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FIFAK 2026 : Identités croisées et Ghazawiyet

Troisième journée de la 39e édition du Fifak. Les compétitions internationales et nationales se poursuivent en présence des jurys et une affluence croissante lors de cette soirée nocturne marquée par un spécial « Ghazawiyet »  dédié à la Palestine avec la projection de courtes vidéos représentatives du Festival international des femmes de Gaza, et ce, en présence […]

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Le Maroc entre dans le grand jeu du gaming

Pour sa première participation officielle à Gamescom, à Cologne, le Maroc ne vient pas seulement présenter des jeux. Il expose un écosystème en pleine structuration et entend désormais le connecter aux éditeurs, investisseurs et acteurs internationaux. En bref Première participation…

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Deauville : censure d’une photo de Gaza, la polémique enfle

Mi-août, à Deauville, une photo de Gaza a été discrètement retirée d’une exposition en plein air. Élus de gauche et associations réclament sa réinstallation.   En bref Une photographie de Gaza a été retirée d’une exposition en plein air à…

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Soufiane Guerrab : après « Lupin », cap sur Hollywood

De son nouveau film autour d’une jeune fille passionnée de football (« La bombenera » en salles le mercredi 26 août 2026) au phénomène international Lupin, l’acteur franco-marocain, Soufiane Guerrab revient sur son parcours. Transmission, diversité au cinéma, ses essais…

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Vient de paraître : Tangier Tangerine, le Tanger intime d’un jeune auteur

À 25 ans, le jeune écrivain tangérois Souleiman Berrada porte sur sa ville un regard à la fois intime et neuf. Publié par les éditions françaises Assouline, Tangier Tangerine rassemble photographies et illustrations pour raconter une cité plurielle, entre mémoire,…

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Festival du Poisson à la Goulette | Entre mer, gastronomie et patrimoine

Ouvert avant-hier soir, mardi 25 août 2026, le Festival du poisson à La Goulette sera clôturé ce soir, jeudi 27 août, dans cette cité portuaire et balnéaire située à une vingtaine de kilomètres au nord de Tunis. Il réunit résidents et visiteurs autour des thèmes de la mer, de l’art culinaire, de la mémoire culturelle et du vivre-ensemble.

Lors de cet événement, les rues de La Goulette se transforment en une scène à ciel ouvert cette manifestation culinaire, culturelle et populaire visant à valoriser l’identité maritime de la ville à travers des spectacles, des initiatives commerciales et des activités dédiées au patrimoine local. À l’occasion du festival, la municipalité interdit la circulation et le stationnement sur l’avenue Franklin Roosevelt — l’une des principales artères de la ville — de 17 heures à minuit. Et ce afin de garantir la sécurité du public et faciliter les déplacements des participants. Les automobilistes sont également invités à respecter la signalisation et à emprunter des itinéraires alternatifs afin de limiter les perturbations de la circulation.

Le cœur de la manifestation est un défilé de carnaval traversant les rues de La Goulette, transformant l’espace urbain en un lieu de rencontre entre expressions artistiques et traditions locales.

L’événement est conçu pour dépasser le simple cadre du spectacle, s’inscrivant dans une démarche plus large de revitalisation urbaine et de mise en valeur du patrimoine de La Goulette. La ville — historiquement liée au port, à la pêche et à sa dimension multiculturelle, notamment à travers le quartier italien connu sous le nom de «Petite Sicile» — se présente ainsi comme un espace capable d’allier tradition et initiatives culturelles contemporaines.

Parmi les thèmes centraux de l’événement figurent également la tolérance interreligieuse et le dialogue entre les différentes composantes de la communauté, dans le sillage de la sortie de la statue de la Madone de Trapani de l’église de la ville où coexistent dans une parfaite entente musulmans, chrétiens et juifs depuis plusieurs siècles.

Une attention particulière est aussi portée à la dimension gastronomique ainsi qu’à la promotion des activités économiques locales. Durant toute la durée du festival, un marché aux poissons est installé, permettant aux producteurs de vendre directement aux consommateurs et créant ainsi un lien entre la manifestation et l’une des activités traditionnellement associées à l’identité de la ville. Cette initiative s’accompagne d’une formule destinée aux restaurants et aux commerces, proposant un plat complet à base de poisson au prix fixe de 14 dinars, afin d’encourager la participation du public et de soutenir les activités commerciales pendant l’événement.

