et produit des pièces importantes pour les voitures électriques.

Entre commerce et culture

Existe-t-il une chambre de commerce tuniso-coréenne ?

Jeune et ambitieuse, la Chambre de commerce tuniso-coréenne est de création récente. Elle a constitué la cheville ouvrière lors de l’organisation de visites de délégations coréennes en Tunisie et travaille à promouvoir les atouts de la Tunisie auprès des entreprises coréennes.

On constate un intérêt accru des jeunes Tunisiens pour la culture coréenne.

En effet, les demandes d’études en Corée progressent dans le monde. De même, l’apprentissage de la langue coréenne a trouvé des vecteurs en Tunisie. Il existe une tendance globale autour de la culture coréenne. Elle se matérialise à travers l’attractivité de la K-Pop et son rayonnement international. Depuis toujours, nous avons considéré la culture comme un facteur de coexistence pacifique.

En Tunisie, un meeting annuel est organisé avec des performances de chant et de danse par des jeunes Tunisiens et Coréens. L’ambassade de Corée vient d’organiser un festival destiné à faire connaître la K-Street Food. Beaucoup de jeunes y sont venus pour découvrir la nourriture populaire coréenne et ont participé à des jeux et des ateliers. Ce sont de bons signaux qui soulignent que la culture coréenne est attractive et présente en Tunisie.

En 2029, le soixantenaire des relations diplomatiques

Quels horizons pour la coopération ?

Il existe un grand potentiel dans plusieurs domaines qui concernent l’économie, le développement ou la culture. Nous travaillons à promouvoir davantage notre coopération. En 2029, le deuxième Sommet Corée-Afrique constituera un rendez-vous multilatéral important. Au niveau bilatéral, nous célébrons également en 2029 le soixantième anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre la Tunisie et la Corée.

Lire aussi :

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Entrée sud de Tunis : Un nouveau pont ouvert à la circulation, où en est le grand projet d’extension ?

Un nouveau pont a été ouvert mercredi 7 octobre 2026 à la circulation au niveau de l’échangeur reliant la route régionale n°22 à la route nationale n°3A, à proximité de l’Hôpital des grands brûlés de Ben Arous. L’ouvrage s’inscrit dans le troisième lot du projet d’extension de l’entrée sud de Tunis, l’un des principaux chantiers routiers destinés à fluidifier les déplacements entre le sud de la capitale et le Grand Tunis.

Concrètement, la mise en service de ce pont doit permettre aux véhicules arrivant vers Tunis par la route régionale n°22 de poursuivre leur trajet directement, sans avoir à passer par le carrefour situé devant l’Hôpital des grands brûlés. L’objectif est donc de supprimer une partie des conflits de circulation concentrés sur ce point et de réduire les ralentissements dans un secteur particulièrement sollicité.

Pourquoi ce pont est important pour la circulation ?

L’intérêt de l’ouvrage dépasse son seul emplacement. Le carrefour de l’Hôpital des grands brûlés constitue un point de passage important dans les déplacements entre Ben Arous, les zones du sud de l’agglomération et Tunis. La circulation qui y converge peut provoquer des ralentissements, notamment lorsque les différents flux doivent se croiser au même niveau.

Le nouveau pont introduit précisément une séparation des flux. Les véhicules empruntant la route régionale n°22 en direction de Tunis peuvent désormais franchir l’échangeur sans passer directement par le carrefour de l’hôpital.

Pour les automobilistes, le changement attendu est donc essentiellement opérationnel : moins d’arrêts au niveau du carrefour, une circulation plus continue et une réduction de la pression sur les voies situées à proximité de l’hôpital.

Le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Salah Zouari, qui a supervisé la mise en service de l’ouvrage, a présenté cette ouverture comme une étape importante dans l’avancement du projet d’extension de l’entrée sud de la capitale. Il a également appelé le groupement d’entreprises chargé des travaux à accélérer l’achèvement des autres composantes du chantier.

