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Le soin au plus près des femmes des caravanes de l’ONFP pour raccourcir le chemin vers la santé

Dans les campagnes tunisiennes, l’accès aux soins ne se mesure pas seulement en kilomètres. Il se joue aussi dans les transports, l’argent, la garde des enfants, le travail domestique et la capacité à franchir les portes d’un système de santé parfois trop éloigné des réalités quotidiennes.

À Somâa, au gouvernorat de Nabeul, la journée commence avant le soleil. Chez Moufida, 27 ans, il y a le pain à préparer, les enfants à réveiller, la maison à ranger et le repas à penser. Deux jeunes enfants donnent au temps une autre mesure. Une heure n’est jamais seulement une heure : elle appartient déjà aux enfants, au mari, à la maison et à l’épicerie familiale.

Mariée depuis trois ans, Moufida partage ses journées entre le foyer et le petit commerce que tient son mari. Dès le début de l’après-midi, elle le rejoint derrière le comptoir. Elle range, sert, surveille, repart parfois chercher quelque chose. Le soir, il faudra encore rentrer, préparer le dîner, s’occuper des enfants et recommencer.

Puis il y a eu cette grosseur.

Un gonflement inhabituel sous l’aisselle, une présence nouvelle sous les doigts. Moufida l’a remarquée et s’est inquiétée. Mais elle n’a pas pris rendez-vous.

Non pas parce qu’elle ignore qu’un changement inhabituel sur son corps mérite un avis médical. Elle le sait. Mais elle sait aussi ce que signifie, pour elle, aller consulter à l’hôpital régional de Nabeul.

Sur une carte, Somâa et Nabeul ne sont séparées que d’une vingtaine de minutes. Vingt minutes, presque rien lorsqu’on dispose d’une voiture, d’un revenu stable, d’une journée libre et de quelqu’un pour garder les enfants.

Pour Moufida, ces vingt minutes racontent une autre histoire.

Elle n’a pas de voiture. Pour aller à Nabeul, elle doit espérer qu’un voisin qui travaille en ville accepte de l’emmener. Il faut ensuite trouver son chemin dans l’hôpital, comprendre où aller, attendre. Et pendant ce temps, qui garde les enfants ? Qui prépare le repas ? Qui s’occupe de la maison ? Qui tient l’épicerie ?

La consultation médicale devient ainsi une journée entière à organiser, à négocier, parfois à sacrifier.

Alors Moufida attend.

La grosseur reste là, discrète mais présente. Une inquiétude qu’elle porte derrière le comptoir de l’épicerie, dans sa cuisine, auprès de ses enfants. Elle continue de vivre comme si rien n’avait changé.

C’est précisément là que commence l’une des grandes fractures de la santé en Tunisie : entre le soin qui existe et le soin auquel on peut réellement accéder.

Quand vingt minutes deviennent une frontière

L’histoire de Moufida n’est pas seulement individuelle. Elle s’inscrit dans une réalité territoriale et sociale que les chiffres récents de la santé maternelle et reproductive rendent difficile à ignorer.

Selon l’enquête MICS Tunisie 2023 de l’Institut national de la statistique, 90,6 % des femmes ayant eu une naissance récente ont bénéficié d’au moins une consultation prénatale. Mais derrière cette moyenne nationale, les écarts apparaissent.

Pour les femmes ayant bénéficié d’au moins quatre consultations prénatales, le taux atteint 82,8 % en milieu urbain contre 72,4 % en milieu rural. Plus préoccupant encore, la proportion de femmes n’ayant effectué aucune consultation prénatale est passée de 4,5 % en 2018 à 9,3 % en 2023, atteignant 10,8 % dans les zones rurales.

La carte sanitaire ne suffit donc pas à raconter la réalité. Il faut y ajouter celle des revenus, de l’instruction, des transports, des obligations familiales et du temps disponible.

Les écarts économiques sont particulièrement révélateurs. Dans les ménages les plus riches, 91,5 % des femmes bénéficient d’un suivi prénatal d’au moins quatre consultations. Dans les ménages les plus pauvres, elles ne sont plus que 64,3 %. Le niveau d’instruction creuse lui aussi la différence : le suivi complet concerne 89,3 % des femmes ayant un niveau d’instruction supérieur, contre seulement 49 % des femmes sans instruction ou ayant un niveau préprimaire.

Derrière ces pourcentages, il y a des décisions quotidiennes : reporter une consultation parce que le transport coûte trop cher, attendre que le mari soit disponible, renoncer faute de personne pour garder les enfants, craindre de perdre une journée de travail ou simplement considérer que sa propre santé peut attendre.

L’inégalité sanitaire s’installe ainsi rarement sous la forme spectaculaire d’un refus. Elle naît plutôt d’une succession de petits obstacles qui finissent par rendre le soin inaccessible.

La santé sexuelle et reproductive est particulièrement révélatrice de cette réalité. Elle englobe la contraception, la planification familiale, la prévention, le dépistage, l’information et, plus largement, la possibilité pour chaque femme de disposer de son corps et de prendre des décisions éclairées concernant sa santé.

Selon la MICS 2023, 69 % des femmes mariées en âge de procréer ont leurs besoins de planification familiale satisfaits par des méthodes modernes, contre 62,8 % en 2018. Mais 16,1 % expriment encore des besoins non satisfaits en matière de contraception moderne. Dans certaines régions, notamment dans le Sud-Est, cette proportion atteint 23,4 %.

Ces chiffres disent une chose essentielle : l’existence d’un service ne garantit pas son accessibilité.

Les données de l’Office national de la famille et de la population montrent pourtant l’importance de la demande. En 2023, 889 318 femmes ont bénéficié de services de planification familiale, dont 855 571 femmes en âge de reproduction. Lorsque les services sont proches, connus et accessibles, les femmes les utilisent.

Le problème est donc aussi celui de la continuité, de la proximité et de la capacité du système à aller vers celles qui restent en dehors de son rayon effectif.

Aller vers les femmes plutôt que leur demander de franchir les obstacles

À Somâa, le problème de Moufida pourrait être résumé par une distance : vingt minutes.

Mais cette distance n’est qu’une apparence. Entre sa maison et l’hôpital, il y a le transport, l’argent, les enfants, le travail domestique, le commerce, l’information et cette forme de renoncement qui naît lorsque chaque consultation exige une organisation disproportionnée.

C’est dans cet espace que les services mobiles et les caravanes de santé peuvent prendre une autre dimension.