Le Festival du poisson constitue donc aussi une tentative de réinsuffler de la vie collective dans les espaces publics de La Goulette, grâce à une combinaison de spectacles, d’activités commerciales, de gastronomie et d’initiatives culturelles. Le choix d’ancrer le programme dans le lien avec la mer et le patrimoine de la ville vise à renforcer l’image de La Goulette en tant que destination de proximité pour les résidents comme pour les visiteurs, tout en valorisant son caractère maritime et son histoire.

Enfin, la manifestation s’inscrit dans une saison estivale durant laquelle plusieurs villes tunisiennes misent sur des événements culturels et des initiatives locales pour animer les espaces urbains et soutenir les économies de quartier.

I. B.

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Canicule : appel à la vigilance pour les agriculteurs, éleveurs et pêcheurs

e ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a appelé, dans un communiqué publié, mardi, l’ensemble des agriculteurs, des éleveurs et des pêcheurs à faire preuve de vigilance et à prendre les précautions nécessaires afin d’atténuer les effets de la vague de chaleur sur les cultures et le cheptel.

Cet appel intervient suite à la publication d’un bulletin, par l’Institut National de la Météorologie (INM), faisant état de la hausse des températures, durant les journées à venir, lesquelles (temperatures) devront dépasser largement les moyennes de la période (+2 à +11 degrés), avec des maximales qui se situeront entre 42 et 48 degrés.

Le ministère a recommandé, dans ce cadre, d’éviter de laisser les animaux en plein soleil, de les placer dans des zones ombragées et bien aérées et de leur fournir de l’eau potable.

Il a proposé, aussi, d’éviter le transport, les déplacements et les rassemblements de bétail en période de canicule et d’assurer une exploitation rationnelle des ressources en eau, en privilégiant les périodes plus fraîches pour l’irrigation.

Le département de l’Agriculture a préconisé, aussi, de surveiller les cultures et les arbres fruitiers, en particulier dans les zones les plus exposées aux fortes chaleurs, et de prendre les mesures préventives nécessaires.

Il a réitéré, ainsi, l’impératif d’éviter de déclencher des incendies ou de se livrer à toute activité susceptible de provoquer des incendies, notamment dans les zones forestières, les pâturages et les terres agricoles arides.

En ce qui concerne les pêcheurs, ils sont invités à suivre les prévisions météorologiques et à respecter les recommandations des services météorologiques et de sécurité maritime.

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Moi, président(e)… Habib Dechraoui : « Je rendrais le vote obligatoire pour toutes les élections »

Fondateur du festival Arabesques et ardent promoteur du dialogue interculturel, ce chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres imagine la France qu’il voudrait gouverner. Une République qui concentre ses moyens sur les territoires délaissés, lutte plus fermement contre les…

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Dattes tunisiennes : une hausse de 12,2 % des recettes d’exportation

Les recettes des exportations tunisiennes de dattes ont enregistré, au cours des dix premiers mois de la campagne 2025/2026, couvrant la période d’octobre 2025 à juillet 2026, une hausse de 12,2% par rapport à la même période de la campagne précédente, pour atteindre 908,4 millions de dinars (MD), selon les données publiées lundi par l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI).

En termes de volumes, les exportations ont atteint 144,1 mille tonnes, contre 127,2 mille tonnes durant la même période de la campagne 2024/2025, enregistrant ainsi une progression de 13,3%.

La variété « Deglet Ennour » représente à elle seule 84% du volume total des exportations. Le prix moyen des dattes s’est établi à 6,30 dinars/kg au cours des dix premiers mois de la campagne 2025/2026, contre 7,05 dinars/kg pour la variété « Deglet Ennour ».

Comparativement à la même période de la campagne précédente, le prix moyen des dattes a enregistré une légère baisse de 0,9%.

Les dattes tunisiennes sont exportées vers près de 86 pays répartis sur différentes régions du monde. Les pays de l’Union européenne représentent 45,7% du volume total des exportations, avec notamment l’Italie (11,5%), l’Allemagne (9,9%) et la France (8,2%).

