7 octobre 2023 : un cessez-le-feu inachevé, une paix éloignée
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Affinity Partners, société de capital-investissement de Jared Kushner -financier et gendre du président américain Donald Trump- est le principal actionnaire dans Phoenix Financial, une entreprise financière israélienne investissant massivement dans plusieurs secteurs de l’industrie militaire israélienne. En même temps, M. Kushner agissait comme émissaire et négociateur officieux pour le plan de paix à Gaza de son gendre le président Donald Trump.
Imed Bahri
C’est ce qu’a révélé une enquête de Allegra Goodwin, Katie Polglase et Majlie de Puy Kamp publiée par CNN le 1er octobre 2026, soulignant un conflit d’intérêts concernant le gendre de Trump, et son rôle de négociateur pour la paix à Gaza.
En effet, Kushner est le négociateur clé concernant le conflit à Gaza et en même temps, sa société de capital-investissement Affinity Partners détient une participation majoritaire dans une entreprise israélienne basée à Tel Aviv Phoenix Financial qui investit dans l’industrie militaire israélienne et qui fournit des armes et des équipements (dont des drones et engins de démolition) à l’armée israélienne notamment dans la guerre de Gaza.
Ce qui est également révélé par CNN c’est que Kushner a échappé à tout examen minutieux de ce potentiel conflit d’intérêts en opérant en tant qu’envoyé bénévole, plutôt qu’en acceptant un poste gouvernemental qui aurait exigé la divulgation de sa situation financière. Il s’est ainsi assuré un double rôle inédit au sein de l’administration Trump conjuguant activités commerciales lucratives et politique très sensible en pleine guerre dévastatrice.
CNN s’est appuyé sur la législation israélienne en matière de transparence financière pour retracer certains investissements de Phoenix Financial, une société basée à Tel-Aviv dont le groupe d’investissement de Kushner a doublé la participation l’année dernière, peu avant le retour de Trump à la Maison-Blanche. Kushner a par la suite qualifié Phoenix Financial de «meilleur investissement» pour Affinity.
Ces registres —qui ne couvrent qu’une infime partie des actifs de Phoenix— révèlent que la société a investi des centaines de millions de dollars dans Elbit Systems, le principal fournisseur d’armement en Israël. Selon l’enquête de CNN, Phoenix détient également des parts dans au moins huit autres entreprises fournissant à l’armée israélienne des équipements allant des drones aux navires de guerre, en passant par des engins de démolition.
L’enquête a révélé que la valeur des actions de ces neuf entreprises a connu une forte croissance l’année dernière, plusieurs d’entre elles indiquant que la guerre à Gaza avait stimulé la demande pour leurs services et leurs activités.
Bien qu’Affinity Partners ne détienne pas de parts directes dans ces sociétés, elle réalisera des bénéfices considérables à mesure que Phoenix engrangera elle-même des profits.
Depuis le printemps 2025, Kushner s’est imposé comme une voix influente dans la politique américaine au Moyen-Orient. Il a conseillé Trump, a voyagé à travers le monde pour négocier avec des dirigeants —dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu— et a même dévoilé des plans visant à reconstruire la bande de Gaza pour en faire un pôle touristique mondial. Kushner a joué un rôle dans l’accord de cessez-le-feu conclu l’année dernière à Gaza, bien que les raids israéliens contre la population n’aient pas cessé depuis lors.
Si l’enquête de CNN n’a trouvé aucune preuve indiquant que les actions de Kushner en tant que diplomate aient directement influencé les investissements examinés, sa société a réalisé d’importants gains grâce à son investissement dans Phoenix. Elle a vendu un quart de sa participation en juillet pour plus de 340 millions de dollars, soit un rendement supérieur à cinq fois le prix d’achat initial des actions.
Affinity, société détenue en totalité par Kushner, demeure le principal actionnaire de Phoenix avec une participation de 7,4% qui est évaluée à plus d’un milliard de dollars en juillet.
Kushner a évoqué ouvertement ses investissements et son rôle de médiateur de paix, estimant que le profit financier constitue la meilleure voie vers une paix durable.
«Lorsque l’on réunit un Arabe et un Israélien, la première chose dont ils discutent, ce sont les opportunités commerciales. Ils oublient tout le reste et réalisent alors qu’ils ont beaucoup de points communs», a déclaré Kushner dans l’émission No Priors en septembre dernier. Il a ajouté: «Les investisseurs du Moyen-Orient regardent désormais Israël en se disant: Attendez une minute, peut-être y a-t-il un intérêt à mener ces guerres !». Difficile d’être plus cynique quand on mélange business et guerre !
Toutefois, les critiques soulignent que les liens financiers de Kushner, conjugués à son rôle officieux de représentant influent de la Maison-Blanche dans une région déchirée par la guerre, soulèvent des questions quant à savoir s’il agit dans l’intérêt des contribuables ou dans son propre intérêt.
Cynthia Brown, conseillère principale en éthique auprès de l’organisation Citizens for Responsibility and Ethics (Citoyens pour la responsabilité et l’éthique) à Washington, a déclaré : «Il y a toujours des personnes qui tirent profit de la guerre ou des politiques gouvernementales, la différence est que les bénéficiaires ne devraient pas être ceux qui prennent les décisions nécessaires à l’élaboration de ces politiques or c’est précisément ce qui se passe ici !».
S’adressant à CNN, l’avocat de Kushner a affirmé que son client «n’a jamais participé aux décisions de la société d’investissement Phoenix ni ne les a orientées», ajoutant qu’il «n’a joué aucun rôle dans la décision d’acheter, de conserver ou de vendre l’une des neuf entreprises mises en lumière par CNN et qu’il n’a jamais siégé au conseil d’administration de Phoenix Financial. Toute insinuation selon laquelle le travail diplomatique de Jared aurait influencé les investissements de Phoenix dans les entreprises que vous avez mentionnées, ou inversement, est erronée».
