❌

Lese-Ansicht

Entreprises tunisiennes et transition vers l’industrie 4.0

Un séminaire consacré au lancement du «Programme d’accompagnement des entreprises industrielles dans leur transition numérique vers l’industrie 4.0» se tiendra le 30 septembre 2026 à l’Hôtel Royal Asbu, à Tunis.

Cette rencontre, organisée par le Hub Industrie 4.0 de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii), en partenariat avec le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie et la Giz, l’agence de coopération pour le développement allemande, dans le cadre de l’initiative nationale «Vers une Industrie 4.0 en Tunisie», s’inscrit dans la dynamique nationale visant à accompagner les entreprises industrielles tunisiennes dans l’adoption des technologies numériques, l’amélioration de leur compétitivité et l’accélération de leur transformation vers des modèles de production plus intelligents et performants.

Au programme, la présentation des services et dispositifs d’accompagnement proposés par le Hub Industrie 4.0, ainsi que du dispositif d’accompagnement à la transformation numérique des entreprises industrielles et de l’outil Tunisian Intelligent Manufacturing Assessment (Tima), destiné à évaluer le niveau de maturité Industrie 4.0 des entreprises et à identifier leurs axes prioritaires de transformation.

Ce séminaire, qui réunira des représentants des institutions publiques, des partenaires de la coopération, des experts ainsi que des entreprises industrielles tunisiennes, constituera une occasion de présenter les mécanismes mis à leur disposition pour les accompagner concrètement dans leur parcours de transformation numérique.

Ce sera aussi l’occasion pour des échanges autour des enjeux et des opportunités liés à la transition numérique de l’industrie tunisienne.

L’article Entreprises tunisiennes et transition vers l’industrie 4.0 est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Stress professionnel élevé chez les employées du secteur privé en Tunisie

Une étude scientifique menée entre mai 2018 et décembre 2019, auprès de 1 042 femmes ayant une moyenne d’âge de 33,3 ans, employées dans des entreprises affiliées au groupement de médecine du travail du gouvernorat de Sousse, a mis en évidence l’impact significatif du stress professionnel sur la qualité de vie et la santé mentale des femmes travaillant dans le secteur privé en Tunisie.

Pour parer à cette situation, l’étude préconise le renforcement des mécanismes de soutien et de gestion du stress au sein de l’environnement de travail.

Les résultats, présentés par l’agence Tap, mettent en évidence un niveau élevé de stress professionnel chez 14,4 % des femmes, tandis que 11,3 % d’entre elles souffraient d’un stress professionnel associé à un isolement social.

En ce qui concerne la qualité de vie, l’indice moyen de santé physique perçue chez les participantes s’est établi à 38,83 points, contre 43,19 points pour l’indice de santé mentale ; à titre de comparaison, une situation normale correspond à un indice compris entre 50 et 70 points, tandis que la situation idéale atteint 100 points.

La santé mentale est apparue comme l’aspect le plus affecté, l’étude ayant relevé une détérioration de la qualité de vie mentale chez 86,8 % des participantes.

L’étude conclut que le stress professionnel constitue un facteur déterminant de la qualité de vie perçue chez les femmes travaillant dans le secteur privé en Tunisie, en raison de ses répercussions sur leur santé mentale et physique ainsi que sur l’équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle.

Elle préconise la mise en place de mesures de soutien psychosocial et de gestion du stress professionnel au sein des entreprises, ainsi que l’amélioration des conditions de travail, afin de favoriser le bien-être des travailleuses et d’atténuer les effets négatifs du stress lié au travail.

I. B.

L’article Stress professionnel élevé chez les employées du secteur privé en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

La production de la grenade tunisienne en hausse de 8%

La production de la grenade en Tunisie a connu une croissance globale remarquable entre 2010 et 2026, hissant le pays parmi les 10 premiers producteurs mondiaux. Cette filière est passée d’un statut de culture traditionnelle à celui de secteur agro-industriel hautement stratégique.  La production est passée de 70 000 tonnes en 2016 à 106 000 tonnes en 2021 avec l’entrée en production des jeunes vergers. Pour cette saison 2026, les estimations affichent un net redressement de 8 % avec 98 000 tonnes attendues.

La saison d’exportation des grenades tunisiennes débutera le 29 septembre courant pour les variétés locales, avec l’adoption d’un prix de référence évolutif, actualisé au fil de la saison en fonction des conditions du marché ainsi que de l’offre et de la demande.

Tarek Tira, sous-directeur du développement des exportations au Groupement interprofessionnel des fruits (Gifruits), a déclaré à l’agence Tap que la fixation de cette date faisait suite à une réunion de travail tenue avant-hier, jeudi, au siège du groupement.

Cette réunion a rassemblé la Direction générale de la production agricole, des représentants des Commissariats régionaux au développement agricole (CRDA) des principales zones de production, ainsi que des représentants de la profession.

La détermination de la date de commercialisation à l’exportation de ce fruit a été décidée après le suivi des indicateurs de maturité et de coloration des grenades, et en coordination avec les différentes parties prenantes.

Concernant la nouvelle récolte de grenades, le responsable a indiqué que la production nationale a atteint 98 000 tonnes, contre 91 000 tonnes l’année précédente, soit une hausse de 8 %, et ce, malgré une réduction de 15 % des superficies cultivées — une baisse principalement attribuée aux facteurs climatiques ayant affecté le secteur.

M. Tira a précisé que les exportations de grenades ont atteint, au 31 décembre 2025, un volume de 9 791 tonnes pour une valeur avoisinant les 34,3 millions de dinars, contre 11 459 tonnes exportées à la même date en 2024 pour une valeur de 29,7 millions de dinars ; cela représente un recul de 15 % en termes de volume, mais une augmentation de 16 % en termes de valeur.

Le porte-parole a indiqué qu’il a été convenu, lors de la réunion susmentionnée, d’élaborer un programme de promotion de la grenade sur le marché intérieur. Ce programme prévoit la création de supports publicitaires et d’un spot promotionnel pour la grenade tunisienne en arabe et en français, accompagnés de sous-titres en anglais.

Par ailleurs, le groupement participera au Salon international de l’investissement agricole et de la technologie (Siat), prévu du 28 au 31 octobre 2026, ainsi qu’à diverses manifestations régionales et locales liées à la filière de la grenade, notamment le Festival de la grenade de Testour, le Festival de la grenade de Kettana et le Salon international des développements agricoles et hydrauliques de Gabès.

Il a également été convenu d’organiser des activités de promotion de la grenade tunisienne et de ses dérivés en marge de la journée de présentation du salon MacFrut, prévue pour le 20 octobre 2026, au Rimini Expo Centre, en Italie, ainsi que de lancer une campagne d’affichage pour faire connaître la grenade tunisienne et ses atouts.

Concernant le programme de promotion internationale de la grenade tunisienne, M. Tira a indiqué qu’une participation au salon Sial à Paris est prévue du 17 au 21 octobre 2026, l’objectif étant de renforcer la présence de la grenade tunisienne et de ses produits sur les marchés internationaux et d’établir des relations avec des opérateurs économiques et des importateurs.

Un accord a été conclu avec les différentes parties prenantes pour participer au salon international Fruit Attraction à Madrid (Espagne), du 6 au 8 octobre 2026, afin de faire connaître et de promouvoir la grenade tunisienne, ainsi que d’explorer de nouvelles opportunités commerciales. Par ailleurs, des activités d’animation et de promotion seront organisées sur le marché italien — notamment aux marchés de gros de Rome et de Milan — pour stimuler la demande et faire découvrir aux professionnels et aux acheteurs les caractéristiques et la qualité du produit tunisien.

Une campagne d’affichage sera également déployée au point de passage de Ras Jedir (sud-est) à la frontière avec la Libye pour promouvoir la grenade tunisienne et renforcer sa visibilité auprès des consommateurs et des opérateurs économiques, en particulier durant le pic de la saison.

Il convient de noter qu’en 2025, la Tunisie a exporté des grenades vers une dizaine de pays à travers le monde.

I. B.

L’article La production de la grenade tunisienne en hausse de 8% est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Les trois raisons de la baisse des ressources halieutiques tunisiennes

Les ressources halieutiques de la Tunisie sont en baisse constante, et ce pour trois raisons principales, résumée par Salah Charfeddine, président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche à Mahdia, lors de son intervention ce samedi 26 septembre 2026, sur Diwan FM.

La première raison réside dans la prolifération de la pêche au chalut (technique de pêche qui consiste à tracter un grand filet en forme de cône à l’aide d’un ou plusieurs navires  ), une pratique qui, selon lui, n’a pas été combattue par les autorités compétentes, a expliqué Charfeddine.

La deuxième raison tient aux mauvaises conditions météorologiques et aux coupures d’électricité, facteurs ayant entraîné une réduction du nombre de jours de travail, sachant qu’auparavant, la durée d’activité atteignait 180 jours, alors qu’elle ne dépasse pas actuellement les 100 jours.

La troisième raison est la hausse des prix du carburant ainsi que l’augmentation de 100 % du coût du matériel de pêche.

Ces facteurs, conjugués à l’absence de soutien, ont pesé sur l’activité des marins-pêcheurs.

Rappelons que la production du secteur de la pêche en Tunisie tourne autour de 150 000 tonnes par an, pour une valeur globale dépassant les 1,5 milliard de dinars.

Cependant, la production de la pêche et de l’aquaculture a connu une évolution contrastée entre 2010 et 2026, marquée par la stagnation de la pêche traditionnelle en mer et la forte progression de l’aquaculture.

Pour compenser la baisse potentielle des ressources sauvages, l’aquaculture s’impose comme le nouveau moteur du secteur. La production aquacole est passée d’environ 11 700 tonnes au milieu des années 2010 à plus de 23 000 tonnes en 2024, avec un objectif étatique fixé à 35 000 tonnes d’ici 2030.

Elle représente aujourd’hui 17% de la production totale.  

I. B.

L’article Les trois raisons de la baisse des ressources halieutiques tunisiennes est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi | Autopsie d’un pays qui ne dort plus

Avec ‘‘Rêve(s)… Comédie noire’’, présentée au Théâtre des Régions à Tunis, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi signent bien plus qu’une nouvelle création de Familia Production. Ils livrent un diagnostic. Celui d’une société qui a cessé de distinguer la veille du cauchemar, et qui ne sait plus très bien si elle rêve encore ou si elle se contente de survivre à ses nuits.

Abdelhamid Larguèche

Il existe des œuvres qui divertissent, d’autres qui instruisent. Et puis il y a celles qui dérangent parce qu’elles disent tout haut ce que chacun sait tout bas. ‘‘Rêve(s)’’ appartient à cette dernière catégorie, la plus rare et la plus nécessaire. Dans une Tunisie éreintée par la précarité, désorientée par l’effondrement de ses repères, lassée des discours qui promettent et des institutions qui ne tiennent plus, Baccar et Jaïbi refusent la complaisance. Ils ne consolent pas. Ils montrent.