Les exportations vers l’Afrique représentent, quant à elles, 22,9% du volume total, principalement à destination du Maroc (18,2%). L’Asie absorbe 19,6% des volumes exportés, notamment vers la Turquie (5,4%), l’Inde (3,1%) et la Malaisie (2,8%).

S’agissant des dattes biologiques, les exportations ont atteint 8 256,9 tonnes durant les dix premiers mois de la campagne, soit 5,7% du volume total des exportations de dattes, pour une valeur d’environ 82,2 MD.

Par rapport à la même période de la campagne précédente, le volume des exportations de dattes biologiques a progressé de 8,1%, tandis que les recettes ont augmenté de 32,6%.

Le prix moyen des dattes biologiques s’est établi à 9,96 dinars/kg. L’Allemagne demeure la première destination de ces produits, absorbant 33% du volume total des exportations de dattes biologiques, suivie de la Belgique (12%) et des Pays-Bas (11%).

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Dattes tunisiennes : plus de 900 MDT à l’export, malgré un poids mondial limité

La filière tunisienne des dattes confirme sa bonne dynamique à l’export. Durant les dix premiers mois de la campagne 2025-2026, la Tunisie a exporté 144,1 mille tonnes, pour des recettes de 908,4 millions de dinars (MDT), en hausse respectivement de 13,3% et 12,2% sur un an, selon les données de l’ONAGRI.

La performance est d’autant plus notable que la Tunisie ne figure pas parmi les principaux producteurs mondiaux. Avec 400 219 tonnes produites en 2024, elle occupait le 9e rang mondial, soit environ 4% de la production mondiale. Son poids commercial est toutefois supérieur à son poids productif, le pays figurant parmi les trois premiers exportateurs mondiaux de dattes en valeur.

Cette performance repose largement sur la Deglet Nour, qui représente 84% des volumes exportés. Son prix moyen atteint 7,05 dinars le kilogramme, contre 6,30 dinars pour l’ensemble des dattes exportées, illustrant le rôle de la qualité et du positionnement dans la valorisation de la production tunisienne.

La filière dispose par ailleurs d’une présence internationale relativement diversifiée, avec environ 86 marchés. L’Union européenne reste toutefois le principal débouché, absorbant 45,7% des volumes exportés.

Autre signal intéressant : le bio. Les exportations de dattes biologiques ont atteint 8,3 mille tonnes, pour 82,2 millions de dinars, avec une progression de la valeur nettement supérieure à celle des volumes.

Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc plus seulement d’exporter davantage de dattes, mais d’en tirer davantage de valeur. Qualité, certification, conditionnement, transformation et produits dérivés apparaissent comme les principaux leviers pour renforcer une filière dont le potentiel dépasse désormais la seule vente de dattes fraîches.

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Mort de Sliman Mansour, le peintre qui a donné un visage à la Palestine

Figure majeure de l’art palestinien, Sliman Mansour est mort le 24 août 2026 à Jérusalem, à l’âge de 79 ans. De Jamal al-Mahamel, son célèbre « Chameau des fardeaux », à ses oliviers, ses femmes et ses paysages, il a…

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Ciné Plage : le cinéma marocain sort des salles

À Agadir, la troisième édition de Ciné Plage a installé, samedi 22 août, le cinéma marocain au cœur de la corniche, à la Place Shems. Projections gratuites, films nationaux et ambiance estivale : depuis trois ans, le rendez-vous organisé par…

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Zahra El Khadi, ou l’art d’exposer la blessure sans jamais la refermer

Dans Zahratun lam yushriq jasaduhā ba’d (« Une fleur dont le corps n’a pas encore lui »), premier recueil de poésie de la poétesse et chercheuse en langue et littérature arabes Zahra El Khadi, publié en avril 2026 par Hkeyet Édition, la poésie expose la douleur à nu, avec une écriture d’une froideur presque clinique, sans jamais céder au pathos. À travers une parole qui refuse l’allégorie, le recueil transforme la blessure en matière poétique et interroge, avec une rare intensité, ce que le corps et la mémoire gardent des traumatismes.

