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Maher Ketari: « Un retour à la centralisation »

Recentralisation, règlement pénal, PLF 2027 : le président de la commission des finances à l’ARP  Maher Ketari est revenu sur les événements récents, notamment les décrets publiés au JORT. Il y décèle dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrebin.com  une orientation de recentralisation des grandes décisions et appelle à un débat public, fondé sur un état des lieux rigoureux, avant toute décision.

Il rappelle que le PLF 2027 n’a pas encore été transmis à l’Assemblée. Il est attendu au plus tard le 15 octobre. La commission a toutefois reçu deux documents : le rapport sur l’exécution du budget au 30 juin 2026 et le document des grandes orientations de la loi de finances 2027. Selon lui, le premier permettra de mesurer ce qui a été exécuté et ce qui ne l’a pas été à mi-année.

Sur le décret relatif à la conciliation pénale, le président de la commission relève un assouplissement des conditions d’accès, en déclarant: “ C’est une ouverture, qui vise à faciliter les choses « , estime-t-il. Il souligne que les députés, comme tous les Tunisiens, pourront en débattre sur les plateaux télévisés, à l’Assemblée et au sein des commissions.

Décentralisation : un recul ?

Maher Ketari pointe aussi une tendance de fond. Les communes disposaient jusqu’ici d’une large marge de décentralisation. Or, selon lui, on perçoit désormais  » une orientation de recentralisation des grandes décisions » , que ce soit au niveau du gouverneur ou d’autres instances, au détriment de la décentralisation. «  Ce sont des avis partagés, chacun peut s’exprimer librement », nuance-t-il.

Un état des lieux avant tout

Pour le président de la commission, la méthode prime :” Il faut dresser un état des lieux, c’est très important, car la décision en dépendra.” S’il est établi dans les règles de l’art, la bonne décision pourra être prise, qu’elle soit centralisée ou non. Dans le cas contraire, prévient-il, “on risque rapidement de mauvaises surprises”. 

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Le tribunal de Tunis examine la suspension du congrès du PDL

La chambre du Tribunal de première instance de Tunis examine la requête visant à suspendre les travaux du « Congrès de la fidélité » du Parti destourien libre (PDL), prévu les 3 et 4 octobre. À l’issue de l’audience, le tribunal décidera s’il y a lieu ou non de reporter l’examen de l’affaire.

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Décrets-lois 2026-1 à 2026-4 : ce que changent les textes publiés au JORT

Publiés au JORT n°96 du 30 septembre 2026, tout juste le lendemain du Conseil des ministres, quatre décrets-lois réforment des pans entiers du cadre juridique et institutionnel.

Décret-loi 2026-1 (article 24 du décret-loi 54). La prison disparaît pour une première infraction, remplacée par une amende de 10.000 à 20.000 dinars. En cas de récidive, la peine est de six mois de prison et 50.000 dinars d’amende, doublée si la personne visée est un agent public ou assimilé.

Décret-loi 2026-2 (réconciliation pénale). Le projet de réconciliation provisoire repose en principe sur le paiement d’au moins 50 % des sommes dues, le reliquat pouvant être réglé sur deux ans au maximum (contre trois mois auparavant). La commission peut proposer un taux inférieur si elle le juge justifié. Les recettes sont affectées à des projets d’intérêt national et de développement, selon les décisions du Conseil de sécurité nationale.

Décret-loi 2026-3 (ISIE). Le Conseil passe à neuf membres : trois personnalités choisies par le président de la République, trois magistrats (judiciaire, administratif, financier), deux ingénieurs (informatique et statistiques) et un cadre diplomatique retraité. Le président de l’instance est désigné par le chef de l’État parmi eux. Le mandat est de six ans, non renouvelable, avec un renouvellement par tiers tous les deux ans. Le Conseil actuel, présidé par Farouk Bouasker, reste en place jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau.

Décret-loi 2026-4 (conseils municipaux). Ce texte de 140 articles abroge le Code des collectivités locales de 2018 (400 articles). Il ne s’appliquera qu’après la proclamation des résultats définitifs des prochaines élections municipales, dont aucune date n’est fixée. D’ici là, le décret-loi n°9 du 8 mars 2023 reste en vigueur.

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Maroc : une femme à la tête du gouvernement, entre symbole et défis

La nomination d’une femme au poste de cheffe du gouvernement au Maroc est perçue par une large partie des Maghrébins comme une avancée majeure. Reste à savoir si elle disposera des marges de manœuvre nécessaires pour exercer pleinement ses fonctions. 

Au-delà de l’euphorie suscitée par cette première historique, une analyse objective s’impose. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani souligne le caractère symbolique fort de cette nomination, mais rappelle que cela ne suffit pas à garantir une bonne gouvernance dans un pays où les structures traditionnelles du Makhzen demeurent influentes. Par ailleurs, la génération Z, ces millions de jeunes récemment mobilisés contre la marginalisation et l’oubli, n’a pas encore dit son dernier mot. Les images de milliers de jeunes Marocains tentant de franchir les grillages des frontières maroco-espagnoles restent, elles aussi, gravées dans les mémoires.

« Que dire des orientations de politique étrangère, notamment sur la question du Sahara occidental et de leurs répercussions sur la région maghrébine ? Aura-t-elle les coudées franches ou ne sera-t-elle qu’une exécutante des desiderata de divers acteurs ? », interroge Ezzeddine Zayani.

Toutefois, il reconnaît que la gestion de la mairie de Marrakech et les réalisations qui y ont été accomplies témoignent des capacités de Fatima Ezzahra El Mansouri à entreprendre et à faire face aux difficultés. Mais est-ce un gage suffisant pour diriger un gouvernement confronté à des intervenants intérieurs et extérieurs exigeant toujours plus de marges de manœuvre ? « Dommage que, si elle échoue, les éternels misogynes en déduisent que les femmes ne sont pas faites pour assumer de grandes responsabilités politiques », ajoute-t-il.

« J’espère que Mme Fatima Ezzahra El Mansouri pourra s’imposer et s’attaquer à la phallocratie dominante dans le monde arabe, même si elle est chargée d’une mission délicate dans un pays à la croisée des chemins, dans un contexte mondial opaque et imprévisible », conclut l’ancien diplomate.

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Un Pacte national pour accélérer la digitalisation de la santé en Tunisie

La Tunisie a signé un Pacte national pour la santé visant à accélérer la transformation numérique du secteur et à renforcer la couverture sanitaire universelle. Le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a insisté sur la nécessité de passer rapidement à la mise en œuvre des accords conclus lors de la première édition TeleHealth Connect 2026. 

À l’occasion de la cérémonie de signature du Pacte national pour la santé, Ferjani a souligné que la numérisation du secteur permet de réduire les difficultés liées aux déplacements des patients, notamment les coûts financiers et les contraintes physiques. Cette transformation s’inscrit dans l’objectif de parvenir à une couverture sanitaire universelle. Il a appelé à passer de la signature des accords à la mise en œuvre concrète des initiatives annoncées, notamment dans le domaine de la santé mentale. Et cette édition a ouvert de nouvelles perspectives de coopération avec plusieurs pays, organisations internationales et start-up tunisiennes.