On aurait tort de lire ‘‘Rêve(s)’’ comme une pièce isolée. Depuis la fondation de Familia Production en 1993, le tandem Baccar-Jaïbi mène une véritable anthropologie des passions tunisiennes. ‘‘Junun’’ (2001) avait exploré la folie, ‘‘Yahia Yaïch-Amnesia’’  (2010) l’oubli et la chute du pouvoir, ‘‘Tsunami’’ (2013) l’angoisse de l’après-révolution. Puis vinrent ‘‘Violence(s)’’ (2015) et‘‘Peur(s)’’ (2017), conçus comme les volets d’une trilogie sur la Tunisie post-2011, disséquant les affects qui gouvernent notre vie collective. On est tenté de voir dans ‘‘Rêve(s)’’ l’aboutissement de ce cycle. Cette parenthèse devenue signature, ce «(s)» du pluriel, dit l’essentiel : il n’y a pas une violence, une peur, un rêve, mais une multitude d’expériences fragmentées, que seul le théâtre peut rassembler sous un même regard.

‘‘Rêve(s)’’ prolonge ce travail en descendant d’un étage. Après les passions visibles, voici le territoire intime, celui que l’on croyait inviolable : le songe. Et le constat est terrible. Même là, le désordre du monde s’est installé.

Le brutalisme, une éthique avant d’être une esthétique

On a souvent parlé du dépouillement des mises en scène de Fadhel Jaïbi. Le mot «brutalisme» convient mieux. En architecture, le brutalisme désignait ce choix de laisser le béton à nu, de montrer la structure sans l’enduit qui la dissimule. C’est exactement ce que fait Jaïbi : il retire le décoratif, le confortable, le rassurant, pour ne laisser apparaître que l’ossature. Les corps des comédiens deviennent le seul matériau, la parole le seul ornement.

Ce choix n’a rien d’une coquetterie formelle. Il est moral. Dans une époque saturée d’images lisses, de communication et de faux-semblants, montrer la charpente nue du réel est un acte de vérité. Le théâtre brutaliste ne cherche pas à plaire : il cherche à ce que l’on ne puisse plus détourner le regard.

Au centre de la pièce se dresse l’immeuble délabré «El Mauro». L’historien ne peut s’empêcher d’y reconnaître ces bâtisses du centre-ville de Tunis, héritées d’un autre siècle, que l’on laisse pourrir faute de propriétaires, de volonté ou de mémoire. Patrimoine orphelin, sans héritiers déclarés, habité par ceux que la ville ne voit plus. Chaque fissure y est un chapitre de notre histoire non écrite.

Mais l’immeuble est davantage qu’un décor : c’est un corps social. Ses murs lézardés sont nos institutions, ses escaliers branlants nos trajectoires sans issue, ses appartements cloisonnés nos solitudes juxtaposées. Ce qui s’effondre ici n’est pas seulement la pierre : c’est la transmission elle-même, ce lien fragile entre générations qui permet à une société de savoir d’où elle vient et où elle va.

Les habitants de ce lieu, portés par Jalila Baccar, Jamel Madani, Mohamed Châabane, Mounir Khazri et Meriem Ben Hamida avec une justesse sans faille, ne sont ni des héros ni des victimes exemplaires. Ce sont des vivants cabossés, des êtres au bord de la déraison, qui ressemblent à nos voisins, à nos proches, à nous-mêmes.

Le cadavre et la police : ce que l’ordre ne sait pas voir

Puis survient la découverte d’un cadavre, et avec elle l’irruption de l’appareil policier. Tout bascule. Le mort, c’est ce que la communauté porte en elle sans oser le nommer : un deuil inachevé, une promesse enterrée, peut-être ces espérances de 2011 que personne n’a pris la peine d’inhumer dignement. La police, elle, arrive non pour comprendre mais pour classer, interroger, soupçonner. Face au mystère, l’État n’a qu’un réflexe : l’ordre.

C’est là que la pièce touche au plus juste. Elle montre une société où la rationalité administrative ne sait plus répondre à la détresse humaine, où l’on traite les symptômes par la contrainte faute de savoir les écouter. Le masque de la normalité se fissure, et derrière lui apparaît le vertige d’une collectivité qui ne se reconnaît plus.

Et pourtant, on rit. Pas de ce rire léger qui fait oublier, mais d’un rire qui griffe, qui dérange, qui arrive par effraction. Le texte de Jalila Baccar, ciselé jusqu’à la dernière réplique, fait de la comédie noire la seule langue encore capable de dire l’indicible. Quand la tragédie devient quotidienne, elle ne peut plus être racontée sur le mode tragique : elle bascule dans l’absurde, et l’absurde appelle le rire.

Ce rire s’inscrit dans une vieille tradition tunisienne, celle de la satire populaire qui, face aux puissants comme face au malheur, a toujours préféré la dérision au silence. Rire de sa propre folie, c’est encore refuser d’y sombrer entièrement. C’est une forme de dignité.

Reste la question centrale, que la pièce pose sans jamais y répondre à notre place. Le rêve était le dernier territoire de liberté, l’espace où chacun pouvait encore imaginer autre chose que ce qui est. Que devient une société lorsque même ce refuge est envahi par l’angoisse, lorsque la nuit n’offre plus d’échappée mais prolonge le cauchemar du jour ?

Un acte de santé publique

Un peuple qui ne rêve plus est un peuple qui a cessé de se projeter. Il ne se révolte plus, il ne construit plus, il endure. C’est ce danger que Baccar et Jaïbi mettent en scène, avec une gravité que la comédie ne fait qu’aiguiser. Plus le tableau est sombre, plus l’exigence de lumière devient pressante.

On ne sort pas de ‘‘Rêve(s)’’ apaisé. On en sort secoué, inquiet, mais réveillé. Et c’est précisément ce qui fait de ce spectacle une nécessité. Dans un pays qui souffre de toutes parts et risque de s’habituer à sa propre déchéance, ce théâtre n’est pas un luxe réservé à quelques initiés. C’est un service rendu à la collectivité, une forme de santé publique de l’esprit.

Tant qu’il se trouvera des artistes pour nous tendre ce miroir sans fard, et un public pour oser s’y regarder, cette société n’aura pas tout à fait renoncé à elle-même. La folie que nous voyons sur scène est la nôtre. La reconnaître, c’est déjà commencer à en guérir.

* Historien, professeur émérite à l’Université de la Manouba.

L’article ‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi | Autopsie d’un pays qui ne dort plus est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Intelligence artificielle | Un débat qui nous manque en Tunisie

À l’heure où le monde se prépare à la révolution technologique qui vient, la véritable question en Tunisie n’est peut-être pas seulement de savoir combien nous pouvons investir, mais aussi combien de talents nous risquons de perdre si nous continuons à leur fermer les portes de l’innovation. (Image d’illustration réalisée par IA.)

Lassaad Bouazzi *

Suivre les débats des candidats français à l’élection présidentielle sur des sujets ô combien techniques, mais aussi porteurs d’avenir, me donne parfois beaucoup à réfléchir. Comparer ces débats à ceux organisés par notre télévision nationale lors de l’élection présidentielle de 2019 relève presque de l’impossible, tant la différence de niveau est importante, aussi bien entre les candidats français et les nôtres qu’entre les journalistes qui ont animé ces débats.

Hier, j’ai pu suivre un débat consacré à l’intelligence artificielle et je me suis régalé : ses avantages, ses inconvénients, les risques que pourrait engendrer le mariage entre l’IA et la robotique, ainsi que la nécessité d’une régulation, ont été abordés en détail et d’une manière pédagogique. Cela témoigne d’un véritable effort de préparation et de vulgarisation de sujets pourtant particulièrement complexes.

Il apparaît d’ailleurs que les data centers sont de très grands consommateurs d’énergie, ce qui pourrait, à terme, avoir des répercussions importantes sur les ressources énergétiques et, indirectement, sur le bien-être de la population.

Notre pays, dont une partie de la population connaît encore les coupures d’électricité, s’il aspire réellement à développer de grands centres de données, doit dès maintenant réfléchir à une stratégie énergétique à long terme, y compris à la question du nucléaire, afin d’être au rendez-vous des besoins de demain.

La Tunisie dispose pourtant d’ingénieurs et de compétences capables de nous rendre compétitifs dans des domaines aussi prometteurs que l’IA, la robotique, la monnaie électronique, les énergies renouvelables et bien d’autres secteurs susceptibles de nous apporter innovation, savoir-faire et richesse.

Ce qui accable notre jeunesse et la tire vers le fond, ce n’est pas seulement le manque de financement. C’est aussi, et peut-être surtout, une législation trop contraignante qui freine l’initiative et l’innovation.

Posséder un drone pour lancer une activité est déjà soumis à des contraintes réglementaires extrêmement lourdes, qui peuvent finir par décourager les plus entreprenants. Que dire alors de la possibilité de concevoir et de fabriquer un drone en Tunisie ?

À l’heure où le monde se prépare à la révolution technologique qui vient, la véritable question n’est peut-être pas seulement de savoir combien nous pouvons investir, mais aussi combien de talents nous risquons de perdre si nous continuons à leur fermer les portes de l’innovation.

* Officier retraité de la marine nationale.  

L’article Intelligence artificielle | Un débat qui nous manque en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Notre regard sur la tentative de coup d’État contre Bourguiba en 1962

Il est des épisodes de l’histoire nationale qui, parce qu’ils ont été immédiatement enfermés dans un récit officiel, cessent presque de faire l’objet d’une véritable enquête historique. La tentative de coup d’État de décembre 1962 contre Habib Bourguiba est de
ceux-là.

Abdelhamid Larguèche *

L’affaire semblait depuis longtemps classée : un groupe de militaires et de civils, conduit par Lazhar Chraïti, aurait projeté d’assassiner le président de la République et de renverser le régime. L’échec du complot, les arrestations, le procès devant le tribunal militaire et les condamnations avaient fourni les éléments d’un récit devenu dominant.

Le mérite premier du nouveau livre de Mohamed El May, ‘‘محاولة الانقلاب على بورقيبة: مؤامرة 1962’’, publié en 2026, est précisément de rouvrir ce dossier à partir des documents judiciaires et des paroles des principaux protagonistes.

Ce n’est pas seulement un nouveau récit de l’affaire. C’est une invitation à relire une séquence décisive de l’histoire de la Tunisie indépendante.

Faire parler ceux qui avaient été condamnés

L’apport le plus important du livre réside dans la publication d’un ensemble documentaire considérable : vingt-cinq interrogatoires de prévenus, quatre plaidoiries de la défense, les dernières déclarations des accusés et le jugement. Ce choix est historiquement précieux.

Pendant longtemps, les condamnés de 1962 ont surtout existé dans la mémoire publique à travers les accusations portées contre eux et le récit politique qui accompagna le procès. El May restitue leurs propres paroles. Non pas pour les transformer automatiquement en vérité, encore moins pour les réhabiliter, mais pour permettre à l’historien et au lecteur de mesurer la diversité de leurs positions, de leurs motivations et de leurs itinéraires.

C’est là toute la différence entre une histoire racontée à partir d’un verdict et une histoire qui revient aux sources du dossier.

Les interrogatoires ne constituent évidemment pas une parole transparente. Un accusé interrogé par les enquêteurs peut chercher à minimiser son rôle, à en charger un autre, à protéger des proches ou à présenter son engagement sous un jour plus favorable. Mais cette limite ne diminue pas leur intérêt. Elle impose au contraire de les confronter entre eux et de les croiser avec la presse de l’époque, les archives et les autres témoignages.

C’est cette confrontation qui fait naître l’histoire.

L’un des effets les plus intéressants de la documentation réunie par Mohamed El May concerne la place de Lazhar Chraïti dans l’affaire.

Le récit traditionnel avait fortement personnalisé la tentative autour de sa figure. Or les interrogatoires font apparaître un paysage plus complexe, dans lequel Omar Bembli semble jouer un rôle beaucoup plus important que ne le laissait entendre le récit traditionnel.

