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Tunisie | La tendance à la hausse des protestations se poursuit

Le rapport d’août 2026 de l’Observatoire social tunisien «Al Forum» confirme la tendance à la hausse des mouvements de protestation en Tunisie… Le droit à une vie digne arrive en tête des revendications, tandis que 12 cas et tentatives de suicide ont été recensés. (Photo : des organisations et associations réclament la libération de tous les membres et militants de la «Flottille Al Soumoud» pour la Palestine arrêtés).

La cadence des mouvements de protestation a maintenu sa tendance haussière au cours du mois d’août 2026, enregistrant 1 093 actions ; un bilan proche de celui du mois de juillet précédent, qui s’élevait à 1 101 actions.

Ce niveau de mobilisation témoigne de la persistance des tensions sociales durant la période estivale, classant ainsi le mois d’août parmi les mois ayant connu le plus grand nombre de protestations en 2026.

Droit à l’eau, à l’électricité et à une vie digne

Une comparaison avec les mêmes périodes des années précédentes révèle une hausse marquée de l’ampleur de la mobilisation sociale au cours du mois d’août 2026. Le volume des mouvements enregistrés a en effet plus que triplé par rapport au bilan d’août 2025. Cette augmentation s’inscrit dans un contexte où la mobilisation a été particulièrement marquée par l’émergence de revendications liées au droit à une vie digne — notamment l’accès aux produits et services de base, en particulier l’électricité et l’eau, dont les problématiques ont été très présentes durant la période estivale.

Ces mouvements étaient également liés à d’autres revendications de nature sociale, professionnelle et environnementale, reflétant ainsi la multiplicité des pressions et des préoccupations qui ont motivé la mobilisation au cours du mois.

Pour la première fois, le droit à une vie digne s’est hissé au premier rang des motifs de contestation ; il a figuré en tête des revendications ayant suscité la mobilisation des acteurs sociaux au cours du mois d’août, donnant lieu à 463 actions, soit près de 42 % du total des mouvements de protestation.

Cette mobilisation était principalement liée au climat de tension et de colère qui a traversé le pays en raison des coupures d’électricité et d’eau potable, ainsi que de la pénurie aiguë d’eau minérale en bouteille.

Par ailleurs, cette crise a remis au premier plan la question de la qualité de l’eau distribuée par le réseau en Tunisie, soulignant l’importance de contrôler la qualité et la salubrité de l’eau et de garantir sa conformité aux normes requises pour la consommation humaine.

Au total, 392 mouvements de protestation liés aux coupures d’eau ont été recensés, soit 36 ​​% de l’ensemble des actions enregistrées.

Les droits civils et politiques également revendiqués

Les revendications relatives aux droits civils et politiques arrivent en deuxième position avec 430 mouvements, représentant environ 39 % du total de la mobilisation. Ces actions étaient en grande partie liées à la situation dans les prisons et aux décès suspects survenus dans le pays durant la vague de chaleur ; la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) fait état de plus de 20 décès parmi les détenus, tandis que des témoignages diffusés par des familles et des avocats sur les réseaux sociaux suggèrent que ce chiffre pourrait être plus élevé.

Des organisations et des associations ont appelé à alléger la pression au sein des prisons et à œuvrer pour réduire la surpopulation carcérale, en particulier dans les établissements où le taux d’occupation dépasse 200 % de la capacité d’accueil.

Ces organisations et associations ont également réclamé la libération du militant Wael Naouar — qui a entamé une grève de la faim le 16 août et l’a poursuivie — ainsi que celle de tous les membres et militants de la «Flottille Al-Soumoud») encore en détention.

Le mois a par ailleurs été marqué par des marches et des mouvements populaires dénonçant les atteintes à la liberté d’expression et aux fondements d’un procès équitable, au cours desquels ont été scandés des slogans exigeant le départ des détenteurs du pouvoir.

Il convient de noter qu’en combinant ces deux catégories de droits, on constate que 893 mouvements sur 1 093 — soit environ 82 % du total — étaient liés soit au droit à une vie digne, soit aux droits civils et politiques.

Selon les résultats du suivi, les revendications relatives au droit à l’emploi et au travail décent ont enregistré un recul au mois d’août 2026 : 61 mouvements ont été recensés, contre 96 en juillet 2026 (soit une baisse d’environ 36 %). Ces mouvements concernaient le recrutement, la régularisation de la situation professionnelle, le versement des salaires et des indemnités, l’amélioration des conditions de travail ainsi que l’application des accords conclus, et ont représenté environ 9 % du total des mouvements.

La liberté d’expression au premier rang des revendications  

La baisse du nombre de mouvements de protestation liés aux revendications en matière d’emploi au cours du mois d’août 2026 ne reflète ni une diminution de l’importance de ces revendications ni leur disparition des préoccupations des Tunisiens. Elle traduit plutôt, en partie, l’incidence des conditions sociales et politiques qui se sont imposées durant cette période, incitant certains acteurs sociaux à se concentrer sur des revendications plus fondamentales et urgentes, au premier rang desquelles figure le droit à la vie — à travers l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que le droit à une existence digne —, garantissant ainsi un minimum de services, de produits de première nécessité et de conditions de vie convenables.

Le mois d’août a été marqué par 71 actions liées à l’environnement et 15 actions concernant le droit au développement, ainsi que par des mouvements portant sur la situation des hôpitaux, les transports, le désenclavement, l’éducation et la sécurité.

Certaines actions ont également reflété l’intensification des revendications relatives aux droits civils et politiques — notamment la liberté d’expression et la liberté individuelle — dans un contexte où la poursuite et le procès de plusieurs opposants et journalistes suscitent des inquiétudes quant aux libertés publiques et aux droits fondamentaux.

I. B.

Consulter le rapport complet en arabe sur le site de l’Observatoire social tunisien.

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Biotechnologie | nextProtein rassure les habitants de Menzel Bouzelfa  

Nous reproduisons ci-dessous la lettre que nous avons reçue de la direction de la société nextProtein basée à Menzel Bouzelfa (Nabeul), en réponse aux craintes exprimées par les riverains sur les éventuels rejets de cette usine de biotechnologie et rapportées dans un communiqué du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) publié par Kapitalis sous le titre «Risques environnementaux et sanitaires de la production de protéines à partir d’insectes». Espérons que les assurances présentées ici par la direction de nextProtein seront suffisants pour rassurer les habitants de Menzel Bouzelfa.

Au regard de l’inquiétude de certains riverains et des récentes publications au sujet du projet d’implantation industrielle à Menzel Bouzelfa, la direction de l’usine souhaite apporter des éclaircissements factuels et techniques sur le fonctionnement du futur site et rassurer le voisinage sur la bonne prise en compte de leur cadre de vie.

1. L’ambition nextProtein : une fierté tunisienne pour le climat et la région.

Portée par la vision de ses fondateurs d’ériger la Tunisie en pionnière de la transition écologique mondiale, nextProtein s’est donnée pour mission de nourrir le futur de manière durable :

● Un impact positif pour la planète : en transformant des sous-produits organiques en protéines de haute valeur et en engrais biologiques, l’entreprise lutte contre le gaspillage et réduit l’empreinte carbone globale.

● Une fierté pour Menzel Bouzelfa et le Cap Bon : ce site positionne la ville et sa région au cœur de l’innovation biotechnologique internationale, démontrant le savoir-faire technologique et industriel tunisien.

● Un engagement de proximité : l’entreprise s’implante avec la volonté d’être un partenaire vertueux, transparent et protecteur de son environnement immédiat et de ses voisins.

2. Conformité réglementaire et classement ANPE

L’activité du site est inscrite dans le classement réglementaire de Catégorie 3, qui encadre les installations à impact maîtrisé sur leur environnement, obtenu en 2025.

L’Étude d’impact environnemental (EIE) a été instruite et validée par l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), attestant du respect strict des critères légaux et techniques requis en Tunisie. Ce jeudi 17 septembre, une visite de contrôle menée sur le chantier par plusieurs administrations tunisiennes, dont l’ANPE, a pleinement confirmé le respect de l’ensemble des engagements environnementaux et réglementaires pris par l’entreprise.

3. Concertation et cadre de vie des riverains

Soucieuse de s’intégrer harmonieusement dans son environnement tout en respectant le cadre de vie des riverains, la direction souhaite poursuivre un dialogue continu avec les riverains, les autorités administratives et le personnel de santé voisin. Des rencontres d’information et des présentations des installations de l’usine seront organisées prochainement pour répondre aux interrogations légitimes de la population.

4. Les solutions innovantes Biotech & Agritech

Le site produira des solutions durables destinées aux marchés agricoles et industriels locaux et internationaux :

● Fertilisant nextGrow (certifié EcoCert) : un amendement organique naturel certifié par EcoCert, destiné aux agriculteurs et aux acteurs du secteur agricole pour la régénération et la fertilisation durable des sols.

● Protéines et lipides d’insectes (certifiés GMP+) : des ingrédients durables à haute valeur nutritionnelle destinés aux marchés de la nutrition animale (aquaculture, élevage et animaux de compagnie). L’ensemble de notre chaîne d’approvisionnement et de fabrication respecte les normes du référentiel GMP+, garantissant une traçabilité intégrale depuis les matières premières jusqu’au produit fini.

5. Un dispositif technique sécurisé et innovant

Le site est conçu pour intégrer des équipements industriels modernes destinés à limiter au maximum les désagréments pour le voisinage :

● Nature du process : la production repose exclusivement sur la transformation de larves en environnement étanche et contrôlé. Aucun produit chimique n’est utilisé dans l’ensemble du procédé de transformation. L’activité n’implique pas d’élevage ni de présence d’insectes adultes volants sur le site de Menzel Bouzelfa. L’étape d’élevage est sectorisée sur notre site historique, exploité en toute conformité selon la réglementation tunisienne en vigueur et sous environnement biologique maîtrisé depuis dix ans.

● Gestion des odeurs et de l’air : l’ensemble des matières premières est traité en flux tendu et conservé dans des silos de stockage hermétiques. Les installations seront dotées d’un système de traitement et de filtration de l’air ambiant avant tout rejet extérieur. Les matières utilisées sont essentiellement d’origine végétale, complétées par des coproduits de l’industrie agroalimentaire locale (tels que des produits laitiers). Aucun déchet d’abattoir, ou matière carnée d’origine animale n’est utilisé dans notre procédé conformément à la réglementation en vigueur.