Toujours selon le ministre, la Tunisie dispose des atouts nécessaires pour devenir un pays de référence dans le domaine de la santé numérique, notamment grâce au développement des hôpitaux numériques et à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Mustapha Ferjani a insisté sur la nécessité de faire des données numériques un instrument de souveraineté, de renforcer la protection des données personnelles et de garantir l’autonomie de la Tunisie dans ce domaine.

Il a par ailleurs annoncé la tenue, en décembre prochain au Japon, d’une réunion consacrée à l’élaboration, avec les partenaires tunisiens, d’une feuille de route pour la couverture sanitaire universelle. Cette feuille de route devra préciser les priorités, le calendrier de mise en œuvre et les modalités d’évaluation de l’impact des initiatives engagées.

Lire aussi : Bientôt un nouveau plan de développement sanitaire axé sur l’équité et l’accès pour tous

Le ministre des Technologies et de la communication, Sofiene Hemissi, abonde dans le même sens et affirme que la transformation numérique devait contribuer à développer le système de santé, à élargir l’accès aux services médicaux et à réduire les disparités régionales.

Dans ce cadre, il a présenté quatre priorités: le développement du système national intégré d’information sanitaire et un dossier médical numérique partagé, l’accélération du développement de la télémédecine et du projet d’hôpital numérique. Il en va de même de l’utilisation de l’intelligence artificielle et les données pour améliorer la santé publique, notamment la veille épidémiologique et la planification. Et enfin la garantie de  l’inclusion numérique et réduire les inégalités entre les régions et les catégories sociales. Cependant, le ministre a insisté sur la nécessité de protéger les données de santé, de renforcer la cybersécurité et de préserver le contrôle humain dans l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Il a également appelé à une meilleure coordination entre les ministères et les institutions concernées, ainsi qu’à un renforcement des partenariats avec l’Organisation mondiale de la santé, l’Union internationale des télécommunications (ITU), les entreprises technologiques, les centres de recherche et les start-up tunisiennes.

Selon lui, la réussite de la santé numérique ne doit pas être mesurée en termes de nombre de plateformes lancées, mais par son impact concret sur la vie des citoyens : réduction des délais d’attente, amélioration de l’accès aux soins spécialisés, meilleure disponibilité des médicaments et amélioration du parcours des patients.

Le satisfécit de Keiko Inoue…

Présente lors de cet événement, Keiko Inoue, directrice régionale des pratiques dans les domaines de l’éducation et des compétences, du genre, de la santé et des politiques sociales pour la région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Afghanistan et du Pakistan auprès de la Banque mondiale, s’est félicitée de participer à la cérémonie de signature du Pacte national pour la santé en Tunisie. Elle a salué les réalisations tunisiennes dans le domaine de la santé numérique, soulignant que la Tunisie était le seul des seize pactes nationaux pour la santé en cours de signature à accorder une place aussi importante à la transformation numérique.

Elle a rappelé le soutien apporté au gouvernement tunisien pendant la pandémie de Covid-19, notamment dans le domaine de la préparation et du renforcement du système national de santé. Elle a estimé que la Tunisie était désormais prête à franchir une nouvelle étape dans le développement de son système de santé et a réaffirmé la volonté de la Banque mondiale de continuer à soutenir le pays sur la voie de la couverture sanitaire universelle et de la santé numérique.

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Ouael Chouchene : « Le défi n’est plus la planification, mais la rapidité d’exécution »

Ouael Chouchene, secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique au ministère de l’Industrie, en inaugurant le Salon international de la transition énergétique (SITE 2026), a affirmé que la transition énergétique fait désormais consensus et que l’enjeu principal n’est plus la planification, mais la vitesse d’exécution.

Face aux bouleversements géopolitiques, à la volatilité des marchés énergétiques et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la sécurité énergétique est redevenue une priorité absolue. « L’énergie est avant tout une question de souveraineté, de sécurité économique et de compétitivité », a-t-il souligné.

Ouel Chouchene rappelle que la Tunisie a déjà entamé sa transition, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique étant passée de 4 % il y a deux ans à environ 9 % aujourd’hui. Si ce progrès confirme que la stratégie porte ses fruits, il met aussi en évidence l’ampleur du chemin restant à parcourir. La canicule exceptionnelle de l’été 2026 a révélé les vulnérabilités du système électrique national, imposant selon lui une accélération simultanée sur tous les fronts.

Les projets en cours couvrent les grands parcs renouvelables, le régime des autorisations et de l’autoproduction, le renforcement du réseau, le stockage, l’efficacité énergétique et l’interconnexion électrique. L’objectif étant de « construire un système plus robuste et plus résilient ». 

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Transition énergétique : Et si la solution venait des banques et du foncier ?

Lors du 4ᵉ Salon international de la transition énergétique (SITE 2026), un panel d’experts a dressé un état des lieux sans équivoque : la Tunisie accuse un retard critique dans le déploiement des énergies renouvelables, avec un taux actuel de 9,2% contre un objectif de 35% à l’horizon 2030. Ce retard, aggravé par une dépendance gazière de plus de 70% vis-à-vis de l’Algérie et la pression sur les finances publiques, expose l’économie aux fluctuations des prix internationaux.

Les banques tunisiennes disposent de fonds dédiés aux énergies renouvelables, créés principalement pour bénéficier d’avantages fiscaux (exonération d’impôt dans les zones éligibles du Sud et du Centre-Ouest), et dotés de liquidités confortables qu’elles doivent impérativement utiliser sous deux ans, mais elles peinent à identifier des projets à rentabilité à long terme, d’autant que la transformation des dépôts à court terme en crédits à moyen/long terme reste limitée à 7–10 ans maximum, alors que les projets renouvelables nécessitent des horizons plus longs pour être rentables.

Le risque de change constitue un obstacle structurel majeur : les crédits des bailleurs internationaux sont octroyés en devises aux banques, mais transférés en dinars aux entreprises, et l’ancien mécanisme public de couverture (Fonds de péréquation de change) a été remplacé par des instruments de marché (TCX), plus coûteux et moins accessibles, selon Ahmed Karam, expert international en finances et président du conseil d’administration de TLF, qui propose de réactiver un fonds de couverture combiné aux garanties internationales et au fonds de garantie tunisien (couvrant jusqu’à 75% du coût du projet). Les taux d’intérêt pratiqués (7–10%) rendent le financement onéreux, mais le Fonds de transition énergétique, autorisé par la loi de finances 2026, permet une bonification de 3 points, ramenant le taux effectif à environ 7%, tandis que certains bailleurs offrent des subventions couvrant jusqu’à 10% du coût du projet.

Les garanties classiques (terrain, équipements, contrat STEG, assurances) ne suffisent pas toujours et le fonds de garantie intervient en complément, mais les procédures d’indemnisation restent complexes et lentes (jusqu’à trois ans), d’où la proposition de réformer le dispositif pour automatiser le refinancement et accélérer l’indemnisation, parallèlement au développement par les banques de services de conseil gratuit pour aider les promoteurs à structurer des business plans crédibles.

Que font les institutions internationales et publiques?

Amira Klibi, spécialiste en énergie à la Banque mondiale, a rappelé l’engagement de l’institution à travers un portefeuille d’environ 1 milliard de dollars (BIRD, SFI, MIGA), finançant le renforcement du réseau, l’interconnexion ELMED (268,4 millions de dollars) et l’amélioration de la performance de la STEG. Néjia Gharbi, directrice générale de la Caisse des Dépôts et de Consignation (CDC), a souligné le rôle de la CDC dans la mobilisation et

l’orientation des financements vers des projets stratégiques, tout en dérisquant les investissements.