Il faudrait cependant éviter de remplacer une simplification par une autre : passer du « complot de Chraïti » au « complot de Ben Bembli » ne ferait que déplacer le problème.

Ce que les documents semblent plutôt révéler, c’est l’existence d’un milieu hétérogène dans lequel se rencontrent des militaires, d’anciens combattants de la lutte nationale, des civils et des hommes issus de sensibilités politiques différentes.

La question historique devient alors plus intéressante : comment des trajectoires aussi différentes ont-elles pu converger, à la fin de 1962, autour de l’idée d’une action contre le pouvoir de Bourguiba ?

Les frustrations de l’après-indépendance

C’est probablement sur ce terrain que le livre ouvre les pistes les plus fécondes.

Les témoignages réunis par El May font apparaître, derrière le projet politique, une accumulation de frustrations. Elles ne sont pas toutes de même nature.

Il y a d’abord des griefs politiques : le règlement de la question de Bizerte, les rapports avec la France, les choix effectués après l’indépendance, la concentration progressive des pouvoirs et la place réservée aux différentes composantes du mouvement national.

Mais il existe aussi une autre dimension, plus sociale et personnelle.

Certains anciens combattants semblent avoir considéré que leur participation à la lutte nationale leur donnait des droits particuliers dans l’État nouvellement indépendant : responsabilités, postes, autorisations, terres, avantages ou reconnaissance.

Cette dimension est essentielle pour comprendre les tensions de l’après-indépendance. La génération qui avait combattu pour l’indépendance ne partageait pas nécessairement la même conception de ce que devait être l’État indépendant.

Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.

Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?

Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.

Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?

La question de Bizerte apparaît également comme un élément important de cette histoire.

La bataille de Bizerte de 1961 avait constitué un moment majeur de la mobilisation nationale. Mais son issue et les accords qui suivirent avaient nourri, dans certains milieux, des interrogations et des frustrations.

Il faut ici distinguer les faits des mémoires politiques qui se sont construites autour d’eux.

Ce qui importe historiquement, c’est que Bizerte apparaît dans les témoignages comme l’un des éléments à travers lesquels certains protagonistes de 1962 exprimaient leur désaccord avec les orientations du pouvoir.

L’événement n’était donc pas seulement une affaire de personnes. Il s’inscrivait dans les débats, les déceptions et les recompositions politiques de la Tunisie des premières années de l’indépendance.

Le procès est lui aussi un objet d’histoire

Il serait cependant incomplet de s’arrêter aux préparatifs du complot.

Le procès militaire de 1963 constitue lui-même un objet historique majeur.

Les interrogatoires, les plaidoiries, les dernières paroles des accusés et le jugement publiés par Mohamed El May permettent de revenir sur la manière dont la justice militaire a traité cette affaire.

Là encore, il faut éviter les conclusions trop rapides. Un procès politique ou militaire ne peut être étudié seulement à travers son verdict. Il faut regarder les conditions de l’instruction, la défense, les catégories d’accusation, les peines prononcées et la manière dont l’affaire fut ensuite intégrée au récit national.

Autrement dit, l’historien doit étudier à la fois ce qui s’est passé en 1962 et la manière dont la Tunisie officielle a raconté ce qui s’était passé.

C’est probablement l’un des grands intérêts du livre de Mohamed El May.

À cet égard, un discours prononcé par Bourguiba après la découverte de la conspiration constitue une source particulièrement révélatrice.

Bourguiba y présente l’affaire comme une menace directe contre sa personne et contre l’existence même de l’État. Il insiste sur les projets d’assassinat et sur la volonté supposée des conspirateurs de provoquer le chaos.

Mais son discours apporte également un éclairage involontairement précieux sur les ressorts du conflit.

Il revient longuement sur les anciens combattants, sur ceux qui considèrent que leur participation à la lutte nationale leur confère des droits particuliers et sur les frustrations liées aux postes, aux privilèges ou aux avantages attendus.

Il affirme au contraire un principe qui est au cœur de sa conception de l’État : l’indépendance ne peut signifier la remise du pouvoir à ceux qui ont combattu les armes à la main. Tous les citoyens doivent être égaux devant l’État.

Cette partie du discours mérite d’être confrontée aux témoignages publiés par El May.

Non parce que le discours présidentiel constituerait la clé permettant de résoudre l’affaire, mais parce qu’il montre comment Bourguiba lui-même interprétait le conflit.

De la légitimité révolutionnaire à la légitimité de l’État

C’est peut-être ici que se trouve le véritable enjeu historique de 1962.

Les premières années de l’indépendance sont marquées par le passage d’une légitimité de la lutte nationale à une légitimité fondée sur l’État.

Ce passage ne va pas de soi.

Ceux qui avaient combattu dans la clandestinité, dans les maquis ou dans les réseaux politiques pouvaient considérer que leurs sacrifices leur donnaient une place particulière dans la nouvelle Tunisie.

Bourguiba défendait une conception différente : une fois l’indépendance acquise, la légitimité ne devait plus appartenir aux combattants en tant que tels, mais aux institutions de l’État.

Le conflit de 1962 peut ainsi être lu comme l’un des moments où s’affrontent deux conceptions de la légitimité nationale.

L’une s’appuie sur le sacrifice et le combat passé ; l’autre sur la construction d’un État centralisé, organisé et durable.

Cette opposition n’épuise évidemment pas l’affaire. Elle ne doit pas faire oublier les ambitions personnelles, les rivalités politiques, les sensibilités idéologiques et les frustrations sociales qui apparaissent dans les témoignages.

Mais elle permet de replacer l’événement dans une histoire plus large de la construction de l’État tunisien.

Il faut enfin saluer une précaution essentielle que devrait conserver toute lecture du livre : rouvrir un dossier n’équivaut pas à réhabiliter ceux qui furent condamnés.

L’historien n’est ni procureur ni avocat.

Son travail consiste à établir les faits, à confronter les versions, à mesurer les contradictions et à restituer aux acteurs leur complexité.

Le livre de Mohamed El May rend possible ce travail parce qu’il redonne accès à des sources qui permettent de dépasser le récit simplifié d’une affaire définitivement close.

Il ne répond pas à toutes les questions. Et c’est précisément ce qui fait sa valeur.

Il invite à poursuivre l’enquête : dans les archives de l’État, dans la presse de 1962-1963, dans les archives militaires et judiciaires, dans les mémoires des familles et dans les témoignages ultérieurs des protagonistes.

Une affaire qui mérite enfin de sortir de la légende

Soixante-quatre ans après les événements, la tentative de 1962 mérite donc autre chose qu’une répétition du récit qui s’est imposé au lendemain du procès.

Le livre de Mohamed El May ne détruit pas ce récit. Il le met à l’épreuve des documents.

Et c’est déjà beaucoup.

En faisant entendre les accusés, en faisant apparaître la diversité des trajectoires, en donnant à voir les motivations politiques et sociales qui traversaient la Tunisie de l’après-indépendance et en permettant de revenir sur le procès lui-même, il transforme une affaire longtemps réduite à une « conspiration » en objet d’histoire.

C’est probablement là son apport essentiel.

L’intérêt de 1962 n’est pas seulement de savoir qui voulait renverser Bourguiba. Il est de comprendre pourquoi, quinze ans à peine après le début de la lutte nationale, des hommes issus de cette même histoire en sont venus à envisager une rupture violente avec le pouvoir issu de l’indépendance.

* Historien.

L’article Notre regard sur la tentative de coup d’État contre Bourguiba en 1962 est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Crise en Allemagne | Arrêt du moteur économique de l’Europe

L’Allemagne, autrefois considérée comme le moteur économique de l’Europe, fait aujourd’hui face à un effondrement structurel qui pourrait avoir des conséquences dramatiques non seulement pour l’Europe, mais pour l’économie mondiale. Ce phénomène, que certains experts appellent déjà «la fin du moteur de l’Europe», s’explique par une combinaison de crises internes, notamment une dépendance excessive à l’énergie russe, une transition ratée vers les énergies renouvelables, et une désindustrialisation rapide. Cet article explore les causes profondes de cet effondrement économique, les conséquences pour l’Union Européenne (UE), et ce que cela signifie pour le futur de l’économie mondiale.

Habib Glenza 

L’économie allemande a longtemps reposé sur trois piliers fondamentaux : l’excellence de son industrie manufacturière, l’énergie bon marché, et une croissance axée sur les exportations. Cependant, ces trois éléments, qui sont interdépendants, se trouvent aujourd’hui en crise.

L’Allemagne est célèbre pour ses produits industriels de haute qualité, notamment les automobiles, les machines-outils et les équipements électroniques. Mais aujourd’hui, les industries lourdes traversent une période difficile. Les géants allemands de l’automobile, tels que Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz, connaissent une baisse de production et une réduction des investissements.Les entreprises industrielles font face à des coûts de production de plus en plus élevés et à une concurrence accrue des fabricants chinois, notamment dans le domaine des véhicules électriques. 

L’Allemagne a longtemps bénéficié d’un approvisionnement en gaz russe à bas prix. Mais suite au conflit russo-ukrainien, l’Allemagne a perdu cet avantage stratégique. L’arrêt des livraisons de gaz, suite à la destruction des pipelines Nord Stream, a fait exploser les prix de l’énergie, rendant les coûts industriels insoutenables. En conséquence, de nombreuses entreprises allemandes ont déménagé leur production vers des pays où l’énergie est moins coûteuse, comme la Chine et les États-Unis. Ce phénomène de délocalisation accélère le processus de désindustrialisation.

Les conséquences de la crise économique allemande 

L’Allemagne, en tant que première économie de l’UE, a toujours été le moteur de la croissance européenne. Mais si l’Allemagne entre en récession, l’impact se fait sentir bien au-delà de ses frontières. La crise économique allemande menace de fragiliser l’ensemble du modèle économique européen. L’Allemagne est le principal partenaire commercial de nombreux pays européens. Si l’économie allemande ralentit, cela réduit la demande de biens en provenance d’autres États membres de l’UE. Par exemple, les pays du Sud, comme la France, l’Italie et l’Espagne, qui dépendent des exportations vers l’Allemagne, pourraient se retrouver confrontés à un manque de demande. Une récession allemande pourrait donc plonger l’UE dans une crise de croissance généralisée. 

La baisse de compétitivité de l’Allemagne pourrait également avoir un impact négatif sur l’euro. L’euro, étant la monnaie partagée par de nombreux pays européens, est fortement influencé par la santé économique de ses principaux acteurs, dont l’Allemagne. Une crise prolongée dans ce pays pourrait faire chuter la valeur de la monnaie européenne, augmentant les coûts pour tous les pays membres de l’ensemble.

L’industrie automobile allemande, pilier de l’économie du pays, traverse une crise sans précédent. La concurrence croissante des fabricants chinois a mis à mal les entreprises allemandes. Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz ont annoncé des fermetures de sites de production en Allemagne et une réduction de leurs effectifs.

Le secteur automobile allemand est également confronté à une pression supplémentaire avec la réduction de la demande en Chine. Le marché chinois, qui représentait une part importante des ventes pour ces géants allemands, connaît une évolution rapide avec la montée en puissance des fabricants locaux. En conséquence, l’exportation de véhicules allemands vers la Chine a chuté, ce qui affecte directement la rentabilité des entreprises allemandes.

