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Changement climatique : il est temps d’envisager la proclamation d’un «état d’urgence», selon l’expert Hamdi Hached

Les effets du changement climatique ne relèvent désormais plus d’un scénario exceptionnel, ils s’imposent progressivement comme une réalité concrète de notre quotidien. Partout dans le monde, les signes du dérèglement climatique se multiplient, avec une hausse des températures, une fréquence accrue des épisodes de chaleur extrême et des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses.

La Tunisie n’échappe pas à cette réalité climatique. L’été 2026, marqué par des températures exceptionnellement élevées, des épisodes de chaleur intense et une demande énergétique record, en a apporté la preuve.

Une interrogation s’impose désormais, si les effets du changement climatique sont déjà perceptibles aujourd’hui, que nous réservent les prochains mois et, surtout, les prochaines années ?

Face à ces interrogations, Hamdi Hached, ingénieur en environnement, a estimé dans une interviewaccordée au journal «Le Temps», que l’inquiétude suscitée par l’ampleur des bouleversements climatiques actuels est parfaitement légitime.

«Même en tant qu’expert, je dois reconnaître que je suis quelque peu préoccupé par les évolutions auxquelles nous sommes confrontés et, surtout, par leurs impacts. Ce qui m’inquiète davantage, c’est l’absence, jusqu’à présent, d’actions suffisamment concrètes et visibles pour faire face à cette situation», a-t-il relevé.

Un été 2027 potentiellement plus chaud et plus intense

S’agissant des perspectives pour les prochains mois et les prochaines années, l’ingénieur estime que l’été 2027 pourrait être difficile, voire «historique», avec un risque de températures encore plus élevées que celles enregistrées durant l’été 2026. Les vagues de chaleur pourraient également être plus longues et plus intenses que celles observées cette année.

«Mais le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans l’évolution des températures. Il concerne surtout leurs conséquences et l’ampleur des impacts qu’elles pourraient avoir sur la population, les ressources naturelles, les infrastructures et les différents secteurs», a-t-il souligné.

À court terme, les effets des épisodes de chaleur enregistrés durant l’été pourraient également se faire sentir au cours des prochains mois.

L’expert met notamment en garde contre les mois de novembre, décembre et janvier, qui pourraient connaître des épisodes climatiques particulièrement marqués. Ceux-ci pourraient prendre différentes formes, allant de précipitations très importantes à des périodes de chaleur inhabituelle durant l’hiver.

Selon lui, il ne s’agirait pas nécessairement de vagues de chaleur au sens strict du terme, mais plutôt de températures exceptionnellement élevées par rapport aux normales saisonnières. Autrement dit, même durant les mois d’hiver, la Tunisie pourrait connaître des épisodes de chaleur inhabituels, avec des températures supérieures à celles généralement enregistrées à cette période de l’année.

Au-delà de ce constat, Hamdi Hached appelle à renforcer la réponse institutionnelle face à l’urgence climatique. Il estime ainsi qu’il est désormais temps d’envisager la proclamation d’un «état d’urgence climatique» en Tunisie. «40 pays à travers le monde ont déjà proclamé un état d’urgence climatique», a-t-il indiqué.

Une telle décision, d’après lui, permettrait notamment de faciliter et d’accélérer les procédures administratives nécessaires au développement et à l’adaptation des infrastructures, afin de mieux répondre aux nouvelles contraintes imposées par le changement climatique.

«Les changements observés ne relèvent pas d’un phénomène temporaire»

«Malheureusement, les changements observés aujourd’hui ne relèvent pas d’un phénomène temporaire. Cette évolution s’inscrit dans une tendance qui a commencé à se manifester plus nettement dès 2021-2022, avec ce que l’on peut qualifier d’accélération climatique», a expliqué Hamdi Hached.

Il a indiqué que la période de la Covid-19 a pu, dans une certaine mesure, retarder certains effets du dérèglement climatique. «Depuis 2021, nous observons une augmentation progressive de l’intensité des phénomènes extrêmes», a-t-il ajouté.

Il ne s’agit donc plus d’événements isolés ou exceptionnels, mais d’une évolution qui semble s’inscrire dans la durée et à laquelle les sociétés devront désormais apprendre à s’adapter.

«Cette situation n’est pas irréversible et peut être mieux anticipée et gérée, à condition de s’y préparer dès aujourd’hui. Cela passe notamment par le renforcement de la sensibilisation, mais aussi par une meilleure compréhension des phénomènes et des risques auxquels nous sommes exposés», a-t-il ajouté.

«La réponse doit avant tout être scientifique»

Face à cette nouvelle réalité, Hamdi Hached plaide pour une approche fondée sur les données scientifiques. Selon lui, il est essentiel d’observer les évolutions à l’échelle mondiale, de s’appuyer sur des données fiables et d’exploiter les informations disponibles afin d’identifier des solutions concrètes et de les mettre en œuvre.

L’objectif est ainsi de s’appuyer sur les connaissances scientifiques disponibles pour orienter les décisions et adapter progressivement les politiques publiques, les infrastructures et les comportements à une réalité climatique en pleine évolution.

«Moi, comme d’autres experts, nous sommes au service de l’État et, surtout, de la société», insiste-t-il. L’enjeu est désormais de mettre l’expertise scientifique au service de l’action publique, mais aussi d’accompagner la société dans la compréhension des changements en cours et dans la recherche de solutions concrètes.

Adapter les infrastructures, changer les comportements

Face à l’ampleur des défis à venir, la question n’est plus seulement de constater les effets du changement climatique, mais de déterminer concrètement ce qui peut être fait pour en limiter l’impact.

Pour Hamdi Hached, l’adaptation doit être pensée comme une responsabilité collective, impliquant à la fois les pouvoirs publics et les citoyens, chacun devant agir à son niveau.

Du côté des autorités, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. Il s’agit notamment de renforcer et de développer les infrastructures, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’électricité et de l’eau, mais également dans celui de l’assainissement. L’extension des espaces verts, ainsi que l’entretien et la préservation des forêts doivent également occuper une place centrale dans cette stratégie d’adaptation.

Dans cette même logique, les campagnes de reboisement et de plantation d’arbres ne devraient plus être considérées comme de simples initiatives ponctuelles. Elles doivent, selon le spécialiste, s’inscrire dans une politique durable et devenir progressivement une véritable culture collective.

Mais l’adaptation ne peut reposer uniquement sur les décisions publiques. Elle suppose également une évolution des comportements et des habitudes quotidiennes, notamment en matière de consommation énergétique. Il devient ainsi essentiel d’ancrer une véritable culture de l’économie d’énergie.

À l’échelle individuelle, les citoyens disposent eux aussi de plusieurs leviers d’action. L’ingénieur évoque notamment une utilisation plus rationnelle de l’énergie et de l’eau.

Selon Hamdi Hached, cette adaptation concerne également la manière dont nous concevons et aménageons nos bâtiments. Le recours, autant que possible, à des experts et à des solutions adaptées aux nouvelles conditions climatiques devient de plus en plus nécessaire. «Parmi les pistes évoquées figure notamment l’ombrage des bâtiments, qui peut contribuer à réduire sensiblement la chaleur à l’intérieur des habitations», a-t-il souligné.

Nouha MAINSI

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Digitalisation de la gestion des établissements éducatifs : entre bugs répétitifs et rejet, «Vie scolaire» dans la tourmente

À la veille de la rentrée scolaire, un nouveau bras de fer tendu se profile à l’horizon entre le ministère del’Éducation et la Fédération générale de l’enseignement secondaire. Au cœur de cette vive controverse : l’adoption de la nouvelle plateforme numérique «Vie scolaire», destinée à numériser la gestion administrative et pédagogique des établissements. La fédération syndicale relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a lancé un appel au boycott total de ce nouvel outil numérique, dénonçant «une démarche précipitée, une improvisation dangereuse et une infrastructure technique défaillante».

Cette position intervient au lendemain de l’appel lancé par le ministère de l’Éducation à l’ensemble du corps enseignant et des cadres éducatifs à créer activement leurs comptes et à adhérer à la plateforme numérique «Vie scolaire». Selon le ministère detutelle, cette initiative s’inscrit dans le cadre de la modernisation des services éducatifs, visant à rationaliser le travail administratif et à fluidifier les suivis pédagogiques.

Pour le corps enseignant et le cadre administratif, la plateforme permet notamment aux enseignants de consulter la liste des élèves répartis par classe, d’accéder à leur emploi du temps et d’assurer la saisie des absences. D’autres services, tels que la saisie directe des notes, devraient s’ajouter prochainement.

Dysfonctionnements, pannes et blocages

Indiquant de prime abord qu’il ne rejette en aucun cas la numérisation, le syndicat a cependant remis en question la pertinence d’imposer un système qui n’a pas achevé ses tests techniques, et dont la préparation demeure largement incomplète.

«Le ministère de l’Éducation persiste à pousser les établissements scolaires et le personnel administratif à adopter une nouvelle plateforme numérique, pour laquelle d’importants fonds ont été alloués sous prétexte de numérisation, de développement des services et de facilitation du travail administratif et pédagogique, alors que la réalité montre qu’elle n’est pas encore prête et qu’elle est toujours en phase d’expérimentation. Cela soulève de nombreuses questions quant à l’opportunité de l’imposer à ce moment précis et sur la capacité de cette plateforme à supporter la charge de la rentrée scolaire», a-t-il indiqué.

La fédération a également estimé que les conditions de réussite manquent cruellement sur le terrain. Les enseignants et le personnel administratif font face à des perturbations majeures dès les premières opérations : erreurs dans le suivi administratif, dysfonctionnements dans la distribution automatique des élèves et problèmes dans la répartition pédagogique.

Elle a fait remarquer dans ce cadre que la véritable numérisation exige une préparation rigoureuse, une stabilité technique et la mise à disposition de tous les moyens nécessaires.

«Comment peut-on demander au personnel administratif d’assurer une rentrée scolaire organisée et dans de bonnes conditions, pour ensuite le pousser à faire face à un système chargé de dysfonctionnements, de pannes et de blocages, comme si les établissements et le personnel administratif étaient tenus d’être un champ d’expérimentation ouvert pour tester un système qui ne remplit pas les conditions de préparation ?», s’est notamment  interrogée la fédération, notant que «l‘administration et le cadre éducatif ne sont pas responsables des lacunes techniques».

L’antécédent des «couacs» subis par les parents

Cette crispation syndicale trouve un écho profond chez les usagers du système éducatif, à commencer par les parents d’élèves. La crise actuelle rappelle en effet les cuisants revers subis lors des campagnes d’inscription en ligne précédentes. Dès le coup d’envoi des inscriptions en ligne pour la 1ère année de l’enseignement de base, la plateforme du ministère avait été le théâtre de multiples «couacs» techniques particulièrement pénalisants.

À l’époque, les familles s’étaient heurtées à des pannes répétées, à des lenteurs de connexion paralysantes et à des bogues d’affichage qui avaient transformé une démarche administrative censée être simple en un véritable parcours du combattant. De nombreuses zones rurales ou enclavées s’étaient retrouvées marginalisées, en raison d’un manque d’accès adéquat au réseau Internet et de l’incompatibilité de la plateforme avec les équipements modestes des foyers. Ces défaillances récurrentes n’ont fait qu’éroder la confiance des parents et des enseignants envers les promesses de numérisation du système éducatif.  

Au-delà de la critique purement technique, la Fédération générale de l’enseignement secondaire dresse un constat alarmant sur la réalité des établissements publics tunisiens. Le syndicat s’interroge avec amertume sur la hiérarchie des priorités ministérielles : comment imposer une plateforme numérique coûteuse et défaillante à des écoles qui souffrent d’un délabrement avéré de leurs infrastructures de base ?

Manque d’équipements informatiques de base, pénurie de ressources humaines, dégradation des locaux, hausse vertigineuse du coût des fournitures scolaires grevant le budget des familles… Autant de maux structurels qui, selon la partie syndicale, devraient primer sur la gestion numérisée des établissements scolaires. Imposer un outil virtuel dans un quotidien scolaire miné par le manque d’eau potable, de blocs sanitaires ou de matériel pédagogique élémentaire relève d’une déconnexion totale par rapport à la réalité du terrain, d’après la même source.  