Cinq réformes prioritaires pour accélérer

Les intervenants ont formulé cinq recommandations structurantes : Créer une agence foncière pour les énergies renouvelables, sur le modèle de l’agence foncière industrielle, pour rendre disponibles des terrains connectés au réseau STEG. Verdir la politique monétaire et le crédit bancaire, en imposant aux banques des règles de gestion des risques environnementaux. Créer une autorité de régulation des énergies renouvelables, chargée du suivi, du contrôle et de la supervision du futur marché carbone. Développer un marché carbone volontaire, supervisé par cette autorité et confié à la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis. Et enfin instaurer un guichet unique public-privé, délivrant un « passeport » regroupant tous les avantages (financement, subventions, fiscalité).

Les banques sont prêtes à jouer un rôle accru, mais nécessitent un cadre réformé (accès au foncier, régulation claire, couverture du risque de change, simplification des procédures). Le partenariat public-privé est jugé indispensable pour accélérer les investissements.

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Transition énergétique : Ouael Chouchane appelle à “accélérer sur tous les fronts”

Ouael Chouchane, Secrétaire d’État à la transition énergétique, a ouvert le SITE 2026 en appelant à une accélération massive des projets. La part des renouvelables est passée de 4% à 9% en deux ans, mais la canicule 2026 a révélé les vulnérabilités du réseau. Grands projets, stockage, efficacité énergétique et interconnexion sont prioritaires pour “ construire un système plus robuste et résilient”.

“L’énergie est une question de souveraineté et de compétitivité. “Wael Chouchane a lancé un appel pressant à l’accélération lors de l’ouverture du SITE 2026. Avec 9% de renouvelables dans le mix électrique (contre 4% il y a deux ans), la Tunisie progresse, mais la canicule exceptionnelle de l’été a exposé les fragilités du système. La priorité : déployer simultanément grands projets, stockage, efficacité énergétique et interconnexions pour bâtir un réseau “plus robuste et résilient”.

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SITE 2026- Financement, change, garanties : la triple équation du renouvelable

L’ouverture du 4ᵉ Salon international de la transition énergétique (SITE 2026) a eu lieu, ce 1er octobre 2026, au siège de l’UTICA. A cette occasion, un panel dédié au financement des projets d’énergies renouvelables a mis en lumière les contraintes structurelles qui freinent le déploiement massif des énergies propres en Tunisie. L’accent a aussi été mis sur les réformes prioritaires pour accélérer la transition.

La Tunisie s’est fixé l’objectif d’atteindre 35 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique à l’horizon 2030. Or, le taux actuel ne dépasse pas 9,2 %. C’est ce que font ressortir les derniers chiffres présentés lors du salon SITE 2026. 

La canicule de l’été 2025, avec plus de 15 jours de températures extrêmes, a impacté la pression sur le réseau électrique. Ce qui a amené  à agir au plus vite pour mieux renforcer la résilience énergétique du pays.

Les banques disposent de liquidités, mais cherchent des projets bancables

Les intervenants ont souligné que les banques tunisiennes ont créé des fonds dédiés aux énergies renouvelables. Et ce dans le but de  bénéficier d’avantages fiscaux. Comme par exemple les exonérations d’impôt lorsque les projets sont réalisés dans des zones éligibles, notamment le Sud et le Centre-Ouest.

Ces fonds disposent de liquidités confortables et doivent utiliser leurs ressources sous deux ans. Cependant, ils peinent à identifier des projets à rentabilité à long terme. La transformation des dépôts à court terme en crédits à moyen/long terme reste limitée à 7–10 ans maximum. Alors que les projets renouvelables nécessitent des horizons plus longs pour être rentables.

Risque de change : un frein majeur au financement

Un autre obstacle identifié concerne le risque de change. En effet, les crédits des bailleurs internationaux sont octroyés en devises aux banques, mais transférés en dinars aux entreprises pour éviter que ces dernières ne supportent la volatilité du taux de change.

L’ancien mécanisme public de couverture (Fonds de péréquation de change) a été remplacé par des instruments de marché (TCX). C’est ce qu’a rappelé Ahmed Karam, expert international en Finances et président du Conseil d’administration TLF. Ils sont plus coûteux et moins accessibles pour les banques locales. A cet égard, il a rappelé qu’une proposition a été formulée pour réactiver un fonds de couverture du risque de charge, combiné aux garanties internationales et au fonds de garantie tunisien, qui couvre jusqu’à 75 % du coût du projet.

Taux d’intérêt élevés, mais des mécanismes de bonification existent

Les taux d’intérêt pratiqués suivent les conditions du marché, autour de 7–10 %, rendant le financement onéreux pour les promoteurs. Toutefois, le Fonds de transition énergétique, autorisé par la loi de finances 2026, permet une bonification de trois points de pourcentage, ramenant le taux effectif à environ 7 %.

Certains bailleurs de fonds internationaux offrent également des subventions couvrant jusqu’à 10 % du coût du projet, venant compenser partiellement la charge d’intérêt.

Les garanties classiques (terrain, équipements, contrat STEG, assurances) ne suffisent pas toujours à convaincre les banques de financer les projets. Alors, le fonds de garantie intervient en complément. Mais les procédures d’indemnisation restent complexes et lentes, pouvant s’étaler sur trois ans en cas de défaillance.

Une réforme est proposée pour automatiser le refinancement et accélérer l’indemnisation, afin de renforcer la crédibilité du dispositif de garantie.

Les banques et bailleurs développent désormais des services de conseil gratuit pour aider les promoteurs à structurer des business plans crédibles, choisir les fournisseurs et piloter l’investissement. Certaines banques encouragent même la mutualisation de projets sur un même terrain pour réduire les coûts et favoriser les synergies.

La Banque mondiale : un partenaire engagé

Amira Klibi, spécialiste en énergie à la Banque mondiale, souligne que la BM accompagne la Tunisie à travers ses trois filiales (BIRD, SFI, MIGA), avec un portefeuille global d’environ 1 milliard de dollars dédié au secteur énergétique.

  • BIRD finance le renforcement du réseau (corridor Sud-Nord), l’interconnexion Tunisie-Italie (ELMED, 600 MW, 268,4 millions de dollars) et un programme d’amélioration de la performance de la STEG.
  • SFI mobilise des financements pour les projets IPP (Independent Power Producers) renouvelables.
  • MIGA fournit des garanties pour sécuriser les investissements privés.

La Banque mondiale a appuyé également les régimes d’autoproduction (600 MW en cours) et la réforme des autorisations. Elle travaille aussi sur les projets de concession pour les grands projets.

La Caisse des Dépôts : un investisseur public stratégique

La Caisse des Dépôts se positionne comme un investisseur public accompagnant les transitions majeures (énergie et numérique). Néjia Gharbi, directrice Générale de la CDC revient sur le rôle de la CDC qui mobilise et oriente les financements vers des projets stratégiques, tout en dérisquant les investissements. Elle souligne la complexité des projets renouvelables, notamment en termes de rentabilité, de procédures d’autorisation et de coordination multipartite.

