Bayt Mal Al-Qods soutient les oléiculteurs palestiniens
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L’Association Club Photo de Tunis (ACPT) organise sa 9e exposition collective, RÉMANENCES, du 10 au 24 octobre 2026 à l’église Sainte-Croix de Tunis. L’exposition réunit plus de 70 œuvres de 23 photographes autour du thème « Durabilité & Responsabilité ».
À travers cette exposition, l’ACPT propose d’aborder la durabilité au-delà des seules questions environnementales. Les photographes s’intéressent aux traces laissées par les activités humaines, aux transformations des territoires, aux ressources naturelles, au vivant, mais aussi aux pratiques et aux savoir-faire transmis d’une génération à l’autre.
Le titre RÉMANENCES renvoie à ce qui demeure après le passage : une trace inscrite dans les paysages, les territoires, les gestes ou la mémoire. Les œuvres présentées proposent ainsi des regards différents sur ce que les sociétés préservent, transforment ou transmettent.
L’exposition réunit Aicha Bouaziz, Ala Din Zemzmi, Amel Belkhoudja, Anis Krabaa, Asma Ben Gharbi, Atef Ouni, Aziz Boutrif, Cheima Fezzani, Dalila Yacoubi, Domenico Fascano, Foued Dhouafli, Houssem Ben Othmen, Imen Karray, Kaouther Bedoui, Khaled Kanzari, Khaoula Heni, Marouan Ben Amara, Mohamed Ben Othmen, Mohamed Menzli, Noomen Daoued, Sofiene Reguigui, Soumaya Boulati et Slim Sassi.
Leurs photographies abordent la durabilité sous des angles variés, entre observation des fragilités, relations entre l’être humain et son environnement, mémoire des territoires et transmission des pratiques. L’ACPT entend ainsi privilégier la diversité des regards plutôt qu’une lecture unique du thème.
Fondé à Tunis en 2010 avant de devenir une association en 2012, le Club Photo de Tunis œuvre depuis seize ans à la promotion de la photographie à travers des formations, des sorties, des rencontres, des concours et des projets collectifs.
Avec RÉMANENCES, l’association poursuit cette démarche en faisant de la photographie un espace de réflexion sur le présent et sur ce qui pourrait en subsister.
Le vernissage est prévu le samedi 10 octobre à partir de 16h30 à l’église Sainte-Croix de Tunis. L’exposition sera accessible jusqu’au 24 octobre 2026.
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L’exposition photo « Petit Pays je t’aime beaucoup » est de retour du 22 au 25 octobre à Djerba. Cette exposition prend désormais l’envergure d’un événement qui conjugue les œuvres des photographes avec une plongée dans le patrimoine.
En effet, les participants à cet événement au départ de Tunis pourront découvrir plusieurs aspects du patrimoine djerbien à travers des visites dans des musées, des mosquées et des huileries.
Des activités liées au patrimoine culinaire sont également au programme. De plus, un concert live à la marina de Houmt-Souk ajoutera une touche festive finale à cet itinéraire culturel de quatre jours.
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Le guitariste flamenco Dani de Moròn sera le 10 octobre à 15h sur la scène des Journées Musicales de Carthage pour un concert qui aura lieu au Théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la culture.
L’Ambassade d’Espagne en Tunisie poursuit ainsi sa collaboration avec les Journées Musicales de Carthage, véritable espace de rencontre entre les scènes musicales tunisienne, méditerranéenne, arabe, africaine et européenne. Cette participation espagnole bénéficie également du soutien de la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, renforçant ainsi les échanges culturels et les liens entre les scènes européennes et tunisiennes.
Dani de Morón est l’un des guitaristes flamencos les plus reconnus et influents de sa génération. Originaire de Morón de la Frontera, l’un des hauts lieux de la tradition de la guitare flamenca, Dani de Morón s’est formé dans l’entourage de Matilde Coral.
Il a depuis développé une remarquable carrière aux côtés de grandes figures du flamenco telles que José Mercé, Antonio Canales, Concha Buika et Patricia Guerrero, et a notamment accompagné Paco de Lucía lors de sa tournée Cositas Buenas, une expérience qui a contribué à renforcer sa projection internationale.
Lauréat de deux Giraldillos de la Bienal de Flamenco de Sevilla et nommé aux Latin Grammy Awards 2018 dans la catégorie « Meilleur album de flamenco » pour 21, Dani de Morón développe un langage musical personnel, à la croisée de la tradition flamenca, du jazz et des musiques du monde.
Son concert à Tunis sera l’occasion de découvrir une guitare flamenca à la fois profondément enracinée dans sa tradition et ouverte à de nouveaux horizons musicaux.
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Une campagne de fouilles archéologiques menée sur le site de Henchir El Materia, au nord de Teboursouk, dans le gouvernorat de Béja, a permis d’étudier plusieurs composantes de l’ancienne cité de Numluli. Les travaux, réalisés dans le cadre d’une coopération entre l’Institut national du patrimoine (INP) et l’Université de Sassari en Italie, se sont déroulés du 6 septembre au 4 octobre 2026.
Des chercheurs et des étudiants de différents niveaux ont participé aux travaux, consacrés notamment à l’étude et à la valorisation de deux secteurs majeurs de la cité antique.
Le premier secteur comprend le Capitole de Numluli, un édifice religieux dont la construction remonte à l’année 170 après J.-C., durant la période romaine.
Les fouilles ont notamment porté sur les éléments de la place publique ainsi que sur une fontaine. Les archéologues ont également mis au jour plusieurs éléments architecturaux et décoratifs associés au temple, parmi lesquels des chapiteaux, des colonnes, des motifs géométriques et des fragments de statues.
Ces vestiges apportent des éléments supplémentaires sur l’organisation de l’espace monumental et public de Numluli durant la période romaine.
Le second secteur exploré correspond à une église construite au milieu du Ve siècle, durant la période vandale. Le complexe comprend notamment des espaces funéraires associés à des notables chrétiens, différentes pièces ainsi que des structures de délimitation.