Walid KHEFIFI

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Enrayage du taux d’inflation : l’Etat fait de son mieux, mais d’autres intervenants sont tenus de se surpasser

Par Kamel ZAIEM

Après quelques mois de stabilité et même de recul, le taux d’inflation est reparti légèrement à la hausse en août 2026 (5,4%) après 5,1% en juillet, poussénotamment par une accélération des prix de l’alimentation qui progressent de 7,8% sur un an. Toutefois, cette légère hausse ne doit pas trop inquiéter car la politique économique du pays tend toujours à stabiliser ce taux et à contenir les prix, une action qui exige, en plus des efforts de l’Etat, un meilleur engagement de la part de toutes les parties concernées, notamment les banques…

Le taux d’inflation a atteint 5,4% au mois d’août 2026, contre 5,1%, en juillet 2026. Cette hausse est expliquée par l’accélération du rythme de progression des prix du groupe «Alimentation» (7,8% en août 2026 contre 6,8% en juillet 2026), des prix du groupe «Boissons et eaux minérales» (3,7% en août 2026 contre 3,1% en juillet 2026), ainsi que par la hausse des prix du groupe «Santé» (3,4% en aout 2026 contre 2,7% en juillet 2026), a annoncé l’Institut National de la Statistique (INS), dans une note publiée samedi dernier.

En glissement annuel, les prix du groupe «Alimentation et boissons» ont augmenté de 7,5%, suite à l’accroissement des prix de la viande de volaille de 16,5%, de la viande ovine de 14,7%, des fruits de 14,4%, de la viande bovine de 13,6% et du poisson frais de 10,9%. Les prix des huiles alimentaires ont, cependant, diminué de 4,3%

En ce qui concerne les services, leurs prix ont enregistré une progression de 4,3% sur un an. Elle est due principalement à l’augmentation des prix des services d’hébergement de 15,6%.

L’Institut a précisé, en outre, que le taux d’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) a connu, au mois d’août 2026, une légère hausse pour s’établir à 4,9%, contre 4,8% au mois de juillet 2026. Pour ce qui est des prix des produits libres (non encadrés), ils ont augmenté de 6,5% sur un an, alors que les prix des produits encadrés ont évolué, quant à eux, de 1,3%.

Le suivi constant du Président de la République

Il est vrai que toute hausse, aussi limitée soit-elle, inquiète un tant soit peu, mais il faut rappeler que ce taux dépassait les 6% il y a moins d’une année et il semble beaucoup plus contrôlable ces derniers mois.

C’est que le Président de la République, Kaïs Saïed,met toujours en avant une politique de souveraineté et du «compter-sur-soi» pour stabiliser les grands équilibres et contenir les prix, tout en appelant régulièrement les autorités monétaires et gouvernementales à intensifier les efforts pour réduire l’impact de la cherté de la vie.

Suivant de très près le mouvement de ce taux très significatif, Kaïs Saïed n’hésite pas, à chaque fois que le taux tend à s’élever, à appeler à œuvrer davantage pour le réduire et pour consolider les réserves en devises.

«Les réserves en devises indiquent les prémices d’une relance de l’économie tunisienne, dont les retombées devraient bénéficier à tous», dit-il souvent.

Le Chef de l’Etat insiste également sur «la nécessité pour toutes les banques, publiques et privées, de s’engager dans l’effort national visant à stimuler l’investissement et à simplifier les transactions financières».

Entre satisfaction et interrogations

Malgré une croissance de 2,5%, une inflation maîtrisée, des réserves en devises en hausse et le remboursement des dettes dans les délais, les Tunisiens ne perçoivent toujours pas les retombées de ces performances économiques. C’est ce que pensent les citoyens, confrontés chaque jour à la fièvre des prix de certains produits essentiels de consommation. Kaïs Saïed partage, pour sa part, ce même constat et il l’a exprimé lors de sa récente rencontre avec le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

A ce propos, il a rappelé que la Banque centrale bénéficie d’une autonomie monétaire tout en étant soumise aux politiques étatiques. Tout en mettant en avant le contrôle de l’inflation comme preuve des choix nationaux efficaces et en appelant à intensifier les efforts pour de meilleurs résultats. A cet égard, il a déclaré : «La BCT demeure soumise aux orientations de l’État et doit contribuer au soutien de l’économie nationale».

«Les performances affichées par l’économie tunisienne ne suffisent pas si elles ne se traduisent pas par une amélioration du quotidien des citoyens». C’est le message plein de responsabilité et de réalisme qu’a délivré le Président de la Républiquequi a réaffirmé le rôle de la Banque centrale dans le soutien à l’économie nationale, estimant que la Tunisie avait démontré la pertinence de ses choix nationaux à travers plusieurs indicateurs économiques favorables.

Tout en saluant ces résultats, Kaïs Saïed a reconnu qu’ils ne se reflétaient pas encore dans la vie des Tunisiens. Il a souligné que la population n’avait pas bénéficié de ces performances, ayant surtout supporté les charges liées à l’endettement.

Pour le Chef de l’État, les indicateurs macroéconomiques ne constituent pas une finalité. Leur véritable valeur réside dans leur capacité à produire des effets concrets sur les conditions de vie des citoyens, dans toutes les régions du pays.

Il a ainsi insisté sur le fait que les résultats économiques ne prennent tout leur sens que lorsqu’ils sont ressentis par les Tunisiens dans leur quotidien, au-delà des chiffres et des statistiques.

La baisse ne reflète pas la réalité du quotidien

En Tunisie, malgré un léger repli du taux d’inflationces derniers mois, à l’exception du mois d’août, le pouvoir d’achat des ménages demeure fortement sous pression. Comme l’a expliqué Elyès Asmi, directeur central des statistiques de la conjoncture et des études économiques à l’Institut national de la statistique (INS).

Le taux d’inflation annoncé chaque mois correspond en effet à une moyenne nationale, qui ne traduit pas les disparités entre les profils de consommation. Tandis que certains foyers consacrent une part importante de leur budget à l’alimentation, d’autres sont davantage affectés par les coûts de l’éducation, du transport ou de l’énergie. Pour établir ces indicateurs, l’INS procède à plus de 120.000 relevés mensuels de prix sur l’ensemble du territoire, couvrant divers secteurs.

Les prix stables sont observés chaque mois, tandis que ceux sujets à de fortes fluctuations, comme les fruits et légumes, font l’objet d’un suivi quotidien. Les agents de l’institut, équipés de tablettes et d’un système d’alerte automatisé, veillent à la fiabilité des données avant d’élaborer le calcul final du niveau général des prix.

C’est dire que ce taux d’inflation occupe une place de choix dans le travail de l’INS pour mieux informer le citoyen et surtout pour mieux orienter le travail du gouvernement qui doit tout prendre en considération pour établir une politique efficace des prix qui tienne compte du pouvoir d’achat du citoyen. Le Président de la République l’a compris et n’a jamais cessé d’appeler à faire profiter ce citoyen de la baisse éventuelle du taux d’inflation pour qu’il ne reste pas un simple chiffre à classer dans les tiroirs des ministères concernés.

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Journée internationale de la Kinésithérapie : une discipline paramédicale en pleine expansion, mais…

La Journée internationale de la Kinésithérapie ou de la Physiologie est célébrée chaque année le 8 septembre. Cette journée est dédiée à la sensibilisation du public sur le rôle crucial de la kinésithérapie dans la santé, notamment dans la prévention, le traitement et la rééducation des patients. Chaque année, un thème spécifique est choisi pour mettre en lumière un aspect particulier de la kinésithérapie. Par exemple, en 2026, le thème porte sur les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires, soulignant l’importance de la kinésithérapie dans la prise en charge de ces pathologies.

La kinésithérapie est en pleine expansion en Tunisie, répondant à un besoin croissant de soins de réhabilitation et de gestion de la douleur chez différents patients. Cette discipline paramédicale est reconnue pour son efficacité dans le traitement d’une variété de troubles musculo-squelettiques, neurologiques et post-opératoires. Ces professionnels paramédicaux travaillent en étroite collaboration avec l’équipe médicale privée ou publique. Ils exercent aussi bien à l’hôpital qu’en clinique, à domicile ou en cabinet de ville, mais aussi à domicile et interviennent à tous les âges de la vie. Cependant, cette discipline paramédicale n’a pas pu encore se regrouper sous un ordre professionnel ou syndical à la manière de l’ordre des médecins ou des pharmaciens, comme si les kinésithérapeutes exerçaient indépendamment et hors du circuit médical en Tunisie.

Rôle important de la kinésithérapie dans la santé publique

Depuis des années, les cabinets privés de kiné pullulent dans le pays, notamment dans les grandes villes. Chaque année, des dizaines d’étudiants (hommes et femmes) sortent du supérieur munis de leur diplôme en physiothérapie. Une minorité d’entre eux sont recrutés dans le public (hôpitaux) ou dans le privé (cliniques), mais bon nombre ouvrent leur propre cabinet, moyennant des crédits octroyés par la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS), pour exercer leur profession libérale.

En Tunisie, le rôle d’un kinésithérapeute est essentiel dans le domaine de la santé. Les kinésithérapeutes, également appelés physiothérapeutes, travaillent avec des patients ayant des troubles musculo-squelettiques, neurologiques, respiratoires, et d’autres conditions affectant la mobilité et la qualité de vie. Généralement, ils reçoivent des patients envoyés par d’autres médecins spécialistes qui leur recommandent le nombre de séances dont ils ont besoin. Avant d’entamer son travail, le (la) kiné réalise alors des évaluations pour déterminer les besoins et les capacités fonctionnelles des patients, si bien qu’il (elle) crée des programmes de réhabilitation personnalisés en fonction des diagnostics et des objectifs de chaque patient. Généralement, les cabinets de kiné sont bien équipés d’outils, d’instruments et d’appareils modernes et sophistiqués capables de soulager la douleur et aider à réhabiliter la mobilité et la force chez les patients. De même, le (la) kiné enseigne aux patients des exercices à effectuer à domicile et leur fournit des conseils.

Les défis de la profession

Mais les kinésithérapeutes rencontrent encore plusieurs défis en Tunisie. D’abord, il y a une augmentation du nombre de diplômés dans ce domaine, ce qui a conduit à une forte concurrence sur le marché de l’emploi, rendant difficile la recherche de postes stables. Ensuite, le manque de reconnaissance de la profession au sein du système de santé peut limiter les opportunités de carrière et de rémunération, ainsi que l’accès à certaines structures de soins. De plus, les kinésithérapeutes peuvent faire face à de lourdes charges de travail, de longues heures et à un manque de soutien administratif, ce qui peut affecter leur bien-être professionnel. Puis, l’accès à la formation continue et aux nouvelles techniques de rééducation peut être limité, ce qui rend difficile la mise à jour des compétences dans un domaine en constante évolution. En effet, rares sont les congrès ou les séminaires organisés spécialement à l’égard de ces professionnels. Le grand défi vécu par les kinésithérapeutes de libre pratique, c’est que la majorité de la population n’est pas suffisamment sensibilisée quant à l’importance de la kinésithérapie, ce qui peut influencer la demande de services. Ces défis peuvent varier en fonction des régions et des contextes spécifiques, car les cabinets de kiné installés au centre-ville sont plus fréquentés que ceux hors des agglomérations, mais ils représentent des enjeux importants pour la profession en Tunisie.

Pour un groupement professionnel officiel

Jusqu’à ce jour, malgré l’évolution de cette discipline paramédicale et son importance dans la contribution aux soins nécessaires des patients, les kinésithérapeutes en Tunisie ne disposent pas d’un groupement professionnel officiel qui les regroupe et les représente. Cela peut poser des défis en matière de réglementation et de défense des intérêts professionnels.

Certes, il y a eu plusieurs initiatives visant à créer un groupement professionnel pour les kinésithérapeutes en Tunisie. Ces initiatives visent à structurer la profession, défendre les droits des praticiens, améliorer les conditions de travail et promouvoir la formation continue.

Cependant, la mise en place effective d’un tel groupement peut rencontrer des obstacles, notamment le manque de consensus parmi les professionnels, des problèmes de financement ou encore des défis administratifs. Les discussions continuent au sein des promoteurs de la profession pour trouver des solutions viables.

Il est à rappeler, cependant, qu’une première assemblée générale de kinésithérapeutes tunisiens de libre pratique a eu lieu en 2018 à l’initiative de CONECT. Mais depuis, il n’y a pas eu de suivi. Cette assemblée avait pour but de «rallier un maximum de kinésithérapeutes de tout le territoire tunisien sous le même toit pour un seul et ultime objectif : la progression du métier.» On peut dire que cette Assemblée a pu atteindre son objectif, mais des rencontres de sensibilisation, des formations et des actions restent à faire pour mieux valoriser ce métier noble.

Hechmi KHALLADI

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Focus – À Rouhia, une caravane médicale au plus près des femmes

Siliana – Plus de 550 femmes ont bénéficié, le 16 avril dernier à Rouhia, d’une caravane médicale pluridisciplinaire organisée au centre de protection maternelle et infantile par l’association Journalistes pour les Droits Humains, en coordination avec l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP).