Un gouvernement paralysé face à la crise

L’un des problèmes majeurs de l’Allemagne réside dans sa politique intérieure. Le pays souffre d’une paralysie politique qui empêche toute action décisive face à la crise. En attendant, le pays ne parvient pas à élaborer un plan de relance économique face aux défis colossaux ci-haut évoqués. En effet, le cadre budgétaire rigide imposé par la constitution allemande, ainsi que les règles de l’UE, limitent sévèrement la capacité du gouvernement à investir massivement dans l’infrastructure énergétique et industrielle nécessaires pour relancer l’économie. L’incapacité de prendre des mesures radicales dans cette période de crise est une des raisons pour lesquelles l’Allemagne, et avec elle l’Europe, se trouvent dans une impasse.

Un autre facteur aggravant est la crise démographique à laquelle l’Allemagne est confrontée. La population allemande vieillit rapidement, ce qui provoque une diminution de la population active. Cela représente une menace directe pour l’économie allemande, car moins de travailleurs sont disponibles pour soutenir les industries et financer les systèmes sociaux, notamment les pensions.

Si l’immigration n’est pas augmentée, cela pourrait entraîner des pénuries de main-d’œuvre et, par conséquent, une stagnation économique. Dans ce contexte, la montée de l’extrême-droite avec son discours populiste antimigrants, ne va guère faciliter la relance économique par l’injection de forces vives.

Les scénarios envisageables pour l’avenir

Alors que l’Allemagne navigue difficilement dans cette crise, plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir de l’UE. 

Un premier scénario pourrait être un déclin maîtrisé où l’Allemagne, au lieu de dépendre de son industrie lourde, se réoriente vers des secteurs comme les services, la finance, ou la santé. 

Un deuxième scénario pourrait être la fragmentation de l’UE, où l’Allemagne et d’autres pays du Sud se retrouvent dans des conflits économiques et politiques. 

Enfin, un scénario plus sombre envisage une montée de l’extrémisme et du nationalisme en Allemagne, créant un environnement politique instable qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’UE.

La crise économique allemande est bien plus qu’un simple problème national. C’est un défi systémique qui touche l’ensemble de l’Europe. Si l’Allemagne ne parvient pas à surmonter cette crise, cela pourrait entraîner une période prolongée de stagnation économique pour l’UE, avec des conséquences mondiales. 

Le déclin de l’Allemagne est un avertissement pour toute l’Europe : le modèle économique mondial fondé sur des exportations bon marché, de l’énergie fiable et une compétitivité industrielle est peut-être révolu. L’avenir de l’UE dépendra de sa capacité à se réinventer face à ces défis. Et elle ne donne pas l’impression d’être sur la voie d’y parvenir. Elle se cherche encore, et tâtonne, alors que les bruits de bottes résonnent à ses frontières orientales.

Effort de guerre ou suicide programmé ?

L’implication de l’UE, notamment l’Allemagne, dans le conflit russo-ukrainien est l’une des conséquences majeures de la crise de l’industrie lourde allemande, surtout que l’Ukraine ne fait pas partie de l’Otan et de l’UE. Malheureusement, la majorité des politiciens européens agissent dans le sens des intérêts du complexe militaro-industriel mondial, qui tire profit des guerres, et non de celui des populations, européennes ou autres. 

Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, le soutien total de l’UE et de ses États membres à l’Ukraine s’élève à 216,3 milliards d’euros (chiffres actualisés à la mi-2026), presque le double de l’aide des Etats-Unis, estimée entre 114 et 175 milliards de dollars, selon les rapports officiels du Congrès américain et l’institut Kiel. 

Pour ne rien arranger, le Parlement allemand vient d’approuver des dépenses militaires massives de plus de 300 milliards d’euros ! Cette masse d’argent va malheureusement tomber dans l’escarcelle des industriels de l’armement, au lieu de profiter au peuples allemands et européens qui s’apprêtent à vivre des moments très difficiles. 

Pis encore : les milliards d’euros d’aide à l’Ukraine vont servir à financer l’achat d’armement américain et non européen.

Si ce n’est pas là de l’aveuglement politique, cela lui ressemble beaucoup.

L’article Crise en Allemagne | Arrêt du moteur économique de l’Europe est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

La Tunisie veut réduire sa dépendance aux importations d’énergie

La transition énergétique n’est plus seulement une question environnementale, mais une composante de la sécurité et de la souveraineté économiques de la Tunisie, appelée à réduire sa dépendance aux importations d’énergie ainsi que son exposition aux turbulences des marchés internationaux. C’est le message délivré par le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, lors de l’ouverture de la deuxième édition de l’Ifriqiya Energy Hub, un forum qui réunit, les 24 et 25 septembre 2026, à la Cité de la Culture, à Tunis, plus de 200 experts et acteurs issus de pays africains, européens et méditerranéens.

Selon Chouchane, la conjoncture internationale actuelle — marquée par l’instabilité géopolitique, la volatilité des marchés, les risques pesant sur la sécurité des approvisionnements et des engagements climatiques de plus en plus contraignants — impose à la Tunisie d’accélérer l’élaboration d’un nouveau modèle énergétique.

Cette stratégie repose sur deux axes principaux : le développement des énergies renouvelables, afin de diversifier l’approvisionnement et de réduire les coûts, et l’efficacité énergétique, pour maîtriser la consommation, renforcer la compétitivité des entreprises et diminuer la dépendance extérieure.

Le gouvernement mise également sur l’autoproduction d’électricité et sur la modernisation du réseau national, une étape nécessaire pour intégrer des parts croissantes d’énergie solaire et éolienne.

Dans ce contexte, Chouchane a rappelé les différents projets d’énergies renouvelables lancés dans le pays ainsi que les travaux en cours pour réviser le Code des hydrocarbures, avec pour objectif affiché de rendre le cadre réglementaire plus propice aux investissements et de réduire les risques pour les opérateurs privés.

La Tunisie ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 35 % de son mix électrique d’ici 2030, et à 50 % d’ici 2035, contre seulement 6 à 7% aujourd’hui.

Cet enjeu est particulièrement sensible pour un pays dont le déficit énergétique dépasse 60% et qui reste fortement dépendant des importations de pétrole et de gaz.

Dans ce contexte aussi, le projet Elmed — une interconnexion électrique sous-marine reliant la Tunisie à l’Italie — joue un rôle central.

Chouchane a présenté ce projet comme une infrastructure stratégique destinée à renforcer la sécurité énergétique de la Tunisie et les échanges entre les deux rives de la Méditerranée, en complément de la coopération énergétique traditionnelle avec l’Algérie.

Cette liaison, d’une capacité de 600 mégawatts et longue d’environ 220 kilomètres entre la Sicile et le cap Bon tunisien, constituera la première connexion électrique directe entre la Tunisie et l’Italie. La Banque mondiale, qui a approuvé en 2023 un financement de 268,4 millions de dollars pour le projet, en prévoit la mise en service d’ici 2028.

Elmed est conçu comme une liaison bidirectionnelle, destinée à la fois à soutenir la stabilité du réseau tunisien et à créer, grâce à l’augmentation des capacités en énergies renouvelables, un canal d’échange d’électricité entre l’Afrique du Nord et l’Europe.

L’article La Tunisie veut réduire sa dépendance aux importations d’énergie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

La Goulette rend hommage à Claudia Cardinale à la belle étoile

Un an après la disparition de Claudia Cardinale, l’actrice italienne native de Tunisie, surnommée «la plus belle Italienne de Tunis», l’ambassade d’Italie et l’Institut culturel italien de Tunis, en collaboration avec Cinématdour (un projet de cinéma itinérant), organisent, le dimanche 27 septembre 2026, une projection gratuite en plein air du film ‘‘L’Île du pardon’’ du réalisateur tunisien Ridha Béhi.

Le choix de La Goulette confère à cet hommage une dimension qui dépasse le simple cadre cinématographique.

Née à Tunis en 1938 au sein d’une famille italienne d’origine sicilienne, Claudia Cardinale a grandi dans cette ville portuaire et dans sa «Petite Sicile», un quartier où, durant des décennies, ont coexisté Tunisiens, Italiens, Maltais, Français et communautés de confessions diverses.

En mai 2022, lors de l’un de ses derniers séjours en Tunisie, une rue et une grande fresque murale — devant laquelle aura lieu la projection de dimanche — lui avaient été dédiées à La Goulette même.

«Je me sens encore un peu tunisienne», avait déclaré l’actrice lors de cette visite, évoquant la Tunisie de sa famille comme une terre de «partage, de joie et d’échange». Elle avait également souligné l’importance de préserver le passé commun aux deux rives de la Méditerranée, rappelant que la Tunisie avait été une terre d’accueil pour des générations d’Italiens.

Ce lien rend d’autant plus significatif le choix du film ‘‘L’Île du pardon’’. Sorti en 2022 et figurant parmi les derniers films interprétés par Claudia Cardinale, ce long métrage de Ridha Béhi se déroule dans la Tunisie des années 1950 et raconte, à travers l’histoire d’une famille italienne chrétienne, la coexistence entre différentes communautés, cultures et religions.

Tourné à Djerba, ce long métrage, dans lequel Claudia Cardinale incarne magistralement Agostina, a été présenté en compétition internationale au Festival international du film du Caire. La projection à La Goulette revêt ainsi la forme d’un retour aux sources : une actrice devenue une icône du cinéma italien et international est mise à l’honneur dans le quartier tunisien où s’est forgée son identité méditerranéenne, à travers un film tunisien abordant précisément les thèmes de la mémoire, du vivre-ensemble et de la rencontre des cultures.

La collaboration avec Cinémadtour renforce cette dimension. Le cinéma quitte la salle pour retrouver l’espace urbain, face au visage de Cardinale peint sur un immeuble de l’ancienne «Petite Sicile», dans un lieu qui demeure l’un des symboles les plus visibles de l’entrelacement historique et culturel entre l’Italie et la Tunisie.

Outre Cinémadtour, l’initiative compte parmi ses partenaires le Bari International Film & TV Festival ainsi que l’association tunisienne Ciné-Sud Patrimoine.

L’article La Goulette rend hommage à Claudia Cardinale à la belle étoile est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Aéronautique | Aksa Composites s’implante en Tunisie

La société turque Aksa Composites, filiale du groupe Akkök, vient d’officialiser son implantation en Tunisie avec la signature, jeudi 24 septembre 2026, de son bail industriel au Technopole de Borj Cédria, au sud de Tunis. «La Tunisie confirme son attractivité dans les industries aéronautiques et les matériaux avancés», commente le Groupement des industries tunisiennes aéronautiques et spatiales (Gitas) dans un communiqué.

Le projet représente un investissement initial annoncé de 5 millions de dollars et constitue la première implantation d’Aksa Composites sur le continent africain. L’entreprise prévoit de développer en Tunisie des activités liées à la fabrication de composants et matériaux composites destinés notamment au secteur aéronautique.

Le Gitas à la manœuvre

Cette implantation est aussi le résultat d’un travail engagé en amont par l’écosystème aéronautique tunisien et, notamment, par le Gitas, sous l’impulsion de sa présidente Stefania Sonia Dallali, qui a joué un rôle important dans l’identification et la mise en relation avec l’investisseur turc.

Les premiers contacts avec Aksa Composites remontent au Hamburg Aviation Forum 2025, où des échanges ont été initiés avec le Gitas. Ils ont ensuite donné lieu à plusieurs discussions, rencontres et démarches visant à faire connaître à l’entreprise les capacités industrielles tunisiennes, son tissu de sous-traitants, ses compétences et son intégration dans les chaînes de valeur aéronautiques internationales.