Ils ne devraient pas être considérés comme de simples opérations ponctuelles venant, le temps d’une journée, réparer les insuffisances d’un territoire. Ils peuvent devenir un véritable outil de politique publique lorsqu’ils sont intégrés à un dispositif durable de prévention, d’orientation et de suivi.

Pour Nesrine Dali, spécialiste en plaidoyer et droits humains au sein de la société civile, la caravane médicale peut précisément servir de point de départ à cette transformation. Elle permet d’aller au-devant des femmes, dans leurs quartiers et leurs communautés, pour parler de santé sexuelle et reproductive sans attendre qu’elles franchissent elles-mêmes la porte d’un établissement de soins.

Mais cette proximité n’a de sens que si elle est suivie d’une véritable continuité des soins.

Une femme examinée pendant une journée de caravane ne doit pas disparaître dans les statistiques du lendemain. Si un problème est détecté, il faut pouvoir l’orienter vers une structure adaptée. Si un suivi est nécessaire, il doit pouvoir être assuré. Si une consultation spécialisée s’impose, le système doit accompagner la patiente jusqu’au prochain niveau de soins.

La proximité devient alors plus qu’un geste humanitaire : elle devient une politique de santé.

Le plaidoyer, lui aussi, change de nature. Les informations recueillies sur le terrain permettent d’identifier les besoins réels, les obstacles récurrents et les territoires où les services sont insuffisants. Ces données peuvent nourrir les décisions publiques, orienter les budgets et plaider pour des unités mobiles régulières plutôt que pour des interventions exceptionnelles.

Il ne suffit donc plus de demander aux femmes rurales de venir vers le système. Il faut aussi interroger la capacité du système à aller vers elles.

Car le droit à la santé ne commence pas au moment où une femme arrive au guichet d’un hôpital. Il commence bien avant : lorsqu’elle sait où aller, lorsqu’elle peut s’y rendre, lorsqu’elle peut s’absenter de ses obligations sans mettre son foyer en difficulté et lorsqu’elle sait qu’une consultation ne sera pas le début d’un parcours administratif impossible.

À Somâa, la fin de journée approche. Moufida range les étagères de l’épicerie. Elle pense aux enfants, au dîner, à demain. La vie reprend son cours ordinaire.

Sous son aisselle, pourtant, cette petite masse demeure.

Elle n’a pas disparu parce qu’elle n’a pas été examinée.

C’est peut-être cela, la véritable distance qui sépare Moufida du soin : non pas les vingt minutes de route entre Somâa et Nabeul, mais tout ce qu’une femme doit mobiliser pour pouvoir les parcourir.

Dans les statistiques nationales, elle est une femme parmi des milliers. Dans la réalité, elle est une mère, une épouse, une travailleuse, une femme qui tient une maison et participe à faire vivre un commerce. Elle est aussi une citoyenne qui devrait pouvoir se soigner sans avoir à choisir entre sa santé et les besoins des siens.

L’enjeu de la santé sexuelle et reproductive en Tunisie se trouve précisément là : rendre effectif un droit qui, sur le papier, existe déjà.

Réduire les distances, ce n’est pas seulement construire davantage de structures. C’est rapprocher les services, renforcer les soins de proximité, développer les unités mobiles, améliorer l’orientation, soutenir les femmes dans les territoires défavorisés et reconnaître le poids invisible du travail domestique dans l’accès aux soins.

Car une société ne mesure pas réellement l’égalité de ses citoyens à la seule présence d’un hôpital sur une carte.

Elle la mesure à la possibilité, pour une femme comme Moufida, de pousser sa porte un matin, de dire qu’elle s’inquiète, de demander à être examinée et de savoir que, cette fois, personne ne lui demandera de choisir entre prendre soin des autres et prendre soin d’elle-même.

Mona BEN GAMRA

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L’intelligence artificielle doit être au service de l’éducation

L’IA devient de plus en plus omniprésente, dans un monde de plus en plus digitalisé. Il est donc important que les programmes d’enseignement s’y adaptent afin de répondre au besoin d’expertise ou de développement de la pensée critique des élèves. Dans le domaine de l’éducation, il est possible d’automatiser certaines activités scolaires. L’intelligence artificielle permet en outre de personnaliser les apprentissages selon les besoins et les capacités d’assimilation de chacun. Par exemple, cette nouvelle technologie peut proposer aux élèves des exercices adaptés à leur niveau d’apprentissage.

De plus, l’IA peut assister le professeur (sans le remplacer) et lui permettre d’identifier dans les classes les individus en situation de difficulté. Cette technologie permet par ailleurs aux enseignants de se libérer des tâches répétitives, ce qui les aide à personnaliser et à approfondir leurs méthodes d’enseignement. L’intelligence artificielle ouvre ainsi la porte à un apprentissage adapté et personnalisable permettant de façonner les parcours de formation et de les orienter selon les retours d’expériences des apprenants.

Les impacts de l’IA sur l’éducation

En se basant sur un triangle pédagogique (l’enseignant, l’apprenant et le savoir), il est possible de catégoriser les impacts de l’IA sur l’éducation.  D’abord sur l’enseignant, l’IA assure le développement de plusieurs technologies qui sont susceptibles de remplacer des tâches prévisibles et répétitives des professeurs. Il s’agit par exemple d’automatiser certaines tâches avec peu de valeur ajoutée, comme les corrections d’examens qui consomment beaucoup du temps des enseignants. Au-delà d’un maître passeur de connaissances, l’enseignant du XXIe siècle est un accompagnateur des élèves et un créateur d’environnement d’apprentissage. L’empathie, la bienveillance, la flexibilité cognitive et le jugement critique sont autant de qualités humaines difficiles à reproduire en intelligence artificielle, qui joue un rôle d’assistance plutôt que de remplacement. Ensuite sur l’élève, l’IA peut proposer des séquences d’exercices ou de cours plus pertinentes. Ainsi, les tuteurs intelligents pourraient prédire le moment où l’élève commence à perdre de l’intérêt et avertir ses enseignants, pour prévenir une éventuelle baisse de motivation.

L’école de demain et l’IA

Désormais, aucun domaine ne peut se passer des services rendus par l’IA, y compris l’enseignement. Là, éducateurs, enseignants et pédagogues se posent la question : «L’IA va-t-elle progressivement remplacer les enseignants ?» Loin s’en faut ! En faisant réfléchir les élèves avec l’usage de Chat GPT, on fait valoir l’éducation à l’esprit critique chez les élèves, mais aussi la formation des enseignants aux nouvelles technologies. Ainsi, les logiciels pilotés par l’IA connaîtront les centres d’intérêt des élèves afin d’adapter le style d’apprentissage à leurs besoins. L’IA mesurera ainsi le degré de compréhension de chaque élève, remarquera si l’élève est désintéressé et comprendra à quel type de motivation il répond. Les logiciels proposés par l’IA ne vont pas spolier le travail des professeurs, au contraire ils vont augmenter leur expertise. C’est aussi une aide aux élèves pour mieux comprendre, et cela de façon personnalisée.