Toutefois, Kushner a déclaré au magazine Forbes, en septembre dernier, qu’il entretenait un «dialogue très actif» avec le groupe financier israélien et qu’il rencontrait régulièrement ses dirigeants et échangeait avec eux au sujet de l’entreprise, des tendances générales du marché et des opportunités stratégiques potentielles. Il a néanmoins précisé que ses échanges avec la direction de Phoenix avaient considérablement diminué depuis qu’il s’était «davantage investi dans le bénévolat au service de l’intérêt public et dans les efforts diplomatiques».
Certaines des participations de Phoenix Financial dans des entreprises liées à l’armée israélienne existaient déjà avant que la société de Kushner n’en devienne le principal actionnaire. D’autres participations notamment dans une entreprise fabriquant des fusées électroniques pour des obus* utilisés à Gaza et dans une autre produisant des pièces détachées pour des chars israéliens ont été acquises ultérieurement. Phoenix s’est abstenue de commenter ce qui semblait être des incohérences dans la classification de certains de ses rapports publics.
Deux experts-comptables judiciaires israéliens ont examiné les registres séparément et ont conclu, malgré ces incohérences, que les dossiers analysés par CNN correspondaient bien à des actifs de Phoenix Financial. Ces actifs incluent des investissements que CNN a identifiés comme ayant été réalisés par Phoenix dans des entreprises liées à l’armée. Les experts ont souligné que les documents ne reflétaient qu’une partie du portefeuille de Phoenix, excluant les actifs détenus dans des comptes de retraite, les participations dans des entreprises via des fonds communs de placement, les obligations d’entreprises ainsi que d’autres titres financiers.
Bien que Phoenix n’ait pas commenté les conclusions de CNN, un porte-parole de l’entreprise a indiqué qu’elle était «soumise à une réglementation et que la valeur pour les actionnaires découlait principalement de la performance opérationnelle plutôt que des rendements des investissements».
En tant que société privée, Affinity Partners —tout comme Kushner— n’est pas tenue par la loi américaine de divulguer ses investissements. Kushner a révélé en mars qu’Affinity Partners avait investi dans 28 entreprises à ce jour mais l’ampleur de sa participation dans Phoenix par rapport à ses autres investissements demeure floue.
Un porte-parole de la Maison-Blanche a rejeté les inquiétudes concernant un éventuel conflit d’intérêts entre les rôles de bénévole et d’homme d’affaires de Kushner, qualifiant ces allégations de «propos vains propagés par les démocrates à l’encontre du président Trump, de sa famille et de son administration depuis une décennie».
Toutefois, les démocrates ont cherché à ouvrir de nouvelles enquêtes sur les activités de Kushner dans la région, des investigations susceptibles de s’intensifier s’ils venaient à reprendre le contrôle de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat.
Dans une lettre adressée à Kushner en avril annonçant une enquête de la commission judiciaire de la Chambre, le représentant démocrate Jamie Raskin a qualifié la dualité des rôles de Kushner de «décision inconciliable et totalement contraire à l’éthique» affirmant qu’elle «plane sur la politique étrangère américaine depuis le retour du président Trump à la Maison-Blanche en 2025».
En 2023, la société Affinity Partners a décidé de réaliser son premier investissement en Israël en acquérant une participation de 15% dans Shlomo Group, une entreprise spécialisée dans la location de véhicules et le crédit, pour un montant de 150 millions de dollars. L’année suivante, Affinity Partners a acheté une participation de 4,95% dans Phoenix Financial pour 128,5 millions de dollars. Phoenix figure parmi les plus grands groupes financiers d’Israël et propose des services incluant l’assurance, les retraites et la gestion d’actifs. Affinity Partners a ensuite presque doublé sa participation dans Phoenix cinq jours avant la prestation de serment de Trump, devenant ainsi le principal actionnaire de l’entreprise. Kushner a qualifié cet investissement de pari sur la solidité de l’économie israélienne.
Le renouvellement du pari d’Affinity Partners sur Phoenix est intervenu dans un contexte d’intensification de la guerre israélienne à Gaza, conflit dans lequel Kushner a rapidement joué un rôle clé de médiateur. Toutefois, contrairement au premier mandat de Trump, durant lequel il était haut conseiller à la Maison-Blanche et avait contribué à l’élaboration d’accords majeurs tels que les Accords d’Abraham, Kushner a cette fois-ci évité d’assumer un rôle officiel.
* Une fusée électronique pour obus est un dispositif de mise à feu placé à l’avant d’une munition d’artillerie qui utilise des composants électroniques pour déclencher l’explosion de la charge.
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L’ancien dirigeant Ennahdha Abdelhamid Jelassi entamera une grève de la faim dès demain, mardi 6 octobre 2026, afin de dénoncer ses conditions de détention.
C’est ce qu’a fait savoir son épouse Monia Ibrahim, en précisant qu’Abdelhamid Jelassi lui a fait part de son intention d’entrer en grève de la faim ouverte et qu’il s’abstiendra par ailleurs de prendre ses médicaments et s’opposera à tout suivi médical en prison, a-t-elle ajouté.
Dans la vidéo publiée ce jour, Monia Ibrahim a déploré cette situation et a fait part de son inquiétude quant à la santé de son mari, en rappelant qu’il a des antécédents et qu’après quatre ans de détention, son état s’est affaibli.
La même source précise que son époux déplore le fait que son courrier ne lui parvienne pas, qu’il soir coupé de toute information médiatique et qu’il soit privé du parloir spécial.
Elle a, par ailleurs, fait porter l’entière responsabilité de toute dégradation de la condition physique de son mari âgé de 67 ans aux autorités compétentes et à l’administration pénitentiaire.
Y. N.
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La veille de son arrestation le 4 décembre 2025, lors d’une conversation avec Meriem Zghidi — fille du militant défunt Salah Zghidi —, Ahmed Néjib Chebbi lui a dit : «J’ai commencé mon expérience carcérale avec Salah, ton père, en 1968, et je la terminerai avec Mourad, ton frère.» (D’après la page Facebook de Meriem Zghidi).
Fathi Ben Haj Yahia *

1968 – 2026 : cinquante-huit années se sont écoulées entre ces deux dates.
