Plus de deux ans après la mort de Hind Rajab, l’armée israélienne reconnaît que ses soldats ont tiré sur la voiture où se trouvait la fillette palestinienne de cinq ans. Un aveu tardif qui pulvérise la version officielle avancée après le drame et que la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania qualifie d’«écran de fumée».
Djamal Guettala
Il y a des voix que les démentis ne parviennent pas à faire taire. Celle de Hind Rajab en fait partie.
En janvier 2024, la fillette palestinienne de cinq ans se retrouve prisonnière d’une voiture à Gaza, après que plusieurs membres de sa famille ont été tués. Elle appelle le Croissant-Rouge palestinien. Sa voix tremble. Elle demande qu’on vienne la chercher. Autour d’elle, les tirs continuent.
Deux ambulanciers sont envoyés à sa rencontre. Ils seront eux aussi tués.
Pendant plus de deux ans, l’armée israélienne a nié que ses soldats se trouvaient dans le secteur au moment du drame. Aujourd’hui, elle reconnaît finalement que ses troupes ont bien ouvert le feu sur le véhicule et annonce l’ouverture d’une enquête pénale.
Une version officielle qui se fissure
Cette reconnaissance intervient après une longue bataille autour de la vérité.
Dès les premières semaines, plusieurs enquêtes indépendantes avaient mis en doute la version israélienne. Images satellites, analyses acoustiques, données géographiques et examen de la scène ont permis de reconstituer les mouvements militaires autour du véhicule.
Le contraste est désormais saisissant : ce que l’armée niait hier, elle le reconnaît aujourd’hui.
Mais cette admission ne répond pas à la question centrale. Elle ne dit pas pourquoi une voiture occupée par des civils a été prise pour cible. Elle ne dit pas non plus pourquoi la présence de soldats israéliens avait été initialement niée.
Elle ouvre donc un nouveau chapitre plutôt qu’elle ne referme celui de Hind Rajab.
La voix qui est devenue une preuve
L’histoire de Hind Rajab a franchi les frontières de Gaza grâce à un document aussi fragile que terrible : l’enregistrement de son appel aux secours.
Une enfant de cinq ans qui demande de l’aide. Une enfant qui attend une ambulance. Une enfant qui entend les tirs et comprend qu’elle est en danger.
Cette voix est devenue le cœur du film ‘‘La Voix de Hind Rajab’’ de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania.
Présenté à la Mostra de Venise en 2025, le film a transformé ce drame en une œuvre cinématographique et politique qui interroge la disparition des civils dans les récits de guerre.
Kaouther Ben Hania dénonce «un écran de fumée»
L’annonce israélienne n’a pas convaincu la réalisatrice. Kaouther Ben Hania dénonce «un écran de fumée», considérant que les éléments permettant de comprendre ce qui s’est passé étaient disponibles depuis longtemps.
Son interrogation est simple et vertigineuse : pourquoi cette reconnaissance intervient-elle seulement maintenant ? Et surtout, que signifie une enquête militaire menée après des années de dénégations ?
La cinéaste refuse que l’affaire soit réduite à un communiqué annonçant une procédure interne. Derrière cette affaire se trouve une enfant dont la voix avait déjà raconté, presque minute par minute, ce qui se déroulait autour d’elle.
Une enquête ne suffit pas
La famille de Hind Rajab et des organisations de défense des droits humains réclament une enquête indépendante. Elles mettent en doute la capacité d’une procédure interne à établir pleinement les responsabilités. Car la question n’est plus seulement de savoir si les soldats israéliens ont tiré. L’armée vient de le reconnaître. Il faut désormais déterminer les circonstances exactes des tirs, les règles d’engagement appliquées, les éventuels ordres reçus et les responsabilités individuelles et hiérarchiques.
Le cas de Hind Rajab est devenu un symbole parce que sa voix a survécu à la mort. Elle est devenue une trace que les versions officielles successives n’ont pas réussi à effacer.
L’aveu israélien constitue donc un tournant. Mais il ne saurait être confondu avec la justice.
Deux ans après, l’armée reconnaît les tirs. Kaouther Ben Hania y voit un «écran de fumée». Entre les deux se trouve l’essentiel : la vérité complète sur ce qui s’est passé et la question, toujours ouverte, de savoir qui devra répondre de la mort d’une enfant de cinq ans et des secouristes venus la sauver.
L’agitation cyclique autour du Galsi Pipeline, le projet de gazoduc sous-marin algéro-italien censé contourner la Tunisie par la Sardaigne, est l’arme maîtresse d’une guerre psychologique menée contre la Tunisie qui traverse une crise énergétique passagère. Elle vise à persuader l’opinion publique tunisienne que le pays est remplaçable et susceptible d’être soumis à «la sanction énergétique» quitte à «vivre dans le noir» afin de donner un alibi suffisant aux adeptes de la capitulation contractuelle. La présente analyse vise à déconstruire ce narratif de l’effacement par les faits, en démontrant que la Tunisie dispose, au contraire, d’un levier d’interdépendance majeure pour exiger un rééquilibrage global de ses partenariats.(Carte : Principaux gisements d’hydrocarbures au Maghreb et pipelines transméditerranéens).
Elyes Kasri *
1. La valeur stratégique décuplée du TransMed face aux crises mondiales
Le rôle de pivot énergétique de la Tunisie n’est plus seulement régional, il est devenu névralgique à l’échelle mondiale. La convergence de trois crises géopolitiques majeures a décuplé la valeur stratégique du réseau terrestre trans-tunisien (TransMed) pour l’ensemble du continent européen :
– l’onde de choc de la guerre en Ukraine : la rupture historique et définitive des approvisionnements en gaz russe a privé l’Europe de sa principale source d’énergie fossile. Dans cette quête absolue de diversification, l’Afrique du Nord, et particulièrement l’axe Algérie-Tunisie-Italie, est devenue l’alternative immédiate la plus fiable pour sécuriser l’Europe du Sud et le cœur industriel de l’Union européenne;
– la paralysie des détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz : les tensions militaires dans le golfe d’Aden et le golfe Persique ont gravement compromis la sécurité des routes maritimes globales. Le transit du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar et d’autres fournisseurs du Golfe par méthaniers est soumis à des goulots d’étranglement permanents, à des détours maritimes pharaoniques (via le Cap de Bonne-Espérance) et à une explosion des coûts d’assurance ;
– le TransMed comme sanctuaire d’approvisionnement : face à l’insécurité des détroits et à la fin du gaz russe, le TransMed s’impose comme une infrastructure géographiquement immunisée contre les crises du Moyen-Orient. Ce pipeline terrestre offre un flux continu, direct et insensible aux blocus maritimes, propulsant le sol tunisien au rang de corridor de sécurité absolue pour la survie énergétique de l’Europe.
2. La centralité du TransMed dans l’économie algérienne :
L’examen des indicateurs macroéconomiques sectoriels démontre la dépendance de l’Algérie envers ce réseau terrestre trans-tunisien, faisant du gazoduc Enrico Mattei (TransMed) le véritable poumon financier du régime d’Alger :
– le poids des hydrocarbures dans les recettes algériennes : les hydrocarbures représentent 93 % à 95 % des recettes d’exportation de l’Algérie et alimentent le budget de l’État algérien à hauteur de plus de 60 % via la fiscalité pétrolière ;
– la part du TransMed dans les exportations de gaz algérien : selon les bilans énergétiques compilés, l’Algérie exporte environ 52 milliards de mètres cubes (bcm) de gaz naturel par an. Le TransMed en achemine à lui seul entre 22 et 25 bcm directement vers l’Italie, soit près de 45 % à 50 % de la totalité des exportations gazières algériennes, et plus de 70 % de son gaz acheminé par pipeline;
– valorisation financière pour Alger : au cours moyen du gaz sur le marché européen (TTF), le flux transitant par le sol tunisien génère pour l’Algérie des revenus directs estimés entre 10 et 12 milliards de dollars par an. Une interruption ou une réduction structurelle de ce flux provoquerait un choc budgétaire immédiat et ingérable pour la paix sociale algérienne suffisamment fragile et menacée par un Hirak qui couve sous les cendres.
3. L’irréalisme technique et le péril sécuritaire du Galsi :
Selon les données techniques validées par les registres officiels du Global Energy Monitor (mis à jour en juillet 2024), le projet Galsi est une impossibilité industrielle et financière à court et moyen terme:
– profondeur abyssale : le tracé maritime (565 km de section offshore) impose une pose de conduites à une profondeur record de 2 885 mètres sous la mer Méditerranée, ce qui représente une complexité d’ingénierie exceptionnelle;
– capacité limitée : le Galsi a été configuré pour un débit maximal de 8 milliards de m³ par an. Il ne pourrait donc absorber qu’un quart du flux du TransMed (capacité de 32 milliards de m³), rendant tout contournement total physiquement impossible ;
– impasse financière et réglementaire : estimé initialement à 3 milliards de dollars, sa réévaluation dépasse aujourd’hui 5 à 6 milliards de dollars. Dans le cadre du Green Deal de l’Union Européenne et du gel des financements fossiles lourds par les institutions bancaires internationales, sa levée de fonds est irréalisable, maintenant le projet au statut officiel de projet «mis de côté» (shelved), comme le confirme l’étude technique de l’Eurasia Review ;
– le fardeau critique de la vulnérabilité sous-marine : au-delà des barrières financières, l’impératif de sécurité internationale condamne les alternatives purement offshores ;
– le précédent Nord Stream 1 et 2 : le sabotage spectaculaire des gazoducs Nord Stream en mer Baltique (septembre 2022) a définitivement démontré la vulnérabilité intrinsèque des infrastructures sous-marines profondes face aux attaques asymétriques, au terrorisme d’État ou aux actes de guerre hybride. En haute mer, la surveillance constante et la protection physique de milliers de kilomètres de conduites immergées sont matériellement impossibles ;
– l’avantage du tracé terrestre tunisien : face à ce péril sous-marin, le corridor trans-tunisien offre une résilience stratégique inégalée, soulignée dans l’étude sectorielle de l’Observatoire Méditerranéen de l’Énergie. Un tracé terrestre permet un accès immédiat pour la maintenance, une surveillance continue par satellite et par patrouilles, ainsi qu’un contrôle souverain permanent, garantissant à Rome et à Alger une continuité de flux qu’aucune conduite immergée ne peut promettre.
4. Argumentaire pour une réévaluation à la hausse des redevances de transit :
Le taux actuel de la redevance tunisienne (5,25 %, prélevé majoritairement en nature) est obsolète et dérisoire. La Tunisie est légitimement en position d’exiger une réévaluation substantielle (objectif : 8 % à 10 %) :
– le coût de la sécurisation : la Tunisie assure à ses frais exclusifs la protection militaire et technologique de 400 km de conduites terrestres et de stations de compression critiques (Cap Bon). Ce service de sécurité environnementale et industrielle, qui protège l’approvisionnement européen contre les risques de déstabilisation, devrait être intégré dans le coût du transit ;
– l’indexation sur la prime de substitution : si l’Algérie devait substituer le TransMed par du transport de GNL par voie marine pour livrer l’Italie, le coût de l’infrastructure portuaire et maritime augmenterait le coût de livraison de 25 % à 30 %. La redevance tunisienne actuelle est donc une décote majeure et une concession exorbitante accordée par la Tunisie à Alger ;
– valorisation budgétaire actuelle : les recettes de cette redevance sont passées à plus de 1,8 milliard de dinars tunisiens (TND) par an. Ce gaz couvre entre 60 % et 66 % des besoins de consommation en gaz naturel de la Tunisie, ce qui prouve la valeur critique de cet actif dans notre équilibre énergétique national.
5- Pour une diplomatie de l’interdépendance active et équitablement profitable
Céder à la panique face à l’alternative Galsi relève d’une asymétrie psychologique savamment entretenue par des officines étrangères à travers la cinquième colonne de la «khawakhawanomanie» ambiante, et non d’une contrainte technique réelle.
La Tunisie détient une carte maîtresse mondiale : la sécurité, la viabilité et la supériorité stratégique terrestre de l’autoroute énergétique tunisienne vers l’Europe dans un monde marqué par la fermeture des détroits et les crises climatiques.
La Tunisie est incontestablement le verrou énergétique d’une Europe qui paie au prix fort le boycott du gaz russe et l’instabilité qui prévaut, sans perspective de stabilisation à court et à moyen termes, dans les détroits d’Ormuz et Bab El Mandeb.
Elle tient également le régime algérien par la jugulaire, car en dépit de toutes les fanfaronnades, ce régime se trouve confronté à une population frustrée et prête à en découdre ne pourra pas se passer à moyen et même à long terme du Transmed et des recettes financières et des garanties sécuritaires offertes par le transit par la Tunisie plus qu’aucun autre itinéraire.
Il appartient aux négociateurs tunisiens d’exploiter ce nœud vital pour redresser les torts asymétriques hérités de l’histoire — qu’il s’agisse des redevances énergétiques, de la spoliation de l’Albien ou du développement de nos infrastructures critiques de transport et de logistique — et arracher un accord digne, global et protecteur des intérêts supérieurs de la Nation.
Le célèbre philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) a bien dit que «la liberté est le droit de ne pas être soumis à la fatalité extérieure».
* Ancien ambassadeur.
Note de la rédaction : On a dû réduire cet article de près de la moitié de son volume, tout en l’allégeant de son appareil critique (références, sources, etc.)
Jason Arday, 41 ans, plus jeune professeur noir de l’Université de Cambridge a été accusé de plagiat cependant l’affaire qui aurait pu être traitée dans le cadre académique est devenue une affaire nationale. Pour la droite raciste et les médias blancs, c’était une aubaine à ne pas manquer et le jeune homme a été voué aux gémonies dans les unes de journaux, dans des centaines d’articles sans parler des réseaux sociaux. Jason Arday a été retrouvé mort à son domicile le vendredi 7 août 2026. Aujourd’hui, les médias qui ont instrumentalisé cette affaire en s’adonnant à un harcèlement basé sur un racisme désinhibé et un acharnement obscène sont sur le banc des accusés. Le Premier ministre Andy Burnham a parlé d’«une tragédie».
Imed Bahri
Dans les colonnes de l’hebdomadaire britannique The Observer, Seun Matiluko est revenue sur l’affaire Jason Arday dont l’épilogue a été la fin tragique du jeune universitaire, elle considère que cette affaire est révélatrice d’une obsession de l’élite blanche qui estime que la réussite des Noirs se fait à ses dépens.
L’histoire d’Arday a suscité une couverture médiatique qui dépasse largement la controverse entourant le plagiat présumé de sa thèse de doctorat soumise à l’Université Liverpool Moors, et ce, depuis sa nomination comme le plus jeune professeur noir de l’histoire de l’Université de Cambridge.
Il y a un être humain derrière les tweets
Selon Seun Matiluko, Jason, qui enseignait la sociologie et les sciences de l’éducation à Cambridge avant d’être contraint de démissionner début août, en raison de la polémique médiatique concernant son intégrité académique et personnelle, a mis en lumière l’hypocrisie du traitement médiatique de sa mort, instrumentalisée par la droite pour faire du «scandale» un phénomène mondial.
Tard vendredi avant-dernier, un universitaire a résumé avec justesse la situation d’Arday : «Il y a deux semaines, Jason Arday était professeur à l’Université de Cambridge, et maintenant il n’est plus là». Matiluko fait remarquer qu’il peut parfois sembler futile de rappeler aux gens d’être bienveillants et de se souvenir, avant d’attaquer, qu’il y a un être humain derrière leurs tweets, publications ou titres.
L’histoire a commencé lorsqu’un individu se définissant comme «réaliste racial», convaincu que dans un système méritocratique, «les Noirs disparaîtraient de la quasi-totalité des postes à responsabilité, hormis dans le sport et le divertissement» – une affirmation que beaucoup qualifieraient de raciste – a révélé un plagiat dans la thèse de doctorat d’Arday et l’a dénoncé.
Les journaux ont enquêté sur ces allégations et les ont jugées crédibles. L’affaire aurait pu s’arrêter là, et la couverture médiatique aurait été similaire à celle du professeur William O’Reilly de Cambridge, qui avait plagié 4 000 mots de travaux d’étudiants et les avait republiés comme étant les siens dans des revues académiques, prétendant être victime de harcèlement homophobe une fois démasqué.
Cependant, l’attention médiatique portée à Arday a dépassé le cadre de ses travaux universitaires qui, bien que suffisants pour lui permettre de réussir son doctorat à l’Université John Moores de Liverpool, ont été critiqués par certains, estimant qu’ils avaient nui à la réputation de Cambridge.
Deux cent quarante-neuf articles ont été publiés à son sujet en 22 jours. Quelques heures après l’annonce de son décès, le Times a diffusé une publicité sponsorisée sur X pour un article rédigé par un ancien étudiant mécontent de la méthode d’enseignement d’Arday. S’il n’était pas un jeune professeur noir à Cambridge y aurait-il eu autant d’articles et y aurait-il eu un tel emballement médiatique ?
Le journal a indiqué qu’une grande partie de la couverture médiatique intense précédant les événements tragiques de vendredi s’était concentrée sur les chocs culturels.
1% des professeurs d’université britanniques sont noirs
Arday a été comparé à Meghan Markle, l’épouse du prince Harry, et des journalistes, désireux de se vanter de leur formation à Cambridge, ont affirmé que la présence d’Arday prouvait que les Noirs avaient un accès plus facile au monde universitaire. Ils feignent d’oublier que seulement 1% des professeurs d’université britanniques sont noirs.
Les réseaux sociaux ont également été inondés d’affirmations extravagantes selon lesquelles les universités d’Oxford et de Cambridge admettaient des étudiants noirs avec des notes inférieures simplement parce qu’ils étaient noirs.
