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Carnets Scandinaves ( 4 ) : Spirales à Oslo

Je boîte un peu. Mon pied de Vulcain me donne des soucis depuis quelques semaines. Et comme j’ai marché plusieurs heures, la douleur s’est réveillée à cause de ces randonnées en spirale qui m’occupent loin de tout émerveillement.

J’ai pourtant tendance à m’extasier devant la beauté et même celle austère des monuments d’Oslo devrait m’émouvoir. Or, je suis comme insensible à la ville où je me trouve dans un pays où je me rends pour la première fois. Passés les premiers frémissements et la magie des fjords, je me suis comme refermé et arpente une ville qui reste anonyme et où seules m’aimantent la gloire de la lumière et la complainte de l’homme blessé qui parle à son miroir.

Mon spleen scandinave chevillé à l’âme, je ressens fortement le besoin d’une introspection qui irait au-delà de l’écorce des jours et retrouverait la source de mon trouble. Alors que je remue mes tréfonds, les mouettes continuent à ricaner sur un ton rieur qui contraste avec mon état. On dirait qu’elles se moquent de moi et du tragique banal que j’essaie de dénouer.

Un canon tourné vers le fjord, vestige silencieux face au paysage norvégien. (Photo: Hatem Bourial)

Perplexe, je continue à boitiller en pensant aux oiseaux de Hitchcock et à la mouette de Tchékov. En d’autres circonstances et si j’avais plus temps, je serais peut-être aller me recueillir sur la tombe d’Ibsen. Mais aujourd’hui, j’ai l’esprit ailleurs qu’à Oslo, quelque part dans la tectonique des plaques qui taraudent un homme blessé. Et même si je marche indifférent à la ville, je reste sensible aux trésors qu’elle recèle, à ce que je verrais peut-être une autre fois. Il est presque trois heures et j’attends de renouer avec le plein soleil et la cohue urbaine. Il fait plus froid mais le ciel est d’une pureté angélique. Seules les mouettes hilares perturbent le silence.

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Carnets scandinaves (1) : On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide

J’ai finalement écrit toute la nuit. Il me faut maintenant reprendre cette avalanche de mots, leur trouver un sens et les remettre en ordre. De quoi meubler les sept heures de train qui me ramèneront jusqu’à Malmö puis Copenhague.

Entre temps, je vais me reposer un peu dès que la gare rouvrira ses portes et profiter de la poignée d’heures qui me restent pour ouvrir les yeux sur les beautés d’Oslo quoique ni mon état d’âme ni ma forme physique ne m’y incitent vraiment.

Ai-je enfin pu rebondir ? Suis-je prêt à reprendre l’effort de Sisyphe et pousser mon fardeau jusqu’au sommet de la colline d’où inéluctablement, il retombera ? Ai-je pris la véritable mesure de ce désaccord qui m’oppose à mon être profond ? Je n’en sais encore rien.

Une seule certitude : le jour est en train de doucement balayer la nuit en libérant la lumière de ses entraves nocturnes. On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide.

Pour mon cœur, c’est une autre histoire que je raconterais volontiers aux mouettes, aux coqs et aux muezzins qu’elles semblent avoir supplanté pour dire la lumière qui revient.

Ce voyage en Scandinavie est au fond un examen qui convoque le bourlingueur que j’étais pour tester sa résilience. Un sac à dos, quelques centaines d’euros, des billets de train et aucune réservation préalable.

Bien sûr, mon carnet et mes stylos sont à portée de main et je suis tout ouïe, aux aguets et déterminé à faire de mon mieux.

J’écris ces lignes les yeux légèrement embués, mes désirs en embuscade et le cœur à la fois patient, serein et gourmand de vivre cette équipée d’une semaine en juillet.

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