Cinq réformes prioritaires pour accélérer la transition

Les intervenants ont formulé cinq recommandations structurantes :

  1. Créer une agence foncière pour les énergies renouvelables, sur le modèle de l’agence foncière industrielle, pour rendre disponibles des terrains connectés au réseau STEG et réduire les coûts d’acquisition.
  2. Verdir la politique monétaire et le crédit bancaire, en imposant aux banques des règles de gestion des risques environnementaux et en offrant des conditions préférentielles pour les projets verts.
  3. Créer une autorité de régulation des énergies renouvelables, chargée du suivi, du contrôle et de la régulation du secteur, ainsi que de la supervision du futur marché carbone.
  4. Développer un marché carbone volontaire, supervisé par cette autorité et confié à la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis pour la gestion quotidienne.
  5. Instaurer un guichet unique public-privé, sur le modèle du programme de mise à niveau des entreprises, pour délivrer un « passeport » regroupant tous les avantages (financement, subventions, fiscalité) et éviter les démarches administratives multiples.

La question essentielle est de savoir si les banques sont prêtes à jouer un rôle accru dans le financement de la transition énergétique, dans un cadre réformé (accès au foncier, régulation claire, couverture du risque de change, simplification des procédures). Le partenariat public-privé est jugé indispensable pour accélérer les investissements, à l’image des projets de centrales électriques réalisés avec des partenaires internationaux.

Comme l’a résumé Ahmed Karam : « Accélérer, accélérer, accélérer » doit devenir le mot d’ordre pour garantir un approvisionnement énergétique efficace, durable et sécurisé, condition sine qua non d’une croissance économique régulière.

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Telehealth Connect : la Tunisie au cœur des enjeux de la santé numérique

La Tunisie accueille, du 29 septembre au 1er octobre 2026, la première édition tunisienne de Telehealth Connect, un sommet international consacré à la santé numérique, à la télémédecine et aux soins à distance.

Cette manifestation réunit à Tunis des ministres de la Santé, des responsables gouvernementaux, des experts, des décideurs, des investisseurs et des représentants d’entreprises technologiques venus de plus de 30 pays. Elle vise à favoriser l’échange d’expériences, à renforcer les partenariats internationaux et à identifier des solutions concrètes pour améliorer l’accès aux soins grâce aux technologies numériques.

La télésanté désigne l’utilisation des technologies numériques pour assurer ou faciliter des services de santé à distance. Elle comprend notamment la téléconsultation, la télé-expertise, le suivi des patients, l’échange sécurisé de données médicales et l’interprétation à distance des examens.

Dans la pratique, un patient peut être pris en charge dans une région éloignée, tandis qu’un médecin spécialiste, situé dans un autre établissement, analyse son dossier ou ses examens et contribue au diagnostic. Cette approche permet de réduire les distances, d’améliorer l’accès aux compétences médicales et de soutenir les équipes de santé dans les régions intérieures.

Les principaux thèmes du sommet

Telehealth Connect 2026 s’articule autour de quatre axes majeurs :

  • la santé numérique, la télémédecine et l’intelligence artificielle ;
  • la réglementation, la gouvernance des données et la cybersécurité ;
  • les infrastructures, les investissements et les partenariats ;
  • la mise en œuvre des projets et la formation des professionnels de santé.

Les discussions portent également sur les conditions nécessaires au développement durable de la santé numérique, notamment le financement, la protection des données personnelles, l’interopérabilité des systèmes informatiques et la formation des médecins et des personnels paramédicaux.

La Tunisie entend présenter, à l’occasion de ce sommet, son expérience dans le domaine de l’hôpital numérique.

Nous y reviendrons…

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Tunisie-Autriche : Samir Abdelhafidh appelle à renforcer les investissements

A l’occasion du Business Forum Tunisie-Autriche, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a souligné la solidité des relations économiques entre les deux pays et appelé à leur donner une nouvelle impulsion. Il a mis en avant les résultats enregistrés au cours des dernières années, notamment la présence de 26 entreprises à participation autrichienne en Tunisie, représentant 502 millions de dinars d’investissements et 24 469 emplois créés.

Quatre entreprises autrichiennes ont également étendu leurs activités en Tunisie au cours du premier semestre 2026, avec des investissements d’environ 11 millions d’euros. Pour le ministre, ces opérations constituent un signal de confiance dans l’économie tunisienne, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires.

Les échanges commerciaux tuniso-autrichiens ont presque doublé, passant de 603,7 millions de dinars en 2019 à 1,103 milliard de dinars en 2025. Au cours des huit premiers mois de 2026, ils ont déjà atteint 1,3 fois le niveau enregistré sur l’ensemble de l’année.

Samir Abdelhafidh a appelé les entreprises tunisiennes et autrichiennes à renforcer leurs partenariats, notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée, le transfert technologique, l’innovation et l’intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales.

Il a également relevé la reprise soutenue des flux touristiques autrichiens vers la Tunisie, revenus depuis 2024 à des niveaux supérieurs à ceux enregistrés avant la pandémie.

Le ministre a enfin présenté les principales orientations du plan de développement tunisien 2026-2030, qui accorde une place importante à l’énergie, à l’eau, à l’assainissement, aux infrastructures, à la sécurité alimentaire et à la modernisation administrative. Il a invité les investisseurs autrichiens à saisir les opportunités offertes par ces secteurs et réaffirmé la volonté de la Tunisie d’accueillir davantage d’investissements étrangers.

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Tunisie, Libye, Algérie : solidarité régionale et enjeux de souveraineté

Les tensions régionales s’accroissent en Méditerranée et au Maghreb. Certains appellent à soutenir l’Algérie et la Libye face aux pressions extérieures. Tandis que d’autres s’interrogent sur les formes que ce soutien devrait prendre.

Dans son analyse, l’ancien diplomate Elyes Kasri revient sur le rôle de la géographie et de l’histoire dans les relations entre la Tunisie et ses deux voisins que sont l’Algérie et la Libye.

Le poids de la géographie et de l’histoire

Elyes Kasri propose une lecture géopolitique et historique selon laquelle la situation actuelle de la Tunisie s’inscrit dans la longue durée. Il rappelle l’ancienneté de son histoire, de la civilisation du Kef à Carthage, dont l’influence économique et politique s’étendait à une grande partie de la Méditerranée. Il souligne qu’Aristote a consacré un chapitre de La Politique à la constitution carthaginoise, qu’il jugeait équilibrée.

Il rappelle également que la puissance d’un État dépend en partie de son territoire, de ses ressources et de sa position stratégique. Tout en soulignant que le tracé des frontières régionales a été largement façonné à l’époque coloniale.

Des frontières héritées de l’époque coloniale

Avec la Libye, Elyes Kasri évoque le contexte des rivalités italo-françaises en Afrique du Nord dans l’entre-deux-guerres. Et notamment les négociations franco-italiennes de 1935. Il mentionne aussi l’accord conclu en 1955 entre la France et le royaume de Libye, qui a fixé une partie de la frontière tuniso-libyenne.

Avec l’Algérie, il note que la France administrait la Tunisie comme un protectorat et l’Algérie comme un territoire français.Ce qui a influencé le tracé des frontières. Après l’indépendance, la question a été reprise dans les discussions entre Habib Bourguiba et Ferhat Abbas en 1961, puis dans la convention de délimitation signée en janvier 1970.

