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Trump veut étrangler financièrement l’Iran via Dubaï

La tentative du président Donald Trump de contraindre l’Iran à capituler par la pression économique repose, dans une large mesure, sur la fermeture d’une artère vitale pour l’économie iranienne à savoir Dubaï. Cependant, les désirs trumpiens sont une chose et la réalité bien plus complexe en est une autre.

Imed Bahri

Le mardi 18 août 2026 au soir, les Émirats arabes unis ont annoncé la suspension de leurs transactions financières et économiques avec l’Iran, une mesure qui pourrait menacer l’accès de Téhéran à une source majeure d’importations et à une voie détournée de financement l’intégrant à l’économie mondiale. 

Selon le Wall Street Journal , qui a rapporté cette information, cette décision intervient après des semaines de pression exercée par l’administration Trump sur les Émirats pour qu’ils renforcent les mesures contre les réseaux financiers iraniens opérant sur leur territoire.

Selon des sources proches du dossier, des responsables américains ont indiqué à leurs homologues émiratis que cibler les flux financiers liés au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien pourrait s’avérer plus efficace contre Téhéran que le blocus naval américain des ports iraniens.

Accroître la pression sur l’Iran pour conclure un accord

Depuis le début de la guerre, les États-Unis exhortent les Émirats à prendre des mesures plus fermes contre les entités iraniennes sanctionnées et les réseaux opérant clandestinement sur leur territoire.

Si la mesure prise par les Émirats est largement appliquée, elle pourrait considérablement restreindre l’accès de Téhéran aux devises étrangères et aux réseaux commerciaux internationaux, à un moment où l’économie iranienne est déjà fragilisée par une inflation galopante, les sanctions et les conséquences de la guerre.

L’administration Trump espère ainsi accroître la pression sur l’Iran et, à terme, l’amener à conclure un accord.

Cependant, rompre ces liens ne sera pas chose aisée. Une grande partie des activités financières iraniennes est conçue pour rester opaque. Les résolutions américaines sur les sanctions de ces dernières années ont démontré que les revenus pétroliers, les transactions de change et les paiements liés à des entités iraniennes transitent depuis longtemps par des sociétés écrans et des bureaux de change à Dubaï, souvent sans qu’aucun nom iranien n’apparaisse sur la transaction.

La réputation de Dubaï est sur la balance

Couper l’accès de l’Iran à ces réseaux obligera les autorités émiraties à lancer une répression beaucoup plus énergique contre les activités financières et commerciales opaques, ce qui pourrait avoir un autre coût : nuire à la réputation de Dubaï en tant que plaque tournante mondiale ouverte et flexible pour le commerce, les capitaux et la réexportation.

Max Meizlish, ancien responsable des sanctions américaines et actuellement chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, a déclaré : «Quand on observe comment l’Iran contourne les sanctions et tire profit de la vente illicite de pétrole, Dubaï constitue une plaque tournante majeure de ces flux financiers illicites». Il a ajouté que la répression menée par les Émirats contre le commerce direct et les activités financières liées à l’Iran est importante mais que la réalité est plus complexe car une grande partie de l’activité indirecte transite par des banques basées à Dubaï qui soutiennent ce qu’il a appelé les réseaux bancaires parallèles et les opérations de financement illicites de l’Iran.

Pourquoi les Émirats agissent-ils maintenant ?

Cette décision émiratie intervient après plusieurs semaines de tensions croissantes, notamment des attaques que les autorités des Emirats attribuent à l’Iran contre sept de leurs navires rien que ce mois-ci.

Mardi 18 août, l’Iran a tiré deux missiles balistiques en direction des Émirats, déclenchant ainsi les systèmes de défense aérienne du pays. Le ministère de la Défense des Émirats a déclaré que les missiles visaient le trafic maritime mais qu’ils sont tombés en mer.

Les mesures prises par les Émirats pour restreindre leurs relations commerciales avec l’Iran s’inscrivent dans une stratégie de dissuasion des attaques du CGRI contre les navires émiratis.