Le pays a traversé de longues années de crises et de bouleversements successifs, depuis la grave crise du coopérativisme qui a failli l’anéantir jusqu’à la situation actuelle — une situation telle que même le plus méchant n’oserait se réjouir de notre sort, quand bien même il s’y efforcerait.
Entre ces deux époques, au cœur de la tourmente, s’est écrite une autre histoire : celle tracée par Ahmed Néjib Chebbi, depuis sa détention à la prison de Borj Erroumi en 1968 jusqu’à son incarcération actuelle à la prison de Mornaguia, où il observe une grève de la faim. Il a peut-être même oublié le nombre de grèves de la faim qu’il a menées au cours de près de soixante années de militantisme, alors qu’il a désormais dépassé le cap des quatre-vingts ans.
Il a été incarcéré en 1968, devenant ainsi témoin de la mise en place du premier tribunal de sûreté de l’État, des lieux de torture physique et morale au sein des locaux de la police politique, ainsi que d’une justice aux ordres du «Grand Combattant».
En prison, son parcours a croisé celui du groupe «Perspectives» ; il en est devenu par la suite l’une des figures de proue avant sa transformation en l’organisation clandestine «L’Ouvrier tunisien» (Al-Amil al-Tounsi), dont il fut l’un des principaux dirigeants en exil à Paris jusqu’au début des années 1980.
Il a ensuite créé le Parti démocrate progressiste (PDP) en 1983, formation qui s’est transformée en Parti républicain (Al-Joumhouri) au début de la révolution de 2011.
Au-delà de toute évaluation globale de ces expériences politiques, il faut reconnaître à cet homme qu’il n’a jamais plié l’échine face à l’autoritarisme, de l’ère Bourguiba à nos jours. Il a été de toutes les pages glorieuses de l’histoire des luttes démocratiques menées par l’opposition au cours des soixante dernières années, figurant toujours au premier rang et parmi les figures de proue de ceux qui ont brisé le mur de la peur — ce mur que les régimes successifs n’ont cessé d’ériger en entretenant une confusion délibérée entre le prestige de l’État et la crainte qu’il inspire.
Son seul tort, aujourd’hui, est d’avoir refusé de plier, en dépit de son état de santé, de la toute-puissance du pouvoir et de la dureté de la prison.
Son unique moyen d’action aujourd’hui est la grève de la faim, une méthode qu’il avait déjà employée lors de l’une des étapes les plus marquantes de la lutte contre Ben Ali — alors au sommet de sa puissance. C’était à l’époque où un groupe de militants de diverses obédiences politiques s’était réuni dans le cabinet de l’avocat Ayachi Hammami — lui-même emprisonné aujourd’hui — pour réclamer les libertés et la libération des prisonniers politiques. Cet événement eut lieu le 18 octobre 2005, alors que la Tunisie accueillait le Sommet mondial sur la société de l’information.
L’histoire de cet homme revêt une dimension tragique indéniable. On y décèle peut-être une part de Sisyphe qui force l’admiration et le respect, mais elle témoigne aussi, peut-être, de la métamorphose du mythe et d’une réécriture de son dénouement. N’avons-nous pas vécu la journée du 14 janvier 2011 alors que nul Tunisien ne s’attendait à une telle issue ? (À l’exception, bien entendu, des mages et des devins).
Une personne arborant un tel sourire permanent, un optimisme inébranlable et la conviction que la Tunisie mérite ce qu’il y a de plus beau, ne peut que vivre un nouveau moment marquant la fin de l’absurde !
Traduit de l’arabe.
* Militant de gauche et ancien prisonnier politique.
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La nouvelle dynamique diplomatique autour de la Libye place la Tunisie devant une question qui dépasse la seule politique étrangère : comment éviter qu’une évolution extérieure ne se transforme en vulnérabilité intérieure ? (Photo: Poste frontalier de Ras Jedir).
Abdelwaheb Ben Moussa *

Les États-Unis cherchent à rapprocher les autorités de l’Est et de l’Ouest libyens, à favoriser l’unification des institutions et à ouvrir la voie à des élections nationales. La Turquie, l’Égypte et les puissances européennes poursuivent parallèlement leurs propres objectifs. Cette recomposition peut contribuer à stabiliser la Libye. Elle peut aussi modifier les équilibres sécuritaires, économiques et diplomatiques autour de la Tunisie.
Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple rivalité entre puissances. Le véritable enjeu pour Tunis est de savoir si elle dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour tirer profit d’une éventuelle stabilisation libyenne, absorber ses effets négatifs et défendre ses intérêts lorsque les décisions se prennent ailleurs.
La souveraineté ne consiste pas à ne dépendre de personne. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de partenaires, de compétences et d’instruments pour que la dépendance ne devienne pas une vulnérabilité subie. C’est à cette aune qu’il faut apprécier la nouvelle stratégie américaine en Libye.
La première réaction devrait être pragmatique. Pourquoi la Tunisie rejetterait-elle une initiative susceptible de rapprocher les Libyens et de mettre fin à une division qui nourrit l’insécurité ? Après des années d’échec, toute avancée vers l’unification des institutions et l’organisation d’élections mérite d’être encouragée. Washington dispose de canaux de discussion et d’une capacité d’influence que Tunis ne possède pas.
Mais une stabilisation annoncée ne constitue pas encore une stabilité acquise. Un accord politique peut rester fragile, une coordination sécuritaire peut demeurer incomplète et une réunification institutionnelle peut ne pas produire d’autorité effective sur l’ensemble du territoire. Les effets réels d’un règlement se mesureront moins aux déclarations qu’à la capacité des institutions libyennes à contrôler les frontières, à garantir la circulation et à prévenir les crises locales.
La Tunisie n’a donc aucun intérêt à s’opposer par principe à l’initiative américaine. Elle doit la soutenir lorsqu’elle favorise un processus inclusif, libyo-libyen et placé dans un cadre multilatéral. Mais elle doit aussi se préparer à plusieurs scénarios, y compris celui d’une transition incomplète, d’une stabilisation partielle ou d’un nouvel équilibre dominé par des acteurs extérieurs.