Axée sur le dépistage précoce et la santé des femmes, cette initiative est née des recommandations du « Forum Médias et Santé », organisé dans le gouvernorat de Siliana en décembre 2025. Les constats relevés sur le terrain avaient notamment mis en évidence la progression des cancers féminins, le faible recours aux services de santé sexuelle et reproductive ainsi que le manque de sensibilisation au dépistage précoce.

L’affluence a largement dépassé les prévisions. Les consultations et examens réalisés ont permis de suspecter plusieurs cas de cancers féminins, orientés ensuite vers une prise en charge spécialisée. Des séances de sensibilisation à la santé reproductive, sexuelle et à la prévention ont également accompagné les consultations.

Au-delà des chiffres, la caravane a donné à voir une mobilisation familiale significative. Des hommes et des personnes âgées se sont notamment déplacés pour inscrire les femmes de leurs familles et veiller à leur suivi médical, signe d’une prise de conscience qui gagne progressivement les communautés locales.

Dans cette région au relief escarpé, située à proximité du gouvernorat de Kasserine et confrontée à un manque de médecins spécialistes, la caravane aura ainsi permis de rapprocher temporairement les soins des populations. Elle illustre surtout l’intérêt d’une action de proximité capable de transformer les alertes venues du terrain en interventions concrètes.

À Rouhia, la santé n’a donc pas seulement pris la forme d’une consultation médicale : elle s’est déplacée vers celles qui en ont le plus besoin.

Mona BEN GAMRA

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Regard de la société civile : « La caravane ne doit plus être un rendez-vous exceptionnel »

Pour les femmes éloignées des structures de soins, la proximité peut faire toute la différence. Les caravanes de santé apparaissent ainsi comme un moyen concret de réduire les inégalités territoriales et de rapprocher les services de celles qui en ont le plus besoin.

Nesrine Dali, spécialiste en plaidoyer au sein de la société civile, estime que les caravanes de santé constituent un véritable outil de réduction des inégalités d’accès aux soins. Leur rôle, souligne-t-elle, ne devrait pas se limiter à des interventions ponctuelles, mais s’inscrire dans une politique durable de proximité, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive.

« Une caravane permet d’abord d’aller vers les femmes qui rencontrent des difficultés à se déplacer. Mais son rôle ne devrait pas s’arrêter à une journée de consultations. Elle doit constituer le premier maillon d’un parcours de soins, avec une orientation, un suivi et une coordination avec les structures sanitaires locales », explique-t-elle.

Dans cette perspective, la généralisation des caravanes de l’Office national de la famille et de la population (ONFP) pourrait contribuer à réduire les inégalités territoriales.

« Dans certaines régions, le problème n’est pas l’absence de droit à la santé, mais la difficulté à exercer concrètement ce droit. Lorsqu’une femme doit dépendre d’un transport ou perdre une journée entière pour une consultation, le droit devient théorique. La proximité permet de lever une partie de ces obstacles », souligne Nesrine Dali.

Pour la société civile, ces caravanes doivent également jouer un rôle dans la prévention, le repérage des besoins et le plaidoyer. Leur régularité permettrait surtout de créer une relation de confiance avec les populations et de construire un véritable pont entre les femmes et les structures sanitaires.

« La proximité est une question de dignité. Une femme ne devrait pas avoir à choisir entre s’occuper de sa famille et prendre soin de sa propre santé », conclut Nesrine Dali.

Mona BEN GAMRA

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Le soin au plus près des femmes des caravanes de l’ONFP pour raccourcir le chemin vers la santé

Dans les campagnes tunisiennes, l’accès aux soins ne se mesure pas seulement en kilomètres. Il se joue aussi dans les transports, l’argent, la garde des enfants, le travail domestique et la capacité à franchir les portes d’un système de santé parfois trop éloigné des réalités quotidiennes.

À Somâa, au gouvernorat de Nabeul, la journée commence avant le soleil. Chez Moufida, 27 ans, il y a le pain à préparer, les enfants à réveiller, la maison à ranger et le repas à penser. Deux jeunes enfants donnent au temps une autre mesure. Une heure n’est jamais seulement une heure : elle appartient déjà aux enfants, au mari, à la maison et à l’épicerie familiale.

Mariée depuis trois ans, Moufida partage ses journées entre le foyer et le petit commerce que tient son mari. Dès le début de l’après-midi, elle le rejoint derrière le comptoir. Elle range, sert, surveille, repart parfois chercher quelque chose. Le soir, il faudra encore rentrer, préparer le dîner, s’occuper des enfants et recommencer.

Puis il y a eu cette grosseur.

Un gonflement inhabituel sous l’aisselle, une présence nouvelle sous les doigts. Moufida l’a remarquée et s’est inquiétée. Mais elle n’a pas pris rendez-vous.

Non pas parce qu’elle ignore qu’un changement inhabituel sur son corps mérite un avis médical. Elle le sait. Mais elle sait aussi ce que signifie, pour elle, aller consulter à l’hôpital régional de Nabeul.

Sur une carte, Somâa et Nabeul ne sont séparées que d’une vingtaine de minutes. Vingt minutes, presque rien lorsqu’on dispose d’une voiture, d’un revenu stable, d’une journée libre et de quelqu’un pour garder les enfants.

Pour Moufida, ces vingt minutes racontent une autre histoire.

Elle n’a pas de voiture. Pour aller à Nabeul, elle doit espérer qu’un voisin qui travaille en ville accepte de l’emmener. Il faut ensuite trouver son chemin dans l’hôpital, comprendre où aller, attendre. Et pendant ce temps, qui garde les enfants ? Qui prépare le repas ? Qui s’occupe de la maison ? Qui tient l’épicerie ?

La consultation médicale devient ainsi une journée entière à organiser, à négocier, parfois à sacrifier.

Alors Moufida attend.

La grosseur reste là, discrète mais présente. Une inquiétude qu’elle porte derrière le comptoir de l’épicerie, dans sa cuisine, auprès de ses enfants. Elle continue de vivre comme si rien n’avait changé.

C’est précisément là que commence l’une des grandes fractures de la santé en Tunisie : entre le soin qui existe et le soin auquel on peut réellement accéder.

Quand vingt minutes deviennent une frontière

L’histoire de Moufida n’est pas seulement individuelle. Elle s’inscrit dans une réalité territoriale et sociale que les chiffres récents de la santé maternelle et reproductive rendent difficile à ignorer.

Selon l’enquête MICS Tunisie 2023 de l’Institut national de la statistique, 90,6 % des femmes ayant eu une naissance récente ont bénéficié d’au moins une consultation prénatale. Mais derrière cette moyenne nationale, les écarts apparaissent.

Pour les femmes ayant bénéficié d’au moins quatre consultations prénatales, le taux atteint 82,8 % en milieu urbain contre 72,4 % en milieu rural. Plus préoccupant encore, la proportion de femmes n’ayant effectué aucune consultation prénatale est passée de 4,5 % en 2018 à 9,3 % en 2023, atteignant 10,8 % dans les zones rurales.

La carte sanitaire ne suffit donc pas à raconter la réalité. Il faut y ajouter celle des revenus, de l’instruction, des transports, des obligations familiales et du temps disponible.

Les écarts économiques sont particulièrement révélateurs. Dans les ménages les plus riches, 91,5 % des femmes bénéficient d’un suivi prénatal d’au moins quatre consultations. Dans les ménages les plus pauvres, elles ne sont plus que 64,3 %. Le niveau d’instruction creuse lui aussi la différence : le suivi complet concerne 89,3 % des femmes ayant un niveau d’instruction supérieur, contre seulement 49 % des femmes sans instruction ou ayant un niveau préprimaire.

Derrière ces pourcentages, il y a des décisions quotidiennes : reporter une consultation parce que le transport coûte trop cher, attendre que le mari soit disponible, renoncer faute de personne pour garder les enfants, craindre de perdre une journée de travail ou simplement considérer que sa propre santé peut attendre.

L’inégalité sanitaire s’installe ainsi rarement sous la forme spectaculaire d’un refus. Elle naît plutôt d’une succession de petits obstacles qui finissent par rendre le soin inaccessible.

La santé sexuelle et reproductive est particulièrement révélatrice de cette réalité. Elle englobe la contraception, la planification familiale, la prévention, le dépistage, l’information et, plus largement, la possibilité pour chaque femme de disposer de son corps et de prendre des décisions éclairées concernant sa santé.

Selon la MICS 2023, 69 % des femmes mariées en âge de procréer ont leurs besoins de planification familiale satisfaits par des méthodes modernes, contre 62,8 % en 2018. Mais 16,1 % expriment encore des besoins non satisfaits en matière de contraception moderne. Dans certaines régions, notamment dans le Sud-Est, cette proportion atteint 23,4 %.

Ces chiffres disent une chose essentielle : l’existence d’un service ne garantit pas son accessibilité.

Les données de l’Office national de la famille et de la population montrent pourtant l’importance de la demande. En 2023, 889 318 femmes ont bénéficié de services de planification familiale, dont 855 571 femmes en âge de reproduction. Lorsque les services sont proches, connus et accessibles, les femmes les utilisent.

Le problème est donc aussi celui de la continuité, de la proximité et de la capacité du système à aller vers celles qui restent en dehors de son rayon effectif.

Aller vers les femmes plutôt que leur demander de franchir les obstacles

À Somâa, le problème de Moufida pourrait être résumé par une distance : vingt minutes.

Mais cette distance n’est qu’une apparence. Entre sa maison et l’hôpital, il y a le transport, l’argent, les enfants, le travail domestique, le commerce, l’information et cette forme de renoncement qui naît lorsque chaque consultation exige une organisation disproportionnée.

C’est dans cet espace que les services mobiles et les caravanes de santé peuvent prendre une autre dimension.

Ils ne devraient pas être considérés comme de simples opérations ponctuelles venant, le temps d’une journée, réparer les insuffisances d’un territoire. Ils peuvent devenir un véritable outil de politique publique lorsqu’ils sont intégrés à un dispositif durable de prévention, d’orientation et de suivi.

Pour Nesrine Dali, spécialiste en plaidoyer et droits humains au sein de la société civile, la caravane médicale peut précisément servir de point de départ à cette transformation. Elle permet d’aller au-devant des femmes, dans leurs quartiers et leurs communautés, pour parler de santé sexuelle et reproductive sans attendre qu’elles franchissent elles-mêmes la porte d’un établissement de soins.

Mais cette proximité n’a de sens que si elle est suivie d’une véritable continuité des soins.

Une femme examinée pendant une journée de caravane ne doit pas disparaître dans les statistiques du lendemain. Si un problème est détecté, il faut pouvoir l’orienter vers une structure adaptée. Si un suivi est nécessaire, il doit pouvoir être assuré. Si une consultation spécialisée s’impose, le système doit accompagner la patiente jusqu’au prochain niveau de soins.

La proximité devient alors plus qu’un geste humanitaire : elle devient une politique de santé.

Le plaidoyer, lui aussi, change de nature. Les informations recueillies sur le terrain permettent d’identifier les besoins réels, les obstacles récurrents et les territoires où les services sont insuffisants. Ces données peuvent nourrir les décisions publiques, orienter les budgets et plaider pour des unités mobiles régulières plutôt que pour des interventions exceptionnelles.

Il ne suffit donc plus de demander aux femmes rurales de venir vers le système. Il faut aussi interroger la capacité du système à aller vers elles.

Car le droit à la santé ne commence pas au moment où une femme arrive au guichet d’un hôpital. Il commence bien avant : lorsqu’elle sait où aller, lorsqu’elle peut s’y rendre, lorsqu’elle peut s’absenter de ses obligations sans mettre son foyer en difficulté et lorsqu’elle sait qu’une consultation ne sera pas le début d’un parcours administratif impossible.

À Somâa, la fin de journée approche. Moufida range les étagères de l’épicerie. Elle pense aux enfants, au dîner, à demain. La vie reprend son cours ordinaire.

Sous son aisselle, pourtant, cette petite masse demeure.

Elle n’a pas disparu parce qu’elle n’a pas été examinée.

C’est peut-être cela, la véritable distance qui sépare Moufida du soin : non pas les vingt minutes de route entre Somâa et Nabeul, mais tout ce qu’une femme doit mobiliser pour pouvoir les parcourir.

Dans les statistiques nationales, elle est une femme parmi des milliers. Dans la réalité, elle est une mère, une épouse, une travailleuse, une femme qui tient une maison et participe à faire vivre un commerce. Elle est aussi une citoyenne qui devrait pouvoir se soigner sans avoir à choisir entre sa santé et les besoins des siens.

L’enjeu de la santé sexuelle et reproductive en Tunisie se trouve précisément là : rendre effectif un droit qui, sur le papier, existe déjà.