Utiliser l’IA dans une classe de langue

L’utilisation de l’IA dans l’enseignement des langues peut aider les étudiants à améliorer leur compréhension du langage en permettant un travail individualisé et en offrant des outils supplémentaires pour l’apprentissage, la communication et l’expression en langue. En Europe et dans d’autres pays du monde, on commence à utiliser l’IA de différentes manières dans une classe de langues. Ainsi, les professeurs peuvent utiliser des programmes de reconnaissance vocale pour évaluer le niveau de prononciation de leurs élèves. Ces derniers peuvent parler dans un microphone et le logiciel évaluera leur prononciation pour leur donner un score. De même, les élèves peuvent poser des questions à l’IA qui répondra de manière interactive comme un tuteur virtuel. On peut également utiliser l’analyse de texte pour aider les élèves à comprendre les différences subtiles entre les mots. Les logiciels basés sur l’IA peuvent aider à identifier les synonymes, les antonymes et les règles grammaticales pratiques. Comme autre tâche, les applications développées avec l’IA peuvent aider les élèves à programmer des leçons en fonction de leurs niveaux individuels, ce qui peut les aider à progresser plus rapidement en s’adaptant aux besoins de chaque élève. Et d’autres fonctions non moins importantes sont assurées par l’IA.

En Tunisie, il ne faut pas avoir peur de l’IA. Au contraire, à l’heure où on envisage une prochaine réforme globale de l’enseignement, grâce à la création récente du Conseil Supérieur de l’Education et de l’Enseignement, le recours à l’usage de l’IA dans nos futures écoles n’est pas à négliger. L’idée n’est donc pas d’envisager l’intelligence artificielle comme une menace pour l’enseignant ou pour l’élève. Les fondateurs de l’IA ne cessent de le répéter : un outil comme Chat GPT ne remplacera pas l’humain, mais c’est un atout que professeurs et étudiants doivent maîtriser.

Hechmi KHALLADI

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La crise des carburants dope-t-elle l’intérêt des Tunisiens pour les voitures électriques ?

Les voitures électriques et hybrides gagnent rapidement du terrain en Tunisie. La hausse des prix des carburants pousse de plus en plus d’automobilistes à regarder du côté des motorisations alternatives. Près d’une voiture particulière neuve sur six vendue actuellement est désormais équipée d’une motorisation électrique ou hybride. La perturbation du 20 août avait entraîné une rupture brutale des approvisionnements et provoqué une anxiété et une panique généralisées parmi la population, qui s’est massivement tournée vers les stations-service, engendrant de longues files d’attente et des ruptures de stock dans plusieurs stations.
Le président-directeur général (PDG) de la Société Nationale de Distribution des Pétroles (SNDP – Agil) en Tunisie, Khaled Bettine, a confirmé mardi 1er septembre 2026, que les récentes perturbations dans les stations-service tunisiennes n’étaient pas dues à une pénurie de carburant, mais à un arrêt brutal du transport de carburant depuis les dépôts de la société à Radès. Garantir l’approvisionnement en carburant est une responsabilité partagée entre les importateurs, les sociétés de stockage, les transporteurs, les distributeurs et les gérants de stations-service.

La Société Nationale de Distribution de Pétrole possède 228 stations-service réparties sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones reculées. La récente crise a mis en évidence l’importance de renforcer les capacités de transport de carburant, précisant qu’une perturbation, même minime, du système de transport peut rapidement entraîner des perturbations dans les stations-service. Il a indiqué qu’Ajil s’efforce de renforcer sa flotte, annonçant l’acquisition de six nouveaux camions qui entreront bientôt en service, avec la possibilité d’un agrandissement ultérieur.
 
 125.000 véhicules électriques en 2035
Le marché des voitures électriques en Tunisie connaît une accélération notable en 2026, porté par de nouvelles incitations fiscales et l’arrivée de marques principalement asiatiques. Entre janvier et juillet 2026, les véhicules électriques ont représenté plus de 12% du total des immatriculations dans le pays, traduisant une nette progression par rapport aux années précédentes (seulement 260 véhicules recensés fin 2024). La Tunisie vise la mise en circulation de 125.000 véhicules électriques et l’installation de 12.000 bornes de recharge d’ici 2035.
La hausse des carburants n’explique toutefois pas à elle seule ce basculement. L’élargissement de l’offre disponible en Tunisie, l’arrivée de nouvelles marques, notamment chinoises, ainsi que la multiplication des modèles hybrides à différents niveaux de prix contribuent également à rendre ces motorisations accessibles à davantage d’acheteurs. Mais avec une progression de ventes, ce mouvement est désormais suffisamment important pour modifier progressivement la physionomie du marché automobile tunisien. Dans le contexte de la transition énergétique, le PDG d’AGIL a annoncé que l’entreprise privilégie le développement des services de recharge pour véhicules électriques, affirmant que les stations-service ne seront plus de simples points de vente de carburant et précisant que l’entreprise a acquis l’équipement nécessaire à la création d’une trentaine de bornes de recharge pour véhicules électriques.

Celles-ci seront installées dans plusieurs de ces stations, notamment les plus importantes, sur les grands axes routiers et dans les zones touristiques et couvrent différentes régions du pays, y compris l’île de Djerba, ainsi que plusieurs grands axes routiers et des zones du Nord-Ouest. LaTunisie doit diversifier ses sources d’énergie et ne pas dépendre uniquement des énergies fossiles.

Il a soutenu que la poursuite de l’exploration pétrolière et gazière, en particulier dans le Sud du pays, doit s’accompagner du développement des énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et éolienne. Il a plaidé pour un soutien aux gisements de pétrole et de gaz, tant marginaux qu’en production, ainsi que pour des investissements dans l’énergie solaire, afin de réduire la dépendance aux importations d’énergie et de limiter la ponction sur les réserves de change.
Bref, la Tunisie est résolument engagée dans la transition vers une économie plus verte, en promouvant la voiture électrique et en limitant la consommation des carburants polluants. En alignant sa politique automobile sur les normes environnementales internationales, la Tunisie souhaite réduire son empreinte carbone et jouer un rôle actif dans la transition vers une mobilité plus durable. Elle a pris l’initiative de promouvoir l’adoption de véhicules électriques, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer les effets néfastes du secteur des transports sur l’environnement.