La souveraineté tunisienne commence ici : ne pas confondre l’espoir d’une solution avec la disparition du risque.
Pour la Tunisie, la Libye n’est pas un dossier diplomatique lointain. Elle constitue une réalité économique, sociale et sécuritaire quotidienne. Les régions du Sud vivent au rythme des échanges transfrontaliers, des mouvements de personnes et de l’activité du poste de Ras Jedir. Chaque fermeture, chaque tension locale et chaque changement dans le rapport de force libyen se répercute immédiatement sur les familles, les commerçants et les entreprises des deux côtés de la frontière.
On pourrait considérer Ras Jedir comme un problème bilatéral et administratif, distinct des grandes négociations géopolitiques. Ce serait une erreur. La frontière est précisément le point où les arrangements politiques libyens deviennent une réalité tunisienne. Si l’unification institutionnelle ne garantit pas une autorité stable sur les postes-frontières, une chaîne de commandement identifiable et des règles commerciales prévisibles, elle restera incomplète du point de vue tunisien.
La Tunisie doit donc traiter la frontière comme une infrastructure stratégique. Cela suppose de sécuriser les accès, moderniser les procédures douanières, améliorer la traçabilité des flux et maintenir des canaux permanents avec les autorités locales libyennes.
La lutte contre les trafics doit être renforcée, mais elle ne peut pas se traduire par une fermeture indiscriminée qui pénaliserait les populations et l’économie légale.
La maîtrise du risque ne consiste pas à supprimer les échanges. Elle consiste à rendre les échanges plus transparents, plus prévisibles et moins dépendants des rapports de force locaux.
Une éventuelle stabilisation de la Libye pourrait relancer les échanges et soutenir l’économie du Sud tunisien. Mais cette opportunité ne se concrétisera pas automatiquement. Si le commerce transfrontalier reste informel, concentré sur quelques points de passage et dépendant de décisions sécuritaires imprévisibles, la Tunisie continuera à subir les crises au lieu de bénéficier de la reprise.
Il faut donc construire des amortisseurs économiques : développer des plateformes logistiques, renforcer les entreprises locales, formaliser une partie des échanges et créer des mécanismes de soutien pour les opérateurs touchés par les fermetures temporaires. La diversification des débouchés est également indispensable. Les régions frontalières ne peuvent pas dépendre d’un seul passage, d’un seul marché ou d’une seule configuration politique à Tripoli.
La question n’est pas de réduire le lien avec la Libye. Elle est de faire en sorte que ce lien devienne une force économique organisée plutôt qu’une dépendance exposée à chaque tension.
Tunis a raison de préserver une position équilibrée à l’égard des différents acteurs libyens. Dans un pays encore divisé, choisir prématurément un camp réduirait sa marge de manœuvre et exposerait ses intérêts à un changement de rapport de force.
Mais la neutralité n’a de valeur que si elle permet de choisir. Une neutralité passive risque de transformer la Tunisie en simple observatrice d’un processus conduit par Washington, Ankara, Le Caire et les institutions internationales. Elle conserverait ses relations avec tout le monde, mais pèserait réellement sur personne.
La réponse ne consiste pas à multiplier les déclarations de souveraineté. Elle consiste à renforcer les instruments qui donnent un contenu à cette souveraineté : expertise sur les questions frontalières, capacité de négociation, coordination interinstitutionnelle, présence diplomatique régulière en Libye et propositions concrètes sur la sécurité et le commerce.
La Tunisie ne peut pas imposer une solution. Elle peut toutefois rendre certaines solutions plus crédibles et certaines dérives plus coûteuses. Sa proximité géographique, ses relations avec l’Ouest libyen et son expérience des échanges transfrontaliers lui donnent une utilité spécifique. Encore faut-il la convertir en influence.
La nouvelle architecture sécuritaire libyenne impliquera nécessairement des partenaires extérieurs. La Tunisie a besoin de coopération avec la Libye, l’Algérie, les institutions internationales et, sur certains dossiers, les États-Unis et la Turquie. Refuser cette coopération au nom d’une souveraineté abstraite serait irréaliste. Mais coopérer ne signifie pas accepter une architecture conçue ailleurs. Si les priorités sécuritaires sont définies principalement par Washington ou Ankara, Tunis pourrait se retrouver devant des décisions déjà prises concernant la surveillance des frontières, la présence étrangère, la lutte contre les trafics ou la gestion des migrations.
Il faut ici appliquer le même principe que dans les relations économiques : la diversification n’est pas le rejet d’un partenaire, mais la condition d’un partenariat plus équilibré. La Tunisie doit parler avec tous les acteurs qui comptent, éviter de dépendre d’un seul canal et faire en sorte que les engagements sécuritaires soient transparents, ciblés et compatibles avec ses intérêts propres.
La souveraineté moderne ne signifie pas l’autarcie. Elle signifie pouvoir choisir ses dépendances.
La Tunisie ne dispose ni du poids militaire de la Turquie, ni de la profondeur stratégique de l’Égypte, ni des ressources diplomatiques des États-Unis. Elle peut toutefois compenser cette faiblesse relative par une diplomatie de coalition. Le mécanisme de concertation avec l’Algérie et l’Égypte doit devenir un instrument opérationnel, et non rester un cadre de déclarations générales.
Les divergences entre les trois pays sont réelles. L’Algérie regarde prioritairement vers sa profondeur sahélienne et ses impératifs de sécurité. L’Égypte est davantage attentive à l’Est libyen. La Tunisie est directement exposée à l’Ouest, à Ras Jedir et aux flux transfrontaliers. Cette différence de perspective ne condamne pas la concertation ; elle impose de lui donner un agenda limité et concret.
Sécurité des frontières, continuité des passages, lutte contre les trafics, échanges d’informations et soutien à un processus politique inclusif peuvent constituer ce socle commun. Tunis doit toutefois y défendre sa propre voix et ne pas se fondre dans une position régionale uniforme.