Les fouilles ont également permis d’étudier des jarres funéraires et de grandes jarres installées verticalement, utilisées pour le stockage des provisions. Des pavements en mosaïque, présentés comme particulièrement remarquables, ont aussi été identifiés.
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L’ensemble de ces découvertes permet d’approfondir la connaissance de Numluli durant l’Antiquité tardive, en documentant à la fois ses espaces religieux et funéraires, mais aussi certains aspects de la vie quotidienne et des pratiques de stockage dans la cité.
La campagne s’inscrit ainsi dans le cadre de la coopération archéologique entre la Tunisie et l’Italie et contribue à la documentation scientifique et à la valorisation du patrimoine archéologique de la région de Béja.
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Le Festival international du cinéma de la femme et de la jeunesse, rendez-vous cinématographique emblématique de l’île de Djerba, revient cette année du 24 au 27 octobre 2026 avec une édition spéciale marquée par une riche programmation.
Djerba s’apprête ainsi à vibrer au rythme du 7e art durant cette manifestation incontournable de l’agenda culturel tunisien qui réunira cette année une sélection de 68 films en provenance de 12 pays, projetés dans le cadre de la compétition officielle ainsi qu’en séances hors compétition.
Pour cette édition 2026, l’Inde sera à l’honneur et une place de choix sera ainsi accordée au cinéma indien à travers une projection spéciale d’œuvres contemporaines et patrimoniales.
Fidèle à sa vocation de transmission et de formation, le festival proposera un programme parallèle dense, comptant desateliers pratiques et tables rondes ainsi que des hommages appuyés à des figures marquantes du cinéma.
Y. N.
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Les grandes applications enseignent l’anglais et l’espagnol. L’appli Dialect existe pour les langues qu’on hérite, celles que les grandes plateformes ignorent. Ahcène Bensalama est l’un des deux créateurs de Dialect, l’appli pour apprendre la langue de ses parents, celle qu’on parle vraiment à la maison. Le tunisien en fait partie, enregistré par une voix native.
«On l’a faite pour ceux qui ont grandi loin de la Tunisie et qui veulent parler le tunisien de leur famille. On apprend cinq minutes par jour, avec des cartes, des quiz et un parcours qui avance petit à petit», explique-t-il.
L’appli enseigne 19 langues d’origine, dont beaucoup sont absentes de Duolingo, Babbel et Rosetta Stone : les darija maghrébines, le kabyle, le wolof, le tamoul, etc.
Des voix 100 % natives sur 10 d’entre elles et une mémorisation par répétition espacée. Cinq minutes par jour suffisent pour l’apprentissage des bases, explique encore le jeune développeur.
Le tunisien, rappelons-le, est une langue sémitique (afro-asiatique), variété d’arabe maghrébin ; vocabulaire à substrat berbère (environ 8-9 % du lexique) et emprunts au français, à l’italien, au turc et à l’espagnol. Il est parlé par 11,5 millions de locuteurs dont 10 % en dehors de la Tunisie, correspondant à la diaspora. C’est à ces derniers essentiellement que Dialect s’adresse.
I. B.
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Originaire de Sers (Kef), née en 1964 à Makthar (Siliana), Amel Mokhtar est romancière et nouvelliste. Après des études universitaires, elle rejoint en 1985, le journalisme. Elle publie en 1993, son premier roman, «‘ala nakhabi al-hayat» (Toast à la vie) à Dar Al-Adab, à Beyrouth, suivi de «Al-korsi al-hazzaz» (La chaise à bascule), en 2003, roman censuré pour immoralité, puis finalement mis en distribution. Il révèle une écriture audacieuse, dénonçant les retors de la société, transgressant les interdits et les tabous. Son œuvre, qui compte d’autres romans, comme «Maestro», 2006 ou «La fumée du palais», 2013, ainsi que des recueils de nouvelles, est aujourd’hui largement reconnue et récompensée de différents prix et distinctions littéraires.
Traduite de l’arabe et présentée par Tahar Bekri
Je l’ai rencontré par hasard. Cela aurait pu être passager comme toute rencontre fortuite entre un homme et une femme qui se connaissent superficiellement. Sauf que le destin planifiait à sa manière et selon ses scénarios. Le destin fixa cet instant afin qu’il devienne le début d’une histoire d’une passion enflammée, puis un mariage réussi, selon les critères sociaux.
A cet instant exactement, quelqu’un m’appela au téléphone, me disant que cet homme était ton époux attendu. Peut-être m’en étais-je moquée, car j’ai cru que cela m’habitait à cause de ma mère qui insistait tout le temps et sans relâche, pour que je me dépêche de me marier, considérant qu’une fille qui dépasse la vingtaine, sans se marier est une vieille fille aux yeux de la société.
J’avais dépassé vingt-cinq ans mais je n’avais pas ressenti que j’étais une vieille fille, comme ils le disent. J’étais une fille joyeuse, allante, aimant la vie jusqu’à la folie. Le mariage n’était pas, quel que fût son prix, parmi mes objectifs. Mon premier objectif et le plus important était de réussir au travail, quant à mon second objectif, c’était de conserver au sein de l’institution du mariage, une passion folle. Je savais pertinemment que ce que je visais était parmi les équations difficiles, plutôt, impossibles dans la vie. Je considérais les expériences qui reconnaissaient la mort de la passion et de l’amour comme des expériences incomplètes ou bancales. Je m’assois sur le siège d’un spectateur roi qui a une haute confiance en lui-même et ses capacités. Je persistais alors sur le fait que je n’épouserais qu’un bel homme, de mon niveau culturel et de mes idées. Ainsi, nous échangerions une passion de légende. Après cela, il me sera possible de parier et de gagner le pari de conserver la flamme de la passion, entre moi et mon mari, jusqu’au dernier moment que durera notre mariage.
Quand le téléphone me chuchota que ce bel homme était mon époux attendu, j’ai cru que c’était une autre feinte du destin. Sauf que ce dernier, cette fois-ci, était sérieux, plutôt même, généreux envers moi et m’avait fourni tout ce que je désirais : me marier. J’ai épousé un bel homme cultivé, un artiste, je me suis mariée dans la fournaise d’une histoire vraie.