Cependant, les responsables émiratis ne considèrent pas ces dernières mesures comme une rupture immédiate et définitive avec Téhéran. Selon des sources proches du dossier, Abou Dhabi perçoit ces mesures comme faisant partie d’un processus d’escalade progressive.

Les Émirats devraient procéder par étapes, en commençant par de nouvelles restrictions sur la navigation et pourraient par la suite étendre leur campagne aux entités liées à l’Iran si le CGRI poursuit ses attaques.

Cela reflète une approche émiratie qui privilégie l’évaluation de l’efficacité des mesures tout en conservant la possibilité de les rectifier ultérieurement.

Les Émirats craignent les conséquences de la stratégie américaine 

Un autre aspect entre en ligne de compte dans les calculs émiratis. Leurs décideurs craignent que la stratégie de Washington, qui consiste à infliger des pertes économiques plus importantes à l’Iran, n’entraîne des dommages collatéraux pour les économies des États du Golfe eux-mêmes, en particulier les secteurs dépendants du commerce, du tourisme et des services, et pas seulement du pétrole.

Ils craignent également qu’une pression économique accrue ne provoque, à terme, de nouvelles représailles militaires de la part de l’Iran.

C’est pourquoi les responsables émiratis souhaitent maintenir ouverts certains canaux de communication avec Téhéran, afin de conserver une carte diplomatique à jouer si la campagne de pression menée par l’administration Trump échoue.

À l’inverse, un responsable de l’administration américaine a déclaré que les sanctions et embargos américains avaient paralysé l’économie iranienne et que Trump disposait encore d’autres outils de pression.

Les mesures déjà en cours

Au début du conflit, les Émirats ont suspendu leurs exportations directes de marchandises vers l’Iran et lancé une campagne plus vaste contre les activités iraniennes sur leur territoire, notamment par l’annulation de visas et la fermeture d’écoles et de clubs.

Après des combats sporadiques et des avertissements concernant une escalade militaire plus importante le mois dernier, Trump a modifié son approche et a commencé à privilégier une stratégie à plus long terme visant à paralyser l’économie iranienne.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a indiqué que Washington imposerait de nouvelles restrictions à l’économie iranienne ce qui, combiné au blocus naval des ports iraniens, constituerait ce qu’il a qualifié de «double peine».

Toutefois, pour que cette mainmise soit plus efficace, Washington a besoin de la participation des Émirats arabes unis.

Les Émirats, situés de l’autre côté du Golfe, entretiennent des liens commerciaux, historiques et culturels étroits avec l’Iran, malgré de fréquents désaccords entre les deux gouvernements.

Avant la guerre, les Émirats étaient le principal fournisseur d’importations de l’Iran, devançant même la Chine.

En 2024, ils représentaient plus de 30% des importations totales de l’Iran, soit environ 21 milliards de dollars, selon l’Organisation mondiale du commerce.

Cependant, l’importance réelle des Émirats arabes unis dépasse largement le cadre du commerce formel. Depuis des années, les Émirats servent de plaque tournante financière majeure pour les entreprises et les particuliers iraniens cherchant à contourner les sanctions occidentales, selon des analystes qui suivent l’activité iranienne et le département du Trésor américain.

Ce réseau de contournement des sanctions a permis à l’Iran de continuer à vendre du pétrole à l’étranger et d’acheminer les recettes vers ses programmes d’armement et ses alliés régionaux, selon ces estimations.

D’après le Trésor américain et des analystes, l’Iran a établi des sociétés écrans aux Émirats arabes unis pour percevoir les paiements pétroliers, régler les transactions et dissimuler la véritable origine des fonds.

Les chiffres révèlent l’ampleur du rôle de ce réseau

En 2024, près de 9 milliards de dollars ont transité par des comptes de correspondants détenus par des banques américaines, soupçonnés d’être liés à des activités financières iraniennes clandestines, selon le département du Trésor américain.

