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Tunisie | Les enseignants de l’Ipsi solidaires avec leur collègue Mohamed Yousfi

Un groupe d’enseignants de l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI) de Tunis a publié la pétition suivante pour défendre la liberté de la presse et l’indépendance du travail médiatique, et pour exprimer sa solidarité avec le journaliste Mohamed Yousfi, placé en détention provisoire et poursuivi en justice pour des faits liés à ses fonctions de rédacteur en chef de la plateforme médiatique Alqatiba.

Nous, enseignants de l’Institut de presse et des sciences de l’information, convaincus que la liberté de la presse ne constitue pas un privilège réservé à une catégorie professionnelle spécifique, mais qu’elle est une condition fondamentale du droit de la société à l’information, de la liberté du débat public ainsi que de l’instauration d’un État de droit et d’institutions :

– suivons avec inquiétude et étonnement les circonstances de l’interpellation du journaliste Mohamed Yousfi, laquelle a été déclenchée par des publications et commentaires diffusés sur Facebook — selon le rapport de transmission du dossier — évoquant un accroissement suspect de sa fortune, alors qu’il n’existe pas le moindre indice sérieux quant à la véracité de ces allégations. Cette interpellation soudaine, survenue alors qu’il se rendait à une émission radiophonique, contrevient aux principes consacrés par l’article 55 de la Constitution tunisienne, notamment ceux de nécessité et de proportionnalité régissant la restriction des droits et libertés ;

– considérons que les journalistes exerçant leur profession dans le respect de la loi doivent bénéficier de la protection nécessaire pour accomplir leur mission — à savoir transmettre l’information, demander des comptes aux décideurs et susciter le débat sur les questions d’intérêt sociétal ;

– soulignons que toute poursuite judiciaire, lorsqu’elle repose sur des fondements juridiques sérieux, doit se dérouler dans une transparence totale, dans le respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense et des garanties d’un procès équitable, sans que les procédures judiciaires ne soient détournées pour sanctionner un journaliste en raison de ses opinions ou de son activité professionnelle ;

– suivons avec une vive inquiétude les informations faisant état de la détérioration de l’état de santé de Mohamed Yousfi et de l’intervention chirurgicale qu’il a subie, ainsi que les préoccupations suscitées par ses conditions de détention et la garantie de son droit aux soins et à une prise en charge médicale, notamment après son transfert en prison.

À cet égard, nous :

– exprimons notre entière solidarité avec le journaliste Mohamed Yousfi, ainsi qu’avec sa famille et ses collègues, et faisons part de notre profonde préoccupation quant à sa situation judiciaire et sanitaire ;

– exigeons que sa sécurité physique et psychologique soit garantie et qu’il puisse bénéficier, sans délai, des soins de santé nécessaires ;

– appelons à réexaminer la décision de le placer en détention et à lui permettre de suivre la procédure en état de liberté, afin de garantir le respect de la présomption d’innocence et du principe de proportionnalité dans le recours aux mesures privatives de liberté ;

– exigeons la garantie du plein exercice des droits de la défense, la possibilité pour les avocats d’accomplir leur mission sans entraves, ainsi que le respect de toutes les procédures et garanties prévues par la loi, y compris le droit de l’accusé d’être présent, d’être interrogé et d’assurer sa propre défense ;

– affirmons que l’exercice du journalisme, la participation à des entretiens ou à des interventions médiatiques, ainsi que la publication d’opinions, d’analyses et de critiques relatives aux affaires publiques, ne sauraient constituer, en soi, un motif de poursuites pénales ou d’emprisonnement ;

– appelons à ne pas recourir aux lois pénales ou aux procédures judiciaires pour restreindre le travail journalistique, soumettre les médias indépendants ou intimider les journalistes ;

– rejetons le fait de faire des journalistes la cible de campagnes de diffamation, d’incitation à la haine et de stigmatisation ;

– soulignons que le cas de Mohamed Yousfi dépasse sa personne, car il soulève une question fondamentale concernant l’avenir de la liberté de la presse en Tunisie et la capacité des journalistes à exercer leur rôle de contrôle et de critique sans craindre l’emprisonnement ou les poursuites en raison de leur travail ;

– réitérons notre solidarité et notre soutien à tous les journalistes emprisonnés ou faisant l’objet de poursuites judiciaires en raison de leur travail journalistique ;

– considérons que la protection de la presse indépendante relève d’une responsabilité partagée entre l’État, le pouvoir judiciaire, l’université, la société civile et les instances professionnelles ; l’université tunisienne — et plus particulièrement les établissements de formation au journalisme — ne saurait rester simple spectatrice lorsque le droit des journalistes à exercer leur métier et le droit des citoyens à l’information sont menacés.

En tant qu’enseignants formant des générations de journalistes aux valeurs de professionnalisme, d’indépendance, de responsabilité et d’éthique du métier, nous estimons que garder le silence face à l’emprisonnement d’un journaliste ou aux restrictions qui lui sont imposées dans l’exercice de ses fonctions contrevient à l’essence même de la mission que nous accomplissons au sein de l’université.

Par conséquent, nous appelons les autorités judiciaires à libérer le journaliste Mohamed Yousfi, à garantir le plein respect de ses droits et à lui assurer les soins de santé nécessaires, conformément aux dispositions de la Constitution et aux engagements internationaux de la Tunisie en matière de liberté d’expression et de liberté de la presse.

Nous invitons également nos collègues des milieux universitaire, médiatique et de la défense des droits humains à poursuivre la défense pacifique et légale de la liberté de la presse, ainsi que du droit des Tunisiennes et des Tunisiens à une information libre, indépendante et pluraliste.

Suivent 18 signatures.

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Tunis | Démantèlement d’un réseau de trafic de cocaïne dirigé par un rappeur

Un réseau de trafic de cocaïne vient d’être démantelé. Il opérait aux Berges du Lac, à La Marsa et à Gammarth, dans le Grand-Tunis, a rapporté l’agence gouvernementale Tap, ce lundi 14 septembre 2026, en citant une source sécuritaire bien informée.  

Le réseau était dirigé par un rappeur célèbre, a indiqué la ​​même source, sans préciser le nom de ce dernier, ajoutant qu’à l’issue des investigations, une série de perquisitions simultanées a été menée dans les secteurs de Manouba, Sidi Daoud, Bhar Lazreg, La Marsa et les Berges du Lac.

Elles ont abouti à l’arrestation de 13 membres du réseau, dont le rappeur en question, tandis qu’un autre individu fait l’objet d’un avis de recherche.

Par ailleurs, l’opération a permis la saisie d’une quantité importante de cocaïne, d’un drone et d’une somme d’argent conséquente – qui proviendrait, selon toute vraisemblance, du trafic de stupéfiants – ainsi que de trois voitures et de deux grosses motos utilisées pour le transport et la distribution de la drogue.

L’enquête, menée par des unités de la Garde nationale, se poursuit sous la supervision de la Brigade centrale de lutte contre les stupéfiants et en coordination avec les autorités judiciaires compétentes, afin d’identifier les éventuels autres membres du réseau et de faire toute la lumière sur ses activités.

I. B.

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TABC | Nouveau bureau, nouvelle feuille de route

Le Tunisia Africa Business Council (TABC) a tenu, samedi 12 septembre 2026 à Tunis, son 2ᵉ Congrès, marqué par la tenue de son assemblée générale ordinaire élective, le renouvellement de ses instances dirigeantes et la présentation de sa nouvelle feuille de route stratégique à l’horizon 2030.

Après plus d’une décennie consacrée à la construction de l’organisation et au développement de sa présence en Afrique, le TABC ouvre ainsi un nouveau cycle autour d’une ambition : un deuxième mandat pour consolider les acquis et transformer l’organisation.

Ce nouveau mandat vise également à préparer progressivement la relève, favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants et hisser le TABC parmi les trois organisations économiques de référence sur le continent africain.

Une décennie d’action au service de l’Afrique

Créé en 2015, le TABC s’est progressivement imposé comme une plateforme de rapprochement entre les entreprises tunisiennes et les marchés africains, en développant son action autour des grands événements économiques internationaux, des missions économiques sur le continent, des rencontres B2B et B2G et de la construction d’un réseau de partenaires africains et internationaux.

Le TABC affiche un bilan significatif : 11 années d’action, 9 éditions du Financing Investment and Trade in Africa (Fita), 37 pays africains couverts, 43 missions économiques, 4 500 adhérents cumulés, 47 000 participants aux différents événements, 80 délégations étrangères accueillies, près de 25 000 rencontres B2B et B2G, 103 conventions et partenariats et près de 90 pays représentés dans les événements organisés par le TABC.

Ces réalisations constituent le résultat d’un travail collectif porté par les différents bureaux exécutifs, les équipes du TABC, ses adhérents ainsi que ses nombreux partenaires institutionnels, économiques et financiers en Tunisie, en Afrique et à l’international.

À cette occasion, le président du TABC, Anis Jaziri, a tenu à rendre hommage et à exprimer sa reconnaissance aux membres du bureau exécutif sortant, pour leur engagement et leur contribution à la construction et au rayonnement de l’organisation durant les dernières années.

Vision 2030 : changer d’échelle

Fort de ces acquis, le TABC entend désormais franchir une nouvelle étape.

La Vision TABC 2030 prévoit de faire évoluer progressivement l’organisation de son rôle historique de mise en relation et d’accompagnement des entreprises vers un modèle capable de contribuer à l’identification, la structuration, le financement et la réalisation de projets en Afrique.

Cette transformation a commencé en 2025 avec le lancement du Tunisia Consortium for African Development (Tucad), fédérant des entreprises et expertises tunisiennes autour des infrastructures et des grands projets structurants.

Le TABC prévoit le déploiement progressif de nouveaux consortiums sectoriels, notamment ST2A dans les technologies et la transformation numérique, TACTE dans l’enseignement supérieur et la formation, TH2A dans le tourisme, ainsi que des consortiums dédiés à la santé et à l’industrie.

L’objectif est de fédérer les compétences tunisiennes au sein d’offres intégrées et solutions globales capables de répondre aux besoins croissants du continent en matière d’infrastructures, de technologie, de capital humain, de santé, de tourisme et d’industrialisation.

La Vision TABC 2030 comporte également une dimension financière. Le think tank prévoit ainsi la mise en place de Virunga Investment Partners (VIP), une banque d’affaires destinée notamment à accompagner la structuration financière, la levée de fonds et le financement des projets portés par cet écosystème.

À l’horizon 2030, une fois les différents consortiums et mécanismes mis en place, l’ambition est de structurer l’ensemble au sein d’une TABC Holding, destinée à assurer la gouvernance, la coordination et le développement de cet écosystème, qui sera introduite simultanément à la BVMT, la Bourse de Tunis, et à la BRVM, la Bourse régionale des valeurs mobilières dont le siège est à Abidjan.

Le TABC entend ainsi passer progressivement d’une logique de promotion des opportunités africaines à une logique de construction et de financement de projets, en mobilisant les entreprises, les compétences, les investisseurs et les institutions financières.

