Lese-Ansicht

Sortir de la spirale des pénuries par le sursaut productif

Jeudi 20 août, les Tunisiens ont une nouvelle fois fait l’expérience d’une crise, celle du carburant. Même si le calme a regagné les esprits au courant de l’après-midi, la mémoire encore vive des pénuries passées a réveillé les angoisses et provoqué un mouvement de panique.

 

Il est indéniable que les pénuries récurrentes d’électricité, d’eau potable, de médicaments ou encore de certaines denrées de base ne sont plus des accidents conjoncturels. Elles sont le symptôme visible d’un mal profond, celui de l’épuisement d’un modèle de gouvernance hérité, où la gestion des ressources publiques a trop souvent cédé le pas aux logiques clientélistes, à l’absence de vision stratégique et à une bureaucratie paralysante.

 

Lire aussi : Hydrocarbures : la grève surprise à Radès fait-elle planer un risque de pénurie

 

Gouvernance à bout de souffle

Les infrastructures, mal entretenues et sous-investies, craquent sous le poids d’une demande croissante, tandis que la régulation des marchés, notamment alimentaires, souffre de dysfonctionnements chroniques qui favorisent la spéculation et la pénurie souvent artificielle. Ce n’est pas un concours de circonstances, mais bien le fruit d’années de choix myopes, où l’urgence a constamment pris le pas sur la planification à long terme.

Face à cette situation, la production et le travail constituent la seule thérapie durable face à ces crises. La Tunisie ne manque ni de potentiel agricole, ni de ressources humaines qualifiées, ni d’atouts géostratégiques. Pourtant, le tissu productif est asphyxié par une fiscalité lourde, un accès au crédit restrictif, une bureaucratie lourde et un manque de stabilité juridique et sociale.

 

Remèdes durables

Relancer la production nationale, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’industrie ou des services, permettrait non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais aussi de créer des emplois, de reconstituer les réserves de change et de restaurer la confiance des investisseurs. Mais pour cela, il faut un choc de compétitivité et une refonte en profondeur de notre modèle économique, en passant par la numérisation, la simplification administrative et une politique industrielle clairement orientée vers l’exportation et la substitution aux importations. Sans un retour au travail comme valeur cardinale et à l’entreprise comme moteur de richesse, aucun plan d’austérité ni aucune aide extérieure ne viendront à bout de nos déséquilibres structurels.

Par ailleurs, l’investissement public, actuellement freiné par les contraintes budgétaires, est un levier essentiel pour créer un effet d’entraînement et redynamiser l’activité à court terme. Les signes récents de résilience, avec une croissance du PIB de 2,4 % au premier semestre 2026, restent fragiles et ne doivent pas masquer l’urgence des réformes structurelles.

 

Lire également : Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle

Un sursaut national pour sortir de l’impasse

Continuer à gérer la pénurie au jour le jour ne fera qu’aggraver la précarité. L’unique issue réside dans un sursaut national : refonder l’État sur la transparence, la responsabilité et l’efficacité, libérer les énergies productives par des réformes économiques audacieuses et mettre le travail et l’innovation au centre du projet de société.

Cela nécessite un consensus social et un leadership capable de dire la vérité aux citoyens et de les associer à un effort collectif. Les crises actuelles ne sont pas une fatalité, elles sont le révélateur d’un système à bout de souffle. La question n’est plus de savoir si la Tunisie peut changer, mais si elle en aura la volonté avant que le temps ne rende le choix impossible.

L’article Sortir de la spirale des pénuries par le sursaut productif est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Les Emirats ont-ils tourné le dos au pragmatisme économique ?

Les Émirats arabes unis ont annoncé suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l’Iran, en raison du tir de deux missiles ciblant, selon eux, des navires. Une décision lourde de conséquences pour les deux puissances régionales du Golfe.

Analyse.

C’est un tournant majeur dans la relation entre les deux puissances régionales du Golfe. Les Émirats arabes unis « ont suspendu tous les échanges commerciaux et transactions financières avec l’Iran jusqu’à nouvel ordre », a annoncé la directrice de la communication du ministère des Affaires étrangères émiratie, Afra Al Hameli. Cette mesure intervient après plusieurs mois de dégradation spectaculaire des rapports entre les deux pays.

En effet, le ministère de la Défense émirati a déclaré dans un communiqué publié sur X, mercredi 19 août, que l’Iran avait tiré deux missiles vers son territoire, affirmant que « les systèmes de défense aérienne des Émirats arabes unis ont détecté deux missiles balistiques lancés depuis l’Iran en direction du pays. Le premier est tombé hors des eaux territoriales, tandis que le second est tombé dans les eaux territoriales ». Une information aussitôt démentie par Téhéran qui qualifie cette accusation de « préjudiciable à la confiance régionale et aux efforts en faveur de la sécurité ».

Qui croire ?

Alors, quelle version croire ? Cette question reste entière, d’autant que les autorités émiraties imposent un véritable black-out sur les frappes iraniennes visant leur territoire, allant jusqu’à menacer de lourdes sanctions les ressortissants qui filment et diffusent les dégâts causés par les missiles, au nom de la « sécurité nationale ».

Qu’en est-il précisément des deux missiles balistiques que Téhéran aurait tirés en direction du richissime émirat pétrolier ? Difficile, à ce stade, de trancher. Cela étant, les autorités émiraties ont déclenché une alerte téléphonique appelant la population à se mettre à l’abri face à des « menaces de missiles ». « En raison de la situation actuelle et des menaces de missiles, rejoignez immédiatement un endroit sûr dans le bâtiment sécurisé le plus proche », indiquait le message envoyé par le ministère de l’Intérieur. Une alerte particulièrement significative, puisqu’elle constitue la première depuis la fausse alerte enregistrée en juillet.

Rupture

Faut-il voir dans ce durcissement le constat, à Abou Dhabi, de l’échec de la politique du « bon voisinage » avec Téhéran ? Pendant des années, les Émirats ont privilégié le pragmatisme économique et le dialogue, allant jusqu’à rétablir progressivement leurs canaux diplomatiques avec l’Iran.

Une stratégie dictée par une conviction simple : pour les dirigeants émiratis, une confrontation directe avec Téhéran risquait de se révéler désastreuse, aussi bien pour les intérêts économiques que pour la sécurité de la Fédération.

Le calcul était avant tout pragmatique. Comment, en effet, faire abstraction de la géographie ? L’Iran est un voisin immédiat, une puissance régionale incontournable et, surtout, un partenaire commercial dont les Émirats ne pouvaient se permettre d’ignorer le poids. Abou Dhabi avait donc choisi de composer avec Téhéran plutôt que de risquer une confrontation dont le coût aurait pu s’avérer considérable.

La question est donc moins de savoir pourquoi les Émirats ont brutalement suspendu leurs échanges avec l’Iran que de comprendre pourquoi le calcul coût-bénéfice qui favorisait jusqu’ici le dialogue semble désormais avoir basculé en faveur de la fermeté.

Talon d’Achille

Et c’est le dernier incident qui a été le point de bascule ayant déclenché cette rupture. Quelques jours auparavant, deux navires appartenant à ADNOC, la compagnie pétrolière nationale émiratie, ont été attaqués alors qu’ils transitaient par le détroit d’Ormuz, et ayant entraîné des dégâts mais sans faire de victimes. Abou Dhabi avait attribué ces attaques à l’Iran.

Pour les Émirats, une ligne rouge semble désormais avoir été franchie. Le différend avec Téhéran ne relève plus seulement d’un affrontement géopolitique, il touche directement à la sécurité des infrastructures, des navires et des routes commerciales qui constituent l’épine dorsale de la puissance émiratie. Car le modèle d’Abou Dhabi et de Dubaï repose précisément sur la finance, la logistique et l’ouverture au commerce international. Dès lors, toute menace pesant sur la libre circulation des marchandises, au premier rang desquelles le pétrole et le gaz, ne constitue plus une simple perturbation conjoncturelle. Elle s’attaque directement aux fondements mêmes du modèle émirati.

Et c’est précisément le détroit d’Ormuz, l’un des principaux passages énergétiques de la planète, qui devient désormais le talon d’Achille des Émirats. Or, sa sécurisation est vitale, notamment parce qu’une partie importante de leurs exportations d’hydrocarbures et de leurs importations dépend de la circulation maritime dans le Golfe.

Avertissement

Au final, la suspension de tous les échanges commerciaux et transactions financières entre les deux pays voisins apparaît ainsi comme une mesure de protection, mais également comme un avertissement lancé au régime des mollahs selon lequel la relation économique ne saurait désormais être dissociée de la sécurité.

Et comme l’Iran dépendait largement des infrastructures commerciales émiraties pour accéder à certains produits et marchés internationaux, sans oublier que Dubaï constituait notamment une importante plateforme de réexportation vers l’Iran, le durcissement actuel frappe donc également l’économie iranienne. L’avertissement est clair.

La véritable question est désormais de savoir si cette suspension restera une mesure temporaire ou si elle marque le début d’une nouvelle fracture dans le Golfe. Car derrière la décision d’Abou Dhabi se joue quelque chose de beaucoup plus important qu’un simple conflit commercial, à savoir la redéfinition des rapports de force entre les Émirats, l’Iran et les États-Unis dans un Golfe devenu l’un des principaux théâtres de la confrontation régionale.

L’article Les Emirats ont-ils tourné le dos au pragmatisme économique ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle

Dans le prolongement de nos analyses du 22 juillet (« Protection sociale 2030 : la Tunisie doit-elle créer une Autorité nationale des retraites ? ») et du 10 août (« Plan 2026-2030 et Loi de finances 2027 face au choc démographique : la réforme intégrée des retraites comme impératif de souveraineté »), l’arbitrage rendu le 18 août 2026 par La Kasbah marque une étape décisionnelle majeure. L’État renonce officiellement aux arbitrages parcellaires pour engager une refonte systémique. Mais alors que s’ouvrent les travaux préparatoires de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030, le véritable défi commence : réussir le « dernier kilomètre » opérationnel.