Réduire les distances, ce n’est pas seulement construire davantage de structures. C’est rapprocher les services, renforcer les soins de proximité, développer les unités mobiles, améliorer l’orientation, soutenir les femmes dans les territoires défavorisés et reconnaître le poids invisible du travail domestique dans l’accès aux soins.

Car une société ne mesure pas réellement l’égalité de ses citoyens à la seule présence d’un hôpital sur une carte.

Elle la mesure à la possibilité, pour une femme comme Moufida, de pousser sa porte un matin, de dire qu’elle s’inquiète, de demander à être examinée et de savoir que, cette fois, personne ne lui demandera de choisir entre prendre soin des autres et prendre soin d’elle-même.

Mona BEN GAMRA

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L’intelligence artificielle doit être au service de l’éducation

L’IA devient de plus en plus omniprésente, dans un monde de plus en plus digitalisé. Il est donc important que les programmes d’enseignement s’y adaptent afin de répondre au besoin d’expertise ou de développement de la pensée critique des élèves. Dans le domaine de l’éducation, il est possible d’automatiser certaines activités scolaires. L’intelligence artificielle permet en outre de personnaliser les apprentissages selon les besoins et les capacités d’assimilation de chacun. Par exemple, cette nouvelle technologie peut proposer aux élèves des exercices adaptés à leur niveau d’apprentissage.

De plus, l’IA peut assister le professeur (sans le remplacer) et lui permettre d’identifier dans les classes les individus en situation de difficulté. Cette technologie permet par ailleurs aux enseignants de se libérer des tâches répétitives, ce qui les aide à personnaliser et à approfondir leurs méthodes d’enseignement. L’intelligence artificielle ouvre ainsi la porte à un apprentissage adapté et personnalisable permettant de façonner les parcours de formation et de les orienter selon les retours d’expériences des apprenants.

Les impacts de l’IA sur l’éducation

En se basant sur un triangle pédagogique (l’enseignant, l’apprenant et le savoir), il est possible de catégoriser les impacts de l’IA sur l’éducation.  D’abord sur l’enseignant, l’IA assure le développement de plusieurs technologies qui sont susceptibles de remplacer des tâches prévisibles et répétitives des professeurs. Il s’agit par exemple d’automatiser certaines tâches avec peu de valeur ajoutée, comme les corrections d’examens qui consomment beaucoup du temps des enseignants. Au-delà d’un maître passeur de connaissances, l’enseignant du XXIe siècle est un accompagnateur des élèves et un créateur d’environnement d’apprentissage. L’empathie, la bienveillance, la flexibilité cognitive et le jugement critique sont autant de qualités humaines difficiles à reproduire en intelligence artificielle, qui joue un rôle d’assistance plutôt que de remplacement. Ensuite sur l’élève, l’IA peut proposer des séquences d’exercices ou de cours plus pertinentes. Ainsi, les tuteurs intelligents pourraient prédire le moment où l’élève commence à perdre de l’intérêt et avertir ses enseignants, pour prévenir une éventuelle baisse de motivation.

L’école de demain et l’IA

Désormais, aucun domaine ne peut se passer des services rendus par l’IA, y compris l’enseignement. Là, éducateurs, enseignants et pédagogues se posent la question : «L’IA va-t-elle progressivement remplacer les enseignants ?» Loin s’en faut ! En faisant réfléchir les élèves avec l’usage de Chat GPT, on fait valoir l’éducation à l’esprit critique chez les élèves, mais aussi la formation des enseignants aux nouvelles technologies. Ainsi, les logiciels pilotés par l’IA connaîtront les centres d’intérêt des élèves afin d’adapter le style d’apprentissage à leurs besoins. L’IA mesurera ainsi le degré de compréhension de chaque élève, remarquera si l’élève est désintéressé et comprendra à quel type de motivation il répond. Les logiciels proposés par l’IA ne vont pas spolier le travail des professeurs, au contraire ils vont augmenter leur expertise. C’est aussi une aide aux élèves pour mieux comprendre, et cela de façon personnalisée.

Utiliser l’IA dans une classe de langue

L’utilisation de l’IA dans l’enseignement des langues peut aider les étudiants à améliorer leur compréhension du langage en permettant un travail individualisé et en offrant des outils supplémentaires pour l’apprentissage, la communication et l’expression en langue. En Europe et dans d’autres pays du monde, on commence à utiliser l’IA de différentes manières dans une classe de langues. Ainsi, les professeurs peuvent utiliser des programmes de reconnaissance vocale pour évaluer le niveau de prononciation de leurs élèves. Ces derniers peuvent parler dans un microphone et le logiciel évaluera leur prononciation pour leur donner un score. De même, les élèves peuvent poser des questions à l’IA qui répondra de manière interactive comme un tuteur virtuel. On peut également utiliser l’analyse de texte pour aider les élèves à comprendre les différences subtiles entre les mots. Les logiciels basés sur l’IA peuvent aider à identifier les synonymes, les antonymes et les règles grammaticales pratiques. Comme autre tâche, les applications développées avec l’IA peuvent aider les élèves à programmer des leçons en fonction de leurs niveaux individuels, ce qui peut les aider à progresser plus rapidement en s’adaptant aux besoins de chaque élève. Et d’autres fonctions non moins importantes sont assurées par l’IA.

En Tunisie, il ne faut pas avoir peur de l’IA. Au contraire, à l’heure où on envisage une prochaine réforme globale de l’enseignement, grâce à la création récente du Conseil Supérieur de l’Education et de l’Enseignement, le recours à l’usage de l’IA dans nos futures écoles n’est pas à négliger. L’idée n’est donc pas d’envisager l’intelligence artificielle comme une menace pour l’enseignant ou pour l’élève. Les fondateurs de l’IA ne cessent de le répéter : un outil comme Chat GPT ne remplacera pas l’humain, mais c’est un atout que professeurs et étudiants doivent maîtriser.

Hechmi KHALLADI

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La crise des carburants dope-t-elle l’intérêt des Tunisiens pour les voitures électriques ?

Les voitures électriques et hybrides gagnent rapidement du terrain en Tunisie. La hausse des prix des carburants pousse de plus en plus d’automobilistes à regarder du côté des motorisations alternatives. Près d’une voiture particulière neuve sur six vendue actuellement est désormais équipée d’une motorisation électrique ou hybride. La perturbation du 20 août avait entraîné une rupture brutale des approvisionnements et provoqué une anxiété et une panique généralisées parmi la population, qui s’est massivement tournée vers les stations-service, engendrant de longues files d’attente et des ruptures de stock dans plusieurs stations.
Le président-directeur général (PDG) de la Société Nationale de Distribution des Pétroles (SNDP – Agil) en Tunisie, Khaled Bettine, a confirmé mardi 1er septembre 2026, que les récentes perturbations dans les stations-service tunisiennes n’étaient pas dues à une pénurie de carburant, mais à un arrêt brutal du transport de carburant depuis les dépôts de la société à Radès. Garantir l’approvisionnement en carburant est une responsabilité partagée entre les importateurs, les sociétés de stockage, les transporteurs, les distributeurs et les gérants de stations-service.

La Société Nationale de Distribution de Pétrole possède 228 stations-service réparties sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones reculées. La récente crise a mis en évidence l’importance de renforcer les capacités de transport de carburant, précisant qu’une perturbation, même minime, du système de transport peut rapidement entraîner des perturbations dans les stations-service. Il a indiqué qu’Ajil s’efforce de renforcer sa flotte, annonçant l’acquisition de six nouveaux camions qui entreront bientôt en service, avec la possibilité d’un agrandissement ultérieur.
 
 125.000 véhicules électriques en 2035
Le marché des voitures électriques en Tunisie connaît une accélération notable en 2026, porté par de nouvelles incitations fiscales et l’arrivée de marques principalement asiatiques. Entre janvier et juillet 2026, les véhicules électriques ont représenté plus de 12% du total des immatriculations dans le pays, traduisant une nette progression par rapport aux années précédentes (seulement 260 véhicules recensés fin 2024). La Tunisie vise la mise en circulation de 125.000 véhicules électriques et l’installation de 12.000 bornes de recharge d’ici 2035.
La hausse des carburants n’explique toutefois pas à elle seule ce basculement. L’élargissement de l’offre disponible en Tunisie, l’arrivée de nouvelles marques, notamment chinoises, ainsi que la multiplication des modèles hybrides à différents niveaux de prix contribuent également à rendre ces motorisations accessibles à davantage d’acheteurs. Mais avec une progression de ventes, ce mouvement est désormais suffisamment important pour modifier progressivement la physionomie du marché automobile tunisien. Dans le contexte de la transition énergétique, le PDG d’AGIL a annoncé que l’entreprise privilégie le développement des services de recharge pour véhicules électriques, affirmant que les stations-service ne seront plus de simples points de vente de carburant et précisant que l’entreprise a acquis l’équipement nécessaire à la création d’une trentaine de bornes de recharge pour véhicules électriques.

Celles-ci seront installées dans plusieurs de ces stations, notamment les plus importantes, sur les grands axes routiers et dans les zones touristiques et couvrent différentes régions du pays, y compris l’île de Djerba, ainsi que plusieurs grands axes routiers et des zones du Nord-Ouest. LaTunisie doit diversifier ses sources d’énergie et ne pas dépendre uniquement des énergies fossiles.

Il a soutenu que la poursuite de l’exploration pétrolière et gazière, en particulier dans le Sud du pays, doit s’accompagner du développement des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et éolienne. Il a plaidé pour un soutien aux gisements de pétrole et de gaz, tant marginaux qu’en production, ainsi que pour des investissements dans l’énergie solaire, afin de réduire la dépendance aux importations d’énergie et de limiter la ponction sur les réserves de change.
Bref, la Tunisie est résolument engagée dans la transition vers une économie plus verte, en promouvant la voiture électrique et en limitant la consommation des carburants polluants. En alignant sa politique automobile sur les normes environnementales internationales, la Tunisie souhaite réduire son empreinte carbone et jouer un rôle actif dans la transition vers une mobilité plus durable. Elle a pris l’initiative de promouvoir l’adoption de véhicules électriques, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer les effets néfastes du secteur des transports sur l’environnement.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté de développement durable et d’utilisation plus rationnelle des ressources énergétiques du pays. La promotion de la voiture électrique en Tunisie présente de nombreux avantages. Tout d’abord, elle permettra de réduire la dépendance du pays aux carburants polluants, contribuant ainsi à la préservation de l’environnement. De plus, les véhicules électriques sont moins coûteux à exploiter et à entretenir, offrant des économies significatives à long terme pour les propriétaires. Enfin, cette transition favorisera également le développement de l’industrie locale de fabrication de pièces et composants pour véhicules électriques, ouvrant de nouvelles perspectives économiques.

Kamel BOUAOUINA

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Le leader mongol Enkhbayar remet le Trophée de Gengis Khan au tunisien Adnen Helali

Un hommage mongol au poète et activiste tunisien à la COP17 Oulan-Bator – Mongolie Dans un moment fort de la COP17, à la croisée de la culture, de l’environnement et de l’amitié entre les peuples, l’artiste, poète et activiste culturel tunisien Adnen Helali a reçu le Trophée culturel de Gengis Khan – Karakorum, en reconnaissance de son engagement et de sa participation active au sommet mondial sur la lutte contre la désertification.

Le leader mongol Enkhbayar Nambar a remis personnellement le Trophée à Adnen Helali lors d’une cérémonie organisée au pavillon de l’UNICEF à Oulan-Bator. Cette distinction constitue un hommage mongol à une figure tunisienne engagée dans la défense de la culture, du patrimoine et des territoires ruraux, ainsi qu’à son travail de rapprochement entre les peuples à travers l’art et la poésie.

Au cours du sommet, Helali a présenté son nouveau recueil de poésie, « Le vent préserve nos traces », ainsi qu’une intervention intitulée « Combattre d’abord la désertification culturelle ». Il comptait parmi les personnalités qui ont particulièrement retenu l’attention lors de cet événement mondial, auquel ont participé 197 pays. En signe d’amitié et en retour de cet hommage, Helali a offert au leader mongol une kachabia tunisienne, confectionnée par des artisans de Nabeul. Enkhbayar l’a immédiatement portée au cours de la cérémonie, donnant lieu à une scène spontanée et chaleureuse, devenue l’un des symboles de cette rencontre entre la Tunisie et la Mongolie. Le patrimoine tunisien était également présent à travers les « Soleils » en alfa de Kasserine et les parasols de Gabès, présentés dans le cadre du projet Green IYRP et témoignant du savoir-faire des artisans tunisiens et de la valorisation des matériaux naturels. 