L’entrée sud de Tunis : un projet qui va au-delà de ce seul pont

Le nouveau pont constitue en réalité une composante d’un projet routier beaucoup plus large. L’extension de l’entrée sud de Tunis vise à réaménager et à renforcer un axe stratégique reliant la capitale aux gouvernorats et aux zones urbaines du sud.

L’enjeu est de traiter la circulation à l’échelle de l’ensemble de l’axe, et non plus uniquement à travers l’aménagement ponctuel des carrefours. Le projet prévoit ainsi plusieurs interventions sur les échangeurs, les ouvrages d’art et les infrastructures routières afin d’améliorer la capacité et la fluidité de cet accès majeur à Tunis.

Le chantier est réalisé par lots. Le pont ouvert le 7 octobre relève du troisième lot du projet. Sa mise en service constitue donc une étape intermédiaire : elle améliore dès maintenant la circulation sur un point précis, mais ne signifie pas que l’ensemble du projet d’extension est achevé.

Lire aussi : Démolition d’un pont à l’entrée sud de Tunis : Un chantier au pire moment

C’est justement l’achèvement des différentes composantes du chantier qui doit permettre d’obtenir l’effet recherché à l’échelle de l’entrée sud : une circulation plus fluide, une meilleure séparation des flux et une réduction des points de congestion.

La mise en service de ce nouvel ouvrage donne ainsi un premier aperçu du fonctionnement futur de l’axe. Mais l’impact global du projet dépendra encore de l’avancement des autres travaux et de leur mise en exploitation successive.

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Automobile : La Corée du Sud regarde de plus près la Tunisie

La relation industrielle entre la Tunisie et la Corée du Sud se concrésitse davantage. Après les premiers échanges engagés avec Hyundai Mobis, l’un des principaux équipementiers automobiles sud-coréens, une délégation de 13 entreprises coréennes spécialisées dans les composants automobiles doit se rendre en Tunisie à la mi-octobre. Mais derrière cette visite se dessine surtout une volonté de développer des liens industriels plus profonds avec un marché tunisien déjà intégré aux chaînes automobiles internationales.

L’élément le plus important des discussions engagées avec Hyundai Mobis est que Séoul ne s’intéresse pas uniquement à la Tunisie comme débouché commercial. Les échanges portent sur deux pistes : l’approvisionnement auprès de fabricants installés en Tunisie et l’étude de projets d’investissement direct. La mission des 13 entreprises coréennes doit justement permettre de confronter cette ambition aux capacités réelles du tissu industriel tunisien.

De simples fournisseurs à de possibles investisseurs

Cette évolution intervient dans un secteur déjà particulièrement dense. La Tunisie compte plus de 260 entreprises opérant dans les composants automobiles, dans des activités allant des faisceaux électriques aux composants électroniques, en passant par les pièces mécaniques, le plastique et le caoutchouc. Pour les industriels coréens, la proximité avec l’Europe constitue également un avantage stratégique, la Tunisie pouvant servir de plateforme de production destinée aux marchés européens.

Le précédent Yura Corporation montre surtout que cette stratégie peut déboucher sur des implantations importantes. Présent à Kairouan depuis 2007, le groupe sud-coréen a lancé en décembre 2025 la construction de sa cinquième unité tunisienne, pour un investissement annoncé de 50 millions de dinars. La Tunisia Investment Authority indique que cette extension doit générer plus de 1.840 emplois supplémentaires.

L’enjeu de la nouvelle offensive coréenne dépasse donc le nombre de sociétés susceptibles de venir en Tunisie. Pour Tunis, l’objectif est de transformer une industrie historiquement forte dans les faisceaux et composants en une plateforme capable d’attirer davantage d’activités technologiques et de nouveaux segments de la chaîne automobile.

La Tunisie cherche désormais à monter dans la chaîne de valeur

Le profil de Hyundai Mobis illustre cette évolution. Le groupe travaille notamment sur les composants destinés aux véhicules électriques, les systèmes électroniques, les technologies de sécurité et les solutions liées aux systèmes avancés d’aide à la conduite. Une implantation ou des contrats d’approvisionnement avec des acteurs de cette catégorie pourraient donc apporter à l’écosystème tunisien davantage de contenu technologique et favoriser le transfert de compétences.