«Cette dynamique illustre l’une des missions fondamentales du Gitas : rapprocher les industriels internationaux de l’écosystème tunisien et favoriser l’émergence de nouvelles opportunités d’investissement et de coopération dans l’aéronautique et le spatial», souligne le groupement professionnel dans son communiqué.  

Mme Dallali a souligné la portée de l’arrivée d’Aksa Composites en Tunisie. Pour le Gitas, le choix de la Tunisie par un acteur turc spécialisé dans les matériaux composites avancés constitue une nouvelle illustration de la confiance acquise par la filière aéronautique tunisienne au cours des dernières décennies.

Avec un tissu industriel de plus de 80 entreprises et une forte orientation export, la filière tunisienne s’est progressivement intégrée aux chaînes de valeur internationales. La qualité des compétences, la proximité de l’Europe, la flexibilité industrielle et l’existence d’un écosystème de fournisseurs constituent autant d’atouts mis en avant pour attirer de nouveaux investissements.

Stefania Sonia Dallali entourée des représentants de la société turque.

Fipa assure l’accompagnement institutionnel

La présidente du Gitas a également rappelé l’importance du développement des partenariats internationaux de la filière, notamment avec les organisations professionnelles française et allemande de l’aéronautique.

Le rôle du Gitas s’inscrit dans une dynamique complémentaire avec celui de la Fipa-Tunisia. L’agence de promotion de l’investissement extérieur a accompagné le projet dans ses différentes étapes et a notamment participé aux échanges portant sur le choix du site, les conditions d’implantation et les démarches nécessaires à la concrétisation de l’investissement.

Une rencontre organisée par la Fipa le 19 mai 2026 avait notamment permis de confirmer le projet et de poursuivre les discussions autour de son implantation en Tunisie.

La signature du bail industriel à Borj Cédria vient ainsi concrétiser un processus auquel ont contribué plusieurs acteurs de l’écosystème tunisien : Gitas, Fipa, le Technopole de Borj Cédria ainsi que les partenaires institutionnels et professionnels tunisiens et turcs.

Un investissement à forte valeur ajoutée

À travers cette implantation, Aksa Composites entend développer une activité industrielle orientée vers les matériaux composites et les applications aéronautiques.

Le groupe dispose déjà d’une expertise internationale dans les matériaux composites et dans différentes opérations industrielles destinées notamment aux secteurs aéronautique et à haute performance. Il a également développé des collaborations avec plusieurs grands acteurs internationaux de l’industrie aéronautique.

Selon les informations communiquées, le futur site de Borj Cédria devrait constituer le point de départ d’un développement industriel appelé à évoluer progressivement en Tunisie. Des sources sectorielles évoquent un démarrage opérationnel envisagé à l’horizon 2028 et la création à terme de plusieurs dizaines d’emplois directs.

Au-delà du montant de l’investissement, l’enjeu réside donc également dans le transfert de technologies, le développement des compétences locales et le renforcement de la place de la Tunisie dans les chaînes de valeur internationales des matériaux avancés et de l’aéronautique. joué par le Gitas dans la dynamique industrielle et par la FIPA dans l’accompagnement de l’investissement.

L’article Aéronautique | Aksa Composites s’implante en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Football | L’équipe de France et l’évidence Michael Olise

La prise de fonction de l’icône Zinedine Zidane aux commandes de l’équipe de France débute par l’entrée en lice, ce soir, vendredi 25 septembre 2025, en Ligue des Nations, dans un groupe comprenant la Turquie, la Belgique et l’Italie. Et, en partie, de la bonne utilisation de ce précieux joueur d’appui qu’est Michael Olise que dépendra les résultats des Bleus qui ont bien besoin d’être mieux synchronisée dans l’entrejeu.

Jean-Guillaume Lozato *

Entre prévisibilité et irrationnel, la Coupe du monde a toujours fait vibrer le public. Depuis 2018, les hiérarchies ont été plus qu’à l’accoutumée bousculées. Entre virage et progression, l’évolution générale s’est manifestée avec la révolte des non-alignés du football face aux habituels cadors internationaux.

Au-delà de l’émotion collective, les performances des joueurs ont pu ravir les contemplateurs. Une action individuelle détient le pouvoir magique pour enchanter le public. Parfois deux dans le même match comme lorsque Diego Maradona nous avait gratifié en 1986 de la «main de Dieu» puis d’un slalom qui a surclassé tous les membres de l’équipe nationale anglaise rencontrée en ce jour du mois de juin.

France-Suède 3-0. Juin 2026. Seizièmes de finale. Les supporters français ont retenu à juste titre ce score sans appel d’une victoire bien loin d’être imméritée. Et d’un retourné magnifique de Michael Olise.

Derrière la réalité froide des chiffres, une lueur est devenue éblouissement. Grâce à un éclaireur qui répond au nom d’Olise.

Le contexte «Bleu» : fulgurance et régularité

Quart de finaliste en 2014, le titre suprême remporté en 2018, la médaille d’argent en 2022, une quatrième place en 2026. Des résultats satisfaisants dans l’ensemble aux Euro complètent cette impression de machine à gagner même en cas de méforme passagère. Cela correspond à «l’Ère Deschamps».

Après l’échec retentissant en Afrique du Sud lors du Mondial 2010, la première mission Didier Deschamps avait été rassurante au Brésil. Pour aller crescendo. Que les hommes au maillot frappé du coq se montrent convaincants, ou qu’ils présentent un bilan beaucoup plus miraculeux comme au Qatar, ils impressionnent d’une manière ou d’une autre. L’arrivée en petite finale aura conclu positivement l’ère Deschamps. C’est-à-dire une période de gestion au cours de laquelle le talent de «DD» a permis de colmater des brèches tout en alignant des jeunes au moment opportun. Parmi eux, Olise devenu indispensable et affichant à la fois fulgurance et régularité.

Cette arrivée en petite finale a été égayée par les prestations de ce dernier. Car plus qu’un simple auxiliaire de Kylian Mbappé et Ousmane Demebele, il s’est affirmé comme un leader. Principalement d’attaque. Accessoirement en tant qu’agent de rééquilibrage.

Posté sur l’échiquier à la manière d’un funambule, le pensionnaire du Bayern Munich a su agir comme un vrai trois-quarts centre et a su mettre sa technique au service du collectif. Outre le retourné, évoqué plus haut dans ces lignes, le footballeur de Bundesliga a conservé son sang-froid contre une violente équipe du Paraguay en apportant une touche d’élégance. Dans le geste et dans l’attitude. Dans le geste pour ce qui est de sa conservation de balle le long de la ligne médiane en slalomant jusqu’au rond central. D’où comme d’une presqu’île, il lança une chaloupe de sauvetage à destination de ses coéquipiers soumis aux agressions paraguayennes répétées.

C’est le geste qui compte

Ce jour-là, la France avait deux capitaines : Kylian Mbappé capitaine de l’équipe et Michael Olise capitaine d’un navire qui a su naviguer malgré les vagues hostiles déclenchées par les adversaires plus que rugueux ainsi que par l’arbitrage.

Dans l’attitude, notons la réaction de gentleman du héros de l’article qui a préféré sourire calmement en recevant un carton jaune immérité. Avec lui, plus que la beauté du geste, c’est le geste qui compte. Et qui impacte.

La prise de fonction de l’icône Zinedine Zidane aux commandes de l’équipe de France débute par l’entrée en lice, ce soir, vendredi 25 septembre 2025, en Ligue des Nations, dans un groupe en compagnie de la Belgique, de l’Italie et de la Turquie.

De la bonne utilisation de ce précieux joueur d’appui qu’est Olise dépendra les résultats d’une équipe de France qui a bien besoin d’être mieux synchronisée dans l’entrejeu.

Ce joueur offensif a un point commun avec le grand Pelé : il a su nous enchanter avec une action de but non concrétisée. Car son retourné d’une grande pureté s’était écrasé sur la barre transversale, laissant planer la même admiration que le grand pont réalisé par le champion brésilien sur le gardien uruguayen Ladislao Mazurkiewicz au Mondial 70.

* Enseignant universitaire et analyste de football.

L’article Football | L’équipe de France et l’évidence Michael Olise est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Les urgences environnementales en Méditerranée en débat à Bizerte

Le Forum Mondial de la Mer à Bizerte a été ouvert jeudi 24 septembre 2026 par Rym Benzina, présidente de La Saison Bleue, plaçant d’emblée la solidarité entre les villes méditerranéennes au centre des débats. Un objectif partagé s’est dégagé dès les premiers échanges : renforcer la résilience des littoraux face aux urgences environnementales et bâtir des réponses collectives durables.

Lotfi Sahli

La séance de l’après-midi a mis à l’honneur le projet Share4Med, lors d’une rencontre réunissant scientifiques, experts internationaux et représentants des municipalités tunisiennes. Pensée comme un véritable outil d’aide à la décision pour les collectivités, la plate-forme Share4Med sert de tremplin pour l’esquisse d’une coalition régionale et d’un agenda de transition commun à l’horizon 2027.

Regards croisés et réalités du terrain

Au cours d’une session interactive particulièrement riche, plusieurs figures engagées se sont succédé à la tribune pour partager leurs expériences de terrain : Giulia Antidormi (SDG4MED), Boumediene Beladjine (Université d’Oran), Tawfik Hassan (Université de Tripoli), Suzan Kholeif (experte en climat et environnement marin basée à Alexandrie), Fayçal Mechri (commune de Kerkennah), ainsi qu’une délégation de la municipalité de Mahdia.

Cette première journée s’est conclue par la présentation d’une feuille de route d’engagements et par l’officialisation de la création de l’association locale CirceMed, un réseau d’organisations mettant l’économie circulaire au service de la transition écologique et sociale de la région Méditerranée, et ce en présence de ses membres fondateurs.

Au-delà de la densité des débats, les participants ont unanimement salué une organisation exemplaire : démarrée à l’heure dite, la session s’est déroulée avec une précision horlogère tout au long de l’après-midi, le débat fut enrichissant pour tous les présents et riche en propositions et recommandations.

Rym Benzina.

Lutte contre le plastique : du constat à l’action

Interrogée sur la possibilité d’éliminer définitivement le plastique en Méditerranée, Rym Benzina s’est voulue pragmatique, rappelant que la priorité absolue demeurait la réduction drastique de ces pollutions à la source.

Les travaux se poursuivent ce vendredi,centrés sur la lutte contre la pollution plastique et le passage du constat à l’action.

La matinée s’ouvre sur les enjeux du Traité mondial contre la pollution plastique, suivis d’un état des lieux scientifique (Horizon 2030) et d’un zoom sur les réalités tunisiennes, conciliant tourisme, économie circulaire et innovation. Les gouvernements et l’Union européenne (UE) partageront leurs positions sur l’économie bleue et les politiques maritimes.

L’après-midi sera consacrée aux alliances multiple-acteurs, mettant en lumière le projet PlasticMed Lab, les initiatives de la société civile et les synergies entre villes méditerranéennes. La jeunesse prendra ensuite le relais avec un focus sur l’éducation environnementale via les Aires marines éducatives et les Clubs Jeunes Océans.