Au début du voyage-mariage, sur lequel ont passé dix ans, j’étais enthousiaste jusqu’à me vanter de mes hautes capacités, magiques, à vaincre, probablement, l’institution du mariage.
A chaque occasion et à chaque rencontre avec des amis, je me vantais et insistais sur ma réussite d’avoir conservé nos sentiments enflammés, même après le mariage. Tant que mon mari croyait en mon idée et se distinguait par sa mentalité ouverte et libre, il m’a aidée et m’aidera à gagner le pari afin que notre passion reste enfiévrée.
Puis les fatigues involontaires commencèrent. Je suis tombée enceinte, ce que nous attendions ardemment. Arrivèrent ainsi des fatigues que je ne m’imaginais absolument pas. Tout ce que nous entendons des autres passe sans signification, jusqu’à ce que nous le vivions par nous-mêmes et posions nos pieds sur la braise. A ce moment-là et c’est seulement à ce moment, que nous nous rappelons les expériences des autres et nous les comprenons.
Les fatigues de la grossesse changent le caractère, perturbent tous les sentiments clairs puis nous dépassons l’étape et nous fêtons le nouveau-né. Le mariage commence à étendre ses barreaux solides que nous avons pensés, au début, en or, J’avais cru, personnellement, que c’étaient des barreaux d’une passion enflammée qui ne s’éteindraient jamais.
Peu à peu, le cercle des barreaux gouverne et révèle que nous sommes de vrais prisonniers de l’institution du mariage qui bénéficie de ses propres lois très spécifiques et de ses jugements excessifs envers l’homme. Souvent, les époux plongent dans les échanges d’accusations, à cause du manque de conviction, de satisfaction du choix de l’autre ou du manque de parité et l’absence de sentiments de l’un envers l’autre. Mais dans la situation que je vis, où il n’y a pas de possibilité d’accrocher les erreurs sur le porte-manteau de l’autre, dans cette situation de parité et de passion, je me demande où se trouve la faille, après avoir reconnu à moi-même, d’abord, que j’ai perdu le pari et que, ce qui reste de notre passion enflammée, ce sont des sentiments silencieux et bridés, qui n’ont pas le moindre droit de s’exprimer devant l’encombrement des sujets et des dossiers ouverts à étudier et à discuter dans le partenariat du mariage!
Avec les jours et les années, le mariage, qu’au début, tous croient un havre d’amour, se transforme en un contrat d’une vraie société, au sens économique profond du terme. Nous réglons les problèmes d’un point de vue matériel, économique, lié à la balance économique, mondialiste. Nous discutons d’affaires diverses, et quand nous nous taisons un peu, il nous traverse l’esprit d’ouvrir les pages de notre histoire et de lire ensemble des extraits de poésie, comme nous le faisions au début de notre mariage, de voir un film au cinéma ou de pousser notre analyse de l’être humain. Nous découvrons soudain que nous sommes tous deux fatigués, nous réalisons ainsi, soudainement, que nous sommes épuisés, lui, se plaint d’un torticolis et moi, de maux de tête ou de dos. Nos regards se brisent et chacun de nous s’enfuit vers lui-même et se recroqueville sur ses vraies douleurs, c’est-à-dire, l’incapacité d’irriguer la plante fanée en son profondeur, reportant cela à demain, espérant d’autres circonstances plus souples pour une telle discussion, espérant un sentiment réel de puissance et de désir. Mais le lendemain ne sera pas meilleur, le tourbillon court et tourne d’une rapidité qui ne s’arrête pas et s’il s’arrête, c’est définitivement, pour la dernière scène d’adieu
Cette nuit, alors que nous nous préparons en silence pour fêter le dixième anniversaire de notre mariage, j’ai pensé proposer à mon mari la séparation, afin que chacun de nous retrouve sa liberté humaine. Au dîner, je lui ai dit : «J’ai une proposition à l’occasion de cet heureux anniversaire», il sourit et dit : «Moi aussi, j’ai une proposition». La curiosité m’a incité à connaître sa proposition avant de présenter la mienne. Il insista pour m’entendre la première. Notre entêtement finit par reporter cela à demain. J’étais persuadée qu’il allait me proposer la même proposition à laquelle j’ai pensée
Au lit, pendant que j’étais entre sommeil et éveil, j’ai essayé pour la dernière fois de le pousser à avouer sa proposition. Sa voix enfouie dans le sommeil me parvint : «Demain, je te dirai tout».
Remerciements à l’auteure.
Copyright Tahar Bekri pour la traduction.
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Vient de paraître aux éditions Arcadia, à Tunis, ‘‘La genèse de la création de la Banque centrale de Tunisie et du dinar – Le rôle de la France et du FMI’’, de l’économiste Sadok Rouai, qui revient sur une période déterminante de l’histoire financière de la Tunisie : la création de la BCT et de la monnaie nationale.
L’auteur propose une relecture de ce qui a souvent été résumé à la «bataille du dinar», en s’intéressant aux négociations complexes qui ont accompagné la construction de la souveraineté monétaire tunisienne. Il met notamment en lumière les pressions exercées par la France ainsi que le soutien technique apporté par le Fonds monétaire international (FMI) dans la mise en place des réformes monétaires.
Fondé sur des archives et des reconstitutions financières, l’ouvrage entend renouveler la lecture des origines du dinar tunisien et de la BCT, en montrant une souveraineté monétaire construite progressivement, dans un contexte de contraintes et de négociations.
Économiste, diplômé de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université de Tunis et titulaire d’un Diplôme d’études supérieures bancaires de l’Institut technique de banques à Paris, Sadok Rouai a débuté sa carrière à la BCT, où il a notamment travaillé aux départements des études, des relations internationales et de la supervision bancaire.
En 1987, il rejoint le FMI, où il exercera pendant plus de trois décennies comme conseiller principal auprès d’un administrateur.