Ce dernier a précisé que des sociétés basées aux Émirats, principalement à Dubaï, ont reçu 62 % de ces fonds.

Il ne s’agit pas seulement de banques et de sociétés écrans. L’Iran s’appuie également sur ce que l’on appelle une « flotte parallèle », un ensemble de vieux pétroliers utilisés pour transporter du pétrole brut soumis à des sanctions, dissimulant ainsi les mouvements des navires et leurs véritables structures de propriété.

Selon le département du Trésor américain, nombre de ces pétroliers liés au commerce clandestin de pétrole iranien appartiennent à des sociétés basées aux Émirats arabes unis ou sont exploités par elles.

Les Émirats arabes unis ont déjà affirmé leur engagement à respecter les sanctions et leur ferme volonté de protéger l’intégrité du système financier mondial.

Mais les Émirats peuvent-ils réellement démanteler ce réseau ?

Malgré les nouvelles mesures, les analystes estiment que le démantèlement du réseau financier parallèle iranien restera un défi de taille.

Eric Alter, doyen de l’Académie diplomatique Anwar Gargash d’Abou Dhabi, a déclaré que «c’est possible mais dans certaines limites».

Le gouvernement peut fermer les circuits bancaires officiels et perturber le trafic maritime dans les principaux ports, mais, selon M. Alter, il ne peut pas contrôler chaque partenaire local, chaque zone franche et les mouvements de chaque petit navire à travers les sept émirats, chacun ayant sa propre culture commerciale.

C’est là que réside le dilemme fondamental de la stratégie de Trump: bloquer le commerce officiel iranien est une chose mais démanteler l’économie souterraine iranienne, qui s’est développée pendant des décennies au sein des réseaux commerciaux et financiers régionaux, en est une autre.

Si Washington veut faire de la pression économique un outil capable de véritablement infléchir les calculs de Téhéran, le véritable test ne se situera pas dans les ports iraniens bloqués par la marine américaine mais plutôt au niveau des banques, des sociétés écrans, des bureaux de change, des zones franches et des réseaux de réexportation à Dubaï.

Par conséquent, le sort du pari de Trump visant à étrangler économiquement l’Iran pourrait, dans une large mesure, se jouer de l’autre côté du Golfe Persique : à Dubaï.

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Comment les Émirats ont-ils conquis Washington ?

Il y a vingt ans, les Émirats arabes unis ont voulu acquérir, via leur entreprise de gestion portuaire DP World (Dubai Ports World), six ports américains ce qui a provoqué une levée de boucliers à Washington et l’opération a fini par capoter. Après deux décennies, la situation a complètement changé et les Émirats sont devenus le chouchou des États-Unis au Moyen-Orient. Ce changement a nécessité un investissement de sommes colossales dans le lobbying et le recours massif aux sociétés de relations publiques mais également la lune de miel entre Abou Dhabi et Tel Aviv a consolidé la place des Émirats à Washington. L’inamovible ambassadeur émirati aux États-Unis Youssef Al-Otaiba, en poste depuis juillet 2008, a également joué un rôle clé.

Imed Bahri

Dans le Financial Times, Abigail Hauslohner, correspondante du journal britannique à Washington, a révélé comment les Émirats ont gagné les faveurs de Washington. Selon elle, Abou Dhabi a déployé une stratégie mêlant argent et charme pour devenir l’un des alliés les plus importants des États-Unis au Moyen-Orient. 

Pour parvenir à cette position, les Émirats ont tiré les leçons de leurs erreurs passées. Il y a vingt ans, précisément en février et mars 2006, ils se trouvaient au cœur d’une tempête politique à Washington lorsqu’une offre de l’État du Golfe visant à acquérir six grands ports maritimes américains par le biais de DP World, la multinationale émiratie basée à Dubaï, reconnue comme l’un des leaders mondiaux de la logistique et de la gestion portuaire, a suscité une vive controverse au sein du Congrès américain.

