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Carnets Scandinaves ( 3 ) : Dans la ville des mouettes rieuses

Que j’écrive de nuit – peut-être toute la nuit – me rassure. Car si je suis ici, si loin de Tunis, c’est aussi pour m’éprouver et me retrouver.

Est-on jamais plus seul que dans le silence nocturne d’une ville étrangère ? Ce sont, je crois, dans ces moments que les contradictions résonnent le plus fort et les plaies deviennent apparentes. Je suis venu sous ce ciel fugace réduire quelques fractures et sortir de ce désaccord avec moi-même qui, chaque jour, pèse un peu plus.

Que ma catharsis ait besoin de la lumière d’Oslo ne me surprend pas outre mesure. Après tout, à chacun ses fascinations et ses propres solutions et pour ma part, j’ai simplement un besoin irrépressible de lumière et aussi, je l’avoue, de fuite.

Avec le temps, à l’homme révolté des philosophes, j’ai fini par opposer l’homme blessé que je suis, mes stigmates et mes cicatrices, mes défaites et mes reniements et ce chemin de croix où je suis embourbé depuis si longtemps.

Pourrais-je me libérer de cette chute en vagabondant dans une ville que je ne connais pas comme d’autres chercheraient l’issue d’un labyrinthe ou un simple rayon de lumière pour sortir de la caverne de Platon ?

Dans mon propre dédale, taraudé par l’amertume, résigné à quêter ailleurs une lumière pourtant abondante chez moi, je mesure tout l’écart qui me sépare de ce que je suis devenu : un lâche qui se cache derrière ses blessures au point de théoriser une mince anti-morale de l’homme blessé qui ne cherche ni à lutter ni à se relever.

En même temps, je réalise combien ce voyage ne ressemble pas à mes pérégrinations antérieures. Pour la première fois, je ne suis attiré ni par les monuments ni par les musées ni même par les tavernes. Je suis simplement venu errer dans une ville et de mes yeux, observer les heures claires durant lesquelles la lumière de minuit baigne Oslo.

Presque rien d’autre sinon un règlement de comptes avec moi-même et une sorte de soliloque devant un miroir. Rien de narcissique mais plutôt un réel besoin d’autocritique pour enfin sortir de ce carrefour des impasses qui m’a mené jusqu’en Scandinavie non pas pour échapper à mes silences mais pour me confronter à eux dans le triomphe de la lumière et la relativité de la nuit qui s’estompe, la nuit dont se déchaîne justement Aboulkacem Chebbi.

Je voudrais tant me délester de cette nuit qui saigne en moi et je ressens ce jour qui titube dans la quasi-nuit d’Oslo comme une promesse, un sursaut salvateur, une dialectique où le clair et l’obscur se bousculent dans les patries d’Hamlet. La nuit souveraine et mes blessures toujours sanguinolentes continuent à me remuer. Pour les fuir, depuis quelques semaines, j’écris de brefs poèmes sur l’été et me voici maintenant cheminant de nuit, sans autre but qu’un début de rédemption.

Il est deux heures. De temps en temps, j’entends la rumeur lointaine de deux mouettes qui dialoguent. Le jour reste en suspens dans un ciel qui est traversé par la lumière. Je regrette les lumières de la ville sans lesquelles ce ciel incertain serait plus beau encore dans sa gravité et son refus de céder à la nuit.

Comme des sentinelles dissipées, des dizaines de mouettes sont alignées devant l’opéra et la baie d’Oslo. Leurs mouvements sont aberrants, inattendus. Elles jouent tout simplement et ne prêtent aucune attention aux déambulations de la foule. Je repars avec l’impression qu’elles n’ont pas cessé de m’interpeller. Un peu comme le feraient des vestales au seuil d’un temple. Un peu aussi à la manière de hérauts qui répéteraient un message. Elles auront été mes interlocutrices dans le silence nocturne et restent présentes jusqu’au dernier souffle de ce voyage puisque la gare est maintenant devant moi et  qu’elles me parlent encore au seuil de ce qui restera dans ma mémoire comme la ville des mouettes rieuses.

Lire aussi : Carnets Scandinaves (2) : Dans la lumière énigmatique des rues d’Oslo

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Mateo, Vigo, Mercier : Aux souvenir des bistrots de Radès (et de Tunis)

Alors que je prévoyais de passer quelques heures solitaires à savourer des rougets frits, je me suis retrouvé embarqué dans une conversation tout aussi savoureuse entre éclats de mémoires et remontée du souvenir.

Mais c’était compter sans la présence de l’ami Lotfi avec lequel j’ai partagé la même table, une poignée de pistaches et quelques godets à écluser. La conversation fut aussi délassante que la brise vespérale.

Souvenir des bistrots de Radès

Natif de Radès, mon ami sait tout de cette ville. Je l’ai écouté me raconter les cinémas de Radès qui étaient au nombre de deux : le Maxula et le Vox dont le gérant se nommait Ciccio.

Nous avons aussi évoqué les troquets de la ville qui étaient quelques uns entre la gare et la plage. Lotfi se souvenait des noms de madame Mercier et madame Vigo qui tenaient ces bistrots.

Dans un éclair de mémoire, il me raconte Al Bassatine et le Casino puis s’arrête sur le souvenir de la Brise de Radès, un bistrot qui se trouvait près du passage à niveau de Sidi Rezig et où il allait à vélo avec ses camarades.

Surgirent alors les réminiscences de longues escapades à bicyclette au-delà du Clos Potin, du Moulin Bleu et des Coupoles. La bande à Lotfi poussaient jusqu’à Sidi Rais où ils louaient une cabane pour la journée, avant de rentrer, ivres de soleil, jusqu’à Radès.