Avec ce nouveau livre, l’auteur met ainsi son expérience des institutions financières tunisiennes et internationales au service d’une plongée dans les origines de la souveraineté monétaire de la Tunisie.
Djamal Guettala
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Entrelaçant archives familiales, roman épistolaire et chronique urbaine, le nouvel ouvrage bilingue ‘‘Le vent du Sirocco / Vento di Scirocco’’ d’Alfonso Campisi (professeur à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Manouba), éclaire un chapitre méconnu de l’histoire tuniso-italienne, une sorte de mémoire retrouvée de la Médina de Tunis à travers le vécu d’une italienne de de Tunisie.
Il est des récits où l’histoire intime rencontre la grande Histoire. C’est le pari réussi de l’universitaire et essayiste Alfonso Campisi dans son nouvel ouvrage bilingue (français-italien), ‘‘Le vent du Sirocco / Vento di Scirocco’’, publié aux éditions Hkeyet. Une immersion historique et un éclairage précieux sur la Tunisie cosmopolite de la première moitié du XXe siècle.
Au centre de cette sorte de roman épistolaire se dresse une figure féminine d’exception : Lucia Campisi, arrière-grand-tante de l’auteur. Installée dès 1908, au 98 rue Bab Souika, elle s’impose comme l’une des premières femmes pharmaciens de Tunisie, bravant les conventions de son époque pour mettre son savoir au service de la collectivité.
Une chronique vibrante de Tunis depuis 1900. Au fil des lettres, l’ouvrage dépasse la simple biographie pour offrir un portrait saisissant de Tunis au début du XXᵉ siècle. Le quartier de Bab Souika y est dépeint avec finesse et nostalgie : un territoire haut en couleur où la vie quotidienne réunissait Tunisiens musulmans et juifs, Siciliens, Italiens et Français dans un vivre-ensemble authentique.
L’officine de Lucia Campisi n’était pas seulement un lieu de soins, mais un véritable lieu de vie, témoin privilégié des mutations sociales, sanitaires et politiques de la Régence de Tunis au gré des décennies.
En ouvrant son officine au n° 98 de la rue Bab Souika, Lucia fait le pari de la proximité. Tenant à distance les intrigues politiques de l’époque, elle s’impose par son professionnalisme, son humanité et sa maîtrise des langues, et fait de sa pharmacie un lieu d’entraide entre Tunisiens, Siciliens, Maltais et Grecs.
À travers cette figure d’exception, Alfonso Campisi retrace l’émancipation d’une femme en avance sur son temps et rend hommage à la communauté sicilienne de Tunisie, à son intégration et à sa fidélité envers une terre que Lucia n’a plus jamais quittée.
L’auteur présentera son livre et assurera une séance de dédicace le dimanche 11 octobre à 17h à Dar El Jeld, dans la médina de Tunis.
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La troisième édition d’ArtiCrea, salon professionnel dédié à l’artisanat d’art et au design tunisiens, se tient du 5 au 11 octobre 2026 au Palais des expositions du Kram, à Tunis, avec la participation de plus de 150 entreprises artisanales. Le programme prévoit des rencontres professionnelles et des ateliers sur les tendances, l’accès aux marchés étrangers, le commerce électronique et la protection des créations.
Organisée par l’Office national de l’artisanat tunisien (Onat), en collaboration avec la Société des foires internationales de Tunis et la Fédération nationale de l’artisanat, la manifestation vise à renforcer les liens entre producteurs, designers, importateurs et acheteurs tunisiens et étrangers, ainsi qu’à ouvrir de nouveaux canaux de commercialisation et d’exportation. L’objectif, expliquent les organisateurs, est de transformer la valeur culturelle traditionnelle de l’artisanat tunisien en une valeur économique accrue.
Le programme d’ArtiCrea comprend des rencontres professionnelles et des ateliers portant sur le design, l’innovation, les tendances, les procédures d’exportation, l’accès aux marchés étrangers, le commerce électronique ainsi que la protection des dessins, modèles et marques. L’accent est ainsi mis, au-delà de la simple exposition des produits, sur la capacité des entreprises artisanales à être compétitives sur les marchés internationaux.
L’artisanat représente encore une part relativement modeste des exportations tunisiennes, mais offre des marges de croissance particulièrement importantes. En 2025, les exportations du secteur ont atteint environ 160 millions de dinars, contribuant à hauteur d’environ 2 % aux exportations totales du pays.
Selon l’Onat, le secteur compte quelque 2 500 entreprises, dont 650 exportatrices, et emploie directement des centaines de milliers d’artisans.
La répartition géographique des ventes révèle toutefois une particularité qui le distingue des exportations manufacturières tunisiennes dans leur ensemble. Si les États-Unis constituent l’un des principaux marchés pour l’artisanat tunisien, l’Europe demeure, globalement, la principale zone de destination. La diversification géographique figure donc parmi les priorités de l’Onat, notamment à travers la participation à des salons internationaux et la recherche de nouveaux débouchés en Afrique ainsi que sur d’autres marchés extra-européens. Le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sofiane Tekaya, avait déjà souligné, en 2025, la nécessité de conquérir de nouveaux marchés africains.
Le potentiel de développement apparaît particulièrement significatif si l’on considère le poids de l’artisanat dans l’économie tunisienne. Ce secteur contribue à hauteur de 4 à 5 % environ au produit intérieur brut et génère chaque année des milliers d’emplois, tout en étant fortement implanté dans les régions de l’intérieur.
La Tunisie considère ainsi l’artisanat non seulement comme une filière culturelle et touristique, mais aussi comme un levier de développement régional et d’inclusion économique.
Pour 2026, les autorités ont fixé un objectif particulièrement ambitieux : porter les recettes d’exportation de l’artisanat à 500 millions de dinars, soit plus de trois fois la valeur atteinte en 2025. Il s’agit d’un objectif qui reste à réaliser mais qui met en évidence l’ampleur du pari fait sur l’internationalisation du secteur. Les premiers signes pour 2026 sont toutefois positifs. Le programme national «Easy Export» a été renforcé ; il permet aux artisans, aux microentreprises, aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux start-ups d’utiliser le réseau postal pour leurs expéditions internationales. Le Fonds de promotion des exportations (Foprodex) prend en charge 50 % des frais de transport des colis destinés à l’étranger.