● Traitement des eaux et protection des sols : l’usine recycle les eaux des matières organiques (jus) en circuit fermé de production non connecté aux réseaux extérieurs et intégrera après étude une unité de traitement des eaux de lavage, garantissant l’absence de rejet d’effluents non traités dans le milieu naturel ou la nappe phréatique. L’usine est raccordée au réseau de l’Onas.

6. Développement économique et filière circulaire

Ce projet biotech/agritech participe activement à la dynamisation de l’économie locale :

● Création de près de 200 emplois directs et indirects, avec une priorité accordée aux compétences et à la main-d’œuvre de Menzel Bouzelfa et de sa région.

● Développement d’une filière agroalimentaire d’avenir, renforçant la souveraineté et les capacités de transformation à l’échelle régionale.

Communiqué.

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Moyen-Orient | Les trois scénarios pour la Tunisie, selon Aram Belhadj  

L’économiste Aram Belhadj a publié un post Facebook, dont nous publions ci-dessous la traduction, où il analyse l’évolution de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences possibles sur l’économie tunisienne qui traverse, depuis plusieurs années, une crise structurelle chronique : faible croissance, inflation, déficit budgétaire et endettement, intérieur et extérieur dépassant 80% .

Compte tenu de la situation actuelle au Moyen-Orient, trois scénarios détermineront l’évolution future des indicateurs économiques en Tunisie:

* Le scénario le plus probable est celui d’un conflit gelé (c’est-à-dire le maintien de la situation actuelle sans résolution définitive). Le prix du baril se situerait alors entre 95 et 110 dollars, entraînant un déficit budgétaire avoisinant les 20 milliards de dinars, un déficit commercial proche de 25 milliards de dinars et des réserves de change se situant au seuil de 90 jours d’importation à la fin de l’année.

* Une désescalade négociée réduisant les tensions dans le détroit d’Ormuz (et potentiellement celui de Bab-el-Mandeb). Dans ce cas de figure, le prix du baril redescendrait vers une fourchette de 75 à 85 dollars ; cela permettrait d’enrayer l’érosion des réserves de change et de ralentir l’aggravation des deux déficits, tout en favorisant un recul progressif de l’inflation vers 5 %.

* Le scénario le moins probable (mais le plus dangereux) est celui d’une escalade majeure, impliquant une frappe américano-israélienne d’envergure, le retrait de l’Iran du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) et la fermeture quasi totale des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Le prix du baril de Brent se situerait alors entre 130 et 150 dollars, entraînant un déficit budgétaire supérieur à 22 milliards de dinars, une inflation pouvant dépasser 8 % et des réserves risquant de tomber sous le seuil de couverture de 90 jours d’importations.

Quoi qu’il en soit, à ce stade, c’est le canal commercial — et non monétaire — qui prévaut ; cette situation résulte du gel des prix des carburants, qui transfère le choc vers la balance des paiements plutôt que de l’imputer directement au portefeuille du consommateur. Toutefois, la donne changerait inévitablement si le premier scénario, et surtout le troisième, venaient à se concrétiser.

Traduit de l’arabe.

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Mahmoud Darwich Poetry Day à Paris

L’Institut du monde arabe (IMA) à Paris organise Mahmoud Darwich Poetry Day du 25 au 27 septembre 2026, pour rendre hommage à cette figure majeure de la poésie palestinienne, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Cet événement qui se tiendra simultanément à l’IMA et dans une trentaine de lieux, en France, dans le monde arabe et à l’international, est organisé en association avec le Centre Pompidou et de nombreuses autres structures partenaires.

Retrouvez le programme complet des concerts, lectures et rencontres via ce lien.  

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Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich | Deux prix, deux mémoires et une même exigence de liberté

Il y a des prix qui distinguent des œuvres et des carrières. Il y en a d’autres qui, au-delà des personnes qu’ils honorent, cherchent à faire vivre une certaine idée de la culture. Le Prix Ibn Khaldun et le Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts, tous deux décernés à Tunis, appartiennent à cette seconde catégorie.

Abdelhamid Larguèche

L’un s’inscrit dans le champ de l’histoire, de la pensée et des sciences humaines ; l’autre dans celui de la poésie et des arts. Mais ils procèdent d’une même conviction : une société ne se comprend véritablement qu’à travers la mémoire qu’elle construit, les récits qu’elle transmet et les voix qu’elle accepte d’entendre.

C’est dans cet esprit que le palmarès 2026 du Prix Ibn Khaldun a été établi.

Cette année, le comité a voulu rendre hommage à des personnalités dont les parcours, différents par leurs disciplines et leurs horizons, ont contribué à enrichir la connaissance de l’histoire, de la pensée et des sociétés arabes et musulmanes.

Le philosophe et écrivain marocain Bensalem Himmich, ancien ministre de la Culture, figure parmi les lauréats. Son œuvre, à la croisée de la philosophie, de la littérature et de la réflexion historique, entretient un dialogue fécond avec la civilisation arabo-musulmane et avec les grandes questions de notre présent.

Le prix distingue également Abraham Udovitch, professeur émérite de l’Université de Princeton et ancien directeur scientifique de Studia Islamica. Son œuvre a profondément contribué au renouvellement de l’histoire économique et sociale du monde islamique médiéval. Son parcours rappelle combien l’histoire du monde musulman a besoin d’être étudiée dans toute sa complexité, à partir des sociétés, des échanges, des hommes et des réseaux qui l’ont constituée.

Avec Fatima Al-Sayegh, historienne de l’Université des Émirats arabes unis à Al Ain, c’est notamment l’histoire sociale et politique de la péninsule Arabique et du Golfe qui est mise à l’honneur.

Le palmarès accueille également Hassanine Ben Ammou, romancier tunisien, dont l’œuvre entretient un rapport particulièrement fécond avec la mémoire, l’histoire et les imaginaires de la société tunisienne.

Enfin, le comité a souhaité que cette édition soit aussi un acte de mémoire. Le professeur Hassan Hosni Abdelwahab, figure fondatrice de l’école historique tunisienne et grand érudit du patrimoine national, est distingué à titre posthume.

Ce geste n’est pas simplement rétrospectif. Il rappelle que les générations nouvelles ne peuvent construire leur rapport au patrimoine intellectuel sans revisiter les œuvres de ceux qui les ont précédées.

Ibn Khaldun : une pensée qui demeure vivante

Pourquoi continuer à parler d’Ibn Khaldun aujourd’hui ?

Parce que sa pensée n’est pas un monument figé. Elle demeure une invitation à comprendre les sociétés dans leur mouvement, leurs solidarités, leurs conflits, leurs transformations et leurs fragilités.

Ibn Khaldun nous a appris à nous méfier des récits trop simples, des apparences et des vérités toutes faites. Il nous a surtout rappelé que l’histoire n’est pas seulement une succession d’événements : elle est une construction humaine qui doit être interrogée, critiquée et comprise.

C’est cette exigence que le Prix Ibn Khaldun cherche, à sa manière, à prolonger.

Mahmoud Darwich : quand la poésie devient mémoire

Mais l’histoire n’est pas le seul langage de la mémoire. Il existe aussi la poésie.

C’est pourquoi l’attribution, cette année, du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts, à titre posthume, au grand poète tunisien Mnaouar Smahah, revêt une portée particulière.

Mnaouar Smahah appartient à cette génération de poètes pour lesquels écrire n’a jamais consisté simplement à produire de beaux textes. La poésie est aussi une manière d’habiter une langue, de conserver une mémoire, de donner une forme à l’expérience et de résister à l’effacement.

Le choix du nom de Mahmoud Darwich pour ce prix n’est évidemment pas anodin.

Le poète palestinien a fait de la poésie un espace où se rencontrent l’intime et le collectif, l’exil et l’appartenance, la mémoire et l’avenir. Sa poésie a montré qu’une langue peut porter une histoire sans devenir prisonnière de l’histoire.

En distinguant Mnaouar Smahah, le Prix Mahmoud Darwich veut saluer une voix singulière de la poésie tunisienne contemporaine et rappeler, dans un monde saturé d’images et de paroles instantanées, que la poésie demeure une forme irremplaçable de connaissance.

Deux noms, deux héritages, une même question

Ibn Khaldun et Mahmoud Darwich appartiennent à des univers différents. L’un analyse les sociétés. L’autre les fait résonner dans la langue. L’un cherche dans les traces du passé les mécanismes qui permettent de comprendre les hommes et les collectivités. L’autre transforme la mémoire, la douleur, l’exil, l’amour et l’appartenance en poésie. Mais tous deux nous confrontent à une même question : que faisons-nous de notre mémoire ?

La mémoire n’est pas seulement ce que nous conservons. Elle est aussi ce que nous choisissons de transmettre.

C’est pourquoi ces deux prix ont, me semble-t-il, une responsabilité qui dépasse la seule cérémonie de remise des distinctions. Ils doivent contribuer à faire circuler les œuvres, à rapprocher les générations, à ouvrir des débats et à rappeler que la culture n’est pas un luxe réservé aux temps tranquilles. Elle est au contraire l’une des conditions de notre capacité à comprendre le présent.

Honorer sans enfermer

Il faut enfin éviter un piège : celui qui consisterait à transformer les grands noms de notre culture en statues.

Ibn Khaldun ne doit pas être seulement célébré : il doit être lu, discuté, interrogé.

Darwich ne doit pas être seulement commémoré : il doit être lu, traduit, transmis et confronté aux nouvelles expériences du monde.

De même, honorer Bensalem Himmich, Abraham Udovitch, Fatima Al-Sayegh, Hassanine Ben Ammou, Hassan Hosni Abdelwahab ou Mnaouar Smahah ne signifie pas les enfermer dans une galerie de gloires. C’est au contraire reconnaître que leurs œuvres continuent d’ouvrir des chemins.

C’est dans cette perspective que nous avons voulu inscrire cette édition 2026.

Deux prix, deux héritages, deux langages : celui de la pensée et celui de la poésie.

Mais derrière leurs différences, une même ambition demeure : faire de la culture un lieu de mémoire, de connaissance, de dialogue et de liberté.

C’est peut-être la meilleure manière de rendre hommage à Ibn Khaldun et à Mahmoud Darwich : ne pas seulement célébrer leur héritage, mais continuer à le faire vivre.

* Historien, écrivain, président des comités du Prix Ibn Khaldun et du Prix Mahmoud Darwich de la poésie et des arts

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Tunisie | La crise perdure, la colère monte…

Depuis le début de la semaine, des marches de protestation sont organisés dans plusieurs villes de la Tunisie pour réclamer emploi, développement et dignité, les mêmes revendications ayant déclenché la révolution du 14 janvier 2011, c’est comme si, en quinze ans, le pays n’a pas avancé d’un iota sur la voie de la réalisation de ces revendications. (Photo : Des manifestants à Tunis appellent à la libération des quatre militants de la flottille Soumoud pour la Palestine poursuivis en justice).