Au cours de cette rencontre, Helali a également récité en langue mongole son poème « Le lac Ugii », consacré à l’un des emblèmes naturels de la Mongolie. Le texte a suscité un intérêt officiel et a été retenu par le ministère mongol de l’Environnement et du Changement climatique comme titre et message associés à la protection du lac Ugii. De Semmama à Karakorum, cet hommage mongol vient ainsi marquer un parcours culturel et humain singulier, construit autour d’une même conviction : combattre la désertification, c’est protéger la terre, mais aussi préserver la culture, la mémoire et l’être humain.

                          Kamel Bouaouina

Photos : 

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Fournitures scolaires disponibles, mais à quel prix ?

 A l’approche de la rentrée scolaire, une effervescence palpable s’installe dans les foyers. Comme chaque année, le mois de septembre marque le coup d’envoi des préparatifs pour l’achat des fournitures scolaires, un rituel incontournable mobilisant parents, élèves et commerçants, surtout que la date officielle de la rentrée scolaire vient d’être annoncée. En ces journées de fin d’été, les librairies, papeteries et grandes surfaces de la capitale voient affluer des familles venues se procurer cahiers, stylos, cartables et autres articles exigés par les établissements scolaires. Cette période, synonyme de dépenses conséquentes pour de nombreux ménages, pèse particulièrement sur ceux ayant plusieurs enfants à charge. 
Entre les fournitures scolaires, les transports, l’alimentation, les vêtements et autres dépenses, sans oublier le soutien scolaire et l’enseignement privé, la rentrée scolaire représente un fardeau financier considérable pour de nombreuses familles. Si ce coût varie fortement d’une famille à l’autre, il a pour point commun de peser de plus en plus sur le budget familial et la capacité des parents à subvenir à tous les besoins de leurs enfants. Dans ce contexte, Ridha Zahrouni, président de l’Association tunisienne des parents et des élèves, souligne que le coût de la rentrée scolaire augmente d’année en année, tant dans le public que dans le privé. Il estime que ce coût est désormais étroitement lié à la situation économique et sociale des familles. Il insiste sur le fait que le coût de la rentrée ne se limite pas au prix des livres, cahiers et fournitures scolaires, car les familles doivent également faire face à d’autres charges durant cette période, telles que les factures d’eau et d’électricité, le loyer, les transports, l’alimentation, l’habillement et autres dépenses. Les frais de scolarité s’inscrivent ainsi dans un système de dépenses plus vaste qui pèse sur le budget des ménages. Selon ses estimations, le coût des fournitures scolaires pour un élève peut varier de 150 dinars à 700 ou 800 dinars environ, et peut être nettement plus élevé pour les familles qui optent pour des cartables ou des fournitures scolaires de marque. Cet écart de prix met en évidence les différences de pouvoir d’achat entre les familles. Certaines se contentent du strict minimum, tandis que d’autres choisissent des produits importés ou plus chers, ce qui peut engendrer une différence de dépenses considérable, même pour deux élèves du même niveau scolaire.

Dénicher les bons plans
Cette rentrée est le moment pour les parents de dénicher les bons plans pour limiter au maximum ces coûts. La dépense moyenne consacrée à un élève inscrit en première année primaire (fournitures, cahiers, livres et cartables) s’élève à 220 dinars alors qu’un élève de 2e année coûte 250 dinars. Un élève de 3e année revient à 275 dinars, de 4e année à 280 dinars, de 5e année à 290 dinars, de 6e année à 295 dinars. La scolarité d’un élève est plus coûteuse dans les collèges avec une dépense de 282 dinars pour l’élève inscrit en 7e année (282 dinars) en 8e année (285 dinars) et en 9e année (285 dinars). Pour les parents dont les enfants fréquentent le secteur privé, la situation est encore plus complexe. Les coûts peuvent s’envoler, atteignant des milliers de dinars par enfant, incluant souvent des frais annexes comme le transport et la restauration. La rentrée scolaire, ce sont aussi les chemises, les pantalons, les chaussures… Lors d’une tournée faite dans différents commerces de la capitale, et pointant les yeux sur le rayon du textile et des chaussures, l’image d’une maman accompagnée de sa fille se plaignant de la cherté des prix saute aux yeux. Les tabliers scolaires dont les prix ont été dernièrement affichés tournent autour de 50 à 150 dinars et plus, auxquels il faudrait ajouter chemises, pantalons, sous-vêtements et le reste. C’est ce qui est considéré comme un placement incontournable auquel viendront s’ajouter les enveloppes à réserver pour les cahiers, fournitures scolaires et les livres. 
Loin d’être une simple formalité, cette échéance représente un véritable défi logistique et financier, mobilisant parents et enfants dans une course contre la montre pour s’assurer que tout soit prêt pour le grand jour. Cette année encore, la question du coût de la rentrée est au cœur des préoccupations, exacerbée par un contexte économique qui pèse sur les budgets des ménages.

Kamel BOUAOUINA

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Réunion des non-alignés à Belgrade : attachement aux mêmes principes d’indépendance et de non-ingérence

Par Kamel ZAIEM

Le mouvement des non-alignés fêtera son soixante-cinquième anniversaire et la Tunisie sera bien là, à Belgrade, pour fêter l’événement et surtout pour confirmer son attachement aux principes d’indépendance que le mouvement a toujours défendus. Le Président de la République, Kaïs Saïed, qui a chargé le secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, Mohamed Ben Ayed, de participer à cet événement confirme la politique de l’Etat tunisien qui a toujours appelé à l’indépendance et à la non-ingérence…

L’événement aura lieu à Belgrade, les 31 août et 1er septembre 2026, et comporte une réunion de haut niveau célébrant le 65e anniversaire de la tenue de la première conférence du Mouvement des non-alignés.

Cette réunion constituera, selon un communiqué publié dimanche par le ministère, une occasion de réaffirmer l’attachement de la Tunisie aux principes du non-alignement et de la Conférence de Bandung, ainsi que l’importance de la poursuite de l’action du Mouvement des non-alignés et de l’engagement commun de ses États membres en faveur des principes énoncés dans la Charte des Nations unies et du rôle essentiel du multilatéralisme face aux défis auxquels le monde est confronté.

En marge de cette réunion, le secrétaire d’État aura des entretiens avec ses homologues de Serbie et de plusieurs autres pays, consacrés aux questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Tout d’abord, il faut rappeler les bases de ce choix pertinent que la Tunisie a adopté depuis près de sept décennies. En effet, les principes fondamentaux de la politique étrangère tunisienne, qui perdurent depuis avant l’indépendance, reposent sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États, en particulier des pays arabes frères, et sur le maintien de relations solides avec tous les pôles mondiaux, surtout durant la guerre froide. Malgré une proximité relative avec le bloc occidental à cette époque, la Tunisie a toujours refusé de s’aligner, privilégiant une position active au sein du Mouvement des non-alignés.

Un exemple marquant est la position tunisienne lors du refus des États-Unis de reconnaître la Chine populaire dans les années 1970 : la Tunisie a soutenu l’admission de la Chine populaire à l’ONU. La visite en 1964 du Premier ministre chinois Zhou Enlai en Tunisie témoigne aussi de l’indépendance de la diplomatie tunisienne et de son attachement à la souveraineté nationale.

Bourguiba y était pour quelque chose

Pour l’Histoire, il est bon de rappeler, également, que dans les années 50, la Tunisie, avec d’autres pays tels que l’Inde, la Bulgarie et l’Egypte ont exprimé leur désir de n’appartenir à aucun des deux blocs, capitaliste ou socialiste. Ils ont simplement voulu ne pas s’aligner et se protéger de l’influence des Etats-Unis et de l’URSS, d’où est né le Mouvement des non-alignés, grâce à la proposition faite par Jamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Soekarno et Jawaharlal Nehru. Ce Mouvement serait-il né s’il n’y avait pas eu ces leaders ? Nul ne pourrait l’affirmer. Mais le fait est qu’à un moment de l’histoire de l’Humanité, il y a eu des leaders, libres et fiers, comme le Président tunisien Habib Bourguiba, qui n’ont pas voulu s’aligner sur les politiques d’un des deux pôles des super puissants, mais plutôt affirmer la pleine souveraineté de leurs pays nouvellement indépendants, pour certains.

Sur la même lancée, Kaïs Saïed a insisté dès son accession au pouvoir sur l’attachement historique au principe de non-alignement. Il a toujours rappelé le fait que la politique étrangère de la Tunisie repose sur la souveraineté nationale et le refus de toute alliance extérieure ou ingérence. Lors de différentes interventions et commémorations internationales, la diplomatie tunisienne a souvent rappelé son ancrage dans les principes de la Conférence de Bandung de 1955.

Kaïs Saïed inscrit sa vision diplomatique dans la continuité des choix souverainistes de l’histoire du pays. D’ailleurs, la Constitution tunisienne de juillet 2022 formalise dans son préambule ce refus des axes contraires à l’intérêt souverain et la volonté de diversifier les partenariats internationaux de manière équilibrée.

La portée d’un discours de référence

Pour mieux comprendre la vision de la Tunisie vis-à-vis de ce Mouvement, il suffit de parcourir le discours de Kaïs Saïed en marge de la réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés, qui s’est tenue en 2025 dans la capitale ougandaise. C’est le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, qui a été chargé de lire ce discours qui résume, de manière claire et pertinente, la vision de la Tunisie.

Dans son allocution en cette occasion, le chef de la diplomatie tunisienne a insisté sur l’impérieuse nécessité de forger une vision commune pour consolider la solidarité entre les pays membres. Il a réaffirmé l’ancrage de la Tunisie dans les principes fondateurs du Mouvement, soixante-dix ans après les conférences historiques de Bandung (1955) et de Belgrade (1961).

Mohamed Ali Nafti a exposé la feuille de route portée par le Chef de l’Etat pour faire face aux défis politiques, économiques et de développement. Cette vision s’articule autour de plusieurs piliers : le renforcement de la coopération Sud-Sud, l’instauration de relations plus équitables dans le cadre de la coopération Nord-Sud, et une révision en profondeur du système financier international, selon une approche qualifiée de «nouvelle, juste et globale».

Le ministre s’est fait l’écho de l’appel lancé par le Président Kaïs Saïed lors du «Sommet de Paris pour un Nouveau Pacte Financier» en juin 2023. Cet appel insistait sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le respect des engagements financiers des pays développés, ainsi que la restitution des fonds spoliés. La mise en œuvre du Programme d’Addis-Abeba pour le financement du développement a également été présentée comme une priorité.

Défendre les mêmes causes

Sur la question migratoire, Mohamed Ali Nafti a prôné une approche collective et globale, centrée sur le traitement des causes profondes des flux migratoires irréguliers. Il a réitéré l’engagement total de la Tunisie à respecter le droit international humanitaire, à protéger les droits des migrants et à garantir leur retour volontaire et sécurisé dans leur pays d’origine. Le ministre a également souligné le rôle essentiel de la culture comme ciment des relations humaines et sociales entre les nations.

Le ministre a également réitéré la position «ferme et constante» de la Tunisie et de son Président aux côtés du peuple palestinien dans sa lutte pour l’autodétermination et l’établissement d’un État indépendant et souverain sur l’ensemble du territoire palestinien, avec Al Qods Al Charif pour capitale. Il s’est félicité, au nom de la Tunisie et de son Président, des efforts ayant conduit à un cessez-le-feu à Gaza, après deux années de ce qu’il a qualifié de «crimes de génocide systématiques» ayant provoqué une «catastrophe humanitaire sans précédent». Tout en exprimant l’espoir que cette trêve sera durable, il a souligné qu’elle ne saurait exonérer la communauté internationale de sa responsabilité de poursuivre les auteurs de ces crimes et de rejeter toute tentative de déplacement forcé du peuple palestinien ou de liquidation de sa cause.

En clôture de son intervention, Mohamed Ali Nafti a réaffirmé l’attachement indéfectible de la Tunisie – en tant que pays arabe, musulman, africain et méditerranéen – aux idéaux du Mouvement des non-alignés. Il a plaidé pour une modernisation des méthodes et mécanismes de travail de l’organisation, afin qu’elle puisse relever les défis actuels et renforcer son poids dans le paysage multilatéral.

C’est dire que la présence du numéro deux du ministère tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, à cet événement porte une haute importance et vient confirmer la même vision qui fait de la Tunisie un pays indépendant qui condamne toute ingérence étrangère et qui milite toujours pour ne jamais s’aligner du côté d’aucun bloc.

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Dr. Jalel Eddine Ziadi, Directeur Général du centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) :  l’adhésion des familles tunisiennes constitue un élément déterminant dans le développement du don d’organes

Le Temps.news : Combien d’opérations ont été effectuées en 2026 (transplantations d’organes et greffes de cornées) ? Combien de transplantations rénales, hépatiques et cardiaques ont été réalisées ?