La perspective est d’autant plus intéressante que l’industrie automobile mondiale se transforme rapidement sous l’effet de l’électrification et du développement des véhicules définis par logiciel. Hyundai Mobis développe lui-même des technologies liées aux véhicules électriques, aux systèmes électroniques et à la conduite avancée, tandis que son modèle de coopération avec les fournisseurs inclut notamment le développement technologique, les tests, la certification et l’accompagnement des PME de sa chaîne d’approvisionnement.

Lire aussi : Automobile : 13 entreprises coréennes attendues en Tunisie, un test pour la filière locale

Pour la Tunisie, le véritable indicateur ne sera donc pas la tenue de la mission d’octobre, mais ce qui en sortira : nouveaux contrats de fourniture, référencement de fabricants tunisiens auprès de groupes coréens, partenariats technologiques ou, surtout, décisions d’investissement. À ce stade, aucune nouvelle implantation coréenne n’est officiellement annoncée. La mission constitue néanmoins un signal supplémentaire : après Yura, la Tunisie cherche désormais à attirer un écosystème coréen plus large dans l’industrie automobile.

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TRIBUNE – Le couloir du Sud de l’hydrogène vert : de l’accord diplomatique à l’ingénierie d’exécution euromaghrébine

La récente rencontre au sommet à Alger entre le président, Abdelmadjid Tebboune, le ministre tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Slah Zouari, et les ministres de l’Énergie d’Autriche, d’Allemagne et d’Italie marque le passage d’une vision géopolitique globale à une feuille de route opérationnelle. L’accélération du projet de Couloir Sud de l’Hydrogène Vert (SoutH2 Corridor) ­- une artère de 3 300 kilomètres conçue pour transporter plus de 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe centrale via la Tunisie et l’Italie – concrétise l’axe stratégique euromaghrébin.

 

Comme nous le soulignions en juillet dernier, la Tunisie dispose d’un positionnement géographique et institutionnel unique pour agir en tiers de confiance de l’axe euro-africain. Mais face à ce méga projet d’infrastructures, une question fondamentale se pose : la Tunisie se contentera-t-elle de percevoir des redevances de transit passives, ou saura-t-elle s’imposer comme un copropriétaire industriel et technologique de la chaîne de valeur ?

Le piège historique des grands pipelines intercontinentaux réside dans la logique d’extraction pure : traverser un territoire en laissant des infrastructures de passage sans irriguer le tissu économique local. Des voix critiques s’élèvent déjà pour dénoncer un risque d’« extractivisme vert », où le Nord capterait l’énergie propre tout en déléguant au Sud la pression sur les ressources.

Pour le cycle 2026-2030, la doctrine tunisienne doit imposer une contrepartie d’intégration industrielle stricte. L’accord de transit doit s’accompagner d’investissements directs dans le dessalement d’eau de mer par énergies renouvelables, garantissant que la production d’hydrogène ne prélève pas une seule goutte dans les nappes phréatiques du pays, et d’un transfert technologique sur l’assemblage et la maintenance des électrolyseurs. La Tunisie ne prêtera pas seulement ses côtes pour les tuyaux ; elle hébergera les unités de conversion, de compression lourde et de certification.

 

La Tunisie comme interface de conformité et de certification numérique

L’accès au marché européen de l’énergie décarbonée exige le respect de normes réglementaires drastiques : traçabilité stricte de l’empreinte carbone, critères de durabilité de l’Union européenne et sécurisation des données de flux. C’est ici que la Tunisie doit faire valoir son capital immatériel et la solidité de son secteur bancaire et numérique.

En couplant l’infrastructure énergétique, déjà renforcée par le projet d’interconnexion électrique sous-marine ELMED de 600 MW entre Cap Bon et la Sicile, à une numérisation souveraine (IoT industriel, traçabilité par registres sécurisés et IA prédictive de gestion de flux), la Tunisie peut devenir la plateforme d’audit et de certification énergétique de l’axe Maghreb-Europe. Garantir la conformité technique et environnementale des molécules d’hydrogène injectées constitue un rôle stratégique à haute valeur ajoutée que ni les fournisseurs bruts ni les acheteurs finaux ne peuvent assumer seuls avec la même neutralité.