 

En actant le lancement immédiat de la rédaction des textes législatifs relatifs à la sécurité sociale, le gouvernement a validé trois ruptures doctrinales majeures : l’impératif d’une gouvernance unifiée des caisses, l’extension de la couverture aux nouvelles formes de travail (Gig Economy, indépendants, secteur informel), et la numérisation intégrale comme levier d’équité et de traçabilité.

Pour convertir ce cap politique en réalité mesurable d’ici 2030, l’ingénierie d’exécution doit désormais s’articuler autour de quatre leviers opérationnels critiques.

 

Repère stratégique

Les quatre piliers du « dernier kilomètre » d’exécution :

  1. L’Identifiant Social Unique (ISU) :Sanctuariser l’infrastructure de données et l’interopérabilité applicative en temps réel.
  2. Le secteur bancaire & Fintech :Transforme le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) en canal de collecte de proximité.
  3. Le pilotage actuariel :Passer de la gestion comptable rétrospective à des modèles algorithmiques prospectifs.
  4. L’ancrage budgétaire :Inscrire les arbitrages techniques dès la Loi de finances 2027 et le Plan 2026-2030.

 

 

 

L’Identifiant Social Unique : l’infrastructure de données comme actif souverain

Le déploiement de l’Identifiant Social Unique (ISU) dépasse le cadre d’un simple projet informatique d’administration publique. L’ISU constitue le cœur battant du nouveau contrat social : c’est l’infrastructure de données critique qui permettra le suivi des carrières hachées et la portabilité effective des droits. Sa réussite repose sur une architecture technique stricte :

Unité et immuabilité : garantir un registre unique pour chaque citoyen, de son premier emploi à sa retraite, indépendamment des changements de statut (salarié, indépendant, pluriactif) ;

Interconnexion en temps réel : faire dialoguer les systèmes d’information des caisses (CNRPS, CNSS, CNAM), de l’administration fiscale et du réseau de santé pour éliminer les pertes en ligne et la fraude ;

Souveraineté des données : sanctuariser les données sociales sur un cloud souverain conforme aux plus hauts standards de cybersécurité.

 

Le secteur bancaire et le mobile paiement : catalyseurs de la collecte de proximité

Prétendre intégrer les travailleurs du secteur informel, les agriculteurs et les professionnels de la Gig Economy via les guichets administratifs traditionnels est un contresens opérationnel. L’extension effective de la couverture sociale exige d’adosser la collecte à l’écosystème bancaire et financier. Le secteur bancaire et les établissements de paiement doivent devenir les bras armés de cette inclusion :

La micro-cotisation via le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) : capitaliser sur le paiement mobile pour permettre une cotisation instantanée, fluide et sans frais d’intermédiation dissuasifs ;

Le prélèvement à la transaction : Automatiser le prélèvement d’une fraction sociale minimale lors de chaque transaction commerciale ou paiement de prestation sur les plateformes numériques ;

L’adossement à l’inclusion financière : Associer l’affiliation sociale à des services bancaires simplifiés (comptes de paiement, micro-assurance), créant ainsi une double incitation à la formalisation économique.

 

Pilotage prudentiel : du contrôle a posteriori au tableau de bord actuariel

La création de « systèmes d’alerte précoce » décidée par le Conseil ministériel exige de doter le régulateur d’outils décisionnels de nouvelle génération. La gestion des caisses ne peut plus s’appuyer sur des données comptables arrêtées à l’exercice précédent.

Le pilotage prudentiel moderne doit intégrer :

Des projections démographiques glissantes réévaluées en continu ;

La simulation d’impact en temps réel des variations de la masse salariale et de l’inflation sur les équilibres futurs ;

Une gestion des risques prospective, capable d’éclairer les décisions politiques bien avant l’apparition des impasses de trésorerie.

 

Le rendez-vous de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030

Alors que la rédaction des textes juridiques est désormais engagée, les travaux préparatoires de la Loi de Finances 2027 et du Plan 2026-2030 doivent constituer le premier réceptacle budgétaire et technique de cette refonte. La maturité d’une réforme ne se mesure pas à la solennité de ses déclarations d’intention, mais à la précision de ses processus opérationnels.

Le cadre politique est posé ; il appartient désormais aux ingénieurs, aux décideurs publics et aux institutions financières de bâtir l’architecture technique garantissant la pérennité de notre modèle de souveraineté sociale.

L’article Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Fonction publique 2018–2025 : stabilisation des effectifs, féminisation et pression salariale

Le rapport d’analyse publié par l’Institut national de la statistique (INS) sur la population de la fonction publique offre une vision rétrospective complète de ses transformations structurelles sur la période 2018–2025.

 

Entre maîtrise des effectifs, vieillissement démographique, progression de la place des femmes et envolée de la masse salariale nominale, retour sur les grandes tendances qui façonnent l’administration tunisienne.

 

Un cycle de contraction et rebond de 2025

En décembre 2025, la fonction publique tunisienne comptait 652 498 agents, enregistrant un rebond modéré de 0,8 % en rythme annuel (ou 5 343 agents). Les agents hors collectivités locales totalisent 625 801 personnes (95,9 % de l’ensemble), contre 26 697 agents au sein des municipalités et collectivités locales. Cette légère reprise met un terme à une phase de compression nette observée entre 2022 et 2024.

L’année 2025 a été marquée par une reprise vigoureuse des recrutements avec 38 701 entrées face à 33 358 sorties, dégageant un solde positif de 5 343 agents, après trois années consécutives de solde négatif, notamment -10 842 en 2022 et -9 257 en 2024.

 

Féminisation et vieillissement structurel

L’effectif masculin s’est contracté, passant de 416 200 en 2018 à 394 800 en 2025. À l’inverse, l’effectif féminin a crû de manière ininterrompue (hors léger repli en 2024), grimpant de 236 000 à 257 700. La part des femmes dans la fonction publique atteint ainsi 39,5 % en 2025 (contre 36,2 % en 2018).

Les jeunes de moins de 25 ans ne représentent plus que 2,4 % des effectifs en 2025 (contre 4,0 % en 2018). Les 45-49 ans forment désormais la cohorte la plus importante avec 120 164 agents (18,4 %).  Les tranches supérieures (55-59 ans et 60 ans et plus) regroupent 15,2 % des personnels (près de 100 000 agents), annonçant un mur de départs à la retraite au cours de la décennie.

Quatre ministères concentraient à eux seuls 70,6 % de l’ensemble des agents de l’État en 2025, à savoir l’Éducation (197 836 agents) l’Intérieur (96 146 agents), la Défense (87 765 agents) et la Santé publique (78 622 agents).

Les fonctionnaires représentent 80,1 % du total, tandis que les effectifs d’ouvriers ont fortement reculé, passant de 126 200 en 2018 à 103 600 en 2025. Au sein des fonctionnaires, les catégories supérieures A1 (194 200) et A2 (163 200) ont connu les progressions les plus spectaculaires, illustrant l’élévation continue du niveau moyen de diplôme des agents recrutés et promus.

 

Une hausse soutenue du salaire nominal

La dynamique salariale a été particulièrement vive en 2019 (+17,6 % en brut) et 2020 (+12,0 %) suite aux accords salariaux majeurs, avant de connaître une décélération relative (2021–2023) puis une réaccélération modérée en 2024–2025 (+3,5 % à +5,2 %).

En 2025, un agent de la catégorie A1 perçoit en moyenne 3 106,7 dinars bruts, contre 1 758,3 dinars pour la catégorie D et 1 460,5 dinars pour la moyenne des ouvriers.

 

Enseignements à tirer

En tenant compte des indicateurs d’emploi publiés récemment, plusieurs points sont à retenir. Le premier est le paradoxe de l’insertion féminine et le « refuge public » contre « exclusion privée ». La part des femmes dans la fonction publique ne cesse de s’élargir alors que sur le marché global du travail, le chômage féminin est à 21,6 % (contre 11,8 % pour les hommes), et le taux d’activité des femmes est à 27,1 % (contre 63,3 % pour les hommes). En l’absence de recrutements massifs dans la fonction publique, qui concentre désormais l’essentiel des emplois qualifiés féminins, le secteur privé n’absorbe pas les femmes actives, les renvoyant soit vers le chômage de longue durée, soit vers l’inactivité.

Le second est le gaspillage massif du capital humain hautement qualifié. Plus d’un tiers des femmes diplômées de l’université sont au chômage (35,6 % au T2 2026, contre 14,2 % pour les hommes diplômés). La fonction publique absorbe une part croissante, mais limitée, de cadres supérieurs. L’investissement éducatif national ne trouve pas de relais productif hors de l’administration. Dès que les concours publics ralentissent, les diplômées subissent un chômage massif en raison de l’inadéquation entre filières universitaires et besoins du secteur privé.

Le troisième est le double choc du vieillissement administratif et de l’exclusion des jeunes. Les agents de moins de 25 ans ne représentaient plus que 2,4 % des fonctionnaires en 2025 (contre 4,0 % en 2018), tandis que les tranches de 55 ans et plus totalisent près de 100 000 agents appelés à partir à la retraite d’ici la fin de la décennie. En même temps, le chômage des jeunes de 15 à 24 ans reste supérieur à 35 % au niveau national. Le gel ou le ciblage restrictif des recrutements publics pour maîtriser la masse salariale a fermé la porte d’entrée aux jeunes générations, créant un déficit de renouvellement des compétences dans les services publics.

Le quatrième concerne le pouvoir d’achat net. Entre 2018 et 2025, le salaire brut moyen a bondi plus rapidement que celui net. L’État supporte une charge budgétaire nominale très lourde par agent, alors même que les agents subissent une perte réelle de pouvoir d’achat face à l’inflation cumulée, limitant les marges de manœuvre pour l’investissement d’infrastructure ou la transition écologique. Le blocage touche à tous les agents économiques.