Troquets du Tunis d’antan

Comment s’offrir une tournée des troquets du Tunis d’antan en n’ayant que quelques sous ? La recette était simple et consistait à s’offrir un canon dans chaque bistrot, tout en profitant de la kemia généreusement offerte par les taverniers.

En ce temps, le centre-ville grouillait de petits bars de caractère où tout le monde venait boire et manger.

Sur l’avenue Bourguiba, l’offre était abondante et les bons coins se comptaient par dizaines. Le Triomphe, le Normandie et le Prado étaient au cœur de la ville, non loin du Café de Paris ou du Paris Bar.

Comment oublier le Marignan, le Rossini, le Coq d’or ou Chez Max ? Comment ne pas mentionner l’Univers, le Guillaume Tell ou le Claridge ? Comment ne pas se laisser tenter par le bar du Tourisme, près de la gare du Tgm ?

Avenue de Carthage, le Florence, le Coquille et la Brasserie de la Paix vous ouvraient les bras.

Avenue du Portugal, le Paon, la Nouvelle Escale et la Mouette vous accompagnaient jusqu’au port où les bistrots de la Petite Sicile accueillaient les amis en goguette. Le Scoubidou, l’Escargot et le Bar des Amis se souviennent de cette époque.

Les petits restaurants ne manquaient pas dans les parages : Le Bec fin, le Boléro, Tantonville, le Strasbourg, le Cosmos, le Paradiso, le Régent, la Forestière et l’Étoile.

De l’autre côté de la ville, l’avenue de Paris arrivait jusqu’à la place Pasteur où l’on rejoignait le Shilling et Aux Délices du Belvédère.

Entre temps, les troquets se succédaient : Chez Paul, le Colibri, le Charentais, le Tournant, Chez les Négres, la Gaîté, le Don Camillo, le Novelty et le Roi d’Espagne.

Arrivé au Passage, le Floréal et le Lucullus constituaient des haltes savoureuses et la tournée continuait au Perroquet, au Cléopâtre, au Zanzibar ou à la brasserie de Belgique.

Plus loin, le Magic Bar, le Chef, le Canigou et le Grill étaient là pour étancher toute soif. Avec des dizaines d’autres troquets éparpillés dans chaque ruelle.

En ce temps, la rue Charles de Gaulle, la rue Al Jazira et la rue d’Espagne accueillaient des dizaines de bistrots dont seuls ont survécu l’Auberge alsacienne, le Paris, le Lido et le Marius.

Qui se souvient par exemple du petit bar tenu par le sieur Balgamino à Bab Djedid ? Qui se souvient des troquets de Bab Bhar qui se nommaient la Bonne Table, Chez Eugène, la Posada ou Au Trou du Diable ? Qui se souvient des tavernes de Bab El Khadhra et de leurs aubergistes maltais ?

Tant de lieux dont il ne reste plus que des traces ténues et que je n’ai pas tous nommés pour que chacun puisse compléter à sa guise.

Les vergers de Hadj Alaya

La conversation a fini par revenir à Radès. Autour des vergers de Hadj Alaya, réputés pour la qualité de leurs pastèques cultivées sur des terrains sablonneux à proximité du rivage.

Ces « sanias » qui se trouvaient dans les parages de Oued Meliane étaient également appréciées pour la saveur de leurs poires. Celles qui étaient nommées « fayali » étaient délicieuses tout comme les variétés « mnamech » et « bougedma ».

Tout à coup, Lotfi s’est souvenu de Matéo Satopoulos, un Grec qui tenait un estaminet à la plage de Radès et y vendait du vin aux baigneurs et aux autres.

Beaucoup d’autres images ont été ravivées par la conversation : le passage des trains, la place du Mrah et ses demeures patriciennes, les villas de Mongil, les grandes familles de Radès, les bals-musette et les dancings, les crues de l’oued voisin et le limon qu’elles déposent et tant d’autres bribes qui racontent une vie à Radès.

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Carnets Scandinaves (2) : Dans la lumière énigmatique des rues d’Oslo

Comment l’expliquer : je suis venu jusqu’ici pour simplement errer toute la nuit dans la ville et de mes yeux, observer les heures claires durant lesquelles la lumière de minuit baigne Oslo.

Minuit tapantes. Je ne me transforme pas en citrouille – sait-on jamais dans ces pays où les elfes sont légion ?

Le carillon me surprend entre Prinsens Gate et Kirke Gate. Le ciel est toujours clair têtu et une lumière très doucement bleutée imprègne l’atmosphère. Je m’en régale car autrement, s’il pleuvait, ce rendez-vous avec Oslo n’aurait pas été le même.

J’ai une pensée pour Paul Klee que la lumière tunisienne avait bouleversé et je comprends mieux son exclamation puisque je ressens une intuition similaire.

Cette lumière scandinave me fascine d’autant plus qu’elle donne toute sa charge symbolique au solstice d’été. On dirait presque qu’Apollon, le temps d’une saison, devient la divinité tutélaire d’un monde nordique dont le Walhalla regorge de héros, de druides et de dieux qui peuplent les forêts et leurs entrailles célestes.

La nuit n’est pas noire et cet entre-deux se prolonge en même temps que mes noces à Oslo. Dire que je suis venu jusqu’à ce lointain septentrion pour ces quelques instants d’énigmatique lumière.

Je reviens jusqu’à Bjorvika. Les mouettes continuent à s’ébrouer dans une semi-pénombre où il ne fait pas tout à fait nuit. Alors que les éboueurs commencent leur ronde et que les fêtards continuent à s’égayer dans les rues, je suis assis à l’ombre de la statue de Kirsten Flagstad et j’observe les couleurs changeantes de la mer.

