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Tunisie : Croissance en hause, chômage en baisse mais 58 200 actifs occupés disparaissent

La croissance économique tunisienne a accéléré au deuxième trimestre 2026, avec une progression de 1,4 % du PIB par rapport au premier trimestre. Pourtant, cette amélioration ne s’est pas traduite par une hausse de l’emploi. Selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique (INS), le nombre de personnes occupées a au contraire reculé de 58 200 en trois mois.

Ce décalage entre la reprise de l’activité économique et l’évolution du marché du travail constitue l’un des principaux enseignements des données publiées le 15 août 2026.

Un PIB en hausse, mais moins d’occupés

D’après l’INS, le PIB en volume, corrigé des variations saisonnières, a progressé de 1,4 % au deuxième trimestre 2026 par rapport au premier trimestre. Sur un an, la croissance s’établit à 2,3 %.

Dans le même temps, le nombre de personnes occupées est passé de 3,6263 millions au premier trimestre à 3,5681 millions au deuxième trimestre, soit une diminution de 58 200 personnes.

Il convient toutefois de distinguer une baisse statistique du nombre d’occupés d’une destruction nette de 58 200 emplois au sens strict. Les chiffres de l’INS mesurent l’évolution de la population occupée entre deux enquêtes. Ils montrent néanmoins une contraction significative de l’emploi sur la période.

Le secteur des services demeure le principal employeur, avec 49,9 % des personnes occupées, devant les industries manufacturières (20,4 %), l’agriculture et la pêche (16,3 %) et les industries non manufacturières (13,5 %).

Le chômage baisse… parce que la population active se contracte

À première vue, les chiffres du chômage semblent plus favorables. Le taux de chômage est passé de 15 % au premier trimestre à 14,9 % au deuxième trimestre 2026. Le nombre de chômeurs a également diminué de 19 300, passant de 641 700 à 622 400.

Mais cette baisse doit être interprétée à la lumière de l’évolution de la population active.

Celle-ci a reculé de 77 500 personnes en trois mois, passant de 4,268 millions à 4,1905 millions. Le taux d’activité a également diminué de 1,2 point, pour atteindre 44,7 %, contre 45,9 % au trimestre précédent.

Autrement dit, la légère amélioration du taux de chômage ne correspond pas à une dynamique de création d’emplois. Elle intervient dans un contexte où le nombre de personnes présentes sur le marché du travail diminue fortement.

Le chômage des diplômés repart à la hausse

Autre signal préoccupant : la situation des diplômés de l’enseignement supérieur s’est nettement dégradée. Le taux de chômage de cette catégorie est passé de 24,2 % au premier trimestre à 26,6 % au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 2,4 points en trois mois.

La situation est encore plus difficile chez les femmes diplômées de l’enseignement supérieur. Leur taux de chômage atteint 35,6 %, contre 14,2 % chez les hommes diplômés.

Lire aussi : Kaïs Saïed : Les indicateurs économiques s’améliorent, mais les Tunisiens n’en ressentent pas les effets

Cette évolution contraste avec celle du chômage global : si le taux général baisse légèrement, celui des diplômés augmente, révélant une persistance des difficultés d’insertion des jeunes et des personnes hautement qualifiées.

Chez les 15-24 ans, le taux de chômage a en revanche reculé, passant de 37,5 % à 35,4 %. Il reste néanmoins élevé, avec 34,6 % chez les jeunes hommes et 37,1 % chez les jeunes femmes.

Une reprise économique qui ne bénéficie pas encore au marché du travail

Les données du deuxième trimestre mettent ainsi en évidence un paradoxe : la Tunisie enregistre une accélération de son activité économique entre avril et juin, mais cette amélioration coïncide avec une baisse du nombre de personnes occupées et une contraction de la population active.

La baisse de 0,1 point du taux de chômage ne doit donc pas être lue isolément. Elle intervient alors que 77 500 personnes sortent de la population active et que le nombre d’occupés diminue de 58 200.

La situation des diplômés constitue par ailleurs un autre indicateur de fragilité, avec un taux de chômage supérieur à un quart de cette population et un niveau qui dépasse 35 % chez les femmes diplômées.

Les prochains trimestres permettront de déterminer si la progression du PIB se transforme effectivement en créations d’emplois ou si le décalage entre croissance économique et marché du travail persiste.