En réalité, la seule forme de discrimination positive, de diversité, d’égalité, d’inclusion, ou quel que soit le terme employé, dans les admissions universitaires britanniques est fondée sur la classe sociale, et non sur l’origine ethnique. Les personnes ayant fréquenté des écoles modestes ou vivant dans des zones défavorisées peuvent bénéficier de circonstances exceptionnelles. Nombreux sont les étudiants blancs issus de milieux populaires qui bénéficient d’offres conditionnelles et dans ce cas, les opposants à la diversité, à l’équité et à l’inclusion dans le cadre de la guerre culturelle deviennent muets quand il s’agit des Blancs.
Seun Matiluko soutient qu’il est légitime de demander des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir et de démasquer les menteurs surtout que la violente campagne médiatique menée contre Arday était disproportionnée par rapport à ses erreurs.
Une frénésie médiatique largement liée à la couleur d’Arday
L’auteure s’interroge pourquoi tant de médias ont-ils affiché la photo d’Arday en une pendant des semaines, à l’exception du lendemain de sa mort ? Elle estime que si Arday n’avait pas été professeur à Cambridge mais à Leeds, Durham ou au King’s College de Londres, son histoire n’aurait sans doute pas suscité autant d’attention et elle affirme que cette frénésie médiatique était largement liée à l’origine ethnique d’Arday, puisqu’il était noir.
Matiluko rappelle que des titres de presse allant jusqu’à affirmer que le mouvement Black Lives Matter a propulsé Jason Arday sur le devant de la scène relèvent d’une politique de victimisation propre aux Blancs qui soupçonnent d’emblée la réussite des Noirs d’être le fruit d’un travail mené à leur détriment.
Arday n’est ni le premier, ni le dernier, à être accusé de plagiat ou d’avoir relaté une biographie contenant des éléments douteux. Il n’est pas le premier à être accusé d’être un piètre universitaire. La plupart des diplômés universitaires ont une anecdote à raconter sur des professeurs qui estimaient que leurs performances n’étaient pas à la hauteur du poste pour lequel ils avaient été embauchés. Cependant, rien ne justifie l’emballement, le déchaînement et le harcèlement dont il a fait l’objet
Aujourd’hui, Arday est mort et ses enfants grandiront sans père. Dans un an, certains de ses détracteurs auront peut-être même oublié son nom. Matiluko estime qu’il est peut-être naïf d’attendre de tous les journalistes qu’ils agissent de manière éthique et rappelle que de nombreux journalistes ont prétendu avoir tiré les leçons du suicide de Caroline Flack, la journaliste harcelée par les médias et dont la vie privée a été exploitée sans relâche mais que malheureusement, six ans plus tard, il semble que la leçon retenue soit de harceler sans relâche une personnalité publique, puis, à sa mort, de dire hypocritement «Repose en paix» et «Nos pensées et nos prières t’accompagnent», avant de rejeter la faute sur autrui.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé mercredi 19 août 2026 sa cheffe adjointe de cabinet, Iryna Mudra, alors que les enquêteurs anticorruption lançaient une vaste enquête visant une organisation criminelle présumée impliquant de hauts responsables liés à la présidence.
Habib Glenza, à Lodz.
Outre Mudra, les suspects comprennent un député en fonction, un ex-parlementaire ainsi que le directeur général et le président du conseil de surveillance d’une banque publique, indique le Bureau national de lutte contre la corruption (Nabu). La description de ces responsables bancaires semble renvoyer à Sense Bank.
Les enquêteurs affirment que le groupe a contribué au blanchiment d’environ 3 millions d’euros (150 millions de hryvnias ukrainiennes) déposés comme caution pour un suspect dans une affaire de corruption.
Il s’agit de l’opération «Midas», une enquête sur des soupçons de corruption au sein de Energoatom, l’entreprise publique ukrainienne de l’énergie nucléaire, devenue la plus vaste affaire de corruption du mandat de Zelensky.
La nouvelle affaire n’est donc pas isolée : elle semble découler directement d’une enquête qui met déjà en cause d’anciens hauts responsables gouvernementaux et des personnes entretenant de longue date des liens personnels et politiques avec Zelensky.
De «Midas» à «Forest Gump»
Le Nabu et le Parquet spécialisé anticorruption (Sapo) ont dévoilé l’opération «Midas» en novembre 2025, au terme de plus d’un an d’enquête.
Ils affirment que les membres d’une organisation criminelle exerçaient une influence sur Energoatom sans y occuper de fonctions officielles, prélevant des pots-de-vin représentant 10 à 15 % des contrats auprès des fournisseurs en échange du déblocage des paiements.
Le Nabu estime qu’environ 85 millions d’euros ont été blanchis via ce système présumé.
L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie Herman Halouchtchenko a été accusé de blanchiment d’argent et de participation à une organisation criminelle.
En février, le Nabu a indiqué que plus de 7,4 millions de dollars, 2,4 millions d’euros et 1,3 million de francs suisses liés au système présumé avaient été transférés ou mis à la disposition de sa famille.
Les 3 millions d’euros au cœur de la dernière enquête, baptisée opération «Forest Gump», auraient été déposés comme caution pour Halouchtchenko
Selon des mandats de perquisition divulgués par des parlementaires ukrainiens, Sense Bank aurait été utilisée pour transférer une partie des fonds de caution. Le Nabu a également rendu publics des enregistrements audios dans lesquels on entend Mudra évoquer Sense Bank et des tentatives présumées d’influencer les décisions la concernant.
Dans une conversation enregistrée en juin, Mudra indique qu’on lui a dit que le directeur général de la banque et le président de son conseil de surveillance viendraient la voir.
Elle évoque aussi une personne prénommée «David» et le président d’une commission parlementaire, qui chercheraient à offrir une protection politique à la banque. On ignore si David fait référence à David Arakhamia, chef du groupe Serviteur du peuple de Zelenskiy au Parlement.
« Ils ne s’en prendront pas à Sense Bank et Sense Bank doit les payer», déclare Mudra sur cet enregistrement. Dans une autre conversation, Mudra affirme que «Timur», qu’elle décrit comme «un réfugié israélien», l’a appelée pour lui demander de prendre en charge le dossier de Sense Bank.
Cette description semble renvoyer à Timur Mindich, ami de longue date et ancien partenaire commercial de Zelensky, présenté comme l’un des cerveaux du système de corruption «Midas» évalué à 100 millions de dollars (85 millions d’euros).
D’un ami de longue date à un ancien chef de cabinet
Mindich faisait partie du premier cercle de Zelensky bien avant son entrée en politique et est copropriétaire de Kvartal 95, la société de production cofondée par le président.
Suspect dans l’opération «Midas», Mindich a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025. Son nom apparaît aussi dans l’enquête «Dynasty», dans laquelle le Nabu et le Sapo affirment que plus de 8,8 millions d’euros ont été blanchis via un complexe résidentiel de luxe en périphérie de Kyiv, à partir de fonds provenant en partie de systèmes de corruption, notamment chez Energoatom.
Mais le nom le plus en vue cité dans l’affaire «Dynasty» est celui d’Andriy Iermak, ancien chef de cabinet de Zelensky et pendant des années l’une des figures les plus puissantes d’Ukraine.
Iermak a dirigé le cabinet du président de 2020 jusqu’à son départ en 2025, devenant le plus proche confident politique de Zelensky et jouant un rôle central dans la politique intérieure, la diplomatie et la conduite de la guerre.
En mai 2026, le Nabu et le Sapo ont désigné Iermak comme suspect dans l’affaire de blanchiment d’argent «Dynasty». Un tribunal a ordonné son placement en détention avec la possibilité d’une libération sous caution de 2,7 millions d’euros, somme qui a ensuite été versée. Iermak nie les accusations.
La même enquête met également en cause l’ancien vice-Premier ministre Oleksiy Chernyshov, qui a occupé plusieurs hautes fonctions gouvernementales sous Zelensky et est présenté comme un ami de longue date de la famille présidentielle.
D’autres enquêtes ont rattrapé d’anciens membres de l’administration présidentielle. Rostyslav Shurma, ex-chef adjoint chargé de la politique économique, a été désigné comme suspect en janvier dans une affaire distincte portant sur des abus présumés dans le système de subventions aux énergies renouvelables en Ukraine.
Le Nabu et le Sapo soupçonnent Shurma, son frère Oleg et d’autres personnes d’avoir détourné environ 2,7 millions d’euros. Les deux frères ont été placés sur une liste de recherche en février, et un tribunal a ordonné leur détention par contumace en avril. Shurma, actuellement à l’étranger, nie tout acte répréhensible.
Une proximité douteuse et dérangeante
Ces enquêtes surviennent à un moment particulièrement sensible pour les ambitions européennes de l’Ukraine.
Kiev et Bruxelles ont ouvert en juin le cluster Fondamentaux des négociations d’adhésion de l’Ukraine, qui couvre notamment l’État de droit, la justice, les marchés publics et le contrôle financier. Un deuxième cluster, consacré aux relations extérieures a suivi en juillet.
L’UE a souligné que les progrès réalisés sur le cluster Fondamentaux détermineront le rythme global des négociations d’adhésion de l’Ukraine, plaçant l’indépendance et l’efficacité des institutions anticorruption du pays sous un examen particulier.
La série d’enquêtes dresse pour Zelensky un tableau politique de plus en plus délicat.
Son ancien chef de cabinet a été désigné comme suspect. D’anciens chefs adjoints de cabinet également. Son ami de longue date et ancien partenaire commercial est impliqué dans plusieurs grandes affaires. D’anciens ministres et d’autres hauts responsables de son administration sont eux aussi devenus suspects.
Chacune des enquêtes menées par le Nabu et le Sapo suscite aussi une forte mobilisation de l’opinion. Des dizaines de milliers d’Ukrainiens sont descendus dans la rue en 2025 pour défendre l’indépendance du Nabu et du Sapo après la décision du Parlement de restreindre les pouvoirs de ces autorités anticorruption.
La société civile a aussi réclamé des investigations supplémentaires sur des soupçons de corruption au plus haut niveau de l’État.
Pour un président arrivé au pouvoir en 2019 en promettant de rompre avec l’establishment politique corrompu du pays, la proximité de tant d’affaires visant son entourage a un coût politique de plus en plus lourd.
Confirmer son inscription en ligne ne suffit pas : il faut ensuite payer les frais de scolarité. La Poste tunisienne a détaillé, jeudi 20 août 2026, les moyens de paiement électronique disponibles pour cette opération, alors que les inscriptions passent cette année pour la première fois par une nouvelle plateforme.
Deux étapes à respecter
Confirmer l’inscription ou la réinscription sur la plateforme education.tn, valable pour le primaire, le collège et le lycée, public comme privé.
Régler les frais correspondants via l’un des moyens proposés.
Les moyens de paiement disponibles
Le portefeuille numérique Wallet e-Dinar, gratuit dans les bureaux de poste
L’application D17, reliée au Wallet e-Dinar ou à une carte prépayée
Les cartes de paiement électronique de la Poste tunisienne, utilisables directement sur la plateforme
Le code *181#, via Wallet e-Dinar ou carte prépayée.
Le débat relancé ces derniers jours sur la gouvernance de l’école — opposant la légitimité des choix populaires à l’exigence d’une expertise à long terme — pose la bonne question, mais s’arrête au milieu du gué. Oui, les grandes nations éducatives ont sanctuarisé leur école contre les fluctuations politiques au profit des experts. Mais en Tunisie, le Conseil supérieur de l’éducation ne doit pas être une simple académie de réflexion pédagogique : il doit s’imposer comme une instance d’ingénierie macroéconomique et de souveraineté nationale.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Face à l’érosion continue du modèle éducatif public, la réponse ne peut plus être purement administrative ou incantatoire. Pour restaurer la confiance et stopper la fuite des cerveaux, le Conseil supérieur de l’éducation doit articuler son action autour de trois ruptures stratégiques majeures.
Le premier rôle macroéconomique de cette instance est de traiter l’impact direct du déclin de l’école publique sur le budget des ménages. L’explosion du recours aux cours particuliers et au secteur privé constitue une véritable taxe de défaillance qui asphyxie la classe moyenne tunisienne.
Mobiliser l’ingénierie financière pour la modernisation des infrastructures
En sanctuarisant la qualité des enseignements au sein même de l’école publique, l’institution agit directement comme un bouclier de pouvoir d’achat. Chaque dinar économisé par les familles sur le soutien scolaire informel est un dinar restitué à la consommation et à l’épargne nationale.
On ne peut exiger des performances de premier plan mondial avec des infrastructures obsolètes. Attendre les seuls arbitrages du budget de l’État pour rénover l’école est une impasse financière.
Le Conseil supérieur de l’éducation doit devenir le catalyseur de nouveaux modèles de financement public-privé. En s’appuyant sur des mécanismes d’obligations à impact social, l’écosystème financier national peut être associé au financement de la numérisation et de la mise à niveau des établissements, en conditionnant l’investissement à des indicateurs mesurables de réussite.
L’intelligence artificielle et l’alignement sur les métiers de souveraineté
L’expertise prônée par les modèles les plus performants repose sur une capacité d’anticipation des compétences de demain. L’école publique doit rompre avec la reproduction des programmes du passé pour intégrer massivement les outils de l’intelligence artificielle et des sciences de la donnée dès le secondaire.
Il s’agit de transformer l’école publique en une usine à talents capables de porter la souveraineté numérique de la Tunisie, tout en créant un écosystème d’excellence capable de retenir nos ingénieurs et nos compétences sur le sol national.
La question n’est donc plus seulement de savoir qui décide du système éducatif, mais vers quel modèle de société nous orientons nos ressources. Le Conseil supérieur de l’éducation dispose d’une opportunité historique : dépasser le corporatisme pour devenir l’architecte du renouvellement du capital humain tunisien.
L’économie allemande traverse «sa crise la plus profonde de l’après-guerre», a averti mardi 18 août 2026 la première fédération industrielle du pays, reprochant au gouvernement son inaction malgré une quatrième année consécutive de production industrielle en chute.
Habib Glenza, à Lodz.
Longtemps considérée comme le modèle économique à suivre, l’Allemagne traverse aujourd’hui une crise d’une ampleur rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2025, plus de 17 600 entreprises ont déposé le bilan, un niveau inédit depuis plus de deux décennies, avec une accélération marquée ces derniers mois. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : près de 48 entreprises ferment chaque jour. Ce phénomène ne concerne pas uniquement les petites structures, mais touche également des géants industriels, révélant un affaiblissement global du tissu économique.
Le moteur économique de l’Europe en train de lâcher
Contrairement à un krach boursier brutal, la crise actuelle en Allemagne s’installe progressivement, rendant son impact encore plus dangereux. Les faillites augmentent mois après mois, affectant tous les secteurs clés, de l’industrie lourde à la construction. Ce caractère diffus empêche une réaction rapide des marchés et des gouvernements, laissant le temps aux déséquilibres de s’ancrer durablement.
Cette lente érosion du tissu économique est particulièrement préoccupante car elle pourrait contaminer l’ensemble de la zone euro. Dans ce climat d’incertitude prolongée, diversifier ses investissements devient vital, et l’achat d’or représente une valeur refuge fiable face aux crises systémiques qui s’installent dans la durée.
Le modèle allemand repose en grande partie sur le fameux «Mittelstand», un réseau dense de PME familiales, souvent très spécialisées et leaders mondiaux. Ces entreprises représentent plus de 99 % du tissu économique et emploient des millions de personnes. Pourtant, ce pilier historique montre aujourd’hui des signes de faiblesse inquiétants. La hausse des coûts, la baisse de la demande et les contraintes réglementaires pèsent lourdement sur leur rentabilité. Lorsque ce cœur industriel ralentit, c’est toute l’économie qui vacille.
L’une des causes profondes : la rupture avec le gaz russe
Les sanctions de l’Union européenne (UE) contre la Russie, notamment la rupture avec le gaz russe bon marché. En boycottant l’achat du gaz russe, les politiciens de l’UE, en particulier les Allemands, les Anglais, et les Français, ont cru mettre à plat l’économie russe. Aujourd’hui, les sanctions imposées à la Russie se sont retournées contre toutes les économies des pays de l’UE, en particulier contre celle de l’Allemagne qui entraînera dans sa chute les autres économies de l’Europe
Par ailleurs, la crise actuelle résulte d’une accumulation de facteurs structurels. La flambée des prix de l’énergie, notamment après la rupture avec le gaz russe, a multiplié les coûts de production. À cela s’ajoute la hausse rapide des taux d’intérêt, qui freine les investissements et alourdit le coût du crédit. La transition énergétique, bien que nécessaire, impose également des dépenses considérables aux entreprises. Enfin, le ralentissement du commerce mondial et le retour du protectionnisme, à l’instigation des Etats-Unis de Donald Trump, compliquent les exportations, pilier du modèle allemand. Face à ce cocktail toxique, il devient indispensable d’adopter une stratégie patrimoniale défensive, en intégrant par exemple l’or comme actif de protection contre les turbulences économiques
Ce que traverse l’Allemagne dépasse largement une simple récession conjoncturelle. Il s’agit d’une transformation structurelle profonde de son modèle économique. L’industrie, historiquement basée sur une énergie abondante et bon marché, doit désormais se réinventer dans un environnement plus contraignant et compétitif.
Parallèlement, le pays accuse un retard dans la digitalisation et les technologies émergentes comme l’intelligence artificielle. Cette double transition, énergétique et technologique, s’annonce longue, coûteuse et incertaine. Dans ce contexte, sécuriser une partie de son patrimoine avec de l’or tangible constitue une décision prudente et stratégique.