Tout à coup, il fait plus frais. Au point où je frissonne un peu. Les mouettes continuent leurs ricanements. Je marche pour me réchauffer. Les rues sont vides et seules quelques lumières clignotent dans la solitude des enseignes. Je ne suis toujours pas rassasié et, maintenant, en attendant d’embrasser Rimbaud et l’aube d’été, j’arpente les rues d’Oslo, nimbées de mystère et peuplées de bâtisses aux ombres massives.

Vais-je marcher toute la nuit comme m’y invite le froid qui se répand ? Peut-être trouver un abri de fortune en attendant de voir la pleine lumière renaître ?

Aucune envie de dormir. Assailli par une boulimie d’écrire, je me contente, en attendant de rédiger, de quelques notes orales enregistrées sur mon smartphone. En fait, je remplis mon contrat avec Oslo, un accord simple qui consiste à errer vingt-quatre heures dans la ville avant de reprendre le train pour Malmö.

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Tribune – Réforme de la protection sociale : du cap politique aux leviers d’exécution opérationnelle

Dans le prolongement de nos analyses du 22 juillet (« Protection sociale 2030 : la Tunisie doit-elle créer une Autorité nationale des retraites ? ») et du 10 août (« Plan 2026-2030 et Loi de finances 2027 face au choc démographique : la réforme intégrée des retraites comme impératif de souveraineté »), l’arbitrage rendu le 18 août 2026 par La Kasbah marque une étape décisionnelle majeure. L’État renonce officiellement aux arbitrages parcellaires pour engager une refonte systémique. Mais alors que s’ouvrent les travaux préparatoires de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030, le véritable défi commence : réussir le « dernier kilomètre » opérationnel.

 

En actant le lancement immédiat de la rédaction des textes législatifs relatifs à la sécurité sociale, le gouvernement a validé trois ruptures doctrinales majeures : l’impératif d’une gouvernance unifiée des caisses, l’extension de la couverture aux nouvelles formes de travail (Gig Economy, indépendants, secteur informel), et la numérisation intégrale comme levier d’équité et de traçabilité.

Pour convertir ce cap politique en réalité mesurable d’ici 2030, l’ingénierie d’exécution doit désormais s’articuler autour de quatre leviers opérationnels critiques.

 

Repère stratégique

Les quatre piliers du « dernier kilomètre » d’exécution :

  1. L’Identifiant Social Unique (ISU) :Sanctuariser l’infrastructure de données et l’interopérabilité applicative en temps réel.
  2. Le secteur bancaire & Fintech :Transforme le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) en canal de collecte de proximité.
  3. Le pilotage actuariel :Passer de la gestion comptable rétrospective à des modèles algorithmiques prospectifs.
  4. L’ancrage budgétaire :Inscrire les arbitrages techniques dès la Loi de finances 2027 et le Plan 2026-2030.

 

 

 

L’Identifiant Social Unique : l’infrastructure de données comme actif souverain

Le déploiement de l’Identifiant Social Unique (ISU) dépasse le cadre d’un simple projet informatique d’administration publique. L’ISU constitue le cœur battant du nouveau contrat social : c’est l’infrastructure de données critique qui permettra le suivi des carrières hachées et la portabilité effective des droits. Sa réussite repose sur une architecture technique stricte :

Unité et immuabilité : garantir un registre unique pour chaque citoyen, de son premier emploi à sa retraite, indépendamment des changements de statut (salarié, indépendant, pluriactif) ;

Interconnexion en temps réel : faire dialoguer les systèmes d’information des caisses (CNRPS, CNSS, CNAM), de l’administration fiscale et du réseau de santé pour éliminer les pertes en ligne et la fraude ;

Souveraineté des données : sanctuariser les données sociales sur un cloud souverain conforme aux plus hauts standards de cybersécurité.

 

Le secteur bancaire et le mobile paiement : catalyseurs de la collecte de proximité

Prétendre intégrer les travailleurs du secteur informel, les agriculteurs et les professionnels de la Gig Economy via les guichets administratifs traditionnels est un contresens opérationnel. L’extension effective de la couverture sociale exige d’adosser la collecte à l’écosystème bancaire et financier. Le secteur bancaire et les établissements de paiement doivent devenir les bras armés de cette inclusion :

La micro-cotisation via le paiement mobile (Wallet-to-CNSS) : capitaliser sur le paiement mobile pour permettre une cotisation instantanée, fluide et sans frais d’intermédiation dissuasifs ;

Le prélèvement à la transaction : Automatiser le prélèvement d’une fraction sociale minimale lors de chaque transaction commerciale ou paiement de prestation sur les plateformes numériques ;

L’adossement à l’inclusion financière : Associer l’affiliation sociale à des services bancaires simplifiés (comptes de paiement, micro-assurance), créant ainsi une double incitation à la formalisation économique.

 

Pilotage prudentiel : du contrôle a posteriori au tableau de bord actuariel

La création de « systèmes d’alerte précoce » décidée par le Conseil ministériel exige de doter le régulateur d’outils décisionnels de nouvelle génération. La gestion des caisses ne peut plus s’appuyer sur des données comptables arrêtées à l’exercice précédent.

Le pilotage prudentiel moderne doit intégrer :

Des projections démographiques glissantes réévaluées en continu ;

La simulation d’impact en temps réel des variations de la masse salariale et de l’inflation sur les équilibres futurs ;

Une gestion des risques prospective, capable d’éclairer les décisions politiques bien avant l’apparition des impasses de trésorerie.