Le programme entre dans une phase d’expansion territoriale : selon le directeur général de la Poste tunisienne, Yassine Friâa, le système a démarré avec 11 guichets uniques et a déjà permis l’adhésion de 71 entreprises, avec plus de 6 000 colis expédiés. L’objectif est d’étendre le service à toutes les régions d’ici l’année prochaine.
La directrice générale de l’Onat, Leila Msellati, a par ailleurs souligné que «la valeur officielle des exportations ne reflète pas entièrement la capacité commerciale réelle du secteur, car une partie des produits artisanaux atteint les marchés étrangers via des canaux qui ne sont pas pleinement pris en compte par les statistiques». Selon Mme Msellati, le renforcement de l’accompagnement et des incitations à l’exportation «peut donc générer un effet multiplicateur significatif».
C’est précisément sur cet écart entre le potentiel et les exportations enregistrées que se concentre la stratégie d’internationalisation soutenue par la coopération européenne, et notamment italienne. Le projet «Creative Tunisia», financé par l’Union européenne (UE) et l’Agence italienne de coopération au développement (AICS) et mis en œuvre par l’Onudi en partenariat avec l’Onat entre 2019 et 2026, a soutenu 17 groupements économiques, accompagné plus de 2 000 artisans, aidé 200 entreprises artisanales à accéder aux marchés internationaux, développé 350 nouvelles collections et ouvert dix nouveaux marchés étrangers.
Le projet a misé avant tout sur le passage d’une production traditionnelle à des produits capables de rivaliser sur le marché international grâce au design, à l’innovation, à la qualité et à l’organisation des filières.
La directrice générale de l’Onat a souligné que, «malgré la demande internationale pour les produits artisanaux tunisiens, il reste nécessaire de renforcer les chaînes de valeur : une étape décisive pour transformer la notoriété du produit en exportations structurelles».
L’Onat renforce la présence des produits tunisiens dans les salons internationaux. Après avoir participé à la Foire de Marseille, qui s’est achevée aujourd’hui, l’organisme a annoncé sa participation à Artigiano in Fiera à Milan, du 5 au 13 décembre, ainsi qu’au salon Ambiente en Allemagne en janvier 2027, dans le cadre de sa stratégie de promotion de l’artisanat sur les marchés d’exportation.
ArtiCrea 2026 marque ainsi une phase de transition pour le secteur, passant du statut de vitrine du patrimoine tunisien à celui de plateforme commerciale et créative. La présence d’acheteurs et d’importateurs étrangers, l’intégration du design et le recours au numérique témoignent d’une volonté de façonner un artisanat tunisien plus identifiable et compétitif, capable de s’insérer dans les chaînes de valeur internationales.
Pour la Tunisie, l’enjeu consiste désormais à transformer ce patrimoine de savoir-faire et d’identités territoriales en une augmentation structurelle des exportations. Dans une économie où plus de sept exportations sur dix sont destinées à l’Europe, le renforcement des filières artisanales peut constituer un levier de diversification des exportations, de développement régional et de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.
Avec Agencia Nova.
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Le musicien espagnol Dani de Morón, l’un des guitaristes flamencos les plus reconnus et influents de sa génération, donnera un concert le samedi 10 octobre 2026, à 15h00, au Théâtre des Jeunes Créateurs, à la Cité de la culture de Tunis, et ce dans le cadre des Journées musicales de Carthage, qui se tiennent du 3 au 10 octobre, véritable espace de rencontre entre les scènes musicales tunisienne, méditerranéenne, arabe, africaine et européenne.
Originaire de Morón de la Frontera, l’un des hauts lieux de la tradition de la guitare flamenca, Dani de Morón s’est formé dans l’entourage de la grande maîtresse du baile Matilde Coral. Il a depuis développé une remarquable carrière aux côtés de grandes figures du flamenco telles que José Mercé, Antonio Canales, Concha Buika et Patricia Guerrero, et a notamment accompagné Paco de Lucía lors de sa tournée Cositas Buenas, une expérience qui a contribué à renforcer sa projection internationale.
Lauréat de deux Giraldillos de la Bienal de Flamenco de Sevilla et nommé aux Latin Grammy Awards 2018 dans la catégorie «Meilleur album de flamenco», Dani de Morón développe un langage musical personnel, à la croisée de la tradition flamenca, du jazz et des musiques du monde.
Son concert à Tunis sera l’occasion de découvrir une guitare flamenca à la fois profondément enracinée dans sa tradition et ouverte à de nouveaux horizons musicaux.
Ce concert, organisé avec le soutien de l’ambassade d’Espagne et de la délégation de l’Union européenne en Tunisie, vise à renforcer les échanges culturels et les liens entre les scènes européennes et tunisiennes.
I. B.
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La collection «Tunisie plurielle» des Éditions Santillana sera présentée jeudi 8 octobre 2026 à la Librairie de La Friche, au 41 rue Jobin, 13003 Marseille, par son directeur, Habib Kazdaghli, professeur, ancien doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de La Manouba à Tunis.
La collection part d’un constat : la transmission de l’histoire d’une société se réduit souvent au récit national, avec une représentation linéaire construite autour des victoires et du parcours du groupe social dominant. Dans cette lecture, les autres composantes de la société peuvent se retrouver reléguées à la marge, voire effacées du récit collectif.
«Tunisie plurielle» entend précisément contribuer à faire perdurer les traces des communautés et des minorités ethniques et religieuses qui ont vécu en Tunisie. La démarche vise à restituer des mémoires multiples et à donner à voir une histoire moins uniforme du pays.
Cette volonté de faire émerger d’autres mémoires prend également une dimension méditerranéenne. De part et d’autre de la «grande bleue», les questions d’identité, de mémoire et de représentation de l’Autre continuent de nourrir les débats. La collection s’inscrit ainsi dans un travail de restitution des mémoires des différentes populations qui ont convergé vers la Tunisie et contribué à la richesse de son histoire.