La Tunisie a souvent abordé le dossier libyen sous l’angle de la prévention : empêcher l’instabilité de franchir la frontière, limiter les effets économiques des crises et éviter de s’impliquer dans les rivalités libyennes. Cette prudence était compréhensible. Elle ne suffit plus dans une phase où de nouveaux équilibres sont en train de se former.
Certains objecteront que Tunis doit d’abord résoudre ses propres difficultés économiques et institutionnelles avant de prétendre jouer un rôle régional. Mais la question libyenne n’est pas un luxe diplomatique. Elle touche directement la sécurité, le commerce, l’emploi, les migrations et la stabilité des régions frontalières. Investir dans une politique libyenne plus structurée relève donc de la protection des intérêts fondamentaux du pays.
Tunis doit passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie d’initiative. Cela implique de proposer un agenda tunisien pour la frontière, de défendre une solution politique inclusive, de diversifier les partenariats et de faire de la stabilité de Ras Jedir un intérêt régional reconnu par tous.
La Tunisie n’a pas vocation à imposer une solution à la Libye. Elle a en revanche le devoir de ne pas laisser d’autres acteurs définir seuls un règlement qui touchera directement sa sécurité, son économie et sa cohésion sociale.
La neutralité peut rester le principe directeur de la politique tunisienne. Mais elle doit être une neutralité engagée, organisée et capable de produire des résultats. Dans la nouvelle séquence libyenne, la véritable faiblesse de la Tunisie ne serait pas de manquer de puissance. Ce serait de confondre la retenue avec l’effacement.
La souveraineté tunisienne ne se proclamera pas au moyen d’une rupture avec ses partenaires. Elle se construira par des frontières mieux administrées, des échanges mieux organisés, des alliances diversifiées et une capacité accrue à transformer la proximité géographique en influence politique et économique.
Face aux recompositions libyennes, Tunis ne doit ni choisir un protecteur ni prétendre pouvoir agir seule. Elle doit construire les marges de manœuvre qui lui permettront de dialoguer avec tous, de dépendre de plusieurs et de subir moins.
* Ingénieur informaticien, cadre de banque publique.
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Les États-Unis ont achevé le retrait de leurs dernières forces militaires d’Irak le mercredi 30 septembre 2026 mettant ainsi fin à une présence militaire qui avait débuté avec l’invasion de 2003 ayant renversé Saddam Hussein et s’était poursuivie pendant des années d’insurrection et de violences sectaires.
Imed Bahri
Les forces américaines s’étaient retirées en 2011 avant de revenir en 2014 pour contribuer à la défaite du groupe État islamique (EI, Daech). Cependant, ce retrait laisse aujourd’hui les milices chiites pro-iraniennes en position de force. Le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi souhaitait que le désarmement de ces milices soit concomitant au départ des Américains mais cela n’a pas eu lieu. Le gouvernement a reporté la date butoir d’un an à savoir le 30 septembre 2027.
Les États-Unis ont mis fin à leur présence militaire en Irak après plus de 23 ans et des dépenses s’élevant à 1 700 milliards de dollars à ce que les critiques qualifiaient de «guerre sans fin» (The Endless War) en Irak, en y fermant, mercredi 30 septembre 2026, leur dernière grande base, écrivent Jared Malsin et Sangar Khaleel dans une enquête publiée par le Wall Street Journal.
Toutefois, ce retrait américain ne signifie pas la fin des troubles. Le conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran expose l’Irak à davantage d’affrontements, le retrait américain laissant derrière lui un pays où l’emprise de milices pro-iraniennes lourdement armées ne cesse de se resserrer.
Selon le WSJ, ces milices avaient mené plus de 600 attaques contre des installations diplomatiques et militaires américaines en Irak au cours des deux premiers mois du conflit.
Signe de l’instabilité en Irak, l’ambassade américaine à Bagdad émet désormais des avertissements de sécurité fréquents à l’intention des Américains et d’autres ressortissants notamment deux alertes par semaine concernant le risque d’enlèvement. Une équipe du WSJ a d’ailleurs quitté Bagdad précipitamment ce mois-ci après avoir reçu des avertissements de responsables irakiens, américains et européens concernant une menace sécuritaire, des responsables américains préciseront par la suite qu’il s’agissait d’un risque d’enlèvement par une milice chiite.
Selon des responsables américains (en poste ou anciens) et des experts en défense, Téhéran continue de soutenir ces milices. Un responsable américain a indiqué que le flux d’armes légères, de drones, de missiles à courte portée et de munitions de petit diamètre en provenance d’Iran avait initialement ralenti alors que Téhéran se concentrait sur la confrontation avec les États-Unis mais qu’il a repris de l’ampleur au cours de l’été. Ce responsable a souligné que les attaques récentes impliquaient des missiles et des drones à plus longue portée, suggérant une montée en puissance préoccupante des capacités d’armement.
L’administration Trump a accueilli favorablement l’arrivée au pouvoir d’Ali al-Zaidi —qui n’avait occupé aucune fonction publique avant sa nomination au poste de Premier ministre en mai— le considérant comme un interlocuteur avec qui il est possible de travailler bien que les relations de sa famille avec les autorités américaines étaient tendues.
Al-Zaidi appartient à une famille qui possède une banque et une compagnie d’assurance ainsi que des entreprises dans les secteurs des médias et de la construction. Le département du Trésor américain avait interdit à cette banque d’effectuer des transactions en dollars en 2024, en raison de soupçons d’implication dans le financement de l’Iran et de groupes qui lui sont affiliés, des accusations démenties par Al-Zaidi affirmant n’avoir eu aucune connaissance de telles transactions.
Aujourd’hui, l’administration Trump mise sur Al-Zaidi pour désarmer les groupes armés comptant des dizaines de milliers de membres, y compris des factions paramilitaires financées ou armées par l’Iran.