Qu’il s’agisse de la population active, des flux démographiques ou des infrastructures vitales (eau, énergie), la taille brute des effectifs ou des marchés ne crée pas spontanément la prospérité. Sans institutions efficaces, sans gestion prévisionnelle des emplois et compétences et sans réformes sectorielles, les déséquilibres d’emploi se traduisent par une précarité accrue au lieu d’un dividende économique.

L’article Fonction publique 2018–2025 : stabilisation des effectifs, féminisation et pression salariale est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Discrimination : SOS Racisme dépose huit plaintes contre des plages privées et des boîtes de nuit

Suite à une campagne de testing dans le sud, SOS Racisme annonce porter plainte contre plusieurs plages privées et établissements.   En bref Huit plaintes déposées par SOS Racisme après une campagne de testing. Établissements visés : plages privées et…

L’article Discrimination : SOS Racisme dépose huit plaintes contre des plages privées et des boîtes de nuit est apparu en premier sur lecourrierdelatlas.

  •  

Un général américain chargé de la supervision du désarmement du Hamas à Gaza?

A l’issue de la rencontre lundi 17 août entre l’émissaire américain, Jared Kushner, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, il a été envisagé, selon NBC News, de confier à un général américain la supervision du désarmement du Hamas à Gaza.

 

Y a-t-il encore une réelle perspective de voir le plan de paix de Donald Trump pour Gaza se concrétiser à brève échéance ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la feuille de route américaine se heurte déjà à l’une de ses principales difficultés, à savoir l’intransigeance du gouvernement israélien.

Pression américaine

Ainsi, reprenant son bâton de pèlerin, l’émissaire américain Jared Kushner, également gendre du président américain, s’est rendu lundi 17 août en Israël pour rencontrer Benjamin Netanyahu. Sa mission est pour le moins délicate, car il s’agit de convaincre le Premier ministre israélien d’assouplir sa position et d’accepter les concessions nécessaires à la mise en œuvre du plan de Washington.

Lors de sa visite à Tel-Aviv, Jared Kushner a aussi cherché à mettre en place la deuxième phase du plan voulu par la Maison Blanche pour Gaza et obtenir le retrait de l’armée israélienne de l’enclave en échange du désarmement du Hamas qui la gouverne depuis 2007, un projet qui patine depuis deux mois, chaque camp restant sur ses positions.

 

Lire aussi: Le « Conseil de la paix » de Trump

 

Au cours d’un entretien de quatre heures, Jared Kushner aurait notamment demandé à Benyamin Netanyahu de ne pas « créer d’obstacles » au plan de paix, assure la chaîne de télévision américaine CNN, dont Donald Trump avait annoncé dès le mois de janvier le lancement prochain de la phase 2. Un plan imaginé autour de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier qui, outre le désarmement du Hamas, prévoit le retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza et la reconstruction de l’enclave palestinienne.

Après sa rencontre avec Benjamin Netanyahu à Tel-Aviv, Jared Kushner a surtout voulu donner corps à la feuille de route américaine en lui fixant un calendrier précis. L’émissaire de Donald Trump espère ainsi voir les premières armes du Hamas remises dans un délai de trente jours. « Nous pourrions constater des progrès d’ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d’une partie des armes », a-t-il déclaré à Fox News.

Défiance

Le calendrier se veut également plus ambitieux sur la question des infrastructures souterraines du mouvement palestinien. Kushner table sur le comblement de certains tunnels dans les 60 à 90 prochains jours. Une échéance qui témoigne de la volonté américaine d’inscrire le processus de désarmement dans une séquence concrète et vérifiable, plutôt que de le laisser au stade des déclarations de principe.

Mais l’émissaire américain ne cache pas les difficultés qui l’attendent. Après avoir rencontré le Hamas dimanche 16 août en Égypte, il a reconnu la défiance persistante de Washington à l’égard du mouvement islamiste palestinien. « Ils ont dit tout ce qu’il fallait mais, à l’évidence, il est très très difficile de leur faire confiance », a-t-il confié à Fox News. Autrement dit, l’obstacle ne réside pas seulement dans l’obtention d’engagements, mais dans la capacité à les transformer en actes vérifiables.

Cette méfiance explique également l’une des conditions évoquées lors de l’entretien entre Netanyahu et Kushner : aucun redéploiement ni aucun chantier de reconstruction ne devraient être engagés à Gaza avant le désarmement complet du Hamas, selon un responsable israélien cité par l’Agence France-Presse. Une position qui rejoint l’exigence défendue depuis plusieurs mois par le gouvernement israélien d’un désarmement « véritable » du mouvement palestinien.

Quel rôle pour l’armée américaine ?

Reste enfin la question cruciale du contrôle et de la mise en œuvre sur le terrain. Le plan de Donald Trump prévoit une présence internationale à Gaza, avec notamment une Force internationale de stabilisation (ISF), placée sous le commandement du général américain, Jasper Jeffers. Mais le rôle exact de cette force, et en particulier celui du commandement américain dans le processus de désarmement du Hamas, reste encore à préciser.

Rencontre avec le Hamas

Rappelons que l’émissaire américain Jared Kushner a rencontré des dirigeants du mouvement islamiste palestinien en Égypte, avant sa visite en Israël, au moment où les États-Unis cherchent à faire avancer le plan de paix à Gaza.

Lors de la réunion, le Hamas a réaffirmé son engagement en faveur de l’accord, tandis que M. Kushner a insisté sur un désarmement total du mouvement islamiste et sur l’absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, ont indiqué les sources, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Il s’est aussi à Al-Alamein avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, alors que le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a rencontré, de son côté, le chef du renseignement égyptien, Hassan Rachad.

A noter également que huit pays musulmans en l’occurrence les Émirats arabes unis l’un des plus proches alliés d’Israël dans le monde arabe, et sept autres pays dont l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont appelé le Conseil de Paix, créé par Donald Trump pour mettre en œuvre son plan, à prendre des mesures afin de préserver l’accord et à favoriser son application.

Au final, et au-delà des annonces, c’est donc désormais la crédibilité du mécanisme de contrôle qui sera déterminante. Car entre la promesse d’un désarmement dans les prochaines semaines et sa réalisation effective, le chemin reste considérable.

L’article Un général américain chargé de la supervision du désarmement du Hamas à Gaza? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

La route de la soie polaire : un détour stratégique pour contourner les turbulences du Moyen-Orient

Les récentes perturbations au Moyen-Orient ont rappelé à la Chine la fragilité de ses routes commerciales historiques. Face à cette vulnérabilité, Pékin semble avoir trouvé une issue inattendue, la route maritime du Nord, cette voie arctique longeant les côtes russes.

 

Pour la première fois, une liaison régulière est en cours d’établissement sur cet itinéraire polaire. Un tournant symbolique et pratique, qui pourrait redessiner les équilibres du commerce mondial dans les décennies à venir.

 

Un passage qui gagne en fiabilité

La route maritime du Nord n’est navigable que pendant les mois les plus chauds. Mais avec l’accélération du dérèglement climatique, la fenêtre de navigation s’allonge année après année, transformant progressivement cette voie glacée en couloir commercial viable.

Pour certains navires, l’itinéraire arctique réduit de plus de moitié le temps de trajet entre la Chine et l’Europe, un gain logistique considérable. Ce raccourci offre surtout un avantage décisif pour les marchandises sensibles aux variations de température et aux délais, comme les véhicules électriques, les batteries au lithium et les équipements solaires.

 

Lire aussi: Blocus de l’Arabie saoudite par les Houthis : nouvel embrasement au Moyen-Orient ?

 

Une promesse écologique en trompe-l’œil

Pourtant, cette route qui réduit les émissions liées au transport maritime en raccourcissant les distances présente des risques écologiques qui pourraient aisément anéantir ces gains carbone.

En cas de déversement de carburant, les conséquences seraient catastrophiques. Dans les eaux glacées de l’Arctique, le fioul lourd est plus visqueux que les autres hydrocarbures, ce qui rend son nettoyage extrêmement difficile. Le pétrole se décompose en outre beaucoup plus lentement sous les climats froids, et une fois emprisonné sous la glace, il devient quasiment impossible à extraire. Une marée noire dans cette région serait une tragédie écologique sans précédent, aux répercussions irréversibles.

 

Des changements majeurs à venir

La Russie voit dans cette route un levier géopolitique majeur. En contrôlant les passages et en imposant ses conditions, Moscou espère redessiner la carte du commerce mondial à son avantage. Mais cette mainmise russe suscite de vives réticences chez de nombreux armateurs internationaux, qui y voient un risque politique et sécuritaire trop élevé pour s’y engager pleinement.

La route maritime du Nord ne peut donc pas, à court ou moyen terme, se substituer aux artères historiques que sont le détroit d’Ormuz et le canal de Suez. Elle reste pour l’heure un complément, une option de repli, davantage qu’une véritable alternative. À plus long terme, en revanche, l’équation pourrait changer. Si la route arctique devenait pleinement opérationnelle, elle menacerait directement les recettes du canal de Suez, qui a généré plus de 4 milliards de dollars en 2025. Or, l’Égypte, lourdement endettée et en quête permanente de liquidités, ne peut pas se permettre de voir cette manne financière se tarir.

Le canal de Suez reste pour l’instant indispensable. Mais l’ombre portée de la route polaire, encore lointaine, est déjà suffisamment grande pour inquiéter Le Caire. La Chine, elle, avance ses pions, entre promesses de nouveaux horizons et périls écologiques et politiques.

L’article La route de la soie polaire : un détour stratégique pour contourner les turbulences du Moyen-Orient est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

TRIBUNE – Conseil supérieur de l’éducation : de l’affichage constitutionnel à la gouvernance macroéconomique du capital humain

L’installation officielle du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement (CSEE), matérialisée par la publication au JORT de la composition de son Instance supérieure et la tenue de sa session inaugurale, parachève la mise en place d’un organe prévu par l’article 135 de la Constitution de 2022. Dans un contexte macroéconomique marqué par de fortes contraintes budgétaires et un modèle de croissance en quête de souffle, cette décision ne saurait être appréhendée comme un simple réaménagement administratif.