Le titre constitue déjà tout une vision. Zahra, la fleur, est aussi le prénom de l’autrice. S’appeler Zahra, c’est hériter d’une promesse de beauté et d’épanouissement, mais d’un épanouissement constamment différé. Un texte raconte que le père avait imposé ce prénom contre l’avis de la mère. Il avait pourtant vu juste : seul un prénom comme Zahra permet le tarkhīm, un procédé de la grammaire arabe qui consiste à tronquer la fin d’un nom dans l’adresse vocative. Le prénom devient ainsi le premier poème écrit sur elle, avant même qu’elle ne devienne poète.

L’image florale traverse le recueil. Dans un poème consacré à l’enfance, le cœur de la narratrice devient un jardin que personne ne soupçonne, alors que sa fragilité pourrait faire vaciller le monde. Chez Zahra El Khadi, cette fragilité n’est donc pas un abandon, mais une force que le monde refuse de voir.

Le corps comme champ de bataille

Le corps féminin est au centre du livre, non comme objet du regard, mais comme territoire d’une expérience intérieure contradictoire. Dans un long poème adressé au père, l’autrice évoque les hormones masculines qui auraient afflué sous sa peau durant l’enfance. Elle jouait au ballon avec les garçons du quartier, qui l’avaient surnommée la « gardienne-fusée ». Puis vient l’adolescence et, avec elle, les hormones féminines, vécues non comme un retour à soi mais comme un étranglement.

Cette tension ne se résout jamais complètement. Un autre texte remonte jusqu’à la naissance et joue sur le double sens du mot arabe désignant à la fois les cheveux et la poésie. La langue refoulée de la mère semble ainsi s’être incarnée dans le corps de la fille.

La blessure apparaît ensuite comme une forme de transmission. Dans un souvenir d’enfance, la narratrice imite son père en train de se raser et se coupe. Elle apprend alors à supporter la douleur sans émettre un son. Ce silence fait écho à la cicatrice que la mère dissimule sous des manches longues, même en pleine chaleur, trace d’une ancienne tentative de suicide. La souffrance passe ainsi de la mère à la fille, inscrite dans la peau avant même de devenir un héritage de mots.

Le père apparaît comme un chasseur qui n’a pourtant jamais véritablement subvenu aux besoins des siens : la famille vivait du bois porté sur les épaules de la mère, non du gibier rapporté par lui. Il conserve néanmoins une place symbolique essentielle, notamment dans les images du jardin et du langage.

Son vieillissement est décrit comme un retour au silence, vers une enfance où les mots se dérobent. Sa mémoire finit par se fissurer : il ne se souvient plus d’avoir une femme, mais se rappelle qu’une main vient déposer, dans un rêve, une blessure entre ses yeux. La mémoire affective survit alors à la mémoire factuelle. Plus loin, le recueil révèle qu’il écrivait avec le sang de la blessure de son épouse : la souffrance devient une forme d’encre.

La mère est, quant à elle, à la fois victime, enseignante de grammaire arabe et poète empêchée. Les voyelles deviennent un enjeu intime. Le père voulait une voyelle haute, forte, en hommage à sa propre mère ; la mère impose au contraire la voyelle ouverte, considérée comme plus faible dans la grammaire traditionnelle. Ce choix devient une manière de refuser que le monde enferme sa fille dans une norme.

La maladie, matière du poème

Le cancer de la mère occupe un cycle entier de textes. La tumeur est décrite comme une solitaire qui finit par se faire des amies, tandis que la mère devient une plante sans racines. Dans un geste d’amour désespéré, la narratrice imagine tenir les racines de la tumeur dans sa bouche et lui insuffler la vie pour retarder l’issue. Mais la maladie finit par absorber tout le reste, jusqu’au regret de ne pas avoir dit adieu à temps.

Un texte construit autour d’une consultation médicale atteint une densité remarquable. La mère explique que la tumeur n’est pas comme la chaussette perdue d’un enfant, que l’on peut chercher et retrouver. La chute renverse l’image : la chaussette a été retrouvée, la tumeur aussi, mais pas la mère.