Cette offre intervenait cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, dont deux des pirates de l’air étaient Emiratis. À l’époque, certains membres du Congrès affirmaient que les Émirats étaient une plaque tournante du financement d’Al-Qaïda et un «problème persistant en matière de lutte contre le terrorisme», mettant en garde contre une grave menace pour la sécurité nationale américaine si les Émirats étaient autorisés à gérer des ports stratégiques.

Ni les membres du Congrès ni les opposants à l’offre ne semblaient se soucier du fait que les Émirats étaient le seul pays arabe à avoir déployé des troupes en soutien à la guerre américaine en Afghanistan et que l’administration Bush avait soutenu l’accord portuaire. Ce tollé avait contraint DP World à retirer son offre.

Cette affaire marqua un tournant pour les Émirats et leurs relations avec les États-Unis. À Abou Dhabi, le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, alors prince héritier d’Abou Dhabi, convoqua une réunion d’urgence avec ses conseillers. Il expliqua que cette «crise» avait révélé une profonde incompréhension chez la plupart des Américains au sujet des Émirats et qu’il était temps de corriger cette idée fausse.

L’un des plus fidèles alliés des États-Unis au Moyen-Orient

Vingt ans plus tard, ils y parvinrent. Mohammed ben Zayed devint président des Émirats et l’État du Golfe se transforma en l’un des plus fidèles alliés des États-Unis au Moyen-Orient.

Le 28 juillet, l’armée américaine annonça sa collaboration avec les Émirats pour accélérer le développement de l’intelligence artificielle militaire. Outre ses liens militaires, les Émirats ont investi massivement aux États-Unis, via leur fonds souverain de 1 700 milliards de dollars et des entreprises publiques, ainsi que dans les intérêts commerciaux de la famille du président Donald Trump. Le Congrès, à majorité républicaine, se montre moins préoccupé qu’auparavant par les investissements dans des secteurs sensibles pour la sécurité nationale américaine. Trump a récemment accordé aux Émiratis l’accès à certaines des puces informatiques américaines les plus récentes, quelques mois seulement après qu’un prince émirati a investi 500 millions de dollars dans l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump.

Cependant, tout n’a pas toujours été rose. Les Émirats ont notamment été irrités par la signature, par Washington, de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. La guerre menée par Trump contre l’Iran a mis à l’épreuve les limites de l’influence de Ben Zayed, les Émirats devenant une cible privilégiée des représailles iraniennes. Le déluge de missiles et de drones iraniens a soulevé des questions quant à la stabilité du pays et à la viabilité de son ambition de devenir un pôle technologique mondial.

Le FT cite Barbara Leaf, ancienne ambassadrice des États-Unis à Abou Dhabi (2014-2018) puis secrétaire d’État adjointe américaine aux Affaires du Proche-Orient : «Les Émiratis savent qu’ils ont une influence et une présence, mais en fin de compte, ils n’ont eu aucun mot à dire dans une guerre qui a éclaté à leur frontière et ont subi de plein fouet les attaques».

Le renforcement des liens avec Israël

Néanmoins, la guerre a renforcé la conviction, largement répandue à Abou Dhabi, qu’il était nécessaire de consolider les liens. Abou Dhabi a stratégiquement fondé sa relation avec les États-Unis sur son partenariat et sur le renforcement de ses liens avec Israël. Les autorités affirment que le pays entend non seulement poursuivre sur cette voie mais aussi approfondir ces liens.

Mais comment ce partenariat et cette coopération se sont-ils développés ? Selon le journal britannique, cela est lié au rôle de l’ambassadeur d’Abou Dhabi à Washington, Youssef Al Otaiba, ancien conseiller de Ben Zayed et diplômé de l’université de Georgetown. Il a été envoyé à Washington en 2008 afin de présenter aux Américains une image différente des Émirats. Grâce à un vaste réseau de lobbyistes influents, il a réussi. Quel est son principal outil ? L’argent. Les Émirats ont dépensé plus de 270 millions de dollars à Washington au cours de la dernière décennie, selon OpenSecrets, un site web qui analyse les flux financiers de la politique américaine. Avec leurs voisins du Golfe, l’Arabie saoudite (422 millions de dollars) et le Qatar (269 millions de dollars), les Émirats figurent parmi les dix premiers pays au monde en matière de dépenses dans les relations publiques.