Les ressources énergétiques

Elyes Kasri met en avant l’enjeu que représentent les ressources en hydrocarbures dans ces délimitations, terrestres comme maritimes, notamment pour le plateau continental et le gisement de Bouri.

Pour l’ancien diplomate, ces éléments historiques éclairent les relations actuelles entre la Tunisie et ses voisins. De même, ils rappellent l’intérêt d’une coopération régionale fondée sur le dialogue et la prise en compte de l’histoire commune.

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L’affaire Yakine : une adolescente brisée, une société qui s’interroge

L’affaire Yakine a secoué la toile, et à travers elle, toute une société. La victime est une adolescente de 15 ans, violée par plusieurs personnes. D’après les faits rapportés par plusieurs médias, tout aurait commencé au quartier de Melassine, à Tunis. Manipulée par une amie qui l’aurait invitée à prendre un café, la jeune fille aurait ensuite été séquestrée, puis agressée avec une brutalité inouïe.

Une enquête a été ouverte par les services de sécurité de Sijoumi afin d’établir les faits et d’identifier les personnes impliquées. Plusieurs descentes ont été effectuées et la police reste mobilisée. Selon les dernières informations, l’adolescente a été transportée d’urgence à l’hôpital, où son état demeure critique. À ce stade, aucune communication officielle n’a été publiée par les autorités. L’affaire reste donc entre les mains des enquêteurs.

Mais au-delà du volet judiciaire, il y a une jeune fille dont la vie a été brisée. Aucune peine, même la plus lourde, ne lui rendra sa dignité ni n’effacera le choc qu’elle porte désormais. Elle aura besoin de temps, de soins et d’un soutien immense pour se reconstruire.

Face à l’horreur, beaucoup réclament la peine de mort pour les violeurs. D’autres s’inquiètent de cet emballement, qui leur rappelle les chasses aux sorcières : une foule qui envahit un village, exige qu’on brûle la « coupable », puis s’amuse du spectacle. Aujourd’hui, on réclame des exécutions alors que personne ne sait encore qui a fait quoi.

Enfin, le problème est-il résolu ? Non. Sans chercher à minimiser les atrocités commises, avons-nous trouvé des solutions pour ces jeunes ? Non. Ont-ils autre chose à faire que d’errer dans leurs quartiers ? La situation est révoltante. On ne se soucie pas de la nouvelle génération, surtout des plus démunis. Alors, on se demande si c’est la peine de mort qui produira une société meilleure? Plusieurs voix insistent à dire que la prison seule n’est pas une solution. Il faudrait plutôt un cadre comme celui de l’armée, où ils apprendraient un métier, liraient, découvriraient un autre mode de vie et l’amour de leur pays.

Rien désormais ne pourra faire oublier le calvaire que la jeune Yakine a subi. Sa vie est brisée à jamais et le chemin de la reconstruction sera long et difficile. Pourquoi vivons-nous dans ce monde de brutes où le mal domine malheureusement ? Peut-on s’attendre à des jours meilleurs ? Rien ne semble poindre à l’horizon.

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Rapport Banque mondiale : l’analyse de Ridha Chkoundali

Dans son rapport de septembre 2026, « Le défi de l’eau en Tunisie : de la rareté à la résilience », la Banque mondiale dresse un tableau contrasté de l’économie tunisienne : une reprise modeste après la quasi-stagnation de 2023, mais des déséquilibres structurels profonds et des pressions financières croissantes. Le PIB réel a rebondi à +2,7 % en 2025 et devrait se stabiliser autour de +2,3 % en 2026, porté par l’agriculture (+11,7 % en 2025), les industries agroalimentaires (+8,9 %) et les industries mécaniques et électriques (+4,6 %), tandis que les hydrocarbures (-8,2 % en 2025), le textile (-3,3 %) et le BTP (-1,6 %) reculent.

Le déficit du compte courant a augmenté de 49 % en valeur nominale au premier semestre 2026, avec un déficit énergétique représentant 53 % du déficit commercial total, et les réserves de change ont chuté brutalement en juillet (de 101 à 92 jours d’importations après le remboursement d’un Eurobond de 700 millions d’euros) avant une légère reconstitution fin août à 98 jours grâce à des financements extérieurs (500 millions USD de la BADExim et 312 millions USD du Fonds monétaire arabe).

Pour l’économiste Ridha Chkoundali, ce diagnostic confirme une croissance « à deux vitesses », tirée par un secteur offshore performant mais incapable de compenser le déficit structurel du secteur onshore, qui ne couvre que 44 % de ses besoins. Cette dualité, selon lui, illustre la fragilité d’une reprise largement dépendante des aléas climatiques et des conjonctures extérieures, sans transformation structurelle du tissu productif local.

Sur le marché du travail, le taux de chômage officiellement en baisse à 14,9 % au deuxième trimestre 2026 masque une destruction nette de 58 000 emplois, principalement féminins (-72 000 postes contre +14 000 pour les hommes), et un taux d’activité des femmes structurellement bas (27 % contre 63,3 % pour les hommes). Ridha Chkoundali insiste sur le caractère « statistiquement trompeur » de ce recul du chômage, qui traduit davantage un retrait de la population active qu’une création réelle d’emplois, et met en garde contre le gaspillage de capital humain que représente la sous-participation féminine.

Pour Ridha Chkoundali, les recommandations de la Banque mondiale, bien que techniquement cohérentes, comportent cinq paradoxes majeurs. D’abord, l’ajustement des tarifs de l’eau et de l’irrigation, destiné à réduire les déficits de la SONEDE et de l’ONAS, risque d’alourdir l’inflation alimentaire et de pénaliser les ménages modestes dans un contexte de contraction du pouvoir d’achat.

Ensuite, la critique du financement interne via la Banque centrale ignore l’absence d’alternatives externes réalistes : pas d’accord avec le FMI, accès bloqué aux marchés internationaux et remboursement de dettes majeures laissent l’État sans marge de manœuvre.

Troisièmement, l’accent mis sur la libéralisation néglige la nécessité d’une politique industrielle pour le secteur onshore, affaibli par une faible intégration dans les chaînes de valeur, un manque de financement et des contraintes logistiques.

Quatrièmement, le recours aux PPP pour le dessalement constitue un pari énergétique risqué dans un pays où le déficit énergétique pèse lourdement sur la balance commerciale, avec le danger de transformer ces contrats en dettes conditionnelles futures. Enfin, la loi sur les chèques de 2024 montre comment des mesures répressives, sans alternatives numériques efficaces, élargissent l’économie parallèle et réduisent la liquidité bancaire disponible pour l’investissement.

Au total, Ridha Chkoundali juge le diagnostic de la Banque mondiale précieux, mais appelle à une adaptation fine des réformes aux réalités sociales, énergétiques et géoéconomiques tunisiennes.

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Réformer l’ONU : mission possible ?L’analyse d’Ezzeddine Zayani

Plus de 80 ans après sa création, l’ONU fait l’unanimité : elle est dépassée. Entre l’initiative « ONU80 », le Pacte de l’avenir et un Conseil de sécurité verrouillé par le droit de veto, l’organisation semble prisonnière de sa propre charte. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani interroge : l’ONU est-elle cette structure dépassée ou un outil diplomatique indispensable ?