Les chômeurs de longue durée, auxquels se sont joints des membres de leurs familles et des citoyens aux prises avec les mêmes difficultés de survie, se disent lassés par les promesses non tenues, les lois non appliquées et une situation socio-économique qui continue de se dégrader avec, cet été, une multiplication des coupures d’eau et d’électricité.

A Menzel Bouzaiane, dans le gouvernorat de Sidi Bouzid — berceau de la révolution, des manifestant ont défilé lundi et mercredi aux cris de «Travail, liberté, dignité nationale».

A Kasserine, dans le centre-ouest du pays, des diplômés universitaires au chômage, accompagnés de leurs enfants et de leurs familles, ont manifesté mardi pour exiger l’application de la loi n° 18 de 2025, qui prévoit leur recrutement dans le secteur public.

Les manifestations de diplômés universitaires sans emploi se poursuivent dans le gouvernorat de Gabès, dans le sud-est, ainsi que dans plusieurs autres régions du pays.

Wissem Sghayer, porte-parole du Parti républicain, a déclaré à The New Arab que «le mouvement social est, par essence, un mouvement politique. La question politique ne se limite pas aux droits et aux libertés ; elle englobe et recoupe également des enjeux sociaux et économiques», ajoutant que ce mouvement constitue donc l’un des aspects majeurs de la question politique.

«Les revendications des élites issues de divers domaines recoupent les questions sociales et économiques. À mesure que la crise que traverse la Tunisie s’aggrave, on verra une convergence entre les mouvements sociaux sectoriels — aux revendications spécifiques — et l’action politique portée et représentée par les élites politiques et civiles», a-t-il souligné, ajoutant qu’«un élément important est entré en jeu dans le paysage global : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et son appel à la grève générale». Et de conclure par cette prophétie autoréalisatrice : «Le moment viendra où toutes ces questions convergeront dans une même arène».

Cette situation survient alors que les autorités se montrent incapables de répondre aux besoins fondamentaux des citoyens et rejettent toute forme de dialogue ou de négociation sociale, assimilant même la contestation à un complot contre l’Etat manigancé par des opposants au service de puissances étrangères, alimentant ainsi la contestation populaire.

I. B.

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Révélations | Hassan II derrière la victoire d’Israël de 1967

Le rapprochement entre le Maroc et Israël franchit une nouvelle étape. Les deux pays, qui ont renoué leurs relations diplomatiques en 2020, prévoient d’ouvrir chacun une ambassade. Cette nouvelle étape a été annoncée mercredi 16 septembre 2026 à New York, sous l’égide des États-Unis. Les relations entre Rabat et Tel Aviv, dont beaucoup d’observateurs sous ces cieux se disent encore choquées, ne datent pourtant pas d’aujourd’hui. Elles remontent aux années… soixante du siècle dernier, en plein conflit entre l’Etat hébreu et l’Egypte. Les langues se délient et l’histoire remonte à la surface. (Photo : Hassan II recevant Nasser à Casablanca en 1965).

Habib Glenza

Les révélations d’anciens généraux israéliens sur les liens entre le Maroc et leur pays se succèdent depuis quelque temps. Cette fois, c’est au tour de Shlomo Gazit, ex-chef du renseignement militaire, de revenir sur l’appui de Hassan II au Mossad à l’occasion de la tenue d’un sommet de la Ligue arabe en septembre 1965 à Casablanca.

Après Meir Amir, le chef du Mossad (1963-1968), c’est un autre haut cadre du renseignement israélien qui évoque le soutien de Hassan II à ses services. Le général Shlomo Gazit avance, dans des déclarations au quotidien Yedioth Ahronoth, que l’appui du monarque a été déterminant pour l’armée israélienne pendant la guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 1967.

Dans son témoignage, l’ancien chef du renseignement militaire souligne que le royaume a permis aux Israéliens de suivre minute par minute le sommet de la Ligue arabe de 1965, tenu du 13 au 18 septembre à Casablanca, consacré exclusivement à l’examen des conditions de préparation des armées arabes dans la perspective d’une nouvelle confrontation avec Israël. La réunion était réservée aux chefs d’Etat, aux chefs des renseignements et aux généraux des armées.

A Casa, les chefs d’Etat arabes sur table d’écoute israélienne

Grâce à ces informations, Tel-Aviv avait pu se rendre compte de la faiblesse des armées de ses «voisins». «Cette rencontre a non seulement révélé que les rangs arabes étaient divisés – d’importantes disputes ont éclaté, par exemple, entre le président égyptien Gamal Abdel Nasser et le roi Hussein de Jordanie – mais aussi que les pays arabes étaient mal préparés à la guerre», raconte Shlomo Gazit.

Israël a préparé la guerre des Six Jours en s’appuyant sur la masse considérable de renseignements issus des enregistrements effectués par les Marocains à Casa, et les commandants de Tsahal étaient convaincus de pouvoir l’emporter.

«Ces enregistrements, qui constituaient une véritable prouesse en matière de renseignement, nous ont montré deux choses : d’une part, que les États arabes se dirigeaient vers un conflit auquel nous devions nous préparer ; d’autre part, que leurs discours sur l’unité arabe et la formation d’un front uni contre Israël ne reflétaient pas une réelle unanimité entre eux», a déclaré le général de division Gazit, alors chef du département de recherche du renseignement militaire.

Grâce à ces enregistrements, conjugués à d’autres sources, «nous savions à quel point ils étaient mal préparés à la guerre. Nous en avons conclu que le corps blindé égyptien se trouvait dans un état lamentable et n’était pas prêt au combat», a poursuivi Gazit.

Selon Gazit, les informations contenues dans ces enregistrements confirmaient «notre conviction, au sein du haut commandement de Tsahal, que nous allions remporter une guerre contre l’Égypte. Si les prédictions funestes et le sentiment d’une défaite imminente prévalaient chez la majorité des Israéliens ainsi que chez les responsables extérieurs à l’appareil de défense, nous, nous avions confiance en notre force.»

Deux ans après cette opération, qualifiée par le chef du Mossad de l’époque comme «l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien», le Premier ministre Levi Eshkol (21 juin 1963-26 février 1969) donnait l’ordre à son aviation de bombarder les aéroports égyptiens et jordaniens. Une opération couronnée de succès pour la partie israélienne ; presque tous les avions de chasse de l’Egypte avaient été détruits. Ces raids rapides avaient également balisé le terrain aux corps de blindés, leur permettant d’occuper d’un seul coup la Bande de Gaza, le Sinaï, le Golan et Jérusalem-Est.

En contrepartie : la tête de Mehdi Ben Barka

L’appui du Maroc, dont fait état le général Shlomo Gazit, n’a pas été sans contrepartie. Un mois après le sommet de la Ligue arabe à Casablanca, des agents du Mossad étaient impliqués dans l’opération d’enlèvement et d’assassinat de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris. Ils avaient suivi les déplacements de l’opposant de Hassan II, mission rendue possible grâce à la présence d’une antenne du Mossad sur le territoire français, depuis cinq années, avec la bénédiction de Charles de Gaulle.

C’est justement ce bureau qui avait permis de piéger Ben Barka avec le projet de film historique d’une part ; de faciliter aux agents des services secrets marocains l’entrée en France avec de faux passeports d’autre part. Dans cette opération, l’aide israélienne au Maroc avait été autorisée par le Premier ministre, Levi Eshkol et le chef du Mossad, Meir Amir.

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Les drones iraniens menacent les ambitions du Golfe en matière d’IA 

Au lendemain des premières frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, la République islamique a riposté par des essaims de drones ciblant une nouvelle cible de grande valeur dans le Golfe en l’occurrence les centres de données américains. Plus de six mois après l’attaque, un centre de données d’Amazon Web Services à Abou Dhabi et un autre à Bahreïn restent en grande partie hors service. L’entreprise a informé ses clients qu’elle migre leurs données vers d’autres sites pendant la réparation des deux infrastructures.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, ces attaques et les dégâts persistants compliquent les efforts des États du Golfe, comme les Émirats arabes unis, pour se positionner comme des pôles mondiaux de traitement des données de premier plan dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle (IA). Elles représentent également un nouveau risque important pour les entreprises américaines envisageant des investissements pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Les Émirats ont consacré des années à fournir des efforts diplomatiques pour persuader les responsables américains de leur vendre les puces d’IA les plus récentes, réussissant finalement à obtenir de l’administration Trump le même niveau d’accès que celui dont bénéficient les pays européens.

Lors d’une visite à Abou Dhabi en mai 2025, le président Trump a assisté à la présentation par les dirigeants émiratis des plans d’un complexe de centres de données nécessitant 5 gigawatts de puissance, soit plus du double de la capacité du barrage Hoover*.

Des responsables émiratis et américains se sont félicités qu’OpenAI ait accepté d’être le premier locataire du complexe, avec l’objectif d’en acquérir à terme 20% de la capacité mais cet accord semble désormais au point mort.

Des cibles couteux et plus faciles à toucher

Selon des sources proches du dossier, OpenAI n’a pas encore signé de bail pour ce projet. Le groupe n’a pas répondu à la demande de commentaires formulée par le Wall Street Journal bien que News Corp., propriétaire du WSJ, a un partenariat de licence de contenu avec OpenAI.

Les centres de données dédiés à l’IA sont généralement beaucoup plus grands que les installations de cloud computing qui ont été touchées en temps de guerre, ce qui en fait des cibles plus faciles. Ils sont également beaucoup plus coûteux.

En raison du coût élevé des puces d’IA, on estime que chaque gigawatt de capacité nécessite au moins 50 milliards de dollars en serveurs et infrastructures.

Avant la guerre, l’immensité du territoire du Golfe, le soutien gouvernemental important et la facilité d’obtention des permis constituaient des atouts indéniables. Désormais, les risques physiques liés à l’implantation d’infrastructures valant des milliards de dollars à moins de 320 kilomètres de l’Iran, dans une région fréquemment en proie aux conflits, changent la donne.

«Les États du Golfe ont proposé au gouvernement américain et aux entreprises technologiques américaines un important apport de capitaux, une énergie bon marché et des conditions de construction avantageuses. Cependant, la guerre contre l’Iran a bouleversé nombre de ces calculs», a déclaré Aaron Bartnick, ancien conseiller technologique de la Maison-Blanche sous l’administration Biden.