 

Toute la question est désormais de savoir si cette nouvelle instance saura s’imposer comme un véritable directoire de pilotage stratégique ou si elle viendra grossir le rang des structures consultatives sans prise sur le réel. Pour éviter l’écueil de la coquille vide, le CSEE doit opérer un changement de paradigme majeur : passer d’une gestion administrative des flux scolaires à une gouvernance macroéconomique et prospective du capital humain.

 

La dépréciation du capital humain : un risque systémique pour la croissance

En matière de finances publiques, la trajectoire du secteur éducatif a trop longtemps été traitée sous le seul angle de la dépense de fonctionnement et de la résorption de la masse salariale. Or, l’analyse des rendements factoriels montre que le capital humain tunisien subit une dépréciation accélérée, créant trois goulots d’étranglement majeurs pour l’économie :

Un déficit de rendement de l’investissement public : En dépit des ressources budgétaires mobilisées, l’inefficience des cycles de formation se traduit par un décalage croissant entre le coût de formation par élève/étudiant et les gains de productivité observés dans l’économie réelle.

Un décalage structurel sur le marché du travail : L’inadéquation quantitative et qualitative entre l’offre de diplômés et les besoins des secteurs à haute valeur ajoutée (finance, technologies de l’information, ingénierie, transition énergétique) entretient un chômage structurel tout en bridant la compétitivité des entreprises.

Une fuite des compétences assimilable à une fuite de capitaux : L’émigration massive des cadres, ingénieurs et professionnels de santé constitue un transfert net de valeur vers les économies développées, réduisant le rendement de l’effort fiscal national et affaiblissant le potentiel de croissance à long terme.

 

Lire aussi : Tunisie – Éducation : un ex-ministre limogé sans explication, de retour aux commandes

 

Vers une gouvernance par la donnée et l’efficience allocative

Pour agir comme un levier de transformation économique, le CSEE doit structurer ses travaux autour de mécanismes rigoureux de pilotage et d’incitations :

Un pilotage par les données et des KPI d’employabilité : Le Conseil doit introduire des indicateurs chiffrés pour mesurer la performance des filières : taux d’insertion professionnelle à 12 et 24 mois, niveau d’alignement avec les besoins du tissu productif et évaluation continue de la qualité de l’enseignement.

L’alignement stratégique avec le tissu industriel et financier : La gouvernance du capital humain ne peut se faire en vase clos. Le CSEE doit formaliser un cadre de concertation permanente avec les acteurs économiques, le secteur bancaire et les entreprises technologiques afin d’orienter les investissements pédagogiques vers les compétences du XXIe siècle (digitalisation, intelligence artificielle, ingénierie normative).

La sanctuarisation technologique face aux arbitrages de court terme : Pour préserver la valeur de la signature éducative tunisienne, l’instance doit prémunir le système des surenchères corporatistes et centrer la priorité sur la modernisation des infrastructures numériques, la révision de l’ingénierie des programmes et le développement de la culture d’entreprise.

 

L’éducation comme pilier de la souveraineté économique

À l’heure où la Tunisie s’attache à moderniser ses structures productives, à désamorcer les logiques de rente et à consolider sa souveraineté financière, la valorisation du capital humain constitue le facteur d’ajustement le plus déterminant. Sans un réservoir de compétences adapté aux exigences de la compétition internationale, aucune politique industrielle ou stratégie de numérisation ne pourra atteindre sa masse critique.

La séance inaugurale du Conseil supérieur de l’éducation offre l’opportunité d’installer une véritable doctrine d’efficience. Il appartient à cette nouvelle instance de dépasser la dimension protocolaire pour transformer une exigence constitutionnelle en une stratégie d’impact économique durable.

L’article TRIBUNE – Conseil supérieur de l’éducation : de l’affichage constitutionnel à la gouvernance macroéconomique du capital humain est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Pourquoi les bouteilles d’eau minérale manquent-elles ? Les producteurs s’expliquent

La Chambre syndicale nationale des producteurs de boissons non alcoolisées a expliqué les tensions observées ces derniers jours dans l’approvisionnement en eaux minérales conditionnées dans certaines régions du pays. Selon elle, ces difficultés sont principalement liées à la hausse exceptionnelle des températures, qui a entraîné une augmentation rapide et importante de la demande.

Dans un communiqué explicatif, la Chambre syndicale indique que la consommation a, à certaines périodes, dépassé les niveaux habituellement enregistrés durant la saison estivale. Cette hausse a entraîné une consommation importante des stocks de réserve constitués par les producteurs en prévision du pic de demande.

À cette pression sur la demande se sont ajoutées des coupures et perturbations répétées de l’électricité dans plusieurs régions. Ces interruptions ont affecté le fonctionnement normal de certaines unités de production, provoquant, dans certains cas, l’arrêt de lignes de production et des pannes d’équipements industriels. Des interventions techniques, des opérations de maintenance et des redémarrages ont ainsi été nécessaires avant le retour progressif au rythme habituel de production.

31 unités mobilisées à pleine capacité

Face à cette situation exceptionnelle, les 31 unités de production d’eau minérale réparties à travers le pays fonctionnent à leurs capacités maximales afin d’assurer un approvisionnement continu du marché, notamment à travers la mise à disposition directe de la production quotidienne.

Parallèlement, les unités affectées par les perturbations sont progressivement remises à leur rythme normal. La Chambre syndicale assure que les producteurs maintiennent leur engagement en faveur du respect des normes de qualité et de sécurité sanitaire.

Elle dément, par ailleurs, toute volonté de la part de ses adhérents de provoquer une pénurie, de retenir les produits du marché ou de se livrer à une quelconque forme de spéculation.

Un marché concurrentiel

La Chambre rappelle que le secteur tunisien des eaux minérales conditionnées compte 31 usines, réparties dans différentes régions du pays. Il se caractérise par la diversité des entreprises et des marques ainsi que par un niveau élevé de concurrence.

Aucune entreprise ou aucun groupe d’entreprises ne détient plus de 25 % du marché, souligne-t-elle, estimant que cette configuration exclut toute situation de domination permettant à un seul acteur de contrôler les quantités disponibles ou le rythme d’approvisionnement du marché.

La Chambre syndicale précise également que la coordination se poursuit entre les producteurs, le ministère du Commerce et du Développement des exportations ainsi que les différents services concernés, afin de garantir la régularité de l’approvisionnement et de parvenir à une répartition optimale des quantités disponibles entre les différentes régions.

Appel à éviter le stockage excessif

Selon la Chambre, les tensions actuelles restent conjoncturelles, tandis que l’ensemble du secteur est mobilisé pour rétablir l’approvisionnement normal dans les meilleurs délais.

Elle appelle ainsi les différents intervenants dans les circuits de distribution à faciliter l’acheminement des produits jusqu’aux consommateurs et à éviter tout stockage inhabituel.

Les consommateurs sont, de leur côté, invités à maintenir un rythme d’achat normal, correspondant à leurs besoins réels. Une telle démarche contribuerait, selon la Chambre syndicale, à réduire la pression momentanée exercée sur le marché.

L’article Pourquoi les bouteilles d’eau minérale manquent-elles ? Les producteurs s’expliquent est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Tunisie | Essor des résidences médicalisées pour des séniors européens

Piscines, jardins, chambres avec vue sur la mer, soins infirmiers et personnel francophone. La Tunisie connaît une multiplication des résidences médicalisées pour personnes âgées ; au-delà de la clientèle locale, ces établissements visent de plus en plus les retraités européens, et notamment les Français.

Cette tendance est particulièrement marquée à Tunis, Hammamet, Sousse, Monastir, Djerba et Sfax, où certains établissements proposent un modèle hybride — à mi-chemin entre la maison de retraite et le complexe de villégiature — alliant soins médicaux 24 heures sur 24 et prestations hôtelières haut de gamme.

Les tarifs affichés varient généralement de 1 200 à 4 000 euros par mois, selon l’établissement et le niveau de dépendance du résident. L’avantage financier par rapport à la France peut être considérable, surtout dans le secteur privé, où les tarifs des Ehpad français dépassent souvent 3 000 euros par mois — et peuvent être bien plus élevés dans les grandes villes. En Italie également, les coûts de structures d’accueil similaires peuvent atteindre 3 000 euros par mois.

L’attractivité de la Tunisie repose sur des coûts de main-d’œuvre plus faibles, la disponibilité de personnel médical francophone, un climat méditerranéen et la proximité avec l’Europe.

Toutefois, les établissements tunisiens ne sont pas automatiquement comparables aux Ehpad français, qui sont soumis à des réglementations spécifiques ainsi qu’à des normes sanitaires et de soins rigoureuses.

Cette augmentation de l’offre coïncide également avec une évolution démographique nationale.

Selon l’Institut national de la statistique, les personnes âgées de plus de soixante ans représentent désormais environ 17 % de la population en Tunisie, un chiffre qui devrait avoisiner les 20 % d’ici 2030. Bien qu’il n’existe pas actuellement de données officielles récentes confirmant une véritable «explosion» du nombre de résidences privées, le marché est manifestement en pleine expansion et se tourne de plus en plus vers l’international. Pour les familles européennes, cependant, le prix n’est pas le seul critère : la qualité réelle des soins, la continuité des traitements, la couverture par l’assurance maladie, le contrôle des établissements et la proximité avec la famille demeurent des facteurs déterminants.

L’article Tunisie | Essor des résidences médicalisées pour des séniors européens est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Poutine dans les îles Kouriles : Provocation délibérée ?

Le président russe s’est rendu jeudi 13 août pour la première fois dans les îles Kouriles, un archipel contrôlé par Moscou depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et revendiqué en partie par Tokyo. Avec le risque de rouvrir une querelle diplomatique jamais résolue … depuis 1945.