2026 : une année charnière aux perspectives incertaines
Les prévisions économiques pour 2026 restent prudentes, avec une croissance faible et des faillites qui devraient continuer à augmenter, bien que plus lentement. Le pic de la crise pourrait être proche, mais ses effets s’inscriront dans la durée. De nombreuses entreprises envisagent déjà de délocaliser leur production vers des zones où les coûts sont plus compétitifs, notamment aux États-Unis ou en Europe de l’Est. Cette recomposition industrielle aura des conséquences majeures sur l’emploi et la stabilité économique du continent européen.
Investir en Allemagne en 2026 nécessite une approche sélective et stratégique. Miser sur l’ensemble du marché peut s’avérer risqué, notamment en raison de l’exposition à des secteurs en difficulté comme l’automobile ou la chimie. En revanche, certaines niches, notamment dans les technologies industrielles avancées ou l’efficacité énergétique, peuvent encore offrir des opportunités intéressantes à long terme.
Toutefois, dans un environnement aussi incertain, il est essentiel de diversifier ses placements et de ne pas dépendre uniquement des marchés financiers traditionnels.
La situation actuelle en Allemagne agit comme un signal d’alerte pour l’ensemble de l’économie européenne. Ce qui était autrefois un modèle de stabilité devient aujourd’hui un terrain d’incertitudes. Entre transition énergétique, mutation industrielle et tensions géopolitiques, les défis sont nombreux et les solutions encore floues. Pour les investisseurs, l’heure n’est plus à l’improvisation mais à la prudence et à l’anticipation.
Israël est devenu une entité sulfureuse au sein de la communauté internationale et c’est pour cette raison que le gouvernement du Premier ministre génocidaire Benjamin Netanyahu s’est tourné vers l’extrême droite mondiale où il semble trouver de bons amis surtout parmi les nouveaux dirigeants latino-américains qui sont issus de cette tendance. (Photo : Le président argentin Javier Milei devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 6 février 2026).
Imed Bahri
Jadis, continent de l’anti-impérialisme et de la libération des peuples, l’Amérique latine est devenue celui du trumpisme et du soutien au sionisme. Avec les nouveaux présidents en place, le continent de Simon Bolivar est devenu celui du soutien à l’idéologie criminelle de Theodor Herzl. Concernant l’Europe, le ministre israélien des Affaires étrangères a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède.
Dans le magazine américain The New Yorker, Ishaan Tharoor affirme que le déclin de l’influence internationale d’Israël l’a conduit à rechercher des alliés au sein de l’extrême droite mondiale. Il évoque l’investiture du nouveau président d’extrême droite colombien Abelardo de la Espriella qui a réuni un parterre de ses alliés idéologiques venus de toute la région. Étaient présents à la cérémonie, qui s’est tenue le vendredi 7 août 2026 à Cali, dans le sud-ouest du pays, les présidents argentin Javier Milei, équatorien Daniel Noboa et chilien José Antonio Kast. Leurs victoires électorales, conjuguées au succès de de la Espriella en juin et aux triomphes de la droite au Pérou et en Bolivie, semblent confirmer un changement plus profond dans la politique latino-américaine.
La délégation américaine était dirigée par Todd Blanche, ancien avocat personnel du président Donald Trump, qui attendait encore sa confirmation au poste de procureur général des États-Unis.
Âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël
Parmi les autres personnalités présentes figurait le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, venu en Colombie dans le cadre d’une mission plus large visant à consolider le soutien à son pays. Ses espoirs n’ont pas été déçus, puisque, le lundi 10 août, de la Espriella s’est engagé à transférer l’ambassade de Colombie à Jérusalem et a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan.
Cette dernière décision, l’un des premiers actes du nouveau président colombien dès son entrée en fonction, a fait de la Colombie le seul pays au monde, outre les États-Unis, à considérer ce territoire annexé comme faisant partie d’Israël. Le nouveau gouvernement colombien prévoit également de retirer son soutien à la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice.
Cette politique pro-israélienne de Abelardo de la Espriella est aux antipodes de celle de son prédécesseur Gustavo Petro dit Aureliano qui avait rompu les relations diplomatiques avec Israël le 2 mai 2024 et qui avait accusé Netanyahu de perpétrer un génocide à Gaza. Les positions de Petro étaient plus affirmées que celles de plusieurs États du Moyen-Orient ce qui a fait de lui une personnalité très appréciée par les peuples des pays arabes.
Dans une déclaration du 10 août, Sa’ar a qualifié la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan d’acte de soutien «historique» à Israël. Après avoir rencontré de la Espriella la veille de l’investiture, Saar a salué un «nouvel âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël».
Pour Sa’ar, il s’agissait d’un changement bienvenu pour Israël, qui menait une campagne diplomatique publique sur plusieurs fronts, notamment auprès des États-Unis. Ishaan Tharoor considère qu’une grande partie de la bienveillance et de la sympathie manifestées envers Israël après le 7 octobre 2023 s’est dissipée. Le mécontentement envers le gouvernement Netanyahu et le bilan dévastateur de sa guerre à Gaza ainsi que la poursuite des attaques de colons contre les Palestiniens en Cisjordanie ont également influencé les résultats de certaines primaires américaines.
Deux Américains sur trois ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu
Plusieurs sondages réalisés au début de l’été ont révélé que près des deux tiers des Américains interrogés ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu, tandis qu’un autre sondage a montré qu’une majorité d’Américains souhaitent réduire, voire supprimer, l’aide militaire à Israël. Certains candidats démocrates aux prochaines élections de mi-mandat ont ouvertement qualifié les actions d’Israël de génocide, reflétant une opinion désormais partagée par une part importante de l’électorat démocrate.
Les tensions ne se limitent pas aux Démocrates, même les Républicains sont divisés. Le mois dernier, le vice-président J.D. Vance a critiqué des personnalités de l’establishment israélien, les accusant de «manipuler et de tenter d’influencer l’opinion publique américaine en faveur de la poursuite de la guerre contre l’Iran».
Déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion internationale
L’ambassadeur d’Israël à Washington Yechiel Leiter a balayé d’un revers de main les allégations de tensions dans les relations américano-israéliennes lorsqu’il a été interrogé en juillet lors d’un événement organisé par le Council on Foreign Relations à Washington. Il a affirmé n’avoir constaté «pas la moindre hostilité envers Israël» après «des dizaines de rencontres avec M. Vance». Il a attribué le déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion publique internationale à une jeune génération trop influencée par les réseaux sociaux, réfutant l’idée qu’Israël soit seul dans cette situation. Il a souligné le renforcement des liens de défense avec l’Inde et l’étroite coopération avec les Émirats arabes unis et l’Azerbaïdjan, déclarant : «Nous avons beaucoup d’amis».
Cependant, le nombre de détracteurs d’Israël a indéniablement augmenté. Une enquête du Pew Research Center sur l’opinion publique concernant Israël dans 35 autres pays a révélé une attitude largement négative à l’égard du pays. Si divers gouvernements ont tenté d’imposer des sanctions à Israël, notamment par des mesures symboliques, des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud ont rappelé leurs ambassadeurs, et l’Espagne et la Norvège ont reconnu l’État palestinien exhortant leurs partenaires européens à renforcer les sanctions contre les entités de colonisation israéliennes et à reconsidérer les accords existants avec Israël.
D’autres, notamment la coalition du Sud global connue sous le nom de Groupe de La Haye, ont appelé à un embargo immédiat sur les armes et à l’application des décisions de la Cour pénale internationale. Ils ont également condamné, à chaque occasion, les violations du droit international commises par Israël ainsi que l’hypocrisie des États-Unis qui protègent Israël de toute responsabilité et lui fournissent une aide militaire.
Alors que Netanyahu et ses alliés rejettent les critiques comme une manifestation d’antisémitisme profondément enraciné et présentent des institutions telles que les Nations Unies comme irrémédiablement partiales, ils ont lancé des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre plusieurs dirigeants étrangers, y compris des centristes prétendument pro-israéliens comme le président français Emmanuel Macron, qui a irrité Netanyahu en tentant de relancer l’intérêt international pour la solution à deux États, actuellement au point mort, entre Israéliens et Palestiniens.
Traditionnellement, Israël a évité tout dialogue formel avec les partis d’extrême droite européens, dont beaucoup puisent leurs racines dans les mouvements néofascistes apparus après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l’année dernière, Sa’ar a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, tous porteurs de positions fortement antimusulmanes.
Ainsi, la plus grande solidarité affichée par les dirigeants israéliens actuels avec les nationalistes européens plutôt qu’avec l’establishment politique du continent constitue un étrange paradoxe. Le mois dernier, des membres du Likoud de Netanyahu dont Sa’ar et le ministre de la Défense Israel Katz ont reçu le leader d’extrême droite néerlandais Geert Wilders. Ce dernier avait publié une photo de lui en train de manger des falafels à Jérusalem et visité une colonie illégale de Cisjordanie en compagnie d’un important responsable d’une colonie contre lequel le Parlement néerlandais avait adopté une résolution demandant des sanctions de l’Union européenne (UE). Sa’ar a décrit Wilders comme «un leader courageux et un véritable ami d’Israël».
Selon Tharoor, Israël est devenu une source de profonde polarisation politique en Amérique latine. La gauche continue d’invoquer le passé de la Guerre froide et le soutien apporté par Israël à plusieurs dictatures militaires alliées aux États-Unis, tandis que la droite perçoit la question palestinienne et les groupes armés comme le Hamas et le Hezbollah –liés aux attentats terroristes meurtriers en Argentine– de la même manière qu’elle perçoit les anarchistes d’extrême gauche qu’elle a longtemps cherché à réprimer.
Cette divergence engendre des politiques étrangères contradictoires. En décembre dernier, le nouveau gouvernement de droite bolivien a rétabli les relations diplomatiques avec Israël, rompues par les précédents gouvernements de gauche. Le président chilien José Antonio Kast, entré en fonction en mars et admirateur de l’ancien dictateur Augusto Pinochet, a nommé l’ambassadeur de son pays en Israël, remplaçant celui rappelé deux ans plus tôt par son prédécesseur de centre-gauche.
Milei «fier d’être le président le plus sioniste au monde»
Le président argentin Javier Milei s’est rendu en Israël à trois reprises depuis son entrée en fonction en 2023 et, plus tôt cette année, il a reçu à Jérusalem la Médaille présidentielle d’honneur, la plus haute distinction civile du pays. En mars, lors d’un discours prononcé à l’université Yeshiva de New York, Milei a déclaré être «fier d’être le président le plus sioniste au monde». Un mois plus tard, lui et Netanyahu ont annoncé le lancement des «Accords d’Isaac», un cadre d’accords aux contours flous visant à renforcer les liens entre Israël et l’Amérique latine, inspiré des Accords d’Abraham conclus sous l’égide de Trump entre Israël et quelques États arabes.
Ces deux dernières années, plusieurs personnalités politiques latino-américaines de droite se sont rendues au Mur des Lamentations à Jérusalem, notamment Javier Milei mais aussi Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien emprisonné Jair Bolsonaro.
Le sénateur Flavio Bolsonaro est candidat à la présidentielle d’octobre. S’il bat le président sortant de gauche Luiz Inácio Ferreira da Silva dit Lula qui a provoqué la colère des autorités israéliennes en comparant la guerre à Gaza à l’Holocauste, il s’est engagé à suivre l’exemple de certains de ses voisins et à transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem.
L’auteur estime que plusieurs facteurs sous-tendent ces agendas, notamment la montée du christianisme évangélique en Amérique latine, qui a renforcé l’engagement de la droite envers Israël. Jair et Flavio Bolsonaro sont de confession évangélique quant à Javier Milei, il ne l’est pas, il est officiellement catholique mais exprime une fascination marquée pour le judaïsme et déclarant «spirituellement juif». Il a été très critique du défunt Pape François, argentin, et de son pontificat. Les positions humanistes du Pape François ont souvent agacé les dirigeants populistes et nationalistes.
Un autre élément rapproche Israël et les nouveaux dirigeants populistes de l’Amérique latine. Oliver Stuenkel, chercheur principal brésilien-allemand au Carnegie Endowment for International Peace, souligne que le rejet par Israël des Nations Unies, de la Cour pénale internationale et d’autres composantes de l’ordre international s’inscrit dans la politique de la nouvelle droite latino-américaine. Il a déclaré : «Le soutien à Israël est un élément important d’une critique plus large du multilatéralisme. Et puis, bien sûr, il y a Donald Trump!»
«Si vous êtes président d’un pays d’Amérique latine et que vous souhaitez que les États-Unis vous soutiennent dans la lutte contre le crime organisé, le développement de la coopération en matière de sécurité et l’accès aux renseignements et aux armes américaines, ou si vous souhaitez avoir davantage de poids pour faire annuler certains des droits de douane imposés par les États-Unis aux pays d’Amérique latine alors adopter une rhétorique pro-israélienne pourrait être un moyen relativement peu coûteux d’être perçu comme un allié par l’administration Trump», a expliqué Stuenkel.
Netanyahu lui-même doit affronter des élections en octobre. Les responsables de l’opposition soutiennent que le renversement de son gouvernement est indispensable pour restaurer l’image d’Israël et qu’une politique étrangère post-Netanyahu ne s’impliquera pas dans les querelles partisanes d’autres pays. «Les relations extérieures d’Israël n’ont jamais été à un niveau aussi bas», a déclaré le mois dernier l’ancien Premier ministre Yaïr Lapid lors d’un sommet sur la sécurité en Israël. Il a toutefois exprimé l’espoir que «le monde comprenne que le problème d’Israël ne vient pas du pays lui-même mais de son gouvernement».
Alon Pinkas, ancien diplomate israélien et conseiller en politique étrangère de Shimon Peres et de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, se montre plus sceptique. «Depuis plus de quinze ans, Netanyahu a détruit l’image de marque et la valeur intrinsèque d’Israël. Sa politique, sa démagogie et sa servilité envers tous les autocrates ont non seulement dévalorisé Israël mais constituent une mutation toxique du sionisme. Les dommages et la dégradation qu’ils ont infligés à l’image d’Israël pourraient être irréparables», a-t-il déclaré.
S’étendant sur plus de 6 000 km² dans le sud-est de la Tunisie, à travers les gouvernorats de Gabès, Médenine et Tataouine, le Dahar recèle 250 millions d’années d’histoire de la Terre. Il est devenu en 2026 le premier géoparc tunisien inscrit par l’Unesco sur le Réseau mondial des géoparcs — et le troisième en Afrique, après le M’Goun au Maroc et le Ngorongoro-Lengai en Tanzanie.
Le Dahar est une archive naturelle qui préserve 250 millions d’années d’histoire terrestre, offrant un panorama de fossiles marins, de vestiges de l’ancienne Pangée, de paysages désertiques, de villages troglodytes et de greniers fortifiés.
Selon un article de l’agence Tap, le territoire couvre 6 375 kilomètres carrés répartis entre les gouvernorats de Gabès, Médenine et Tataouine ; une vaste zone alliant patrimoines géologique, paléontologique, naturel et culturel. L’Unesco mentionne plus précisément une superficie d’environ 600 000 hectares et une population avoisinant les 330 000 habitants. Le cœur scientifique du géoparc est le Djebel Tebaga, dans le gouvernorat de Médenine ; il abrite le seul affleurement marin du Permien supérieur connu en Afrique, contenant des fossiles vieux de plus de 250 millions d’années.
Les formations du Dahar témoignent également d’une phase cruciale de l’histoire géologique de la planète : il y a environ 200 millions d’années, la région a été le théâtre de processus liés à l’ouverture de l’océan Téthys et à la fragmentation de la Pangée en Gondwana et Laurasia. C’est un patrimoine qui va bien au-delà des simples roches.
Vingt-huit géosites ont été recensés sur le territoire, présentant des preuves paléontologiques — notamment des restes de dinosaures — aux côtés de canyons, de plateaux, de vallées et de formations caractéristiques en «cuestas». Le projet de géoparc met en avant le dinosaure Tataouinea hannibalis — dont les restes ont été découverts dans la région — comme l’une de ses découvertes les plus emblématiques. La géologie y est intimement liée à l’histoire de l’adaptation humaine à un environnement aride marqué par la rareté de l’eau.
L’Unesco considère les ksour (anciens greniers fortifiés), les habitations troglodytiques, les pressoirs à huile traditionnels et les jessour (systèmes de barrages et de terrasses conçus pour capter les rares précipitations) comme des éléments indissociables de l’identité du Dahar.
La reconnaissance par l’Unesco, approuvée en 2026, intègre le Dahar au Réseau mondial des géoparcs, qui compte actuellement 241 territoires répartis dans 51 pays. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une inscription sur la Liste du patrimoine mondial, mais plutôt d’une désignation distincte de l’Unesco pour des territoires d’importance géologique internationale, gérés selon des critères alliant conservation, éducation et développement durable.
Pour la Tunisie, c’est l’occasion de tirer parti de ce label international comme levier de développement pour ses régions du sud. Le projet met l’accent sur les circuits de géotourisme, la randonnée, la formation de guides locaux, l’artisanat, l’agriculture et des solutions d’hébergement décentralisées — notamment les habitations troglodytiques, les maisons d’hôtes rurales et les structures gérées par les communautés. Cette valorisation du Dahar offre une alternative au tourisme balnéaire traditionnel, en orientant une partie des flux de visiteurs vers l’intérieur du pays et en faisant de la préservation du paysage et du patrimoine géologique un moteur économique potentiel pour les gouvernorats de Gabès, Médenine et Tataouine.