Le ministère des Affaires étrangères des Émirats et le bureau de presse du gouvernement d’Abou Dhabi n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du WSJ.

Amazon Web Services a indiqué travailler au rétablissement de ses services à Bahreïn et aux Émirats et avoir proposé des allégements de facturation aux clients qui en dépendaient.

Plus de 2 800 drones et missiles lancés contre les Émirats

Les Émirats ont subi de plein fouet les attaques iraniennes durant la guerre, avec plus de 2 800 drones et missiles lancés contre eux, soit bien plus que l’Iran n’en a tiré sur Israël. Pour répondre aux inquiétudes suscitées par les frappes, les autorités émiraties ont évoqué la possibilité de construire des centres de données souterrains, ce qui augmenterait encore les coûts déjà exorbitants, ainsi que le déploiement de systèmes de défense par drones à proximité des centres informatiques, selon des sources proches du dossier.

Les Émirats, qui appliquent généralement des politiques strictes en matière de souveraineté des données pour les entreprises locales, ont autorisé certaines d’entre elles à transférer leurs données à l’étranger pendant qu’Amazon s’efforce de rétablir ses services dans ses installations situées dans le pays, selon des acteurs du secteur.

Les frappes iraniennes contre les installations d’Amazon ont provoqué des incendies et endommagé les infrastructures, contraignant les autorités à couper l’électricité.

L’eau utilisée pour éteindre les incendies a également causé des dégâts supplémentaires.

Les applications bancaires, les services aux entreprises et les plateformes fintech de toute la région ont été perturbés, tandis qu’Amazon s’est mobilisé pour aider ses clients à sauvegarder leurs données et à les transférer aux États-Unis, en Europe ou ailleurs. La durée de la panne laisse supposer que les dégâts ont été considérables.

À l’heure actuelle, plus de 130 services informatiques restent affectés sur le site d’Abu Dhabi et 140 sur celui de Bahreïn. Seuls cinq services ont été rétablis sur chaque site.

Néanmoins, certaines entreprises technologiques continuent de développer des projets de centres de données dans le Golfe. Elles parient sur une fin prochaine du conflit et sont également attirées par l’afflux important de capitaux en provenance du Golfe.

Renforcer les infrastructures existantes dans le Golfe avec de meilleures défenses pourrait s’avérer plus économique et plus rapide que de repartir de zéro dans des régions moins attractives.

Les calculs évoluent à mesure que les enjeux augmentent

Amazon et Microsoft ont toutes deux annoncé le mois dernier leur intention de maintenir l’ouverture de centres de données en Arabie saoudite d’ici la fin de l’année.

Microsoft a également conclu un accord pour la construction d’un centre de données de 200 mégawatts à Abu Dhabi d’ici fin 2025, et les travaux sont déjà en cours.

Les fournisseurs de services cloud privilégient généralement l’implantation de leurs centres de données à proximité des pôles d’activité économique.

Doug Madory, responsable de l’analyse internet chez Infoblox, une entreprise spécialisée en cybersécurité, a déclaré : «Le Moyen-Orient connaît une activité économique intense et les fournisseurs de services cloud souhaitent tirer profit de cette croissance». Il a ajouté : «Toutefois, ces calculs évoluent à mesure que les enjeux augmentent. Je compare les centres de données à des navires dans le détroit d’Ormuz: si vous en heurtez deux, vous effrayez les autres et les faites fuir».

Au printemps dernier, les Gardiens de la révolution iraniens ont menacé des entreprises technologiques américaines, les accusant de contribuer aux attaques contre l’Iran et citant nommément Microsoft, Oracle, Alphabet et Nvidia.

«Construire des infrastructures vitales qui doivent rester opérationnelles à 100% dans l’une des régions les plus instables du monde représente un risque réel», a déclaré Aaron Bartnick qui est actuellement chercheur à l’Université Columbia.

* Le barrage Hoover (Hoover Dam) est un barrage poids-voûte monumental situé sur le fleuve Colorado aux États-Unis, à la frontière entre le Nevada et l’Arizona.

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Sally Glamping, un projet d’écotourisme à Kef Abed (Bizerte)

Faire du tourisme un levier de transition écologique et de développement local, tout en réduisant l’empreinte environnementale des structures d’accueil et en valorisant les ressources du territoire. Tel est l’objectif de Sally Glamping, un projet d’écotourisme situé à Kef Abed, sur la côte du gouvernorat de Bizerte, soutenu dans le cadre des programmes financés par l’Union européenne (UE) en faveur de l’entrepreneuriat vert en Tunisie.

L’initiative est présentée par la Délégation de l’UE en Tunisie, qui cite Sally Glamping comme un exemple de la rencontre entre entrepreneuriat féminin et transition écologique.

Porté par l’entrepreneuse tunisienne Wiem Tlich, le projet propose un modèle touristique ancré dans le territoire, intégrant la construction écologique, l’économie circulaire ainsi que la réduction et la meilleure gestion des déchets au sein de l’activité d’accueil.

Situé face à la mer à Kef Abed, l’établissement propose des hébergements en cabanes, des espaces de loisirs sur la plage, des activités en pleine nature et un service de restauration, avec pour ambition d’allier tourisme expérientiel et utilisation plus responsable des ressources locales.

Sally Glamping a bénéficié du programme «Women Go Green #2», mis en œuvre par RedStart Tunisie avec le soutien de Greenov’i et destiné aux femmes développant des entreprises dans les secteurs de l’économie verte, bleue et circulaire. L’initiative vise notamment à renforcer les compétences entrepreneuriales, à faciliter l’accès aux financements et aux marchés, et à développer des réseaux locaux pour soutenir l’éco-entrepreneuriat.

Des modèles de consommation plus durables

Selon la fiche officielle de Greenov’i, le programme Women Go Green #2 a une durée de 24 mois à compter de septembre 2024, un budget global d’environ 440 000 euros et une contribution de Greenov’i s’élevant à un peu plus de 392 000 euros. Le programme prévoit un accompagnement technique et financier pour cent éco-entrepreneures, réparties en quatre cohortes, ainsi que l’octroi de 48 prêts d’honneur.

Women Go Green #2 s’inscrit dans le cadre du projet plus vaste Greenov’i, financé par l’UE et mis en œuvre par Expertise France. Lancé en 2023 et prévu jusqu’en 2028 avec une dotation globale de 12 millions d’euros, Greenov’i soutient en Tunisie des entreprises et des acteurs opérant notamment dans les secteurs de l’innovation, de l’économie circulaire, du tourisme durable et de l’artisanat, dans le but de favoriser des modèles de production et de consommation plus durables. Le programme est mis en œuvre en collaboration avec le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (Citet), le ministère de l’Environnement et celui de l’Économie et de la Planification.

I. B. (avec Ansamed).

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Tunisie | Des journalistes visés par des campagnes d’incitation à la haine

Plus de vingt campagnes d’incitation à la haine, de diffamation et de dénigrement visant des journalistes ont été recensées en Tunisie depuis le début de l’année 2026, a indiqué le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), annonçant son intention de déposer une série de plaintes, dès la semaine prochaine, contre des pages sur les réseaux sociaux et les personnes impliquées dans ces campagnes. (Photo : Manifesttation de journalistes à Tunis pour la défense de la liberté de la presse).

Selon le syndicat, les campagnes documentées incluent des atteintes à la réputation et à la vie privée, la remise en cause du professionnalisme et de la crédibilité des journalistes, la diffusion d’informations qualifiées de trompeuses, des discours de haine ainsi que des formes d’incitation directe qui, soutient le SNJT, peuvent également exposer à des risques les familles des professionnels de l’information.

Le syndicat affirme avoir procédé, dans la plupart des cas, à des vérifications et à la collecte des contenus publiés, des sources associées et d’autres éléments utiles, et indique être en train de finaliser les dossiers destinés à la justice. Parallèlement, une liste documentée des administrateurs des pages concernées et des personnes ayant participé à ces campagnes sera établie. Il appartiendra à la justice de qualifier pénalement les faits et d’établir les responsabilités.

Le SNJT précise qu’il considère le droit à la critique et la liberté d’expression comme des principes fondamentaux et reconnaît le droit de contester l’action des médias et des journalistes. Toutefois, le syndicat souligne que la critique ne saurait se transformer en atteintes à la vie privée, en diffamation ou en incitation à la haine contre des personnes. La responsabilité professionnelle des journalistes, ajoute-t-il, doit s’exercer par le biais du droit de réponse et de rectification, de la critique professionnelle et des mécanismes prévus par la loi.

Selon le SNJT, certaines des campagnes observées auraient en outre pris un caractère systématique, créant un climat de pression et de stigmatisation qui, dans plusieurs cas, aurait précédé des poursuites judiciaires, des arrestations ou des procès.

Le syndicat a récemment dénoncé une nouvelle fois la détérioration des conditions d’exercice de la profession. Cette nouvelle dénonciation intervient quelques jours après la mobilisation organisée par le SNJT en faveur des journalistes détenus, parmi lesquels figurent Mourad Zeghidi, Borhen Bsaïes, Zied El Heni et Mohamed Yousfi — rédacteur en chef du site d’investigation Alqatiba, arrêté début septembre.

I. B.

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Le commandant de la Sixième flotte des États-Unis reçu à Tunis

Le ministre de la Défense, Khaled Sehili, a reçu à Tunis le vice-amiral Jeffrey Anderson, le commandant des forces navales américaines pour l’Europe et l’Afrique et le commandant de la Sixième flotte des États-Unis, en visite dans le pays à l’occasion de l’exercice naval multinational Phoenix Express 26, qui se déroule, du 6 au 18 septembre dans les eaux tunisiennes. L’ambassadeur des États-Unis et le chef d’état-major de la Marine tunisienne ont également pris part à cette réunion, qui s’est tenue mercredi 16 septembre 2026 au siège du ministère.

M. Sehili a souligné le niveau atteint par la coopération militaire entre la Tunisie et les États-Unis, laquelle englobe le soutien logistique et technique, le renforcement des capacités opérationnelles, la formation, l’échange d’expériences et les exercices conjoints, indique un communiqué du ministère.

Le ministre a cité, parmi les priorités, le développement accru de la collaboration en matière de réponse aux menaces maritimes, de renseignement et de renforcement des capacités ainsi que de la préparation opérationnelle de la Marine tunisienne, notamment face au terrorisme, à la criminalité organisée transfrontalière, à la traite des êtres humains, à la contrebande et au trafic de stupéfiants, précise la note.