L’article Les urgences environnementales en Méditerranée en débat à Bizerte est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

La Chine, un colosse aux pieds d’argile

Au-delà de l’essor impressionnant de la Chine actuelle, un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins, force est de constater que la question des minorités n’y est pas réglée, malgré l’unité affichée de la nation, du reste portée par un nationalisme ombrageux.

Dr Mounir Hanablia

Il y a quelques semaines, un article en français de Kapitalis traitant de Taiwan avait suscité une réponse cinglante en arabe de l’ambassade de la République Populaire de Chine en critiquant la teneur et invitant à plus de rigueur et de précision dans la collecte des informations se rapportant à son pays, sinon en interdisant purement et simplement toute publication s’y rapportant.

Naturellement le caractère insolite d’une telle réaction, en particulier le droit de censure autoproclamé sur les publications d’un modeste journal électronique dans un pays étranger, a suscité des recherches pour en comprendre les raisons. S’agissait-il d’un simple dérapage ou d’un acte délibéré ?

Concernant les accusations d’intervention dans les affaires intérieures d’un État souverain, elles étaient plutôt disproportionnées relativement à la modestie de la page électronique. Il semble que le sujet ait été jugé suffisamment sensible pour ne pas être ignoré.

Une histoire de conflits entre États et de guerres civiles

En évoquant Taiwan, c’est évidemment toute la légitimité territoriale de la Chine Populaire qui est remise en question, et pas parce qu’elle se dit communiste, ou bien parce que les sécessionnistes de l’île constituent une menace militaire pour le continent. Mais l’Histoire démontre que cette nation n’a pas toujours été politiquement unie, loin de là, et que les conflits entre États ou bien les guerres civiles y ont fait rage bien avant l’ère universelle (eU), d’une manière souvent cruelle.

L’un des exemples les plus marquants de l’âpreté des luttes pour le pouvoir est l’assassinat en 197 (eU) du général Dong Zhou, dont le corps obèse servit de combustible et se consuma pendant plusieurs jours comme une bougie après que ses assassins lui eurent allumé une mèche préalablement introduite dans son nombril.

La perception de la menace si elle existe viendrait donc peut-être d’un sentiment du caractère fragile et éphémère de l’État et de l’union territoriale.

Si, à l’époque contemporaine, une partie quelconque de la Chine, composée de Hans, c’est-à-dire de vrais Chinois, s’estime en droit de faire sécession, pour des raisons qui lui sont propres, que faudrait-il alors dire des minorités périphériques non chinoises dont les territoires constituent 2/3 de la surface actuelle du pays qui ne peuvent pas vivre libres sur les terres de leurs ancêtres comme le ferait n’importe quel peuple du monde ?

Cette question a conduit à revoir le rôle des minorités, 15% de l’ensemble actuel de la population, dans la genèse de la Chine.

Force est de constater que leur rôle y fut immense. Il faut d’abord réaliser que le berceau originel de l’État chinois basé sur l’agriculture et le commerce couvre environ 270 000 km2 (une fois et demi la Tunisie) sur le cours moyen du Fleuve Jaune, face à la steppe plus au nord, peuplée de pasteurs, de chasseurs et de nomades toujours enclins à attaquer et piller les territoires sédentaires. Mais l’État chinois assure sa pérennité en se dotant d’une organisation, avec une administration utilisant une écriture unifiée et dont les membres, les mandarins, sont recrutés sur le mérite et le savoir, et une idéologie, le confucianisme, pour qui l’harmonie qui règne dans le ciel n’a de correspondance sur terre que par l’autorité exercée par l’Empereur, le Fils du Ciel disposant de tous les pouvoirs.

L’État chinois survit et s’étend particulièrement vers l’Est, vers la mer, puis petit-à-petit vers le sud vers le fleuve Yangtsé recouvert de forêts et de tribus non sinisées qui finissent par adopter progressivement les normes de l’État pour s’y fondre. Mais au nord du Fleuve Jaune les Chinois, qu’ils demeurent fédérés dans le cadre d’un seul État, ou qu’ils subissent les aléas des guerres civiles qui les divisent, s’accordent pour chercher protection contre les maraudeurs de la steppe toujours à l’affut, qu’ils soient Turcs, Mongols, ou Mandchous, en construisant des hautes murailles. Ils ne cesseront de le faire durant 2700 ans jusqu’à l’érection de la Grande Muraille actuelle par les Ming qui d’ailleurs ne leur servira à rien. Et naturellement ils n’auront de cesse de diviser le monde de la steppe afin d’empêcher leurs adversaires de se constituer en États capables de conquérir leur territoire, et le cas échéant d’y porter la désolation par la guerre et la conquête.

Un État forgé par des conquérants étrangers

C’est ainsi que finit par se constituer dans les environs immédiats de la frontière avec la steppe et au contact de la Grande Muraille un glacis fait de tribus indépendantes mais culturellement assez sinisées avec qui les Chinois traitent pour se protéger contre les nomades de l’arrière-pays demeurés tels quels, de pures barbares aux yeux de leurs voisins parangons de la culture et de la civilisation.

Les Chinois qualifieront de barbares cuits ceux parmi eux qui leur paient tribut, et de barbares crus ceux qui ne le font pas. Il est à noter que la ville de Pékin n’est jusqu’au XIe siècle qu’une ville frontière au nord à la jonction de la Mongolie et de la Mandchourie dont seuls des conquérants étrangers, les Khitans puis les Mongols, feront leur capitale. Autrement dit, la capitale de la Chine actuelle se situe à l’origine sur un territoire étranger, et cela démontre déjà toute la complexité de la situation. D’autant plus complexe que les peuples nomades qui régulièrement envahissent la Chine après en avoir défait les armées n’ont de cesse de se siniser et leurs chefs qui ont chassé les empereurs de leur trône n’ont d’autre hâte que de se proclamer fils du ciel à leur place et de se substituer à eux sur le même trône dont ils les ont chassés, tout en gardant la même administration composée des mandarins chinois pour gouverner le pays.

En ce sens, ce sont les fils de Gengis Khan le Mongol qui finissent par unifier la Chine. La dynastie nationale chinoise des Ming qui leur succèdera trouvera un pays politiquement et territorialement unifié, tout comme leurs successeurs, les Mandchous, issus eux des steppes du Nord. Parmi les empereurs mandchous qui se comportent ainsi qu’on l’a dit comme de véritables Chinois, il faut citer Qianlong, ce précurseur de Mao , dont «la Prison des Lettres» fut un autodafé des livres critiques de sa dynastie, une véritable amnésie d’État instaurée par la terreur, qui servit sans doute de modèle à la Révolution Culturelle. Qianlong le Mandchou se révéla en fait l’un des véritables fondateurs de l’État chinois actuel, et paradoxalement il fut l’un des représentants les plus accomplis du chauvinisme Han, lui qui selon les normes chinoises n’était qu’un barbare. De 1750 à 1755 il fit exterminer le peuple Dzoungare bouddhiste qui s’était révolté contre l’occupation chinoise. Environ en 1795 il débuta la guerre contre les Miao, ces montagnards du Sud qui refusaient de se soumettre à l’autorité impériale, et son successeur l’acheva par le massacre de ce peuple dont les survivants appelés Hmongs se réfugièrent en masse au Vietnam.

Ce sont donc les Mandchous, des étrangers, qui imposèrent les normes chinoises aux populations qui ne l’étaient pas, qui écrasèrent dans le sang les révoltes des musulmans turcs ouïghours au XIXe siècle, et qui assurèrent l’unification territoriale du pays d’une manière souvent rien moins que pacifique en parachevant un processus d’expansion de 20 siècles entre le Gobi au nord, l’Himalaya au sud, et la chaîne du Pamir à l’Est.

Une unification linguistique, culturelle et idéologique

Cette unification politique n’aurait bien entendu pas été possible sans une autre, idéologique, constituée autour de l’écriture chinoise et de la langue parlée par les fonctionnaires lettrés de l’État, le mandarin, du Bouddhisme souvent combattu comme une foi étrangère mais finalement intégré, du néo-Taoïsme et du néo Confucianisme. Que cette idéologie ait abouti à une vision mécaniste d’un univers en perpétuel expansion et rétraction rappelant d’une manière étrange les théories les plus modernes de l’astrophysique, importe peu.

Le phénomène historique, c’est donc que les conquérants étrangers, la moitié du temps à la tête du pays du fait de leur supériorité militaire, se sont toujours pliés après leurs victoires aux normes de l’État chinois, seul légitime et auquel tout autre État de la Terre se doit selon eux de rendre hommage et d’accepter de payer le tribut. 

Le conquérant étranger s’est ainsi mué la plupart du temps en représentant le plus chauvin de l’expansionnisme han. Cela n’a pas empêché en 1911 le grand soulèvement national contre les Mandchous, accusés par les Han de toutes les turpitudes dont leur pays a été la victime dans ses rapports avec les grandes puissances.

Chassés du pouvoir, les Mandchous furent partout en Chine pourchassés et massacrés. Paradoxalement ils avaient bien pris soin de ne pas se mêler à une population à laquelle ils avaient imposé des marques distinctives humiliantes comme le port de la natte et le rasage du crâne. Il faut reconnaître qu’à leur décharge ils n’imposaient pas à leurs filles les bandages serrés qui dès le plus jeune âge afin de satisfaire à une esthétique jugée érotique finissaient par leur briser les pieds. Mais les nationalistes Han réalisèrent que les minorités périphériques, dont les territoires couvraient les deux tiers de la surface du pays, ne s’estimaient liés par une quelconque allégeance que d’une manière personnelle envers les empereurs mandchous, et une fois ceux-là partis, ils n’étaient plus tenus par aucun devoir envers la nouvelle république.

Tenant compte de cette réalité, les nationalistes jouèrent donc de la carte de la nation constituée par plusieurs peuples unis fraternellement, en choisissant le drapeau à bandes horizontales multicolores, représentant chacune une minorité, celle du haut, la rouge, symbolisant évidemment la majorité Han.

Que le drapeau intégralement rouge ait été plus tard choisi peut donc donner lieu à plusieurs interprétations différentes, et pas nécessairement celle de la révolution communiste. Néanmoins, les Tibétains en profitèrent à l’avènement de la République pour s’affranchir de la tutelle chinoise. Leur indépendance ne durera qu’une cinquantaine d’années. D’autres minorités comme les Turcs musulmans de l’Ouest tentèrent de les imiter en 1933 et 1944, dans le Turkestan Oriental, mais les Soviétiques qui les soutenaient cessèrent de le faire en 1949 après la victoire finale des communistes chinois.

Pour en revenir au courroux de l’ambassade évoqué ci-haut, nous avons essayé d’en rechercher les raisons à travers une histoire il est vrai tumultueuse et une idéologie sans doute pas aussi fraternelle que l’internationalisme prolétarien. C’est au lecteur, en l’occurrence un barbare cru, qu’il revient de se faire sa propre opinion sur la question, derrière l’essor impressionnant d’un pays dont il n’y a pas si longtemps on considérait comme un exploit d’avoir réussi à assurer à ses habitants le bol de riz quotidien, mais dont l’ambition affichée est désormais de contrôler l’économie mondiale et d’assurer sa suprématie incontestée en mer de Chine aux dépens de ses voisins.

Néanmoins malgré une politique d’assimilation tout-azimut par l’ethnie dominante, la question des minorités semble loin d’avoir été réglée. Je le dis avec tout le détachement possible sans remettre en question le profond respect que je porte à ce pays et ses habitants.

* Médecin de libre pratique.