En quelques heures, deux femmes auraient été victimes d’une violence d’une extrême brutalité. Deux drames, deux vies brisées. Pour de nombreuses Tunisiennes, le danger peut surgir jusque dans l’espace censé les protéger. Face à cette succession de crimes, le silence n’est plus possible et l’inaction devient une responsabilité.
Le fait que les crimes visant les femmes se succèdent à un rythme aussi alarmant, avec une violence effroyable, un crime commis le 16 août dans le gouvernorat de Gabès, suivi d’un autre à Borj Touil le 17 août, constitue un véritable signal d’alarme. Cette situation exige une réflexion profonde et une prise de responsabilité sérieuse, aussi bien de la part de la société que des institutions judiciaires et de l’État.
Une violence familiale qui s’aggrave
Le fait que ces crimes soient commis dans des espaces supposés sûrs, notamment au sein du domicile conjugal, révèle l’ampleur de la crise de la violence familiale. Il ne s’agit plus de simples conflits passagers, mais d’actes d’une extrême brutalité, parfois prémédités, qui peuvent conduire au meurtre.
Une brutalité profondément inquiétante
Les modes opératoires rapportés dans ces affaires témoignent d’un degré de violence particulièrement préoccupant. Dans le crime de Borj Touil, la victime aurait reçu plus de quarante coups de couteau. Dans l’affaire de Meriem Amer, survenue dans le gouvernorat de Gabès le 16 août, des associations féministes ont évoqué des coups portés directement au niveau du cœur.
Ces éléments, qui devront naturellement être établis par l’enquête et la justice, traduisent une violence extrême et soulèvent des interrogations urgentes sur la haine, l’emprise et les mécanismes psychologiques qui peuvent conduire à de tels actes.
La loi n° 58 doit être appliquée
La répétition de ces drames montre que les dispositifs existants ne suffisent pas à prévenir les violences ni à protéger efficacement les femmes menacées. La loi organique n° 2017-58 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes ne doit pas rester un texte de référence : elle doit être pleinement appliquée, avec des moyens suffisants, une réponse rapide et une réelle protection des victimes et des survivantes.
La protection ne peut intervenir seulement après le drame. Elle doit commencer dès les premiers signalements, les menaces, les agressions et les situations d’emprise. Cela suppose une coordination renforcée entre les forces de sécurité, la justice, les services sociaux, les structures de santé et les associations spécialisées.
Une responsabilité collective
La violence faite aux femmes ne relève pas de la sphère privée. Elle constitue une atteinte aux droits humains et une urgence nationale. L’État doit garantir l’application effective de la loi, tandis que la société doit rompre avec la banalisation des violences, le silence et la culpabilisation des victimes.
Chaque femme tuée est une vie qui aurait pu être protégée. Chaque menace ignorée peut devenir un drame. Face à cette tragédie, il est urgent d’agir avant qu’un nouveau féminicide ne soit ajouté à une liste déjà insupportable.
Et donc un message à tous: #StoppezLeFéminicide
Un plan de développement ne se mesure pas à la valeur des projets inscrits dans un document, mais à la capacité de les financer, de les réaliser et surtout de les rentabiliser économiquement et socialement.** Explications…
Dr. Sadok Zerelli
Le Plan de développement économique et social 2026-2030, adopté par l’Assemblée le 10 juillet 2026, est une tentative louable de mettre fin à une très mauvaise pratique de politique économique, qui dure depuis la Révolution de 2011, et qui est à mon avis la première responsable du marasme économique le pays connaît depuis des années, à savoir, le pilotage à vue de l’économie nationale.
Je dis bien une tentative et non pas une stratégie de développement économique et social cohérente et réaliste susceptible de relancer la croissance économique, corriger les déséquilibres structurels de notre économie, absorber le chômage massif et améliorer le niveau de vie de la population à l’horizon de ce Plan, à savoir 2030.
En effet, un examen approfondi des hypothèses sur lesquelles repose ce document stratégique, les objectifs quantitatifs et qualitatifs qu’il se fixe et les moyens qu’il met en face pour les atteindre, laissent perplexe un vieil enseignant universitaire de macroéconomie comme moi.
Un plan ambitieux qui n’a pas les moyens de son ambition
Le Plan vise une croissance annuelle moyenne de 4,2 %, contre environ 2,4 % réalisés durant le quinquennat précédent, avec l’ambition d’atteindre même 5,1 % en 2030, selon les projections présentées.
Lorsqu’on sait que durant la période 2023-2025 et selon les chiffres officiels publiés par l’INS, la croissance de l’économie tunisienne n’a été que d’environ 1,5 % par an, que celle réalisée en 2025 n’a pas dépassé 2,5% et que celle attendue pour 2026 ne dépassera pas 2,1%, selon le FMI et la BAD, alors que le gouvernent Tunisien tablait sur 3,3%, on est en droit de se demander si les auteurs de ce Plan ne rêvent pas.
Parmi les autres objectifs dont le réalisme laisse à désirer, figurent notamment :
– un montant global d’investissement d’environ 101,8 milliards de dinars ;
– la création de 21 100 projets et programmes ;
– la réduction progressive du déficit budgétaire à environ 3 % du PIB ;
– la baisse de la dette publique pour la ramener à 80 % du PIB.
Ces objectifs, très ambitieux, traduisent certes une volonté légitime de rupture avec les déséquilibres accumulés au cours des dernières décennies. Mais une question fondamentale demeure : la Tunisie dispose-t-elle des ressources financières, humaines, institutionnelles et technologiques nécessaires pour transformer ces ambitions en résultats concrets ?
Les points forts du Plan
L’un des principaux mérites du nouveau Plan réside dans la volonté de remettre en question un modèle de développement qui n’a pas permis de réduire suffisamment les disparités régionales, de créer suffisamment d’emplois qualifiés ou de stimuler durablement l’investissement.
Un deuxième mérite de ce Plan est qu’il adopte une démarche dite ascendante, partant du niveau local et régional pour remonter vers le niveau national. Cette approche cherche à donner davantage de poids aux besoins exprimés par les territoires et les collectivités. Cette évolution est importante, la Tunisie ayant longtemps souffert d’une concentration des activités économiques et des investissements dans le Grand Tunis et les principales zones côtières. Une politique de développement territorial mieux équilibrée pourrait en effet favoriser l’émergence de nouveaux pôles économiques à l’intérieur du pays.
Un troisième mérite de ce Plan est qu’il vise également à renforcer la souveraineté économique du pays, à valoriser davantage les ressources nationales et à réduire certaines dépendances extérieures.
Cette orientation est particulièrement pertinente dans un contexte international marqué par les crises énergétiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les tensions géopolitiques.
Un quatrième mérite et non des moindres est que le financement de ce Plan ne repose pas exclusivement sur le budget de l’État. Selon les données publiées, celui-ci devrait assurer environ 61,8 milliards de dinars, soit 61 % du financement, tandis que les entreprises et établissements publics devraient contribuer à hauteur d’environ 32 milliards de dinars. Cette diversification est positive en principe. Elle permettrait de limiter la pression exercée directement sur le budget de l’État.
Les faiblesses et les risques
La première interrogation concerne la capacité réelle de financement. En effet, La Tunisie demeure confrontée à des contraintes budgétaires importantes et à un niveau élevé d’endettement (84% du PIB, selon les dernières statistiques publiées par la BCT). Dans ces conditions, financer plus de 100 milliards de dinars d’investissements en cinq ans représente un défi considérable. Le risque est de voir apparaître un décalage entre les crédits annoncés et les crédits effectivement disponibles.
Un plan de développement ne se mesure pas à la valeur des projets inscrits dans un document, mais à la capacité de les financer, de les réaliser et surtout de les rentabiliser économiquement et socialement.
Ce risque d’incapacité de financement est d’autant plus à prendre au sérieux, que le rôle attribué par ce Plan au secteur privé demeure très insuffisant. C’est probablement l’une des lacunes majeures de ce Plan, car une croissance de 4,2 % par an ne pourra difficilement être obtenue uniquement grâce à l’investissement public. Une croissance durable nécessite une forte mobilisation de l’investissement privé, national et étranger.
Or l’environnement des affaires tunisien demeure marqué par la bureaucratie, la complexité réglementaire, la lenteur administrative et une certaine incertitude pour les investisseurs.
Enfin et peut-être que c’est le talon d’Achille de ce Plan, c’est la capacité de l’administration à réaliser et superviser simultanément plus de 21 000 projets.
Le problème de la Tunisie n’a jamais été uniquement l’absence de projets. Il réside également dans les délais d’exécution, les procédures administratives, les problèmes fonciers, les appels d’offres, les études techniques et la coordination entre administrations.
Les données disponibles montrent d’ailleurs l’ampleur de la sélection opérée : les conseils locaux, régionaux et de districts avaient proposé 40 748 projets, avant que le processus de sélection ne ramène le portefeuille à 6 467 projets en cours et 14 624 nouveaux projets.
Quant à l’objectif de réaliser 4,2 % de croissance annuelle, pour être honnête, cet objectif n’est pas irréaliste en soi, car la Tunisie dispose d’atouts importants : proximité de l’Europe, capital humain relativement élevé, infrastructures existantes, potentiel touristique, agriculture, industries exportatrices, services numériques et potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables en construction.
Mais atteindre durablement 4,2 % supposerait une nette amélioration de la productivité et de l’investissement.
La question n’est donc pas de savoir si 4,2 % est mathématiquement possible. Elle est de savoir quelles transformations structurelles permettront de passer d’une croissance faible et irrégulière à une croissance durable supérieure à 4 %.
La Tunisie a besoin d’investir davantage dans les infrastructures, certes. Mais elle doit surtout investir dans la productivité.
Cela signifie :
– améliorer la qualité de l’éducation et de la formation professionnelle ;
– rapprocher la formation des besoins des entreprises ;
– accélérer la transformation numérique ;
– soutenir les PME et les entreprises innovantes ;
– faciliter l’accès au financement ;
– simplifier radicalement les procédures administratives ;
– développer les exportations ;
– attirer davantage d’investissements étrangers ;
– valoriser les ressources énergétiques renouvelables ;
– moderniser les entreprises publiques ;
– améliorer la gouvernance des projets publics, etc.
Conclusion
Sans réforme de la productivité, de l’administration, de l’éducation, de la fiscalité et du financement des entreprises, les objectifs très ambitieux de ce Plan risquent de rester des rêves difficiles à réaliser.
En particulier, sans une véritable amélioration du climat des affaires, l’objectif de croissance de 4,2% en moyenne par an risque de rester des chiffres sur du papier, comme le sont d’ailleurs restés les projections tout aussi ambitieuses des précédents plans de développement qui s’apparentent beaucoup plus à des wishful thinking qu’à des objectifs réalistes et réalisables.
Le véritable indicateur du succès de ce Plan ne sera donc pas le nombre de projets qui seront inaugurés, mais leur capacité à produire de la richesse, créer des emplois et augmenter durablement la productivité.
Pour cela, il est impératif de changer le rôle de l’État qui devrait passer de celui de producteur direct à celui de stratège, régulateur, investisseur dans les infrastructures et garant de l’équité territoriale et de la justice sociale.
Comme pratiquement dans tous mes articles, je reviens toujours à la politique, même après des analyses économiques très approfondies, car comme je l’ai déjà indiqué, le nom originel de l’«économie» en tant que discipline universitaire, était jusqu’aux années 1950, «économie politique».
* Economiste universitaire et consultant international.
** Avant de faire des projections irréalistes pour le Plan de développement 2026-2030 avec des ambitions irréalisables, on aurait été mieux inspiré de réaliser préalablement une étude sur les obstacles qui ont empêché la réalisation des projections, tout aussi irréalistes, du Plan de développement 2023-2025, rapidement enterré. Beaucoup de parlote, trop de paperasses, peu de réalisations… (NDLR).
Une «victoire» iranienne dans la guerre contre les Etats-Unis serait une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout. Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et imposent d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXIᵉ siècle.
Yahya Ould Amar *
Les grandes ruptures de l’histoire ont ceci de commun qu’elles furent, la veille encore, jugées impossibles. La chute de Saïgon, celle du Mur de Berlin, le retrait américain de Kaboul, à chaque fois, l’ordre établi semblait éternel jusqu’à l’instant où il cessa de l’être. Les Etats sérieux doivent toujours anticiper ce qu’ils feraient si l’impensable advient.
Posons donc l’hypothèse si l’Iran, au terme de la guerre qui l’oppose aux États-Unis et à Israël depuis février 2026, sortait «vainqueur» ? L’Iran est vainqueur s’il reste debout et ne perd pas ou reconstitue ses programmes balistique et nucléaire en gardant sa capacité de nuisance démontrée sur le détroit d’Ormuz — face à une Amérique qui, lassée du coût, de l’enlisement et de l’impopularité intérieure, se retire sans avoir obtenu la capitulation qu’elle exigeait.
La victoire iranienne est une démonstration que l’on peut défier la première puissance mondiale, encaisser ses frappes, perdre son Guide suprême, et demeurer debout.
Pour les monarchies du Golfe, cette démonstration-là vaudrait toutes les défaites, et impose d’avoir une stratégie pour vivre à côté d’un Iran vainqueur de la première puissance mondiale. Ce qui se joue au-delà de l’avenir du Golfe, c’est la crédibilité des alliances américaines, la sécurité énergétique mondiale, le destin du pétrodollar, la place de la Chine et, peut-être, la forme même du premier véritable ordre post-américain du XXIᵉ siècle.
Depuis le pacte scellé en 1945 sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Saoud, l’architecture de sécurité du Golfe repose sur une équation , celle du pétrole contre la protection. Cette équation s’est fissurée bien avant 2026. Les frappes sur Abqaiq en 2019, restées sans riposte américaine, avaient déjà enseigné à Riyad que le parapluie fuyait. Le retrait d’Afghanistan avait montré que l’Amérique savait partir. La guerre actuelle — où les capitales du Golfe elles-mêmes ont été touchées par les salves iraniennes précisément parce qu’elles abritent des bases américaines — a transformé le doute en certitude que la protection américaine est inexistante et devenue un facteur de risque.
Un retrait américain consommerait trois faillites simultanées
La faillite du garant. Une garantie de sécurité ne vaut que par la croyance qu’on lui accorde. Un Iran vainqueur détruirait cette croyance, dans le Golfe et de Taipei à Varsovie. Les monarchies du Golfe découvrent qu’elles ont financé pendant des décennies, à coups de centaines de milliards d’achats d’armements quasiment inutiles, une assurance dont le sinistre révèle qu’elle ne couvrait rien.
La faillite du modèle économique régional incarné par la Vision 2030 saoudienne, la diversification émiratie, et le hub qatari. Tous ces projets présupposent une chose que nul ne songeait à écrire tant elle allait de soi — la paix. Aujourd’hui après le défaut de la protection américaine, on sait que, désormais, rien ne pourrait se construire sous la menace des drones. Les fonds souverains peuvent absorber un choc pétrolier ; ils ne peuvent pas absorber la fuite durable du capital humain expatrié, qui est la véritable matière première des économies post-pétrolières du Golfe. Un Iran vainqueur, maître du tempo sur Ormuz, détiendrait un droit de veto permanent sur le développement de ses voisins.
La faillite démographique et confessionnelle, avec un Bahreïn à majorité chiite, la province orientale saoudienne — celle-là même où gît le pétrole et vit la communauté chiite —, la communauté chiite du Koweït, la victoire de Téhéran réactiverait des lignes de faille internes que des décennies de prudence avaient assoupies. La subversion redeviendrait moins coûteuse que la guerre, et infiniment plus difficile à dissuader.
Le dilemme du survivant : trois stratégies pour un monde sans garant
Les monarchies du Golfe ne peuvent envisager une autonomie stratégique. En effet cette dernière repose partout et toujours sur trois socles — la science, le nombre, l’usine — et les monarchies n’en possèdent aucun.
Le socle scientifique d’abord, une dissuasion se conçoit avant de se fabriquer. Elle suppose des générations de physiciens, de chimistes, de métallurgistes, un tissu de recherche fondamentale patiemment sédimenté. La bombe pakistanaise elle-même, si pauvre que fût le pays, sortit de décennies de formation d’ingénieurs. Les monarchies, elles, achètent la technologie, elles ne la produisent pas — universités récentes, brevets rares, laboratoires peuplés de chercheurs sous contrat qui repartiront comme ils sont venus. Un État qui importe ses savants importe aussi leur loyauté, et nul ne bâtit un secret d’État sur des visas de travail.
Le socle démographique ensuite. L’Arabie saoudite aligne une vingtaine de millions de citoyens, les Émirats un million à peine sur dix millions d’habitants, le Qatar moins encore. Ces sociétés sous-peuplées, où le national est parfois minoritaire sur son propre sol, ne peuvent ni lever des armées de masse, ni encaisser des pertes, ni militariser leur économie sans la confier à d’autres. Leurs forces reposent déjà sur des techniciens étrangers jusque dans les cockpits et les salles de maintenance. On ne fait pas la guerre en profondeur avec une démographie de comptoir.
Le socle industriel enfin, une industrie d’armement est le sommet d’une pyramide — machine-outil, métallurgie fine, chimie, électronique, réseaux de sous-traitants. Les économies rentières du Golfe n’ont pas construit la base et prétendent ériger le sommet. Même la bombe achetée n’y changerait rien. Une dissuasion louée obéit à son bailleur — la dépendance migrerait de Washington vers Islamabad sans s’abolir. Et la géographie achève l’argument.
Face à ce paysage, les monarchies disposeraient de trois stratégies qui ne s’excluent pas et qui peuvent se combiner. Mais chacune a son prix.