Lire aussi : ELMED, ou LE projet du siècle entre la Tunisie et l’Italie

L’objection récurrente face à ces mégaprojets réside dans leur coût financier : comment la Tunisie, sous contrainte budgétaire, peut-elle financer sa participation à des investissements chiffrés en milliards d’euros ?

Prétendre financer ces infrastructures sur le budget de l’État serait une erreur d’ingénierie. L’opportunité réside dans la structuration de financements mixtes (Blended Finance) et de partenariats public-privé (PPP) internationaux, adossés aux garanties des institutions financières européennes (BEI, BERD) et aux mécanismes de crédit carbone. Le secteur bancaire tunisien et maghrébin doit s’organiser en consortium pour agir en co-arrangeur de ces financements complexes, garantissant ainsi que les retours sur investissement et les flux de trésorerie irriguent le système financier national.

 

Régulation et gouvernance : transformer l’urgence diplomatique en vitesse d’exécution

Face à la concurrence féroce d’autres pays du Nord de l’Afrique pour capter la rente énergétique européenne, le principal risque pour la Tunisie n’est pas technologique, mais administratif. La lourdeur des circuits d’autorisation et l’absence d’un cadre réglementaire dédié à l’hydrogène vert risquent de décourager les investisseurs.

Le message délivré à Alger par la présence conjointe des ministres tunisien, algérien, italien, allemand et autrichien démontre que la volonté politique au plus haut sommet est acquise. L’urgence du cycle 2026-2030 exige désormais de traduire cette alliance diplomatique en un cadre réglementaire d’exception : une « Fast-Track » administrative, un guichet unique d’investissement énergétique et un code de l’hydrogène clair.

 

En alliant souveraineté industrielle, rigueur de certification et rapidité d’exécution, la Tunisie a l’occasion historique de transformer son positionnement géographique en une puissance d’ingénierie au service du continent.

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Quand la Street Food de Corée mobilise les jeunes Tunisiens

Ils étaient une centaine de jeunes venus de partout pour sacrifier à la Street Food de Corée lors d’un événement festif organisé il y a une semaine. Cette journée de découverte est venue confirmer l’engouement de la jeunesse tunisienne pour divers aspects de la culture coréenne.

En effet, aussi bien la K-Pop que la K-Food n’ont pas de secrets pour ces jeunes qui ont participé à cette journée animée par des jeux, des ateliers et une dégustation de spécialités de la Street Food coréenne.

Le K-Street Food Day 2026 a rencontré un grand succès auprès des jeunes qui d’ores et déjà attendent la prochaine édition de cette manifestation culturelle organisée par l’ambassade de la République de Corée en Tunisie.

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Tourisme : L’Afrique du Sud regarde désormais la Tunisie comme un concurrent

Longtemps devant la Tunisie en nombre de visiteurs, l’Afrique du Sud regarde désormais la destination tunisienne comme l’un de ses concurrents africains. Une analyse publiée cette semaine par Business Day, à partir de données du cabinet BDO South Africa, souligne que la Tunisie et le Maroc ont pris de l’avance sur le marché touristique continental.

Mais la comparaison mérite d’être nuancée. Les plus de 11 millions de visiteurs annoncés par la Tunisie ne correspondent pas tous au même profil touristique que celui recherché par l’Afrique du Sud : le poids des visiteurs algériens et libyens, ainsi que celui des Tunisiens résidant à l’étranger dans certaines statistiques d’entrées, modifie fortement la lecture des chiffres.

D’un retard important à un dépassement apparent

Il y a une dizaine d’années, l’écart était net.

Selon les données citées par BDO, l’Afrique du Sud accueillait autour de 10 millions de visiteurs par an, contre seulement 5,7 millions pour la Tunisie.

La situation s’est progressivement inversée. Business Day relève que la Tunisie a franchi la barre des 11 millions de visiteurs en 2025, alors que l’Afrique du Sud se situait autour de 10 millions.