Le recueil inscrit ensuite cette expérience dans une histoire plus vaste de la violence, notamment à travers A.R. Ammons. L’autrice oppose sa propre genèse poétique à celle d’un homme qui écrit après avoir tué, alors qu’elle écrit après avoir vu une tumeur arrachée au corps de sa mère. La tumeur devient ainsi la trace d’une violence plus vaste, qui semble prolonger l’histoire coloniale et impériale jusque dans le corps d’une femme arabe.

Le droit d’être poète

Qui peut se dire poète ? Cette interrogation traverse le rapport de la narratrice au monde universitaire comme au milieu littéraire. Elle constate que celui-ci manque parfois de la fragilité nécessaire à l’émergence du poème.

Lorsqu’une consœur lui demande si elle est réellement poète, aucune justification ne vient. Elle préfère laisser la fleur pousser sans couper sa tige, ouvrir les jardins plutôt que de les enfermer. À ceux qui doutent encore, une image suffit : le parfum des roses sur ses épaules.

Cette réflexion s’accompagne d’une véritable poétique de la langue. Voyelles brèves, troncation des noms, hiérarchie des sons et polysémie deviennent des outils pour penser l’identité et la résistance. La grammaire arabe n’est plus seulement un système de règles : elle devient une matière littéraire.

La forme elle-même est éclatée : vers libres amples, fragments de prose, ellipses, chutes et répétitions. Les longs poèmes adressés au père accumulent les images et les retours de mémoire, tandis que les textes courts privilégient la densité. Un poème particulièrement libre passe d’un rêve pastoral à une scène en voiture, puis à l’image du lait mêlé au miel, avant de revenir à la maternité et à la solitude.

Les amours ratées apparaissent également, parfois avec autodérision. Une rencontre manquée, d’abord attribuée à une couleur de vêtement, débouche sur une réflexion plus grave : certaines femmes ont connu la poésie avant les hommes, mais leur cœur aurait été « pressé » avant même d’avoir pu battre.

L’enfance, enfin, n’est pas une simple nostalgie. Se dire enfant à vingt-cinq ans devient une forme de résistance. Une greffe de cœur imaginaire pousse même cette idée jusqu’à son extrême : retrouver son enfance signifierait mourir à l’adulte que l’on est devenu.

Le recueil réussit ainsi à faire dialoguer l’intime et le collectif : l’enfance, le corps et la famille y rencontrent le genre, l’institution littéraire et la violence historique. La langue arabe constitue elle-même un espace de résistance, tandis que la poésie apparaît moins comme une performance que comme une manière de vivre et de témoigner.

Le titre promettait une fleur dont le corps n’avait pas encore lui. À la fin du recueil, cette promesse ressemble à un avertissement : le corps finira par luire. Et lorsqu’il luira, il brûlera.

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‘‘Zerda’’ de Radhia Toumi | Murmures du corps et des absents

Publié vers la fin de l’année 2024 aux Éditions Khayal, ‘‘Zerda’’ est un recueil de poésie en langue française de la poétesse algérienne Radhia Toumi. En feuilletant et en lisant ce livre, on entre dans une poésie contemporaine en vers libres, intime et viscérale, où chaque mot semble taillé dans la chair et la mémoire. Le corps, l’âme, la solitude, la guerre, l’exil : tout est là, inscrit dans la tension fragile de l’existence.

Djamal Guettala

Dès «ADN», la douleur devient génétique. La double hélice «étourdie» égare son «écharpe hélicée», et l’ADN lui-même vacille. Le corps devient un champ de bataille intime, où chaque cellule porte le poids de l’histoire et de la souffrance.

Dans «Aide-moi à trouver mon corps», la tragédie prend la mer pour décor : corps engloutis, âmes séparées, disparition et exil se transforment en un «ventre immense d’eau et de sel». La poésie devient alors cri et témoignage, à la fois intime et collectif.

Le corps entre identité, mémoire, absence et exil

    La poésie de Radhia Toumi repose sur le vers libre, sans rimes ni métrique régulière, mais aussi sur une succession d’images, de métaphores, d’ellipses et de silences qui donnent au texte son rythme particulier. Des formules comme «la mer m’a pris les jambes» ou «les miroirs ne connaissent plus mon histoire» ne cherchent pas seulement l’effet poétique : elles déplacent le réel et le chargent d’une dimension symbolique. Le corps devient alors identité, mémoire, absence et exil. Chaque image semble ouvrir une seconde lecture derrière le récit apparent.