 

Le rendez-vous de la Loi de finances 2027 et du Plan 2026-2030

Alors que la rédaction des textes juridiques est désormais engagée, les travaux préparatoires de la Loi de Finances 2027 et du Plan 2026-2030 doivent constituer le premier réceptacle budgétaire et technique de cette refonte. La maturité d’une réforme ne se mesure pas à la solennité de ses déclarations d’intention, mais à la précision de ses processus opérationnels.

Le cadre politique est posé ; il appartient désormais aux ingénieurs, aux décideurs publics et aux institutions financières de bâtir l’architecture technique garantissant la pérennité de notre modèle de souveraineté sociale.

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Carnets scandinaves (1) : On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide

J’ai finalement écrit toute la nuit. Il me faut maintenant reprendre cette avalanche de mots, leur trouver un sens et les remettre en ordre. De quoi meubler les sept heures de train qui me ramèneront jusqu’à Malmö puis Copenhague.

Entre temps, je vais me reposer un peu dès que la gare rouvrira ses portes et profiter de la poignée d’heures qui me restent pour ouvrir les yeux sur les beautés d’Oslo quoique ni mon état d’âme ni ma forme physique ne m’y incitent vraiment.

Ai-je enfin pu rebondir ? Suis-je prêt à reprendre l’effort de Sisyphe et pousser mon fardeau jusqu’au sommet de la colline d’où inéluctablement, il retombera ? Ai-je pris la véritable mesure de ce désaccord qui m’oppose à mon être profond ? Je n’en sais encore rien.

Une seule certitude : le jour est en train de doucement balayer la nuit en libérant la lumière de ses entraves nocturnes. On pourrait effleurer le ciel tant il semble limpide.

Pour mon cœur, c’est une autre histoire que je raconterais volontiers aux mouettes, aux coqs et aux muezzins qu’elles semblent avoir supplanté pour dire la lumière qui revient.

Ce voyage en Scandinavie est au fond un examen qui convoque le bourlingueur que j’étais pour tester sa résilience. Un sac à dos, quelques centaines d’euros, des billets de train et aucune réservation préalable.

Bien sûr, mon carnet et mes stylos sont à portée de main et je suis tout ouïe, aux aguets et déterminé à faire de mon mieux.

J’écris ces lignes les yeux légèrement embués, mes désirs en embuscade et le cœur à la fois patient, serein et gourmand de vivre cette équipée d’une semaine en juillet.

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Un général américain chargé de la supervision du désarmement du Hamas à Gaza?

A l’issue de la rencontre lundi 17 août entre l’émissaire américain, Jared Kushner, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, il a été envisagé, selon NBC News, de confier à un général américain la supervision du désarmement du Hamas à Gaza.

 

Y a-t-il encore une réelle perspective de voir le plan de paix de Donald Trump pour Gaza se concrétiser à brève échéance ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la feuille de route américaine se heurte déjà à l’une de ses principales difficultés, à savoir l’intransigeance du gouvernement israélien.

Pression américaine

Ainsi, reprenant son bâton de pèlerin, l’émissaire américain Jared Kushner, également gendre du président américain, s’est rendu lundi 17 août en Israël pour rencontrer Benjamin Netanyahu. Sa mission est pour le moins délicate, car il s’agit de convaincre le Premier ministre israélien d’assouplir sa position et d’accepter les concessions nécessaires à la mise en œuvre du plan de Washington.

Lors de sa visite à Tel-Aviv, Jared Kushner a aussi cherché à mettre en place la deuxième phase du plan voulu par la Maison Blanche pour Gaza et obtenir le retrait de l’armée israélienne de l’enclave en échange du désarmement du Hamas qui la gouverne depuis 2007, un projet qui patine depuis deux mois, chaque camp restant sur ses positions.

 

Lire aussi: Le « Conseil de la paix » de Trump

 

Au cours d’un entretien de quatre heures, Jared Kushner aurait notamment demandé à Benyamin Netanyahu de ne pas « créer d’obstacles » au plan de paix, assure la chaîne de télévision américaine CNN, dont Donald Trump avait annoncé dès le mois de janvier le lancement prochain de la phase 2. Un plan imaginé autour de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier qui, outre le désarmement du Hamas, prévoit le retrait progressif de l’armée israélienne de la bande de Gaza et la reconstruction de l’enclave palestinienne.

Après sa rencontre avec Benjamin Netanyahu à Tel-Aviv, Jared Kushner a surtout voulu donner corps à la feuille de route américaine en lui fixant un calendrier précis. L’émissaire de Donald Trump espère ainsi voir les premières armes du Hamas remises dans un délai de trente jours. « Nous pourrions constater des progrès d’ici à peine 30 jours, avec, espérons-le, le début du retrait d’une partie des armes », a-t-il déclaré à Fox News.

Défiance

Le calendrier se veut également plus ambitieux sur la question des infrastructures souterraines du mouvement palestinien. Kushner table sur le comblement de certains tunnels dans les 60 à 90 prochains jours. Une échéance qui témoigne de la volonté américaine d’inscrire le processus de désarmement dans une séquence concrète et vérifiable, plutôt que de le laisser au stade des déclarations de principe.

Mais l’émissaire américain ne cache pas les difficultés qui l’attendent. Après avoir rencontré le Hamas dimanche 16 août en Égypte, il a reconnu la défiance persistante de Washington à l’égard du mouvement islamiste palestinien. « Ils ont dit tout ce qu’il fallait mais, à l’évidence, il est très très difficile de leur faire confiance », a-t-il confié à Fox News. Autrement dit, l’obstacle ne réside pas seulement dans l’obtention d’engagements, mais dans la capacité à les transformer en actes vérifiables.