Habib Kazdaghli sera à Marseille pour présenter les différents ouvrages publiés sous sa direction par les Éditions Santillana, ouvrages consacrés notamment aux communautés ayant vécu en Tunisie au cours des deux derniers siècles et marqué son histoire contemporaine : juifs, italiens, grecs, espagnols, algériens…
Avant cette rencontre, il sera également l’invité de Radio Galère de 16h à 17h, pour une émission consacrée à la collection et aux questions de mémoire et d’histoire qu’elle soulève.
Djamal Guettala
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Lorsqu’un Tunisien parle aujourd’hui dans la rue, dans un café, dans une famille ou dans un marché, il ne prononce pas seulement des mots destinés à communiquer. Il fait résonner, souvent sans le savoir, plusieurs millénaires d’histoire. Chaque phrase du dialecte tunisien porte des traces anciennes, parfois discrètes, d’une terre qui n’a jamais été isolée du monde. La Tunisie actuelle, souvent présentée à travers sa langue arabe dominante, est en réalité le résultat d’une longue rencontre entre plusieurs civilisations, plusieurs peuples et plusieurs systèmes linguistiques. La langue du quotidien est un musée vivant de l’histoire nationale.
Zouhaïr Ben Amor *

Le dialecte tunisien, appelé communément «derja», n’est pas une simple variante populaire de l’arabe. Il est une construction historique complexe où se croisent les héritages amazighs, puniques, latins, byzantins, arabes, ottomans, andalous et méditerranéens. Il représente une mémoire collective qui a survécu aux changements politiques, aux conquêtes et aux transformations sociales.
L’histoire linguistique de la Tunisie montre que les langues ne disparaissent jamais complètement. Même lorsqu’une langue cesse d’être utilisée comme langue officielle ou administrative, elle peut continuer à vivre dans les habitudes, les noms de lieux, les expressions populaires, les sons et les structures grammaticales. Comme le rappelle Ferguson (1959) dans ses travaux sur la diglossie, les sociétés plurilingues conservent souvent plusieurs niveaux linguistiques qui coexistent et se transforment au fil du temps.
Ainsi, considérer le dialecte tunisien uniquement comme une forme simplifiée de l’arabe serait ignorer toute la profondeur historique qui l’a façonné. La derja tunisienne est plutôt une archive orale, un patrimoine vivant qui témoigne du passage des civilisations sur cette terre située au cœur de la Méditerranée.
Avant l’arrivée des Phéniciens et la fondation de Carthage, l’espace tunisien était principalement habité par des populations amazighes. Ces populations ont laissé une empreinte profonde dans la culture, la toponymie et probablement dans certaines caractéristiques linguistiques du parler tunisien.
Même si l’arabe tunisien appartient à la famille des dialectes arabes maghrébins, il conserve des influences provenant des langues amazighes. Ces influences apparaissent notamment dans certains noms de lieux, dans des termes liés à l’environnement naturel, à l’agriculture ou à la vie quotidienne. Plusieurs chercheurs ont montré que le contact prolongé entre l’arabe et les langues amazighes au Maghreb a produit des formes hybrides où les deux traditions linguistiques se rencontrent (Chaker, 1995).
La présence amazighe est particulièrement visible dans certaines régions montagneuses ou rurales où des communautés ont conservé jusqu’à une période récente des variétés berbères. Mais son influence dépasse largement ces zones. L’histoire linguistique fonctionne rarement comme une séparation nette entre des langues différentes ; elle fonctionne plutôt comme une circulation permanente.
Ainsi, certains sons, certaines constructions ou certains mots du parler tunisien peuvent être compris comme les traces d’une ancienne Tunisie amazighe. Cette dimension rappelle que l’identité tunisienne ne commence pas avec une période historique précise. Elle est le résultat d’une accumulation de couches successives.
Le dialecte tunisien est donc comme un paysage archéologique : sous la surface visible de la langue arabe contemporaine existent des strates plus anciennes qui continuent à influencer la manière de parler, de nommer et de penser.
La civilisation carthaginoise constitue certainement l’un des héritages les plus importants de l’histoire tunisienne. Fondée par les Phéniciens à partir du IXe siècle avant notre ère, Carthage a développé une civilisation brillante dont la langue principale était le punique, une évolution du phénicien.
Pendant plusieurs siècles, le punique fut une langue majeure en Afrique du Nord. Après la destruction politique de Carthage par Rome en 146 avant J.-C., cette langue n’a pas disparu immédiatement. Elle a continué à être utilisée pendant plusieurs siècles dans certaines régions, comme l’attestent plusieurs inscriptions découvertes en Afrique du Nord.
L’historien Augustin d’Hippone, originaire de l’actuelle Algérie mais profondément lié au monde nord-africain antique, mentionne encore l’existence de populations parlant une langue punique à son époque. Cela montre la remarquable continuité culturelle de cette civilisation.
Aujourd’hui, il est difficile de mesurer exactement l’influence du punique sur le dialecte tunisien moderne. Cependant, plusieurs spécialistes considèrent que certains éléments lexicaux anciens ont pu survivre ou influencer les langues parlées ultérieurement dans la région. Les contacts entre langues sur plusieurs siècles laissent souvent des traces difficiles à identifier mais bien réelles.
Le Tunisien contemporain qui utilise certains mots hérités du terroir ou certaines expressions anciennes participe donc indirectement à une histoire qui remonte parfois jusqu’à Carthage. La langue quotidienne devient alors un lien invisible entre le présent et une civilisation vieille de plus de deux mille ans.
Après la chute de Carthage, la Tunisie devient une province majeure de l’Empire romain. L’Afrique romaine devient alors l’une des régions les plus prospères du monde antique. Des villes comme Carthage, Dougga, El Jem ou Bulla Regia témoignent encore aujourd’hui de cette période exceptionnelle.
La langue administrative et culturelle dominante devient progressivement le latin. L’Afrique romaine produit même certains des plus grands auteurs latins de l’Antiquité, comme Tertullien, Cyprien ou Augustin.