‘‘Histoire de la Chine : Des origines à la seconde révolution’’, de René Grousset, éditions Payot, Paris, 17 mars 2004, 360 pages.   

L’article La Chine, un colosse aux pieds d’argile est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

À quoi ressemble le quotidien d’une femme enceinte à Gaza?

Alors que la guerre à Gaza entame sa quatrième année, le journal britannique The Guardian a décidé de donner la parole à cinq Palestiniens ordinaires de Gaza pour raconter leur quotidien. Chacun raconte sa journée, révélant le terrible tribut imposé par le conflit qui se poursuit en dépit du cessez-le-feu du président américain Donald Trump. Parmi ces Palestiniens figure une femme qui a perdu ses trois enfants durant la guerre et qui a raconté sa nouvelle grossesse dans les terribles conditions endurées par la population gazaouie. Un témoignage précieux qui doit être connu par les personnes qui vivent cette époque et qui doit rester pour la postérité car la banalisation de la souffrance et l’oubli sont les meilleurs alliés de l’idéologie génocidaire sioniste.

Imed Bahri

Alaa Hessi gravit les marches avec précaution. Elle lève le pied pour le poser lourdement sur la marche supérieure, reprend son souffle et fait glisser sa main le long de la rampe. Posé sur un amas de décombres irrégulier, l’escalier en bois tremble à chacun de ses mouvements. Sa progression est ralentie par le volume imposant de son ventre de femme enceinte.

Arrivée en haut, elle s’arrête pour reprendre son souffle puis s’avance sur la plateforme qui constituait autrefois l’étage de la maison familiale. Une tente est dressée là où se trouvait la maison. Sous ses pieds gisent les ruines du foyer où elle a élevé ses trois enfants: Waseem, 10 ans, Mohannad, 7 ans, et Khawla, 5 ans. C’est aussi là qu’ils ont péri, tous trois tués par une frappe aérienne israélienne qui a rasé la maison.

Dans environ un mois*, Alaa donnera de nouveau la vie. Elle raconte sa journée…

Au lever du jour

Le bruit qui me réveille le matin, c’est le bourdonnement des mouches à l’intérieur de la tente et le vacarme de nos voisins.

Dans les tentes, l’intimité est inexistante, tout comme la sécurité. Ici, tout le monde connaît les secrets des autres. Nous entendons les gens lorsqu’ils vont aux toilettes. Nous pouvons même les entendre respirer. La fenêtre de ma tente donne directement sur la ligne jaune**. D’ici, on aperçoit les positions de l’armée israélienne et il leur arrive de tirer sur nous.

Mon mari et moi adorons boire du thé le matin mais le préparer est devenu un défi car Israël empêche le gaz d’entrer à Gaza et cette ressource est extrêmement rare. Nous dépendons toujours du bois de chauffage et des feux ouverts pour cuisiner et préparer des boissons chaudes. Ramasser du bois et allumer un feu suffit à m’épuiser.

Après avoir bu mon thé, je range la tente et j’essaie de cuisiner le plus tôt possible, avant que le soleil ne devienne trop ardent. Je lave aussi à la main les vêtements de mon mari et les miens, une tâche physiquement éprouvante maintenant que je suis enceinte de huit mois.

Le matin

Alaa ouvre la fenêtre en l’occurrence un pan de bâche sur le côté de la tente. Une ouverture donnant sur l’extérieur. À mesure que ses yeux s’habituent à la lumière, elle constate que tout, à perte de vue, est détruit. Le paysage n’est qu’un amas de béton fracassé et d’acier tordu. 

Aujourd’hui, j’ai un rendez-vous prénatal pour suivre l’évolution de la grossesse.

Le lieu est éloigné et je m’y rends à pied, généralement, aucun véhicule ne peut m’y conduire. Il fait 34°C, et marcher dans les rues bombardées, jonchées de décombres et grouillantes d’insectes, en pleine chaleur, est une épreuve épuisante. Le centre où je reçois mes soins prénataux est une tente et non un véritable établissement de santé.

Les médecins m’ont prescrit des compléments nutritionnels pour ma grossesse. J’ai déjà été enceinte par le passé mais je sens que cette grossesse est différente. Malgré tous mes efforts pour compenser les carences nutritionnelles et les privations alimentaires subies pendant la guerre, mon corps reste épuisé. La nourriture se fait rare. Mon mari m’achète des fruits et des légumes mais refuse d’en manger lui-même car il n’a les moyens d’en acheter qu’en petite quantité.

Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai ressenti deux émotions totalement contradictoires. J’étais heureuse d’attendre un enfant mais je pleurais aussi sans cesse car mes enfants –Waseem, Mohannad et Khawla– me manquaient. Tout me les rappelle. Quand j’ai envie de manger certains aliments, je pense à Waseem car j’aimais beaucoup en manger quand j’étais enceinte de lui.

Je ne parle pas aux infirmières de ma situation ni de mes enfants décédés car le personnel soignant est lui aussi émotionnellement épuisé. Ils ne sont pas en mesure d’offrir du réconfort ou un soutien psychologique. Mon histoire n’a rien d’exceptionnel à Gaza. Beaucoup de femmes ici ont perdu leurs enfants.

Après le rendez-vous avec le nutritionniste, j’ai également une consultation avec le psychologue de la maternité. On me conseille de me concentrer sur ma respiration: inspirer profondément, retenir mon souffle puis expirer lentement.

Ensuite, je rentre chez moi à pied.

L’après-midi

S’attaquant à nouveau aux marches, Alaa hisse un sac à dos bleu jusqu’à la tente. Il contient quelques vêtements de ses enfants disparus, qu’elle espère voir portés un jour par le bébé à naître. Beaucoup d’entre eux ont été abîmés par le souffle de l’explosion: déchirés, les bords brûlés, mais encore portables. Elle déplie avec précaution un T-shirt Snoopy et un bonnet à deux pompons duveteux puis en sort une écharpe aux couleurs du Castleview AFC —un petit club de football de Cork— que son fils Waseem chérissait. «Il la portait tout le temps, même en été. Je lui disais: Waseem, il fait trop chaud, enlève-la! Et il répondait: Non, je l’adore.» 

Je passe l’après-midi avec mon frère à réfléchir à la manière de ranger les vêtements pour le bébé à venir.

Il suggère une boîte solide en carton ou en bois. Ce qui nous inquiète, ce sont les rats,  ils sont partout. Nous les entendons chaque nuit et ils finissent toujours par s’introduire dans la tente. J’avais recousu l’endroit par lequel ils entraient, mais ils en ont rongé un nouveau. Aujourd’hui, nous avons découvert un autre trou dans la paroi de la tente.

Je me demande si nous pourrions utiliser de la mort-aux-rats mais mon frère craint que les rongeurs ne meurent ici, dans la tente, et ne propagent des maladies.

Pour le bébé qui va naître, tout ce que je veux, c’est un endroit sûr, hors de portée des rats. Le bébé sera si petit et je suis terrifiée pour lui. J’aimerais avoir un vrai berceau pour lui mais il est difficile d’en trouver à Gaza en ce moment et la tente est déjà surpeuplée.

Ce que j’aimerais que le monde extérieur comprenne, c’est à quel point la vie sous une tente est humiliante. C’est une existence difficile, avilissante et profondément inhumaine. La mort nous entoure encore de toutes parts.

La soirée

Alors que la fin de l’après-midi approche, Alaa fait défiler les photos de ses enfants décédés sur son téléphone. L’appareil qui les contient —comme tant d’autres à Gaza— est vétuste et son écran est fissuré. Après un long blocus, de nouveaux smartphones arrivent désormais mais ils sont chers et beaucoup de familles n’ont pas les moyens de se les offrir. Dans une vidéo, les voix des enfants s’élèvent, ténues, du haut-parleur du téléphone. Khawla et son frère aîné se taquinent: «Maman, c’est moi la plus gentille!», crie Khawla. Mohannad rit et répond: «Non, c’est moi le plus gentil!».

Je ne parle vraiment de mes enfants qu’avec mon mari. C’est la seule personne qui partage la même douleur et qui comprend vraiment ce que je ressens au fond de moi.

Quand je faiblis, il me donne de la force. Quand il traverse des moments difficiles, j’essaie de le réconforter et de le soutenir émotionnellement. Nous passons des heures à parler de nos enfants, de leur personnalité, de ce qu’ils aimaient et de leur façon d’être. Nous nous rendons même ensemble sur leurs tombes.

Cet endroit garde encore les souvenirs de mes enfants. Il me rappelle la belle vie que nous avions autrefois. En regardant ces décombres, je pense à mes enfants, à la vie que j’ai partagée avec eux, les élever, leur préparer à manger et à les enseigner. Tout ce qui était beau a disparu après leur départ.

Parfois, la peur m’envahit car j’ai perdu mes enfants et je crains de perdre aussi mon bébé. J’espère que mon nouveau-né connaîtra une vie meilleure que celle de ses frères et de sa sœur et qu’il sera en sécurité.

*Peu après le recueil de ce témoignage, Alaa a donné naissance à un petit garçon en bonne santé. Elle l’a prénommé Waseem, en hommage à son frère aîné.

**La « ligne jaune » à Gaza est une ligne de cessez-le-feu et de déploiement militaire établie en octobre 2025 dans le cadre du plan de paix. Matérialisée sur le terrain par de grands blocs de béton peints en jaune, elle divise la bande de Gaza en deux zones distinctes: l’ouest, sous contrôle palestinien et l’est/sud, sous contrôle de l’armée israélienne.

L’article À quoi ressemble le quotidien d’une femme enceinte à Gaza? est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Le journaliste algérien Mohamed Benchicou s’est éteint

«Adieu cher aîné.» C’est par ces mots que Hamid Arab, directeur de publication du Matin d’Algérie, annonce la disparition de Mohamed Benchicou, ce jeudi 24 septembre 2026. Une nouvelle qui bouleverse la presse algérienne.

Fondateur du Matin d’Algérie, journaliste et écrivain, Mohamed Benchicou appartient à cette génération qui a profondément marqué l’histoire de la presse algérienne. Son nom reste attaché à une certaine conception du métier : celle d’un journalisme qui assume la parole, le risque de l’écriture et la responsabilité de regarder son époque sans détour.

Pour tous ceux qui écrivent aujourd’hui dans les pages du Matin d’Algérie, cette disparition prend une résonance particulière. Derrière un titre, il y a toujours une histoire, des femmes et des hommes, des combats, des fidélités. Et derrière cette histoire, il y a ceux qui ont ouvert la voie. Mohamed Benchicou aura été de ceux-là.

Son parcours journalistique et littéraire aura accompagné les soubresauts de l’Algérie contemporaine. Il aura connu les heures de gloire de la presse indépendante, ses combats, ses blessures, ses contraintes et ses silences imposés. Mais il aura surtout laissé une œuvre et une signature que le temps ne suffira pas à effacer.

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement un journaliste qui disparaît. C’est une page importante de l’histoire de la presse algérienne qui se tourne.

À sa famille, à ses proches, à ses anciens compagnons de rédaction et à tous ceux qui l’ont connu, notre profonde sympathie.

Adieu, Mohamed Benchicou.

Djamal Guettala

L’article Le journaliste algérien Mohamed Benchicou s’est éteint est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Comment les régions deviennent des gisements de croissance ?