Dans cette intervention, relayée par L’Économiste maghrébin, l’ancien diplomate Ezzeddine Zayani interroge la capacité de l’Organisation des Nations unies à se réformer, plus de huit décennies après sa fondation en 1945. Il part du constat que l’ONU, née pour incarner la diplomatie multilatérale, traverse aujourd’hui une crise profonde du multilatéralisme. 

Cette crise, autrefois latente pendant la Guerre froide, s’exprime désormais de façon manifeste à travers des rivalités féroces entre grandes puissances, oscillant entre volonté de protection et logiques de défiance. Si les pratiques multilatérales demeurent omniprésentes, elles ont été fragilisées par les bouleversements géopolitiques contemporains. Il observe ainsi un recul progressif de l’universalisme au profit d’un pluralisme normatif adapté aux nouveaux rapports de force. L’ONU, véritable caisse de résonance du système international, subit de plein fouet ces mutations.

À 81 ans, un consensus se dégage : l’Organisation est dépassée certes  par les événements. En revanche, aucun accord n’existe sur la solution à apporter. Le Secrétaire général Antonio Guterres lui-même a reconnu, le 24 octobre 2025, l’urgence et l’impérieuse nécessité de réformer le Conseil de Sécurité pour préserver un ordre mondial dont la légitimité s’effrite.

Ezzeddine Zayani identifie trois chantiers parallèles engagés à cet effet: le premier est l’initiative « ONU80 », lancée en mars 2025 à l’occasion du 80e anniversaire de l’Organisation. Structurée autour de trois axes:  gagner en efficacité, réévaluer les mandats existants et adapter l’architecture organisationnelle à des moyens financiers en régression constante. Cette réforme reste de nature purement administrative et devrait se traduire par des suppressions de postes.

Le deuxième chantier est le Pacte de l’avenir, adopté en septembre 2024, qui appelle explicitement à ouvrir des négociations sur la réforme du Conseil de Sécurité et sur l’architecture de la paix. C’est ici que se situe, selon lui, le véritable nœud du débat. Comment réformer un Conseil composé de quinze membres, dont cinq permanents disposant du droit de veto ? Les critiques sont nombreuses et convergentes : la composition actuelle reflète le monde de 1945 et non celui de 2026 ; l’Afrique, qui accueille près de la moitié des opérations de paix, ne dispose d’aucun siège permanent ; l’Asie, pourtant très peuplée, n’est représentée de façon permanente que par la Chine ; enfin, le droit de veto paralyse l’action de l’ONU face aux grandes crises contemporaines, à Gaza comme en Ukraine, empêchant trop souvent l’organisation d’alléger les souffrances des populations.

Le troisième chantier, moins développé, concerne le renouvellement de la gouvernance : Antonio Guterres, qui achèvera son second mandat et quittera l’ONU en décembre prochain, a réaffirmé sa position lors du sommet des BRICS tenu à New Delhi les 11 et 12 septembre 2026, rappelant que les réalités de 2026, économiques, démographiques et géopolitiques  ne sont plus celles de 1945, et que les structures institutionnelles doivent impérativement s’y adapter.

In fine, l’ancien diplomate revient sur la question budgétaire, plaidant pour une révision des contributions des États membres : aujourd’hui, seuls dix pays financent à eux seuls 72 % du budget ordinaire (États-Unis, Chine, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Corée du Sud et Russie), tandis que des pays prospères ou pétroliers devraient davantage contribuer, notamment au budget du maintien de la paix.

Il conclut en citant Ferid Belhaj, ancien vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, qui appelle le futur Secrétaire général à recentrer l’action onusienne sur la paix et la sécurité, condition sine qua non du développement. 

Lire aussi: Tribune de Ferid Belhaj : « Recentrer l’ONU sur la paix grâce à l’article 99 »

Ezzeddine Zayani rappelle d’ailleurs que l’ONU a mieux résisté que son ancêtre, la Société des Nations, dissoute en 1946, vingt-sept ans après sa création en 1919.

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La CONECT appelle à soutenir l’investissement et la compétitivité des entreprises

Réuni le 26 septembre 2026 à Kairouan, le conseil d’administration de la CONECT a examiné plusieurs questions liées à l’investissement, au développement régional et à la compétitivité des entreprises.

Le CA de la CONECT a pris connaissance de la Plateforme nationale de l’investisseur, présentée par la TIA, en appelant à la faire connaître davantage. En ce sens que cet outil doit contribuer à simplifier les procédures et à réduire les délais administratifs.

Les participants ont également salué le projet de la Cité médicale des Aghlabides à Kairouan, présenté comme un exemple du potentiel d’investissement dans les régions de l’intérieur.

Lire aussi — Cité médicale des Aghlabides : Faouzi Ghrab succède à Mohamed Fadhel Hassioun

La réunion a aussi permis d’approuver les états financiers de la Confédération pour 2025, d’examiner le bilan de ses activités au deuxième trimestre 2026 et de suivre l’avancement du projet de label de responsabilité sociale.

La CONECT a par ailleurs évoqué la situation des bureaux de contrôle technique, dont la cessation d’activités est prévue le 16 octobre 2026, appelant à trouver des solutions aux difficultés du secteur.

Les relations économiques avec les pays voisins ont également été abordées, notamment le partenariat stratégique envisagé entre la Tunisie et l’Algérie à la suite d’une mission économique organisée du 22 au 24 septembre 2026 par Conect International.

Enfin, le Conseil a discuté des propositions de la CONECT pour le projet de loi de finances 2027. La Confédération souhaite en effet défendre l’investissement, la production et la compétitivité des entreprises. Et ce, tout en préservant l’équilibre des finances publiques.

Au final, la CONECT a réaffirmé son engagement à contribuer de manière constructive au développement de l’économie nationale. 

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La Tunisie autrement, le reportage inédit de 50’ Inside

Et si la Tunisie ne se résumait ni à ses plages ni aux formules « all inclusive » ? Dans un reportage diffusé samedi 26 septembre 2026 sur TF1, l’émission 50’ Inside dévoile une Tunisie comme vous ne l’avez jamais vue, loin des clichés classiques. Entre lagunes turquoises, villages berbères, expériences haut de gamme, gastronomie créative et paysages sauvages, on reconnaît une Tunisie plurielle, authentique et innovante, portée par une nouvelle génération d’entrepreneurs.

L’émission 50’ Inside sur TF1 a choisi de mettre la Tunisie à l’honneur dans un numéro spécial diffusé samedi 26 septembre 2026, à 18 heures sur la chaîne privée française.

Intitulé comme une invitation au voyage, ce reportage présente une Tunisie loin des stéréotypes liés au tourisme balnéaire classique. De Djerba à Zarzis, de Hammamet à Tunis, jusqu’aux paysages sauvages du nord, il met en lumière des expériences originales, des lieux préservés et des initiatives privées qui contribuent à renouveler l’image de la destination.

Cette mise en lumière doit beaucoup à Nour Jelassi, qui a participé à la réalisation du reportage. Après avoir commencé sa carrière par un stage à Canal+ à l’âge de 22 ans, elle a travaillé pendant dix ans dans le milieu audiovisuel et développé un vaste réseau professionnel. Grâce à sa connaissance du terrain et de nombreux acteurs du secteur, elle a contribué, avec la réalisatrice de TF1, à organiser ce voyage au cœur d’une Tunisie rarement montrée à la télévision.