Selon le ministère de la Défense, Tunis vise également à renforcer son rôle de plateforme régionale pour la formation militaire, notamment par le biais du Centre d’excellence des forces spéciales navales.

La nouvelle édition de Phoenix Express, a affirmé M. Sehili, démontre la capacité de la Tunisie à accueillir et à diriger des activités militaires multinationales ainsi qu’à développer l’interopérabilité entre sa propre marine et celles des pays partenaires.

De son côté, M. Anderson a confirmé l’engagement américain à poursuivre la coopération et le soutien aux capacités navales tunisiennes. «Le vice-amiral a assisté à une démonstration des forces maritimes combinées participant à l’exercice de cette année ; il a ainsi pu constater directement comment l’exercice Phoenix Express renforce la coopération et l’expertise en matière d’opérations de sécurité maritime dans le sud de la Méditerranée», a rapporté l’ambassade des Etats-Unis à Tunis sur sa page Facebook. Et d’ajouter : «Des événements tels que celui d’aujourd’hui témoignent de l’engagement commun de la Tunisie, des États-Unis et de nos partenaires régionaux et européens en faveur d’une Méditerranée sûre et stable.»

L’exercice Phoenix Express est organisé en collaboration avec le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom).

Le ministère avait annoncé la participation d’environ 400 militaires et observateurs issus de 13 pays : Tunisie, Algérie, Libye, Maroc, Égypte, Turquie, Malte, Italie, France, Espagne, Belgique, Géorgie et États-Unis. Les activités comprennent l’entraînement à l’interdiction maritime et à l’inspection des navires, le renseignement naval, l’utilisation de bâtiments de surface sans équipage, le soutien sanitaire ainsi que la lutte contre les menaces chimiques et biologiques.

L’Italie participe à la phase en mer avec le patrouilleur hauturier Vega, qui a navigué en formation en Méditerranée aux côtés du patrouilleur tunisien Sophonisbe, de la frégate turque Gaziantep, du navire français Achéron, de la frégate marocaine Mohammed V et de la frégate algérienne Erradii.

I. B. (avec Andamed)

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Football – Tunisie | Les joueurs convoqués par Mouine Chaâbani

Le sélectionneur de l’équipe nationale de football, Mouine Chaâbani, a dévoilé ce vendredi 18 septembre 2026 la liste des joueurs convoqués pour les prochains rendez-vous de la Tunisie. Les Aigles de Carthage affronteront l’Ouganda et le Botswana dans le cadre des qualifications à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), avant de disputer un match amical face au Mali.

Ce sera le premier contact du nouvel entraîneur avec les joueurs trois mois après les lourdes défaites qu’ils ont subies lors de la dernière Coupe du Monde aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada.

Les joueurs, qui ont beaucoup déçu leurs supporters, ont une occasion pour se racheter et, surtout, pour redorer leur propre image qui a beaucoup été ternie par leurs lourdes défaites face à la Suède (1-5), les Pays-Bas (1-3) et le Japon (0-4).    

Gardiens : Aymen Dahmen; Moheb Chammakh; Sabri Ben Hassen.

Défenseurs : Yan Valery ; Moataz Nafati; Adam Arous; Mohamed Nasraoui; Montassar Talbi; Ala Ghram; Amine Ben Hamida; Amine Cherni; Ali Maaloul.

Milieux : Ellyes Skhiri; Ferjani Sassi; Hamza Rafia; Sami Chouchane; Mohamed Ali Ben Romdhane; Anis Ben Slimane; Ismaël Gharbi.

Attaquants : Khalil Ayari ; Seifallah Letaief; Elias Achouri; Sebastian Tounekti; Rayen Loumi; Hamza Mastouri; Sadok Kadida.

Il convient cependant de préciser que le milieu de terrain international et capitaine de la sélection tunisienne, Elyes Skhiri, a adressé à la Fédération tunisienne de football (FTF) une demande pour ne pas être convoqué en équipe nationale.

I. B.

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L’Allemand Knauf étend ses activités à Tataouine

Le groupe allemand Knauf prévoit d’investir 70 millions de dinars en Tunisie pour la réalisation d’une unité industrielle d’extraction et de transformation du gypse dans la région de Tataouine. Ce projet en attente depuis 2012 pourrait enfin entrer dans une phase de concrétisation, rapporte l’agence Tap.

Knauf est un groupe international spécialisé dans les matériaux de construction, notamment ceux à base de gypse. le groupe s’est installé sur le marché tunisien en 2004 grâce au rachat de la société «Les Plâtres Tunisiens» située à Meknassi (gouvernorat de Sidi Bouzid). Cette plateforme centrale gère les activités commerciales du groupe pour l’ensemble du Maghreb et du continent africain. Mais ce dernier cherche à diversifier sa gamme de produits et à développer ses investissements dans la région.  

Le gouverneur de Tataouine, Amir Gabsi, a présidé jeudi 17 septembre 2026 une séance de travail consacrée à ce dossier, en présence des représentants des services régionaux concernés et du groupe Knauf. La réunion avait pour objectif d’accélérer les procédures, de résoudre les difficultés et de relancer un projet resté en suspens pendant plusieurs années.

La question foncière demeure au cœur des obstacles à surmonter. Les modalités juridiques relatives à l’exploitation du terrain n’ayant pas encore été définitivement arrêtées, le gouverneur a appelé les parties concernées à accélérer les démarches administratives nécessaires à la réalisation du projet.

Les différents services régionaux ont, pour leur part, exprimé leur disponibilité à accompagner l’investisseur jusqu’à l’entrée en exploitation de l’unité et à intervenir pour résoudre les difficultés susceptibles de se présenter au cours des différentes étapes du projet.

La séance a également permis de présenter les avantages fiscaux et financiers dont pourrait bénéficier le projet dans le cadre des dispositifs d’encouragement à l’investissement.

Le directeur administratif et financier de la filiale tunisienne de Knauf a, de son côté, salué la mobilisation des autorités régionales, estimant qu’elle avait «ravivé l’espoir» de voir le projet aboutir après plusieurs années d’attente.

Selon le responsable, la réalisation de cette unité pourrait également ouvrir la voie à d’autres investissements du groupe dans la région.

Le projet devrait, par ailleurs, contribuer à la création d’un nombre important d’emplois directs, avec la mise en place de programmes de formation adaptés aux besoins du secteur.

I. B. (avec Tap).

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Sommes-nous prêts pour affronter les répercussions de l’IA ?

En affirmant que les gouvernements mondiaux ne sont pas prêts à affronter les répercussions de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi, la santé et l’éducation, Bill Gates a posé un diagnostic lucide mais incomplet. Pour les pays émergents, la vulnérabilité ne vient pas de la vitesse de la technologie, mais de l’archaïsme des modes de décision publique. Face à ce choc de rationalité, la réponse ne viendra ni de la panique réglementaire ni du mimétisme législatif, meublé de commissions théoriciennes, mais d’un basculement résolu vers l’ingénierie d’exécution et la souveraineté par la donnée.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Le réflexe des bureaucraties traditionnelles face aux ruptures technologiques est immuable : créer des comités d’éthique, rédiger des chartes d’usage et multiplier les séminaires sur la gouvernance. Cette agitation institutionnelle masque mal une impuissance structurelle. Réglementer l’IA sans posséder la moindre infrastructure de calcul locale, ni maîtriser l’hébergement de ses propres données massives, revient à administrer sa propre dépendance vis-à-vis des géants du secteur.

L’avertissement de Bill Gates prend une résonance particulière dans un contexte où les modèles propriétaires occidentaux et chinois s’affrontent pour le contrôle des flux d’information. Si la Tunisie se contente d’importer des cadres réglementaires préconçus, elle s’interdit toute marge de manœuvre stratégique. La véritable souveraineté numérique ne s’édicte pas par décret ; elle se bâtit par l’alignement des systèmes d’information nationaux sur des architectures souveraines, l’exploitation de modèles ouverts réentraînés localement et l’intégration de la preuve chiffrée dans la décision publique.

La fin du monopole technocratique

Comme nous le soulignions récemment, la véritable menace que représente l’IA partagée pour les gouvernances vieillissantes ne réside pas dans les failles de cybersécurité, que l’ingénierie sait parfaitement cloisonner. Elle réside dans la fin de l’asymétrie d’information. Historiquement, les structures d’autorité ont fondé leur hégémonie sur la rétention des données, l’opacité des arbitrages et le poids du statut.

L’accès généralisé à la puissance analytique vient désintégrer ce modèle vertical. Dès lors qu’un cadre bancaire, un chercheur ou un citoyen peut vérifier la cohérence d’un budget public, auditer un choix d’investissement ou modéliser l’impact d’une réforme, le discours d’autorité s’effondre. L’IA impose l’objectivité là où régnait la gestion statutaire. Cette démocratisation cognitive effraie les technocraties parce qu’elle exige d’elles une justification constante par les résultats et la performance réelle.

L’épreuve du terrain : ancrer l’expertise dans les territoires

    Pour éviter que les bénéfices de l’IA ne deviennent le privilège exclusif des états-majors de la capitale ou des grands groupes financiers, l’effort doit se porter sur le terrain régional. Dans des gouvernorats stratégiques comme Médenine et Tataouine, l’IA ne doit pas être perçue comme une curiosité théorique, mais comme un outil opérationnel pour optimiser la gestion de la ressource hydrique, modéliser les flux logistiques de la zone franche de Ben Guerdane ou anticiper le déploiement des grands projets d’énergies renouvelables.

    De même, dans les régions industrielles et agricoles du centre et du sud-ouest, à l’instar de Gafsa ou de Kasserine, la modélisation analytique permet de diagnostiquer objectivement la rentabilité des chaînes de valeur locales, d’anticiper la maintenance des infrastructures d’extraction et de rationaliser l’allocation des fonds de développement régional. En confiant cette capacité d’analyse directement aux acteurs territoriaux, l’État transforme le dialogue régional en une dynamique de projets audités, mesurables et souverains.

    Il est temps de dépasser la peur de l’obsolescence et le confort des gouvernances transitoires. L’avenir n’appartient pas aux administrations qui cherchent à freiner la transition par la bureaucratie, mais à celles qui embrassent la transparence des données, la rigueur de la preuve et l’exigence de l’exécution.

    * Ingénieur informatique, cadre de banque publique.