Toutefois, désarmer les milices c’est pas du tout une mince affaire. Kadhim al-Fartousi, porte-parole des Brigades Sayyid al-Shuhada, un groupe paramilitaire financé et armé par l’Iran et classé organisation terroriste par les États-Unis, a déclaré que «ces armes sont la garantie de notre souveraineté et de notre liberté».
Al-Fartoussi ajouté qu’un désarmement forcé imposé par le gouvernement n’aura pas lieu. Son groupe armé et d’autres milices occupent des postes de haut rang au sein des ministères et détiennent des dizaines de sièges au Parlement irakien où ils ont joué un rôle clé dans la désignation d’Al-Zaidi lors des négociations ayant suivi les élections de l’année dernière. «Le gouvernement est une création à laquelle nous avons contribué», rappelle Al-Fartoussi.
Al-Zaidi et ses adjoints évoquent désormais un report à l’année prochaine de la date butoir pour le désarmement, initialement fixée au mercredi 30 septembre 2026. Il souhaitait qu’elle soit concomitante au retrait définitif des troupes américaines.
Un haut responsable américain a indiqué que les États-Unis avaient souligné auprès de l’Irak l’importance de préserver sa souveraineté et d’empêcher les attaques lancées depuis son territoire par des milices soutenues par l’Iran. Par ailleurs, un responsable du Pentagone a précisé que les États-Unis s’apprêtaient à mettre fin à leurs opérations militaires officielles, tout en conservant dans la région des capacités de renseignement, de reconnaissance et autres, susceptibles d’être déployées en Irak.
Le chaos ayant suivi l’invasion américaine de 2003 a offert à l’Iran l’occasion d’étendre son influence en Irak. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a contribué à tisser une toile d’araignée de milices qui ont attaqué les forces américaines dans le but de chasser les États-Unis du pays.
Après la fin de la phase principale du conflit, les États-Unis ont retiré leurs troupes en 2011. Ils sont toutefois revenus trois ans plus tard pour combattre l’organisation État islamique et y ont maintenu une présence militaire. Entre-temps, les milices soutenues par l’Iran s’étaient solidement implantées après avoir participé à la lutte contre l’État islamique, certaines d’entre elles ont été intégrées au système politique irakien et ont formé des partis politiques ayant joué un rôle dans la nomination du Premier ministre. Des membres de ces milices ont également accédé à des postes influents au sein du ministère de l’Éducation ainsi que des autorités fiscales et douanières.
Al-Fartoussi a indiqué que son organisation et d’autres groupes armés avaient connu une montée en puissance cette année. Il a déclaré : «Les factions de la résistance ont gagné en puissance car elles sont confrontées à l’événement le plus important au monde à savoir la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Ce sont les États-Unis qui nous ont poussés vers cette guerre».
Le choix d’Al-Zaidi au poste de Premier ministre a constitué un compromis. En effet, Donald Trump avait menacé de couper l’aide américaine à l’Irak lorsque le nom de Nouri al-Maliki —ancien Premier ministre et homme lige de l’Iran— avait été avancé pour ce poste en janvier.
Al-Zaidi fait aujourd’hui du désarmement des milices une priorité cependant ses chances de succès sont minces. L’armée régulière irakienne est en proie à un manque de financement. Quant au service de lutte antiterroriste du pays —une force entraînée par les États-Unis—, il comptait environ 14 000 soldats en 2024, un effectif inférieur à celui des milices. Par conséquent, le rapport de force n’est pas en faveur du Premier ministre.
Victoria Taylor, ancienne responsable de haut rang au département d’État ayant quitté ses fonctions cette année après avoir travaillé sur le dossier irakien, a affirmé que l’idée selon laquelle Al-Zaidi pourrait désarmer les milices en quelques mois relevait de l’impossible.
Alors que le retrait définitif des troupes américaines a été acté le 30 septembre, seul un contingent de Marines restera sur place pour assurer la protection des missions diplomatiques américaines ainsi de contractuels chargés de la maintenance de la flotte irakienne de chasseurs F-16 et des chars de fabrication américaine.
Par ailleurs, des responsables américains actuels et anciens ont signalé que l’armée avait déjà retiré une batterie de défense antiaérienne Patriot qui était déployée autour d’Erbil. Il est probable que les États-Unis concentrent leurs systèmes de défense aérienne restants sur la protection de l’ambassade américaine à Bagdad et du consulat à Erbil.
«Ces milices existent parce que l’Iran souhaite leur existence et y voit un intérêt constant, les utilisant comme un outil et un levier de pression contre le gouvernement irakien et les États-Unis dans la région. Cette situation perdurera même après le retrait des forces américaines», déclare Victoria Taylor.
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Il y a 41 ans, jour pour jour… Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité condamna l’agression israélienne contre le siège de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam Chott, dans la banlieue sud de Tunis. Un témoignage vécu à New York…
Noureddine Mezni *

Le 4 octobre 1985, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 573 (1985), à la suite de la plainte déposée par la Tunisie contre Israël, après l’acte d’agression commis contre sa souveraineté et son intégrité territoriale, «en violation flagrante de la Charte des Nations unies et du droit et des normes de conduite internationaux».
La résolution condamnant l’agression israélienne fut adoptée par quatorze voix, sans aucune voix contre, avec une seule abstention : celle des États-Unis.
Cette résolution revêtait une importance particulière puisqu’elle constituait la première résolution du Conseil de sécurité condamnant explicitement l’agression israélienne contre le territoire tunisien.
Je venais, à cette époque, d’être nommé Représentant adjoint de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) auprès de l’Onu. J’ai donc vécu cet événement historique au siège des Nations unies, à New York.
J’étais chargé de préparer le texte de l’intervention de mon organisation devant le Conseil de sécurité, réuni pour examiner cette agression israélienne.
Je n’oublierai jamais la fierté que j’avais ressentie en recevant les directives de l’administration centrale de l’OCI, dont le siège était alors à Jeddah, pour préparer ce texte. C’était la première tâche de cette importance qui m’était confiée dans le cadre de mes nouvelles fonctions.