Le média sud-africain présente désormais explicitement la Tunisie et le Maroc comme des destinations africaines ayant gagné du terrain face à l’Afrique du Sud. BDO estime de son côté que la concurrence touristique est devenue plus forte et vient aussi de pays qui étaient auparavant moins considérés comme des rivaux directs.

Mais que mesurent réellement les 11 millions tunisiens ?

C’est là que la comparaison devient plus complexe.

Les statistiques tunisiennes portent largement sur les arrivées aux frontières de non-résidents et ne correspondent pas nécessairement à des touristes internationaux effectuant un séjour hôtelier classique.

Les données officielles tunisiennes montrent notamment le poids très important du tourisme de voisinage. Le ministère du Tourisme indique que celui-ci représente autour de 54% des arrivées aux frontières, mais seulement environ 10% des nuitées hôtelières.

Autrement dit, un visiteur algérien ou libyen entrant en Tunisie est comptabilisé dans les arrivées, même si son comportement de consommation touristique peut être très différent de celui d’un Européen effectuant une semaine dans un hôtel.

Algériens, Libyens et diaspora pèsent lourd

Les statistiques tunisiennes distinguent également les Tunisiens résidant à l’étranger.

À titre d’exemple, les données officielles de 2023 comptabilisaient 8,13 millions de non-résidents étrangers auxquels s’ajoutaient 1,24 million de Tunisiens résidant à l’étranger, soit un total général de 9,37 millions d’entrées. Les TRE représentaient alors 13,2% de ce total.

Cela ne retire rien au poids économique de ces flux, mais montre pourquoi le simple nombre d’entrées ne suffit pas à comparer deux destinations.

La Tunisie bénéficie en outre d’un avantage géographique majeur : la proximité de l’Algérie et de la Libye génère plusieurs millions de passages chaque année, tandis que sa proximité avec l’Europe soutient les marchés français, allemand, britannique ou polonais.

Lire aussi: Devises : Tourisme et transferts des TRE ont rapporté 12,22 milliards de dinars

L’Afrique du Sud regarde surtout la dépense par visiteur

Le problème identifié par BDO en Afrique du Sud est d’ailleurs différent.

Le cabinet s’inquiète surtout du recul de marchés à forte dépense, notamment la Chine et l’Inde. Il estime que la faiblesse des arrivées internationales à haut pouvoir d’achat aurait représenté environ 6,5 milliards de rands de dépenses étrangères perdues en 2025.

C’est une différence importante avec une comparaison basée uniquement sur le nombre de visiteurs.

La Tunisie peut afficher davantage d’arrivées que l’Afrique du Sud tout en conservant une structure touristique très différente en termes de dépenses moyennes, durée de séjour, nuitées hôtelières ou revenus générés par visiteur.

La Tunisie reste néanmoins un concurrent qui compte

Cette nuance n’enlève toutefois rien au changement de perception observé en Afrique du Sud.

Il y a dix ans, la Tunisie apparaissait nettement derrière. Aujourd’hui, elle est citée par un grand média économique sud-africain et par BDO dans une réflexion sur les destinations qui gagnent du terrain face à l’Afrique du Sud.

La progression tunisienne est également réelle sur les marchés européens. Le ministère du Tourisme indique que l’Europe représente plus de 64% des nuitées hôtelières, avec notamment la France, l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni et la République tchèque parmi les marchés importants.

Le ministère avait par ailleurs lancé en 2025 une campagne de promotion sur 16 marchés européens et en 14 langues.

Le signal envoyé depuis Johannesburg reste donc significatif : même avec des statistiques difficiles à comparer directement, la Tunisie est désormais suffisamment présente sur le marché touristique africain pour être regardée en Afrique du Sud comme une destination concurrente.

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L’association gérant la mosquée d’Aulnay dissoute

Le Conseil des ministres a prononcé hier la dissolution de l’association gérant la mosquée de Chanteloup à Aulnay-sous-Bois. Cet été, elle avait dû fermer ses portes.   Cette dissolution administrative de l’Association culturelle d’Aulnay Sud était proposée par le ministre…

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