L’annonce de l’extension des activités du groupe industriel allemand Knauf dans le gouvernorat de Tataouine — à travers un investissement direct de 70 millions de dinars dédié à l’extraction et à la transformation du gypse — constitue un signal économique positif à plus d’un titre. Dans un contexte où la revitalisation des régions de l’intérieur demeure une priorité, l’ancrage d’un acteur industriel mondial dans l’extrême Sud tunisien confirme l’attractivité de nos gisements naturels et le rôle de la Tunisie comme hub de transformation à vocation africaine.

Abdelwaheb Ben Moussa

Cependant, au-delà de la satisfaction d’usage face à l’annonce de ces chiffres, ce projet doit être analysé comme un cas d’école. Il pose la question centrale de notre doctrine de développement territorial : comment transformer la rente extractive en un écosystème industriel créateur de valeur ajoutée locale et d’emplois durables ?e

Pendant des décennies, le drame économique du Sud et des régions minières a résidé dans un modèle d’exploitation asymétrique : l’extraction des ressources brutes acheminées vers les zones côtières ou exportées sans transformation majeure, laissant aux territoires hôtes les seules externalités environnementales et sociales.

L’implantation d’unités de transformation industrielle à la source même du gisement à Tataouine marque une rupture de méthode indispensable. La transformation locale du gypse en plâtre de haute technicité et en matériaux de construction à forte valeur ajoutée permet de capter la marge industrielle sur le territoire national. C’est précisément cette remontée de filière qui conditionne la viabilité des emplois créés et la montée en compétences des cadres et techniciens de la région.

Le vrai test de l’État territorial

Si le diagnostic industriel est clair, le succès opérationnel de cet investissement reposera sur la capacité des structures de l’État à éliminer les frictions administratives habituelles. La réunion de travail tenue entre le gouverneur de la région et le promoteur industriel pour accélérer les régularisations foncières illustre le véritable enjeu : la réduction de la «dette d’exécution».

Inscrire un projet d’investissement dans un plan de développement est une intention ; sécuriser les titres fonciers, raccorder les usines aux réseaux d’énergie et d’eau industrielle, et fluidifier les démarches d’exportation relèvent de la doctrine d’exécution. Les retards administratifs et les incertitudes juridiques sur le foncier ont trop souvent neutralisé les meilleures volontés d’investissement dans nos régions. L’agilité démontrée par l’administration locale sur ce dossier devra devenir la norme d’action pour l’ensemble des projets structurants.

La réussite durable d’une telle implantation ne dépend pas uniquement de l’investisseur étranger. Elle exige un alignement stratégique de l’écosystème financier et logistique national.

Ingénierie bancaire et désenclavement logistique

D’une part, le secteur bancaire public et privé doit concevoir des mécanismes de financement intégrés pour développer le tissu de sous-traitance locale. L’arrivée d’une unité industrielle d’envergure doit irriguer les TPE et PME de la région — dans la maintenance industrielle, le transport, la logistique et les services numériques — grâce à des lignes de crédit adossées aux carnets d’ordres du donneur d’ordre.

D’autre part, la valorisation des ressources du Sud impose un désenclavement logistique et numérique irréprochable. La chaîne de valeur du gypse transformé vers les marchés africains et méditerranéens exige des infrastructures de transport fluides et des procédures douanières dématérialisées sans friction.

L’investissement de Knauf à Tataouine démontre que le Sud tunisien n’est pas une charge budgétaire à compenser, mais un réservoir de croissance industrielle à mobiliser. Il appartient aux décideurs publics et aux institutions financières de transformer cet essai : la souveraineté économique de la Tunisie se construira sur sa capacité à transformer ses ressources sur son sol, par ses compétences et pour le développement équilibré de tous ses territoires.

* Ingénieur informatique, cadre de banque publique.

L’article Comment les régions deviennent des gisements de croissance ? est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Electricité | Un comité de pilotage tunisien pour le projet Elmed

Une nouvelle étape opérationnelle a été franchie pour Elmed, le projet d’interconnexion électrique qui reliera la péninsule tunisienne du cap Bon à la Sicile, l’île du sud de l’Italie, avec une capacité de transmission de 600 mégawatts, et dont dont la mise en service est prévue en 2028. Le comité de pilotage chargé de suivre la mise en œuvre de ce projet de première liaison en courant continu haute tension entre l’Europe et l’Afrique du Nord s’est réuni pour la première fois avant-hier, mardi 22 septembre 2026, à Tunis.

Selon un communiqué du ministère de l’Industrie, la réunion a été présidée par le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Salah Zouari, en présence du secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, et du PDG de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), Fayçal Tarifa. Des représentants des ministères de la Défense, de l’Économie et de la Planification, de l’Équipement, de l’Agriculture et de l’Environnement, ainsi que de la Direction générale des douanes et d’autres administrations impliquées dans le projet, y ont également pris part.

La liaison, développée conjointement par la Steg et le gestionnaire de réseau italien Terna, aura une longueur totale d’environ 220 kilomètres — dont près de 200 kilomètres de câble sous-marin — et reliera la nouvelle station de conversion de Mlaabi (dans la zone de Menzel Temime, gouvernorat de Nabeul) à celle de Partanna (province de Trapani).

Le système HVDC fonctionnera sous une tension de 500 kilovolts et atteindra une profondeur maximale d’environ 800 mètres dans le canal de Sicile. Les flux seront bidirectionnels, permettant ainsi aussi bien l’importation que l’exportation d’énergie électrique.

La réunion d’avant-hier ne marque pas le lancement formel du projet — déjà en phase de mise en œuvre — mais renforce la coordination tunisienne nécessaire à sa réalisation.

En juin dernier, Prysmian a reçu le feu vert de Terna et de la Steg pour la construction de l’interconnexion sous-marine, dans le cadre d’un contrat d’environ 460 millions d’euros.

Quelques jours plus tard, Terna et la Steg ont attribué à Hitachi Energy un contrat d’environ 770 millions d’euros pour la réalisation des deux stations de conversion, à Partanna et Mlaabi, achevant ainsi le processus d’approvisionnement des principales infrastructures de la liaison.

Elmed est considéré par Rome et Tunis comme une infrastructure stratégique pour renforcer la sécurité et la stabilité de leurs systèmes électriques respectifs et favoriser une meilleure intégration des énergies renouvelables. Côté tunisien, le projet devrait également permettre au réseau national d’accéder directement au marché européen de l’électricité, créant ainsi les conditions d’échanges futurs d’électricité d’origine solaire et éolienne. Le gouvernement tunisien vise à porter à 35 % la part de l’électricité produite à partir de sources renouvelables d’ici 2030, contre seulement 6 à 7% actuellement.

Le projet bénéficie d’un soutien financier européen et international. L’Union eropéenne (UE) a alloué 307,6 millions d’euros via le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), un financement inédit pour une infrastructure énergétique reliant un État membre de l’Union à un pays tiers.

La Banque européenne d’investissement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) ainsi que la KfW ont également mobilisé des fonds pour le volet tunisien et pour le câble sous-marin.

Selon le calendrier de Terna, la mise en service de l’interconnexion est prévue pour 2028.

D’après Ansa.      

L’article Electricité | Un comité de pilotage tunisien pour le projet Elmed est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Industrie | Au cœur du «Système Italie» en Tunisie

«L’intégration entre les chaînes de valeur italiennes et tunisiennes repose sur des investissements capables de générer de la croissance, de l’innovation et un partage de savoir-faire», a déclaré l’ambassadeur Alessandro Prunas, à la suite de la visite qu’il a effectuée à deux entreprises italiennes actives dans les secteurs de l’automobile et de la chaussure dans le gouvernorat de Béja, dans le nord-ouest de la Tunisie.

Le diplomate, qui était accompagné du président de la Chambre tuniso-italienne de commerce et d’industrie (Ctici), Mourad Fradi, a visité General Cab Med, entreprise spécialisée dans la production de composants automobiles, ainsi que Stork Chaussures, une entreprise du secteur de la chaussure.

«La diplomatie de la croissance est au cœur de l’action du Système Italie en Tunisie», a ajouté M. Prunas, en rappelant le Forum économique et entrepreneurial Italie-Tunisie, récemment inauguré à Tunis par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani.

«La priorité est de tirer pleinement parti du grand potentiel de la coopération économique bilatérale, dans l’intérêt mutuel de nos pays», a soouligné M. Prunas.

D’après Ansa.

L’article Industrie | Au cœur du «Système Italie» en Tunisie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Quand le port en eau profonde d’Enfidha verra-t-il le jour ?  

Ils sont forts nos ministres quand il s’agit de tirer des plans sur la comète et d’annoncer à cor et à cri des projets délirants auxquels les médias locaux accolent une foison de superlatifs. Quant à les réaliser ensuite, il ne faut tout de même pas trop leur demander à ces chers planificateurs ! Espérons qu’avec le projet du vaste pôle portuaire doté d’une zone logistique de 2 000 hectares, un hub régional entre la Méditerranée et l’Afrique, selon les termes du ministre des Transports, Rachid Amri, nous serions cette fois démentis. Quoique nous n’aimons pas nous bercer d’illusions…

C’est du fameux grand pôle portuaire en eau profonde d’Endidha, dans le gouvernorat de Sousse, dont on annonce la réalisation depuis la fin des années 1990 et qui tarde à sortir des cartons, qu’il s’agit encore une fois. Les Tunisiens s’ennuient et ils n’ont rien à se mettre sous la dent, alors on leur sort ce serpent de mer pour les faire rêver debout et oublier les pénuries quotidiennes qu’ils subissent.

M. Amri, qui parlait lors de l’ouverture à Tunis des «Seaports Days», organisées les 22 et 23 septembre 2026, en collaboration avec l’ambassade des États-Unis, a indiqué, au cas où on l’aurait oublié, que ce vaste pôle portuaire sera adossé à une zone de services logistiques de plus de 2 000 hectares et relié aux réseaux ferroviaire et autoroutier du pays. Ce ne sera pas le Port de Jebel Ali à Dubaï ou Tanger Med au Maroc, mais ça leur ressemblera un peu. Enfin on l’espère bien !

Selon les ministère des Transports, ce programme de développement des infrastructures portuaires vise à «renforcer la position de la Tunisie en tant que plateforme logistique régionale en Méditerranée et porte d’entrée vers les marchés africains.» Pas moins !

Les sept ports maritimes commerciaux tunisiens assurent actuellement environ 98 % du volume des échanges commerciaux du pays avec l’étranger, pour un trafic total de l’ordre de 30 millions de tonnes par an.

Le projet de port en eau profonde d’Enfidha, dont la réalisation a pris plus de vingt ans de retard, est présenté comme l’une des grandes infrastructures prévues dans le Plan de développement 2026-2030. Ce «hub régional entre la Méditerranée et l’Afrique» sera-t-il donc opérationnel dans quatre ans ?

Que le ministre Amri nous pardonne : nous avons appris, dans ce pays où tout semble à l’arrêt depuis 2011, à ne plus croire aux miracles ni aux coups de baguette magique. Nous ne pensons pas qu’il est capable de faire mieux que la vingtaine de ministres qui l’ont précédé au poste et qui ont tous pris la peine de présenter ce projet aux hypothétiques investisseurs étrangers, avec les résultats que l’on sait.

Espérons qu’avec nos amis Américains, qui ont des problèmes avec les détroits d’Ormuz et de Bab El Mandeb, les choses iront beaucoup plus vite !

I. B.

L’article Quand le port en eau profonde d’Enfidha verra-t-il le jour ?   est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  
❌