Ce qui m’avait le plus choqué, en suivant de près l’extraordinaire couverture médiatique de l’agression israélienne par les chaînes de télévision américaines, était le soutien public et immédiat de la Maison-Blanche à Israël, qui avait qualifié son opération d’«acte légitime d’autodéfense», après l’assassinat, revendiqué par la Force 17, unité d’élite de l’OLP, de trois civils israéliens à bord de leur yacht, au large des côtes chypriotes.
Israël avait ainsi violé la souveraineté de la Tunisie, pourtant amie de longue date des États-Unis, et tué des dizaines de civils, Tunisiens et Palestiniens.
Le président Habib Bourguiba et plusieurs de ses alliés européens avaient alors exercé de fortes pressions sur l’administration américaine afin qu’elle reconsidère sa position initiale.
Bourguiba, ami de l’Occident et en particulier des États-Unis d’Amérique, menaça de rompre les relations diplomatiques de Tunis avec Washington au cas où le gouvernement américain opposait son veto à la résolution.

Des négociations serrées se déroulaient au moment même où le Conseil de sécurité était réuni pour débattre de cette agression. La ferme condamnation de l’opération israélienne par plusieurs capitales européennes, dès les premières heures, ainsi que l’intervention de Bourguiba auprès de son homologue américain, Ronald Reagan, avaient finalement porté leurs fruits.
La délégation tunisienne présente dans la salle du Conseil de sécurité, conduite par Béji Caïd Essebsi, alors ministre des Affaires étrangères, attendait avec impatience l’issue de ces démarches.
Pendant cette attente, et afin de gagner du temps avant l’arrivée des instructions de Washington à son représentant au Conseil de sécurité, l’ambassadeur Walter Vernon, la délégation tunisienne avait demandé à l’ambassadeur de la Ligue arabe auprès de l’Onu, le professeur Clovis Maksoud, d’«allonger» au maximum le discours qu’il était en train de prononcer devant les membres du Conseil.
Le représentant de l’organisation panarabe, parfait anglophone, excella au cours de cette intervention, dont une grande partie fut improvisée pour la circonstance. Il réussit ainsi à retenir l’attention de l’ensemble des membres du Conseil jusqu’à l’arrivée de la réponse de la Maison-Blanche.
Washington avait finalement demandé à son représentant de s’abstenir, permettant ainsi l’adoption de la résolution 573 condamnant l’agression israélienne.
Je me souviens également d’une scène qui m’avait particulièrement marqué ce jour-là.
Benjamin Netanyahu, alors représentant permanent d’Israël auprès des Nations unies, avait, immédiatement après l’adoption de la résolution, déchiré le document portant le projet de résolution, dans un geste spectaculaire qui avait surpris la salle du Conseil de sécurité.
Cette scène est restée gravée dans ma mémoire, tant elle témoignait de la tension qui régnait autour de cette résolution historique.
Quarante et un ans plus tard, je garde encore le souvenir très précis de cette journée passée au siège des Nations unies à New York : une journée où, pour la première fois, je me retrouvais directement au cœur d’un dossier majeur porté devant le Conseil de sécurité dans le cadre de mes nouvelles fonctions internationales.
Un événement historique dans les annales du Conseil de sécurité des Nations unies, que j’ai eu le privilège de vivre de l’intérieur.
* Consultant en diplomatie publique internationale et en communication, ancien porte-parole du président de la Commission de l’UA.
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«Lorsque des détenus politiques, des journalistes, des avocats et des militants n’ont plus d’autre moyen pour être entendus que de mettre leur santé en jeu» (en observant une grève de la faim), «c’est que la prison est devenue un lieu de négation organisée de la dignité humaine», explique le Centre pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), une ONG tunisienne basée en France, dans un communiqué publié ce samedi 3 octobre 2026.
Tout en rappelant la longue liste de détenus politiques dans les prisons tunisiennes observant actuellement ou ayant observé récemment la grève de la faim pour dénoncer leurs conditions d’incarcération, cette forme extrême de protestation étant devenue «le dernier recours de celles et ceux à qui l’on a retiré tous les autres moyens de se faire entendre», le CRDHT «exige le rétablissement immédiat des visites en directe entre les détenus et leurs familles, et la fin de toute restriction arbitraire de ce droit fondamental ; l’accès effectif de tous les détenus à une information pluraliste, à la presse, aux radios, aux chaînes d’information et aux médias indépendants ; un suivi médical régulier, sérieux et indépendant pour tous les grévistes de la faim, ainsi qu’une information complète des familles et des avocats sur leur état de santé ; le respect absolu du droit des détenus à communiquer librement et confidentiellement avec leurs avocats et à disposer des moyens nécessaires à leur défense ; la fin de l’isolement abusif, des mesures punitives, des privations administratives et de toutes les pratiques destinées à épuiser, humilier ou briser les détenus ; l’accès sans entrave aux mécanismes indépendants de contrôle, notamment le Mécanisme national de prévention de la torture, des établissements pénitentiaires et des détenus dont l’état de santé est préoccupant ; la cessation des campagnes de haine, de diffamation et de diabolisation visant les détenus politiques, leurs familles, leurs avocats et les personnes qui les soutiennent ; la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes emprisonnées pour leurs opinions, leur droit à l’expression , leur activité politique pacifique, leur travail journalistique, leur défense des droits humains ou leur solidarité civique.»
Le CRLDHT appelle, également, les autorités tunisiennes à «cesser de traiter la prison comme un instrument de vengeance politique», à «protéger la vie et la dignité des détenus n’est ni une faveur, ni une concession» mais «une obligation légale, constitutionnelle et conforme aux droits humains.»
Parmi ces détenus politiques ou d’opinion observant actuellement une grève de la faim, le CRLDHT cite Ahmed Néjib Chebbi (83 ans), président du Front de salut national, et Sahbi Atig (67 ans), dirigeant du mouvement Ennahdha. Ils prolongent les nombreuses grèves de la faim déjà observées en prison par Jawher Ben Mbarek, dirigeant du collectif Citoyens contre le coup d’état, les journalistes Zied El Heni et Mourad Zeghidi, mais aussi Rached Ghannouchi (84 ans), président du mouvement Ennahdha, Ayachi Hammami, avocat, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, Chawki Tabib, ancien bâtonnier, Wael Naouar, animateur de la flottille Soumoud, et ses camarades Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi.