Cette démarche s’inscrit dans une volonté de développement durable et d’utilisation plus rationnelle des ressources énergétiques du pays. La promotion de la voiture électrique en Tunisie présente de nombreux avantages. Tout d’abord, elle permettra de réduire la dépendance du pays aux carburants polluants, contribuant ainsi à la préservation de l’environnement. De plus, les véhicules électriques sont moins coûteux à exploiter et à entretenir, offrant des économies significatives à long terme pour les propriétaires. Enfin, cette transition favorisera également le développement de l’industrie locale de fabrication de pièces et composants pour véhicules électriques, ouvrant de nouvelles perspectives économiques.

Kamel BOUAOUINA

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Réunion des non-alignés à Belgrade : attachement aux mêmes principes d’indépendance et de non-ingérence

Par Kamel ZAIEM

Le mouvement des non-alignés fêtera son soixante-cinquième anniversaire et la Tunisie sera bien là, à Belgrade, pour fêter l’événement et surtout pour confirmer son attachement aux principes d’indépendance que le mouvement a toujours défendus. Le Président de la République, Kaïs Saïed, qui a chargé le secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, Mohamed Ben Ayed, de participer à cet événement confirme la politique de l’Etat tunisien qui a toujours appelé à l’indépendance et à la non-ingérence…

L’événement aura lieu à Belgrade, les 31 août et 1er septembre 2026, et comporte une réunion de haut niveau célébrant le 65e anniversaire de la tenue de la première conférence du Mouvement des non-alignés.

Cette réunion constituera, selon un communiqué publié dimanche par le ministère, une occasion de réaffirmer l’attachement de la Tunisie aux principes du non-alignement et de la Conférence de Bandung, ainsi que l’importance de la poursuite de l’action du Mouvement des non-alignés et de l’engagement commun de ses États membres en faveur des principes énoncés dans la Charte des Nations unies et du rôle essentiel du multilatéralisme face aux défis auxquels le monde est confronté.

En marge de cette réunion, le secrétaire d’État aura des entretiens avec ses homologues de Serbie et de plusieurs autres pays, consacrés aux questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Tout d’abord, il faut rappeler les bases de ce choix pertinent que la Tunisie a adopté depuis près de sept décennies. En effet, les principes fondamentaux de la politique étrangère tunisienne, qui perdurent depuis avant l’indépendance, reposent sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États, en particulier des pays arabes frères, et sur le maintien de relations solides avec tous les pôles mondiaux, surtout durant la guerre froide. Malgré une proximité relative avec le bloc occidental à cette époque, la Tunisie a toujours refusé de s’aligner, privilégiant une position active au sein du Mouvement des non-alignés.

Un exemple marquant est la position tunisienne lors du refus des États-Unis de reconnaître la Chine populaire dans les années 1970 : la Tunisie a soutenu l’admission de la Chine populaire à l’ONU. La visite en 1964 du Premier ministre chinois Zhou Enlai en Tunisie témoigne aussi de l’indépendance de la diplomatie tunisienne et de son attachement à la souveraineté nationale.

Bourguiba y était pour quelque chose

Pour l’Histoire, il est bon de rappeler, également, que dans les années 50, la Tunisie, avec d’autres pays tels que l’Inde, la Bulgarie et l’Egypte ont exprimé leur désir de n’appartenir à aucun des deux blocs, capitaliste ou socialiste. Ils ont simplement voulu ne pas s’aligner et se protéger de l’influence des Etats-Unis et de l’URSS, d’où est né le Mouvement des non-alignés, grâce à la proposition faite par Jamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Soekarno et Jawaharlal Nehru. Ce Mouvement serait-il né s’il n’y avait pas eu ces leaders ? Nul ne pourrait l’affirmer. Mais le fait est qu’à un moment de l’histoire de l’Humanité, il y a eu des leaders, libres et fiers, comme le Président tunisien Habib Bourguiba, qui n’ont pas voulu s’aligner sur les politiques d’un des deux pôles des super puissants, mais plutôt affirmer la pleine souveraineté de leurs pays nouvellement indépendants, pour certains.

Sur la même lancée, Kaïs Saïed a insisté dès son accession au pouvoir sur l’attachement historique au principe de non-alignement. Il a toujours rappelé le fait que la politique étrangère de la Tunisie repose sur la souveraineté nationale et le refus de toute alliance extérieure ou ingérence. Lors de différentes interventions et commémorations internationales, la diplomatie tunisienne a souvent rappelé son ancrage dans les principes de la Conférence de Bandung de 1955.

Kaïs Saïed inscrit sa vision diplomatique dans la continuité des choix souverainistes de l’histoire du pays. D’ailleurs, la Constitution tunisienne de juillet 2022 formalise dans son préambule ce refus des axes contraires à l’intérêt souverain et la volonté de diversifier les partenariats internationaux de manière équilibrée.

La portée d’un discours de référence

Pour mieux comprendre la vision de la Tunisie vis-à-vis de ce Mouvement, il suffit de parcourir le discours de Kaïs Saïed en marge de la réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés, qui s’est tenue en 2025 dans la capitale ougandaise. C’est le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, qui a été chargé de lire ce discours qui résume, de manière claire et pertinente, la vision de la Tunisie.

Dans son allocution en cette occasion, le chef de la diplomatie tunisienne a insisté sur l’impérieuse nécessité de forger une vision commune pour consolider la solidarité entre les pays membres. Il a réaffirmé l’ancrage de la Tunisie dans les principes fondateurs du Mouvement, soixante-dix ans après les conférences historiques de Bandung (1955) et de Belgrade (1961).

Mohamed Ali Nafti a exposé la feuille de route portée par le Chef de l’Etat pour faire face aux défis politiques, économiques et de développement. Cette vision s’articule autour de plusieurs piliers : le renforcement de la coopération Sud-Sud, l’instauration de relations plus équitables dans le cadre de la coopération Nord-Sud, et une révision en profondeur du système financier international, selon une approche qualifiée de «nouvelle, juste et globale».

Le ministre s’est fait l’écho de l’appel lancé par le Président Kaïs Saïed lors du «Sommet de Paris pour un Nouveau Pacte Financier» en juin 2023. Cet appel insistait sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le respect des engagements financiers des pays développés, ainsi que la restitution des fonds spoliés. La mise en œuvre du Programme d’Addis-Abeba pour le financement du développement a également été présentée comme une priorité.