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Tunisie | Le taux de chômage se stabilise autour de 15%

Selon les résultats de l’enquête sur l’emploi du deuxième trimestre 2026 réalisé par l’Institut national de la statistique (INS), la population active en Tunisie s’est établie à 4 190 500 personnes, contre 4 268 000 au premier trimestre de la même année, soit une baisse de 77 500 personnes.

La population active se répartit entre 2 887 700 hommes et 1 302 800 femmes, représentant respectivement 68,9 % et 31,1 % de l’ensemble de la population active.

Par ailleurs, le taux d’activité a enregistré un recul de 1,2 point de pourcentage au cours du deuxième trimestre 2026 pour s’établir à 44,7 % de la population âgée de 15 ans et plus, contre 45,9 % au premier trimestre 2026.

Au deuxième trimestre 2026, le nombre d’occupés a atteint 3 568 100, contre 3 626 300 au trimestre précédent, soit une baisse de 58 200 occupés. La population occupée se compose de 2 546 000 hommes et de 1 022 100 femmes, représentant respectivement 71,4% et 28,6 % de l’ensemble de la population occupée.

Les personnes occupées se répartissent comme suit par secteur d’activité : 49,9 % dans les services, 20,4% dans les industries manufacturières, 13,5 % dans les industries non manufacturières et 16,3 % dans l’agriculture et la pêche.

Le nombre de chômeurs s’est établi à 622 400 personnes au deuxième trimestre 2026, contre 641 700 au premier trimestre, soit une baisse de 19 300 chômeurs. Le taux de chômage a ainsi diminué à 14,9 %, contre 15 % au trimestre précédent.

Par sexe, ce taux a reculé de 0,5 point de pourcentage chez les hommes pour s’établir à 11,8 %, tandis qu’il a augmenté de 0,9 point chez les femmes pour atteindre 21,6 % au deuxième trimestre 2026.

Le taux de chômage s’est établi à 14,8 % en milieu urbain et à 15,0 % en milieu rural au cours du deuxième trimestre de 2026, contre respectivement 14,4 % et 16,5 % au premier trimestre de la même année.

Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a diminué au cours du deuxième trimestre 2026, atteignant 35,4 % contre 37,5% au premier trimestre 2026. Ce taux se répartit entre 34,6 % pour les hommes et 37,1% pour les femmes.

Chez les diplômés de l’enseignement supérieur, le taux de chômage a augmenté pour atteindre 26,6 % au deuxième trimestre 2026, contre 24,2 % au premier trimestre de la même année. Ce taux s’élève à 14,2 % chez les hommes et à 35,6 % chez les femmes.

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Budget 2027 | Opération réussie, mais le patient cherche encore son pouls

Le projet de loi de finances 2027 de la Tunisie avance, comme chaque année, drapé de son vocabulaire propre : trajectoire budgétaire, équilibres macroéconomiques, hypothèses de croissance. Parmi ces chiffres, un seul retiendra l’attention du grand public, parce qu’il est censé résumer tous les autres : +1,9%. C’est le taux de croissance annoncé pour porter le budget de l’année qui vient. Un chiffre sobre, presque discret, qui ne fera pas la une, et c’est bien pour cela qu’il mérite qu’on s’y arrête.

Ilyes Bellagha *

Un pourcentage de croissance nationale ne parle jamais d’un foyer. Il parle d’un agrégat — la somme de tout ce qui se produit dans le pays, exportateurs prospères et petits commerces à l’arrêt confondus, ramenée à une seule ligne. Cette ligne a une vertu et un vice identiques : elle rassure en lissant. Elle additionne la marge d’une entreprise qui exporte et le panier qui rétrécit chaque semaine chez une mère de famille, et en tire une moyenne qui ne ressemble à la vie de personne en particulier.

Or cette croissance de 1,9% doit être mise en regard d’une inflation attendue autour de 5% pour la même période. Un pays qui produit un peu plus de richesse, pendant que les prix montent trois fois plus vite, ne s’enrichit pas : il perd du pouvoir d’achat réel, même si les communiqués officiels parlent, eux, d’une économie «en résilience» ou , mieux, «en croissance». Ajoutons à cela un chômage des jeunes qui dépasse 38%, et l’idée qu’une croissance sous les 2% puisse créer un mouvement sensible dans la vie de ce tiers de la jeunesse relève de la fiction statistique plus que de l’analyse économique.

Rien de tout cela n’est un mensonge à proprement parler. C’est plus subtil, et plus grave : c’est une vérité qui a cessé de regarder ce qu’elle est censée décrire : un processus d’appauvrissement général que rien, pour le moment, ne semble pouvoir arrêter.