Avec son nouveau bureau exécutif et sa Vision 2030, le TABC entend poursuivre son engagement pour renforcer la présence économique tunisienne en Afrique et contribuer plus directement à la transformation et au développement du continent.

Liste des membres du BE (2026-2031)

Anis Jaziri (président) ; Sami Driss (vice-président) ; Mondher Khanfir (VP chargé du think tank) ; Walid Loukil (VP chargé des relations internationales) ; Nadia Yaich (secrétaire générale) ; Skander Hadj Mabrouk (trésorier) ; Meriem Ben Salah ( responsable du pôle finances) ; Moncef Gloulou (responsable du pôle BTP) ; Salma Abid Mnif (responsable du pôle juridique et droit privé) ; Skander Handous (responsable du pôle IT) ; Slaheddine Hellara (responsable du pôle éducation et formation) ; Chiraz Azizi (responsable du pôle transition écologique & développement durable) ; Jamil Korked (responsable du pôle transition énergétique) ; Nesrine Lachkar (responsable du pôle communication) ; Dr Bassem Allani (responsable du pôle santé).

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Tunisie | L’AMT se dit préoccupée par la hausse des décès en milieu carcéral

Dans le communiqué suivant, publié à Tunis le dimanche 13 septembre 2026, l’Association des magistrats tunisiens (AMT) a exprimé sa vive inquiétude face aux «informations et rapports apparus récemment concernant l’augmentation des cas de décès dans plusieurs prisons et lieux de détention en Tunisie».

Le Bureau exécutif de l’Association des magistrats tunisiens, tout en suivant avec une vive préoccupation les informations et rapports parus récemment concernant la multiplication des décès dans plusieurs prisons et lieux de détention en Tunisie — notamment ceux relayés par des organisations nationales et de défense des droits humains, ainsi que par des avocats et les familles des défunts — et au vu des circonstances entourant certains de ces décès, lesquelles soulèvent de sérieuses interrogations quant au respect des garanties juridiques et humanitaires prévues pour les personnes privées de liberté, rappelle que :

– l’État tunisien a la responsabilité de préserver la vie de tout citoyen placé dans un établissement pénitentiaire, de lui assurer des soins de santé et des conditions de détention adéquates, ainsi que de garantir sa dignité et son intégrité physique et morale ;

– le droit à la vie, le droit à l’intégrité physique et psychique et le droit à la protection contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants sont des droits inhérents à tout être humain, qui ne sauraient être ni supprimés ni restreints du seul fait de la privation de liberté.

Tout en constatant le refus du ministère de la Justice d’éclaircir la réalité de la situation au sein des établissements pénitentiaires — en particulier dans un contexte de conditions climatiques exceptionnelles marquées par des températures élevées, de difficultés d’approvisionnement en électricité et en eau, et alors que la Ligue tunisienne des droits de l’homme se voit interdire d’effectuer des visites pour constater les conditions réelles qui y prévalent — :

– concernant la responsabilité de l’État, l’Association souligne que tout citoyen placé dans un établissement pénitentiaire relève de la responsabilité de l’État, lequel est tenu de garantir son intégrité physique et morale ainsi que de lui assurer des conditions de subsistance et d’hébergement conformes à la Loi n° 52 de 2001 du 14 mai 2001 relative au régime pénitentiaire et aux obligations de l’État tunisien découlant des conventions et traités internationaux relatifs aux droits de l’homme ;

– elle souligne également la responsabilité de l’État d’informer l’opinion publique sur la situation dans les prisons et de faire toute la lumière sur les informations circulant concernant le décès de plusieurs citoyens au sein de ces établissements ;

– concernant les procédures judiciaires d’urgence, elle souligne que l’établissement des causes du décès et la détermination des responsabilités en découlant relèvent de la compétence de l’autorité judiciaire compétente, une fois achevées les investigations et enquêtes prescrites par la loi;

– elle affirme également que tout décès survenant au sein d’un établissement pénitentiaire ou de détention impose l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante, efficace et impartiale, conformément aux dispositions légales et aux normes internationales pertinentes ; cette enquête doit permettre d’établir les causes et les circonstances du décès, de faire toute la lumière sur les faits, de tirer les conséquences juridiques des faits et responsabilités établis, et de permettre aux familles des victimes de connaître les causes et circonstances du décès ainsi que les responsabilités juridiques déterminées à l’issue des investigations ;

– elle souligne que le ministère public et les autorités judiciaires compétentes sont tenus de s’acquitter pleinement de leurs obligations légales en matière de protection des droits et libertés, de mettre en lumière tout manquement ou négligence et de garantir l’absence d’impunité ;

– elle attire également l’attention sur la nécessité pour les juges d’application des peines d’assumer leurs responsabilités concernant le suivi des conditions d’exécution des peines privatives de liberté, l’examen des signalements relatifs à l’état de santé des détenus et l’établissement des rapports requis sur la situation des établissements pénitentiaires ;

– concernant les mesures d’urgence au sein des établissements pénitentiaires, elle appelle le ministère de la Justice, en sa qualité d’autorité de tutelle des établissements pénitentiaires, à prendre des mesures immédiates et efficaces garantissant des soins de santé réguliers et appropriés — notamment pour les personnes atteintes de maladies chroniques ou exposées à des complications de santé — ainsi qu’une intervention médicale immédiate en cas urgence ;

– appelle également à réduire la surpopulation carcérale, à remédier à toutes les conditions de détention inadéquates, à préserver la dignité des personnes privées de liberté et à établir un protocole clair pour la prise en charge des cas de santé critiques et des décès, en définissant les responsabilités ainsi que les délais d’intervention et de notification.

Traduit de l’arabe.

Pour le Bureau exécutif,

Aicha Benbelhassan, vice-présidente de l’association.

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La Chine fait main basse sur la high-tech européenne 

Depuis 2014, la Chine a procédé à plus de 650 acquisitions d’entreprises en Europe, dont 174 en Allemagne, 102 au Royaume-Uni et 72 en France. Une grande partie de ces acquisitions ont été effectuées par des conglomérats appartenant, totalement ou en partie, à l’Etat chinois et ont une forte valeur technologique. D’où les inquiétudes que cette main basse chinoise sur la high-tech européenne alimente aujourd’hui dans les cercles économiques et politiques.(L’illustration de l’article est générée par IA).

Habib Glenza  

«En 2014, le gouvernement chinois a ouvert grand les vannes, encourageant ses entreprises à procéder à des acquisitions à l’étranger», rappelle Agatha Kratz, directrice associée au Rhodium Group, spécialiste des relations entre l’Union européenne et la Chine. Les groupes chinois ont aussi profité de la crise de l’euro de 2008 et 2009 pour se livrer à une vague d’acquisitions parmi les entreprises européennes au bord de la faillite.

En 2017, Pékin a toutefois placé des limites aux sorties de capitaux et durci les conditions pour obtenir des emprunts, afin de stopper les acquisitions à but purement spéculatif, faisant baisser le nombre de transactions chinoises en Europe. La pandémie leur a apporté un nouveau coup de frein. Mais les transactions sont reparties à la hausse depuis le troisième trimestre de 2020, dans le sillage du déploiement des vaccins contre le Covid-19 et de la position de plus en plus dure de Washington contre Pékin. «Un certain nombre d’acquisitions prévues à l’origine aux Etats-Unis se sont reportées sur l’Europe», note Neil Campling, analyste chez Mirabaud Securities.

L’accord d’investissement conclu fin 2020, après plus de sept ans de négociations par Pékin et Bruxelles, qui doit encore être validé par le Parlement européen, devrait encore accroître le nombre d’investissements chinois en Europe, car il prévoit une ouverture respective des marchés des deux blocs économiques. À titre d’exemple, il permet aux firmes chinoises d’accéder au secteur des énergies renouvelables dans les pays européens, avec une limite fixée à 5 % de part de marché nationale dans chaque Etat-membre.

La crise offre des opportunités de rachat à bon prix

Comme en 2008 et 2009, on peut imaginer que les difficultés économiques de certains secteurs, après la fin des plans massifs de soutien à l’économie, leur fourniront d’ici quelques mois de nombreuses opportunités de rachat à bon prix. «Sur le moyen terme, les Chinois continueront à faire leurs courses en Europe. Les conditions-cadres qui les ont attirés en premier lieu n’ont pas changé», estime l’ Institute for Mergers, Acquisitions and Alliances (IMAA).

L’Europe représente un vivier technologique de premier plan. «L’objectif pour Pékin est d’acquérir des savoir-faire et des technologies de pointe en Europe, pour éviter de devoir mener sa propre recherche et développement», relève encore l’IMAA. Un gain de temps et d’argent qui lui permettra à terme de surpasser le monde occidental dans un certain nombre de domaines clés, comme les semi-conducteurs, les véhicules verts, la robotique ou l’intelligence artificielle.

La transaction la plus emblématique des dernières années est la vente, en 2016, de l’allemand Kuka, l’un des leaders mondiaux de la robotique, au géant de l’électroménager chinois Midea. On citera aussi le rachat chinois d’Anteryon, spin-off néerlandais de Philips Electronics qui fabrique des composants pour caméras, et  de Fuba, spécialiste allemand de la communication entre véhicules autonomes.

En France, les groupes Echosens et eDevice, à la pointe de l’innovation dans le domaine médical ; les groupes CTI et Manoir Industries, fournisseurs de pièces pour centrales nucléaires, SES-Imageotag, le numéro 1 mondial des étiquettes électroniques, et les fabricants de puces Almae Technology et Linxens sont tous tombés dans l’escarcelle de Pékin.

Ce dernier cas est particulièrement parlant. Le groupe, spécialisé dans les micro connecteurs permettant aux bornes électroniques de communiquer avec les cartes à puces, a été racheté en 2018 pour 2,2 milliards d’euros par la société chinoise Ziguang Liansheng, par l’entremise d’une série de véhicules basés en France, au Luxembourg et à Hong Kong. Or le nouveau propriétaire du groupe français appartient au groupe Tsinghua Unigroup, un conglomérat affilié au ministère de l’Education chinois qui sert de fer de lance à Pékin dans sa stratégie de développement d’une industrie domestique des semi-conducteurs. Un an après l’acquisition, Linxens a annoncé la construction d’une gigantesque usine et d’un centre de recherche à Tianjin, juste à côté d’un nouveau hub consacré à l’innovation mis en place par Tsinghua Unigroup.

Les transferts de technologie n’expliquent cependant pas tous les rachats chinois d’entreprises européennes. «Un certain nombre de transactions ont simplement pour but de permettre à des groupes chinois de prendre pied sur le marché européen ou d’améliorer leurs ventes sur le plan domestique en bénéficiant du renom d’une marque occidentale de prestige», explique Jaap van Etten, entrepreneur et ancien diplomate spécialiste de la Chine.