Les Émirats ont également investi massivement dans certains des plus importants think tanks de Washington, notamment l’Atlantic Council, le Center for Strategic and International Studies et la Rand Corporation. Ils ont aussi accueilli des dizaines de conférences et de séminaires internationaux.

Un ancien haut responsable du Département d’État a décrit le rôle de l’ambassadeur des Émirats en ces termes : «Al-Otaiba n’a ménagé aucun effort pour organiser des événements mondains afin de s’attirer les faveurs de ses partisans au sein des deux partis». Le responsable a ajouté : «Il est étonnant de constater le nombre d’anciens responsables qui ont publié des tribunes vantant les mérites de la relation prétendument mutuellement avantageuse entre les États-Unis et les Émirats».

Une oasis de libéralisme de façade dans un région conservatrice

Le journal souligne qu’Al-Otaiba a exploité l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie en 2018 pour présenter les Émirats comme un phare de modernité et d’espoir, abritant un Dubaï modéré et favorable aux entreprises, une oasis de libéralisme de façade dans une région majoritairement musulmane et conservatrice.

Al-Otaiba a incité les responsables politiques américains à se rendre aux Émirats, a piloté les efforts de l’ambassade auprès du Congrès, des groupes de réflexion, des universités, des écoles et des médias, et a organisé des réceptions pour l’élite de Washington.

Lors de la première campagne de Trump, Al-Otaiba a tissé des liens étroits avec Jared Kushner, le gendre du président, devenu par la suite l’un de ses principaux conseillers pour les affaires du Moyen-Orient.

Cette relation a conduit les Émirats à normaliser leurs relations avec Israël en 2020 et ce, dans le cadre des Accords d’Abraham. Un ancien responsable du Département d’État a décrit la décision des Émiratis de normaliser leurs relations en ces termes : «Ils ont su anticiper l’avenir et comprendre les priorités des États-Unis et ils ont réalisé qu’Israël était un moyen de se rapprocher de l’administration Trump». Il a ajouté: «Cette relation étroite avec Israël leur a permis d’échapper aux critiques dont ils faisaient l’objet»

Citant des sources proches de la famille régnante, le FT indique que le renforcement des liens avec les États-Unis sert plusieurs objectifs stratégiques pour Ben Zayed notamment diversifier l’économie et réduire sa dépendance aux revenus pétroliers, faire des Émirats un pôle mondial de l’IA et s’affranchir de la domination de l’Arabie saoudite, principale puissance régionale.

Après deux décennies d’échecs dans la conquête de grands ports maritimes américains, les Émirats ont progressivement commencé à investir dans un secteur bien plus lucratif. Des fonds d’investissement publics, tels que Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi, et MGX, dirigé par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats et frère du président, Cheikh Tahnoun bin Zayed Al Nahyan, ont noué d’importants partenariats avec des entreprises technologiques comme OpenAI et XAI.

Ces fonds ont également acquis une participation majoritaire dans le fabricant de semi-conducteurs GlobalFoundries et réalisé des investissements significatifs dans Cerebras Systems, un autre fabricant de semi-conducteurs, et Allied Data Centers, un développeur de centres de données. Abu Dhabi a également connu une avancée majeure avec la décision du département du Commerce américain d’autoriser la vente de puces électroniques de pointe aux Émirats et de lever les restrictions sur leurs exportations. L’ambassadeur Al Otaiba a salué cet accord, le qualifiant de «réalisation importante fruit d’une coopération continue». Cependant, les démocrates ont une opinion différente. La représentante de l’Arizona Yasmin Ansari l’a décrit «comme peut-être l’un des cas de corruption les plus importants et les plus flagrants de l’histoire des États-Unis».