Cette méfiance explique également l’une des conditions évoquées lors de l’entretien entre Netanyahu et Kushner : aucun redéploiement ni aucun chantier de reconstruction ne devraient être engagés à Gaza avant le désarmement complet du Hamas, selon un responsable israélien cité par l’Agence France-Presse. Une position qui rejoint l’exigence défendue depuis plusieurs mois par le gouvernement israélien d’un désarmement « véritable » du mouvement palestinien.

Quel rôle pour l’armée américaine ?

Reste enfin la question cruciale du contrôle et de la mise en œuvre sur le terrain. Le plan de Donald Trump prévoit une présence internationale à Gaza, avec notamment une Force internationale de stabilisation (ISF), placée sous le commandement du général américain, Jasper Jeffers. Mais le rôle exact de cette force, et en particulier celui du commandement américain dans le processus de désarmement du Hamas, reste encore à préciser.

Rencontre avec le Hamas

Rappelons que l’émissaire américain Jared Kushner a rencontré des dirigeants du mouvement islamiste palestinien en Égypte, avant sa visite en Israël, au moment où les États-Unis cherchent à faire avancer le plan de paix à Gaza.

Lors de la réunion, le Hamas a réaffirmé son engagement en faveur de l’accord, tandis que M. Kushner a insisté sur un désarmement total du mouvement islamiste et sur l’absence de tout rôle futur du Hamas dans la gouvernance de Gaza, ont indiqué les sources, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Il s’est aussi à Al-Alamein avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, alors que le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a rencontré, de son côté, le chef du renseignement égyptien, Hassan Rachad.

A noter également que huit pays musulmans en l’occurrence les Émirats arabes unis l’un des plus proches alliés d’Israël dans le monde arabe, et sept autres pays dont l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont appelé le Conseil de Paix, créé par Donald Trump pour mettre en œuvre son plan, à prendre des mesures afin de préserver l’accord et à favoriser son application.

Au final, et au-delà des annonces, c’est donc désormais la crédibilité du mécanisme de contrôle qui sera déterminante. Car entre la promesse d’un désarmement dans les prochaines semaines et sa réalisation effective, le chemin reste considérable.

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Poutine dans les îles Kouriles : Provocation délibérée ?

Le président russe s’est rendu jeudi 13 août pour la première fois dans les îles Kouriles, un archipel contrôlé par Moscou depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et revendiqué en partie par Tokyo. Avec le risque de rouvrir une querelle diplomatique jamais résolue … depuis 1945.

 

 

 

 

 

 

 

De la provocation gratuite de la part de Vladimir Poutine, passé maître dans l’art de jouer avec les nerfs de ses adversaires ? En se rendant, jeudi 13 août, dans les îles Kouriles, cet archipel volcanique perdu entre la Russie et le Japon, au cœur d’un contentieux territorial vieux de plus de huit décennies, le maître du Kremlin fait d’une pierre trois coups : réaffirmer la souveraineté russe sur un territoire hautement stratégique, adresser au Japon un message de fermeté et, surtout, lui faire payer son alignement sur les sanctions occidentales contre Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine. Bref, une visite soigneusement calculée qui vaut donc autant comme démonstration de souveraineté que comme avertissement stratégique adressé à Tokyo et, au-delà, à Washington. « Absolument inacceptable », a aussitôt réagi l’altière Première ministre nippone, Sanae Takaichi, estimant que cette visite « heurtait les sentiments du peuple japonais ». Pour sa part, le chef de la diplomatie japonaise a convoqué l’ambassadeur russe.

Enjeux stratégiques

Mais pourquoi la visite de l’homme fort du Kremlin à cette île perdue au bout du Pacifique revêt-elle une telle importance ? Pour comprendre les dessous des cartes de ce déplacement hautement symbolique, « il faut également savoir lire une carte », comme le disait à juste titre le Général de Gaulle.

Géographie d’abord. Les Kouriles dessinent une longue chaîne volcanique qui s’étire entre la péninsule russe du Kamtchatka et Hokkaido, l’île la plus septentrionale de l’archipel japonais. Mais derrière cette succession d’îles se cache un contentieux territorial qui empoisonne les relations entre Moscou et Tokyo depuis des décennies. Le différend porte sur quatre îles situées à l’extrémité méridionale de l’archipel : Kounachir, Habomai, Chikotan et Itouroup selon la terminologie russe ; Kunashiri, Habomai, Shikotan et Etorofu selon les Japonais. C’est précisément sur cette dernière, Itouroup, que Vladimir Poutine a choisi de poser le pied jeudi où vivent quelque vingt mille Russes.

Mais l’enjeu dépasse largement la seule question de souveraineté. Ces îles recèlent d’importantes ressources naturelles, notamment des gisements d’or et d’argent, tandis que leurs eaux comptent parmi les zones les plus poissonneuses de la région. Or, Moscou entend rappeler que ces îles sont russes, habitées, exploitées et qu’il n’est pas question de céder le moindre pouce de terrain.

Un verrou militaire

Sur un autre plan, les îles Kouriles sont surtout un verrou militaire dans le Pacifique. Pour Moscou, elles sont bien plus qu’un territoire disputé avec Tokyo. Leur importance est d’abord militaire et stratégique. En s’étirant entre la péninsule du Kamtchatka et Hokkaido, elles forment une véritable barrière naturelle entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord. Une position qui en fait l’un des verrous du dispositif russe dans cette partie du monde.