Jalel Ziadi Le Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO) a enregistré, au cours des derniers mois, une évolution notable de l’activité de don et de transplantation d’organes en Tunisie. Entre le mois d’avril et le 15 août 2026, 12 donneurs décédés ont permis la réalisation de 33 opérations de transplantation au bénéfice de 33 patients, dont 6 enfants d’avril au 15 Août 2026  dont 24 rénales, 6  cardiaques et 3 hépatiques. Ces résultats traduisent une amélioration de l’activité de transplantation et témoignent de la mobilisation des différents acteurs impliqués dans la chaîne du don et de la greffe.Cette évolution s’accompagne également d’une augmentation du nombre de familles acceptant le don d’organes après le décès d’un proche. L’adhésion des familles constitue un élément déterminant dans le développement du don et représente le résultat d’un travail continu d’information, de sensibilisation et d’accompagnement lors des situations de mort encéphalique permettant un prélèvement. Les transplantations réalisées ont été rendues possibles grâce à une coordination étroite entre les équipes médicales et paramédicales, les établissements de santé, les structures administratives ainsi que les différents intervenants du processus. Cette organisation multidisciplinaire est essentielle pour assurer l’identification des donneurs potentiels, l’évaluation des organes, leur prélèvement, leur attribution et leur transplantation dans les meilleures conditions.

Comment évaluez-vous le système de transplantation d’organes en Tunisie ?

La Tunisie dispose de l’une des histoires médicales les plus riches du continent africain et du monde arabe en matière de greffes. Pourtant, derrière la maîtrise technique remarquable des équipes chirurgicales, le système de transplantation d’organes fait face à un défi persistant : le manque criant de greffons issus de personnes décédées.

L’aventure de la transplantation en Tunisie s’inscrit dans une longue tradition de l’innovation :

  • 1948 : Première greffe de cornée.
  • 1986 : Première greffe rénale.
  • 1993 : Première transplantation cardiaque, suivie ultérieurement par la greffe du foie et des

cellules hématopoïétiques.

Cette activité est placée sous l’égide du Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO), créé en 1995, qui régule cette discipline et est notamment chargé de proposer les modalités pratiques de prélèvement, de conservation, de transport et de greffe d’organes humains , de promouvoir le don d’organes en participant à l’information et à la sensibilisation du public, en collaboration avec les associations concernées, participer à la formation du personnel médical et paramédical impliqué dans la transplantation d’organes , tenir un registre central sur lequel sont inscrites les personnes dont l’état de santé nécessite une greffe d’organes  et attribuer les greffons aux personnes dont l’état de santé l’exige en fonction d’un algorithme informatique appelé score d’attribution, garantissant l’équité des chances entre tous les citoyens.

Malgré les efforts déployés dans ce domaine, le fossé entre les besoins des patients et le nombre de transplantations réalisées continue de se creuser. Certes, les compétences médicales et paramédicales sont parfaitement établies, mais la principale limite du système tunisien réside au sein de la société : la réticence des familles au moment du décès d'un proche reste le principal obstacle. Le manque de dialogue intra-familial de leur vivant conduit la plupart des familles à refuser le prélèvement sous le coup de l’émotion ou par crainte de porter atteinte à l’intégrité du corps du défunt.

Face à ces enjeux, la relance des campagnes de sensibilisation et la modernisation des réseaux de prélèvement dans les hôpitaux publics apparaissent comme les seules voies pour permettre à la Tunisie d’exploiter pleinement le potentiel de son appareil médical et de sauver des centaines de lives supplémentaires chaque année.

 Pensez-vous que la loi n° 91-22 du 25 mars 1991, relative au prélèvement et à la greffe d’organes humains, permet de sauver les personnes en attente de greffe ?

La loi n° 91-22 du 25 mars 1991 a posé un socle juridique et éthique solide en Tunisie. Elle a permis de sauver des milliers de vies depuis sa promulgation. Toutefois, son efficacité reste limitée par d’importants obstacles pratiques et sociétaux.Les fondements majeurs de cette loi sont la sécurisation du cadre légal et éthique : Elle encadre strictement le don d’organes selon les principes d’anonymat, de gratuité et de bénévolat, interdisant tout commerce ou trafic d’organes.La consécration de la mort encéphalique  permet le prélèvement d’organes sur des personnes décédées en état de mort cérébrale (donneur cadavérique), condition indispensable pour prélever des organes vitaux comme le cœur, le foie ou les poumons.L’encadrement du don entre vivants  protège le donneur vivant (ex. greffe rénale) grâce à une procédure rigoureuse : donneur majeur jouissant de ses capacités mentales, consentement éclairé devant le tribunal et examen psychiatrique.

Malgré ce texte avant-gardiste à son époque, les listes d’attente ne cessent de s’allonger en raison d’une pénurie sévère d’organes, qui s;explique par  veto familial : Bien que la loi repose en théorie sur le principe du consentement présumé (tout citoyen est présumé donneur sauf refus exprimé de son vivant), l’article 3 exige la non- opposition de la famille proche (conjoint, enfants, parents). En pratique, le refus des familles au moment du décès demeure extrêmement élevé. La réticence de la population face au prélèvement sur cadavre découle souvent d’idées reçues et de blocages culturels.

Pour que le cadre légal permette d’épargner davantage de patients en attente de greffe, plusieurs réformes sont régulièrement évoquées par les experts de santé, notamment la révision de l’application du consentement présumé en clarifiant la loi pour éviter que l’opposition familiale ne prévale sur une volonté individuelle préalable (ex. mention officielle sur la carte d’identité).

 Quelle analyse pouvez-vous faire sur ces taux très bas et sur les réticences des donneurs potentiels ?

Malgré des avancées techniques réelles de la part des équipes de transplantation, la Tunisie fait face à un sous-emploi structurel de son potentiel de prélèvement sur donneurs en état de mort cérébrale(seule une minorité des cas de mort cérébrale identifiés en réanimation aboutit à un prélèvement

effectif). Les freins et réticences majeurs s’expliquent par plusieurs facteurs combinés : l’opposition familiale : C’est  l’obstacle principal au moment du deuil. Les considérations religieuses et éthiques : Bien que les instances religieuses tunisiennes et internationales aient clairement établi l’;innocuité et la noblesse du don d’organes au nom de la préservation de la vie, des croyances populaires erronées concernant le respect de l’intégrité du corps du défunt continuent de freiner les décisions (bien que ces considérations soient de moins en moins évoquées).Le  déficit de communication est préalable . La majorité des citoyens ne fait pas connaître son choix(mention « Donneur » sur la carte d’identité nationale ou discussion explicite en famille). En l’absence de directive claire laissée par le défunt, les proches préfèrent s’abstenir par prudence moralisatrice. L’;annonce de la mort cérébrale et la demande de prélèvement nécessitent une formation ciblée à la relation d’aide et au dialogue en réanimation.

Combien de malades ont besoin actuellement de greffe d’organes vitaux (cœur, foie, poumon, rein) ou de cornée en Tunisie ?

La liste d’attente des patients insuffisants rénaux chroniques nécessitant une transplantation compte actuellement environ 1 600 personnes. Pour le cœur et le foie, une cinquantaine de personnes sont inscrites sur les listes d’attente actives.La liste d’attente pour la greffe de cornée  dépasse 1 700 patients.Ce chiffre d’une cinquantaine de patients inscrits pour le cœur, le foie ou le poumon ne reflète pas l’absence de besoin, mais constitue un biais de mortalité précoce. En l’absence d’organes disponibles et d’alternatives de suppléance au long cours (contrairement à la dialyse pour le rein), un grand nombre de patients en défaillance cardiaque ou hépatique aiguë décèdent dans un délai inférieur à un an avant d’avoir pu être inscrits durablement ou greffés.

L’écart entre le nombre de patients en attente et le nombre de transplantations réalisées chaque année demeure un enjeu majeur. Pour certains patients, l’attente peut se prolonger pendant plusieurs années, avec un risque de perte de chance et de décès avant l’accès à la transplantation. Le développement durable de la transplantation repose ainsi sur l’amélioration de l’ensemble de la chaîne du don, depuis l’identification précoce des donneurs potentiels jusqu’à l’accompagnement des familles et à la réalisation des greffes. Le renforcement de la sensibilisation de la population, la formation des professionnels de santé et l’amélioration continue de la coordination entre les différents intervenants constituent des leviers essentiels pour répondre aux besoins croissants des patients.

Comment sensibiliser et informer sur le processus de transplantation et de greffe? Quelles sont les actions que vous entreprenez au sein de votre centre national pour la promotion de la transplantation d’organes ?

Le projet de greffe d’organes n’est pas uniquement un projet de santé, mais un projet sociétal faisant intervenir l’ensemble des composantes de la société. De ce fait, la sensibilisation doit être variée et cibler différents axes : la sensibilisation du grand public  à travers  tout le territoire national et  l’organisation d’événements grand public à fort impact (ex. « Les Foulées Vertes »). Des actions ciblées  doivent toucher le  milieu  scolaire et universitaire  avec une sensibilisation au niveau des écoles et des universités afin d’introduire dans les manuels éducatifs l’importance du don, d’entraide et d’aide d’autrui. Les campagnes audiovisuelles et médias dédiés au don d’organes. sont importantes . Il faudrait impliquer les  guides spirituels et promouvoir  le discours d’entraide et le don d’organes lors des prêches du vendredi dans les mosquées. La société civile doit être impliquée avec l’ Organisation de rencontres et de séminaires associant professionnels de santé, juristes, théologiens et associations civiles (notamment le Croissant-Rouge tunisien, le mouvement des Scouts et les associations de patients greffés) sans oublier l’ incitation des citoyens à exprimer leur choix de leur vivant en faisant apposer la mention « Donneur » sur leur Carte d’Identité Nationale (CIN)lors de sa délivrance ou de son renouvellement auprès des services de la sécurité nationale, et surtout à en discuter ouvertement en famille

                               Kamel Bouaouina

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Eduquer à l’écocitoyenneté : agir localement, concrètement… et penser globalement

La proximité favorise l’intérêt et les possibilités d’initiatives concrètes. L’Association d’Education Relative à l’Environnement de Hammamet (AERE) est une association locale très active. Elle enchaîne depuis sa création en 2001 les projets de qualité.

A titre d’exemple, en l’espace de quelques mois, elle a conçu et réalisé une exposition virtuelle sur l’écosystème marin méditerranéen intitulée «Sauvons la Méditerranée», initié la création du réseau associatif local de Hammamet, pris une part active aux travaux de la Conférence des parties du projet RESMYLE, mobilisé des centaines de jeunes lors de la campagne «J’adopte un arbre», organisé un campus euro-méditerranéen pour la création d’un circuit de découverte du Centre culturel international de Hammamet et un autre pour l’élaboration d’un guide des bâtiments patrimoniaux de Hammamet, achevé la création d’une éco-école pilote, créé l’éco-incubateur «DEMARRI» pour accompagner les jeunes éco-entrepreneurs et édité de nombreux supports didactiques sur le patrimoine naturel et culturel de la ville de Hammamet. Le capital de sympathie dont elle jouit n’est aucunement le fruit du hasard. Et pour cause : ses actions, même les plus modestes d’entre elles, obéissent à une pédagogie de projet et visent à obtenir l’implication effective du citoyen, condition sine qua non de leur réussite. De plus, dans ses projets de proximité, l’AERE réserve toujours une place importante aux actions de terrain qui se soldent par une réalisation concrète de proximité au profit des bénéficiaires et qui ont un impact immédiat sur leur cadre de vie.
 
Investir dans la jeunesse et l’interculturel
 «C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents», (G. Bernanos). Chantiers internationaux, campus euro-méditerranéens, manifestations de jeunesse…. sont autant d’évènements qui permettent aux jeunes de cultures différentes de se rencontrer, de partager idées et expériences et de participer à un projet de développement local», précise Dr Salem Sahli, président de l’AERE.
«Ces activités à l’adresse des jeunes, ajoute-t-il, favorisent l’exercice local de la citoyenneté et permettent aux jeunes volontaires débordant d’enthousiasme et d’énergie positive de s’impliquer davantage sur le terrain et d’apporter leur propre pierre à l’édifice que nous voulons tous construire : un monde plus juste, plus humain et plus agréable. L’éducation à la citoyenneté, à l’environnement, à la santé, l’éducation sportive, artistique, scientifique, éducation, religieuse… doivent se croiser, se conjuguer pour que les élèves d’aujourd’hui deviennent les éco-citoyens de demain. Lorsqu’on invitera le professeur d’histoire, d’arabe, de mathématiques, d’économie… à faire de l’éducation à l’environnement, alors là, on entrera vraiment dans la dimension environnementale globale. Les puristes disent systémique».
 