Depuis des années, des responsables de la sécurité nationale et des membres du Congrès mettent en garde contre les risques liés à l’accès des Émirats aux puces électroniques de pointe. Selon eux, cela exposerait les technologies américaines les plus sensibles à un risque d’acquisition par la Chine, leur principal rival mondial, avec laquelle les Émirats arabes unis entretiennent des liens commerciaux et technologiques étroits. L’administration Trump et les Émirats arabes unis affirment avoir pris des mesures pour protéger ces technologies.

Une politique étrangère qui fait grincer des dents

Cependant, certains responsables et anciens parlementaires restent sceptiques. «Abou Dhabi a cultivé avec les États-Unis une relation qui sert largement les intérêts des Émirats mais qui nuit à la politique étrangère américaine et à nos intérêts nationaux», déclare un ancien responsable du Département d’État.

Même au sein de l’administration Trump, la politique d’Abou Dhabi peut faire grincer des dents comme cela a été le cas à cause de la livraison d’armes lourdes aux Forces de soutien rapide, la milice soudanaise de Hemedti Dagalo accusée de crimes de guerre.

L’année dernière, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que les Émirats arabes unis «soutenaient ouvertement une entité commettant un génocide au Soudan», une accusation que les Émirats arabes unis réfutent. Cependant, les membres du Congrès ont systématiquement voté contre les tentatives du Congrès de bloquer les ventes d’armes à Abou Dhabi, arguant qu’il s’agit d’un allié stratégique. 

Les Émirats ont également échappé à des sanctions sévères pour leur rôle de plaque tournante du financement illicite de l’Iran. Ce rôle était crucial pour la survie du régime iranien avant la guerre, au point que Trump a déclaré cette année que les Émirats arabes unis étaient «le banquier de l’Iran».

Une analyse du Financial Times sur les sanctions du Trésor américain contre l’Iran a révélé que les Émirats étaient le deuxième pays le plus fréquemment cité après la Chine, malgré la position traditionnellement intransigeante d’Abou Dhabi à l’égard de Téhéran. Sur les 1 573 entités et individus sanctionnés pour leurs liens avec un pays autre que l’Iran, 22% possèdent la nationalité émiratie ou ont une adresse ou une entreprise enregistrée aux Émirats.

«Les Émirats exercent une influence considérable ici à Washington, une influence excessive», déclare le sénateur Van Hollen, démocrate du Maryland, qui ajoute : «Ils ont donc pu agir impunément, contrairement à d’autres pays». Malgré toute cette influence, les Émirats n’ont pas été en mesure d’empêcher les États-Unis et Israël de déclencher une guerre contre l’Iran cette année.

Cependant, depuis le début du conflit, les Émirats ont pris la décision radicale de renforcer leurs liens avec Washington et Israël, allant jusqu’à lancer des dizaines de frappes aériennes contre l’Iran.

Les Émirats se sont davantage rapprochés d’Israël et, en mai, se sont retirés de l’Opep dirigée par l’Arabie saoudite, renforçant ainsi leur position aux côtés de Trump, qui a toujours désapprouvé l’influence de l’Opep sur les prix du pétrole. Un responsable émirati ajoute que l’Arabie saoudite n’est plus la puissance dominante qu’elle était lors de la visite de Trump dans le Golfe l’année dernière.

Certains experts prévoient que privilégier les relations avec les États-Unis et Israël au détriment des alliances arabes régionales aura des conséquences néfastes. Andrew Leber, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Tulane, affirme qu’en agissant ainsi, les Émirats risquent de sacrifier leur indépendance stratégique à ces pays.

Certains démocrates estiment également que les Émirats arabes unis devront rendre des comptes si le Parti démocrate reprend le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, ce qui pourrait ouvrir la voie à des enquêtes parlementaires.

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