    Cette écriture reste pourtant accessible. Toumi ne s’enferme ni dans une poésie hermétique ni dans une expérimentation formelle gratuite. Ses textes possèdent souvent une dimension narrative : ils racontent une situation, une rencontre, une séparation, une douleur ou un souvenir, avant de basculer vers l’émotion et le symbole. La poésie naît précisément de cette transformation du quotidien en expérience intérieure. Certaines chutes reconfigurent ainsi le sens des vers précédents et laissent au lecteur un écho qui dépasse le poème lui-même.

    La solitude s’invite également dans les espaces domestiques. Dans «La chambre des invités», les chaises de bois et de cuir vides, le silence et l’absence transforment la pièce en miroir de la vacuité intérieure.

    «Regard furtif» saisit l’éphémère d’un désir timide qui s’éteint dans l’abîme : chambres fantômes secouées par le vent, mélancolie saccadée, cœur «à bout de force» qui crie sa fatigue. Le quotidien devient un territoire de mémoire et de contemplation, où le vent, l’espace et le silence traduisent la fragilité des liens humains.

    De l’amour virtuel aux blessures du monde

    Toumi mêle aussi la modernité à son souffle poétique. Dans «À mon chéri / À ma chérie», l’amour circule par Viber et par émojis : un «Je t’aime» devient un «colis virtuel instantané», tandis que la distance se transforme en chewing-gum que l’on peut étirer et rouler à volonté. L’humour, tendre et doux-amer, souligne la fragilité des relations contemporaines tout en célébrant leur capacité à se réinventer.

    Mais la gravité rôde toujours. Dans le poème de la page 43, l’un contemple un rayon sur sa chemise tandis que l’autre vit la guerre au quotidien. Les cœurs virtuels deviennent alors des symboles de résistance : «Y a-t-il un espace bleu qui voudrait abriter nos familles ?» Une question suspendue, un cri pour la paix, la recherche d’un abri qui semble ne pas exister.

    La langue de Toumi est claire, épurée, mais chargée de musique et de chair. Ses images sont à la fois organiques et surréalistes : l’ADN qui perd son écharpe, les poissons autour d’une chaise, la distance transformée en chewing-gum. Les poèmes courts frappent comme des scalpels, tandis que les textes plus longs explorent les tensions entre désir, mémoire et douleur. L’écriture avance ainsi par fragments, silences et associations d’images, sans jamais perdre le fil émotionnel qui relie les textes.

    Le titre lui-même mérite que l’on s’y arrête. En Algérie, la zerda (زردة) désigne traditionnellement un festin communautaire ou une cérémonie d’hommage à un saint local. On y partage un repas en signe de gratitude après une épreuve ou pour célébrer un bienfait. Par extension, le mot renvoie aussi à un grand banquet convivial, à un moment collectif où les individus se retrouvent autour d’un même espace, d’une même mémoire et d’un même geste de partage.

    Le corps absent, ou l’exil comme déchirure

    Chez Radhia Toumi, ce mot prend une résonance particulière. Le banquet collectif se déplace vers l’espace intérieur ; le rassemblement devient rassemblement des souvenirs, des blessures, des voix et des absences. La zerda n’est plus seulement ce qui réunit les vivants autour d’une table : elle devient une manière de convoquer ce qui manque, de faire revenir les absents par la parole et de transformer la douleur individuelle en expérience partagée. Le titre porte ainsi en lui une tension féconde entre le collectif et l’intime, entre la célébration et le deuil, entre la mémoire populaire et la quête intérieure.

    Cette lecture fait aussi surgir une autre voix possible, comme un écho lointain aux motifs qui traversent Zerda. Parmi les textes que l’on pourrait mettre en regard de l’univers de Radhia Toumi, «Le corps absent» possède, à mes yeux, une force particulière. Il rejoint naturellement plusieurs motifs de Zerda — le corps, la mer, l’exil, la mémoire et les absents — sans chercher à les expliquer. Tout passe par l’image, le déplacement et le silence.

    Le corps absent

    J’ai laissé mon corps

    sur le quai,

    entre deux valises

    et le dernier regard de ma mère.