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    L’autoroute Donald J. Trump, colonne vertébrale du Sahara occidental

    «La voie express Tiznit-Dakhla a été baptisée Autoroute Donald J. Trump», l’annonce a été faite par Maghreb Arabe Presse (MAP), l’agence de presse officielle marocaine, quand elle a rendu publique une lettre envoyée par le roi Mohammed VI le 2 juillet 2026 au président américain pour annoncer sa décision. Le souverain y souligne vouloir ainsi remercier M. Trump pour sa «reconnaissance historique de la souveraineté du Maroc en 2020 sur son Sahara qui restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains. En hommage à ce témoignage d’amitié et de paix, j’ai pris la décision de baptiser l’une des infrastructures routières les plus importantes du royaume du nom d’Autoroute Donald J. Trump». L’ouvrage s’étend sur 1055 kilomètres, ce qui en fait la plus longue infrastructure routière d’Afrique. Suffisant pour satisfaire la folie de grandeur du président américain.

    Imed Bahri

    Il convient de rappeler qu’en décembre 2020, Trump avait apporté son soutien à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham.

    Le magazine américain Politico a publié une enquête de Memphis Barker intitulée «L’avenir du Sahara occidental passe par l’autoroute Donald J. Trump», une voie de 1 055 kilomètres qui semble jouer un rôle inhabituel dans la stratégie du président pour le Moyen-Orient. Pour le Royaume chérifien, cette autoroute au nom du président américain qui a reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental est une illustration de la domination exercée sur ce territoire et du bras de fer que le royaume est en train de remporter à l’international concernant cet épineux dossier. 

    Cette voie, anciennement connue sous le nom de Route Nationale 1, est la plus longue du Maroc et d’Afrique. Elle a été rebaptisée en l’honneur de Trump par le roi Mohammed VI, en signe de reconnaissance au président américain qui a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en 2020.

    Lors de son voyage sur cette route, qui porte encore son nom d’origine, l’autoroute Tiznit-Dakhla, dont la première phase débute dans la région de Guelmim-Oued Noun, le journaliste américain n’a remarqué ni le nom de Trump ni un drapeau américain. «Oui, j’en ai entendu parler dans les journaux», a déclaré le propriétaire d’un café routier où s’arrêtent les camions. Un autre homme, Ibrahim, a grommelé : «C’est la politique».

    Barker indique que parmi tous les hôtels, lieux de divertissement et cryptomonnaies portant le nom de Donald J. Trump, aucun n’égale cette autoroute en termes d’importance géopolitique. 

    Derrière le discours flatteur se cache un rêve plus grand

    En 2015, le roi Mohammed VI annonçait son projet de construction d’une autoroute plus longue que toutes celles existantes dans le pays. Il affirmait que cette voie renforcerait la position du Sahara comme pôle économique et reconnecterait le Maroc à ses racines africaines mais elle poursuivait également un objectif plus ambitieux.

    Dans le cadre du «Plan de développement des régions du Sud», nom officiel donné par le régime au Sahara occidental, le roi a présenté un plan visant à consolider le contrôle marocain sur le territoire. Il a également promis de construire des ports, de lancer des programmes de protection sociale et d’intégrer les Sahraouis au tissu social marocain.

    Politico ajoute que derrière ce discours flatteur pour les Nations Unies se cache un rêve plus grand. Depuis que la France et l’Espagne ont abandonné leurs protectorats marocains dans les années 1950, la dynastie alaouite au pouvoir, dont le roi Mohammed VI est le vingt-troisième monarque, a une priorité : la reconquête du Sahara occidental.

    La région est riche en ressources naturelles, du phosphate aux poissons mais cette volonté de reconquête du Sahara occidental trouve son origine dans le sentiment que les colonisateurs européens, en se retirant, ont tracé arbitrairement les frontières du Maroc, les jugeant trop étroites pour un pays dont la domination s’étendait autrefois au sud (à travers le Mali, la Mauritanie et le Sénégal) et à l’est (à travers des parties de l’Algérie actuelle).

    Dans son discours de 2015 commémorant le 40e anniversaire de la Marche Verte, lors de laquelle 350 000 personnes ont franchi la frontière pour se réfugier au Sahara occidental et ont contraint l’Espagne, qui contrôlait le territoire depuis longtemps, à accélérer son retrait, le roi Mohammed VI a déclaré : «J’ai décidé de consacrer tous les moyens disponibles à la restauration de l’intégrité territoriale du Royaume». Grâce à ces dépenses massives, totalisant environ 8 milliards de dollars, il espère surmonter le principal obstacle qui freine encore l’expansion du Maroc à savoir la réticence du peuple sahraoui à rejoindre le Maroc.

    Le Sahara occidental gardé par 100 000 soldats marocains

    La région est le théâtre d’une guerre intermittente menée par le Maroc contre le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du territoire. Les affrontements militaires se déroulent généralement à l’abri des regards, derrière une digue de sable de trois mètres de haut qui traverse le désert. Construite dans les années 1980 et toujours gardée par 100 000 soldats marocains, cette zone est l’une des plus minées au monde.

    Dans sa lettre à Trump confirmant le nouveau nom de l’autoroute, le roi Mohammed VI a exprimé sa profonde gratitude. Il a écrit que la décision du président en 2020 de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental «restera à jamais gravée dans la mémoire des Marocains». En retour, le roi a normalisé les relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham, une mesure controversée dans un pays où la population soutient fortement la cause palestinienne. Cependant, cette initiative s’est avérée bien plus fructueuse.

    Avant l’intervention de Trump, la question de la souveraineté définitive sur le Sahara occidental restait en suspens sous l’égide des Nations Unies, qui avaient tenté, sans succès, de réunir les conditions d’un référendum après avoir négocié un cessez-le-feu en 1991. Suite à la reconnaissance de Trump, la situation a commencé à évoluer en faveur du Maroc. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne soutiennent désormais le projet du roi d’accorder «l’autonomie» au Sahara occidental sous son autorité. La plupart des États africains et arabes ont déjà donné leur accord.

    En baptisant la route du nom de Trump, le roi a rappelé aux derniers opposants, notamment le Front Polisario et ses alliés algériens, le soutien de la Maison-Blanche à la revendication de souveraineté du Maroc. Le président américain a écrit sur Truth Social : «J’espère emprunter un jour cette grande route et j’espère bientôt!».

    Politico a également indiqué que le Maroc interdisait depuis des années l’accès au Sahara occidental aux journalistes étrangers non accompagnés. En mai 2025, deux journalistes italiens, déguisés en touristes, ont été arrêtés à l’entrée de Laâyoune, capitale administrative de la région, puis conduits vers le nord et expulsés. Un journaliste espagnol avait subi le même sort quelques semaines auparavant.

    Pourtant, les autorités marocaines ont récemment commencé à inviter des personnalités politiques occidentales à visiter la ville et la compagnie aérienne low-cost Ryanair propose désormais des «aventures marocaines» à Dakhla, la péninsule située à l’extrémité sud de l’Autoroute Donald Trump, qui se positionne comme une destination prisée des kitesurfeurs. À la surprise générale des Sahraouis, le réalisateur britannico-américain Christopher Nolan y a tourné des scènes de son film ‘‘Odyssey’’.

    Une atmosphère pesante dans les «territoires du Sud»

    Depuis des décennies, le gouvernement attire les Marocains vers le sud grâce à des impôts plus bas, des salaires plus élevés, des subventions sur l’alimentation et le carburant, et la promesse d’un meilleur niveau de vie. On estime aujourd’hui que la majorité des quelque 600 000 habitants de la région sont originaires du nord. Cela suffirait, si le droit de vote à un éventuel référendum était étendu aux personnes arrivées après 1974, comme le souhaite Rabat, afin de faire basculer le vote en sa faveur.

    Memphis Barker a constaté une atmosphère pesante à Laâyoune, malgré les affirmations du gouvernement selon lesquelles tous ces investissements portent leurs fruits, même si les «territoires du Sud» ne représentent qu’un faible pourcentage de l’économie globale, estimé à environ 4% du PIB. Ce pourcentage est toutefois en augmentation, la région de Laâyoune a enregistré la plus forte croissance économique parmi les régions du pays en 2024, 7,4 %, selon les chiffres officiels. Elle affiche également le taux de pauvreté le plus bas du Maroc.

    Le PIB par habitant s’élève à 74 000 dirhams (7900 dollars américains), soit plus de deux fois et demie celui de la région de Marrakech, qui attire chaque année un grand nombre de touristes. Les critiques soulignent que plus d’un tiers de cette somme est alloué aux forces de sécurité. Bien que l’on dise généralement que les Sahraouis qui se sont retirés de la vie politique ne subissent aucune discrimination sur le marché du travail, beaucoup peinent encore à trouver un emploi.

    Le chômage dans la région a atteint 22% en 2024, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale de 13%. Un Sahraoui a déclaré : «C’est une farce. Ils construisent tout ça mais nous n’en profitons pas. Ni du phosphate ni du poisson ni des tomates».

    Dans le nord du pays, certains Marocains se demandent si toutes ces dépenses consacrées aux régions du sud n’ont pas contribué au désespoir qui s’est emparé d’autres parties du pays, poussant de nombreux jeunes à traverser la frontière à la nage pour rejoindre Ceuta.

    Le mouvement indépendantiste du Sahara s’essouffle

    Concrètement, le mouvement indépendantiste du Sahara occidental s’essouffle. En 2010, Rabat a écrasé le dernier grand défi à son autorité : un immense campement de protestation rassemblant 20 000 personnes aux abords de Laâyoune. Ses leaders étudiants sont désormais emprisonnés. Il ne reste du mouvement de protestation populaire dans la ville que des graffitis effacés à la hâte –«Libérez les prisonniers»– et de brefs rassemblements menés par des femmes, comme les chants qui ont suivi l’élimination du Maroc de la Coupe du monde en juillet.

    Militairement, le Front Polisario est lui aussi en perte de vitesse. Il est impuissant face aux drones marocains, qui anéantissent facilement les combattants qui sillonnaient les dunes à bord de Land Cruisers équipés de lance-roquettes.

    Le 28 juillet, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc, Richard Duke Buchan, fut l’un des premiers hauts responsables américains à fouler le sol de Laâyoune. Sur sa plateforme X, il publia une photo de lui devant le grand et impeccable McDonald’s de la ville, accompagnée du message suivant : «Des tajines du désert aux doubles hamburgers américains, Laâyoune a tout pour plaire». Il conclut sa publication par : «Sahara marocain, j’adore !».

    À terme, Rabat espère obtenir davantage –peut-être un consulat américain à part entière à Laâyoune– mais surtout, la poursuite du dialogue diplomatique pour résoudre le conflit persistant concernant le statut contesté du Sahara occidental.