Un mouvement d’une ampleur inquiétante

Le rachat du fabricant de pneus italien Pirelli, du producteur de matériel sportif finlandais Amer Sports (Salomon, Arc’teryx, Peak Performance), la prise de participation de Geely au capital du groupe automobile allemand Daimler-Mercedes doivent être interprétés à cette aune. Tout comme l’acquisition des marques françaises Baccarat, Club Med, Lanvin et Sandro.

Si ces rachats chinois n’enfreignent en rien la loi, ils inquiètent par leur ampleur. «Veut-on vraiment voir nos technologies de pointe tomber entre les mains d’entités étrangères, notamment d’un concurrent stratégique comme la Chine qui cherche à surpasser l’Europe ?», s’interroge le Britannique Neil Campling, Senior Strategist Markets. Les produits innovants développés par Linxens, Almae Technologies, CTI et Manoir Industries appartiennent tous désormais à des conglomérats étatiques chinois.

La question se pose de façon plus pressante encore lorsqu’il s’agit de technologies à usage militaire ou dual (satellites, moteurs, radars, hélicoptères, etc.). Le Français All Circuits, qui fabrique des circuits électroniques, est ainsi tombé dans le giron du groupe Aerospace Hi-Tech, dont le principal actionnaire est Casic, l’un des principaux fournisseurs de l’armée chinoise.

De même, céder ses infrastructures critiques ou les «commodités» dont dépend son économie à un Etat étranger met en péril la sécurité nationale. Si la Chine se décidait à les interrompre ou à les accaparer pour alimenter ses propres besoins, les pays dont ils sont issus s’effondreraient.

En France, des groupes affiliés à l’Etat chinois ont mis la main sur plusieurs entreprises opérant dans des infrastructures critiques, dont Engie et Alcatel-Lucent. Des sociétés chinoises possèdent des parts dans Engie, Air France et l’aéroport de Toulouse.

En Grande-Bretagne, le conglomérat China General Nuclear, partenaire d’EDF en France, a pris une participation dans la centrale nucléaire Sizewell C. Certaines technologies acquises par les Chinois, à l’image de celles liées à la reconnaissance faciale, pourraient en outre être déployées au Xinjiang.

Des entreprises rachetés puis mises en caution

Pire, les nouveaux patrons chinois mettent parfois en danger la survie même de leurs acquisitions, comme dans le cas de Baccarat. «Certains groupes chinois se sont surendettés pour procéder à des acquisitions à l’étranger, puis se sont retrouvés en difficulté financière», relève Alicia García Herrero, spécialiste des marchés émergents à Bruegel. C’est le cas du groupe HNA, un conglomérat à la structure opaque, qui a racheté de nombreuses entreprises dans le secteur aérien – dont les françaises Aigle Azur et Servair – à partir de 2015.

Pour y parvenir, HNA s’est endetté à hauteur de 100 milliards de dollars, parfois en engageant comme garantie les actions des entreprises qu’il rachetait. Début 2018, la firme a commencé à faire défaut sur certaines de ses lignes de crédit et s’est retrouvée dans l’obligation de céder une partie de ses acquisitions à ses créditeurs. Servair a ainsi été revendu en 2019 au fonds asiatique RRJ Capital, par l’entremise de son propriétaire GateGroup. Air Azur a pour sa part été mis en faillite en septembre 2019.

Le groupe Shandong Ruyi, qui avait pour ambition de devenir le LVMH chinois, est lui aussi au bord de la débâcle financière après s’être lourdement endetté pour racheter une douzaine de marques de luxe dont les françaises Sandro, Maje et Claudie Pierlot. À court de liquidités, il a à plusieurs reprises fait défaut sur des obligations ces derniers mois.

Le groupe de distribution de produits pétroliers Dyneff s’est, quant à lui, retrouvé au cœur d’un scandale de corruption en mars 2018 lorsque le fondateur de CEFC, le conglomérat pétrolier qui l’avait racheté un an plus tôt, a été arrêté pour avoir versé des pots-de-vin. L’entreprise chinoise a été démantelée et confiée à un groupe lié aux autorités de la ville de Shanghai. 

Des contre-exemples existent. À l’instar de Lanvin. Certaines firmes européennes ont bénéficié d’investisseurs chinois aux poches profondes qui leur ont permis d’accéder au marché chinois et ont élaboré d’ambitieuses stratégies de développement pour elles.

Racheté par le constructeur automobile chinois Zhejiang Geely en 2010, alors qu’il traversait une passe difficile, le suédois Volvo a depuis retrouvé ses galons sur le marché des voitures de luxe. Son nouveau patron a notamment injecté 10 milliards de dollars dans la société, lancé des nouveaux modèles et démultiplié ses capacités de production. L’arrivée en Europe du dragon chinois peut aussi déboucher sur de beaux succès.

Dans toute l’Europe, Pékin a procédé à plus de 650 acquisitions depuis 2014, dont 174 en Allemagne, 102 au Royaume-Uni et 72 en France. «Parmi les 72 acquisitions que nous avons recensées en France, près de 40 % ont été effectuées par des conglomérats appartenant totalement ou partiellement à l’Etat chinois», précise Jaap van Etten, le fondateur de Datenna. Mais l’implication de Pékin est souvent dissimulée sous plusieurs couches de sociétés écran situées dans des centres offshore ou ailleurs en Europe, souligne cet ancien diplomate à l’ambassade des Pays-Bas de Pékin.

NB : L’essentiel des informations contenues dans cet articles sont puisées dans les données publiées par l’Institut pour les fusions, les acquisitions et les alliances (IFAA ou IMAA en anglais).

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Les Houthis s’emparent du détroit de Bab el-Mandeb, le monde retient son souffle

Les Houthis ont avancé vers l’ouest du Yémen, les forces armées du gouvernement internationalement reconnu et soutenues par l’Arabie Saoudite se sont rapidement effondrées et ont battu retraite et les Houthis se sont emparés du détroit de Bab el-Mandeb, voie maritime reliant la mer Rouge au Golfe d’Aden et seule alternative pour contourner le verrouillage du détroit d’Ormuz et pour exporter le pétrole saoudien. Comment ce scénario cauchemardesque a-t-il pu avoir lieu ? Concomitamment, des drones venus d’Irak ont frappé l’oléoduc Est-Ouest saoudien conduisant à sa fermeture. Ces événements n’ont pas uniquement donné des sueurs froides aux Saoudiens mais le monde entier retient son souffle car les conséquences peuvent être désastreuses que ce soit pour l’énergie surtout avec l’arrivée prochaine de l’hiver mais aussi pour le commerce international en général.

Imed Bahri

Dans le Sunday Times, version du week-end du Times, Mark Urban s’est interrogé sur les conséquences pour le monde de l’avancée rapide des Houthis dans l’ouest du Yémen. Il y soutient que l’effondrement soudain des forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen a engendré un scénario catastrophe, les forces supplétives iraniennes s’emparant du détroit de Bab el-Mandeb et perturbant le commerce mondial du pétrole. La prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis a déclenché une crise profonde. Compte tenu de l’impasse dans le conflit américano-iranien, cette situation représente des risques importants pour les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’économie mondiale.

Un scénario désastreux

Pour les Saoudiens, qui soutiennent depuis longtemps les forces gouvernementales yéménites, le contrôle de cette voie maritime vitale, conjugué à d’autres crises, a créé un scénario désastreux.

La semaine dernière, les Houthis ont lancé des attaques contre des installations énergétiques et des infrastructures civiles saoudiennes, faisant des dizaines de blessés.

Vendredi, le ministère saoudien de l’Énergie a annoncé la fermeture de l’oléoduc reliant l’est et l’ouest du pays, un contournement crucial du détroit d’Ormuz, après une attaque de drones lancée depuis l’Irak. Les alliés de l’Arabie saoudite, des États-Unis au Pakistan, en passant par l’Égypte et la Turquie, se sont abstenus, pour l’instant, de fournir un soutien militaire.

Ce changement soudain d’équilibre des forces est surprenant, d’autant plus que les forces gouvernementales yéménites avaient réalisé des progrès significatifs jusqu’au milieu de la semaine dernière, progressant vers l’ouest du pays. Il est intervenu après un mois marqué par une augmentation notable des exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz.

Après une avancée fulgurante en fin de semaine dernière, les forces houthies ont annoncé avoir pris le contrôle de la côte de la mer Rouge, s’assurant ainsi un accès vital via le détroit de Bab el-Mandeb. Mohammed al-Farah, membre du bureau politique houthi, a déclaré sur les réseaux sociaux que «cette victoire devrait être une leçon marquante et un avertissement pour ceux qui comptent encore sur la puissance saoudienne». Il a également menacé de détruire la principale raffinerie de pétrole du royaume, Ras Tanura, en cas de frappes aériennes saoudiennes sur Mocha, le port conquis par les Houthis jeudi lors de leur progression.

S’interrogeant sur la manière dont les Houthis ont réalisé cet exploit et sur sa signification, Urban a souligné que les désaccords entre les factions anti-houthies impliquées dans le conflit, ainsi que les relations tendues entre elles ont joué un rôle important dans les récents développements.

Plus tôt cette année, des avions de combat saoudiens ont bombardé des groupes yéménites alliés aux Émirats arabes unis, contraignant les forces émiraties à se retirer du Yémen. Le groupe houthi a exploité cette situation et contrôle désormais des zones où habitent 75% de la population yéménite alors même que les Zaïdites, le groupe confessionnel auquel appartiennent les Houthis, ne représentent qu’un tiers des 34 millions d’habitants du pays.

Echec de l’Arabie saoudite et des États-Unis

Grâce au soutien militaire et aux conseils des Gardiens de la révolution iraniens, les Houthis ont pu constituer une armée plus importante et plus redoutable. Bien que leurs forces combattantes actives ne dépassent pas 20000 hommes, avec les réserves, ce chiffre atteint plus de 150000, surpassant ainsi les effectifs de l’armée du gouvernement internationalement reconnu.

Compte tenu de la petite taille du pays, les forces gouvernementales, relativement peu nombreuses et souvent légèrement armées, peinent à maintenir leurs positions. Ces derniers jours, assiégées dans les régions désertiques de l’ouest, elles se sont effondrées. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des soldats en fuite humiliés alors qu’ils traversent le désert, certains s’arrêtant pour vendre leurs armes au bord de la route. Ailleurs, des factions rivales, se réclamant du même camp, se moquent des soldats qui ont battu retraite.

Selon certains témoignages, les Houthis auraient utilisé un faux message généré par intelligence artificielle, prétendument envoyé par le commandant des forces gouvernementales, ordonnant un retrait général. Ils ont sans aucun doute profité du manque de coordination entre les forces gouvernementales, les Saoudiens et les Américains, ce qui a entraîné un soutien aérien inefficace.

Selon Urban, l’échec de l’Arabie saoudite et des États-Unis ces dernières années à contenir les Houthis est largement dû à leur dépendance à la puissance aérienne et à l’absence de forces terrestres efficaces.

Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël, les Houthis ont subi des frappes aériennes israéliennes, britanniques, saoudiennes et américaines. Nombreux sont ceux qui ont remis en question la campagne de bombardements américains de huit semaines l’année dernière, mais celle-ci, conjuguée aux diverses incitations financières offertes par l’Arabie saoudite, a peut-être empêché les Houthis de mettre à exécution leurs menaces répétées de fermer le détroit de Bab el-Mandeb et de paralyser le secteur pétrolier du royaume.

Suite à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran en février, les Houthis sont restés neutres et largement à l’écart de l’escalade du conflit régional.

Cependant, la situation a changé après l’effondrement du mémorandum d’entente américano-iranien en juillet. La République islamique a alors utilisé ses alliés de l’Axe de la résistance pour accroître son influence dans la région en réponse au blocus américain du détroit d’Ormuz.

Les Houthis ont exploité la faiblesse des forces gouvernementales, brisant leur contrôle sur la côte et le détroit de Bab el-Mandeb. Les répercussions de cette situation commencent à se faire sentir sur les prix mondiaux de l’énergie et renforcent la position de l’Iran.

La fermeture de l’oléoduc saoudien aggrave les difficultés tant pour le pays que pour les États-Unis. Cet oléoduc transportait environ 5% de l’approvisionnement mondial en pétrole, selon Reuters. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril la semaine dernière pour la première fois depuis juillet.

L’Arabie saoudite se trouve confrontée à plusieurs choix difficiles. Ni la Turquie ni le Pakistan ne se sont empressés de fournir une assistance militaire dans le cadre de l’Accord de La Mecque pour la défense conjointe et le ministère saoudien des Affaires étrangères a exclu toute aide de ce type.

L’Iran à la manœuvre

De même, Axios a rapporté vendredi que les États-Unis avaient rejeté une demande saoudienne d’effectuer des frappes aériennes jeudi. Tariq Saleh, commandant de la coalition combattant les Houthis, a déclaré mercredi à CNN que les récentes déclarations concernant un soutien américain n’étaient que des paroles en l’air. Les risques sont désormais manifestes : contrôle des voies maritimes internationales par les Houthis, diminution continue des approvisionnements pétroliers saoudiens, renforcement significatif de l’Iran et reprise des hostilités et de la crise humanitaire au Yémen même.

Une option envisagée est la reconquête de l’île de Perim, qui permettrait de contrôler le détroit de Bab el-Mandeb. L’île est située près des bases américaines de Djibouti, de l’autre côté du détroit.

Selon Urban, cette option est envisageable, mais la probabilité d’un déploiement de troupes américaines sur le territoire yéménite est extrêmement faible.

Les Saoudiens, forts de leur expérience malheureuse lors de leur dernière invasion, sont parfaitement conscients des difficultés opérationnelles sur place. Cependant, la menace qui pèse sur leurs intérêts nationaux vitaux pourrait ne leur laisser d’autre choix. Farea al-Muslimi, de Chatham House à Londres, a déclaré : «Je serais très surpris si les Saoudiens ne lançaient pas une guerre à grande échelle au Yémen dans les plus brefs délais».

Si de nombreux experts estiment qu’il est possible de reconstruire les forces gouvernementales yéménites, voire de rétablir une coopération fructueuse entre les États du Golfe dans ce dossier, cela ne se fera pas rapidement.

Parallèlement, les pressions sur le marché de l’énergie, la hausse des prix des carburants et l’arrivée de l’hiver dans les pays occidentaux influenceront considérablement les décisions des responsables politiques. Les Saoudiens concluront probablement qu’ils doivent faire des concessions à la fois aux Houthis et à l’Iran, ce qui pourrait offrir aux faucons de Téhéran une occasion cruciale de s’opposer au président Trump.

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La musique tunisienne perd l’une de ses icônes : Mohamed Garfi

Le compositeur, chef d’orchestre et musicologue tunisien Mohamed Garfi s’est éteint ce dimanche 13 septembre 2026, à l’âge de 78 ans, au terme d’un riche parcours artistique et créatif de plusieurs décennies, durant lequel il a contribué à enrichir la musique tunisienne et arabe.

Né à Tunis en 1948, le défunt est considéré comme l’un des musiciens tunisiens les plus novateurs, ayant opté dès ses débuts pour une démarche fondée sur la recherche et l’innovation.

Mohamed Garfi a entamé sa carrière musicale en 1969 en tant qu’altiste au sein de l’Orchestre symphonique tunisien. Il a ensuite fondé le «Groupe 71» et a par la suite dirigé la Troupe musicale de la ville de Tunis. Il a collaboré avec le poète Abdelhamid Khraief ainsi qu’avec les interprètes Thameur Abdeljaouad, Aziza Bouteraâ et Ahmed Zarrouk. Il a également travaillé avec le metteur en scène Béchir Drissi — son ami et collègue — sur plusieurs œuvres théâtrales et opérettes dont il a assuré la conception et la mise en scène.

Le regretté Mohamed Garfi a contribué, en tant que compositeur et chef d’orchestre, à de nombreuses œuvres pour le théâtre, le cinéma et la télévision ; il a également collaboré avec les frères Rahbani, Marcel Khalifé, Julia Boutros et Ali El Haggar dans le cadre des ‘‘Voix de la liberté’’.

Après avoir quitté la Troupe de musique de la ville de Tunis, qu’il avait marquée de son empreinte, il a présenté le spectacle ‘‘Zakharef Arabiya’’ (Arabesques) lors de plusieurs festivals. Sa dernière œuvre fut le spectacle ‘‘Min Qa’ al-Khabiya’’ (Du fond de la jarre), qui a inauguré le Festival international de Carthage le 19 juillet 2025.

Le défunt a mis en musique des poèmes de grands poètes, parmi lesquels Mahmoud Darwish, Aboul-Qacem Chebbi, Ahmed Fouad Nagm, Saïd Aql, Mansour Rahbani, Abdelhamid Khraief, Manaouar Smadeh et Souilmi Boujemaa.

Sa dernière œuvre, ‘‘Min Qa’ al-Khabiya’’ (Du fond de la jarre), a inauguré le Festival de Carthage le 19 juillet 2025.

Outre son parcours artistique, Mohamed Garfi a laissé derrière lui plusieurs ouvrages et études consacrés à la musique, notamment «Les formes instrumentales dans la musique classique en Tunisie» (1996), «Pages de musique universelle» (1997) et «Le théâtre musical arabe» (2009), ainsi qu’une traduction d’un ouvrage d’Antonin Lafage sur la musique arabe (2006).

Avec la disparition de Mohamed Garfi, la scène culturelle et artistique tunisienne perd un artiste novateur, compositeur et chef d’orchestre qui a contribué à enrichir le paysage musical et théâtral, tant en Tunisie que dans le monde arabe, et a laissé une empreinte marquante dans la mémoire artistique nationale.

I. B.

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Tunis | Le président de la Chambre des bouchers soupçonné de spéculation

Le juge d’instruction du Pôle judiciaire financier de Tunis a décidé de prolonger de quatre mois la détention préventive d’Ahmed Amiri, président de la Chambre syndical des bouchers, qui fait l’objet d’une enquête judiciaire, suite à une plainte déposée contre lui par la Société Ellouhoum, rapporte Mosaique.

Cette plainte porte sur des soupçons de détournement de fonds publics appartenant à ladite entreprise publique ; ces fonds lui avaient été confiés en vertu d’un mandat donné par plusieurs bouchers pour l’approvisionnement en viandes réfrigérées importées.

Il est aussi soupçonné de manipulation des circuits de distribution en utilisant, à leur insu, les identités fiscales de bouchers, pour retirer des quantités de viande auprès de la Société Ellouhoum — en vue de monopoliser et spéculer sur ces produits subventionnés par l’État — en les vendant dans des circuits autres que ceux agréés par ladite société.

Après avoir auditionné Ahmed Amiri, le premier juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier a émis un mandat de dépôt à son encontre pour des faits de blanchiment d’argent — en tirant parti des facilités offertes par sa fonction ainsi que par ses activités professionnelles et sociales —, de monopole et de spéculation illicites, d’abus de confiance aggravé, ainsi que pour complicité avec un agent assimilé à un fonctionnaire public ayant délibérément usé de sa qualité pour causer un préjudice matériel à une entreprise dont l’État détient une participation au capital, afin d’en retirer un avantage indu.

I. B.

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Tunisie | Me Ghazi Mrabet et six co-accusés déférés devant le juge d’instruction

L’avocat Ghazi Mrabet et six autres suspects — dont un trafiquant de drogue connu des services — seront déférés devant le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier de Tunis, leur garde à vue ayant été prolongée dans le cadre de l’enquête. Cette mesure, décidée, avant-hier, vendredi 11 septembre 2026, s’inscrit dans le cadre des investigations en cours concernant une suspicion de détention de stupéfiants.

L’affaire a débuté lorsque l’avocat a été surpris au domicile du deuxième suspect — un trafiquant de drogue faisant l’objet d’une condamnation par contumace à 40 ans de prison, qui serait l’un de ses clients, selon plusieurs de ses collègues.

Lors de l’opération, les autorités ont saisi 8 kg de cocaïne, 40 plaquettes de résine de cannabis (zatla) et une somme d’argent estimée à 394 000 dinars.

À la suite de l’ouverture de l’enquête, quatre autres suspects ont été arrêtés, tandis qu’un célèbre footballeur, dont le nom n’a pas été divulgué, a été déféré devant le parquet.

La semaine dernière, le ministère public près le Tribunal de première instance de Tunis a ordonné aux agents de la sous-direction de lutte contre les stupéfiants (relevant de la direction de la police judiciaire) de placer en garde à vue l’avocat Ghazi Mrabet ainsi que le trafiquant de drogue en question.

Leur garde à vue a été fixée à cinq jours pour des chefs d’accusation incluant la constitution d’un réseau de trafic de drogue et le blanchiment d’argent. Les deux hommes ont été interpellés au domicile du trafiquant recherché ; la perquisition des lieux a permis la saisie d’importantes quantités de stupéfiants.

Selon l’agence Tap, citant une source judiciaire, Me Mrabet, qui se trouvait en compagnie du trafiquant de drogue, a tenté d’entraver le travail des agents de la police judiciaire pour permettre la fuite de son client, mais ces derniers sont parvenus à les interpeller tous deux.

I. B.  

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Tunisie | Décès de prisonniers à cause de la chaleur, les autorités nient

Au moins 23 détenus seraient décédés en Tunisie ces dernières semaines en raison de la chaleur extrême enregistrée en juillet et août, aggravée par la surpopulation carcérale et les longues coupures d’électricité et d’eau, s’indignent les défenseurs des droits humains qui dénoncent depuis longtemps des conditions de détention difficiles. Aucun des décès en prison ne peut être attribué à la chaleur sans confirmation des médecins légistes, répondent les autorités, qui ne communiquent aucun chiffre.