    Depuis,

    je marche avec une ombre

    qui ne connaît plus mon nom.

    La mer m’a pris les jambes,

    les mains,

    la mémoire des matins.

    Elle a gardé quelque part

    mes vingt ans,

    mes rêves pliés

    dans une chemise blanche.

    Je cherche mon visage

    dans les vitrines du Nord,

    mais les miroirs

    ne connaissent pas mon histoire.

    Alors je parle au vent.

    Je lui demande

    où sont ceux

    qui sont partis avant moi.

    Il ne répond pas.

    Il soulève seulement

    un peu de poussière

    sur le chemin du retour.

    Et je comprends soudain

    que mon corps n’a pas disparu.

    C’est moi

    qui suis restée

    de l’autre côté de la mer.

    Ce poème me paraît particulièrement fort parce qu’il ne raconte pas l’exil de manière documentaire : il le fait ressentir à travers la dissociation du corps et de l’identité. Le quai devient le lieu de la séparation, la mer celui de la dépossession, les vitrines du Nord celui d’une identité devenue étrangère à elle-même. Quant à la chute — «C’est moi / qui suis restée / de l’autre côté de la mer» — elle renverse le sens de l’absence : le corps n’est pas perdu, c’est une part du sujet qui est demeurée dans l’autre rive.

    La proximité avec ‘‘Zerda’’ est donc thématique, mais elle ne doit pas devenir imitation. Ce qui importe est précisément que chaque écriture conserve sa voix. Chez Radhia Toumi comme dans ce texte, le corps devient une porte d’entrée vers des territoires plus vastes : l’exil, la mémoire, l’amour, la guerre, la perte et le retour impossible. La poésie ne cherche pas à donner une réponse ; elle creuse l’absence jusqu’à faire apparaître ce que les mots ordinaires ne parviennent plus à dire.

    À la fin de la lecture, on sort ébranlé mais aussi apaisé, avec le sentiment d’avoir touché une vérité à la fois intime et collective. Zerda murmure au lecteur sa force et sa fragilité, transforme la souffrance en beauté et invite chacun à méditer sur l’humain, ses corps, sa mémoire et le souffle des absents.

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    APAISE-PBF : 5 000 bénéficiaires pour mieux gérer l’eau à Gafsa et Kairouan

    Selon un communiqué conjoint de l’UNICEF Tunisie et de la FAO Tunisie, 5 000 personnes devraient bénéficier d’un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement dans le cadre du projet APAISE-PBF, mis en œuvre à Gafsa et Kairouan.

    Le projet vise à renforcer la gouvernance de l’eau au niveau local, en développant les capacités des acteurs à mieux comprendre les enjeux liés à cette ressource, à prendre des décisions et à agir collectivement. Le ministère de l’Agriculture, la FAO, l’UNICEF et le PNUD unissent ainsi leurs expertises pour placer les communautés locales au cœur des solutions.

    Le renforcement des capacités constitue un axe central du projet. 300 femmes rurales et 100 jeunes seront formés à la gestion efficiente de l’eau, tandis que 100 agriculteurs bénéficieront de formations consacrées à des techniques innovantes visant à améliorer l’utilisation des ressources hydriques.

    Le projet prévoit également de renforcer les compétences de 50 acteurs locaux en matière de gouvernance participative.

    Au-delà des formations, l’objectif est de transformer les connaissances acquises en pratiques concrètes, de favoriser le dialogue entre les différents acteurs et de renforcer les capacités locales à anticiper et à gérer durablement les ressources en eau.

    À travers cette démarche, le projet APAISE-PBF entend contribuer à renforcer la résilience des territoires de Gafsa et de Kairouan et à favoriser des solutions durables et équitables en matière de gestion de l’eau. Le projet est consacré à l’amélioration de la gouvernance territoriale pour un accès équitable et une utilisation durable de l’eau dans les deux gouvernorats.

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    Un poème pour la route | À quoi bon ?

    Notre contributeur, économiste au long parcours, qui a sillonné le globe en long et en large, et dont les articles sur la situation de l’économie tunisienne font souvent le bonheur des lecteurs de Kapitalis, se découvre, à 70 ans passés, une âme de poète. Nous partageons ci-dessous son dernier poème.   