De plus, la chaîne des Kouriles contrôle en effet plusieurs passages maritimes permettant aux bâtiments de la flotte russe du Pacifique d’accéder au Pacifique depuis la mer d’Okhotsk. Or, cette dernière abrite des infrastructures militaires essentielles et constitue notamment une zone stratégique pour les sous-marins nucléaires russes. Tenir les Kouriles, c’est donc aussi protéger les approches de ce sanctuaire maritime.

D’ailleurs, Moscou ne s’est d’ailleurs pas contenté d’y planter son drapeau. Depuis plusieurs années, la Russie renforce sa présence militaire dans l’archipel en y déployant des systèmes de défense antiaérienne et des missiles côtiers capables de menacer les navires qui s’approcheraient de la zone. L’objectif est clair : transformer les Kouriles en ligne de défense avancée, capable de compliquer l’accès aux forces japonaises et américaines.

Blessure mémorielle

Côté japonais, les Kouriles ne sont pas que de simples îlots perdus aux confins du Pacifique. Les quatre territoires méridionaux constituent un contentieux territorial qui mêle mémoire de guerre, souveraineté, intérêts économiques et préoccupations sécuritaires. Un dossier vieux de plus de huit décennies, mais qui continue de peser lourdement sur les relations russo-japonaises.

En effet, Tokyo considère ces quatre îles comme faisant partie intégrante de son territoire et conteste leur prise de contrôle par l’Union soviétique dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. En effet, au mois d’août 1945, l’Union soviétique déclare la guerre au Japon, deux jours après le bombardement atomique d’Hiroshima et quelques jours avant la capitulation japonaise. Dans les derniers jours du conflit, les forces soviétiques prennent possession des Kouriles. Moscou expulse ensuite des îles environ 17 000 Japonais qui y vivaient, selon le gouvernement japonais.

Depuis, la restitution des « Territoires du Nord » est devenue une revendication récurrente de la diplomatie japonaise et l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un traité de paix définitif entre les deux pays.

Sans oublier l’enjeu sécuritaire de ces îles. Situées à quelques dizaines de kilomètres de Hokkaido, les îles placent la présence militaire russe aux portes mêmes du territoire japonais. La militarisation progressive de l’archipel par Moscou ne peut donc que préoccuper Tokyo. Bases, infrastructures militaires et systèmes de défense renforcent la capacité russe à contrôler cette partie du Pacifique et compliquent la marge de manœuvre du Japon et de son allié américain.

L’enjeu est d’autant plus sensible que le Japon cherche parallèlement à renforcer son dispositif de défense face à la montée en puissance de la Chine, aux menaces nord-coréennes et à l’affirmation militaire de la Russie. Voir Moscou consolider sa présence aux portes de Hokkaido est donc loin d’être anodin pour Tokyo.

Au final, les Kouriles restent une plaie à vif dans les relations russo-japonaises, un contentieux hérité de 1945 que les décennies n’ont jamais réussi à cicatriser. Dans ce contexte, la visite de Vladimir Poutine à Itouroup prend des allures de véritable provocation. Car, en foulant le sol d’une île que Tokyo considère toujours comme japonaise, le maître du Kremlin ne se contente pas de réaffirmer la souveraineté russe mais adresse au Japon un message aussi clair que cinglant. Les Kouriles sont russes, Moscou les considère comme un acquis et n’entend en restituer aucun pouce.

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TRIBUNE – La femme tunisienne : Point de discorde

Soixante-dix ans après la promulgation du Code du statut personnel, qui a interdit la polygamie, qui, rappelons-le, est permise par la charia (loi charaïque), la question du statut de la femme dans la société est loin d’être résolue. Il ne suffit pas d’une loi pour abolir et effacer un héritage, au moins vieux de quatorze siècles.

Pourtant l’évolution de la société tunisienne, et l’émergence des élites féminines, dans tous les domaines et secteurs, grâce principalement à l’école, devait logiquement suffire pour clore définitivement le débat, mais les dogmes particulièrement religieux sont plus tenaces que la réalité, ce qui fait que la question de la polygamie est périodiquement remise sur le tapis, car certains continuent à croire que le code du statut personnel tunisien, est fondamentalement opposé à la loi religieuse.

Et ce ne sont plus les seuls islamistes, qui jadis avaient mené, depuis sa promulgation, une guerre implacable contre ce code, mais d’autres hommes et femmes, qu’on ne peut soupçonner de sympathie envers le salafisme, osent maintenant demander l’abrogation de ce code, que seul la Tunisie de Bourguiba avait osé promulguer, avant même l’avènement de la République, puisqu’il fut signé par le souverain de Tunis, Ahmed Lamine Bey.

 

La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, … remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

 

Les réalités sociales, dont le taux élevé du célibat, parmi les hommes et les femmes tunisiens, ajouté à cela l’augmentation vertigineuse du taux de divorce, et la baisse générale de la natalité, ont donné des arguments, qui peuvent êtres recevables, à ceux qui demandent l’annulation de ce code, ou du moins sa réforme profonde. La propagation du mariage halal, sorte de concubinage islamique autorisé par la charia, au sein d’une société où le taux du célibat augmente d’une façon vertigineuse, même avec des personnes mariées, remet sur le plateau, pour des raisons sociales, la nécessité de revoir la copie actuelle du code, sans pour autant autoriser la polygamie, en dépénalisant par exemple l’adultère.

La complexité de la situation est aggravée par la guerre politique entre les islamistes et une grande partie des laïcs, ces derniers considérant que le code est presque un texte sacré, qui doit rester intouchable.