Défendre les mêmes causes

Sur la question migratoire, Mohamed Ali Nafti a prôné une approche collective et globale, centrée sur le traitement des causes profondes des flux migratoires irréguliers. Il a réitéré l’engagement total de la Tunisie à respecter le droit international humanitaire, à protéger les droits des migrants et à garantir leur retour volontaire et sécurisé dans leur pays d’origine. Le ministre a également souligné le rôle essentiel de la culture comme ciment des relations humaines et sociales entre les nations.

Le ministre a également réitéré la position «ferme et constante» de la Tunisie et de son Président aux côtés du peuple palestinien dans sa lutte pour l’autodétermination et l’établissement d’un État indépendant et souverain sur l’ensemble du territoire palestinien, avec Al Qods Al Charif pour capitale. Il s’est félicité, au nom de la Tunisie et de son Président, des efforts ayant conduit à un cessez-le-feu à Gaza, après deux années de ce qu’il a qualifié de «crimes de génocide systématiques» ayant provoqué une «catastrophe humanitaire sans précédent». Tout en exprimant l’espoir que cette trêve sera durable, il a souligné qu’elle ne saurait exonérer la communauté internationale de sa responsabilité de poursuivre les auteurs de ces crimes et de rejeter toute tentative de déplacement forcé du peuple palestinien ou de liquidation de sa cause.

En clôture de son intervention, Mohamed Ali Nafti a réaffirmé l’attachement indéfectible de la Tunisie – en tant que pays arabe, musulman, africain et méditerranéen – aux idéaux du Mouvement des non-alignés. Il a plaidé pour une modernisation des méthodes et mécanismes de travail de l’organisation, afin qu’elle puisse relever les défis actuels et renforcer son poids dans le paysage multilatéral.

C’est dire que la présence du numéro deux du ministère tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, à cet événement porte une haute importance et vient confirmer la même vision qui fait de la Tunisie un pays indépendant qui condamne toute ingérence étrangère et qui milite toujours pour ne jamais s’aligner du côté d’aucun bloc.

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Dr. Jalel Eddine Ziadi, Directeur Général du centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) :  l’adhésion des familles tunisiennes constitue un élément déterminant dans le développement du don d’organes

Le Temps.news : Combien d’opérations ont été effectuées en 2026 (transplantations d’organes et greffes de cornées) ? Combien de transplantations rénales, hépatiques et cardiaques ont été réalisées ?

Jalel Ziadi Le Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO) a enregistré, au cours des derniers mois, une évolution notable de l’activité de don et de transplantation d’organes en Tunisie. Entre le mois d’avril et le 15 août 2026, 12 donneurs décédés ont permis la réalisation de 33 opérations de transplantation au bénéfice de 33 patients, dont 6 enfants d’avril au 15 Août 2026  dont 24 rénales, 6  cardiaques et 3 hépatiques. Ces résultats traduisent une amélioration de l’activité de transplantation et témoignent de la mobilisation des différents acteurs impliqués dans la chaîne du don et de la greffe.Cette évolution s’accompagne également d’une augmentation du nombre de familles acceptant le don d’organes après le décès d’un proche. L’adhésion des familles constitue un élément déterminant dans le développement du don et représente le résultat d’un travail continu d’information, de sensibilisation et d’accompagnement lors des situations de mort encéphalique permettant un prélèvement. Les transplantations réalisées ont été rendues possibles grâce à une coordination étroite entre les équipes médicales et paramédicales, les établissements de santé, les structures administratives ainsi que les différents intervenants du processus. Cette organisation multidisciplinaire est essentielle pour assurer l’identification des donneurs potentiels, l’évaluation des organes, leur prélèvement, leur attribution et leur transplantation dans les meilleures conditions.

Comment évaluez-vous le système de transplantation d’organes en Tunisie ?

La Tunisie dispose de l’une des histoires médicales les plus riches du continent africain et du monde arabe en matière de greffes. Pourtant, derrière la maîtrise technique remarquable des équipes chirurgicales, le système de transplantation d’organes fait face à un défi persistant : le manque criant de greffons issus de personnes décédées.

L’aventure de la transplantation en Tunisie s’inscrit dans une longue tradition de l’innovation :

  • 1948 : Première greffe de cornée.
  • 1986 : Première greffe rénale.
  • 1993 : Première transplantation cardiaque, suivie ultérieurement par la greffe du foie et des

cellules hématopoïétiques.

Cette activité est placée sous l’égide du Centre National pour la Promotion de la Transplantation d’Organes (CNPTO), créé en 1995, qui régule cette discipline et est notamment chargé de proposer les modalités pratiques de prélèvement, de conservation, de transport et de greffe d’organes humains , de promouvoir le don d’organes en participant à l’information et à la sensibilisation du public, en collaboration avec les associations concernées, participer à la formation du personnel médical et paramédical impliqué dans la transplantation d’organes , tenir un registre central sur lequel sont inscrites les personnes dont l’état de santé nécessite une greffe d’organes  et attribuer les greffons aux personnes dont l’état de santé l’exige en fonction d’un algorithme informatique appelé score d’attribution, garantissant l’équité des chances entre tous les citoyens.

Malgré les efforts déployés dans ce domaine, le fossé entre les besoins des patients et le nombre de transplantations réalisées continue de se creuser. Certes, les compétences médicales et paramédicales sont parfaitement établies, mais la principale limite du système tunisien réside au sein de la société : la réticence des familles au moment du décès d'un proche reste le principal obstacle. Le manque de dialogue intra-familial de leur vivant conduit la plupart des familles à refuser le prélèvement sous le coup de l’émotion ou par crainte de porter atteinte à l’intégrité du corps du défunt.

Face à ces enjeux, la relance des campagnes de sensibilisation et la modernisation des réseaux de prélèvement dans les hôpitaux publics apparaissent comme les seules voies pour permettre à la Tunisie d’exploiter pleinement le potentiel de son appareil médical et de sauver des centaines de lives supplémentaires chaque année.

 Pensez-vous que la loi n° 91-22 du 25 mars 1991, relative au prélèvement et à la greffe d’organes humains, permet de sauver les personnes en attente de greffe ?

La loi n° 91-22 du 25 mars 1991 a posé un socle juridique et éthique solide en Tunisie. Elle a permis de sauver des milliers de vies depuis sa promulgation. Toutefois, son efficacité reste limitée par d’importants obstacles pratiques et sociétaux.Les fondements majeurs de cette loi sont la sécurisation du cadre légal et éthique : Elle encadre strictement le don d’organes selon les principes d’anonymat, de gratuité et de bénévolat, interdisant tout commerce ou trafic d’organes.La consécration de la mort encéphalique  permet le prélèvement d’organes sur des personnes décédées en état de mort cérébrale (donneur cadavérique), condition indispensable pour prélever des organes vitaux comme le cœur, le foie ou les poumons.L’encadrement du don entre vivants  protège le donneur vivant (ex. greffe rénale) grâce à une procédure rigoureuse : donneur majeur jouissant de ses capacités mentales, consentement éclairé devant le tribunal et examen psychiatrique.