 

 

 

 

 

 

 

De la provocation gratuite de la part de Vladimir Poutine, passé maître dans l’art de jouer avec les nerfs de ses adversaires ? En se rendant, jeudi 13 août, dans les îles Kouriles, cet archipel volcanique perdu entre la Russie et le Japon, au cœur d’un contentieux territorial vieux de plus de huit décennies, le maître du Kremlin fait d’une pierre trois coups : réaffirmer la souveraineté russe sur un territoire hautement stratégique, adresser au Japon un message de fermeté et, surtout, lui faire payer son alignement sur les sanctions occidentales contre Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine. Bref, une visite soigneusement calculée qui vaut donc autant comme démonstration de souveraineté que comme avertissement stratégique adressé à Tokyo et, au-delà, à Washington. « Absolument inacceptable », a aussitôt réagi l’altière Première ministre nippone, Sanae Takaichi, estimant que cette visite « heurtait les sentiments du peuple japonais ». Pour sa part, le chef de la diplomatie japonaise a convoqué l’ambassadeur russe.

Enjeux stratégiques

Mais pourquoi la visite de l’homme fort du Kremlin à cette île perdue au bout du Pacifique revêt-elle une telle importance ? Pour comprendre les dessous des cartes de ce déplacement hautement symbolique, « il faut également savoir lire une carte », comme le disait à juste titre le Général de Gaulle.

Géographie d’abord. Les Kouriles dessinent une longue chaîne volcanique qui s’étire entre la péninsule russe du Kamtchatka et Hokkaido, l’île la plus septentrionale de l’archipel japonais. Mais derrière cette succession d’îles se cache un contentieux territorial qui empoisonne les relations entre Moscou et Tokyo depuis des décennies. Le différend porte sur quatre îles situées à l’extrémité méridionale de l’archipel : Kounachir, Habomai, Chikotan et Itouroup selon la terminologie russe ; Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu selon les Japonais. C’est précisément sur cette dernière, Itouroup, que Vladimir Poutine a choisi de poser le pied jeudi où vivent quelque vingt mille Russes.

Mais l’enjeu dépasse largement la seule question de souveraineté. Ces îles recèlent d’importantes ressources naturelles, notamment des gisements d’or et d’argent, tandis que leurs eaux comptent parmi les zones les plus poissonneuses de la région. Or, Moscou entend rappeler que ces îles sont russes, habitées, exploitées et qu’il n’est pas question de céder le moindre pouce de terrain.

Un verrou militaire

Sur un autre plan, les îles Kouriles sont surtout un verrou militaire dans le Pacifique. Pour Moscou, elles sont bien plus qu’un territoire disputé avec Tokyo. Leur importance est d’abord militaire et stratégique. En s’étirant entre la péninsule du Kamtchatka et Hokkaido, elles forment une véritable barrière naturelle entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord. Une position qui en fait l’un des verrous du dispositif russe dans cette partie du monde.

De plus, la chaîne des Kouriles contrôle en effet plusieurs passages maritimes permettant aux bâtiments de la flotte russe du Pacifique d’accéder au Pacifique depuis la mer d’Okhotsk. Or, cette dernière abrite des infrastructures militaires essentielles et constitue notamment une zone stratégique pour les sous-marins nucléaires russes. Tenir les Kouriles, c’est donc aussi protéger les approches de ce sanctuaire maritime.

D’ailleurs, Moscou ne s’est d’ailleurs pas contenté d’y planter son drapeau. Depuis plusieurs années, la Russie renforce sa présence militaire dans l’archipel en y déployant des systèmes de défense antiaérienne et des missiles côtiers capables de menacer les navires qui s’approcheraient de la zone. L’objectif est clair : transformer les Kouriles en ligne de défense avancée, capable de compliquer l’accès aux forces japonaises et américaines.

Blessure mémorielle

Côté japonais, les Kouriles ne sont pas que de simples îlots perdus aux confins du Pacifique. Les quatre territoires méridionaux constituent un contentieux territorial qui mêle mémoire de guerre, souveraineté, intérêts économiques et préoccupations sécuritaires. Un dossier vieux de plus de huit décennies, mais qui continue de peser lourdement sur les relations russo-japonaises.

En effet, Tokyo considère ces quatre îles comme faisant partie intégrante de son territoire et conteste leur prise de contrôle par l’Union soviétique dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. En effet, au mois d’août 1945, l’Union soviétique déclare la guerre au Japon, deux jours après le bombardement atomique d’Hiroshima et quelques jours avant la capitulation japonaise. Dans les derniers jours du conflit, les forces soviétiques prennent possession des Kouriles. Moscou expulse ensuite des îles environ 17 000 Japonais qui y vivaient, selon le gouvernement japonais.

Depuis, la restitution des « Territoires du Nord » est devenue une revendication récurrente de la diplomatie japonaise et l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un traité de paix définitif entre les deux pays.

Sans oublier l’enjeu sécuritaire de ces îles. Situées à quelques dizaines de kilomètres de Hokkaido, les îles placent la présence militaire russe aux portes mêmes du territoire japonais. La militarisation progressive de l’archipel par Moscou ne peut donc que préoccuper Tokyo. Bases, infrastructures militaires et systèmes de défense renforcent la capacité russe à contrôler cette partie du Pacifique et compliquent la marge de manœuvre du Japon et de son allié américain.

L’enjeu est d’autant plus sensible que le Japon cherche parallèlement à renforcer son dispositif de défense face à la montée en puissance de la Chine, aux menaces nord-coréennes et à l’affirmation militaire de la Russie. Voir Moscou consolider sa présence aux portes de Hokkaido est donc loin d’être anodin pour Tokyo.

Au final, les Kouriles restent une plaie à vif dans les relations russo-japonaises, un contentieux hérité de 1945 que les décennies n’ont jamais réussi à cicatriser. Dans ce contexte, la visite de Vladimir Poutine à Itouroup prend des allures de véritable provocation. Car, en foulant le sol d’une île que Tokyo considère toujours comme japonaise, le maître du Kremlin ne se contente pas de réaffirmer la souveraineté russe mais adresse au Japon un message aussi clair que cinglant. Les Kouriles sont russes, Moscou les considère comme un acquis et n’entend en restituer aucun pouce.

L’article Poutine dans les îles Kouriles : Provocation délibérée ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

TRIBUNE – La femme tunisienne : Point de discorde

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du statut personnel, qui a interdit la polygamie, qui, rappelons-le, est permise par la charia (loi charaïque), la question du statut de la femme dans la société est loin d’être résolue. Il ne suffit pas d’une loi pour abolir et effacer un héritage, au moins vieux de quatorze siècles.

Pourtant l’évolution de la société tunisienne, et l’émergence des élites féminines, dans tous les domaines et secteurs, grâce principalement à l’école, devait logiquement suffire pour clore définitivement le débat, mais les dogmes particulièrement religieux sont plus tenaces que la réalité, ce qui fait que la question de la polygamie est périodiquement remise sur le tapis, car certains continuent à croire que le code du statut personnel tunisien, est fondamentalement opposé à la loi religieuse.

Et ce ne sont plus les seuls islamistes, qui jadis avaient mené, depuis sa promulgation, une guerre implacable contre ce code, mais d’autres hommes et femmes, qu’on ne peut soupçonner de sympathie envers le salafisme, osent maintenant demander l’abrogation de ce code, que seul la Tunisie de Bourguiba avait osé promulguer, avant même l’avènement de la République, puisqu’il fut signé par le souverain de Tunis, Ahmed Lamine Bey.

 

La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, … remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

 

Les réalités sociales, dont le taux élevé du célibat, parmi les hommes et les femmes tunisiens, ajouté à cela l’augmentation vertigineuse du taux de divorce, et la baisse générale de la natalité, ont donné des arguments, qui peuvent êtres recevables, à ceux qui demandent l’annulation de ce code, ou du moins sa réforme profonde. La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, au sein d’une société où le taux du célibat augmente d’une façon vertigineuse, même avec des personnes mariées, remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

La complexité de la situation est aggravée par la guerre politique entre les islamistes et une grande partie des laïcs, ces derniers considérant que le code est presque un texte sacré, qui doit rester intouchable.

Un point de démarcation politique

On est progressiste ou réactionnaire, conservateur ou moderniste, islamiste ou libéral, selon qu’on soit pour ou contre le Code de statut personnel. C’est le rapport avec ce code qui donne l’identité politique ou idéologique à tout citoyen tunisien. On ne peut être neutre sur ce point précisément. Et ceci depuis soixante-dix ans. Cette ligne de démarcation entre les camps cités plus haut est infranchissable, et quiconque ose la franchir subit les foudres de ses partisans. On ne peut pas être marxiste, progressiste, libéral, de gauche ou destourien sans être un inconditionnel du code initié et imposé par Habib Bourguiba il y a soixante-dix ans. Avant même d’être républicain car le code a précédé l’abolition du Beylicat.

Inversement, on ne peut être islamiste, salafiste conservateur religieux, ou, se réclamant d’un islam orthodoxe sunnite, sans reconnaître que la polygamie est autorisée par la religion musulmane, selon un verset clair et franc du saint Coran.

 

Le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

 

Bourguiba, pour donner une légitimité religieuse à cette loi, a eu recours, aux deux grands muftis, et savants, malikite et hanafite, al Shaykh Taher Ibn Achour pour le malikisme et al Shaykh Jaïet pour le Hanafisme, qui, se basant sur une tradition, appelée « le mariage Kairouanais », autorise la femme à exiger de son époux de ne pas contracter mariage avec une autre femme, sans son autorisation, ce qui constitue une forme de monogamie. Cette tradition remonte au premier calife abbasside (2ème siècle de l’hégire) qui avait demandé en mariage une Kairouanaise qui lui avait imposé cette condition dans le contrat. Une jurisprudence en fut la conséquence, sur laquelle les deux illustres muftis se sont basés.