Mais le latin d’Afrique n’était pas exactement identique au latin de Rome. Il s’agissait d’une variété régionale appelée souvent latin africain. Cette langue a coexisté avec d’autres langues locales et a participé à la formation du paysage culturel nord-africain.
Après l’arrivée progressive de l’arabe au VIIe siècle, le latin africain a disparu comme langue parlée. Toutefois, son influence culturelle et certains éléments lexicaux ont pu persister dans les langues locales. Les contacts entre latin, amazigh et arabe ont créé un espace linguistique complexe.
Cette période rappelle une réalité fondamentale : une langue ne disparaît pas brutalement. Elle peut perdre son statut officiel tout en laissant des traces dans les langues qui lui succèdent. Le dialecte tunisien actuel est ainsi le résultat d’une longue transformation où chaque époque a déposé une partie de son héritage.
La période byzantine, qui succède à la domination romaine en Afrique du Nord, apporte également son influence. L’Empire byzantin utilise largement le grec comme langue culturelle et administrative, particulièrement dans ses régions orientales.
La présence grecque en Tunisie remonte cependant à des périodes encore plus anciennes, grâce aux échanges commerciaux méditerranéens. La Tunisie a toujours été un carrefour où circulaient marchandises, idées et langues.
Même si l’influence grecque directe sur le dialecte tunisien actuel reste limitée par rapport à l’arabe, au français ou à l’italien, elle fait partie de cette mémoire méditerranéenne qui caractérise l’identité tunisienne.
La Tunisie n’a jamais été une frontière fermée. Elle a toujours été un espace de rencontre entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Cette position géographique explique pourquoi sa langue quotidienne possède cette richesse particulière.
L’arrivée de l’islam et de la langue arabe à partir du VIIe siècle transforme profondément le paysage linguistique tunisien. L’arabe devient progressivement la langue religieuse, administrative puis culturelle dominante.
Cependant, l’arabisation de la Tunisie n’a pas effacé instantanément les langues précédentes. Elle s’est faite par un long processus d’interaction. L’arabe tunisien n’est donc pas simplement un prolongement d’une langue venue d’ailleurs ; il est une forme locale de l’arabe, construite par des siècles de contacts avec les populations et les cultures qui existaient auparavant.
C’est précisément cette caractéristique qui fait sa singularité. L’arabe parlé en Tunisie possède une musicalité, un vocabulaire et des expressions propres. Il n’est pas identique à l’arabe parlé dans d’autres pays. Il reflète l’histoire particulière d’un territoire.
Le dialecte tunisien contient des mots provenant du français, de l’italien, du turc ottoman et de plusieurs autres influences plus anciennes. Cette capacité d’intégration n’est pas une faiblesse linguistique ; elle est au contraire la preuve d’une grande vitalité.
Une langue vivante est une langue qui accepte les rencontres. Elle évolue parce qu’elle dialogue avec le monde.
Aujourd’hui, la question du dialecte tunisien dépasse largement la simple question linguistique. Elle touche à la mémoire collective et à la manière dont une société raconte son histoire.
Préserver la derja ne signifie pas opposer l’arabe tunisien à l’arabe classique ou aux autres langues. Il s’agit plutôt de reconnaître que chaque niveau linguistique possède une fonction et une valeur culturelle. L’arabe classique demeure une langue majeure du patrimoine religieux et intellectuel, tandis que le dialecte tunisien représente la parole quotidienne, l’humour, les chansons populaires, les proverbes, les histoires familiales et la mémoire sociale.
Une identité nationale ne se construit jamais autour d’une seule origine. Elle se construit autour d’un ensemble d’héritages accumulés. La Tunisie est amazighe par ses premières populations, punique par Carthage, latine par Rome, méditerranéenne par ses échanges, arabe et musulmane par son histoire récente, et ouverte sur le monde par sa position géographique.
Le dialecte tunisien est peut-être l’espace où toutes ces dimensions se rencontrent le plus naturellement. Il est la langue du peuple, celle qui a conservé des fragments de chaque époque.
Comme l’explique Bourdieu (1982), la langue n’est jamais seulement un outil de communication ; elle est aussi un espace de pouvoir, de représentation et d’identité sociale. La manière dont une société considère sa langue quotidienne révèle souvent la manière dont elle considère sa propre histoire.
Reconnaître la richesse du dialecte tunisien revient donc à reconnaître la profondeur historique du peuple tunisien.
La Tunisie contemporaine possède une chance exceptionnelle : celle d’avoir une identité construite par la rencontre. Dans un monde où certaines sociétés cherchent parfois à réduire leur histoire à une seule origine, l’expérience tunisienne rappelle que la richesse vient souvent du mélange.
Le dialecte tunisien est le témoin sonore de cette aventure humaine. Dans une conversation ordinaire, dans une plaisanterie, dans une chanson ou dans une expression populaire, il continue à faire vivre des milliers d’années de rencontres.
Il ne s’agit pas de transformer la langue en objet figé dans un musée. Une langue vivante doit continuer à évoluer. Mais il est nécessaire de prendre conscience de sa valeur patrimoniale et de transmettre cette conscience aux générations futures.
La derja tunisienne pourrait ainsi être considérée comme une véritable mémoire nationale : une langue qui raconte les Amazighs anciens, les navigateurs phéniciens, les cités romaines, les influences byzantines, les siècles arabes et toutes les rencontres méditerranéennes.
Elle est une preuve que l’histoire n’est pas seulement écrite dans les monuments ou les livres. Elle est aussi cachée dans les mots que nous prononçons chaque jour.
* Universitaire.
Bibliographie
Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire : l’économie des échanges linguistiques. Paris : Fayard.
Chaker, S. (1995). Linguistique berbère : études de syntaxe et de diachronie. Paris : Peeters.
Ferguson, C. A. (1959). Diglossia. Word, 15(2), 325-340.
Marçais, W. (1938). Les parlers arabes. Paris : Imprimerie nationale.