Malgré ce texte avant-gardiste à son époque, les listes d’attente ne cessent de s’allonger en raison d’une pénurie sévère d’organes, qui s;explique par  veto familial : Bien que la loi repose en théorie sur le principe du consentement présumé (tout citoyen est présumé donneur sauf refus exprimé de son vivant), l’article 3 exige la non- opposition de la famille proche (conjoint, enfants, parents). En pratique, le refus des familles au moment du décès demeure extrêmement élevé. La réticence de la population face au prélèvement sur cadavre découle souvent d’idées reçues et de blocages culturels.

Pour que le cadre légal permette d’épargner davantage de patients en attente de greffe, plusieurs réformes sont régulièrement évoquées par les experts de santé, notamment la révision de l’application du consentement présumé en clarifiant la loi pour éviter que l’opposition familiale ne prévale sur une volonté individuelle préalable (ex. mention officielle sur la carte d’identité).

 Quelle analyse pouvez-vous faire sur ces taux très bas et sur les réticences des donneurs potentiels ?

Malgré des avancées techniques réelles de la part des équipes de transplantation, la Tunisie fait face à un sous-emploi structurel de son potentiel de prélèvement sur donneurs en état de mort cérébrale(seule une minorité des cas de mort cérébrale identifiés en réanimation aboutit à un prélèvement

effectif). Les freins et réticences majeurs s’expliquent par plusieurs facteurs combinés : l’opposition familiale : C’est  l’obstacle principal au moment du deuil. Les considérations religieuses et éthiques : Bien que les instances religieuses tunisiennes et internationales aient clairement établi l’;innocuité et la noblesse du don d’organes au nom de la préservation de la vie, des croyances populaires erronées concernant le respect de l’intégrité du corps du défunt continuent de freiner les décisions (bien que ces considérations soient de moins en moins évoquées).Le  déficit de communication est préalable . La majorité des citoyens ne fait pas connaître son choix(mention « Donneur » sur la carte d’identité nationale ou discussion explicite en famille). En l’absence de directive claire laissée par le défunt, les proches préfèrent s’abstenir par prudence moralisatrice. L’;annonce de la mort cérébrale et la demande de prélèvement nécessitent une formation ciblée à la relation d’aide et au dialogue en réanimation.

Combien de malades ont besoin actuellement de greffe d’organes vitaux (cœur, foie, poumon, rein) ou de cornée en Tunisie ?

La liste d’attente des patients insuffisants rénaux chroniques nécessitant une transplantation compte actuellement environ 1 600 personnes. Pour le cœur et le foie, une cinquantaine de personnes sont inscrites sur les listes d’attente actives.La liste d’attente pour la greffe de cornée  dépasse 1 700 patients.Ce chiffre d’une cinquantaine de patients inscrits pour le cœur, le foie ou le poumon ne reflète pas l’absence de besoin, mais constitue un biais de mortalité précoce. En l’absence d’organes disponibles et d’alternatives de suppléance au long cours (contrairement à la dialyse pour le rein), un grand nombre de patients en défaillance cardiaque ou hépatique aiguë décèdent dans un délai inférieur à un an avant d’avoir pu être inscrits durablement ou greffés.

L’écart entre le nombre de patients en attente et le nombre de transplantations réalisées chaque année demeure un enjeu majeur. Pour certains patients, l’attente peut se prolonger pendant plusieurs années, avec un risque de perte de chance et de décès avant l’accès à la transplantation. Le développement durable de la transplantation repose ainsi sur l’amélioration de l’ensemble de la chaîne du don, depuis l’identification précoce des donneurs potentiels jusqu’à l’accompagnement des familles et à la réalisation des greffes. Le renforcement de la sensibilisation de la population, la formation des professionnels de santé et l’amélioration continue de la coordination entre les différents intervenants constituent des leviers essentiels pour répondre aux besoins croissants des patients.

Comment sensibiliser et informer sur le processus de transplantation et de greffe? Quelles sont les actions que vous entreprenez au sein de votre centre national pour la promotion de la transplantation d’organes ?

Le projet de greffe d’organes n’est pas uniquement un projet de santé, mais un projet sociétal faisant intervenir l’ensemble des composantes de la société. De ce fait, la sensibilisation doit être variée et cibler différents axes : la sensibilisation du grand public  à travers  tout le territoire national et  l’organisation d’événements grand public à fort impact (ex. « Les Foulées Vertes »). Des actions ciblées  doivent toucher le  milieu  scolaire et universitaire  avec une sensibilisation au niveau des écoles et des universités afin d’introduire dans les manuels éducatifs l’importance du don, d’entraide et d’aide d’autrui. Les campagnes audiovisuelles et médias dédiés au don d’organes. sont importantes . Il faudrait impliquer les  guides spirituels et promouvoir  le discours d’entraide et le don d’organes lors des prêches du vendredi dans les mosquées. La société civile doit être impliquée avec l’ Organisation de rencontres et de séminaires associant professionnels de santé, juristes, théologiens et associations civiles (notamment le Croissant-Rouge tunisien, le mouvement des Scouts et les associations de patients greffés) sans oublier l’ incitation des citoyens à exprimer leur choix de leur vivant en faisant apposer la mention « Donneur » sur leur Carte d’Identité Nationale (CIN)lors de sa délivrance ou de son renouvellement auprès des services de la sécurité nationale, et surtout à en discuter ouvertement en famille

                               Kamel Bouaouina

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Semmama s’invite au Sommet mondial sur la lutte contre la désertification : restaurer les terres, restaurer l’espoir!

La question de la désertification est entrée dans l’agenda mondial lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992. La COP17 organisé en Mongolie  ne doit pas seulement proclamer une nouvelle déclaration, mais définir des principes communs : systèmes d’alerte précoce, évaluation des risques, planification nationale, gestion intégrée de l’eau, financement et partage des données scientifiques.Le choix de la Mongolie n’est pas seulement symbolique. Avec 1,5 million de km2, , ce vaste pays compte parmi les territoires les plus exposés à la dégradation des terres Sécheresses, surpâturage, tempêtes de poussière , fragilisent directement le modèle pastoral. Le nombre annuel de jours de tempêtes de sable et de poussière a plus que triplé depuis les années 1960.

