Lese-Ansicht

Transition énergétique en Tunisie | Urgence des réformes et défi des infrastructures

La Tunisie se trouve à un tournant décisif de sa politique énergétique. Et le diagnostic est sans concession : l’autonomie énergétique est devenue une urgence nationale.

Lotfi Sahli

Lors de la restitution de la Consultation nationale sur la transition énergétique, menée sous l’égide du Groupement professionnel des énergies renouvelables (GPER) de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), l’expert économique Chekib Ben Mustapha a dressé un constat particulièrement préoccupant : l’indépendance énergétique du pays est passée de 93 % en 2010 à seulement 48 % en 2023 et pourrait tomber sous le seuil des 30 % à l’horizon 2030 si le rythme actuel des réformes et des investissements ne s’accélère pas.

L’enjeu dépasse largement la seule question de l’approvisionnement énergétique. Le déficit du secteur pèse lourdement sur les équilibres extérieurs, l’énergie représentant à elle seule près de la moitié du déficit commercial national. Dans le même temps, la production électrique demeure très largement dépendante du gaz naturel, qui alimente encore l’essentiel des centrales thermiques de la Steg, et dont la plus grande partie est importée de l’Algérie voisine via le gazoduc Transmed transportant le gaz algérien vers l’Italie.

Le «grand écart» entre ambitions et réalité

Pendant des années, la transition énergétique tunisienne a été marquée par un décalage entre les ambitions affichées et la réalité opérationnelle. Le Plan solaire tunisien fixe notamment un objectif de 35 % d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2030. Pourtant, le solaire et l’éolien ont longtemps progressé à un rythme insuffisant pour permettre au pays de se rapprocher de cette cible : la part des énergies renouvelables dans la production électrique nationale a atteint à peine 9,2 % à la fin du premier semestre 2026.

Plusieurs obstacles ont contribué à ralentir cette dynamique : la complexité des procédures administratives pour l’installation d’équipements solaires photovoltaïques dans les entreprises et les foyers, les délais d’autorisation, les limites du réseau de transport électrique, le coût élevé du financement pour les entreprises et, enfin, le décalage entre la recherche universitaire et les besoins du tissu industriel.

Face à la dégradation des équilibres énergétiques, mais aussi à la pression croissante des politiques européennes de décarbonation, les pouvoirs publics ont engagé une évolution du cadre réglementaire.

Les arrêtés du 9 octobre 2024 ont notamment révisé les tarifs d’achat garantis de l’électricité solaire photovoltaïque produite sous le régime de l’autorisation et approuvé un contrat-type de vente d’électricité entre les producteurs privés et la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg). Parallèlement, la clarification des tarifs de transit et des mécanismes de rachat des excédents a renforcé l’intérêt de l’autoproduction pour les entreprises.

Cette dynamique est également portée par le contexte international. Pour les entreprises exportatrices, investir dans les énergies renouvelables constitue désormais un moyen de réduire leur facture énergétique, mais aussi d’anticiper les nouvelles exigences environnementales du marché européen, notamment le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (Macf).

Les premiers résultats commencent à se mesurer

La mise à jour sectorielle de 2026 montre que la transition énergétique tunisienne entre progressivement dans une phase plus concrète. À la mi-2026, la capacité solaire photovoltaïque installée dépasse les 630 MW, selon les données sectorielles fournies par l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME) et le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

L’autoproduction constitue le principal moteur de cette progression. Le parc résidentiel atteint près de 500 MW, porté notamment par le programme Prosol Elec et les mécanismes de mensualisation sur les factures de la Steg. Les secteurs industriel, tertiaire et agricole représentent, pour leur part, environ 130 MW d’installations autonomes.

Sur les douze derniers mois, la production électrique nationale atteint environ 9 550 GWh, tandis que la part des énergies renouvelables s’établit désormais à 9,2 %. Malgré cette progression, le gaz naturel conserve une place dominante dans le mix électrique, la Steg assurant encore environ 91 % de la fourniture globale à partir de cette source.

Le paysage de la production s’est toutefois enrichi au printemps 2026 avec la mise en service commerciale de deux centrales solaires en concession de 50 MW chacune, à Tozeur et Sidi Bouzid. Cette dynamique s’est poursuivie avec le bouclage financier du projet Sidi Bouzid II, d’une capacité de 120 MW, ainsi qu’avec le lancement du programme Chems, soutenu par la Banque africaine de développement et l’ANME, destiné notamment à accompagner l’équipement des PME.

Les appels à projets continuent également de se multiplier, avec notamment le lancement, en avril 2026, d’un nouveau programme de 200 MW sous régime d’autorisation.

Le véritable défi se déplace vers le réseau

Ces avancées ne doivent cependant pas masquer la principale faiblesse du système : la capacité du réseau électrique à absorber rapidement les nouvelles productions renouvelables.

Le problème n’est désormais plus uniquement de produire de l’électricité verte, mais de pouvoir la transporter, la distribuer et l’intégrer au réseau dans de bonnes conditions. Plusieurs régions du Centre et du Sud présentent déjà des contraintes d’accueil qui pourraient ralentir le développement de nouveaux projets.