I. B.
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La décision du secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth de confier la conception de la guerre de demain à des figures civiles du capitalisme algorithmique marque un tournant historique dans la gestion de la violence d’État.
Mahjoub Lotfi Belhedi *

À travers le Projet Meridian et la création d’un Commandement de la guerre autonome (Autowarcom), l’administration américaine ne cherche plus simplement à moderniser ses armées : elle acte le passage de la simple intelligence artificielle à ce que Donald Trump, qui affectionne les superlatifs, formalise désormais par décret sous l’appellation de «superintelligence».
Ce glissement sémantique et politique valide une course aux armements où la supériorité militaire absolue exige une force de calcul supérieure, affranchie des limites cognitives humaines.
Dans cette reconfiguration, les rôles sont soigneusement distribués pour capitaliser sur l’expérience directe des conflits contemporains.
Elon Musk, fort de l’infrastructure globale de Starlink et des capacités génératives de xAI, est mandaté pour identifier et structurer les technologies de rupture indispensables aux futurs conflits. Son implication s’enracine dans la réalité des guerres actuelles, où la constellation Starlink est devenue la colonne vertébrale indispensable des communications militaires et du ciblage en temps réel sur les fronts les plus critiques, à l’instar de l’Ukraine où il a déjà fait ses preuves.
À ses côtés, Palmer Luckey, fondateur d’Anduril Industries, apporte l’expertise opérationnelle d’une start-up militaire nativement conçue pour la guerre automatisée. Loin de la théorie, les systèmes d’Anduril sont déjà activement déployés sur les théâtres d’opérations modernes : ses drones intercepteurs autonomes, ses missiles à longue portée comme le Barracuda-500M, ainsi que sa participation au programme Titan – un système mobile de renseignement par IA qui fusionne les données de multiples capteurs pour accélérer l’identification des cibles – redéfinissent déjà la vitesse d’exécution des frappes.
Ensemble, les deux technologues transforment le Pentagone en incubateur, où la planification stratégique de la nation s’aligne directement sur les intérêts de firmes privées.
Cette hybridation institutionnalise un conflit d’intérêts systémique, transformant ces deux entrepreneurs en juges et parties de la défense nationale. En laissant des industriels rédiger eux-mêmes la doctrine de la superintelligence militaire, l’État abdique sa fonction de régulateur neutre pour devenir le client captif d’un duopole technologique.
Dès lors, la dynamique des conflits mondiaux n’obéira plus seulement aux équilibres diplomatiques traditionnels, elle sera dictée par le rythme d’optimisation des algorithmes de combat et par l’obligation, pour ces multinationales, de valider la puissance de leur modèle sur des théâtres d’opérations en constante extension.
Confrontée à cette course effrénée où la décision ultime est transférée à des entités computationnelles qui dépassent notre entendement, une question fondamentale demeure : en abdiquant notre propre discernement face à cette superintelligence pour l’armer et la rendre souveraine, n’avons-nous pas initié un mécanisme d’escalade irréversible où l’humanité, devenue obsolète sur le champ de bataille, ne sera plus que le spectateur impuissant et la victime collatérale de sa propre destitution ?
* Stratège en réflexion IA.
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Privé d’un parloir spécial, le dirigeant du parti islamiste Ennahdha, Sahbi Atig, a entamé une grève de la faim depuis mardi dernier, annonce son épouse Zeineb Mraihi.
Dans une vidéo publiée ce vendredi 2 octobre 2026 après une visite à la prison, Zeineb Mraihi a précisé que son époux a décidé de maintenir la grève de la faim jusqu’à ce qu’il puisse obtenir un parloir spécial (visite directe et sans barrières).
Il a par ailleurs affirmé que si son état de santé venait à se dégrader, il refuserait de se rendre à l’hôpital, tout en soulignant que son seul souhait est d’obtenir son droit, a ajouté son épouse, sans cacher son inquiétude quant à l’état de santé de son mari.
Elle a de ce fait rappelé que Sahbi Atig, âgé de 67 ans, avait observé en juillet 2023 une grève de la faim qui avait duré 54 jours pour protester contre ce qu’il considère comme une détention injuste et injustifiée, et que cela avait impacté sa santé, désormais fragilisée, a-t-elle souligné.
Mme Atig rappelle par ailleurs que son mari a fait l’objet de jugements le condamnant à une peine totale de 23 ans : « Il lui reste 20 ans de prison… On a appris à prendre notre mal en patience et tout ce qu’on demande, c’est qu’il les passe au moins dans la dignité et qu’il jouisse de ses droits. ».
Y. N.
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Le Japon, premier contributeur gouvernemental au financement volontaire de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) en 2025, entretient avec l’Organisation un partenariat couvrant notamment le transfert de technologies et de compétences, le renforcement des capacités industrielles ainsi que l’appui aux entreprises et aux chaînes de valeur.
Dans ce contexte, une rencontre s’est tenue entre S.E. M. SAITO Jun, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Japon en Tunisie, et M. Lassaad Ben Hassine, Représentant de l’ONUDI en Tunisie, accompagné de ses collègues Mme Giusy Musaro et M. Idriss Guerziz. Les échanges ont porté sur les activités de l’ONUDI en Tunisie et les priorités en matière de développement industriel durable et inclusif.
La rencontre a permis de présenter le portefeuille de coopération technique de l’ONUDI en Tunisie ainsi que les principales orientations du futur Programme de Partenariat Pays (PCP) Tunisie 2026-2030, notamment en matière de compétitivité des PME, d’innovation et de transformation numérique, de transition énergétique et de décarbonation, d’économie circulaire et de développement des compétences.
Ces priorités sont alignées sur le Plan de développement de la Tunisie 2026-2030 et s’inscrivent dans les orientations du Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable (UNSDCF) 2027-2031.
Communiqué
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