La première est la finlandisation négociée. La Finlande de la guerre froide avait compris qu’on ne déménage pas sa géographie, elle acheta sa liberté intérieure au prix d’une déférence extérieure envers Moscou. La version des monarchies existe déjà, c’est la politique d’Oman depuis un demi-siècle, c’est la reprise du dialogue saoudo-iranien parrainée par Pékin en 2023. Poussée à son terme, elle signifierait un démantèlement des bases américaines, une exigence que Téhéran a déjà formulée – neutralité proclamée dans les conflits impliquant l’Iran, coopération économique en gage de bonne volonté. En contrepartie, la fin des actes de guerre iraniens contre les monarchies du Golfe. C’est la stratégie du roseau. Son prix est la souveraineté diplomatique ; son gain, la survie du modèle économique. Pour des régimes dont la légitimité repose sur la prospérité plus que sur la puissance, le calcul n’est pas absurde.
La deuxième consiste à remplacer un garant défaillant par un portefeuille de garants. C’est la voie déjà engagée, et la plus conforme au génie marchand du Golfe, ne plus dépendre d’un protecteur unique, mais diversifier la sécurité comme on diversifie un portefeuille de fournisseurs. La Chine, premier client du pétrole du Golfe et de l’Iran, a un intérêt existentiel à la libre circulation dans Ormuz. Elle est le seul acteur que Téhéran ne peut se permettre d’étrangler. Le pacte de défense saoudo-pakistanais a déjà esquissé l’adossement à une puissance nucléaire musulmane, mais la dissuasion élargie ne vaut que ce que vaut son garant — Islamabad, qui calibre son arsenal contre l’Inde et survit sous perfusion financière, ne sacrifiera jamais Karachi pour sauver Riyad, et une garantie à laquelle l’adversaire ne croit pas ne protège personne. La Turquie vend ses drones et son savoir-faire, l’Inde sa marine et son marché, la France et la Corée leurs armements sans conditionnalité politique. Israël, enfin, garant paradoxal — le seul qu’on n’ait pas à payer, car contenir l’Iran relève pour lui de la survie et non du service rendu.
Aucun de ces acteurs ne remplacera la Ve flotte américaine ; ensemble, ils tissent un filet de dissuasion diffuse — pas la certitude d’une riposte à une éventuelle agression, mais la certitude, pour l’agresseur, de se fâcher avec tout le monde à la fois. Le prix de cette stratégie est sa lenteur et son ambiguïté ; son gain, l’irréversibilité, un portefeuille ne se retire pas d’un coup, contrairement à un protecteur.La troisième est l’interdépendance.
Reste l’arme du capital. Quatre mille milliards de dollars de fonds souverains ne dissuadent pas un missile, mais ils achètent des intérêts. Investir massivement en Iran même — dans son économie exsangue, ses infrastructures détruites, sa reconstruction inévitable — serait le judo stratégique ultime en transformant le vainqueur en débiteur, faire de la prospérité iranienne un otage de la paix régionale. Une communauté de l’énergie, de l’eau et des infrastructures incluant l’Iran est l’idée la plus contre-intuitive et peut-être la plus féconde. Son prix est un courage politique dont l’histoire offre peu d’exemples. Son gain est la seule paix qui dure, c’est-à-dire celle qui rapporte.
La variable israélienne
Le paradoxe d’une victoire iranienne est qu’elle ferait d’Israël un vaincu stratégique — supérieur sur le champ de bataille, orphelin sur le seul théâtre qui compte, celui de la garantie américaine.
Toute la doctrine israélienne depuis Ben Gourion repose sur deux piliers, la supériorité militaire qualitative et l’adossement à une grande puissance. Un retrait américain sur fond d’échec briserait le second et, à terme, éroderait le premier, car la supériorité qualitative est elle-même fille du réapprovisionnement, du renseignement et du veto américains.
Israël se retrouverait dans la situation qu’il redoute depuis 1948 : seul face à son environnement. Sa réponse la plus probable, à moins d’un accord de paix sur les territoires occupés, serait la fuite en avant. Frappes préventives unilatérales et récurrentes contre tout programme iranien, sortie assumée de l’ambiguïté nucléaire pour restaurer par la terreur ce que l’alliance ne garantit plus, réactivation de la vieille «doctrine de la périphérie» — Azerbaïdjan, Kurdes, Inde, et les fonds marins du renseignement. Un Israël sans garant serait plus dangereux qu’un Israël protégé, c’est le pays dont la vulnérabilité maximise l’agressivité. Il deviendrait l’acteur dont l’intérêt objectif est qu’aucun ordre post-américain ne se stabilise, car tout ordre stabilisé consacrerait la centralité iranienne.
Les accords d’Abraham parrainés par les Etats-Unis reposaient sur un syllogisme désormais caduc, même protecteur, même ennemi, donc même camp. Si le protecteur se retire et que l’ennemi triomphe, le syllogisme s’inverse, l’association ouverte avec Israël, hier police d’assurance complémentaire, deviendrait une provocation gratuite envers le nouveau fort iranien. Les monarchies ne rompraient pas — Israël demeure irremplaçable en trois domaines : le renseignement sur l’Iran, la cyberdéfense, et la technologie. Mais elles feraient ce que les cités marchandes ont toujours fait de leurs liaisons compromettantes, elles les rendraient clandestines. Retour à la situation d’avant 2020 — coopération sécuritaire profonde et déni public — avec cette différence que le mouvement se ferait cette fois à front renversé, hier on cachait Israël pour ménager la rue arabe, demain on le cacherait pour ménager Téhéran. La normalisation ne mourrait pas ; elle retournerait dans la pénombre d’où elle était sortie. Seule exception envisageable, si les monarchies choisissaient la stratégie de l’interdépendance (notre troisième stratégie), elles auraient intérêt à y inclure Israël à terme — non par affection, mais parce qu’un ordre régional dont Israël est exclu est un ordre qu’Israël fera tout pour le défaire.
Un Iran «vainqueur» des États-Unis n’aurait ni les moyens ni, en réalité, l’intérêt de faire la guerre à Israël. La victoire par épuisement laisse le vainqueur exsangue, son axe régional décimé, sa reconstruction prioritaire. Certes, depuis 1979, l’ennemi israélien est la pièce maîtresse de la légitimité révolutionnaire en Iran ; un régime recomposé, fragilisé de l’intérieur par les protestations et la succession, aurait plus que jamais besoin de l’ennemi comme ciment. L’Iran choisirait donc la posture qui a fait ses preuves et qui est ni paix, ni guerre totale — l’attrition calibrée, le seuil nucléaire entretenu comme épée de Damoclès permanente, la reconstitution patiente de l’axe. Il s’installerait ainsi entre Israël et lui un équilibre de la terreur : deux puissances du seuil ou de la bombe, sans lignes rouges négociées, sans téléphone rouge, sans le demi-siècle d’apprentissage qui rendit supportable la dissuasion soviéto-américaine. La guerre froide du Golfe serait plus froide que l’originale — et plus inflammable.
De ce triangle découle, pour les monarchies du Golfe, une quatrième stratégie en devenant les courtiers de cette dissuasion sans règles. Qatar et Oman parlent déjà aux deux camps ; les fonds du Golfe seront indispensables à la reconstruction iranienne comme à l’économie israélienne coupée de ses marchés. Celui qui tient les canaux et les capitaux tient la médiation. Le rôle historique des monarchies dans l’après-guerre ne serait ni de choisir Israël ni de choisir l’Iran, mais d’écrire entre eux les règles que Washington et Moscou mirent des décennies à inventer : lignes directes, codes de conduite, seuils notifiés. La pax americana morte, il n’y aurait pas de pax iranica ni de pax israeliana — il pourrait y avoir une «pax pecuniaria», garantie par ceux qui financent les deux camps.
On aurait tort de lire ce qui précède comme une affaire régionale. Le choix que feraient les monarchies dessinerait l’ordre mondial de la seconde moitié du siècle, par trois canaux au moins.
Le canal monétaire. Le recyclage des pétrodollars est l’un des piliers discrets de l’hégémonie du billet vert. Des monarchies qui ne croient plus à la protection américaine finiront par se demander pourquoi elles continuent de facturer, d’épargner et de prêter dans la monnaie d’un protecteur défaillant. La facturation partielle en yuan, déjà testée, passerait du symbole à la structure. La fin du pacte du Quincy serait, à terme, un événement monétaire mondial.
Le canal énergétique.Un Ormuz sous condominium irano-golfien, avec la Chine en garant tacite, signifierait que 20 % du pétrole mondial circule désormais sous un régime de sécurité dont l’Occident est absent. L’Europe, qui n’a pas de politique pour ce théâtre, en serait réduite au statut de spectatrice de son propre approvisionnement.
Le canal de l’exemple. Enfin et surtout, un Golfe qui réussirait sa transition — d’un ordre de protection vers un ordre de transaction — offrirait au monde le premier prototype fonctionnel du système post-américain, pas un nouvel hégémon remplaçant l’ancien, mais un concert d’assurances croisées, de dépendances mutuelles et de garanties multiples. Le XIXe siècle avait inventé l’équilibre des puissances ; le Moyen-Orient pourrait inventer l’équilibre des interdépendances.
Enfin, l’Iran, sans le conquérir, aurait contraint le Golfe à changer de monde. Les monarchies, longtemps protégées par la puissance américaine et enrichies par l’ordre qu’elle garantissait, devraient apprendre à survivre au milieu d’un réseau de dépendances croisées — ménager Téhéran sans s’y soumettre, conserver Israël sans l’exhiber, attirer Pékin sans remplacer une tutelle par une autre, mobiliser Islamabad, Ankara, Delhi ou Paris sans croire qu’aucun d’eux deviendra le nouveau Washington, et surtout transformer leur puissance financière en instrument de paix. Si elles y parvenaient, la disparition de la pax americana déboucherait sur quelque chose d’inédit, un ordre fondé sur la transaction, moins sur l’hégémonie que sur l’interdépendance, une véritable pax pecuniaria. Et c’est précisément pourquoi l’issue de cette crise dépasserait de loin Ormuz, ce que les monarchies du Golfe inventeraient pour survivre à l’Amérique pourrait bien devenir, demain, la manière dont le monde apprendrait à vivre après elle.
Comment l’«armée algérienne des frontières», logée et nourrie par la Tunisie, a retourné ses armes contre son hôte dès l’indépendance algérienne, acquise en 1962. Ce rappel historique ne cherche pas à enfoncer un coin entre deux pays «frères, amis et voisins», comme on dit habituellement, et qui ont appris, au fil des décennies, à coopérer dans le respect de leurs intérêts mutuels, mais à maintenir présent à l’esprit des faits qui ne doivent jamais être oubliés ou passés sous silence au prétexte de ne pas remuer l’eau stagnante du conformisme. (Photo: Combattants de l’ALN à Ghardimaou en Tunisie en mars 1962).
Elyes Kasri *
La mémoire des relations maghrébines contemporaines reste profondément marquée par la fracture de l’été 1962. Au cœur de cette rupture se trouve la trajectoire de l’Armée de libération nationale (ALN) algérienne basée à l’extérieur, surnommée «l’Armée des frontières», dont le passage sur le sol tunisien et les choix politiques post-indépendance ont durablement redéfini la géopolitique régionale. (Lire à ce sujet « Algérie 1962 : reportage dans les rangs de l’Armée de libération nationale », par Béchir Ben Yahmed (Jeune Afrique, mars 1962).
Le confort de la base arrière face au sacrifice des maquis :
À partir de 1958, le conflit algérien subit un tournant stratégique. Le commandement militaire français érige les lignes Morice et Challe, des barrières électrifiées et minées qui coupent hermétiquement l’Algérie de ses voisins tunisien et marocain.
Cette situation engendre une scission majeure au sein des forces nationalistes entre :
– celles de l’ALN de l’intérieur confinées dans les wilayas historiques : les maquisards subissent de plein fouet les grandes offensives françaises. Privés d’approvisionnement en armes et en soins, ils paient un tribut humain considérable ;
– et celles de l’ALN de l’extérieur : sous la direction du colonel Houari Boumédiène, près de 30 000 hommes se structurent en Tunisie, notamment autour du quartier général de Ghardimaou.
Préservée du gros des combats par le blocus de la frontière, cette force s’entraîne, s’arme lourdement auprès du bloc de l’Est et bénéficie d’une infrastructure logistique stable offerte par l’État tunisien.
Cette asymétrie suscite rapidement de vives tensions critiques. Dans les maquis exsangues de l’intérieur, l’armée de l’extérieur commence à être désignée sous les qualificatifs sévères d’«armée des planqués» ou de «touristes de Tunis».
Le politologue et historien Mohammed Harbi, lui-même ancien cadre du FLN, a largement analysé cette réalité : «L’Armée des frontières s’est constituée en dehors des combats réels du territoire national. Elle représentait une force d’appareil, un instrument de pouvoir politique plutôt qu’une force de libération active sur le terrain» (Mohammed Harbi, ‘‘Le FLN, mirage et réalité’’, 1980).
À l’été 1962, lors de la crise dite «de l’été», cette armée intacte et disciplinée marche sur Alger, écartant le Gouvernement provisoire (GPRA) et prenant le contrôle des structures de l’État pour fonder l’Armée nationale populaire (ANP).
L’accueil tunisien et le compromis de la Borne 233 :
L’installation de l’appareil politique et militaire algérien en Tunisie s’est faite avec l’appui direct du président Habib Bourguiba. Ce soutien s’est traduit par des coûts matériels et humains significatifs pour la jeune République tunisienne, illustrés notamment par le bombardement par l’armée française du village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958, qui fit des dizaines de victimes civiles tunisiennes.
Parallèlement, un contentieux territorial existait concernant le tracé de la frontière saharienne. Durant la période coloniale, l’administration française avait unilatéralement modifié les délimitations au profit des Territoires du Sud de l’Algérie, englobant des zones potentiellement riches en hydrocarbures au détriment de la Tunisie (notamment autour de la Borne 233 / Garat El Hamel et du secteur d’El Borma).
Pour préserver la cohésion de la lutte de libération, Habib Bourguiba accepte de formaliser un compromis temporaire. Le 6 juillet 1961, un accord est signé à Tunis entre le gouvernement tunisien et Ferhat Abbas, président du GPRA.
Cet accord stipulait explicitement que les revendications territoriales tunisiennes étaient légitimes, mais que leur règlement définitif et la restitution des portions sahariennes contestées seraient traités de manière fraternelle au lendemain de l’indépendance de l’Algérie.
L’accord du 6 juillet 1961 ou le contrat de confiance bafoué :
L’argument souvent avancé par la suite selon lequel les frontières coloniales étaient intangibles occulte un document historique capital : cet accord officiel de 1961.
Ce texte prévoyait noir sur blanc la création d’une commission mixte tuniso-algérienne chargée de redéfinir le tracé frontalier saharien (autour de la borne 233) immédiatement après l’indépendance. Le GPRA y reconnaissait formellement le préjudice territorial subi par la Tunisie sous l’administration coloniale française.
En reniement complet de la signature du GPRA à l’été 1962, le clan militaire de Houari Boumédiène n’a pas seulement appliqué le droit international de l’époque ; il a orchestré un coup de force politique contre les engagements solennels de ses propres pères fondateurs civils.
La rupture de 1962 et l’établissement du rapport de force :
Dès l’accès à l’indépendance en juillet 1962 et l’évincement des cadres civils du GPRA par le commandement militaire de Boumédiène, les nouveaux dirigeants d’Alger opèrent un revirement complet sur la question des frontières.
Le principe de l’uti possidetis juris (l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation) est immédiatement opposé à Tunis, annulant de fait les engagements contractés en 1961.
Avec le recul historique et géopolitique, ce principe adopté par l’Organisation de l’unité africaine lors du sommet du Caire (1964) prend de plus en plus l’allure d’une supercherie et d’une tentative de blanchiment du partage colonial fait par les puissances européennes lors du Congrès de Berlin de 1878.
Les diplomates et historiens soulignent le sentiment d’amertume engendré par cette volteface algérienne : «Le revirement algérien de 1962 sur la Borne 233 fut un choc pour Tunis. L’Algérie nouvelle, forte de l’arsenal militaire accumulé sur le sol tunisien, a immédiatement adopté un rapport de force hégémonique, opposant une fin de recevoir absolue aux requêtes de Bourguiba et menaçant d’utiliser la force si la Tunisie n’actait pas l’abandon de son Sahara», notait à ce propos Chantal Chanson-Jabeur, dans ‘‘Le différend frontalier tuniso-algérien’’ (in Cahiers de la Méditerranée).
Face aux revendications persistantes de Tunis, l’État algérien déploie des unités militaires le long de la frontière saharienne. Confronté à une disproportion manifeste des forces militaires, le gouvernement tunisien choisit la voie de la désescalade diplomatique pour éviter un conflit ouvert.
Le président Habib Bourguiba exprimera publiquement, lors d’un discours officiel devant l’Assemblée nationale, en 1962, cette frustration lors de plusieurs allocutions officielles : «Nous avons partagé notre pain, nos terres et notre sécurité avec nos frères algériens. Nous avons essuyé les bombes de Sakiet Sidi Youssef pour leur cause. Voir aujourd’hui une armée que nous avons aidé à nourrir et à abriter se retourner contre nos frontières et nous menacer par les armes pour garder les terres que la France nous avait volées est une amère démonstration d’ingratitude.».
Du sanctuaire au chantage ou le crépuscule de la fraternité:
L’amertume tunisienne face à cet épisode ne relève pas seulement de la perte géopolitique, mais du cynisme de la méthode. Les troupes de l’ALN, incapables de briser le blocus français, avaient trouvé en Tunisie un sanctuaire inespéré où elles ont été nourries, soignées et protégées au prix de vies tunisiennes.