Un point de démarcation politique

On est progressiste ou réactionnaire, conservateur ou moderniste, islamiste ou libéral, selon qu’on soit pour ou contre le Code de statut personnel. C’est le rapport avec ce code qui donne l’identité politique ou idéologique à tout citoyen tunisien. On ne peut être neutre sur ce point précisément. Et ceci depuis soixante-dix ans. Cette ligne de démarcation entre les camps cités plus haut est infranchissable, et quiconque ose la franchir subit les foudres de ses partisans. On ne peut pas être marxiste, progressiste, libéral, de gauche ou destourien sans être un inconditionnel du code initié et imposé par Habib Bourguiba il y a soixante-dix ans. Avant même d’être républicain car le code a précédé l’abolition du Beylicat.

Inversement, on ne peut être islamiste, salafiste conservateur religieux, ou, se réclamant d’un islam orthodoxe sunnite, sans reconnaître que la polygamie est autorisée par la religion musulmane, selon un verset clair et franc du saint Coran.

 

Le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

 

Bourguiba, pour donner une légitimité religieuse à cette loi, a eu recours, aux deux grands muftis, et savants, malikite et hanafite, al Shaykh Taher Ibn Achour pour le malikisme et al Shaykh Jaïet pour le Hanafisme, qui, se basant sur une tradition, appelée « le mariage Kairouanais », autorise la femme à exiger de son époux de ne pas contracter mariage avec une autre femme, sans son autorisation, ce qui constitue une forme de monogamie. Cette tradition remonte au premier calife abbasside (2ème siècle de l’hégire) qui avait demandé en mariage une Kairouanaise qui lui avait imposé cette condition dans le contrat. Une jurisprudence en fut la conséquence, sur laquelle les deux illustres muftis se sont basés.

Aucun autre Etat musulman n’a pu promulguer une loi comme celle qui régit les mariages en Tunisie, loi qui a joué un rôle fondamental dans l’émancipation de la femme tunisienne. On en conclut que l’avenir de celle-ci dépendra du sort qui sera réservé à cette juridiction. On peut dire, sans risque d’exagérer, que le statut légal de la femme constitue la grande discorde de la société tunisienne et l’émancipation de la femme la pomme de discorde.

Mariage halal, une solution tronquée

Le mariage dit « halal », une forme de concubinage, sans contrat de mariage légal, est une mode qui envahit tous les pays musulmans, et même les communautés musulmanes en Europe, mais aussi la Tunisie. Le cri d’alerte lancé par la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), organisation qui avait joué un rôle primordial dans l’application du Code du statut personnel, sur le développement du mariage halal en Tunisie, doit interpeler les autorités politiques sur la gravité de la question. Mais le recours à la répression, comme l’exige la présidente de l’UNFT, ne peut être la solution idoine. On ne peut pas stopper une vague sociétale par le durcissement législatif ou administratif, car il s’agit bien d’une vague qui traverse la société en réponse, à l’augmentation du célibat, notamment celui des femmes et du taux de divorce. Nos juristes feraient mieux à accorder un intérêt particulier à cette problématique au lieu de pérorer sur les droits de l’Homme et les libertés politiques.

Dans l’échelle des droits, comme partout, il y a des questions prioritaires. Or on observe un silence curieux qui en dit long sur nos élites. Il faut reconnaître qu’on touche à un nouveau tabou, et que se prononcer clairement sur une solution, c’est prendre des risques d’être classé par un camp comme par l’autre comme un ennemi, soit de l’Islam, soit de la femme. Mais le rôle des intellectuels n’est-il pas d’aller à contre-courant ? Ou faut-il attendre que le feu vert nous vienne encore une fois de l’Occident !

Le concubinage, une solution ?

Reconnaissons d’abord que le concubinage existe chez nous depuis longtemps, et que les autorités ont toujours fermé les yeux. Pour les hommes et les femmes mariés et en situation de concubinage avec d’autres partenaires, il n’y a intervention de l’autorité publique que lorsque le partenaire légal porte plainte, pour adultère. Or l’adultère est interdit avec contrainte par corps. Et le divorce peut être prononcé en faveur du plaignant. Mais le concubinage prend actuellement la forme d’un mariage « halal », encouragé par la mouvance politico-religieuse. Ce qui explique la levée du bouclier chez les laïcs, qui pourtant et souvent ferment les yeux sur le concubinage non religieux. D’où contradiction !

 

Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

 

Tant qu’il ne concernait que certaines franges, minoritaires, la tolérance était de mise, mais la tendance devient, semble-t-il lourde, si l’on croit la présidente de l’UNFT. Et il faut anticiper pour la gérer en réformant le code du statut personnel. Pourquoi alors ne pas faire comme dans les sociétés modernes en Europe ou ailleurs, en créant un statut légal pour le concubinage ? Ceci, d’autant plus que les courants de l’Islam politique n’y trouveront rien à y redire, car ils l’encouragent sous sa forme halal. Pour les tenants purs et durs du code, le concubinage, comme pratiqué en France, garantit aussi les droits des femmes, hormis la pension alimentaire et surtout les droits des enfants.

La société trouve empiriquement ses propres solutions, au mépris des lois, il est vrai, parfois. Il est temps d’anticiper sur cette évolution, car la nature a ses propres lois que les lois des hommes ou des dieux ne peuvent arrêter !

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13 Août 1956 : le droit de décoller, le devoir d’embarquer toute la société

Le Code du statut personnel (CSP) n’est pas seulement un texte juridique. Il est l’un des actes fondateurs de la Tunisie indépendante. Celui par lequel la dignité des femmes est devenue une condition de la modernité nationale. Soixante-dix ans après sa promulgation, son héritage appelle moins une célébration confortable qu’un sursaut collectif.