Autrement dit, les textes réglementaires peuvent accélérer l’investissement, mais ils ne suffisent pas à transporter les électrons. Le prochain chantier de la transition énergétique tunisienne sera donc nécessairement celui des infrastructures de transport.

Pour atteindre l’objectif de 35 % de renouvelables en 2030, correspondant à une capacité cumulée estimée entre 3 800 et 4 700 MW, la Tunisie devra engager des investissements importants dans la modernisation de son réseau de transport et de distribution.

Le développement des smart grids, le renforcement des interconnexions et le déploiement de solutions de stockage par batteries apparaissent désormais comme des conditions essentielles à la réussite de cette transformation.

La transition énergétique tunisienne n’est donc plus une simple ambition environnementale. Elle est devenue une question de compétitivité industrielle, de maîtrise du déficit commercial et, plus largement, de souveraineté économique. Le véritable enjeu des prochaines années sera de transformer l’accélération réglementaire et l’essor de l’autoproduction en une mutation durable du système énergétique national.

L’article Transition énergétique en Tunisie | Urgence des réformes et défi des infrastructures est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Quand les grands projets redessinent le Maroc

À Tanger, les porte-conteneurs se succèdent. Entre les grandes villes, les trains filent à grande vitesse. À Ouarzazate, le soleil produit de l’électricité. Et partout, routes, barrages et stations de dessalement modifient peu à peu le paysage. Derrière ces transformations,…

L’article Quand les grands projets redessinent le Maroc est apparu en premier sur lecourrierdelatlas.

  •  

Électricité : 630 MW de solaire, mais la Tunisie reste dépendante de l’extérieur

Le photovoltaïque poursuit sa progression en Tunisie. À fin juin 2026, le parc résidentiel et professionnel atteint environ 630 MW, tandis que les énergies renouvelables représentent 9,2% de la production électrique. Mais cette montée en puissance ne suffit pas encore à réduire la dépendance du pays aux achats extérieurs d’électricité, qui couvrent désormais 10% des besoins, principalement grâce aux importations en provenance d’Algérie.

Le solaire gagne du terrain

La transition énergétique tunisienne continue de se matérialiser sur le terrain. Le parc photovoltaïque installé dans les secteurs résidentiel et professionnel atteint désormais environ 630 MW, confirmant l’essor d’une production électrique de plus en plus décentralisée.

Cette progression contribue à renforcer la place des énergies renouvelables dans le mix électrique national. À fin juin, leur part atteint 9,2% de la production, un niveau qui témoigne de la montée en puissance du solaire dans un pays qui cherche à diversifier ses sources d’énergie.

Mais derrière cette évolution positive se dessine un paradoxe.

Les importations d’électricité progressent aussi

Alors que la capacité photovoltaïque augmente, la Tunisie reste confrontée à une forte pression sur son équilibre électrique. Les achats extérieurs couvrent désormais 10% des besoins du pays, contre 9% à fin mai.

Ces importations proviennent principalement de l’Algérie et permettent de soutenir l’approvisionnement du réseau lorsque la production nationale ne suffit pas à répondre à la demande.

Le constat mérite d’être souligné : la progression du solaire ne s’accompagne donc pas encore d’une réduction mécanique de la dépendance électrique extérieure.

Cela ne signifie pas que les 630 MW installés soient sans effet. Ils permettent de produire davantage d’électricité renouvelable et peuvent réduire le recours aux moyens conventionnels pendant les périodes de production solaire. Mais leur contribution reste dépendante du moment où cette électricité est disponible.

Produire de l’électricité ne suffit plus

C’est là que se trouve l’un des principaux défis de la transition énergétique tunisienne. Les panneaux photovoltaïques produisent essentiellement pendant la journée, alors que la demande peut rester élevée, notamment lors des épisodes de forte chaleur et des pics de consommation liés à la climatisation.

Le problème n’est donc plus uniquement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir disposer de cette énergie au moment où le réseau en a besoin.

Le stockage devient, dans ce contexte, un enjeu central. Sans capacités suffisantes pour conserver une partie de l’électricité produite durant les heures d’ensoleillement et la restituer plus tard, l’augmentation du parc solaire ne peut pas, à elle seule, garantir l’équilibre du réseau.

Le véritable défi : transformer les mégawatts en sécurité énergétique

Les chiffres de juin illustrent ainsi les limites actuelles de la transition électrique tunisienne. Le solaire progresse, mais la dépendance extérieure persiste, voire augmente à court terme.

La prochaine étape ne consistera donc pas seulement à multiplier les installations photovoltaïques. Elle devra également porter sur le stockage, la modernisation du réseau et la capacité à mieux faire coïncider production renouvelable et consommation.

Lire aussi :

L’article Électricité : 630 MW de solaire, mais la Tunisie reste dépendante de l’extérieur est apparu en premier sur webdo.

  •  
❌