La tragédie de l’été 1962 réside dans ce basculement : cette même force militaire, devenue puissante grâce à l’hospitalité tunisienne, s’est retournée contre son bienfaiteur dès le lendemain de sa libération.
Face aux demandes légitimes de restitution de la Borne 233, Alger n’a pas répondu par le dialogue, mais par le déploiement de blindés et des menaces d’invasion.
Ce grand reniement a brutalement dissipé les illusions d’une fraternité maghrébine désintéressée — souvent résumée par le slogan populaire «Khawa Khawa» —, installant à sa place la dure réalité d’un rapport de force militaire dicté par la découverte des gisements de pétrole d’El Borma.
Ce différend frontalier a abouti le 16 avril 1970 à la signature d’un accord de délimitation de la frontière entre les deux États, entérinant le tracé colonial au profit de l’Algérie et taisant les revendications tunisiennes sur le secteur d’El Borma.
La conjoncture de cet accord et les modalités de sa signature rappellent de nombreux accords internationaux signés sous la pression et qui ont fini par s’estomper en raison de l’évolution de la conjoncture bilatérale ou internationale car bien mal acquis ne profite jamais.
فلا عاش في تونس من خانها
و لا عاش من ليس من جندها
نموت و نحيا على عهدها
حياة الكرام و موت العظام
* Ancien ambassadeur.
Éléments bibliographiques:
– Harbi, Mohammed, Le FLN, mirage et réalité : des origines à l’indépendance (1945-1962), Éditions Jeune Afrique, 1980.
– Meynier, Gilbert, Histoire intérieure du FLN (1954-1962), Fayard, 2002.
– Toumi, Mohsen, La Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, PUF, 1989.
– Stora, Benjamin, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte, 2004.
Le désordre et l’improvisation qui gagnent l’action publique tunisienne ne sont plus de simples accidents de parcours : à force de s’y habituer, le pays risque de basculer dans le sous-développement. Face à l’inertie du sommet de l’État, un sursaut citoyen et une gouvernance locale enfin imputable sont nécessaires pour rétablir la situation.
Ali Guidara *
Il suffit de traverser une ville tunisienne un jour ordinaire pour mesurer l’ampleur du glissement. Ruptures d’approvisionnement de certains produits, chantiers publics à l’abandon, feux de circulation ignorés, trottoirs envahis, déchets qui s’accumulent dans de nombreux espaces, même devant des administrations publiques : ce désordre diffus n’est plus un accident du quotidien, il est devenu le décor permanent d’un pays qui semble avoir perdu la maîtrise de ses propres rouages.
L’indiscipline et le laisser-aller se sont banalisés à tous les étages, du citoyen qui brûle un feu rouge ou qui jette ses poubelles sur la voie publique au fonctionnaire qui classe un dossier sans jamais le traiter. Derrière ces signes se profile un spectre bien plus grave : celui du sous-développement.
Un pays qui s’ampute de ses forces vives
Ce délitement se lit aussi dans les chiffres et dans les regards. La confiance dans l’avenir du pays s’est effondrée – c’est sans doute là l’échec le plus grave qu’une nation puisse connaître. Cette érosion se traduit par un phénomène que les autorités préfèrent ignorer : l’exode. Des milliers de jeunes, souvent parmi les plus qualifiés, choisissent chaque année la voie légale de l’émigration ou celle, tragique, de la traversée clandestine. Médecins, ingénieurs, informaticiens et autres partent ailleurs parce qu’ils ne voient plus, chez eux, de place pour leurs compétences ni de garanties pour leur avenir. Un pays qui exporte sa jeunesse la plus formée s’ampute lui-même de ses forces vives, et nourrit, un peu plus chaque année, le spectre qui plane sur son avenir.
À l’origine de cette spirale, il y a une réalité qui saute aux yeux depuis des années : l’incompétence et l’absence de décision qui caractérisent l’action publique, mais aussi un climat de découragement social et bureaucratique.
Au sommet de l’État, les décisions elles-mêmes se raréfient ; elles cèdent la place à un discours dogmatique, répétitif et stérile, qui tient lieu de politique.
Un navire dans la tempête
Pendant ce temps, les nominations aux postes publics obéissent davantage à des logiques d’allégeance qu’à des critères de compétence. L’administration, censée être l’ossature de l’État, s’est transformée en labyrinthe où chaque dossier devient un parcours d’obstacles. Ce n’est pas seulement un problème de personnes : c’est un vide de méthode et de vision. Gouverner sans décider, se réfugier dans le verbe plutôt que dans l’action, revient à laisser un navire déjà pris dans la tempête sans personne à la barre.
Le véritable danger n’est pourtant pas la crise elle-même – les nations traversent des crises et s’en relèvent. Le danger, c’est l’accoutumance à ce qui devrait rester intolérable. C’est le moment où le désordre cesse de choquer, où la saleté devient normale, où l’absence d’action au sommet n’étonne plus personne.
Cette normalisation silencieuse est le véritable seuil de bascule vers le sous-développement : non plus une difficulté conjoncturelle que l’on affronte avec détermination, mais un état permanent auquel on s’adapte avec résignation. Le sous-développement n’est pas seulement affaire de statistiques économiques et sociales ; c’est une dégradation qui touche les institutions, l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire, et jusqu’à la manière dont un peuple se pense lui-même. Il s’installe rarement par une rupture brutale : il progresse par petites capitulations, par habitudes prises, par exigences abandonnées.
Un pays qui s’habitue à mal fonctionner cesse, un jour, de chercher à bien fonctionner – et ce jour-là, le déclin cesse d’être un accident pour devenir une trajectoire. C’est ainsi que le pays s’enfonce dans un retard qu’il peine chaque jour davantage à combler.
Face à ce spectre, il serait vain d’attendre un sauvetage venu d’en haut. Les dernières années l’ont montré : les solutions promises par le sommet de l’État tardent, se diluent ou ne viennent tout simplement pas. C’est pourquoi le sursaut ne peut être que collectif, populaire, et d’abord local. Il appartient aux citoyens eux-mêmes de reprendre en main un pays qui leur appartient, de redevenir exigeants envers leurs institutions comme envers eux-mêmes, de refuser que le laisser-aller devienne une culture.
Ce sursaut suppose que chaque citoyen accepte de devenir, à son échelle, comptable de lui-même : de son quartier, de sa consommation, de son civisme, de son vote, de son engagement associatif. Aucune administration, si bien dotée soit-elle, ne peut se substituer à cette responsabilité individuelle et collective.
Ce sursaut nécessite aussi un cadre institutionnel : une gouvernance locale imputable – une urgence plus que jamais vitale pour sauver le pays. C’est cette architecture qui mettra gouvernés et gouvernants devant leurs responsabilités respectives.
Il ne s’agit pas d’un slogan décentralisateur de plus, mais d’un changement de méthode : donner aux collectivités locales et à leurs élus les moyens et la responsabilité réelle de gérer ce qui les concerne directement – propreté, transport, sécurité de proximité, développement économique local – avec une gestion transparente et des mécanismes de contrôle, en coordination avec les autres échelons de l’État.
Dotées de véritables leviers économiques et institutionnels, ces collectivités pourraient bâtir des pôles compétitifs capables même d’attirer investisseurs et talents, plutôt que de les voir s’en aller. C’est à cette échelle, la plus proche du quotidien, que la confiance peut se reconstruire, que les résultats deviennent visibles et que la gestion devient évaluable. C’est aussi une solution pour mobiliser les compétences dans la prise de décision et la gestion des affaires, et pour écarter l’improvisation et l’amateurisme de la chose publique.
Une approche ascendante, du bas vers le haut, n’est pas un renoncement à l’État central : c’est la condition pour qu’il redevienne crédible. Cela suppose toutefois une rupture précise : les collectivités locales ne doivent pas dépendre d’un ministère de l’Intérieur dont la vocation n’a jamais été celle du développement territorial, et dont la nature et le fonctionnement, hérités des républiques centralisatrices d’une autre époque, sont aujourd’hui dépassés, voire nuisibles. La nomination des gouverneurs et des délégués, calquée sur le modèle préfectoral français, en est l’illustration la plus criante : des responsables désignés par décret, sans la moindre légitimité électorale, redevables au seul pouvoir central.
Il est d’ailleurs regrettable de constater que la gestion des collectivités locales a été transférée à nouveau sous tutelle du ministère de l’Intérieur depuis 2021, renforçant la logique sécuritaire du régime.
Il n’y a pas de sauveur, prenez-vous en charge !
Tant que l’action publique restera pensée loin du terrain, dans les seuls cercles d’un pouvoir central, a fortiori sous un régime autocratique opaque et sans contre-pouvoirs, elle continuera de se heurter à l’indifférence ou à la défiance des citoyens. À l’inverse, une gouvernance locale représentative, évaluée par ses résultats, peut redonner du sens à l’action publique et, progressivement, restaurer la confiance perdue. Ce sursaut par le bas ne dispense pas, pour autant, d’une refondation au sommet de l’État, qui, elle, demeure plus que jamais nécessaire.
Le sous-développement ne s’installe pas toujours brutalement. Il s’infiltre par l’habitude, par la résignation, par l’attente d’un sauveur. La Tunisie n’est pas condamnée à ce destin, mais elle ne l’évitera pas en attendant que la solution tombe d’en haut. Elle l’évitera le jour où les Tunisiens décident de devenir les architectes de leur propre destin et les responsables de leurs propres choix.
Cinq ans après le retrait américain et leur retour au pouvoir, les Talibans souhaitent le retour de Washington en Afghanistan mais sous une forme radicalement différente : une présence diplomatique et des investissements économiques mais sans présence militaire. De leur côté, les Américains restent très prudents car même si Donald Trump n’est pas très regardant sur les droits humains, l’oppression des femmes par le sulfureux mouvement islamiste est telle que sauter le pas et ouvrir une nouvelle page avec les Talibans est loin de soulever l’enthousiasme de l’administration américaine.(Photo: Amir Khan Muttaqi).
Imed Bahri
Selon le New York Times, ce changement est clairement perceptible dans les déclarations du ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi qui a appelé les États-Unis à rouvrir leur ambassade à Kaboul et à maintenir une présence diplomatique dans son pays ainsi qu’à investir dans les minerais et les infrastructures notamment les barrages et les routes.
Muttaqi présente cette invitation comme le début d’un «nouveau chapitre» dans les relations bilatérales, fondé sur le respect mutuel et la coopération plutôt que sur la guerre et le conflit.
Le NYT associe cette initiative à une tentative plus large des Talibans de sortir de l’isolement international dans lequel ils sont depuis leur retour au pouvoir en 2021. Ils ont intensifié leurs efforts diplomatiques et économiques en renforçant leurs relations avec la Russie et les pays d’Asie centrale, en concluant des accords commerciaux, en s’ouvrant aux États du Golfe et en coopérant avec plusieurs pays européens sur la question du rapatriement des migrants afghans.
Obstacles majeurs à Washington
Les Talibans considèrent le rétablissement d’une forme de relation avec Washington s’il se concrétise comme un grand succès diplomatique. Ils souhaitent que ceci ait lieu tant que le président Trump est encore au pouvoir car il accorde une grande importance aux deals et aux intérêts commerciaux et économiques.
Par conséquent, le mouvement tente de se présenter aux États-Unis comme une autorité capable d’imposer la sécurité et la stabilité et de créer un environnement propice aux investissements étrangers, bien que cette ambition se heurte à d’importants obstacles à Washington.
En effet, l’administration américaine ne semble pas actuellement disposée à normaliser ses relations avec les Talibans. De fait, elle a pris des mesures ces derniers temps qui ont creusé le fossé entre les deux camps.
Par ailleurs, les États-Unis conditionnent tout engagement avec les Talibans à la lutte contre le terrorisme et au respect des droits humains, alors même que le mouvement continue d’imposer de fortes restrictions aux femmes et aux filles dans le domaine de l’éducation.
Washington a également rejeté plusieurs revendications formulées précédemment par les Talibans, tandis que le mouvement n’a pas répondu aux demandes du président Trump, notamment le retour du contrôle américain sur la base aérienne de Bagram, la restitution des armes américaines laissées en Afghanistan après le retrait et le cas d’un citoyen américain qui, selon Washington, est détenu par les Talibans ce que ces derniers démentent.
À l’inverse, les Talibans tentent de convaincre Washington que le retour des Américains n’implique pas le retour des forces militaires. Muttaqi, selon le NYT, affirme que les Afghans n’acceptent pas une présence militaire étrangère sur leur territoire, compte tenu de la longue expérience historique du pays en matière d’interventions étrangères. C’est pourquoi les Talibans privilégient une approche fondée sur a représentation diplomatique, l’investissement et le commerce plutôt que sur des bases militaires.
L’offre des Talibans met l’accent notamment sur les richesses minières de l’Afghanistan. Le pays possède d’importantes réserves inexploitées de lithium, de cuivre et de minerai de fer, ainsi que des terres rares.
Certaines personnalités américaines interrogées par le NYT estiment que cette question pourrait constituer un point d’entrée concret pour relancer le dialogue entre Washington et Kaboul, d’autant plus que l’administration Trump a tendance à privilégier les intérêts économiques et les accords commerciaux.
Le journal américain rappelle l’expérience passée des États-Unis soulignant qu’ils ont dépensé près d’un milliard de dollars entre 2004 et 2021 pour tenter de développer le secteur extractif afghan, sans obtenir de résultats tangibles.
Actuellement, le gouvernement taliban a déjà commencé à signer des accords d’investissement minier avec des entreprises internationales, ce qui témoigne de sa volonté d’exploiter les ressources naturelles du pays afin d’attirer des capitaux étrangers.
Le NYT rappelle aussi que les pays européens ont commencé à dialoguer avec les Talibans notamment sur la question de l’immigration et de l’expulsion des demandeurs d’asile afghans déboutés ou des criminels de droit commun condamnés.
Les rencontres qui ont eu lieu entre diplomates afghans et européens sont le signe d’un assouplissement progressif de la distance politique qui avait caractérisé les premières années du retour au pouvoir des talibans.
Toutefois, cette ouverture ne constitue pas une reconnaissance internationale formelle du gouvernement taliban. Les pays européens ne reconnaissent toujours pas ce gouvernement comme l’autorité légitime en Afghanistan et les Talibans demeurent exclus des principales institutions internationales.
Par ailleurs, le chef du mouvement Haibatullah Akhundzada fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité liés à la politique du mouvement à l’égard des femmes et des filles.
À Washington même, des voix se sont élevées pour réclamer une réévaluation de la politique d’isolement total des Talibans. D’anciens diplomates et chercheurs américains affirment que la poursuite du boycott pourrait nuire aux intérêts américains, notamment compte tenu de l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afghanistan.
Washington moins enthousiaste à l’idée d’un retour
Ces observateurs estiment qu’une présence diplomatique américaine à Kaboul offrirait à Washington une plus grande marge de manœuvre pour influencer l’évolution de la situation en Afghanistan, défendre ses intérêts économiques, renforcer ses relations avec les États d’Asie centrale et contrebalancer l’influence de la Chine et de la Russie.
Le chercheur Hassan Abbas résume l’essence du dilemme en affirmant que les Talibans n’ont pas encore fait assez pour modifier la position de la communauté internationale à leur égard et que toute véritable ouverture nécessite un changement dans certaines de leurs politiques, ce que le mouvement ne semble pas prêt à proposer pour le moment.
Alors qu’il y a quelques années, la question portait sur le retrait militaire américain d’Afghanistan, elle porte aujourd’hui sur un éventuel retour des États-Unis dans le pays, non pas en tant que force militaire mais en tant que puissance diplomatique et économique, un retour que les talibans semblent souhaiter ardemment tandis que Washington hésite encore à en payer le prix politique et sécuritaire.
Il faut rappeler que depuis leur retour au pouvoir, les talibans n’ont montré aucun signe d’évolution sur les questions sociétales et particulièrement la condition des femmes. Depuis 2021, ils imposent aux femmes et aux filles en Afghanistan une exclusion systématique de la vie publique et des discriminations extrêmes que l’ONU qualifie « d’apartheid de genre ». Privées d’éducation secondaire et supérieure, d’accès à la plupart des emplois et de liberté de mouvement sans tuteur masculin, les Afghanes subissent une répression totale renforcée par de nouvelles lois punitives. Dans ce contexte où les talibans ne font aucun effort sur la question des droits des femmes, l’ouverture d’un nouveau chapitre entre Washington et Kaboul demeure suspendue.
Le 13 août, comme chaque à la même date, la Tunisie a célébré la légende d’un homme seul, Habib Bourguiba, qui aurait un jour décrété la libération de la femme et refermé, d’un trait de plume, des siècles de patriarcat. Ce n’est pas faux. Mais c’est incomplet. Et c’est cette part manquante qui mérite d’être regardée en face, soixante-dix ans après.(Photo: Bourguiba enlève le voile d’une femme en pleine rue).
Ilyes Bellagha
Le 13 août 1956, moins de cinq mois après l’indépendance, Bourguiba promulgue le Code du statut personnel. Il abolit la polygamie et la répudiation unilatérale, impose le consentement mutuel au mariage, relève l’âge légal du mariage, ouvre l’école aux filles. Rien, dans le monde arabe de l’époque ne ressemble à ce geste. Il ne s’agissait pas d’une réforme prudente : Bourguiba s’attaque au même moment à l’institution religieuse de la mosquée Zitouna, dissout l’enseignement religieux autonome, nationalise les habous ou biens de mainmorte. C’est un homme qui frappe où ça fait mal, sans détour ni ménagement pour les bastions traditionnels.