Selon le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Bassem Trifi, cité par l’AFP, son organisation a recensé 23 décès en s’appuyant sur des informations fournies par des médecins, des avocats et des proches de détenus morts en prison à cause de la chaleur.

Parmi les détenus décédés figurait l’homme d’affaires Lazhar Sta, selon sa fille. Un autre était un étudiant de 24 ans.

Un homme d’affaires libanais est également décédé dans une prison tunisienne, a précisé M. Trifi. Une source judiciaire libanaise a indiqué à l’AFP que le père du défunt avait informé les autorités libanaises de sa mort une semaine auparavant. «Les conditions sont déjà inhumaines en temps normal, mais avec la vague de chaleur et des températures dépassant parfois 45 °C dans des cellules surpeuplées, la situation menace la vie des détenus», a déclaré M. Trifi.

Les prisons tunisiennes sont depuis longtemps critiquées pour leur surpopulation chronique et leurs mauvaises conditions de détention.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent la surpopulation des cellules, une ventilation insuffisante et un accès limité à l’eau — des accusations que l’administration pénitentiaire a rejetées.

L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) s’est dite cette semaine «préoccupée par la détérioration des conditions de détention et l’augmentation des décès en prison». Elle a également appelé à des enquêtes «transparentes» et «indépendantes», déplorant l’absence de données officielles concernant ces décès.

Les proches de détenus avaient déjà exprimé leurs inquiétudes quant aux conditions de détention à mesure que les températures grimpaient au cours de l’été.

Les alertes lancées par les proches de figures de l’opposition emprisonnées ont largement circulé sur les réseaux sociaux et, à un degré moindre, sur les médias.

Parmi ces figures figure Rached Ghannouchi, 85 ans, chef du parti Ennahdha; ses avocats avaient qualifié son état de santé de «critique» en juillet, après des informations faisant état d’un évanouissement et d’un épuisement sévère en détention.

Figure également sur cette liste le militant Ahmed Nejib Chebbi, 82 ans, dont la fille a aussi exprimé son inquiétude quant aux conditions de détention de son père et d’autres détenus. «Je n’attendrai pas que mon père et mon oncle meurent en prison», a déclaré l’avocate Haifa Chebbi.

Son oncle, Issam Chebbi, est lui aussi emprisonné à la suite d’accusations de complot contre la sûreté de l’Etat, que des organisations de défense des droits humains ont dénoncées comme étant motivées par des considérations politiques. «Je ne garderai pas le silence. Libérez les détenus», a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

En juillet, l’administration pénitentiaire avait affirmé que tous les détenus recevaient des «soins médicaux conformes à la réglementation» et que «toutes les mesures nécessaires» avaient été prises face à la chaleur.

Depuis 2023, des dizaines de personnalités politiques, de journalistes et d’hommes d’affaires, entre autres, ont été placés en détention ou condamnés pour diverses accusations.

L’OMCT a appelé les autorités tunisiennes à prendre «les mesures nécessaires pour protéger la vie» des détenus et à autoriser les organisations de défense des droits à effectuer des visites dans les prisons.

La LTDH avait indiqué qu’elle se voyait interdire l’accès aux prisons depuis novembre 2025. Ces derniers jours, l’inquiétude s’est accrue concernant l’état de santé du journaliste d’investigation Mohamed Yousfi. Ce dernier a été arrêté la semaine dernière alors qu’il s’apprêtait à évoquer les pénuries d’eau lors d’une émission de radio. Il a par la suite été opéré de l’appendicite et placé en détention.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a rapporté que les membres de sa défense avaient dû quitter une séance d’interrogatoire pour lui procurer des médicaments, car M. Yousfi «hurlait de douleur».

Par ailleurs, la fille du journaliste indépendant emprisonné Zied El Heni a fait part de ses craintes pour son père. «À chaque fois que je rends visite à mon père, j’ai peur qu’on m’annonce sa mort», a déclaré Aram El Heni dans une vidéo largement partagée sur Facebook. «À chaque fois que je quitte la prison, je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je le vois», a-t-elle ajouté.

D’après AFP.

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«Ni eau, ni électricité, ni liberté» | Les Destouriens manifestent à Tunis

Des partisans du Parti destourien libre (PDL) ont participé à une marche de protestation, le samedi 12 septembre 2026, à Tunis, sous le slogan «Ni eau, ni électricité, ni liberté, ni médicaments», pour dénoncer la détérioration des conditions de vie, les difficultés d’accès aux services de base ainsi que ce qu’ils considèrent comme des restrictions des libertés et des poursuites judiciaires visant leurs membres et leurs dirigeants.

Rappelons que la présidente du parti, l’avocate et ex-députée Abir Moussi, est incarcérée depuis le 3 octobre 2023. Elle est poursuivie en justice dans plusieurs affaires à caractère politique.

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L’envolée des prix en Tunisie depuis 2011

Les régimes dictatoriaux des «pays frères» qui, craignant la contagion, ont misé sur l’échec de la transition démocratique en Tunisie, et y ont beaucoup contribué de diverses manières, doivent pavoiser. L’échec du «Printemps arabe» dans le pays même qui l’a déclenché les remplit aujourd’hui de joie. Comme pour donner une preuve tangible de cet échec, Al Jazeera a suivi l’évolution des prix des produits alimentaires courants dans notre pays et les a comparés aux tarifs en vigueur avant la «révolution» de 2010-2011. La crise du coût de la vie, qui avait contribué à renverser l’ancien régime, a perduré bien après sa chute, conclut le média qatari dans son article que nous reproduisons ci-dessous.  

 Alia Chughtai & Marium Ali

Le 17 décembre 2010, le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu à Sidi Bouzid après des années de harcèlement policier, déclenchant une vague de contestation alimentée par le chômage, la corruption, la hausse du coût de la vie et les violences policières.

Ce mouvement, baptisé «Printemps arabe», a fini par renverser le président de longue date Zine El Abidine Ben Ali ainsi que quatre autres dirigeants du monde arabe.

Près de 16 ans plus tard, toutefois, les Tunisiens sont toujours confrontés à une crise du coût de la vie que certains jugent pire que jamais.

Pour illustrer l’évolution des prix au quotidien, Al Jazeera a relevé le coût de produits alimentaires courants et l’a comparé aux tarifs pratiqués en 2010.

Le dinar a perdu la moitié de sa valeur face au dollar

En décembre 2010, un dollar américain permettait d’acheter 1,47 dinar tunisien. Aujourd’hui, il en faut 2,93 ; cela signifie que chaque dinar ne vaut plus que la moitié (49 %) de sa valeur en dollars d’il y a 15 ans.

La Tunisie importe une grande partie de ses denrées alimentaires, qu’elle règle en dollars et en euros. La dépréciation du dinar renchérit le coût de ces achats, une hausse que les consommateurs constatent directement en caisse.

Les prix pratiqués en supermarché illustrent bien la situation.

En 2010, avec huit dinars tunisiens, on pouvait acheter 4 kg de tomates, un demi-kilo de poulet et un litre d’huile de cuisson. Aujourd’hui, cette même somme permet d’acheter moins de la moitié de ces quantités. Le prix des tomates a augmenté de 113 %, celui du poulet de 118 % et celui de l’huile de cuisson de 129 %.

Les prix des légumes ont connu une hausse encore plus spectaculaire. Les carottes coûtent désormais 428 % plus cher (soit plus de cinq fois le prix de 2010) et les pommes de terre 268 % de plus. Le bœuf, déjà l’article le plus onéreux de la liste, a vu son prix grimper de 290 % (presque quadrupler) pour atteindre 52,5 dinars le kilo, soit environ 18 dollars.

Abdessattar*, 55 ans, originaire d’El Jem, affirme qu’à l’exception des produits subventionnés, les hausses de prix sont flagrantes. «On a l’impression que 20, 30 ou 40 dinars ne permettent plus d’acheter grand-chose», confie-t-il à Al Jazeera. Le beurre, le fromage, les produits d’entretien et les collations scolaires ont tous vu leur prix augmenter depuis l’année dernière.

Le graphique ci-dessous compare les prix moyens de 2010, issus du bulletin mensuel de statistiques tunisien, à ceux relevés cette semaine.

La Tunisie subventionne les produits alimentaires de base depuis 1970, date de la création de la Caisse générale de compensation. L’État maintient les prix de certains produits essentiels en dessous du cours du marché et verse la différence aux producteurs et aux importateurs.

Au fil des décennies, toutefois, certains produits ont été retirés de la liste. Fin 2022, le gouvernement a accepté de supprimer progressivement les subventions alimentaires universelles au profit de transferts monétaires ciblés afin d’obtenir un prêt du FMI, mais le président Kaïs Saïed a suspendu la mise en œuvre de ces mesures en 2023.

Il en résulte une situation à deux vitesses : les produits subventionnés ont conservé leurs prix fixes, tandis que les prix des denrées non subventionnées ont grimpé en flèche.

«Les résultats ont été vraiment, vraiment décevants»

Hamed el-Matri est ingénieur et militant politique ; il vit aujourd’hui au Qatar. Il se trouvait en Tunisie lors du soulèvement de 2010 et affirme avoir été en première ligne.

M. El-Matri se souvient que le soulèvement était motivé par des revendications socio-économiques, notamment l’emploi, la liberté et la dignité.

«Les attentes étaient très élevées à l’époque. Mais quand je vois la situation actuelle, ou même celle des quinze dernières années, les résultats ont été vraiment, vraiment décevants», confie-t-il à Al Jazeera.

Selon M. El-Matri, ces quinze années ne peuvent être considérées comme une période unique. Il décrit la période allant de 2011 à 2021 comme «une transition démocratique laborieuse» et ce qui a suivi comme «une sorte de régime totalitaire populiste, avec une rhétorique très agressive mais une politique assez floue».

M. El-Matri affirme qu’au cours des cinq dernières années, le système économique tunisien s’est considérablement affaibli, voire s’est effondré. Il explique que les investissements ont pratiquement cessé et que l’économie est au bord de la stagnation.

Yassine*, 44 ans, père de famille à Tunis, explique que la préparation de la rentrée scolaire de ses enfants est devenue une source d’angoisse. Les cahiers subventionnés et autres fournitures scolaires bon marché ont disparu des magasins, dit-il, et les familles se revendent désormais entre elles des livres et du matériel d’occasion.

Les transports constituent une autre source de préoccupation. «Les transports publics ne sont plus fiables, nous sommes donc contraints d’utiliser des moyens de transport privés. C’est devenu un souci majeur pour tous les Tunisiens», déclare-t-il.

«Les gens ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux»

Il cite l’exemple de l’huile de cuisson : alors qu’elle coûtait autrefois un dinar le litre, elle n’est plus vendue qu’en une version à cinq dinars le litre.

Les tensions se font sentir à tout moment. Lors des récentes fêtes de l’Aïd, raconte Yassine, la plupart de ses connaissances n’ont pas pu célébrer l’événement dignement, et beaucoup ont acheté des vêtements d’occasion.