Quel est l’environnement envisagé ?
De l’école au quartier et du quartier à la ville, le but n’est pas de donner aux enfants et aux jeunes des connaissances théoriques, mais bien de les amener à appréhender autrement leur quartier et leur ville avec l’appui de ceux qui sont des repères dans la vie de quartier (écoles, associations, commerces, services municipaux…). N’est-ce pas là la meilleure façon de réveiller en eux une citoyenneté endormie et de mettre en place une gestion du cadre de vie plus performante ? Surtout ne pas oublier d’évaluer les activités entreprises. Selon Dr Salem Sahli, «trois questions méritent d’être posées à ce propos : quel est l’environnement envisagé ? Il faudrait avoir travaillé aussi bien dans l’environnement naturel que dans l’environnement anthropique. Quels sont les objectifs éducatifs ? Développer des connaissances, des savoir-faire, mais aussi des savoir-être, des compétences transversales (apprendre à apprendre) et des comportements environnementaux. Enfin, quelles sont les méthodes pédagogiques employées ? Au minima, a-t-on évité la simple «transmission de matières ». Et pour quels résultats ? Au minimum, susciter l’intérêt et accroître la sensibilisation (le Smic) ou mieux, changer le comportement. Mais quand les attitudes reposent sur des principes, des valeurs et des dimensions morales, alors nous pourrons dire que l’éducation à l’écocitoyenneté aura atteint son but ultime.

Kamel BOUAOUINA
 

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Ligue 1 (2e journée) : le Club Africain confirme, l’US Monastir et le CS Sfax se relancent

Le Club Africain a signé, samedi, un deuxième succès consécutif dans le championnat de la Ligue 1 du football professionnel, édition 2026-2027, en s’imposant face à l’ES Hammam-Sousse sur le plus petit des scores (1-0). Un but de Moataz Zaddem, inscrit à la 88e, a permis aux clubistes de prendre seuls la tête du classement avec 6 points, confirmant leur bonne entame de saison.

Dans les autres rencontres de la journée, l’US Monastir et le CS Sfaxien ont enfin décroché leur premier succès de l’exercice, lançant ainsi leur saison après des débuts mitigés.

A Monastir, les locaux ont dominé le Stade Tunisien (2-1). Raed Bouchniba a ouvert le score pour les usémistes à la 34e, avant que Salah Barhoumi ne double la mise juste avant la pause (45e). Wael Ouerghemmi avait pourtant égalisé pour le Stade Tunisien à la 31e, mais les insulaires du club de la capitale du Ribat ont su préserver leur avance pour décrocher les trois points.

A Sfax, le CS Sfaxien a également renoué avec la victoire aux dépens de l’ES Zarzis (2-1). Mohamed Trabelsi a ouvert le score dès la 23e, suivi d’un second but signé Iyed Belwafi à la 56e. Les « Accaras » ont réduit l’écart en toute fin de rencontre par Hedi Jertila dans le temps additionnel (90e+3), mais cela n’a pas suffi à sauver le match.

Enfin, à La Marsa, l’AS Marsa et le PS Sakiet Eddaier se sont neutralisés (0-0). La rencontre a toutefois été marquée par l’expulsion d’Hamza Rebii (PS Sakiet Eddaier) à la 83e, mais les visiteurs, réduits à dix, ont tenu le nul et conservent leur invincibilité.

Dimanche, la suite de la 2e journée avec quatre rencontres au programme : la JS Omrane accueille l’Espérance de Tunis au Zouiten, le CS Hammam-Lif reçoit le CA Bizertin, l’Olympique de Béja affronte l’US Ben Guerdane, tandis que l’Etoile du Sahel, en quête de sa première victoire, croisera le fer avec l’ES Métlaoui à Sousse.

(D’après TAP)

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« Takbira  » de Montasser Bezzez captive le grand public au Fort d’Hammamet 

« Takbira  »  est un rituel musical et spirituel collectif issu du mysticisme soufi, particulièrement célèbre en Tunisie et au Maghreb. C’est une célébration sacrée qui mêle louanges divines, invocations des saints et transes rythmiques. Ce spectacle organisé par l’Association de sauvegarde de la Médina d’Hammamet,produit par l’artiste Montasser Bezzaz et mis en scène par Houssem Sahli, a été présenté au Fort d’Hammamet devant une assistance nombreuse.

Cette représentation, véritable moment artistique et spirituel, a mêlé l’atmosphère festive de l’anniversaire du Prophète à des expressions musicales et dévotionnelles, le tout dans le cadre historique et architectural exceptionnel du Bordj d’ Hammamet. Fidèle à sa démarche, Montassar Bezzaz  convoquait les traditions tout en les réinventant, offrant au grand public cosmopolite un patrimoine réinventé, où l’empreinte du passé se réaffirmait avec la fougue du présent.L’atmosphère a transporté le public dans un univers de sérénité et d’extase spirituelle, évoquant la profonde signification humaine et spirituelle de l’anniversaire du Prophète.

Au cœur de cette fresque musicale, les voix notamment d’ Abderrazak Asmi, Abdejabar Laribi, Maher Daoud, Borhane Bey, Néji Gueddiche, Mtir Haouel et Ridha Gabsi  ont entonné chants sacrés , enveloppant l’assistance d’une atmosphère de recueillement et d’élévation .Avec des chants envoûtants transmis et appris par coeur au fil des générations comme “Nadou lbabakom”, “Ellil zahi”, “raies lebhar”, “Fares Baghdad”, Montassert a ravivé la mémoire collective, en lui offrant une nouvelle respiration. La fusion entre instruments orientaux et occidentaux offre des sonorités modernes un peu rock, un peu jazzy qui participent à l’évolution d’un patrimoine musical longtemps relégué aux confréries et lui donne plus de relief. En somme, Takbira est un spectacle visuel gai et joyeux, un festival de couleurs, de senteurs et de musique authentique qui a enflammé le public hammamettois

                                  Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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Entre chaleur et manque d’eau : un tiraillement de trop

Le citoyen tunisien n’est pas du tout à envier ces jours-ci, étant donné qu’il traverse une crise exceptionnelle où il s’est retrouvé entre le marteau et l’enclume. Et pour le dire plus clairement, entre une chaleur quotidienne diurne et nocturne qui perdure depuis au moins un mois et demi et un manque d’eau embouteillée représenté par de petites apparitions qui ne suffisent pas à étancher une soif devenue permanente. La malchance et l’anachronisme qui déterminent désormais l’existence du citoyen tunisien lambda y sont légion et irritent la vie de ce dernier. Pourtant, il en a vu passer auparavant des périodes similaires au niveau des températures très élevées durant les étés. Mais il s’y est ajouté, en l’an de grâce 2026, aussi bien le problème des coupures de l’eau de robinet, que celui de la disparition de l’eau en bouteilles qu’il avait cru impossible de tarir.

La chaleur, la soif, en plus de la pénible recherche parfois superflue en ville d’une bouteille d’eau, ont rendu sa vie tristounette et banale. Et si la chanson dit que «La vie est une histoire d’amour», son histoire à lui est devenue «Une histoire d’eau» dans un contexte plutôt douloureux, tout à fait à l’opposé de celle que raconte le court métrage du même titre réalisé en 1958 par Jean Luc Godard et François Truffaut. Là où l’héroïne fuit le déluge de la pluie. Ici et maintenant, et sous nos cieux, les choses se passent à l’opposé car le citoyen est à la recherche d’une goutte d’eau à boire dans une chaleur torride. Et même s’il pleut, la situation ne changera pas d’une once. Tout semble stagner et n’est pas sans provoquer la peur chez tout un chacun. Etat stationnaire, comme déclaré par un médecin à propos de l’état de santé de son patient. Entre la peur et l’espérance, l’espoir doit-il demeurer ? Dans un contexte et des circonstances un peu trop exceptionnels.

Lotfi BEN KHELIFA

 

 

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Semmama s’invite au Sommet mondial sur la lutte contre la désertification : restaurer les terres, restaurer l’espoir!

La question de la désertification est entrée dans l’agenda mondial lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992. La COP17 organisé en Mongolie  ne doit pas seulement proclamer une nouvelle déclaration, mais définir des principes communs : systèmes d’alerte précoce, évaluation des risques, planification nationale, gestion intégrée de l’eau, financement et partage des données scientifiques.Le choix de la Mongolie n’est pas seulement symbolique. Avec 1,5 million de km2, , ce vaste pays compte parmi les territoires les plus exposés à la dégradation des terres Sécheresses, surpâturage, tempêtes de poussière , fragilisent directement le modèle pastoral. Le nombre annuel de jours de tempêtes de sable et de poussière a plus que triplé depuis les années 1960.

A cette occasion, la Mongolie a renforcé la mobilisation du public et la participation des jeunes à travers des dialogues nationaux et des activités de sensibilisation. Adnen Helali est un acteur et poète tunisien. Il est le fondateur du Centre Culturel Semmama dans la région Kasserine au centre-ouest de la Tunisie. ll participe à la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD/UNCCD) à Oulan-Bator, notamment dans le cadre de la Caravane mondiale de la Route de la Soie et de la promotion du pastoralisme et des territoires ruraux.

Sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir », la COP17 , organisée à Oulan-Bator, cherche à accélérer la restauration des écosystèmes dégradés, renforcer la résistance aux sécheresses et mobiliser des financements pour les pays les plus touchés par la désertification. A cette occasion, la « Journée de Semmama… Résister à la désertification culturelle », a été organisée le mardi 25 août dans l’espace vert du Sommet dans le cadre du Sommet mondial sur la lutte contre la désertification à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, parrainée par  Adnen Helali, un acteur et poète tunisien et le fondateur du Centre Culturel Semmama dans la région Kasserine..« Cette COP17 nous rappelle une vérité essentielle : lorsque nous restaurons la terre, nous restaurons aussi l’espoir » précise Adnane Helali. « Aujourd’hui, nous souhaitons porter la voix de Sammama, une région qui connaît les défis de la sécheresse, de la dégradation des terres et de la fragilité des ressources naturelles, mais qui possède également une richesse extraordinaire : ses populations, son savoir-faire, ses terres et sa capacité à construire un avenir durable.La désertification n’est pas seulement une question environnementale. Elle touche directement la vie des populations. Elle affecte l’agriculture, l’eau, l’emploi, la sécurité alimentaire et les conditions de vie des générations futures.C’est pourquoi nous devons passer des engagements à l’action.

Pour Sammama, cela signifie investir dans la restauration des terres, améliorer la gestion de l’eau, soutenir les agriculteurs et les communautés locales, protéger les parcours et développer des pratiques agricoles adaptées aux conditions climatiques.Cela signifie également donner une place centrale aux jeunes et aux femmes, car ils ne doivent pas être uniquement les bénéficiaires des politiques environnementales : ils doivent être des acteurs de leur conception et de leur mise en œuvre.La présence de la Mongolie à la tête de cette COP17 est particulièrement symbolique. Près de 77 % du territoire mongol est considéré comme dégradé, ce qui montre que la dégradation des terres est un défi qui dépasse les frontières et concerne toutes les régions du monde »

Et d’ajouter « Nous ne demandons pas seulement de protéger nos terres. Nous demandons de leur donner un avenir.Nous appelons à renforcer la coopération internationale, à mobiliser les financements nécessaires et à transformer les engagements internationaux en projets concrets sur le terrain.Sammama peut devenir un exemple de résilience, de restauration et d’innovation.Ensemble, nous pouvons restaurer nos sols, préserver notre eau, renforcer notre sécurité alimentaire et offrir à nos jeunes une raison de rester, de créer et de construire leur avenir chez eux.La terre n’appartient pas seulement à notre génération. Nous l’empruntons aux générations futures.Faisons donc de cette COP17 un moment de décision et d’action ».

La désertification n’est pas seulement un phénomène environnemental.

L’idée centrale défendue par Helali est particulièrement intéressante : la désertification n’est pas seulement un phénomène environnemental. La protection des parcours pastoraux passe aussi par la préservation de la mémoire, des savoir-faire, de la culture et des modes de vie des communautés rurales.La journée de Semmama constitue donc une manière de porter l’expérience tunisienne de Semmama sur la scène internationale, dans le cadre de la COP17, dont le thème est « Restaurer les terres, restaurer l’espoir ». Cette journée s’est ouverte  par la présentation de son nouveau recueil de poésie, « Le vent garde nos traces », avec la participation de la chanteuse mongole Enkhgerel Shinzorig, de la poétesse indienne Barnet Kaur, de la chanteuse malienne Inna Modja et du guitariste français William Fourny, en présence de M. Ts. Iderbat, ministre mongol de l’Alimentation, de l’Agriculture et de l’Industrie légère. Le programme s’est poursuivi avec la projection du film documentaire If the Rangelands Could Speak, réalisé par l’Allemande Lizzy Gable, qui retrace le parcours de la Silk Road Caravan, à laquelle Adnen Helali a participé, de la Turquie jusqu’en Mongolie. La journée a également  été l’occasion de présenter l’œuvre d’artisanat « Année internationale des parcours et des pasteurs en vert », réalisée par les artistes Marwa Gdima, Oumaima Boulaares et Khaled Khayatai, en collaboration avec des artisanes de Djebel Semmama et de Bir El-Kassâa. Les distinctions « Soleil de Semmama » ont été remises à plusieurs personnalités et artistes ayant marqué cette rencontre, parmi lesquels : M. Ts. Iderbat, ministre mongol de l’Alimentation, de l’Agriculture et de l’Industrie légère, la photographe sud-africaine Kiara Worth, dont les images prises pendant le Sommet sont devenues l’une des principales mémoires visuelles de l’événement ,la  troupe d’Oulan-Bator du patrimoine nomade, qui préserve la rare tradition musicale du khöömii, inspirée des sons de la nature et Burmaa Dashbal, présidente de l’organisation Green Rangeland Gold, et l’une des personnalités ayant contribué à porter l’initiative de l’Année internationale des parcours et des pasteurs.