    Riccardo Fabiani, directeur pour l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group, affirme que le projet de rattachement du Sahara occidental accapare «80 à 90 % de l’attention de tous les ministères» et que les pressions américaines détermineront la suite des événements étant donné que Washington est le principal interlocuteur sur la question du Sahara occidental aux Nations Unies et le renouvellement du mandat de la mission, prévu le 31 octobre, pourrait mettre un terme définitif à cette opération de maintien de la paix vieille de 35 ans.

    Massad Boulos, envoyé spécial du président Trump pour les affaires arabes et africaines, mène des négociations directes et rares, entre l’Algérie, le Maroc et le Front Polisario. Il pourrait exercer une pression accrue sur les opposants à Rabat pour qu’ils acceptent le plan d’autonomie du roi, allant jusqu’à menacer de désigner le Front comme organisation terroriste, l’excluant ainsi de facto du processus de négociation. Il pourrait même relancer la demande du Maroc d’un vote sur le statut du Sahara occidental à l’AG de l’Onu, un vote que des années d’efforts diplomatiques ont déjà assuré au Maroc une victoire probable. Le mois dernier encore, la Colombie a déclaré son soutien total à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

    En 2021, Rabat a poussé 8 000 migrants à travers la frontière vers Ceuta pour protester contre la prise en charge médicale par l’Espagne de Brahim Ghali, le dirigeant de 76 ans du Front Polisario. Politico indique que le dernier afflux datant de cet été, bien plus important, semble être spontané cependant, la décision du Maroc de ne pas entraver le passage des migrants suggère une volonté de satisfaire et de plaire à la Maison-Blanche qui considère le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez comme l’incarnation de tous les maux de l’Europe : partialité anti-israélienne, soutien à l’immigration et insuffisance des dépenses de défense.

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    Phosphate | Washington lorgne le Maroc et la Tunisie

    Géopolitique des ressources, souveraineté alimentaire et occasion stratégique pour la Tunisie… Notre phosphate intéresse Washington. Celui des Marocains aussi. Mais derrière cette attention américaine se cache une question autrement plus importante pour notre pays : comment une richesse minière nationale, longtemps présentée comme un pilier de l’économie, pourrait-elle devenir un atout stratégique dans la nouvelle guerre mondiale des engrais et de la sécurité alimentaire ? Et surtout, la Tunisie saura-t-elle transformer ses réserves et ses capacités industrielles en véritable influence économique, plutôt que de rester un fournisseur fragilisé par ses propres blocages ?

    Moktar Lamari *

    L’analyse publiée par le Washington Institute for Near East Policy, sous le titre «The Phosphate Pivot : Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security» («Le pivot du phosphate : pourquoi le Maroc et la Tunisie sont importants pour la sécurité alimentaire des États-Unis»), place les deux pays du Maghreb au cœur d’une réflexion stratégique américaine.

    Un signal qui mérite une attention particulière à Tunis, où le phosphate demeure une ressource économique et industrielle majeure, mais dont le potentiel est régulièrement entravé par les difficultés de production, de transport et de gouvernance.

    La Chine ferme le robinet : l’Amérique découvre la fragilité de sa souveraineté alimentaire

    Premier transformateur mondial d’engrais, la Chine a fortement réduit ses exportations de phosphates en mars 2025. Selon le think tank américain, les exportations seraient passées de 950 000 tonnes à seulement 13 000 tonnes en un seul mois. L’institut rappelle également que Pékin a officialisé, en décembre, la suspension des exportations jusqu’en août 2026.

    Dans le même temps, les prix du phosphate diammonique (DAP), l’un des engrais phosphatés les plus couramment utilisés, ont bondi de 28 % en un an. Les auteurs de l’analyse, Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi, décrivent les conséquences pour l’agriculture américaine : «Les agriculteurs américains, qui se préparaient aux semis de printemps, ont été confrontés à une pénurie d’approvisionnement et à l’absence d’alternative fiable en perspective.»

    Washington a alors découvert une réalité peu confortable : la sécurité alimentaire des États-Unis pouvait être exposée aux décisions d’une puissance considérée comme rivale. Le phosphate a ainsi été ajouté à la liste américaine des minerais critiques pour 2025.

    Mais une inscription sur une liste ne produit ni engrais ni récoltes. Elle ne construit pas d’usines, ne sécurise pas les ports et ne garantit pas les livraisons aux agriculteurs. La vraie question est donc celle de l’approvisionnement : où trouver des sources fiables, diversifiées et politiquement sécurisées de phosphate ?

    Les auteurs résument leur approche en ces termes : «La solution ne réside pas dans le remplacement d’une dépendance par une autre, mais dans la mise en place d’un réseau diversifié de fournisseurs fiables, de capacités de production redondantes et de partenariats industriels politiquement alignés.»

    Et c’est précisément ici que la Tunisie devrait commencer à regarder les cartes géopolitiques avec davantage d’attention.

    Le Maroc : une puissance phosphatière que Washington ne peut ignorer

    Avec environ 70 % des réserves mondiales connues de phosphate, le Maroc constitue le premier maillon évident de la stratégie américaine de sécurisation des approvisionnements. À travers le groupe OCP, le Royaume a développé d’importantes capacités de raffinage, de transformation et de production d’engrais. Il investit également dans les chaînes d’approvisionnement africaines et dans des partenariats technologiques liés à l’agriculture.

    L’intérêt américain pour le Maroc ne relève donc pas seulement de ses réserves minières. Il repose aussi sur sa capacité à transformer la matière première, à développer une industrie des engrais et à s’insérer dans des réseaux commerciaux et technologiques internationaux.

    Les États-Unis possèdent eux-mêmes des gisements de phosphate, notamment en Floride, dans l’Idaho et en Caroline du Nord. Toutefois, leur production nationale connaît un déclin structurel depuis plusieurs décennies. Selon les auteurs, «les réserves américaines ne représentent qu’une fraction de celles du Maroc, et les coûts d’extraction augmentent».

    Pour Washington, le Maroc offre ainsi une combinaison de ressources naturelles, de capacités industrielles et d’alignement géopolitique.

    Le Royaume est présenté comme le plus ancien allié africain des États-Unis, une relation formalisée par le Traité d’amitié de 1786, toujours en vigueur. Ce partenariat a été renforcé en 2004, lorsque le Maroc a été désigné comme Allié majeur non membre de l’Otan, reconnaissant son rôle de partenaire de sécurité et de porte d’entrée entre l’Afrique, l’Europe et le monde atlantique.

    Les auteurs soulignent également les liens économiques étroits du Maroc avec l’Europe et les États-Unis. Dans leur lecture, le Royaume représente un pilier de stabilité, de modération et d’engagement transatlantique dans une région méditerranéenne de plus en plus soumise à la compétition géopolitique et aux influences extérieures.

    Leur conclusion est explicite : tout effort sérieux visant à construire une infrastructure robuste d’approvisionnement en engrais, compatible avec les intérêts occidentaux en matière de sécurité des chaînes d’approvisionnement au Maghreb, doit commencer par le Maroc. Le Royaume dispose déjà d’une position dominante dans l’économie mondiale du phosphate.

    Et la Tunisie dans tout cela ? Le second nœud que Washington ne peut négliger

    C’est à ce moment précis que l’analyse devient particulièrement intéressante pour les Tunisiens.

    Car le Maroc, malgré sa puissance phosphatière, ne peut à lui seul garantir la résilience à long terme de l’approvisionnement occidental en engrais. Les auteurs estiment que sa domination rend justement nécessaire la création d’un second nœud d’approvisionnement. Et ce second nœud, selon eux, pourrait être la Tunisie.

    La formule mérite d’être soulignée : la Tunisie ne serait pas simplement un concurrent du Maroc, mais un complément logique dans une architecture régionale de sécurisation des engrais.

    Pourquoi ? Parce qu’une chaîne d’approvisionnement concentrée dans un seul pays, même performant et allié, présente une fragilité intrinsèque. Une panne industrielle, une crise politique, un problème logistique, un conflit social ou une perturbation des exportations peut rapidement affecter l’ensemble du système.

    La diversification devient donc une exigence stratégique. Et c’est précisément ce qui redonne à la Tunisie une place potentiellement importante.

    Le pays possède une longue expérience de l’exploitation et de la transformation du phosphate. Son secteur a historiquement contribué aux exportations, à l’activité industrielle et aux recettes économiques. Pourtant, ses capacités restent exposées à des difficultés récurrentes : perturbations de la production, tensions sociales, contraintes logistiques et fragilités de la gouvernance industrielle.

    Le paradoxe tunisien est brutal : une ressource qui pourrait contribuer à renforcer la souveraineté économique et l’influence internationale du pays devient aussi le miroir de ses insuffisances productives et institutionnelles.

    Alors que les États-Unis cherchent à réduire leur vulnérabilité face à la Chine, la Tunisie devrait se demander comment réduire ses propres vulnérabilités : celles qui empêchent de produire régulièrement, de transporter efficacement et de valoriser davantage le phosphate.

    Le phosphate tunisien : une occasion stratégique, pas une simple mine à exploiter

    L’analyse américaine ne dit pas que la Tunisie dispose déjà des mêmes capacités que le Maroc. Elle met plutôt en évidence la complémentarité potentielle des deux pays dans un système d’approvisionnement plus diversifié.

    Pour la Tunisie, cette perspective ouvre plusieurs questions industrielles et économiques.

    Comment renforcer la fiabilité de la production ? Comment améliorer les infrastructures de transport et d’exportation ? Comment développer davantage la transformation locale et les engrais à plus forte valeur ajoutée ? Comment attirer des partenariats industriels et technologiques capables d’inscrire le phosphate tunisien dans des chaînes de valeur internationales plus solides ?

    Ces questions sont d’autant plus importantes que la sécurité alimentaire ne dépend pas seulement des terres agricoles ou de la disponibilité de l’eau. Elle dépend aussi de l’accès aux engrais, dont le phosphate constitue un élément essentiel.

    Pour les États-Unis, la sécurisation des approvisionnements est devenue une question de souveraineté stratégique. Pour la Tunisie, elle pourrait devenir une occasion de repenser son propre modèle industriel.

    Mais une occasion ne se transforme pas automatiquement en résultat. Elle exige des infrastructures, des investissements, une gouvernance prévisible, des capacités productives et une stratégie de long terme.

    Le Maroc a engagé une stratégie combinant extraction, industrie et géopolitique. Les auteurs soulignent notamment le rôle de ses infrastructures tournées vers l’Atlantique, dont le complexe portuaire de Tanger Med, qui contribue à relier l’Europe, l’Afrique et les grandes routes commerciales maritimes mondiales.