Reste un point, un seul, que Bourguiba n’a jamais touché : l’héritage. La femme tunisienne hérite aujourd’hui encore, par défaut, de la moitié de la part d’un homme de même rang. L’explication convenue veut que Bourguiba ait attendu une caution des autorités religieuses qui ne serait jamais venue — comme si la timidité, chez cet homme-là, avait soudain pris le pas sur l’audace. L’explication ne tient pas seule. Elle ne tient pas face à la Zitouna abolie, aux habous nationalisés, à une répudiation supprimée contre l’avis de tout le corps théologique du pays.
Il y a une explication plus dure, et plus cohérente avec l’homme politique qu’il était : Bourguiba a frappé ce qui ne le touchait pas, et laissé intact ce qui touchait sa propre base. Le Néo-Destour s’est construit sur la petite et moyenne bourgeoisie du Sahel, propriétaire terrienne et oléicole — le vivier même de ses cadres, de sa famille politique, de son propre clan. La Zitouna n’était pas son socle ; le patrimoine foncier sahélien, si.
Ce n’est pas une thèse abstraite. Une étude de terrain menée par Kalthoum Kennou, Ismahan Ben Taleb et Soumaya Sandli — magistrate, sociologue et avocate — auprès de sept gouvernorats, dont Monastir, la ville natale du père de l’indépendance, documente noir sur blanc le mécanisme : pression familiale pour renoncer à sa part (le «tanaazul»), rôle actif de la mère elle-même dans ce renoncement, subterfuges des frères, terre systématiquement réservée aux mâles «pour que le nom ne sorte pas du clan». Le mécanisme n’est pas propre au Sahel seul — il traverse le pays. Mais il n’épargne pas Monastir. La ville qui a donné son libérateur à la femme tunisienne n’a jamais cessé, sur ce point précis, de la déposséder.
Deux renoncements, un même mur
En 2018, Béji Caïd Essebsi rouvre le dossier et dépose un projet d’égalité successorale. Le geste est salué comme audacieux — il ne l’est qu’à moitié. Le patronyme même du président porte la trace d’une autre histoire de classe : l’ancien président descend d’Ismaïl Caïd Essebsi, mamelouk d’origine sarde élevé à la cour beylicale au XIXe siècle jusqu’à devenir caïd-gouverneur, lignée absorbée par alliances matrimoniales dans l’aristocratie beldi de Tunis. Contrairement à Bourguiba, l’assise de BCE n’est pas agraire ni sahélienne : c’est une bourgeoisie urbaine, administrative, dont le patrimoine n’est pas la terre du bled mais la position dans l’appareil d’État. Proposer l’égalité ne lui coûtait rien socialement — ce n’était ni son foncier ni celui de sa base qui allait se redistribuer. L’audace du geste a le prix de sa légèreté : BCE meurt en 2019, le texte ne franchit jamais le Parlement, et personne n’en hérite politiquement.
Kaïs Saïed, lui, ne fait même pas ce geste. Dès sa campagne de 2019, il affiche son opposition à l’égalité successorale, position qu’il n’a jamais révisée depuis. Le calcul diffère de celui de Bourguiba comme de celui de BCE : sa légitimité ne tient ni à un patrimoine de classe ni à une caution religieuse institutionnelle négociée, mais à une assise populaire diffuse et conservatrice à laquelle il ne veut offrir aucun motif de rupture. Il ne cède rien aux courants intégristes — mais ne leur retire rien non plus : il évite strictement le terrain.
Ce calcul n’a rien de paranoïaque. En Tunisie, le rapport au sacré ne se loge pas seulement dans la pratique affichée — il survit, en sourdine, jusque dans la transgression elle-même. Il n’est pas rare d’entendre, après un rot au détour d’une bière, un «hamdoullah» ou un «Allah yesamah» machinal, comme si le corps demandait pardon avant même que l’esprit n’ait eu le temps de s’en soucier.
Cette religiosité réflexe, qui déborde largement le clivage pratiquant/non-pratiquant, est précisément ce qu’aucun dirigeant, depuis Bourguiba, n’a plus eu les moyens politiques d’affronter de front. Bourguiba avait la légitimité fondatrice d’un homme qui venait d’arracher l’indépendance, et convoquait lui-même les oulémas pour discuter d’ijtihad. Ni BCE ni Saïed ne disposent plus de ce capital : l’un s’éteint avant d’avoir eu à l’engager, l’autre choisit de ne jamais l’exposer.
Ce silence n’est pas que politique, il est aussi démographique. En 1956, le taux d’urbanisation tunisien n’atteignait que 40 % : la majorité de la population vivait encore de la terre, et l’héritage foncier structurait l’existence matérielle des familles. En 2014, ce taux dépasse déjà 67 % — il approche aujourd’hui 72 %, selon le recensement de 2024. Une majorité de Tunisiens, surtout depuis 2011, ont grandi et vécu en ville, souvent locataires ou primo-accédants d’un logement modeste, sans terre agricole ni patrimoine familial substantiel à transmettre. Le sujet même de l’héritage — la terre, l’olivier, le douar — a cessé d’être une préoccupation matérielle concrète pour l’essentiel de la population, devenant un débat de principe porté surtout par les classes moyennes et supérieures urbaines qui détiennent encore un patrimoine réel.
Cette dilution matérielle explique en partie l’absence de mobilisation populaire massive sur la question, dans un sens comme dans l’autre : presque personne n’a plus intérêt objectif à provoquer un affrontement dont l’enjeu concret s’est largement retiré du quotidien.
Depuis 2018, le débat resurgit régulièrement sous la forme d’un «double régime» : l’égalité par défaut, avec possibilité de choisir l’ancien système. L’idée se veut prudente. Elle est en réalité incohérente. Un État, par essence, ne propose pas : il impose. La loi n’est loi que parce qu’elle s’applique de façon identique à tous les citoyens placés dans une situation identique — sans option à la carte. Bourguiba lui-même n’a jamais demandé le consentement collectif pour abolir la polygamie, pourtant explicitement autorisée par le texte coranique. Il a tranché. Aucun double régime n’a été proposé aux hommes qui auraient voulu rester polygames. Le même État qui a eu le pouvoir souverain d’abolir la polygamie et les peines corporelles sans consultation a, de la même main, le pouvoir de trancher l’égalité successorale par la loi, sans option — au nom du même principe qu’il a déjà appliqué ailleurs.
Le folklore du jour et le silence de l’année
Chaque 13 août, la classe politique tunisienne redécouvre la femme le temps d’un discours. Les uns brandissent des portraits de prisonnières politiques pour habiller un combat qui, le reste de l’année, ne parle jamais du dossier de l’héritage. Les autres célèbrent le folklore officiel, cortèges et hommages, sans toucher au fond. Entre les deux, le dossier réel — celui du patrimoine, de la terre, de l’autonomie économique — reste orphelin. Aucun parti, y compris ceux qui s’étaient prononcés en 2018 en faveur de l’initiative Essebsi, ne porte aujourd’hui ce combat sur la durée. Il resurgit une fois par an, agité comme un symbole, puis rangé jusqu’au 13 août suivant.
Le mythe du 13 août n’est pas un mensonge. C’est une moitié de vérité qui s’est arrêtée là où elle dérangeait le plus près de chez elle. Soixante-dix ans après, la question n’est plus de célébrer ou de démolir Bourguiba. Elle est de finir ce qu’il a commencé — et de ne plus attendre, pour cela, une caution qui n’est jamais venue.
Dimanche 15 août 2026, la foi catholique, l’héritage sicilien et échanges interculturels entre musulmans, chrétiens et juifs ont convergé à La Goulette — banlieue balnéaire de Tunis abritant le quartier de la «Petite Sicile» (Piccola Sicilia) —, à l’occasion de la messe de l’Assomption et de la traditionnelle procession de la Madone de Trapani, l’un des symboles les plus marquants de la présence historique italienne en Tunisie.
Il s’agit d’«une tradition née au sein de la communauté italienne historique de la Petite Sicile, devenue au fil du temps un moment de rencontre entre cultures et identités», note l’ambassade d’Italie à Tunis sur les réseaux sociaux, en qualifiant cette tradition de «témoignage vivant des liens humains et culturels profonds unissant l’Italie et la Tunisie».
La célébration, qui s’est tenue en l’église Saints-Augustin-et-Fidèle, a été présidée par l’archevêque de Tunis, Mgr Nicolas Lhernould, devant une assemblée de plus d’une centaine de personnes, dont beaucoup ont suivi l’office depuis l’extérieur.
À l’issue de la messe, la statue de la Vierge a été portée sur les épaules des fidèles depuis le parvis de l’église, le long d’un court parcours à travers la Petite Sicile, pour s’achever devant la fresque murale dédiée à Claudia Cardinale, qui a grandi à La Goulette.
Dans son homélie, Lhernould a placé le thème de la dignité humaine au cœur de la célébration, c’est-à-dire le droit de chaque individu à être reconnu, à vivre libre de toute violence et dans un environnement sain, en paix et dans le respect du droit international, et même à la liberté de partir ou de rester.
Au-delà de la dimension religieuse, l’Assomption de La Goulette conserve des éléments de coutume qui reflètent l’identité et la mémoire du lieu. Les chroniques rappellent la participation massive des habitants du quartier, les chants et les «youyous» accompagnant la sortie de la statue, ainsi que le fort caractère populaire de l’événement.
Ce sont les Italiens, et plus particulièrement les Siciliens, qui ont introduit et diffusé le culte de la Vierge de Trapani et la messe de l’Assomption de Marie en Tunisie, laquelle comprenait jusqu’en 1962 une procession de la Vierge de Trapani jusqu’à la mer, annonçant la fin de la saison de la baignade.
Pour commémorer les liens toujours forts qui unissent l’Italie et la Tunisie, sur cette bande de terre où vivaient jadis pêcheurs tunisiens et siciliens, une immense fresque dédiée à l’actrice Claudia Cardinale, qui passa son enfance à La Goulette, orne la façade d’un immeuble de la place.
La flambée des prix dont ne cessent de se plaindre les Tunisiens ne devrait pas épargner le fameux zgougou (graines de pin d’Alep) que l’on utilise pour la préparation l’«assidat zgougou», la crème traditionnelle servie lors de la célébration du Mouled, date d’anniversaire de la naissance du prophète Mohamed. Il en sera de même aussi pour les fruits secs utilisés pour garnir la fameuse crème.
A l’approche de cette fête, les marchés connaissent une hausse des prix de ces ingrédients et cela suscite déjà le mécontentement des citoyens, pour qui le coût de préparation de l’«assidat zgougou» représente désormais une lourde charge financière, en particulier pour les familles à revenus faibles ou moyens.
Des citoyens cités par Diwan FM ont affirmé que, face à hausse des prix des ingrédients, ils vont devoir réduire les quantités achetées ou rechercher des alternatives moins onéreuses, comme l’«assidat baidha» à base de farine, d’huile d’olive et de miel.
De son côté, Fathi Labyedh, responsable de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche à Zaghouan, a souligné que le zgougou constitue un produit majeur pour la région — tant sur le plan économique que social — et qu’il est lié à des coutumes et traditions ancrées de longue date, notamment lors de la célébration du Mouled. Sauf que le prix actuel de cet ingrédient avoisine les 50 dinars le kilogramme et pourrait même, selon les prévisions, dépasser les 60 dinars.
Il faut dire que la récolte de «zgougou» a été cette année assez moyenne en raison des incendies de forêts survenus dans certaines région tunisiennes.
La date du Mouled est prévue pour le mardi 25 août 2026 correspondant au 12 Rabii al-Awal de l’an 1448 de l’Hégire, selon le calendrier musulman.
Les autorités françaises ne se rendent pas compte qu’elles jouent avec le feu en tolérant l’influence disproportionnée du lobby pro-israélien qui fragilise sa politique étrangère et pèse lourdement sur le débat public, risquant de provoquer une fracture sociétale démesurée, porteuse de grands ressentiments et de graves troubles.(Photo : Macron au dîner du Crif : la plupart des politiques français croient devoir être adoubés par le lobby sioniste pro-israélien).
Ridha Ben Slama *
Plusieurs observateurs s’accordent sur un fait : la France s’auto-sabote et s’affaiblit à cause de décisions et de politiques menées par ses propres dirigeants. Il y a un travail de sape des acquis qui est effectué pour diviser et mettre en pièce la cohésion sociétale. En effet, la société française fait face à un sentiment prononcé de polarisation et d’érosion du modèle républicain issu du Conseil national de la Résistance. Entre précarisation du travail, tensions institutionnelles et débats identitaires, de nombreux observateurs et citoyens pointent une dégradation du «vivre ensemble», alimentée par des choix économiques et politiques perçus comme des reculs de la solidarité nationale.
«Mêlez-vous de vos affaires», pourrait dire un énergumène d’extrême droite et désormais prosioniste. «Ne vous en faites pas, nos affaires on s’en occupe», lui rétorquerait un Tunisien averti, «ce qui se passe en France nous concerne autant que ceux qui vivent sur son sol et je vais vous le démontrer».
Le sort de nos concitoyens en France nous concerne
Sachez que le nombre total de Tunisiens en France s’élève entre 728 000 et 1 380 000 personnes, selon l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE). Environ 347 000 Tunisiens nés en Tunisie résident en France selon les données de l’INSEE. Si l’on élargit ce périmètre pour englober l’ensemble des expatriés, incluant les descendants de la deuxième et troisième génération ainsi que les binationaux, le nombre de Tunisiens et de personnes d’origine tunisienne en France dépasse donc largement le 1 million de personnes.
Il convient de noter aussi qu’il y a environ 21 000 Tunisiens qui se sont installés légalement en France au cours de l’année 2025, principalement pour des motifs professionnels (notamment via des programmes comme Thamm+ de l’Ofii) et étudiants.
La communauté tunisienne représente ainsi la 4e plus grande communauté globale en France (derrière l’Algérienne, la Marocaine et la Portugaise). On compte environ 16 000 étudiants tunisiens et plus de 3 500 professionnels de santé tunisiens (médecins titulaires et en cours d’équivalence) inscrits ou en exercice dans le système de santé français. Ces deux catégories illustrent la forte mobilité hautement qualifiée de la communauté tunisienne.
Le parcours des Tunisiens en France se démarque par une ultra-spécialisation. Les choix se concentrent massivement sur deux pôles : les Sciences/Ingénierie (34,9 %) et Médecine/Santé (28,7 %), un des taux d’orientation médicale les plus élevés parmi toutes les nationalités étrangères. Surtout que la France fait face à une pénurie médicale structurelle qu’elle compense en grande partie grâce aux praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue), où la Tunisie occupe une place majeure.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) comptabilise près de 1 600 médecins tunisiens pleinement titulaires en France. Ils forment le 2e plus grand contingent de médecins nés hors UE (10,4 % du total), juste derrière l’Algérie. Les statistiques du Cnom indiquent qu’environ 2 000 médecins tunisiens supplémentaires se trouvent actuellement en France sous des statuts transitoires (internes, praticiens attachés associés), dans l’attente de la validation de leurs procédures d’équivalence. Le phénomène s’est considérablement intensifié, entre 2021 et 2025, plus de 6 000 médecins ont quitté la Tunisie, la France demeurant de loin leur première destination en Europe. Sans parler des autres métiers et professions qui sont exercés dans divers secteurs de l’économie française.
De ce fait, le sort de nos concitoyens «au pays des lumières» nous importe au plus haut niveau. Le sujet revêt une importance capitale et une valeur absolue pour nous. Surtout dans cet environnement devenu délétère, marqué par des dérives surgis de l’inquisition, des dynamiques de «procès d’intention» ou de lynchages dans les médias détenues par quelques personnages fortunés et sur les réseaux sociaux, où la nuance est souvent absente.
Une atmosphère générale étouffante
Une poignée de milliardaires contrôlent près de 90 % de la presse française ainsi qu’une grande partie de l’audiovisuel(1) diffusant des campagnes injustes, des «débats» calomnieux contre tous ceux qui s’opposent au génocide commis à Gaza (plus de 73 000 Palestiniens tués, dont au moins 21 500 enfants et plus de 183 000 blessés, dont plus de 46 500 enfants) et aux crimes commis par l’entité sioniste ainsi qu’au racisme ambiant savamment alimenté.
La haine de l’autre se propage en France, où tout ce qui vient du Maghreb est stigmatisé… Ces paisibles travailleurs sont la cible quotidienne depuis l’élection à la présidence de Sarkozy, le délinquant condamné… Dans presque tous ces médias, le relent d’ignorance, de haine et les insultes publiques sont réitérées sur les antennes à l’égard d’une certaine catégorie de personne, tous étant assimilés à tort et à travers à des terroristes en herbe, cela vient nourrir la stupidité ambiante jusque dans le cadre professionnel de ces personnes. Pour preuve les condamnations répétées de certaines chaines à des amendes pour incitation à la haine, ce qui n’existait pas ou très peu avant l’élection de Sarkozy.
La hantise de l’immigration leur pend au nez comme de la morve ! Là où il y avait respect et reconnaissance, il n’y a plus que diatribes et invectives pour «chauffer» l’opinion en perspective des élections.
D’une manière assez étrange, on retrouve aussi sur ces chaines incriminées, des profils surréalistes de supplétifs, quelques personnages répugnants issues de l’immigration qui sont plus zélées que leurs employeurs, sans réelle conviction ni principes…
Pour toutes ces raisons et d’autres encore, l’atmosphère générale répugnante en France nous interpelle face à la montée des extrémismes et des actes xénophobes qui se multiplient.