Aucun autre Etat musulman n’a pu promulguer une loi comme celle qui régit les mariages en Tunisie, loi qui a joué un rôle fondamental dans l’émancipation de la femme tunisienne. On en conclut que l’avenir de celle-ci dépendra du sort qui sera réservé à cette juridiction. On peut dire, sans risque d’exagérer, que le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

Mariage halal, une solution tronquée

Le mariage dit « halal », une forme de concubinage, sans contrat de mariage légal, est une mode qui envahit tous les pays musulmans, et même les communautés musulmanes en Europe, mais aussi la Tunisie. Le cri d’alerte lancé par la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), organisation qui avait joué un rôle primordial dans l’application du Code du statut personnel, sur le développement du mariage halal en Tunisie, doit interpeler les autorités politiques sur la gravité de la question. Mais le recours à la répression, comme l’exige la présidente de l’UNFT, ne peut être la solution idoine. On ne peut pas stopper une vague sociétale par le durcissement législatif ou administratif, car il s’agit bien d’une vague qui traverse la société en réponse, à l’augmentation du célibat, notamment celui des femmes et du taux de divorce. Nos juristes feraient mieux à accorder un intérêt particulier à cette problématique au lieu de pérorer sur les droits de l’Homme et les libertés politiques.

Dans l’échelle des droits, comme partout, il y a des questions prioritaires. Or on observe un silence curieux qui en dit long sur nos élites. Il faut reconnaître qu’on touche à un nouveau tabou, et que se prononcer clairement sur une solution, c’est prendre des risques d’être classé par un camp comme par l’autre comme un ennemi, soit de l’Islam, soit de la femme. Mais le rôle des intellectuels n’est-il pas d’aller à contre-courant ? Ou faut-il attendre que le feu vert nous vienne encore une fois de l’Occident !

Le concubinage, une solution ?

Reconnaissons d’abord que le concubinage existe chez nous depuis longtemps, et que les autorités ont toujours fermé les yeux. Pour les hommes et les femmes mariés et en situation de concubinage avec d’autres partenaires, il n’y a intervention de l’autorité publique que lorsque le partenaire légal porte plainte, pour adultère. Or l’adultère est interdit avec contrainte par corps. Et le divorce peut être prononcé en faveur du plaignant. Mais le concubinage prend actuellement la forme d’un mariage « halal », encouragé par la mouvance politico-religieuse. Ce qui explique la levée du bouclier chez les laïcs, qui pourtant et souvent ferment les yeux sur le concubinage non religieux. D’où contradiction !

 

Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

 

Tant qu’il ne concernait que certaines franges, minoritaires, la tolérance était de mise, mais la tendance devient, semble-t-il lourde, si l’on croit la présidente de l’UNFT. Et il faut anticiper pour la gérer en réformant le code du statut personnel. Pourquoi alors ne pas faire comme dans les sociétés modernes en Europe ou ailleurs, en créant un statut légal pour le concubinage ? Ceci, d’autant plus que les courants de l’Islam politique n’y trouveront rien à y redire, car ils l’encouragent sous sa forme halal. Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

La société trouve empiriquement ses propres solutions, au mépris des lois, il est vrai, parfois. Il est temps d’anticiper sur cette évolution, car la nature a ses propres lois que les lois des hommes ou des dieux ne peuvent arrêter !

L’article TRIBUNE – La femme tunisienne : Point de discorde est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

La Tunisie à l’épreuve de la volatilité des cours des produits agricoles

Alors que la majorité des Tunisiens sont en congé, les tensions géopolitiques et les phénomènes naturels mettent de la pression sur les marchés mondiaux. A la rentrée, il y a bien un risque de mauvaises surprises.

En fait, les prix alimentaires mondiaux sont à leur plus haut niveau depuis plus de 42 mois. Et ce, sous l’effet des vagues de chaleur estivales et des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

 

Pression sur les céréales

La référence est l’indice des prix des produits alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’indice, qui suit les variations mensuelles d’un panier de produits alimentaires échangés sur le marché international, est passé à 131,1 points en juillet. C’est un pic depuis janvier 2023, après une hausse des prix des céréales, du sucre et des huiles végétales. Ce trio est particulièrement critique pour la Tunisie.

La FAO a cité les vagues de chaleur comme facteur affectant les rendements du blé dans plusieurs pays producteurs clés. Les prix du sucre ont été tirés vers le haut par les dommages causés par le système météorologique El Niño qui se développe rapidement.

Les prix des céréales ont augmenté de 3,4 % sur un mois, incluant une hausse de 5,8 % du coût du blé mondial. Les perturbations persistantes des flux d’exportation de la mer Noire et les dommages causés aux infrastructures d’exportation, après l’intensification des attaques entre la Russie et l’Ukraine, ont fait monter les cours.

Les prix du maïs mondial ont augmenté de 3,6 %. Cela s’explique par les inquiétudes concernant le temps chaud et sec aux États-Unis. La vague de chaleur meurtrière qui a balayé l’Europe en juin, exacerbée par les émissions de carbone, aurait forcé les céréaliers à détruire 9 millions de tonnes de cultures telles que le blé, l’orge, le maïs et l’avoine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sucre et les huiles végétales suivent le pas

Pour leur part, les prix du sucre ont bondi de 5,6 % en juillet. Une tendance attribuée aux craintes météorologiques et aux nouvelles règles au Brésil augmentant la quantité d’éthanol pouvant être ajoutée à l’essence. Ce qui a entraîné une demande accrue de la part des fermenteries.

Les prix des huiles végétales ont augmenté de 2 %. Une hausse que le rapport attribue à une demande soutenue du secteur du biodiesel en Indonésie et à la hausse des prix du pétrole brut. La guerre en Iran a également fait monter les prix alimentaires ces derniers mois. Sachant qu’environ un tiers de la production d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Les prix de la viande ont chuté de 2,8 % en juillet.

 

Œuvrer pour des solutions durables

Cette situation risque d’alourdir la pression sur la balance commerciale dans les mois à venir. Depuis sept ans, les crises exogènes s’enchaînent sans répit. À court terme, nous n’avons d’autre choix que de subir. A moyen et long terme, il nous faudra impérativement trouver des solutions du côté de la production nationale. C’est un enjeu de souveraineté qui, au même titre que la santé, l’éducation ou les transports, doit se situer au cœur de l’action publique.

Certes, les idées et les programmes ne manquent pas, mais leur mise en œuvre exige des financements conséquents. Surtout si nous voulons poser les bases d’une politique agricole durable. Toutefois, les capitaux ne manquent pas. Le secteur privé local peut y contribuer, à condition que les portes lui soient ouvertes. L’exemple du secteur photovoltaïque montre d’ailleurs ce qu’une telle politique peut produire.

L’article La Tunisie à l’épreuve de la volatilité des cours des produits agricoles est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

13 Août 1956 : le droit de décoller, le devoir d’embarquer toute la société

Le Code du statut personnel (CSP) n’est pas seulement un texte juridique. Il est l’un des actes fondateurs de la Tunisie indépendante. Celui par lequel la dignité des femmes est devenue une condition de la modernité nationale. Soixante-dix ans après sa promulgation, son héritage appelle moins une célébration confortable qu’un sursaut collectif.

Le 13 août 1956, cinq mois après l’indépendance, la Tunisie accomplit une rupture d’une audace historique. Le CSP interdit la polygamie, substitue le divorce judiciaire à la répudiation et fait du consentement des deux époux une condition du mariage. Il déplace ainsi la famille du terrain de l’autorité unilatérale vers celui, encore imparfait mais décisif, du droit et de la citoyenneté.

Cette révolution ne fut pas seulement féminine. Elle fut aussi une révolution de l’État moderne : celui qui affirme que la loi commune doit protéger l’individu, y compris au sein de la famille, contre les dominations héritées de la coutume, de la force ou d’interprétations intéressées du sacré. Le Zaim Bourguiba avait compris une vérité essentielle : une nation qui maintient la moitié de ses citoyens sous tutelle ne se modernise pas; elle matérialise sa propre impuissance.

La Tunisie a ainsi porté les droits des femmes à un niveau rare dans son environnement arabe et africain. Mais un avion ne transforme pas, à lui seul, le paysage qu’il survole. La modernisation juridique n’a pas produit partout les mêmes capacités d’appropriation sociale. Si certaines catégories ont pleinement bénéficié de cette avancée, beaucoup de femmes demeurent confrontées à des réflexes de patriarcat, de hiérarchie familiale, de dépendance économique et de peur sociale.

Tel est le paradoxe tunisien : disposer d’un texte pionnier sans avoir créé, sur l’ensemble du territoire, les conditions socio-économiques, institutionnelles et culturelles de son application effective.

Quand le droit ne devient pas encore un pouvoir réel

Le CSP a posé un socle juridique; il n’a pas, à lui seul, bâti les conditions sociales de l’émancipation. En effet, les droits ne vivent pas seulement dans les recueils législatifs, ils vivent dans les écoles, les tribunaux, les entreprises, les médias, les familles et les communautés. Ils vivent surtout dans la capacité de chaque femme à les connaître, à les réclamer et à être protégée lorsqu’elle les exerce.
Dans les régions rurales, les quartiers périphériques et les petites villes, de nombreuses Tunisiennes restent confrontées à une double distance : celle des institutions et celle, plus invisible, du langage juridique. Là où l’État parle de consentement, de recours et d’égalité, d’autres discours imposent le devoir, la honte, l’honneur familial ou l’obéissance.
Ces discours peuvent envelopper des rapports de pouvoir dans une rhétorique religieuse.

Il faut l’affirmer sans ambiguïté : la foi est une liberté personnelle, respectable et protégée. Mais aucun discours religieux ne devrait servir à priver une citoyenne de droits garantis par la loi, ni à opposer sa spiritualité à son égalité en dignité.

Le chaînon manquant: une citoyenneté de proximité

Le projet modernisateur bourguibien fut immense. Il portait toutefois une fragilité stratégique: réformer la société d’en haut sans consolider suffisamment les forces autonomes capables de défendre durablement cette réforme. De plus, l’affaiblissement des forces progressistes, syndicales, intellectuelles et politiques a laissé un espace que des courants religieux organisés ont progressivement investi dans certains espaces associatifs, éducatifs et de socialisation. Ils ont notamment occupé le terrain laissé vacant par le recul des médiations civiques de proximité.