    La Tunisie, de son côté, doit réfléchir à la manière dont elle peut valoriser ses propres atouts géographiques, industriels et portuaires pour renforcer son intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales.

    Washington cherche la sécurité alimentaire. Tunis doit chercher la stratégie industrielle.

    Le message du Washington Institute est finalement plus large qu’une simple analyse des réserves de phosphate. Il décrit une transformation de la géopolitique des matières premières : les minerais essentiels, les engrais et les infrastructures industrielles deviennent des instruments de résilience économique et de sécurité nationale.

    La Chine a rappelé aux États-Unis les risques d’une dépendance excessive. Le Maroc apparaît comme un fournisseur stratégique disposant d’une position dominante. La Tunisie est identifiée comme un complément possible, capable de contribuer à la diversification de l’approvisionnement.

    Mais pour que cette reconnaissance se transforme en bénéfice concret, la Tunisie devra dépasser la logique de la ressource extraite et vendue. Elle devra renforcer la transformation industrielle, la fiabilité de la production et la capacité à nouer des partenariats durables.

    Le phosphate tunisien intéresse Washington parce qu’il peut contribuer à résoudre un problème américain. La question est désormais de savoir si Tunis saura utiliser cet intérêt pour résoudre ses propres problèmes économiques.

    Sinon, le phosphate restera une richesse géologique à la merci des blocages terrestres, tandis que d’autres pays transformeront la géologie en puissance industrielle, commerciale et géopolitique.

    * Economiste universitaire.

    Source : Washington Institute for Near East Policy, «The Phosphate Pivot: Why Morocco and Tunisia Matter to U.S. Food Security», auteurs Ghazi Ben Ahmed, Sabina Henneberg et Mohsine El Ahmadi.

    Blog de l’auteur : E4T.

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    ASF «consternée» par le mandat de dépôt à l’encontre de Me Ghazi Mrabet  

    Dans un communiqué publié ce mercredi 17 septembre 2026, l’organisation Avocats sans frontières (ASF) exprime «son entière solidarité et son soutien» à l’avocat et défenseur des droits humains Ghazi Mrabet, qui a fait l’objet d’un mandat de dépôt, mardi 16 septembre, «au terme de huit jours de garde à vue durant lesquels il n’a pas pu rencontrer ses avocats.»

    L’organisation fait part de «sa consternation» et affirme avoir eu «le privilège de collaborer à de nombreuses reprises avec Me Mrabet, dont elle salue l’engagement constant en faveur de la défense des droits humains, et notamment des personnes les plus vulnérables».

    Rappelons que le premier juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier a émis un mandat de dépôt à l’encontre de Me Mrabet et d’autres personnes poursuivies dans la même affaire, parmi lesquelles figure un individu recherché et condamné par contumace à 40 ans de réclusion pour trafic de drogue.

    Les membres du comité de défense rejette catégoriquement toutes les accusations portées contre leur collègue et nie tout lien entre lui et un quelconque réseau de stupéfiants. Ils précisent que Me Mrabet se trouvait au domicile de l’individu recherché dans le cadre strictement professionnel de ses fonctions, celui étant l’un de ses clients.

    I. B.

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    Les tensions budgétaires tunisiennes à l’assemblée de l’UIP

    Les débats, lors de la 153e assemblée de l’Union interparlementaire (UIP), l’organisation mondiale des parlements nationaux, qui se tiendra à Arusha (Tanzanie) du 5 au 9 octobre2026, porteront sur la sécurité maritime, le commerce régional et la résilience économique, d’une part, et les tensions budgétaires tunisiennes qui confèrent une dimension économique aux enjeux de gouvernance, d’autre part.

    Le niveau élevé de la dette publique tunisienne et les possibilités limitées de financement extérieur placeront les discussions sur la gouvernance et les opportunités économiques, lors de l’Assemblée de l’UIP, dans un contexte budgétaire immédiat.

    L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,5 % en 2025, tandis que la dette publique est demeurée supérieure à 80 % du PIB et que les autorités ont eu de plus en plus recours au financement intérieur, le financement extérieur étant devenu inaccessible et à des taux prohibitifs.

    Si les recettes touristiques et les envois de fonds ont progressé, le déficit commercial a continué, quant à lui, à se creuser et à alimenter des pressions inflationnistes.

    Outre les problématiques du déficit budgétaire et de l’endettement, l’assemblée de l’UIP à Arusha, mettra aussi l’accent sur la gouvernance, l’inclusion et les opportunités offertes aux communautés.

    I. B.

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    Tunisie | L’extension de l’usine de dessalement de Djerba en quête de financement

    L’usine de dessalement d’eau de mer de Djerba, la première à grande échelle en Tunisie, construite en 2018 et dotée d’une capacité de production de 50 mètres cubes par jour, devra bientôt être dotée d’une troisième ligne, offrant une capacité supplémentaire de 25 mètres cubes par jour, ce qui portera la production totale à 75 mètres cubes.  Encore faut-il lui trouver les financements internationaux requis et en lancer rapidement les travaux, car le stress hydrique dont souffre l’île s’aggrave sans cesse.   

    Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a approuvé la procédure accélérée de décaissement des fonds destinés à ces travaux d’extension qui comprennent également le renforcement du réseau d’adduction et de distribution d’eau, grâce à la pose d’environ 60 kilomètres de nouvelles conduites et au remplacement des canalisations vétustes.

    En réponse à une question parlementaire, le ministère Ezzeddine Ben Cheikh a indiqué que le coût total du projet est estimé à environ 200 millions de dinars tunisiens : 95 millions de dinars pour l’extension de l’usine et 105 millions pour le renforcement du réseau.

    Ce projet, mis en œuvre par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) avec le financement de la banque allemande de développement KfW et de l’Agence française de développement (AFD), a été spécifiquement conçu pour réduire la dépendance de l’île aux eaux souterraines et garantir une source supplémentaire d’eau potable, y compris durant les pics d’affluence touristique.

    Tout en confirmant l’objectif d’une capacité finale de 75 mètres cubes par jour, la Sonede souligne le rôle crucial de l’usine pour répondre aux besoins de la population insulaire et soutenir les activités économiques, notamment le tourisme.

    Toutefois, près de dix ans après l’inauguration de l’usine, la hausse de la consommation et la dégradation des ressources conventionnelles ont rendu nécessaire la réalisation de cette extension, déjà envisagée dans le projet initial. Le problème se fait particulièrement sentir durant les mois d’été, période où l’augmentation de la population temporaire liée au tourisme s’ajoute à la demande des communautés locales.

    Le député Ghassen Yamoun a évoqué les fréquentes interruptions de l’approvisionnement en eau potable et la pression croissante sur les ressources hydriques, appelant à accélérer ce projet pour lequel, selon le ministère, les études techniques nécessaires ont déjà été réalisées. Toutefois, le projet d’extension est conditionné par la mobilisation de fonds et la conclusion d’accords de prêt avec des organismes de financement, notamment la KfW et la Banque mondiale.

    Selon le député, les négociations n’ont pas encore suffisamment progressé. L’accélération annoncée par le ministère vise donc à lever l’un des principaux obstacles ayant jusqu’ici freiné l’augmentation des capacités de production : le financement qui reste à mobiliser.

    Renforcer le recours aux eaux non conventionnelles

    Le dossier de Djerba s’inscrit dans une stratégie plus large par laquelle la Tunisie cherche à accroître la part des ressources en eau non conventionnelles dans le système national. La première étape de cette politique a été l’usine de Djerba, suivie de la station de Zarat, dans le gouvernorat de Gabès, inaugurée en juillet 2024 par le président Kaïs Saïed. Après l’achèvement de la phase expérimentale, cette usine, dotée d’une capacité de 50 mètres cubes par jour, a été conçue pour desservir environ 1,1 million de personnes et constitue le premier projet majeur réalisé dans le cadre du programme national de dessalement lancé les années précédentes.

    La deuxième grande usine opérationnelle est celle de Sfax, officiellement inaugurée le 18 juin 2026 par le ministre de l’Agriculture. Elle est entrée en service avec une capacité initiale de 100 mètres cubes par jour et une extension ultérieure jusqu’à 250 mètres cubes par jour est prévue. Construite dans le cadre de la coopération tuniso-japonaise, elle représente l’un des projets les plus importants du programme national de diversification des ressources en eau et vise à renforcer l’approvisionnement de Sfax et de ses environs.

    La station de Sfax n’est toutefois pas considérée comme un projet clos. Les autorités ont déjà prévu des travaux d’extension supplémentaires dans le cadre du plan 2026-2030. Les études de conception initiales sont terminées et une partie des infrastructures nécessaires a déjà été construite, tandis que la capacité pourra être augmentée progressivement. Parallèlement, la Sonede œuvre au renforcement du réseau de distribution de la région, avec un projet soutenu par la Banque mondiale visant à améliorer la surveillance des conduites et à détecter plus rapidement les fuites.

    Le projet de Sousse est encore plus proche de la phase opérationnelle. L’usine de dessalement de la ville, dont la capacité prévue est de 50 mètres cubes par jour, a vu ses quatre composantes principales achevées et est entrée dans la phase d’essais techniques en août 2026. Ces essais portent sur le prétraitement de l’eau et sur la vérification de la conformité de l’eau produite aux normes requises. Ce n’est qu’une fois ces tests et vérifications terminés que l’usine sera prête pour une exploitation effective.

    Le choix du dessalement répond à une transformation structurelle de la problématique de l’eau en Tunisie. Les ressources en eau conventionnelles sont soumises à une pression croissante en raison de la sécheresse, de l’irrégularité des précipitations et de l’augmentation de la consommation, tandis que les eaux souterraines — en particulier dans le sud et les zones côtières — ne peuvent plus répondre seules à la demande. La stratégie vise donc à intégrer le dessalement de l’eau de mer, les transferts interbassins, la réutilisation des eaux usées traitées et l’entretien des infrastructures existantes.

    I. B.

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    Tunisie | Nouvelle unité de réanimation chirurgicale à l’hôpital de Sidi Bouzid

    Une nouvelle unité de réanimation chirurgicale a été inaugurée, mercredi 16 septembre 2026, au centre hospitalier universitaire de Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie. Elle dispose de huit lits, dont quatre sont déjà entièrement équipés, tandis que les quatre autres seront aménagés dans une phase ultérieure.

    Cette nouvelle unité vise à renforcer la capacité de l’hôpital à prendre en charge les patients ayant subi une intervention chirurgicale nécessitant des soins intensifs, ainsi qu’à améliorer la qualité des soins.

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