Les enjeux des prochains scrutins ne peuvent aucunement justifier ni absoudre la dégradation du débat public et ses retombées sur nos concitoyens. Aucune stratégie électorale ne légitime les attaques contre une catégorie de la population qui vit sur le sol français. Les manipulations ou les baisses de niveau dans les débats dans la vie politique, foulent au pied les règles démocratiques qui doivent primer dans la compétition vers les urnes.
La France, un pays sous occupation israélienne
Quels sont donc les principaux instigateurs de cette détérioration de l’environnement politique ? Et quels sont leurs chevaux de bataille ?
Essentiellement le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et d’autres organisations sionistes, qui sont devenus les aiguilleurs de la sphère politique. Ces organismes exercent une influence directe sur le gouvernement français (certains ministres) et à l’Assemblée Nationale (dont la présidente est Yaël Braun-Pivet, «soutien inconditionnel» à Israël selon ses dires) les médias et même la justice. Ce Crif non seulement exprime un soutien actif à l’entité sioniste et ses crimes abjects, mais il exerce une influence quasi totale sur l’État français. Tout cela sous le subterfuge de «lutte contre l’antisémitisme et l’apologie du terrorisme»! Ce lobby(2) exerce une pression marquée sur la classe politique et les médias pour imposer notamment des projets de loi, dont la proposition de loi Yadan, déposée en 2024 par la députée Caroline Yadan, et qui vise «officiellement» à renforcer la lutte soi-disant contre «les nouvelles formes d’antisémitisme» en vue de museler la liberté d’expression. Discutée à l’Assemblée nationale française en avril 2026 puis finalement retirée avant l’aboutissement de son examen. Le texte pénalise les slogans propalestiniens et restreint la critique de la politique israélienne, prévoyant des mesures contre tous ceux qui manifestent la moindre position contre le génocide à Gaza et les exactions contre les Palestiniens.
Ce «Conseil» se retrouve au centre des critiques concernant sa stratégie de communication et son poids attesté sur les orientations de la politique intérieure et étrangère de la France.
Le fameux dîner du Crif est un évènement annuel qui est à l’instar d’un tribunal politique ou un passage obligé où une grande partie de la classe politique française vient se sustenter et par la même occasion prêter allégeance, sous peine d’être ostracisée ou accusée de «complaisance avec les antisémites».
Avec des méthodes basées sur l’inquisition et l’intimidation de tous ceux qui soutiennent les Palestiniens et en première ligne les personnes issues de l’immigration, la France apparait désormais comme un pays sous occupation israélienne. Il y a même des relents de l’occupation nazi et du régime de Vichy (1940-1944) qui représentent incontestablement l’une des périodes les plus sombres, oppressantes et douloureuses de l’histoire moderne de la France.
Cette atmosphère si particulière et étouffante s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs majeurs : une répression policière et idéologique omniprésente, une extrême droite disséminée dans les partis de la droite et même au parti dit «socialiste» et un harcèlement pour tous ceux qui évoqueraient le génocide à Gaza ou exprimeraient leur soutien au peuple palestinien sous occupation.
Au temps de l’Occupation allemande et du régime de Vichy, la population subissait à la fois la traque de la Gestapo nazie et celle de la Milice française (créée par Vichy), instaurant un climat de délation et de suspicion généralisée. Le régime de Vichy était une dictature policière qui a activement collaboré avec l’occupant et procédé à la déportation de dizaines de milliers de personnes et persécuté ses propres citoyens.
Les tensions policières ou sociales (emploi, logement…) actuelles se déploient dans un État de droit prétendument protecteur, doté de contre-pouvoirs juridiques. Le sentiment d’étouffement actuel est réel pour beaucoup, mais il provient d’une crise de confiance dans les institutions et d’un système bureaucratique dévoyé.
En entretien pour un emploi, les ressources humaines (plutôt devenues inhumaines) demandent systématiquement si la personne est OQTF (obligation de quitter le territoire français) suivant le diktat ambiant, symptomatique d’un grand retournement. Poser des questions directes sur une mesure d’éloignement ou sur l’origine d’une personne en dehors des critères stricts des compétences et du droit au travail s’apparente à une pratique discriminatoire prohibée par le Code du travail (article L1221-6).
Il faut bien souligner que des voix critiques (chez les intellectuels avisés) reprochent au président du Crif, Yonathan Arfi, d’avoir institutionnalisé un «brouillage sémantique». Le Crif est accusé de faire pression pour l’interdiction de manifestations pro-palestiniennes et d’assimiler systématiquement l’antisionisme et la critique des massacres à Gaza à de l’antisémitisme. Des analystes en géopolitique, à l’instar de Pascal Boniface (directeur de l’Iris), estiment que le Crif agit désormais comme une «deuxième ambassade d’Israël». Ils dénoncent le fait que l’organisation soutienne de manière inconditionnelle la ligne dure de Benyamin Netanyahou, coupant les ponts avec les mouvements pacifistes israéliens.
Même Sciences Po Paris a été la cible de ce lobby. Les étudiants qui ont bloqué l’amphithéâtre Emile Boutmy pour protester contre le génocide à Gaza et les crimes en territoires occupés ont été poursuivis et vilipendés.
Pour tous ceux qui observent ce qui se déroule sous nos yeux, ces milieux sionistes recourent à la stratégie du contre-feu. Ils désignent un faux danger comme diversion : antisémitisme, terrorisme… Ils créent une fausse urgence pour capter l’attention, faire regarder ailleurs, ce qui permet d’accomplir leurs forfaits et s’incruster davantage dans les rouages de l’État français(3) (les sayanim sont ceux qui collaborent avec le Mossad dans le domaine de l’espionnage ou de la désinformation).
Les contre-feux décrivent cette stratégie de diversion classique où un coupable crée une fausse alerte pour détourner l’attention et accomplir son méfait en toute impunité. En psychologie et en communication, ce procédé s’apparente à de la manipulation. L’attention générale se focalise instantanément sur une supposée menace désignée. Mais le véritable coupable se positionne en victime ou en témoin civique. La confusion ambiante paralyse la vigilance des observateurs. C’est une stratégie militaire qui consiste à allumer un incendie pour en éteindre un autre et tenir l’opinion en haleine contre les adversaires des exactions et crimes commis.
Ce qu’il convient de préciser pour écarter tout confusion, c’est que le judaïsme est une religion millénaire, tandis que le sionisme est un mouvement politique ultra né à la fin du XIXe siècle visant la création et le soutien d’un État national juif.
Évidemment, tous les juifs ne partagent pas cette cécité politique, dans tous les pays où ils sont citoyens ou en Israël même. Ceux-là s’opposent au sionisme pour des raisons politiques, éthiques ou en faveur des droits des Palestiniens, contre le génocide perpétré et tous les crimes commis contre ces derniers. On peut citer de nombreuses personnalités comme Sophie Bessis et Edgar Morin… Ils incarnent parfaitement cette tradition d’intellectuels juifs francophones qui, au nom de valeurs universalistes, anticoloniales et éthiques, ont développé une position critique vis-à-vis du sionisme et de la politique de l’État d’Israël.
Dans d’autres pays aussi, des intellectuels juifs ne cessent de dénoncer les crimes commis par cette entité, comme Noam Chomsky, Shlomo Sand, Judith Butler, Daniel Boyarin… Des structures historiques comme l’Union juive française pour la paix (UJFP) ou de nouveaux collectifs comme Tsedek ! interviennent régulièrement dans les médias indépendants pour dissocier la judéité de la politique de l’État d’Israël.
L’idée d’une «emprise» sur la France reflète la tension autour de la recomposition des blocs politiques, où la question de la souveraineté, de l’identité et des alliances internationales est devenue un vecteur de clivage radical. De nombreux artistes ont vu leurs expositions, concerts ou lectures déprogrammés. Des ONG et des mouvements de solidarité dénoncent une judiciarisation excessive et des interdictions administratives visant à restreindre le militantisme propalestinien.
Certains artistes (techniciens, influenceurs, jeunes comédiens) font état d’une forme d’autocensure par crainte de perdre des contrats ou d’être perçus comme «clivants» par les marques ou les producteurs. Les tensions culturelles touchent tous les bords politiques. Par exemple, des artistes aux positions jugés neutres subissent également de virulents appels au boycott de la part de mouvements extrémistes. De nombreux artistes et personnalités de la culture ont subi des pressions, des exclusions, du harcèlement en ligne ou la perte de leurs contrats pour avoir pris position ou évoqué la situation à Gaza. Pour la plupart des célébrités établies, plusieurs professionnels ont vu leur carrière ou leurs fonctions lourdement impactées par la censure ou des mesures de rétorsion.
Le passé antisémite de l’extrême droite française était affirmé, aujourd’hui une convergence devient un sujet d’analyse pour les politologues et les observateurs. Les gouvernements successifs de Benjamin Netanyahou, alliés à des partis sionistes religieux et d’extrême droite, partagent avec les mouvements extrémistes européens une vision du monde axée sur le rejet du multiculturalisme et la brutalité sécuritaire. Le Rassemblement National de Le Pen a adopté un soutien inconditionnel aux opérations israéliennes, présenté comme «un rempart contre l’islamisme radical» ! Des enquêtes médiatiques mettent en lumière l’action de réseaux douteux menés par des figures comme René Tayb agissant à la normalisation des relations entre les institutions sionistes et le Rassemblement National, un glissement que les intellectuels lucides décrivent comme un piège politique mortifère.
Ironie de l’histoire, cette organisation est plus sioniste que les sionistes purs et durs. Fait invraisemblable, les exactions de l’entité sioniste ont fini par faire réagir même l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, pourtant fervent défenseur de Natanyahu et de la colonisation en Cisjordanie, qui a dénoncé récemment le siège de maisons palestiniennes à Qusra (4) par des colons comme un «acte de terreur». «Les actions de ceux derrière cet acte de terreur horrible, visant à intimider et à harceler cette famille, sont répugnantes», écrit-il sur X, estimant qu’«aucun prétexte ne justifiait ce comportement de voyou» !
Est-ce un signe annonciateur d’un renversement des postions à l’égard de la cause palestinienne et d’Israël qui devient une entité paria pour les opinions publiques d’une grande partie de pays ? L’utilisation ouverte de la notion d’«État paria» par des figures politiques au sein même d’Israël, comme Yaïr Golan, qui comparent explicitement la trajectoire du pays à celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid le confirme.
Quant aux autorités françaises, elles ne se rendent pas compte qu’elles jouent avec le feu en tolérant l’influence disproportionnée de cette organisation qui fragilise la politique étrangère de la France et pèse lourdement sur le débat public, risquant de provoquer une fracture sociétale démesurée, porteuse de grands ressentiments et de graves troubles.
* Ecrivain.
Notes :
1- Vincent Bolloré (Canal+, CNews, C8, Europe 1 et le Journal du Dimanche (JDD), avec une ligne éditoriale marquée à droite) ; Bernard Arnault (Les Échos et Le Parisien, ainsi que Paris Match et Radio Classique) ; Rodolphe Saadé (groupe BFMTV et RMC, La Provence) ; Patrick Drahi (Libération et la chaîne i24News) ; Xavier Niel (Le Monde, L’Obs, Nice-Matin) ; Dassault (Le Figaro-Le Figaro Magazine) ; Martin Bouygues (TF1, TMC, TFX et LCI) ; Daniel Kretinsky et Mathieu Pigasse (Marianne ou Télérama).
2- “Le lobby d’Israël et la politique française” publié initialement sur CounterPunch par Evan Jones et repris par Jean-François Goulon sur le site de Mediapart.
3- Le printemps des Sayanim, Jacob Cohen, L’Harmattan, mars 2010.
4- Sur une colline isolée du village de Qusra, deux familles palestiniennes sont terrées chez elles, terrorisées. Jour et nuit une dizaine de colons lancent des pierres et bloquent l’accès à leur maison. Impossible pour eux d’entrer ou de sortir (RFI).
Les automobiles chinoises ont submergé les marchés européens jadis dominés par les marques allemandes. Les raisons de cette montée vertigineuse des ventes de voitures chinoises électriques dans le monde sont liées, en plus du prix alléchant défiant toute concurrence et au design adapté au goût du consommateur européens, à l’innovation technologique en général et, en particulier, à la batterie en lithium, sans parler de la richesse des options et au service après-vente, souvent impeccable, en tout cas pour l’Europe. En Pologne, par exemple, la vente des voitures électriques chinoises dépasse de très loin celle des européennes avec en bonus une assurance automobile annuelle pour 1 zloty (environ 0,25 euro) !(Photo : Le SUV électrique Omoda 9 du constructeur chinois Chery sera bientôt fabriqué dans d’anciennes usines Volkswagen en Allemagne Ce modèle incarne les ambitions européennes de Chery, qui dispose déjà d’une usine en Espagne depuis 2024).
Habib Glenza
Pendant des années, le marché chinois a été le moteur de croissance de BMW, Mercedes-Benz et Volkswagen. Tout se vendait presque tout seul, au point que les trois groupes écoulaient encore 5,6 millions de voitures en Chine en 2019, soit plus de 23 % du marché local. Mais la donne a changé brutalement avec l’explosion de la voiture électrique. Les chiffres récents montrent une chute d’au moins 30 % des ventes au deuxième trimestre pour plusieurs marques allemandes.
En Chine, plus de 85 % des ventes des New Energy Vehicle (NEV) sont signées BYD, SAIC, Geely, XPeng et Xiaomi. On recense environ 150 marques chinoises et quelque 500 modèles nouveaux ou restylés ont été lancés.
En moins d’une décennie, la Chine a fait basculer son marché automobile vers l’électrique à une vitesse inédite. En 2024, les NEV (100 % électriques ou hybrides rechargeables) représentent déjà environ 45 % des ventes, puis dépassent la barre des 50 % au premier semestre 2025, avec 5,46 millions de NEV vendus contre 5,43 millions de thermiques. Le pays comptait fin 2024 près de 23 millions de voitures entièrement électriques en circulation, soit une bonne moitié des immatriculations mondiales de véhicules électriques (VE) de l’année. Pour l’automobiliste chinois urbain, la voiture électrique n’est plus une niche, mais le choix par défaut.
Les Allemandes rattrapées par leur retard sur l’électrique
À l’inverse, le modèle économique des constructeurs allemands reste bâti sur le thermique premium. En 2019, les groupes BMW, Mercedes-Benz etVolkswagen réalisaient 23,1 % de part de marché en Chine ; en 2025, ils tournent autour de 11,3 %, avec 3,8 millions de voitures seulement.
La Chine pèse pourtant encore entre un quart et près d’un tiers de leurs ventes mondiales suivant les groupes, ce qui rend le choc encore plus visible dans leurs comptes. En 2024, ils ont vendu environ 325 000 voitures électriques en Chine, soit à peine 7,5 % de leurs propres ventes locales, alors que près de 28 % des voitures achetées dans le pays sont déjà électriques. Leur présence cumulée sur le segment NEV tourne autour de 3 % : une part minime sur un segment devenu central.
La pression se voit aussi sur les marges. Sous l’effet de la baisse de régime en Chine, BMW a abaissé sa prévision de marge automobile jusqu’à 1 %, ce qui en fait l’un des constructeurs européens les moins rentables cette année.
Volkswagen a reconnu que son modèle économique était quasiment cassé et prépare un plan de réduction d’environ 100 000 emplois avec des fermetures d’usines en Allemagne.
Face à une offre locale très électrique et très technologique, avec des prix agressifs, les Allemands se retrouvent piégés avec un mix encore très thermique et plus cher. Sur le segment d’entrée de gamme où se place la CLA électrique, la berline «est dans une position délicate, ce n’est ni la plus abordable ni la plus luxueuse», analyse Li Yanwei, conseiller auprès de l’association des distributeurs automobiles de Chine.
Les marques chinoises ont pris l’avantage
Pour tenter de rattraper leur retard, les groupes allemands multiplient les baisses de prix et les modèles dédiés à la Chine, parfois au détriment de la rentabilité. Mercedes a conçu une CLA à empattement long, truffée de logiciels et de commandes vocale dopée à l’IA, vendue beaucoup moins cher qu’en Europe. Mais pour vraiment rivaliser avec Xiaomi ou BYD, il faudrait encore baisser les tarifs, au risque de vendre à perte. Le constructeur explique qu’il mise avant tout «sur une croissance durable plutôt que sur l’achat de parts de marché à court terme», dans un contexte de guerre des prix où le bénéfice trimestriel de BYD a, par exemple, chuté de 55 % pour tomber à son plus bas niveau depuis plus de trois ans.
Dans le haut de gamme, certains modèles Xiaomi, concurrents d’une Porsche Taycan, atteignent 300 000 ventes en Chine, quand la berline électrique de Stuttgart reste sur quelques dizaines de milliers d’unités.
Ce ressenti illustre un basculement plus large de la perception des marques allemandes en Chine. Même sur des modèles électriques capables d’afficher des autonomies comparables à celles des rivales locales, Mercedes, BMW ou Audi sont vues comme moins avancées sur le logiciel embarqué, la conduite assistée ou le divertissement.
Les constructeurs chinois déploient des fonctions très adaptées aux usages locaux, comme le karaoké intégré, les écrans arrière géants ou des sièges qui se rabattent complètement pour transformer l’habitacle en espace de camping.
Pendant ce temps, les Allemands lancent la nouvelle plateforme Neue Klasse de BMW, les Audi développées avec SAIC ou encore les SUV électriques issus du partenariat Volkswagen-Xpeng, avec plus de 10 milliards d’euros déjà investis rien que pour BMW. Mais pour retrouver de l’air en Chine, il leur faudra fonctionner au rythme de la «China speed», tout en gardant assez de marge pour financer cette transition sur leur propre terrain européen.