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La réalisatrice tunisienne Amel Guellaty présentera ‘‘D’où vient le vent ?’’, son premier long métrage sorti cette année, le 9 octobre 2026 à Toulon. Le film figure parmi les onze projections de la première édition d’Africanides, Festival de cinéma, arts et cultures afro-caribéennes, organisée du 8 au 11 octobre au Pathé Toulon. La programmation réunit des œuvres d’Afrique, du monde arabe, des Caraïbes et de leurs diasporas.
‘‘D’où vient le vent ?’’ suit Alyssa et Mehdi, deux jeunes Tunisiens qui prennent la route à bord d’une vieille voiture pour échapper, chacun à sa manière, aux obligations qui pèsent sur eux. Le voyage se transforme en quête de liberté et d’identité, sur fond de pressions sociales.
La sélection passe par plusieurs territoires et générations de cinéastes. ‘‘Fanon’’, de Jean-Claude Barny, revient sur le parcours de Frantz Fanon à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en 1953. ‘‘Dao’’, d’Alain Gomis, suit une famille entre Paris et la Guinée-Bissau autour des questions de transmission et d’exil. Avec ‘‘Cotton Queen’’, la réalisatrice russo-soudanaise Suzannah Mirghani explore l’identité, la condition des femmes et les rapports sociaux au Soudan.
Les Caraïbes sont également présentes avec ‘‘Zion’’, de Nelson Foix, situé en Guadeloupe, tandis que ‘‘Soumsoum, la nuit des astres’’, de Mahamat-Saleh Haroun, conduit au Tchad sur les traces d’une femme exilée confrontée aux tensions de son village.
La programmation associe aux projections plusieurs rencontres consacrées au cinéma et aux réalités sociales : crimes de haine en Afrique du Sud, représentation de la misère sociale, homosexualité dans le cinéma africain ou encore afrofuturisme. Trois masterclass sont consacrées aux rapports entre cinéma, récit et représentation, avec notamment Jean-Pierre Bekolo et Firmine Richard.
Comédienne de cinéma et de théâtre, Firmine Richard est la marraine et invitée d’honneur d’Africanides. Sa carrière, commencée au cinéma à la fin des années 1980, l’a conduite de ‘‘Romuald et Juliette’’ à ‘‘8 Femmes’’, en passant par ‘‘La Première Étoile’’ et de nombreux rôles au théâtre et à la télévision.
Une masterclass lui est consacrée samedi 10 octobre à 11h autour de la place de la diversité dans le cinéma.
Le festival s’ouvre jeudi 8 octobre avec Le ‘‘Goût du vin de palme’’, de Jean-Pierre Bekolo, après une masterclass consacrée aux «bobines africaines de Charles Pathé». Le lendemain, Jean-Pierre Bekolo reviendra sur les manières de raconter l’Afrique à travers le cinéma.
Samedi, ‘‘Aya de Yopougon’’, adaptation de la bande dessinée de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, côtoiera ‘‘Zion et Soumsoum, la nuit des astres’’. La journée se prolongera par le gala prévu à 20h au Live Toulon – Zénith.
Dimanche 11 octobre, la programmation se poursuivra avec une masterclass sur l’afrofuturisme, suivie notamment de ‘‘Furcy né libre’’, d’Abd Al Malik, ‘‘Toutes les couleurs du monde’’, de Babatunde Apalowo, et ‘‘Cotton Queen’’, de Suzannah Mirghani.
Le festival associe aux séances de cinéma des conférences, débats, expositions, un salon du livre afro-caribéen, des concerts, de la danse, des défilés, ainsi qu’un village réunissant des associations culturelles.
Djamal Guettala
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Née en 1955 à Soliman, Tunisie, Amel Ladhibi Bent Chadhly, dite Ismahen Khan est poète et nouvelliste.
Professeur de langue et de littérature française, elle publie ses poèmes sur les réseaux sociaux, fait actuellement des recherches sur la poésie japonaise.
Depuis quarante ans, elle écrit, vers, proses et haïkus. Certains de ses textes ont paru dans des recueils collectifs ou des anthologies, comme Gyoshis, avec Taro Alzo ou Haiku Column University.
Tahar Bekri
Terre
Je suis son rivage ultime
Il est mon sol absolu
L’eau iodée
Nos refrains tressent
Nos corps en transe
Nous émergeons
Des vagues de sable
Le feu
Nous nous consumons
Nous déversons nos cendres
Au bord des récifs de corail
Nous sommes feu et flammes éphémères
L’air
Une brise printanière
Parfume nos années
Ses effluves montent en moi
Le poème notre printemps infini
Lumière
Récifs coralliens
Nous méditons
Lune plénière et éclats de lumière
L’homme
Nos cœurs
Infatigables habitacles
D’une passion infinie
Nos corps éphémères
Racontent notre histoire
A fleur de peau
Nos balades aux voûtes
Des ruelles de nos frémissements
Tremblent à chaque tournant
Le poème
Le poème m’habite
Lui mon sol absolu
Et moi sa terre choisie
Le poème nous habite
Nous sommes les fantômes de nos jours
Nous avançons
Sur le fil de l’horizon
Nous inscrivons
Avec des lettres de lumière
Nos initiales
Nos refrains
12/7/2023
(Remerciements à l’auteur)
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L’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC) informe que l’accès aux sites, monuments et musées ouverts et dépendant de l’Agence de mise en valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle sera gratuit ce dimanche le 04 octobre 2026.
L’AMVPPC rappelle que les Tunisiens ainsi que les personnes étrangères résidentes en Tunisie sur présentation de la carte d’identité nationale ou de la carte de séjour bénéficient de la gratuité d’entrée durant les jours suivants :
Le premier dimanche de chaque mois,
Le 18 avril : Journée internationale des sites et monuments,
Le 18 mai : Journée internationale des musées
Les jours fériés.
Liste des musées, des sites archéologiques et des monuments historiques ouverts
« Profitez de cette occasion pour découvrir la richesse patrimoniale de la Tunisie et visitez les musées, sites et monuments », commente l’AMVPPC
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