Hanen*, 45 ans, ouvrière dans une usine à Tunis, a confié à Al Jazeera que les prix avaient augmenté si rapidement que «les gens ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux». La viande rouge, qui se vendait autrefois 20 dinars le kilo, en coûte désormais 60 ou plus, explique-t-elle, tandis que le prix des médicaments grimpe chaque jour. Les produits de base — comme les tomates en conserve, le sucre et l’huile de cuisson — ont tous connu une forte hausse, tout comme les fruits et légumes. «La flambée des prix est extrême. C’est anormal », déclare-t-elle.

Traduit de l’anglais.

Source : Al Jazeera.

*Certains prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat.

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La Chine met les bouchées doubles pour décarboner le transport routier

‘‘Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera’’ titrait Alain Peyrefitte un essai publié en 1973. Soixante ans plus tard, ce présage qui avait valeur d’avertissement est en train de se réaliser et le monde commence déjà à trembler car le dragon chinois crache du feu et risque de tout brûler sur son passage. Dans le secteur de l’automobile, en tout cas, les constructeurs chinois sont déjà en avance sur leurs homologues européens et américains. (Photo: Station de recharge électrique pour camions créée par Huawei).

Habib Glenza                                                    

La Chine déplace des volumes massifs, atteignant des dizaines de milliards de tonnes de marchandises par an grâce à ses réseaux logistiques. Le marché du transport routier de marchandises est un pilier majeur de sa logistique intérieure et transfrontalière, évalué à environ 500 milliards de dollars et en forte croissance. Et il devrait atteindre une valeur de 668,55 milliards de dollars d’ici 2031.

Profitant de cette forte croissance commerciale et économique, le pays veut franchir un nouveau cap dans l’électrification du transport de marchandises. Il vient d’ailleurs de dévoiler un plan massif visant à porter à 40 % la part des camions à énergie électrique dans les immatriculations de poids lourds d’ici 2030. Avec des milliers de stations de recharge et d’échange de batteries, le pays entend accélérer encore et creuser l’écart avec les marchés occidentaux.

Onze agences gouvernementales chinoises ont publié une feuille de route destinée à révolutionner le transport routier de marchandises. La Chine, déjà largement en avance sur l’Europe dans ce domaine, veut désormais changer d’échelle. Le plan fixe trois objectifs pour les poids lourds de plus de 12 tonnes à l’horizon 2030. Les véhicules à énergies nouvelles devront représenter 40 % des immatriculations neuves. Le parc total atteindra 1,6 million d’unités, soit environ 20 % des poids lourds en circulation. Enfin, ces véhicules devront assurer 18 % du fret transporté sur les grands axes autoroutiers.

Un fossé toujours plus grand avec l’Europe

Pour soutenir cette transition, Pékin prévoit de subventionner la construction de 3 000 stations de recharge et d’échange de batteries. Objectif : créer 30 000 kilomètres de corridors de fret décarbonés sur les principales autoroutes du pays. Les nouvelles aires d’autoroute, ainsi que celles rénovées, devront intégrer des infrastructures de recharge ou réserver des espaces pour leur installation future.

Ces chiffres illustrent une nouvelle fois l’avance prise par la Chine. En 2025, le pays a immatriculé 231 100 poids lourds à énergies nouvelles, contre seulement 6 372 camions rechargeables de plus de 16 tonnes en Europe, selon l’European Automobile Manufacturers’ Association (Acea).

Là où l’Europe avance progressivement avec un parc encore fortement diésélisé, Pékin combine subventions, réglementation et infrastructures à grande échelle pour accélérer la conversion des transporteurs. 

Certaines régions bénéficieront de mesures encore plus ambitieuses. Dans les zones fortement urbanisées, les autorités visent un taux d’électrification de 80 % pour les liaisons courtes et régulières.

Il est à signaler que la plupart des batteries utilisées dans le monde sont fabriquées en Chine, ainsi que les cellules qui composent les batteries. 

La Chine détient le monopole des métaux rares dans le monde, nécessaires pour la fabrication de batteries, ce qui explique les raisons qui ont poussé les fabricants chinois de batteries comme BYD et Xiaomi à s’investir fortement dans la production des véhicules électriques.

Vers de nouveaux modèles économiques

Le gouvernement prévoit de renforcer les aides financières pour l’achat des véhicules et le déploiement des infrastructures. Alors que les collectivités locales sont encouragées à mobiliser des fonds pour accompagner les transporteurs, les autorités souhaitent également favoriser la séparation entre le camion et sa batterie. Le leasing de batteries et les modèles d’échange rapide sont ainsi encouragés afin de réduire le coût d’acquisition des véhicules.

Pour accélérer l’adoption de poids lourds électriques, Pékin appelle à multiplier le «Battery Swap»

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L’ingénieur tunisien au cœur de la transformation de l’Afrique

L’ingénieur tunisien s’impose aujourd’hui comme un moteur clé du développement industriel et économique de l’Afrique. C’est le constat central du forum organisé par le think tank Tunisia Africa Business Council (TABC), samedi 12 septembre 2026 à Tunis, en marge de son assemblée générale ordinaire. L’événement a réuni un parterre d’experts, de décideurs et d’acteurs de terrain autour d’un objectif clair : dépasser la simple prestation technique pour faire de l’ingénierie tunisienne un partenaire stratégique et durable des grandes transitions du continent.

Lotfi Sahli

En ouverture, le président du TABC, Anis Jaziri a retracé le parcours de son organisation. Chiffres à l’appui, le bilan impressionne : 4 500 adhérents, 43 missions déployées dans 37 pays, 9 éditions de la conférence internationale Financing Investment & Trade in Africa (Fita), 25 rencontres B2B/B2G et 103 conventions signées.

Mais M. Jaziri ne souhaite pas en rester là. Tout en reconnaissant les freins actuels — notamment le manque de réseaux structurés et d’accompagnement —, il a dévoilé une feuille de route audacieuse pour le TABC : le lancement d’une banque d’affaires à l’horizon 2029, couplé à une double introduction en bourse de sa holding à Tunis et Abidjan.

De la compétence isolée à l’offre intégrée

Le Doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT), Mohsen Gharsi, a apporté un éclairage sans détours sur la situation des compétences nationales. Sur 106 000 ingénieurs inscrits à son organisation, plus de 45 000 exercent à l’étranger. En Afrique subsaharienne, les jeunes diplômés font souvent face à de réels obstacles : absence de soutien public, difficultés à mobiliser des garanties bancaires et trajets complexes faute de lignes aériennes directes.

L’ingénieur tunisien est en passe de devenir un partenaire stratégique et durable des grandes transitions en Afrique.

Animé par Anis Morai, le panel principal a réuni plusieurs figures majeures du secteur — Jamel Ksibi (FNTP), Hassen Zargouni (Sigma Conseil), Sami Driss (Comet), Saïd Drira (Scet) et Mourad Mastouri (Adenit) — pour fixer les conditions du succès collectif :

Faire ses preuves chez soi : M. Ksibi a rappelé que l’aventure continentale repose sur des bases solides. À l’image du chantier emblématique de l’autoroute Hammamet-Enfidha, une entreprise doit d’abord s’imposer sur son marché national avant de prétendre rayonner à l’international.

Miser sur la Data et les solutions intelligentes : Hassen Zargouni a plaidé pour une évolution vers l’ingénierie augmentée. L’Afrique change vite ; exporter des compétences ne suffit plus, il faut proposer des solutions intégrées et guidées par la donnée pour répondre aux défis d’urbanisme, de mobilité et de santé.

S’implanter durablement : s’appuyer sur la simple exportation de marchandises depuis Tunis ne suffit plus pour conquérir le continent. C’est le diagnostic sans appel dressé par M. Driss, fort de son expérience de terrain. Selon lui, les marchés africains privilégient désormais l’ancrage local : ils recherchent des partenaires investis, capables de produire sur place, de créer des emplois pour les ouvriers, techniciens et cadres locaux, et d’assurer le transfert de compétences par la formation Pour illustrer ce virage stratégique, le dirigeant a cité l’exemple révélateur du marché algérien. Lorsque l’Algérie a fermé ses frontières aux importations de matériels roulants, le groupe Comet — déjà implanté localement — s’est retrouvé en position de force, devenant le seul acteur en mesure de répondre immédiatement à la demande nationale. Une démonstration claire qu’en Afrique, la présence industrielle physique sur le terrain constitue le meilleur rempart face aux aléas réglementaires

Allier expérience et humilité : riche d’un ancrage de 45 ans et d’une présence dans 30 pays africains, M. Drira aborde le continent avec l’humilité du pionnier : pour lui, chaque nouveau marché représente à la fois une conquête et une école. Fort de cette maturité de terrain, il souligne la haute estime dont jouit l’ingénieur tunisien à l’échelle internationale. Une réussite continentale qui s’accompagne d’une fidélité intègre envers la patrie, prouvant qu’il est possible de rayonner à travers l’Afrique tout en gardant des racines profondément ancrées en Tunisie.

Former dès l’université : M. Mastouri a mis en avant le rôle primordial de l’Enit (15 000 diplômés). Pour lui, la réussite en Afrique passe par l’ouverture académique et l’accueil des étudiants du continent, bâtissant ainsi dès la formation des réseaux de confiance durables.

Anis Jaziri ne manque pas d’ambition pour le TABC.

Une fois la séance levée pour céder la place aux travaux de l’assemblée élective, M. Jaziri s’est exprimé sur les perspectives d’expansion continentale. Interrogé sur son état d’esprit quant à la poursuite de cette dynamique en Afrique, il s’est montré résolument confiant et serein. Pour le dirigeant, la clé du succès ne doit rien au hasard : elle repose avant tout sur une planification rigoureuse des objectifs stratégiques et sur l’alignement précis des moyens déployés pour les atteindre.

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Paris en ligne | Conseils pour comparer le 1X2 et le handicap avant de parier

Le marché 1X2 et le handicap apparaissent souvent côte à côte, mais ils ne demandent pas le même résultat. Le premier paie si l’équipe choisie gagne. Le second dépend aussi de la marge et peut parfois partager le résultat entre gain et remboursement selon la ligne. (Photo : Ballon de football sur la pelouse d’un stade éclairé). 

Sur une plateforme comme 1xbet, comparer les deux marchés permet surtout de vérifier ce que la cote demande réellement. Choisir automatiquement le 1X2 le plus court parce qu’il paraît plus sûr peut conduire à accepter un moins bon prix que le handicap voisin.

1X2 et handicap ne décrivent pas le même scénario

Le 1X2 propose trois issues : domicile, nul ou extérieur. Si le favori est joué en victoire simple, il doit gagner. Un nul fait perdre le pari.

Le handicap européen ajoute un avantage ou un désavantage virtuel au score. Le handicap asiatique utilise des lignes comme −0,5, −1, +0,5 ou des quarts de ligne. Une demi-ligne supprime le nul sur le pari. Une ligne au quart peut partager la mise entre deux résultats possibles.