Le reportage commence dans la lagune de Zarzis, à une dizaine de kilomètres de Djerba. Dans ses eaux turquoises, une famille de touristes suisses observe des dauphins, dont une mère accompagnée de son petit. Encore absente de la plupart des guides touristiques, cette lagune révèle le potentiel d’un tourisme plus discret, fondé sur la nature, l’authenticité et la découverte.

Des expériences hors des sentiers battus

Le reportage suit également Sophie Galaoui, créatrice de voyages personnalisés, qui fait découvrir à ses clients une Tunisie éloignée des circuits traditionnels. À Djerba, elle visite Djerbahood, un village transformé en musée à ciel ouvert grâce à plus de 150 œuvres murales réalisées par des artistes tunisiens et internationaux.

À Hammamet, une famille marseillaise choisit de séjourner dans une villa privée plutôt que dans un complexe hôtelier. Louée 280 euros la nuit, la villa offre trois chambres, une piscine privée et un cadre confortable pour six personnes. Les visiteurs profitent également d’activités nautiques accessibles, confirmant l’attrait de la Tunisie pour les touristes étrangers à la recherche d’un bon rapport qualité-prix.

Tunis, capitale de la nouvelle scène touristique

À Tunis, le reportage s’intéresse à une nouvelle génération d’entrepreneurs qui ambitionne de repositionner la capitale sur la carte des destinations méditerranéennes en vogue. Hédi Dhaoui, jeune homme d’affaires, développe des lieux hybrides associant restauration, hôtellerie, gastronomie et loisirs.

Dans son restaurant familial à Gammarth, il invite le chef français Clotaire Poirier, finaliste de Top Chef 2024, à imaginer un dîner gastronomique à partir de produits tunisiens. Boutargue, oursins, langouste, calamars, sardines, crevettes et figues de Barbarie composent un menu en sept temps, proposé à 240 dinars par personne.

Même une coupure d’électricité, survenue pendant les préparatifs, ne parvient pas à perturber l’événement. Après plusieurs heures d’incertitude et grâce à un système D, le dîner se déroule finalement avec succès.

Enfin, le reportage emmène les téléspectateurs dans le nord de la Tunisie, notamment aux îles Cani, près de Bizerte. Falaises, criques isolées, eaux turquoises et paysages sauvages offrent un contraste saisissant avec les stations balnéaires traditionnelles.

À travers ces différentes étapes, 50’ Inside dévoile une Tunisie plurielle, vivante et en pleine transformation. Une destination qui mise désormais sur son patrimoine, sa gastronomie, sa nature, sa culture et son hospitalité pour attirer des visiteurs en quête d’expériences nouvelles, une Tunisie comme on ne l’avait encore jamais vue, loin du schéma classique.

Bienvenue en Tunisie 

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Port d’Enfidha: le compte à rebours est lancé, les travaux annoncés pour début 2028

Trente-huit ans après les premières annonces, dix-huit ans après le lancement des études, le projet de port en eau profonde d’Enfidha vient de franchir une étape que les acteurs économiques attendaient depuis longtemps: une date. Lors de la conférence «Seaports Days», qui s’est tenue le mardi 22 septembre à Tunis, le ministre des Transports, Rachid Amri, a annoncé que les travaux débuteraient au début de l’année 2028, soit dans un peu moins d’un an et demi.

Concrètement, cela signifie une révision des données techniques, économiques et environnementales à l’aune des standards de 2026: coûts de construction, exigences réglementaires, technologies portuaires et, surtout, le montant global du projet, évalué dans les années 2020 autour de 5 milliards de dinars, un chiffre qui devra être revu à la hausse compte tenu de l’inflation cumulée depuis lors.

Le nerf de la guerre: un financement encore ouvert

Sur la question du financement, celui qui, historiquement, a le plus souvent enterré ce type de projet en Tunisie, Rachid Amri est resté volontairement large. Il a indiqué que toutes les pistes sont à l’étude, qu’il s’agisse de prêts souverains ou institutionnels, ou de partenariats avec des opérateurs privés. Aucune option n’a été exclue, mais aucune n’a non plus été formellement retenue.

Pour les managers et décideurs économiques, ce flou reste le point à surveiller de près. La présence, lors de cette même conférence, de représentants de la DFC (U.S. International Development Finance Corporation) et d’acteurs privés américains intéressés par les ports en eau profonde laisse penser qu’un schéma de partenariat public-privé (PPP), voire un montage de financement de projet (“project finance”) associant garanties et lignes de crédit est sérieusement à l’étude, sans qu’aucune confirmation officielle n’ait été apportée sur la structure retenue. De son côté, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, a souligné que la Tunisie dispose d’une vision claire pour le développement et la modernisation de son secteur maritime, mais qu’elle a besoin de partenaires capables de l’accompagner dans la concrétisation de cette ambition. Interrogé sur la contribution potentielle des institutions et des experts américains, il a indiqué que les entreprises américaines bénéficient d’une expérience importante dans la réalisation de grands projets d’infrastructure, aussi bien aux États-Unis qu’à l’international. Selon lui, leur expertise couvre notamment la construction et la modernisation des ports ainsi que la construction navale, tout en intégrant le respect des normes internationales de qualité et de sécurité, de même que la souveraineté nationale des pays partenaires. L’ambassadeur a également mis en avant leur capacité à proposer des solutions de financement et à soutenir la mise en œuvre de projets structurants.

Dans ce cadre, il a relevé la participation de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) à l’atelier consacré au développement du secteur portuaire tunisien. Cette rencontre a permis de réunir des entreprises américaines intéressées par les infrastructures portuaires, notamment les ports en eau profonde, ainsi que des institutions financières disposées à accompagner ce type de projets. Ces acteurs, a-t-il précisé, disposent d’une longue expérience et sont prêts à la partager avec leurs partenaires tunisiens.

Concernant le projet du port en eau profonde d’Enfidha, Bill Bazzi a confirmé l’intérêt d’entreprises américaines susceptibles d’y participer. Il a estimé que les entreprises et institutions américaines peuvent offrir à la Tunisie une offre intégrée combinant ingénierie de pointe, expertise technique, respect des standards internationaux et mécanismes de financement adaptés.

Cette approche pourrait également concerner la modernisation des ports de Radès, Bizerte, Zarzis et Gabès, qui constituent des infrastructures essentielles pour renforcer la compétitivité logistique de la Tunisie, soutenir les échanges commerciaux et améliorer son intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales.

Reste que l’histoire du projet d’Enfidha est jalonnée de dates annoncées puis reportées. L’annonce d’un démarrage «début 2028» constitue donc moins une certitude qu’un engagement politique à tenir.

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Prix FABA 2026: une 6e édition marquée par la diversité et l’ancrage tunisien

La sixième édition du prix littéraire de la Fondation Abdelwaheb Ben Ayed (FABA), remise le 27 septembre 2026, à Gammarth, met en lumière la vitalité du roman tunisien en arabe et en français. 