Le 13 août 1956, cinq mois après l’indépendance, la Tunisie accomplit une rupture d’une audace historique. Le CSP interdit la polygamie, substitue le divorce judiciaire à la répudiation et fait du consentement des deux époux une condition du mariage. Il déplace ainsi la famille du terrain de l’autorité unilatérale vers celui, encore imparfait mais décisif, du droit et de la citoyenneté.

Cette révolution ne fut pas seulement féminine. Elle fut aussi une révolution de l’État moderne : celui qui affirme que la loi commune doit protéger l’individu, y compris au sein de la famille, contre les dominations héritées de la coutume, de la force ou d’interprétations intéressées du sacré. Le Zaim Bourguiba avait compris une vérité essentielle : une nation qui maintient la moitié de ses citoyens sous tutelle ne se modernise pas; elle matérialise sa propre impuissance.

La Tunisie a ainsi porté les droits des femmes à un niveau rare dans son environnement arabe et africain. Mais un avion ne transforme pas, à lui seul, le paysage qu’il survole. La modernisation juridique n’a pas produit partout les mêmes capacités d’appropriation sociale. Si certaines catégories ont pleinement bénéficié de cette avancée, beaucoup de femmes demeurent confrontées à des réflexes de patriarcat, de hiérarchie familiale, de dépendance économique et de peur sociale.

Tel est le paradoxe tunisien : disposer d’un texte pionnier sans avoir créé, sur l’ensemble du territoire, les conditions socio-économiques, institutionnelles et culturelles de son application effective.

Quand le droit ne devient pas encore un pouvoir réel

Le CSP a posé un socle juridique; il n’a pas, à lui seul, bâti les conditions sociales de l’émancipation. En effet, les droits ne vivent pas seulement dans les recueils législatifs, ils vivent dans les écoles, les tribunaux, les entreprises, les médias, les familles et les communautés. Ils vivent surtout dans la capacité de chaque femme à les connaître, à les réclamer et à être protégée lorsqu’elle les exerce.
Dans les régions rurales, les quartiers périphériques et les petites villes, de nombreuses Tunisiennes restent confrontées à une double distance : celle des institutions et celle, plus invisible, du langage juridique. Là où l’État parle de consentement, de recours et d’égalité, d’autres discours imposent le devoir, la honte, l’honneur familial ou l’obéissance.
Ces discours peuvent envelopper des rapports de pouvoir dans une rhétorique religieuse.

Il faut l’affirmer sans ambiguïté : la foi est une liberté personnelle, respectable et protégée. Mais aucun discours religieux ne devrait servir à priver une citoyenne de droits garantis par la loi, ni à opposer sa spiritualité à son égalité en dignité.

Le chaînon manquant: une citoyenneté de proximité

Le projet modernisateur bourguibien fut immense. Il portait toutefois une fragilité stratégique: réformer la société d’en haut sans consolider suffisamment les forces autonomes capables de défendre durablement cette réforme. De plus, l’affaiblissement des forces progressistes, syndicales, intellectuelles et politiques a laissé un espace que des courants religieux organisés ont progressivement investi dans certains espaces associatifs, éducatifs et de socialisation. Ils ont notamment occupé le terrain laissé vacant par le recul des médiations civiques de proximité.

L’élite féminine a parfois agi comme une locomotive convaincue que sa vitesse entraînerait tous les wagons. Mais le lien s’était distendu sous l’effet de la précarité, de l’illettrisme juridique, de la dépendance économique, de la désaffiliation politique et d’un langage institutionnel souvent inaccessible.
Or un leadership réel ne se mesure ni au nombre de tribunes ni à la seule visibilité médiatique. Il se mesure à notre capacité de former des relais, de transmettre du pouvoir, de faire émerger des porte-parole locales et de rendre présentes dans l’espace public celles qui en sont encore absentes.

Faire du CSP un pouvoir vécu

La question n’est donc plus seulement : comment défendre le CSP ? Elle est devenue : comment faire de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien les copropriétaires de ses principes ? La réponse exige une véritable infrastructure civique de l’égalité.

D’abord, il faut instaurer une éducation juridique populaire. Chaque lycée, maison de jeunes, centre de formation professionnelle et délégation devrait proposer, dans un langage clair, des ateliers réguliers sur le mariage, le divorce, la violence, l’héritage, le travail, la protection sociale et les recours disponibles. Connaître un droit, c’est déjà réduire la possibilité qu’il soit confisqué.

Ensuite, la création d’un réseau national de « sentinelles du CSP » mérite d’être envisagée. Ces femmes et ces hommes, formés localement et indépendants des partis, pourraient orienter gratuitement les citoyennes vers les structures juridiques, sociales et psychologiques compétentes. Il ne s’agit pas de substituer le militantisme à l’État, mais de rendre l’État accessible là où il demeure abstrait.

Enfin, une part des programmes de développement, y compris ceux financés avec des partenaires bilatéraux et multilatéraux, devrait être liée à des résultats mesurables : recours effectif à la justice, délais d’accès à l’aide juridique, maintien scolaire des filles, autonomie économique, protection des victimes et représentation des femmes dans les structures locales. Les droits des femmes ne peuvent plus être un chapitre décoratif des projets; ils doivent devenir un critère de performance institutionnelle.

La vigilance est le prix de la liberté. Aucun acquis n’est définitif lorsqu’il n’est ni compris ni approprié et pas défendu. Le 13 août doit cesser d’être une fête d’autosatisfaction, pour devenir un rendez-vous annuel de l’exigence démocratique. Celui où la Tunisie se demande non seulement ce qu’elle a donné aux femmes en 1956, mais ce qu’elle fait aujourd’hui pour que chacune puisse réellement en disposer.

Par Khadija T. Moalla

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