Le choix dépend donc du scénario visé : «cette équipe va gagner» n’est pas la même chose que «cette équipe gagnera avec au moins deux buts d’écart».

La marge compte autant que le statut du favori

Un grand club à domicile peut afficher une cote 1X2 très courte en Premier League ou en Liga. Le handicap montre alors l’écart attendu.

Un favori à −1 ou −1,5 est déjà censé dominer. Si la cote 1X2 tourne autour de 1,30, le prix paie surtout la victoire, pas son ampleur.

Un score de 1–0 suffit pour une victoire simple et couvre −0,5, mais pas −1,5. Sur certaines lignes −1, il peut entraîner un remboursement.

Il faut donc comparer le résultat nécessaire plutôt que le nom de l’équipe.

Quatre lignes, quatre exigences

Pour un même favori :

  • 1X2 domicile : l’équipe doit gagner ;
  • domicile −0,5 : même exigence qu’une victoire simple ;
  • domicile −1,0 : une victoire d’un but peut être remboursée selon le type de ligne ;
  • domicile −1,5 : il faut gagner par au moins deux buts.

Les quatre paris concernent la même équipe, mais pas le même scénario.

Les nouvelles d’équipe peuvent déplacer le handicap d’abord

Une absence en défense, un attaquant forfait ou une forte rotation peut modifier davantage l’écart attendu que l’identité du favori.

Si la ligne −1,5 devient moins attractive alors que la victoire simple change peu, le marché peut encore considérer la victoire comme plausible tout en réduisant l’attente d’un large succès.

Si le 1X2 et le handicap raccourcissent ensemble après une composition confirmée, une partie de l’information est déjà intégrée dans la cote.

Le nul change beaucoup la lecture du 1X2

Dans un championnat où les scores 0–0 et 1–1 sont fréquents, une victoire simple sur un favori reste exposée au nul.

Avec un handicap asiatique +0 sur l’outsider, le fonctionnement ressemble au «draw no bet» : victoire de l’outsider, pari gagnant ; match nul, mise remboursée.

Avec +0,5, le nul devient gagnant pour le pari. Un +1,5 va plus loin : l’outsider peut perdre d’un but et couvrir encore la ligne.

Après un but, le marché est différent

Le direct n’est pas une deuxième version du même pari d’avant-match.

Après un but à la 20e minute, le 1X2 et le handicap sont recalculés à partir d’un nouveau score. Une équipe qui mène 1–0 devient généralement plus courte sur le marché victoire, tandis qu’un handicap en direct −0,5 ou −1 ne représente plus la ligne d’avant-match.

Le temps restant, les cartons, les changements tactiques et le rythme du match entrent désormais dans le prix.

Après avoir comparé les marchés sur ordinateur, certains préfèrent télécharger 1xbet pour suivre les cotes en direct sur mobile. Une ligne en direct doit toutefois être relue comme un nouveau marché, pas comme la suite automatique d’une idée d’avant-match.

Les matchs de coupe compliquent la comparaison

Un grand club peut rester favori en 1X2 tout en présentant une équipe fortement remaniée.

Dans ce cas, le marché victoire peut rester court grâce au statut du club, alors que le handicap devient plus prudent. Rotation, manque de rythme et changement de système influencent surtout la marge.

La composition confirmée peut donc compter davantage pour le handicap que pour la simple question de savoir quelle équipe est la meilleure.

Points de comparaison entre le 1X2 et le handicap

Avant de choisir entre 1X2 et handicap :

  • définir le score minimum nécessaire ;
  • vérifier si une victoire d’un but gagne, rembourse ou perd la ligne ;
  • comparer victoire simple et handicap sur le même scénario ;
  • regarder le prix de l’outsider avec un handicap positif ;
  • vérifier les mouvements après les compositions officielles ;
  • éviter de cumuler 1X2 et −1,5 sur la même équipe sans mesurer le risque commun.

Le 1X2 répond à une question simple : qui gagne ? Le handicap en ajoute une autre : avec quelle marge ?

C’est cette deuxième question qui permet de savoir si deux cotes proches représentent réellement le même risque.

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Le poème du dimanche | ‘‘Mon pays à moi’’ de Giorgos Kalozoïs

Après des études de lettres à l’Université d’Athènes, Giorgos Kalozoïs est Professeur de littérature. Depuis 1992, il a publié une douzaine de recueils de poésie remarqués pour leur forme «en colonnes».

Remarquable éveilleur de la langue grecque, il est le récipiendaire du Prix du jeune poète (1992-1993) ainsi que du Prix national de la poésie chypriote, en 2000 et en 2009, pour les recueils ‘‘Le Monde à l’envers’’ et ‘‘La Conjugaison du verbe’’.

Tahar Bekri

Mon pays à moi ce sont des chaînes de montagnes

des arbres que quelqu’un a renversés

en ouvrant le jeu d’enfant

Farma*

des nuages véloces demeurés prisonniers

des gaz d’échappement et des prières

pour que vienne la pluie

des animaux exploitables

et d’autres qui trouvent seuls

leur pâture

des fleuves asséchés mais des grenouilles

chanteuses

Mon pays à moi c’est la terre et tout ce

qui est renfermé dans la terre

des graines semées dans d’incroyables

profondeurs pour ne pas être brûlées de soleil

des ancêtres que l’on a plantés

sous des pavages de maisons avec un

toit tout rond

mais il se peut aussi que les toits fussent

plats

des ancêtres sous les seuils

avec une pierre qui leur écrase

la poitrine dans la position du fœtus

crainte des morts mais aussi

signe de respect

j’ai su il y a peu que certains

autres très loin de nous

les Achilpa

transportaient (car ce sont des nomades)

un tronc de bois qu’ils fichaient

profondément dans la terre

c’est ainsi qu’ils s’orientaient

c’est ainsi que le chaos entrait dans un moule

ce chaos que nous n’avons pas pu

gérer car nous autres

autre nourriture autre digestion

autres indigestions car

avec nos aliments on devait manger

des pierres non pas comme certains oiseaux

les perdrix et d’autres qui les

picorent pour digérer

nous on devait manger des pierres bouillies

des pierres frites tartinées

de boue c’était là notre régime

de père en fils

Traduit du grec par Danielle Morichon

Extrait du ‘‘Déplacement de la terre’’, 2005.

(Remerciements à la traductrice).

* Le jeu pour enfants « Farma » comprend des représentations en miniature des éléments propres à la campagne et à la ferme (animaux, végétaux, objets, etc.) NDT. 

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S&P et Fitch maintiennent inchangée la notation de la Tunisie à «B-»

S&P et Fitch maintiennent inchangée la notation de la Tunisie à « B- », tout en lui conservant une perspective «stable», le pays étant soutenu par les fonds des bailleurs de fonds et les prêts des banques centrales. Il est également importateur d’énergie et subit les répercussions de la guerre.

Le soutien à la notation provient de facteurs extérieurs à l’économie elle-même. La Tunisie a remboursé une obligation en euros de 700 millions d’euros en juillet grâce à des prêts de sa propre banque centrale. Le pays est par ailleurs importateur d’énergie et subit les conséquences de la guerre au Moyen-Orient : une facture énergétique alourdie par la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui creuse les déficits courants et fait grimper les dépenses de subvention à un rythme que le gouvernement ne parvient pas à compenser.

Selon Fitch, la guerre affecte la Tunisie par un canal unique : le prix des carburants importés. Le déficit budgétaire devrait se creuser pour atteindre 6,4 % du PIB cette année — contre une médiane de 3,3 % pour les États notés «B-» —, les subventions aux carburants représentant à elles seules 0,8 point de pourcentage de cette hausse. Fitch prévoit que le déficit s’aggraverait encore de 1,4 point de pourcentage si le cours du brut se maintenait à 87 dollars le baril jusqu’en 2028. Le déficit du compte courant s’élargit à 3,9 % du PIB avant de repasser sous la barre des 2,5 % en 2027-2028, sous l’hypothèse d’une baisse des prix du pétrole.

Concernant les sources de financement : la Tunisie a remboursé en juillet son euro-obligation de 700 millions d’euros grâce à des prêts de la Banque centrale ; le volume de ces prêts devrait atteindre 11 milliards de dinars en 2026, contre 7 milliards en 2024. Les sorties nettes de financement extérieur devraient refluer à 1,4 % du PIB, après avoir atteint un niveau record de 3,6 % en 2024, et les réserves couvriront 3,3 mois de paiements extérieurs cette année pour atteindre 3,7 mois d’ici 2028 — un niveau qui reste toutefois inférieur à la médiane de 4,1 mois observée pour la catégorie «B».

I. B.

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Le passeport tunisien se classe 120e mondial

Selon les données des Rapports sur les passeports, la Tunisie se classe au 11e rang sur 54 pays africains, avec un accès total à 66 % des destinations du continent grâce à l’entrée sans visa, aux dispositifs d’entrée simplifiés ou à l’autorisation électronique de voyage. À l’échelle mondiale, le passeport tunisien occupe la 120e place, avec un score de mobilité de 75 et un taux d’accès mondial de 37,9 %.

Le score de mobilité de 75 se compose de 36 destinations accessibles sans visa, de 35 destinations relevant du visa à l’arrivée ou d’autres modalités d’entrée simplifiées, et de quatre destinations accessibles avec une autorisation électronique de voyage. Le rapport classe par ailleurs 123 destinations dans la catégorie où un visa est requis au préalable.

L’Afrique, principale zone d’accès

En Afrique, les titulaires d’un passeport tunisien disposent de 18 destinations sans visa, de 15 destinations avec visa à l’arrivée ou autre dispositif simplifié, et de deux destinations avec autorisation électronique de voyage. Dix-huit pays africains restent dans la catégorie du visa requis. L’accès total atteint ainsi 66 % du continent, un niveau nettement supérieur au taux d’accès mondial du passeport tunisien.

Parmi les destinations africaines sans visa figurent notamment l’Algérie, le Maroc, l’Afrique du Sud, le Kenya, Maurice et le Sénégal. Le Burundi, Djibouti, l’Éthiopie, Madagascar, la Namibie, la Tanzanie et l’Ouganda apparaissent parmi les pays proposant un visa à l’arrivée ou une autre procédure simplifiée.

Le Ghana et les Seychelles sont classés sous autorisation électronique de voyage, le rapport signalant pour les Seychelles un enregistrement touristique pouvant aller jusqu’à 90 jours.

Des écarts marqués entre les régions

En Asie, le taux d’accès atteint 48 %, avec huit destinations sans visa, 14 relevant de procédures d’entrée simplifiées et deux avec autorisation électronique de voyage. Le Japon est accessible sans visa pour 90 jours, tandis que la Malaisie est indiquée avec une carte d’arrivée et un séjour de 90 jours. Le Népal figure dans la catégorie d’entrée simplifiée avec une durée allant jusqu’à 150 jours, et l’Arménie jusqu’à 120 jours.