L’élite féminine a parfois agi comme une locomotive convaincue que sa vitesse entraînerait tous les wagons. Mais le lien s’était distendu sous l’effet de la précarité, de l’illettrisme juridique, de la dépendance économique, de la désaffiliation politique et d’un langage institutionnel souvent inaccessible.
Or un leadership réel ne se mesure ni au nombre de tribunes ni à la seule visibilité médiatique. Il se mesure à notre capacité de former des relais, de transmettre du pouvoir, de faire émerger des porte-parole locales et de rendre présentes dans l’espace public celles qui en sont encore absentes.

Faire du CSP un pouvoir vécu

La question n’est donc plus seulement : comment défendre le CSP ? Elle est devenue : comment faire de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien les copropriétaires de ses principes ? La réponse exige une véritable infrastructure civique de l’égalité.

D’abord, il faut instaurer une éducation juridique populaire. Chaque lycée, maison de jeunes, centre de formation professionnelle et délégation devrait proposer, dans un langage clair, des ateliers réguliers sur le mariage, le divorce, la violence, l’héritage, le travail, la protection sociale et les recours disponibles. Connaître un droit, c’est déjà réduire la possibilité qu’il soit confisqué.

Ensuite, la création d’un réseau national de « sentinelles du CSP » mérite d’être envisagée. Ces femmes et ces hommes, formés localement et indépendants des partis, pourraient orienter gratuitement les citoyennes vers les structures juridiques, sociales et psychologiques compétentes. Il ne s’agit pas de substituer le militantisme à l’État, mais de rendre l’État accessible là où il demeure abstrait.

Enfin, une part des programmes de développement, y compris ceux financés avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux, devrait être liée à des résultats mesurables : recours effectif à la justice, délais d’accès à l’aide juridique, maintien scolaire des filles, autonomie économique, protection des victimes et représentation des femmes dans les structures locales. Les droits des femmes ne peuvent plus être un chapitre décoratif des projets; ils doivent devenir un critère de performance institutionnelle.

La vigilance est le prix de la liberté. Aucun acquis n’est définitif lorsqu’il n’est ni compris ni approprié et pas défendu. Le 13 août doit cesser d’être une fête d’autosatisfaction, pour devenir un rendez-vous annuel de l’exigence démocratique. Celui où la Tunisie se demande non seulement ce qu’elle a donné aux femmes en 1956, mais ce qu’elle fait aujourd’hui pour que chacune puisse réellement en disposer.

Par Khadija T. Moalla

L’article 13 Août 1956 : le droit de décoller, le devoir d’embarquer toute la société est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse »

Considéré depuis 1956 comme la « Constitution sociale » de la Tunisie, le Code du statut personnel (CSP) a longtemps fait figure de texte avant-gardiste. Mais entre inégalités successorales, dot et statut de chef de famille réservé à l’époux, ses limites sont aujourd’hui pointées du doigt. Khaled Dabbabi, enseignant-chercheur en droit public et en sciences politiques, dresse un constat sans concession et plaide pour un véritable code de la famille. Entretien.

Depuis 2011, plusieurs voix, notamment des juristes, des acteurs de la société civile et des militants, revendiquent une réforme du CSP. Quelles réformes demandent-ils précisément et pourquoi sont-elles jugées nécessaires ?

Le CSP revêt une importance capitale dans l’histoire institutionnelle de l’État tunisien. Il a été adopté puis promulgué en 1956, c’est-à-dire trois ans avant la promulgation de la Constitution de 1959. C’est la raison pour laquelle que le CSP est considéré comme la « Constitution sociale » de la Tunisie.
Dans son contexte historique, le CSP peut être considéré comme un texte avant-gardiste (certains spécialistes l’ont qualifié de véritable « révolution par le droit »). Il a apporté avec lui des mesures innovantes et avant-gardistes pour l’époque et pour l’aire culturelle et civilisationnelle arabo-musulmane, telles que l’abolition de la répudiation et l’exigence du divorce judiciaire, l’exigence d’un âge minimum pour le mariage, l’abolition de la tutelle du père et, surtout, l’interdiction de la polygamie et sa pénalisation.
Par la suite, et par touches successives, ce socle initial a été consolidé par d’autres mesures. Et ce, aussi bien par des textes externes au CSP, telle la loi 58-27 du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption, ou la loi 98-75 du 28 octobre 1998 relative à l’attribution d’un nom patronymique aux enfants abandonnés ou de filiation inconnue; que par la révision du CSP lui-même, dans le but de l’adapter davantage à l’évolution de la famille tunisienne. On peut citer, dans ce contexte, la loi 93-74 du 12 juillet 1993, qui a supprimé le devoir d’obéissance incombant à l’épouse.

Mais alors…?

Pourtant, et malgré tous ces efforts, le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse pour qu’il rime réellement avec le vécu de la famille tunisienne du XXIe siècle, et pour qu’il devienne enfin compatible et conforme aux dispositions constitutionnelles et internationales dûment ratifiées par l’État tunisien en matière d’égalité devant la loi et de non-discrimination.

Le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.

En effet, le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.
Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.
Même dans son style et sa rédaction, ce texte s’apparente davantage à un recueil de fiqh (مدونة فقهية) qu’à un véritable code de droit positif étatique. Même sa dénomination pose problème : le terme « statut personnel » n’est pas un terme juridique ; il est issu du jargon du fiqh et du droit musulman classique.

Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.

Ce référentiel religieux a malheureusement toujours enfermé la question de la famille tunisienne dans un débat purement identitaire et religieux. Alors qu’il s’agit en réalité d’une question de droit objectif, de droits subjectifs, de citoyenneté, d’égalité et de constitutionnalité.
La famille tunisienne mérite désormais un véritable code de la famille, et non un code du statut personnel, qui opère une rupture courageuse, totale et radicale avec cet héritage identitaire archaïque, et au sein duquel toute famille tunisienne, musulmane ou non, puisse s’intégrer. Un code qui oriente enfin le débat vers son champ sémantique naturel, celui des droits et de la légalité constitutionnelle.

Le Parlement, dans sa configuration actuelle, est-il en mesure d’examiner, de débattre et d’adopter des réformes aussi avant-gardistes ?

On sait tous que le Parlement actuel n’est qu’une simple chambre d’enregistrement, au sein d’un régime et d’un système politiques largement inégalitaires qui profitent au chef de l’État et chef de l’exécutif. On a pu observer la très faible qualité du fonctionnement de cette institution. Elle est très mal partie, voire structurellement incapable d’assumer une mission aussi délicate.
Pire encore, on a vu et entendu certains députés inciter au retour de la polygamie et légitimer le viol des femmes. Comme disent les Français : « Qui souffre d’un manque ne peut guère l’offrir ». On ne peut pas demander à ce Parlement, faible, effrité et conservateur, de penser à des réformes aussi audacieuses.

La société tunisienne serait-elle prête à accepter une telle réforme si elle était adoptée, notamment face aux éventuelles résistances des milieux conservateurs ?

Contrairement à ce que l’on croit, la société tunisienne est une société largement conservatrice, qui envisage presque tout sous l’angle de l’identité et de la religion. Certains députés qui se disent de gauche sont contre l’égalité. Certains responsables politiques qui se disent laïcs tiennent des propos radicalement contraires à la laïcité et à la modernité.
La magistrature est également conservatrice ; sa jurisprudence, notamment judiciaire, reste marquée par une tendance largement conservatrice, en particulier en matière de droits et de libertés. Le même constat vaut pour l’administration, et même pour certains universitaires : que dire alors du citoyen ordinaire ?
Toutefois, l’égalité, la modernité et la démocratie ne doivent jamais attendre le changement de cette mentalité dominante. Parfois, pour pouvoir avancer et opérer la rupture épistémologique souhaitée, il faut savoir choquer, ne pas se contenter des perceptions et mentalités dominantes, et aller au-delà pour proposer un nouveau modèle sociétal, moderne, en phase avec le XXIe siècle. Si la mentalité dominante est en retard et reste figée dans des idéaux que l’humanité a dépassés, l’État doit, lui, vivre dans le présent et raisonner pour l’avenir.
René Descartes disait : « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire tout à nouveau ». L’État tunisien est appelé ici à être, à la fois, audacieux et cartésien.

Comment sensibiliser l’opinion publique à l’importance d’une réforme en profondeur du Code du statut personnel ? Un débat sociétal préalable est-il indispensable pour parvenir à un consensus ?

Une loi efficiente et efficace est toujours une loi intériorisée par les citoyens.  On peut rédiger les plus beaux textes : ils resteront lettre morte s’ils ne reflètent pas un certain crédo politique et sociétal ancré dans la société, et une certaine maturité civilisationnelle enracinée.

La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.

J’ai dit que l’État ne doit jamais attendre le changement des mentalités ; mais, au-delà du volet juridique, il doit lui-même œuvrer à ce changement des perceptions archaïques et les éradiquer par d’autres moyens, non juridiques cette fois. C’est-à-dire par une stratégie claire visant une refonte totale et une véritable révolution de notre système éducatif, l’un des maillons les plus faibles du passé comme du présent.
La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant, et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.
Notre système fait sortir des sujets et non des citoyens.

L’article 13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

13 Août – La femme tunisienne, levier de développement et non sujet de polémique

En Tunisie, les réseaux sociaux sont régulièrement le théâtre de débats autour de la gent féminine. Au cœur des attaques, le Code du statuts personnel (CSP), cette avancée historique qui, depuis 1956, a garanti aux Tunisiennes des droits inédits dans le monde arabo-musulman.

 

Aujourd’hui, une frange croissante de voix, souvent portée par des courants conservateurs, dénonce ce texte qu’elle accuse de fragiliser l’autorité masculine et d’ébranler les « valeurs traditionnelles ». Certains vont jusqu’à y voir une source d’« atteintes aux mœurs », estimant que l’émancipation juridique des femmes aurait ouvert la voie à un relâchement moral.