A cette occasion, la Mongolie a renforcé la mobilisation du public et la participation des jeunes à travers des dialogues nationaux et des activités de sensibilisation. Adnen Helali est un acteur et poète tunisien. Il est le fondateur du Centre Culturel Semmama dans la région Kasserine au centre-ouest de la Tunisie. ll participe à la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD/UNCCD) à Oulan-Bator, notamment dans le cadre de la Caravane mondiale de la Route de la Soie et de la promotion du pastoralisme et des territoires ruraux.

Sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir », la COP17 , organisée à Oulan-Bator, cherche à accélérer la restauration des écosystèmes dégradés, renforcer la résistance aux sécheresses et mobiliser des financements pour les pays les plus touchés par la désertification. A cette occasion, la « Journée de Semmama… Résister à la désertification culturelle », a été organisée le mardi 25 août dans l’espace vert du Sommet dans le cadre du Sommet mondial sur la lutte contre la désertification à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, parrainée par  Adnen Helali, un acteur et poète tunisien et le fondateur du Centre Culturel Semmama dans la région Kasserine..« Cette COP17 nous rappelle une vérité essentielle : lorsque nous restaurons la terre, nous restaurons aussi l’espoir » précise Adnane Helali. « Aujourd’hui, nous souhaitons porter la voix de Sammama, une région qui connaît les défis de la sécheresse, de la dégradation des terres et de la fragilité des ressources naturelles, mais qui possède également une richesse extraordinaire : ses populations, son savoir-faire, ses terres et sa capacité à construire un avenir durable.La désertification n’est pas seulement une question environnementale. Elle touche directement la vie des populations. Elle affecte l’agriculture, l’eau, l’emploi, la sécurité alimentaire et les conditions de vie des générations futures.C’est pourquoi nous devons passer des engagements à l’action.

Pour Sammama, cela signifie investir dans la restauration des terres, améliorer la gestion de l’eau, soutenir les agriculteurs et les communautés locales, protéger les parcours et développer des pratiques agricoles adaptées aux conditions climatiques.Cela signifie également donner une place centrale aux jeunes et aux femmes, car ils ne doivent pas être uniquement les bénéficiaires des politiques environnementales : ils doivent être des acteurs de leur conception et de leur mise en œuvre.La présence de la Mongolie à la tête de cette COP17 est particulièrement symbolique. Près de 77 % du territoire mongol est considéré comme dégradé, ce qui montre que la dégradation des terres est un défi qui dépasse les frontières et concerne toutes les régions du monde »

Et d’ajouter « Nous ne demandons pas seulement de protéger nos terres. Nous demandons de leur donner un avenir.Nous appelons à renforcer la coopération internationale, à mobiliser les financements nécessaires et à transformer les engagements internationaux en projets concrets sur le terrain.Sammama peut devenir un exemple de résilience, de restauration et d’innovation.Ensemble, nous pouvons restaurer nos sols, préserver notre eau, renforcer notre sécurité alimentaire et offrir à nos jeunes une raison de rester, de créer et de construire leur avenir chez eux.La terre n’appartient pas seulement à notre génération. Nous l’empruntons aux générations futures.Faisons donc de cette COP17 un moment de décision et d’action ».

La désertification n’est pas seulement un phénomène environnemental.

L’idée centrale défendue par Helali est particulièrement intéressante : la désertification n’est pas seulement un phénomène environnemental. La protection des parcours pastoraux passe aussi par la préservation de la mémoire, des savoir-faire, de la culture et des modes de vie des communautés rurales.La journée de Semmama constitue donc une manière de porter l’expérience tunisienne de Semmama sur la scène internationale, dans le cadre de la COP17, dont le thème est « Restaurer les terres, restaurer l’espoir ». Cette journée s’est ouverte  par la présentation de son nouveau recueil de poésie, « Le vent garde nos traces », avec la participation de la chanteuse mongole Enkhgerel Shinzorig, de la poétesse indienne Barnet Kaur, de la chanteuse malienne Inna Modja et du guitariste français William Fourny, en présence de M. Ts. Iderbat, ministre mongol de l’Alimentation, de l’Agriculture et de l’Industrie légère. Le programme s’est poursuivi avec la projection du film documentaire If the Rangelands Could Speak, réalisé par l’Allemande Lizzy Gable, qui retrace le parcours de la Silk Road Caravan, à laquelle Adnen Helali a participé, de la Turquie jusqu’en Mongolie. La journée a également  été l’occasion de présenter l’œuvre d’artisanat « Année internationale des parcours et des pasteurs en vert », réalisée par les artistes Marwa Gdima, Oumaima Boulaares et Khaled Khayatai, en collaboration avec des artisanes de Djebel Semmama et de Bir El-Kassâa. Les distinctions « Soleil de Semmama » ont été remises à plusieurs personnalités et artistes ayant marqué cette rencontre, parmi lesquels : M. Ts. Iderbat, ministre mongol de l’Alimentation, de l’Agriculture et de l’Industrie légère, la photographe sud-africaine Kiara Worth, dont les images prises pendant le Sommet sont devenues l’une des principales mémoires visuelles de l’événement ,la  troupe d’Oulan-Bator du patrimoine nomade, qui préserve la rare tradition musicale du khöömii, inspirée des sons de la nature et Burmaa Dashbal, présidente de l’organisation Green Rangeland Gold, et l’une des personnalités ayant contribué à porter l’initiative de l’Année internationale des parcours et des pasteurs.

                                Kamel Bouaouina

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L’intelligence artificielle entre dans le cabinet médical : quand le médecin n’est plus seul

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Pendant des siècles, la consultation médicale a reposé sur une relation presque sacrée entre deux êtres humains : un patient qui confie sa souffrance et un médecin qui écoute, observe, analyse et décide. Le cabinet médical était un espace où la parole, le regard et l’expérience du praticien occupaient une place centrale. Aujourd’hui, une nouvelle présence s’installe progressivement dans cette relation : l’intelligence artificielle. Invisible mais puissante, elle accompagne désormais le médecin dans son raisonnement, l’aide à interpréter des données complexes, à détecter certaines anomalies et à proposer des pistes thérapeutiques.

Cette transformation ne signifie pas que la machine remplace le médecin. Elle introduit plutôt une nouvelle forme de collaboration où l’intelligence humaine s’appuie sur une intelligence numérique capable de traiter en quelques secondes des volumes considérables d’informations. Le médecin du XXIᵉ siècle pourrait ainsi devenir un professionnel augmenté, capable de combiner son expérience clinique, son intuition et les capacités analytiques des systèmes intelligents.