                                Kamel Bouaouina

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L’intelligence artificielle entre dans le cabinet médical : quand le médecin n’est plus seul

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Pendant des siècles, la consultation médicale a reposé sur une relation presque sacrée entre deux êtres humains : un patient qui confie sa souffrance et un médecin qui écoute, observe, analyse et décide. Le cabinet médical était un espace où la parole, le regard et l’expérience du praticien occupaient une place centrale. Aujourd’hui, une nouvelle présence s’installe progressivement dans cette relation : l’intelligence artificielle. Invisible mais puissante, elle accompagne désormais le médecin dans son raisonnement, l’aide à interpréter des données complexes, à détecter certaines anomalies et à proposer des pistes thérapeutiques.

Cette transformation ne signifie pas que la machine remplace le médecin. Elle introduit plutôt une nouvelle forme de collaboration où l’intelligence humaine s’appuie sur une intelligence numérique capable de traiter en quelques secondes des volumes considérables d’informations. Le médecin du XXIᵉ siècle pourrait ainsi devenir un professionnel augmenté, capable de combiner son expérience clinique, son intuition et les capacités analytiques des systèmes intelligents.

Mais cette révolution médicale soulève aussi de nombreuses interrogations. Une consultation assistée par l’intelligence artificielle représente-t-elle un progrès absolu ? Peut-elle améliorer la qualité des soins sans fragiliser la dimension humaine de la médecine ? Jusqu’où peut-on confier une partie du raisonnement médical à des algorithmes ? Ces questions dépassent la simple technologie : elles concernent notre vision même de la santé et de la relation entre l’homme et la machine.

 

Une nouvelle alliée pour le diagnostic médical

L’une des applications les plus prometteuses de l’intelligence artificielle en médecine concerne l’aide au diagnostic. Le médecin doit souvent prendre une décision à partir d’un ensemble complexe d’éléments : symptômes décrits par le patient, résultats biologiques, images médicales, antécédents familiaux et évolution de la maladie. Cette accumulation d’informations peut parfois rendre l’analyse difficile, même pour un spécialiste expérimenté.

L’intelligence artificielle possède une capacité remarquable à analyser rapidement des milliers de données médicales et à identifier des correspondances invisibles à l’œil humain. Dans certains domaines comme la radiologie, elle peut détecter des anomalies sur des images médicales avec une grande précision et attirer l’attention du médecin sur des zones nécessitant une analyse approfondie.

Cette assistance peut permettre un diagnostic plus précoce de certaines maladies, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les pathologies rares. Elle offre également une possibilité importante dans les régions où l’accès aux spécialistes est limité. Un médecin généraliste pourrait bénéficier d’un outil capable de l’orienter vers des hypothèses diagnostiques plus précises et de réduire ainsi les risques d’erreurs.

Cependant, il faut comprendre que l’intelligence artificielle ne possède ni conscience médicale ni expérience humaine. Elle reconnaît des modèles, compare des données et calcule des probabilités, mais elle ne ressent pas la souffrance d’un patient, ne comprend pas toujours son contexte social ou psychologique et ne peut remplacer le jugement humain.

 

Le médecin augmenté, une médecine plus efficace mais toujours humaine

L’arrivée de l’intelligence artificielle transforme progressivement le rôle du médecin. Celui-ci ne sera peut-être plus seulement celui qui cherche une information ou établit seul un diagnostic, mais celui qui interprète, explique et accompagne. La valeur du médecin ne disparaît pas, elle évolue.

Une machine peut suggérer plusieurs traitements possibles, mais seul le médecin connaît réellement son patient dans sa globalité. Deux personnes atteintes de la même maladie peuvent avoir des situations totalement différentes : âge, mode de vie, contraintes familiales, préférences personnelles ou capacité à supporter certains traitements. La médecine ne se résume pas à appliquer une formule mathématique, elle est aussi une science humaine.

La consultation médicale assistée par l’intelligence artificielle pourrait même renforcer la relation entre le médecin et le patient. En automatisant certaines tâches administratives, en facilitant la rédaction des dossiers médicaux ou en accélérant l’analyse des examens, elle pourrait libérer davantage de temps pour l’écoute et le dialogue. Le médecin pourrait consacrer moins d’énergie aux procédures techniques et davantage à ce qui constitue l’essence de son métier : comprendre l’être humain derrière la maladie.

Cette évolution exige toutefois une nouvelle formation des professionnels de santé. Le médecin de demain devra comprendre les principes de fonctionnement des outils numériques, connaître leurs limites et savoir quand leur faire confiance ou, au contraire, remettre en question leurs recommandations.

 

Les dangers d’une médecine trop dépendante des algorithmes

Comme toute grande innovation, l’intelligence artificielle médicale comporte des risques. Le premier concerne la dépendance excessive à la technologie. Si un médecin suit systématiquement la recommandation d’un système informatique sans exercer son propre jugement, la médecine risque de perdre une partie de son esprit critique.

Les algorithmes ne sont pas neutres. Ils sont conçus à partir de données collectées dans certaines populations et peuvent parfois reproduire des erreurs ou des biais présents dans ces données. Un système entraîné principalement sur des patients d’un continent ou d’un groupe particulier peut être moins performant dans d’autres contextes. La qualité des données utilisées devient donc une question essentielle.

La protection des informations médicales constitue également un défi majeur. Les dossiers de santé contiennent des données extrêmement sensibles sur les individus. Leur utilisation par des systèmes d’intelligence artificielle nécessite des garanties fortes concernant la confidentialité, la sécurité et le respect de la vie privée.

Une autre question fondamentale concerne la responsabilité. Si une intelligence artificielle propose une recommandation erronée qui entraîne une mauvaise décision médicale, qui est responsable ? Le médecin ? Le concepteur du logiciel ? L’établissement de santé ? Ces questions juridiques et éthiques devront trouver des réponses claires avant une utilisation généralisée de ces technologies.

 

Vers une médecine où l’homme et la machine collaborent

L’avenir de la médecine ne sera probablement pas celui d’un remplacement du médecin par une machine, mais celui d’une coopération intelligente entre deux formes de savoir. L’intelligence artificielle possède la puissance du calcul, la rapidité d’analyse et la capacité de mémoriser une quantité immense d’informations. Le médecin possède l’empathie, l’expérience, la compréhension humaine et la capacité de prendre en compte la complexité d’une vie.

Cette complémentarité pourrait ouvrir une nouvelle époque médicale. La médecine pourrait devenir plus personnalisée, plus préventive et plus précise. Au lieu d’attendre l’apparition des maladies, les systèmes intelligents pourraient aider à identifier les risques avant qu’ils ne deviennent visibles, permettant ainsi une approche davantage orientée vers la prévention.

Mais cette révolution doit rester guidée par une idée essentielle : la technologie doit servir l’homme et non l’inverse. La santé n’est pas seulement une accumulation de données biologiques, elle concerne une personne avec ses émotions, ses inquiétudes et son histoire. Une consultation réussie ne dépend pas uniquement de la précision d’un diagnostic, mais aussi de la confiance qui unit le patient à celui qui le soigne.

L’intelligence artificielle représente donc une chance exceptionnelle pour améliorer la médecine, à condition de l’intégrer avec prudence et responsabilité. Le médecin de demain ne sera pas celui qui aura été remplacé par une machine, mais celui qui saura utiliser cette nouvelle intelligence pour devenir encore plus humain.

La véritable révolution médicale ne sera pas la victoire de l’intelligence artificielle sur l’intelligence humaine, mais la rencontre harmonieuse entre deux capacités différentes au service d’un même objectif : mieux comprendre, mieux soigner et mieux accompagner l’être humain.

 

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Hôpital numérique, un an après :  un bilan satisfaisant

«L’Hôpital numérique a permis, durant sa première année de fonctionnement, la réalisation de 120.000 examens d’imagerie médicale à distance dans 26 établissements hospitaliers», a révélé le ministère de la Santé.

Dans un communiqué, le ministère a précisé que ce dispositif a également permis d’assurer 334 consultations et 22 expertises médicales à distance, couvrant sept spécialités médicales et 17 gouvernorats.

Au-delà du nombre d’actes réalisés, le ministère de la Santé a souligné le niveau élevé de satisfaction des bénéficiaires, avec un taux de 92% concernant les consultations médicales à distance. Le communiqué a, en outre, indiqué que seuls 5% des cas pris en charge ont nécessité une hospitalisation.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a mis en avant les résultats de la plateforme «Njda.tn», lancée le 12 août 2025. Cette plateforme permet de détecter précocement les infarctus du myocarde et d’alerter instantanément les équipes médicales, favorisant ainsi une intervention rapide, essentielle pour sauver des vies et limiter les complications.

«Depuis son lancement, Njda.tn a permis d’assurer le suivi de plus de 4.000 cas d’infarctus aigu du myocarde», a indiqué le ministère.

En outre, le ministère a affirmé que la première prise en charge à distance d’un accident vasculaire cérébral (AVC) a été réalisée depuis Médenine.

«Le patient a été évalué à distance par une équipe médicale spécialisée et a pu bénéficier du traitement en moins d’une heure», a affirmé le ministère.

Vers un renforcement du partenariat tuniso-allemand

Dans le cadre de la dynamique engagée pour accélérer la transformation numérique du secteur de la santé, le ministère de la Santé entend renforcer ses partenariats internationaux afin de tirer pleinement parti des nouvelles technologies, notamment la télémédecine et l’intelligence artificielle.

À ce sujet, une séance de travail tuniso-allemande consacrée à la santé numérique et à l’intelligence artificielle s’est tenue le 12 août 2026.

Le ministère de la Santé a indiqué que la rencontre a notamment porté sur les projets communs et les perspectives d’élargissement du partenariat, en particulier dans les domaines de la numérisation de la santé, de la télémédecine, de l’intelligence artificielle et de l’innovation.

Par ailleurs, les avancées réalisées dans le cadre de l’Hôpital numérique ont également été évoquées, ainsi qu’un certain nombre de projets visant à rapprocher les services de santé des citoyens, à faciliter leur accès aux soins et à améliorer la qualité de leur prise en charge.

 

27,3 millions d’euros pour moderniser le système de santé et développer la télémédecine

Dans cette perspective, il convient de rappeler que l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a approuvé, en février 2026, un projet de loi portant approbation de la convention de prêt conclue entre la République tunisienne et l’Agence française de développement (AFD), en vue de contribuer au financement du programme de soutien à la santé électronique «E-Santé».

Ce programme bénéficie d’un financement de 27,3 millions d’euros, destiné à accompagner le déploiement de la santé numérique en Tunisie et à accélérer la modernisation du système de santé.

Le programme «E-Santé» ambitionne de moderniser en profondeur le système d’information sanitaire, avec pour objectif d’améliorer la prise en charge des patients et de renforcer la qualité des services proposés par les établissements hospitaliers publics. Plus largement, il s’inscrit dans une dynamique de réforme, de modernisation et de transformation numérique du secteur de la santé.

Concrètement, le programme repose sur trois axes majeurs. Le premier porte sur la modernisation et la sécurisation des systèmes d’information des établissements de santé, avec leur déploiement dans 24 hôpitaux universitaires.

Le deuxième axe concerne le soutien au développement et à la mise en œuvre de cinq initiatives régionales de télémédecine, couvrant le Nord, le Centre et le Sud du pays. Cette composante vise notamment à réduire les disparités régionales en matière d’accès aux soins spécialisés et à rapprocher l’expertise médicale des patients, quelle que soit leur région de résidence.

 Le troisième axe prévoit un renforcement des capacités institutionnelles dans le domaine de la santé électronique, afin d’accompagner durablement la transformation numérique du système de santé et de consolider les acquis du programme.

Nouha MAINSI



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