En Europe, l’accès total n’est que de 2,1 % : la Turquie est la seule destination classée sans visa, pour 90 jours, tandis que 46 destinations européennes exigent un visa.

Dans les six pays du Golfe recensés, toutes les destinations sont classées comme exigeant un visa, soit 0 % d’accès simplifié. Le taux d’accès atteint 35,3 % au Moyen-Orient, 42,9 % en Océanie, 43,8 % dans les Caraïbes, 33,3 % en Amérique du Sud, 26,1 % en Amérique du Nord et 40,0 % en Asie centrale.

La Tunisie dans les classements comparatifs

Au-delà de sa 11e place en Afrique, la Tunisie se classe 8e sur 24 pays dans le classement lié à la langue arabe et 8e sur 22 au sein de la Ligue arabe. Elle occupe également le 18e rang sur 57 pays de l’Organisation de la coopération islamique, le 11e sur 54 au sein de l’Union africaine, le 68e sur 132 dans le G77 et le 112e sur 159 parmi les membres de l’Organisation mondiale du commerce.

Dans le classement des pays les plus accueillants, qui mesure la facilité d’entrée en Tunisie pour les détenteurs de passeports étrangers et non la capacité du passeport tunisien à voyager à l’étranger, la Tunisie occupe la 83e place sur 199. Le rapport présente aussi des signaux de réciprocité montrant que les conditions d’entrée peuvent différer selon le sens du voyage, sans attribuer ces écarts à une cause politique ou diplomatique.

Réciprocité et conditions d’entrée en Tunisie

Le rapport distingue l’accès des Tunisiens aux pays étrangers des conditions de visa pour entrer en Tunisie applicables aux titulaires de passeports étrangers. Dans les signaux de réciprocité, un premier groupe réunit des pays dont les ressortissants peuvent entrer en Tunisie sans visa, avec une autorisation électronique ou avec un visa à l’arrivée, alors que les Tunisiens doivent obtenir un visa pour s’y rendre. Un second groupe présente la situation inverse. Ces écarts sont rapportés comme des différences de régime d’entrée, sans jugement sur leur origine.

Les durées de séjour soulignent également la diversité des conditions. La Barbade permet jusqu’à 180 jours sans visa, tandis que Fidji et le Vanuatu sont indiqués jusqu’à 120 jours. Le Japon, la Turquie et plusieurs autres destinations affichent des séjours allant jusqu’à 90 jours. Ces durées restent liées aux conditions spécifiques associées à chaque destination dans le rapport.

Au total, le passeport tunisien obtient un score de mobilité de 75 grâce à 36 destinations sans visa, 35 destinations avec entrée simplifiée et quatre destinations avec autorisation électronique de voyage. L’Afrique demeure la zone offrant la couverture la plus large, avec 66,0 % d’accès, tandis que le classement mondial reste à la 120e place et que l’accès à l’ensemble des destinations mondiales s’établit à 37,9 %.

Source : Rapports sur les passeports

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L’huile d’olive tunisienne doit monter en gamme

La Tunisie est l’un des plus grands producteurs d’huile d’olive au monde, mais il est rare de voir son nom figurer sur une étiquette. Pendant des décennies, l’huile d’olive tunisienne a franchi les frontières dans l’anonymat. Une nouvelle génération de producteurs cherche aujourd’hui à changer la donne quant à la captation de la valeur.

Salome Grouard

La Tunisie produit de l’huile d’olive depuis près de trois millénaires et pourrait se hisser au deuxième rang mondial en termes de volume de production pour la campagne 2025-2026. Pourtant, à l’étranger, les consommateurs croisent rarement des bouteilles portant clairement la mention «produit en Tunisie».

La majeure partie de l’huile d’olive tunisienne quitte le pays en vrac. Pour la campagne 2025-2026, 86 % des exportations étaient destinées à être conditionnées sous des marques étrangères. L’Espagne, l’Italie et les États-Unis en sont les principaux acheteurs. Sur ces marchés, l’huile tunisienne est souvent mélangée à des huiles produites localement, dissimulant ainsi sa véritable origine au consommateur final.

Les règles de l’Union européenne autorisent des formulations vagues, telles que «mélange d’huiles d’olive originaires de l’Union européenne et de pays tiers». Aux États-Unis, l’étiquetage ne précise pas toujours clairement où l’huile a été produite, importée ou récoltée.

Sarah Ben Romdhane, fondatrice de la marque d’huile d’olive vierge extra biologique Kaïa, estime que ce système a cantonné la Tunisie au rôle de fournisseur de matières premières bon marché, alors même que la qualité de ses produits répond aux exigences du haut de gamme.

L’impact de l’héritage colonial sur le marché

L’économiste tunisien Fadel Kaboub, auteur de la lettre d’information  Global South Perspectives et professeur associé à l’université Denison dans l’Ohio, établit un lien entre la situation actuelle et le passé colonial du pays, les quotas commerciaux ainsi que la répartition inégale des bénéfices.

La Tunisie a été sous domination française de 1881 à 1956. Selon Fadel Kaboub, l’héritage de cette période continue d’influencer la politique gouvernementale et les relations commerciales avec l’Union européenne.

L’accès au financement demeure l’un des défis auxquels sont confrontés les agriculteurs. Les terres sont souvent héritées de structures tribales et ne disposent pas de documents officiels modernes attestant de la propriété. Par conséquent, les producteurs peinent à obtenir des prêts.

Le manque de financements abordables contraint de nombreux agriculteurs à vendre leur future récolte par anticipation à des grossistes italiens ou espagnols. Le prix est alors fixé avant même le début de la récolte des olives, indépendamment de la qualité du produit final.

Ce modèle aggrave la pauvreté dans les zones rurales. La majorité des travailleurs participant à la récolte des olives sont des femmes ; elles travaillent de manière saisonnière, souvent dans des conditions dangereuses. Au cours de la dernière décennie, de nombreux accidents et décès ont été recensés parmi les personnes transportées dans des camions non conçus pour le transport de passagers.

A la conquête du marché haut de gamme

Sarah Ben Romdhane incarne une nouvelle génération de producteurs indépendants désireux de changer l’image de l’huile d’olive tunisienne. Parmi les autres marques valorisant les produits locaux sur le segment haut de gamme, on peut citer Le Moulin Mahjoub, Triumph Tukkabor (de la famille Ben Ismail) et le Domaine Fendri.

Née à Paris au sein d’une famille tuniso-syrienne, Sarah Ben Romdhane a grandi à Londres tout en passant ses vacances dans le domaine familial. Durant la pandémie de Covid-19, elle a décidé de renouer avec ses racines et a entrepris de développer la production d’huile issue d’oliviers centenaires cultivés par sa famille depuis cinq générations.

En l’espace de cinq ans, la marque Kaïa — qui utilise des olives de la variété locale Chemlali et met en avant l’origine du produit — a fait son entrée dans des épiceries fines réputées en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

En France, les produits de la marque sont vendus dans une centaine d’épiceries fines et une cinquantaine de restaurants. L’huile Kaïa est également disponible dans des hôtels de charme en Tunisie.

Aux États-Unis, la bouteille de 50 centilitres de Kaïa est vendue 34,99 dollars. Ce prix permet à l’entreprise d’adopter un modèle différent : la marque emploie une cinquantaine de femmes et les rémunère au même niveau que les hommes. Une telle pratique reste rare en Tunisie.

Son propre moulin à huile pour augmenter la production

Ben Romdhane prévoit d’ouvrir son propre moulin à huile en 2027. Pour l’heure, comme la plupart des producteurs tunisiens, l’entreprise utilise des installations partagées. Avant de produire de l’huile d’olive extra vierge, ces installations doivent être nettoyées minutieusement, ce qui engendre du temps et des coûts supplémentaires.

Posséder son propre moulin permettra à la marque d’embaucher du personnel permanent, d’augmenter son volume de production actuel (10 tonnes par an) et de créer un lieu d’accueil touristique pour les amateurs d’huile d’olive.

La saison dernière, seule 3,9 % de l’huile d’olive produite en Tunisie a été vendue hors d’Afrique. Parallèlement, Fadel Kaboub considère l’Amérique latine et l’Asie comme des marchés prometteurs, où la demande pour des produits de haute qualité est en pleine croissance.

Les producteurs indépendants ambitionnent de transformer l’huile d’olive tunisienne : d’une simple matière première méconnue, ils veulent en faire un produit haut de gamme reconnu. Pour y parvenir, ils mettent en place leurs propres systèmes de contrôle qualité, préservent les traditions et étendent progressivement leur présence, passant des épiceries fines aux grandes chaînes de distribution.

Traduit de l’anglais.

Source : CNN.

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Tunisie | Appel à la vigilance face aux inondations

A l’orée de l’automne, et alors que les météorologues avertissent contre les fortes averses à venir, l’inquiétude des Tunisiens augmente, d’autant que les premières pluies d’hier, vendredi 11 septembre 2026, ont provoqué des inondations dans plusieurs régions du pays, y compris dans certains quartiers de Tunis.   

Les autorités, pour leur part, se veulent rassurants. Chokri Khelifi, directeur des eaux urbaines au ministère de l’Équipement et de l’Habitat, a indiqué, ce samedi 12 septembre, à Diwan FM, que son département a réussi, entre le début janvier et fin août dernier, à curer et nettoyer plus de 2 600 kilomètres d’oueds, de cours d’eau et d’ouvrages hydrauliques, ce qui représente environ 70 % du programme annuel.

M. Khelifi a ajouté que le ministère a procédé au curage d’environ 70 hectares de bassins de rétention d’eau, précisant que des crédits avoisinant les 37 millions de dinars ont été alloués à la réalisation de ces travaux.

Il a également souligné que le ministère œuvre, depuis le début de l’année, à la mise en œuvre de plusieurs programmes préventifs incluant le curage des oueds, des cours d’eau et des ouvrages hydrauliques, afin de garantir leur bon état de fonctionnement et de réduire les risques d’inondation, notamment lors des périodes de fortes précipitations.

Le directeur des eaux urbaines a expliqué que toutes les régions du pays sont désormais exposées aux inondations en raison du changement climatique, soulignant l’importance de la vigilance et de la nécessité d’œuvrer à leur protection.

Le système d’évacuation des eaux pluviales repose sur trois volets complémentaires : la protection en amont grâce à la construction de barrages et de retenues collinaires ; la protection des villes et des zones contre les risques d’inondation ; et l’évacuation des eaux pluviales au sein même des zones urbaines.

Par ailleurs, Chokri Khelifi a critiqué certaines pratiques consistant à jeter des déchets sur les accotements des routes, soulignant que leur accumulation risque d’obstruer les cours d’eau et les oueds, perturbant ainsi le système d’évacuation des eaux pluviales.

Il a appelé les citoyens à faire preuve de civisme et à veiller à la propreté des abords des routes et des voies d’écoulement des eaux, une gestion adéquate des déchets contribuant à soutenir les efforts de l’État en matière de prévention des inondations et de protection des zones urbaines.

I. B.

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