Mais cette révolution médicale soulève aussi de nombreuses interrogations. Une consultation assistée par l’intelligence artificielle représente-t-elle un progrès absolu ? Peut-elle améliorer la qualité des soins sans fragiliser la dimension humaine de la médecine ? Jusqu’où peut-on confier une partie du raisonnement médical à des algorithmes ? Ces questions dépassent la simple technologie : elles concernent notre vision même de la santé et de la relation entre l’homme et la machine.

 

Une nouvelle alliée pour le diagnostic médical

L’une des applications les plus prometteuses de l’intelligence artificielle en médecine concerne l’aide au diagnostic. Le médecin doit souvent prendre une décision à partir d’un ensemble complexe d’éléments : symptômes décrits par le patient, résultats biologiques, images médicales, antécédents familiaux et évolution de la maladie. Cette accumulation d’informations peut parfois rendre l’analyse difficile, même pour un spécialiste expérimenté.

L’intelligence artificielle possède une capacité remarquable à analyser rapidement des milliers de données médicales et à identifier des correspondances invisibles à l’œil humain. Dans certains domaines comme la radiologie, elle peut détecter des anomalies sur des images médicales avec une grande précision et attirer l’attention du médecin sur des zones nécessitant une analyse approfondie.

Cette assistance peut permettre un diagnostic plus précoce de certaines maladies, notamment les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les pathologies rares. Elle offre également une possibilité importante dans les régions où l’accès aux spécialistes est limité. Un médecin généraliste pourrait bénéficier d’un outil capable de l’orienter vers des hypothèses diagnostiques plus précises et de réduire ainsi les risques d’erreurs.

Cependant, il faut comprendre que l’intelligence artificielle ne possède ni conscience médicale ni expérience humaine. Elle reconnaît des modèles, compare des données et calcule des probabilités, mais elle ne ressent pas la souffrance d’un patient, ne comprend pas toujours son contexte social ou psychologique et ne peut remplacer le jugement humain.

 

Le médecin augmenté, une médecine plus efficace mais toujours humaine

L’arrivée de l’intelligence artificielle transforme progressivement le rôle du médecin. Celui-ci ne sera peut-être plus seulement celui qui cherche une information ou établit seul un diagnostic, mais celui qui interprète, explique et accompagne. La valeur du médecin ne disparaît pas, elle évolue.

Une machine peut suggérer plusieurs traitements possibles, mais seul le médecin connaît réellement son patient dans sa globalité. Deux personnes atteintes de la même maladie peuvent avoir des situations totalement différentes : âge, mode de vie, contraintes familiales, préférences personnelles ou capacité à supporter certains traitements. La médecine ne se résume pas à appliquer une formule mathématique, elle est aussi une science humaine.

La consultation médicale assistée par l’intelligence artificielle pourrait même renforcer la relation entre le médecin et le patient. En automatisant certaines tâches administratives, en facilitant la rédaction des dossiers médicaux ou en accélérant l’analyse des examens, elle pourrait libérer davantage de temps pour l’écoute et le dialogue. Le médecin pourrait consacrer moins d’énergie aux procédures techniques et davantage à ce qui constitue l’essence de son métier : comprendre l’être humain derrière la maladie.

Cette évolution exige toutefois une nouvelle formation des professionnels de santé. Le médecin de demain devra comprendre les principes de fonctionnement des outils numériques, connaître leurs limites et savoir quand leur faire confiance ou, au contraire, remettre en question leurs recommandations.

 

Les dangers d’une médecine trop dépendante des algorithmes

Comme toute grande innovation, l’intelligence artificielle médicale comporte des risques. Le premier concerne la dépendance excessive à la technologie. Si un médecin suit systématiquement la recommandation d’un système informatique sans exercer son propre jugement, la médecine risque de perdre une partie de son esprit critique.

Les algorithmes ne sont pas neutres. Ils sont conçus à partir de données collectées dans certaines populations et peuvent parfois reproduire des erreurs ou des biais présents dans ces données. Un système entraîné principalement sur des patients d’un continent ou d’un groupe particulier peut être moins performant dans d’autres contextes. La qualité des données utilisées devient donc une question essentielle.

La protection des informations médicales constitue également un défi majeur. Les dossiers de santé contiennent des données extrêmement sensibles sur les individus. Leur utilisation par des systèmes d’intelligence artificielle nécessite des garanties fortes concernant la confidentialité, la sécurité et le respect de la vie privée.

Une autre question fondamentale concerne la responsabilité. Si une intelligence artificielle propose une recommandation erronée qui entraîne une mauvaise décision médicale, qui est responsable ? Le médecin ? Le concepteur du logiciel ? L’établissement de santé ? Ces questions juridiques et éthiques devront trouver des réponses claires avant une utilisation généralisée de ces technologies.

 

Vers une médecine où l’homme et la machine collaborent

L’avenir de la médecine ne sera probablement pas celui d’un remplacement du médecin par une machine, mais celui d’une coopération intelligente entre deux formes de savoir. L’intelligence artificielle possède la puissance du calcul, la rapidité d’analyse et la capacité de mémoriser une quantité immense d’informations. Le médecin possède l’empathie, l’expérience, la compréhension humaine et la capacité de prendre en compte la complexité d’une vie.

Cette complémentarité pourrait ouvrir une nouvelle époque médicale. La médecine pourrait devenir plus personnalisée, plus préventive et plus précise. Au lieu d’attendre l’apparition des maladies, les systèmes intelligents pourraient aider à identifier les risques avant qu’ils ne deviennent visibles, permettant ainsi une approche davantage orientée vers la prévention.

Mais cette révolution doit rester guidée par une idée essentielle : la technologie doit servir l’homme et non l’inverse. La santé n’est pas seulement une accumulation de données biologiques, elle concerne une personne avec ses émotions, ses inquiétudes et son histoire. Une consultation réussie ne dépend pas uniquement de la précision d’un diagnostic, mais aussi de la confiance qui unit le patient à celui qui le soigne.

L’intelligence artificielle représente donc une chance exceptionnelle pour améliorer la médecine, à condition de l’intégrer avec prudence et responsabilité. Le médecin de demain ne sera pas celui qui aura été remplacé par une machine, mais celui qui saura utiliser cette nouvelle intelligence pour devenir encore plus humain.

La véritable révolution médicale ne sera pas la victoire de l’intelligence artificielle sur l’intelligence humaine, mais la rencontre harmonieuse entre deux capacités différentes au service d’un même objectif : mieux comprendre, mieux soigner et mieux accompagner l’être humain.

 

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