    Sadok Zerelli

    À quoi bon courir après les heures,

    Quand le temps nous poursuit sans se lasser ?

    À quoi bon bâtir des demeures,

    Que le vent un jour viendra balayer ?

    À quoi bon les querelles et les rancunes,

    Les ambitions, les honneurs, les vanités,

    Quand nous sommes tous, poussière parmi les poussières,

    Des voyageurs égarés dans l’immensité ?

    Nous naissons sans avoir choisi de naître,

    Nous apprenons à marcher, à parler, à aimer,

    Puis nous passons notre vie à vouloir être

    Quelqu’un que le temps finira par oublier.

    Nous sommes de passage,

    Quelques battements dans l’immensité,

    Une poussière de lumière sur une page

    Que l’univers refermera un jour sans pitié

    Et pourtant…

    Il suffit d’un ciel bleu après la pluie,

    D’un camélia qui un matin fleurit,

    D’un poème écrit au milieu de la nuit,

    Pour qu’on aime la vie.

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    À Montréal, les mille visages de la culture marocaine

    Achevée le 16 août, la 16ᵉ édition du Festival Orientalys a consacré une large place à la culture marocaine. Musique, traditions amazighes, artisanat, costumes et savoir-faire ont permis au public montréalais de découvrir un Maroc pluriel. Une présence qui s’inscrit…

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    Mémoire : Kalthoum Bornaz, dix ans après

    Né le 24 août 1945, Kalthoum Bornaz est décédée le 3 septembre 2016 suite à un malheureux accident domestique.

    Diplômée de l’Idhec en 1968, cette cinéaste a eu un long parcours de scripte et de monteuse avant de passer à la réalisation avec le court métrage « Couleurs fertiles » en 1984.

    Kalthoum Bornaz réalisera ensuite plusieurs autres films courts et deux longs métrages de fiction qui sont « Kesswa, le fil perdu » et le second opus « Chtar Mhaba » respectivement en 1996 et 2008.

    Elle fut une grande cinéaste et nous a laissé ces deux films inoubliables. À sa sortie, « Kesswa » avait surpris le public confronté à une jeune mariée lancée dans une dérive urbaine à la recherche d’une salle des fêtes.

    Quelques années plus tard, son deuxième long métrage « Chtar Mhaba » posait dès 2008, la question de la parité dans l’héritage à travers les personnages de Sélim et Sélima, deux jumeaux face à leur père.

    Kalthoum Bornaz a également réalisé un moyen métrage en 1987. Ce film intitulé « Trois personnages pour un théâtre » est un plaidoyer pour sauver le Théâtre municipal de Tunis alors menacé de démolition.

    Paix à son âme dix ans après son tragique accident. Elle reste dans nos mémoires grâce à ses films et aux travaux documentaires de sa sœur aînée Alia Bornaz Baccar.

    Lire aussi :

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    Sidi Bou Saïd raconté aux enfants par la voix, la plume et le dessin

    Les plus petits auront désormais leur livre pour aller à la découverte de Sidi Bou Saïd grâce à un ouvrage original destiné en priorité aux enfants de 3 à 6 ans.

    L’éditeur La Voix du livre vient en effet de publier un ouvrage bilingue (tunisien et français) intitulé « Mima, on va où? A Sidi Bou Saïd ».

    Écrit par Emna Mrad, illustré par Dorra Borgi et édité par Zakia Bouassida, cet ouvrage est accompagné d’un livre audio dans les deux langues lu par l’auteure avec une musique originale composée par le flûtiste Mohamed Ben Salha.

    L’ouvrage est complété par des bonus ludiques pour jouer, apprendre de nouveaux mots tunisien et français ainsi que la translittération qui permet à ceux qui ne maitrisent pas l’alphabet arabe de lire le tunisien en lettres latines.

    L’événement de lancement aura lieu mercredi 26 août à 18h30 à la Librairie Fahrenheit 451 à Carthage Dermech.

    Au programme : une lecture dans les deux langues animée par l’auteure qui sera accompagnée par le flûtiste, un coloriage collectif, des dédicaces illustrées et beaucoup de surprises pour les grands et les petits.

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