Entre originalité des thèmes, ancrage local et niveau élevé des manuscrits, le jury a eu «beaucoup de mal» à établir sa short-list et à désigner les lauréats. Le jury, composé d’universitaires, d’enseignants et d’acteurs culturels, a été constitué avec un souci d’équilibre entre genres et générations, associant voix expérimentée et regards plus récents, dans une dynamique de débats croisés entre littérature arabe et littérature française. Parmi les membres du jury figurent Hend Soudani, universitaire et professeure de littérature, ainsi que Raouf Medelgi, enseignant de français, acteur culturel et écrivain. Concernant les critères de sélection, la présidente du jury Samia Kassab Charfi insiste sur l’importance de la lecture, présentée comme une “nécessité de santé mentale”. Le jury a examiné un nombre important d’ouvrages, retenant avant tout l’originalité, la force de la création littéraire, la capacité du livre à captiver le lecteur ainsi que la modernité de l’écriture.

Des short-lists mises en avant

Cette année, le prix s’est concentré sur deux catégories principales: le roman en langue arabe et le roman en langue française, avec trois finalistes dans chacune. 

Roman en langue arabe (3 finalistes)

القلادة الروسية — Mohamed Issa Almouaddab

كوميديا الجنائز — Sofien Rjab

حلم الحلزون — Aymen Daboussi

Lauréats: Mohamed Issa Almouaddab et Sofien Rjab

Roman en langue française (3 finalistes) 

L’Aube poindra aux heures prochaines: Taha Laghmani (Éditions Demeter)

Abba Abba, la pierre de convoitise: Soufiane Ben Farhat (Éditions Arcadia)

La Maison qui parle: Zouhaïr Ben Amor (Contraste Éditions)

Lauréats: Soufiane Ben Farhat et Zouhaïr Ben Amor.

Les lauréats des deux catégories ont été proclamés lors de la cérémonie du 27 septembre 2026, chacun recevant un prix de 10 000 dinars. Raouf Medelgi souligne que la particularité de cette édition réside dans la qualité des romans reçus, «assez prometteurs» tant sur le plan du style que de l’histoire et des spécificités de l’écriture. «C’était très difficile de les départager», explique-t-il, notant que le jury a eu «beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal» à établir la short-list et à désigner un gagnant.

Pour arriver à ces six romans finalistes, le jury a examiné 16 romans en français et 12 romans en arabe, “ tous méritants”.

Ancrage tunisien et originalité des thèmes

Hend Soudani relève, pour les romans en langue arabe, des thématiques originales: traitement des minorités, références au théâtre, éléments mythologiques. Du côté des romans en français, le jury a noté une forte «localisation» des récits: Takrouna chez Sofiane Ben Farhat, Zahra chez Zouhaïr Ben Amor, etc. Cette écriture de l’histoire tunisienne, sur des lieux précis, donne une visibilité internationale à la Tunisie tout en traitant de thèmes universels. Interrogée sur une phrase ou un mot-clé résumant cette édition, Hend Soudani propose “diversité, ancrage tunisien et originalité”. Raouf Medelgi, pour sa part, qualifie cette édition en trois mots: “passionnante, agréable et prometteuse”. Au final, cette sixième édition des prix FABA illustre non seulement la richesse de la production littéraire tunisienne, mais aussi le rôle essentiel du livre dans l’éducation, la formation de l’esprit critique et le développement culturel.

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IACE – Code du travail : 43,9 % des Tunisiens hors-jeu

Soixante ans après la promulgation du Code du travail en 1966, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) publie une étude dressant un état des lieux sans équivoque de la situation du travail. 

Selon ce diagnostic, le texte ne couvre plus qu’à moitié la réalité du marché : d’après la Banque mondiale, 43,9 % de la population active évolue hors de son champ d’application; tandis que l’économie informelle représenterait entre 35 % et 40 % du PIB (FMI, 2023). En six décennies, plus de 100 révisions partielles ont été adoptées, produisant ce que l’institut qualifie de « piège de l’équilibre législatif ». A savoir : un consensus sur l’existence de déséquilibres structurels, mais une réticence générale à engager une réforme globale.

L’IACE avance un diagnostic chiffré alarmant

Le tableau dressé par l’IACE est particulièrement sombre. Le taux de chômage atteint 15,2 % en 2025, grimpant à 24,2 % chez les diplômés du supérieur. Les inégalités de genre restent marquées : le chômage des femmes (20,7 %) est presque le double de celui des hommes (12,3 %). Et ce, alors même qu’elles représentent 57,4 % des diplômés universitaires mais seulement 33,6 % de la population active. La Tunisie se classe ainsi 152ᵉ sur 190 pays dans le rapport « Femmes, Entreprises et Droit » de la Banque mondiale.

Par ailleurs, les caisses sociales traversent une crise profonde. Le déficit du régime de retraite dépasse 1,1 milliard de dinars. Tandis que celui de la sécurité sociale atteint 1,4 milliard, avec un ratio actif-retraité tombé à 2,7 pour 1, contre 5 à 6 dans les années 1970-1980. 

Sur la base de 11 contributions d’experts, l’IACE dégage six points de consensus « très élevé » : l’adoption d’un nouveau Code du travail; l’encadrement du télétravail et des plateformes; le renforcement du lien entre droit du travail et sécurité sociale; l’activation du Conseil national du dialogue social; et la séparation du contrôle et de la conciliation au sein de l’inspection du travail.

La sous-traitance, interdite et pénalisée par la révision de 2025, reste le sujet le plus tranchant : les partisans de la protection sociale veulent maintenir l’interdiction en assouplissant les sanctions; alors que les défenseurs de la flexibilité économique prônent une réorganisation plutôt qu’une interdiction totale. 

Des comparaisons internationales éclairantes

Les comparaisons internationales viennent étayer l’argumentaire de l’IACE. Le Danemark affiche un chômage de 4,9 % contre 15,2 % en Tunisie, avec des indemnités couvrant 90 % du salaire pendant deux ans. L’Allemagne a réduit son chômage de 11 % à 5 % en une décennie grâce aux réformes Hartz. Le Maroc a mis neuf ans à bâtir son Code du travail par le dialogue, contre une révision tunisienne de 2025 jugée précipitée…

La question est de savoir ce qu’il en est sur le plan économique. L’intégration compte 30 % des 1,82 million de travailleurs informels. Ce qui rapporterait entre 325 et 400 millions de dinars par an aux caisses sociales, soit le quart de leur déficit annuel. 

Par ailleurs, d’un point de vue  attractivité, la Tunisie n’occupe que la 12ᵉ place africaine pour l’investissement, loin derrière le Maroc (5ᵉ) et l’Égypte (3ᵉ), qui ont modernisé leur droit du travail.

Les quatre scénarios possibles 

Face à ce constat, quatre scénarios sont proposés : la poursuite des révisions partielles (impasse); un nouveau Code global (3 à 5 ans, jugé le plus réaliste); une séparation travail/emploi en deux codes (4 à 6 ans); ou une réforme stratégique de tout le système social (5 à 10 ans).

En somme, l’IACE recommande de combiner des mesures immédiates (0-6 mois, largement consensuelles), des réformes institutionnelles (12-36 mois) et un processus participatif vers un nouveau Code (36-60 mois), à condition d’un dialogue social réel, leçon tirée des échecs de 1994, 1996 et 2025, adoptés sans concertation suffisante. 

Graphique généré par l'IA
Graphique généré par l’IA

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