Lire aussi – Réforme du CSP en Tunisie : attention danger… pour les femmes !

 

L’excellence ne suffit pas

Mais ce procès fait l’impasse sur l’essentiel. Derrière les polémiques identitaires, on oublie trop souvent que la femme tunisienne est d’abord un acteur économique à part entière. On parle de son corps, de son mariage, de son héritage, mais rarement de son accès au travail, de sa place dans l’entreprise ou de sa contribution à la richesse nationale.

Les chiffres ne mentent pas. Les femmes tunisiennes arrachent chaque année leur excellence dans les examens nationaux, avec des taux de réussite au baccalauréat largement supérieurs à ceux des hommes. Elles investissent massivement les filières nobles, comme la médecine, la pharmacie, l’ingénierie et les sciences, et représentent aujourd’hui une majorité d’étudiants dans la plupart des disciplines stratégiques.

Cette réalité contredit le discours réducteur qui voudrait les cantonner à un rôle domestique ou subalterne. Pourtant, ce potentiel exceptionnel reste sous-exploité sur le plan professionnel. Le taux d’activité féminine en Tunisie demeure inférieur à 30 %, bien en deçà des capacités réelles de cette main-d’œuvre qualifiée.

Les freins sont nombreux, essentiellement le plafond de verre dans les postes de direction, la précarité de l’emploi informel, les charges familiales non partagées, et surtout un imaginaire collectif qui peine à concevoir la femme comme un pilier de la croissance.

 

Lire également – Divorce par notaires : inquiétudes autour du CSP

 

Sortir de la pensée primitive

Il est temps de changer de logiciel. Rester enfermé dans un débat stérile sur les « mœurs » ou la « pression sur les hommes », c’est condamner le pays à une pensée primitive, déconnectée des enjeux du 21ème siècle. La véritable question n’est pas de savoir si le Code du statut personnel a « trop » protégé les femmes, mais comment faire de cette protection un levier de développement. Comment transformer l’excellence scolaire en excellence professionnelle ? Comment faire des Tunisiennes des créatrices de richesse, des cheffes d’entreprise, des décideuses, et non plus seulement des diplômées sur le papier ?

La Tunisie a besoin de toutes ses forces vives pour relever ses défis économiques. Ignorer la moitié de sa population active potentielle est un luxe qu’elle ne peut plus se permettre. Il ne s’agit pas de nier les tensions sociales ou culturelles, mais de les dépasser en posant un regard lucide et moderne sur ce que les femmes apportent déjà, et sur ce qu’elles pourraient apporter si on leur en donnait les moyens.

L’émancipation juridique a été une étape fondatrice. L’émancipation économique doit être la suivante. Et celle-ci ne passera ni par la nostalgie d’un passé fantasmé ni par la peur de l’avenir, mais par la reconnaissance pleine et entière de la femme comme sujet économique, social et politique. C’est à ce prix que la Tunisie pourra véritablement avancer.

L’article 13 Août – La femme tunisienne, levier de développement et non sujet de polémique est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Eaux usées traitées en Tunisie : Seulement 22 % réutilisées, un potentiel encore largement inexploité

Face à l’aggravation du stress hydrique et à la pression croissante exercée sur les ressources en eau, la Tunisie cherche à développer de nouvelles sources d’approvisionnement. Parmi les pistes identifiées figure la réutilisation des eaux usées traitées, dont le potentiel demeure pourtant largement sous-exploité.

La Tunisie produit actuellement près de 300 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées par an, grâce à un réseau important de stations d’épuration réparties dans plusieurs régions du pays. Pourtant, seule une partie limitée de cette ressource est aujourd’hui réutilisée.

Intervenant lundi 10 août 2026 sur les ondes de la Radio nationale, la chercheuse à l’Institut national de recherches en génie rural, eau et forêts, spécialiste des eaux traitées, Olfa Mahjoub, a indiqué que le taux de réutilisation des eaux traitées en Tunisie ne dépasse actuellement pas 22 %.

Plus préoccupant encore, seulement 4 % de ces eaux sont destinées à l’agriculture. Un niveau qui illustre l’écart entre les volumes disponibles et leur utilisation effective, alors que le secteur agricole demeure l’un des principaux consommateurs de ressources hydriques dans le pays.

Une ressource appelée à prendre une place plus importante

Le développement de la réutilisation des eaux traitées apparaît comme l’un des leviers possibles pour réduire la pression exercée sur les ressources conventionnelles, notamment les eaux de surface et les nappes phréatiques.

L’enjeu n’est toutefois pas uniquement d’augmenter les volumes réutilisés, mais également de diversifier les usages. Selon Olfa Mahjoub, des travaux sont actuellement menés avec les centres de recherche afin de parvenir à produire différentes qualités d’eaux traitées, adaptées à plusieurs utilisations.

Cette approche permettrait de dépasser le modèle actuel, largement centré sur l’irrigation agricole, et d’envisager progressivement d’autres usages en fonction du niveau de traitement et des normes sanitaires et environnementales applicables.

La diversification pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans la politique tunisienne de gestion de l’eau, à condition de garantir une qualité adaptée à chaque usage et un contrôle rigoureux de la ressource.

Objectif : dépasser 80 % de réutilisation à l’horizon 2050

Les ambitions affichées sont particulièrement importantes. Les efforts en cours visent à porter le taux de réutilisation des eaux traitées à plus de 80 % à l’horizon 2050.

Dans le même temps, la production annuelle devrait dépasser 560 millions de mètres cubes à cette échéance, contre environ 300 millions actuellement.

Lire aussi : Hammamet : Des eaux usées se déversent en pleine plage sous les yeux des estivants

Ces projections témoignent de l’importance que pourrait prendre cette ressource dans la stratégie hydrique tunisienne au cours des prochaines décennies.

L’augmentation des volumes produits devra cependant s’accompagner d’un développement des infrastructures permettant leur stockage, leur transport et leur utilisation. Sans réseaux adaptés et sans débouchés clairement définis, une partie de ces volumes pourrait continuer à rester inutilisée malgré leur disponibilité.

Un cadre juridique à revoir

Le développement de la réutilisation des eaux traitées pose également la question du cadre réglementaire qui encadre actuellement leurs usages.

Selon la chercheuse, un travail est en cours pour réviser le cadre juridique relatif aux eaux traitées et à leurs différentes utilisations.

Cette révision apparaît déterminante dans un contexte où la Tunisie cherche à multiplier les solutions face à la raréfaction de l’eau. Elle devra notamment permettre de définir plus clairement les conditions d’utilisation des différentes qualités d’eaux traitées, tout en garantissant la protection de la santé publique et de l’environnement.

Le défi : transformer une contrainte en ressource

Au-delà des chiffres, le faible taux actuel de réutilisation révèle surtout un important potentiel inexploité. Produire 300 millions de mètres cubes d’eaux traitées par an mais n’en réutiliser qu’une partie signifie qu’une ressource susceptible de contribuer à la sécurité hydrique reste encore largement en dehors des circuits de consommation.

Dans un pays confronté à plusieurs années de sécheresse, à la baisse des réserves des barrages et à la pression croissante sur les nappes souterraines, la réutilisation des eaux usées traitées pourrait progressivement devenir un élément central de la politique nationale de l’eau.

L’objectif fixé à l’horizon 2050 est donc double : augmenter considérablement les volumes d’eaux traitées disponibles et surtout créer les conditions permettant de les valoriser dans plusieurs secteurs.

Le passage de 22 % à plus de 80 % de réutilisation constituerait ainsi un changement majeur de modèle, faisant des eaux usées traitées non plus seulement un déchet à épurer, mais une ressource à valoriser dans le cadre d’une gestion plus circulaire de l’eau en Tunisie.

L’article Eaux usées traitées en Tunisie : Seulement 22 % réutilisées, un potentiel encore largement inexploité est apparu en premier sur webdo.

  •  

La CTN dément toute annulation de traversées et précise les raisons des retards enregistrés

La Compagnie tunisienne de navigation (CTN) a catégoriquement démenti les informations circulant sur les réseaux sociaux faisant état de l’annulation de ses traversées le vendredi 7 août 2026.

À la suite de rumeurs évoquant une annulation sans préavis due à une grève du personnel navigant, la compagnie nationale a tenu à préciser qu’aucune traversée n’a été annulée et que les perturbations constatées se limitent à des retards au départ de deux traversées assurées par les navires Tanit et Carthage, provoqués par un rassemblement protestataire d’une heure organisé par les agents maritimes pour des revendications sociales.

Tout en se disant ouverte aux revendications légitimes de son personnel, la CTN affirme prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la continuité du service public et préserver le confort des voyageurs, ajoutant qu’une réunion a été organisée afin de trouver des solutions, notamment concernant le droit à la santé des agents, dans le respect strict de la loi.

La CTN réitère son engagement envers la communauté tunisienne à l’étranger et assure tout mettre en œuvre pour garantir des conditions de voyage optimales.

Y. N.

L’article La CTN dément toute annulation de traversées et précise les raisons des retards enregistrés est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

100 ans d’émigration marocaine : de l’exil à une diaspora d’influence

Ils étaient quelques milliers à quitter le Maroc au début du XXe siècle. Un siècle plus tard, près de six millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) entretiennent toujours un lien fort avec leur pays d’origine. Du 8 au 11…

L’article 100 ans d’émigration marocaine : de l’exil à une diaspora d’influence est apparu en premier sur lecourrierdelatlas.

  •  

La Flèche : enquête après des tags néo-nazis en Sarthe

Des croix gammées ont été découvertes sur les murs de la sous-préfecture sarthoise à La Flèche, ville conquise par le Rassemblement national en mars dernier. En bref Une dizaine de tags représentant des croix gammées et des croix celtiques ont…

L’article La Flèche : enquête après des tags néo-nazis en Sarthe est apparu en premier sur lecourrierdelatlas.

  •  
❌