Peut-on vivre sans chiffres ?

Il fut un temps où un Tunisien savait que l’année avait été mauvaise sans qu’aucun institut ne le lui confirme. Il le savait au poids du couffin, à la file qui s’allongeait devant la boulangerie, au silence plus lourd dans les cafés, au nombre de mariages reportés dans le quartier. Ce savoir-là n’avait besoin d’aucun médiateur : il naissait directement de l’expérience vécue, lentement, mais il appartenait à celui qui le portait.

Le chiffre est venu s’interposer entre l’homme et sa propre condition. Il ne s’est pas contenté de la mesurer — il a fini par l’arbitrer. Un citoyen peut aujourd’hui sentir sa vie se dégrader et douter malgré tout de sa propre perception, parce que «les chiffres» annoncent une amélioration, qui, à l’analyse, n’en serait finalement pas une. Le rapport entre le sentir et le savoir s’est inversé : ce n’est plus l’expérience qui nourrit le chiffre, c’est le chiffre qui autorise, ou interdit, l’expérience.

Peut-on alors vivre sans chiffres ? Non, évidemment — aucune société complexe ne se gouverne à l’instinct, et le prétendre serait une régression, pas une lucidité. Mais la vraie question n’est pas l’existence du chiffre : c’est sa justesse et sa place dans la hiérarchie du savoir. Est-il un outil au service de ce que les gens vivent, ou est-il devenu le seul juge légitime de ce qu’ils ont le droit de ressentir ? Le glissement s’est fait sans bruit, du chiffre-témoin au chiffre-verdict.

Le jargon comme dissimulation

Foucault l’avait déjà repéré : la statistique n’est pas née pour éclairer les gouvernés, mais pour permettre à l’État de gérer sa population comme on gère un cheptel — natalité, mortalité, rendement. Le mot lui-même le trahit : Statistik, la science de l’État. Le chiffre n’a jamais été un outil démocratique de transparence ; il a toujours été, à l’origine, un instrument de pilotage du haut vers le bas. Ce qui a changé, ce n’est pas sa nature, c’est le discours qui l’accompagne aujourd’hui, celui d’une transparence «partagée avec le citoyen» — alors que le citoyen, précisément, n’en possède ni le code ni la clé.

Le jargon médical fonctionne selon la même logique. Une bosse devient un hématome sous-cutané, une fêlure une fissure corticale : la précision n’est pas fausse, mais elle déplace l’autorité du patient vers celui qui maîtrise le vocabulaire. Le citoyen qui dit «je n’arrive plus à finir le mois» est renvoyé, poliment, à son ignorance des grands équilibres — pendant que le communiqué, avec ses trois chiffres après la virgule, est reçu comme la vérité elle-même.

Le politique n’a donc plus besoin de mentir pour dissimuler une décision : il lui suffit de la formuler dans une langue que le citoyen ne parle pas. Ce n’est plus la censure qui protège l’arbitrage budgétaire, c’est le jargon. On ne cache plus l’information, on la rend techniquement imprenable — comme un dossier médical illisible pour qui n’a pas fait la faculté.

L’opération a réussi

Le budget 2027 sortira du bloc opératoire dans quelques mois, et l’on nous dira, avec la fierté calme des grands communiqués, que la croissance atteindra 1,9%, l’inflation sera contenue et les équilibres financiers de l’Etat plus ou moins préservés. L’opération, en somme, aura parfaitement réussi… dans les limites de ce qui est permis d’espérer ou de prévoir.

Personne, dans le compte-rendu, ne demandera comment ira le patient.

C’est tout le génie du jargon : il permet de déclarer un succès sans jamais croiser le regard de celui qu’on a opéré. Le chirurgien qui annonce que l’opération a réussi ne ment qu’à moitié — techniquement, son geste a été exact, son protocole respecté à la lettre. Il a raison dans sa langue. Il a simplement oublié de vérifier si quelqu’un respirait encore de l’autre côté du drap.

Le +1,9% sera de la même nature : une opération réussie, sur le papier, dans la langue de ceux qui l’ont conduite. Que le patient — cette majorité qui vit dans une tout autre langue, celle du couffin et de la fin de mois — n’en ait pas survécu, cela ne figurera dans aucun rapport, parce que ce n’est simplement pas ce que le rapport a été conçu pour mesurer.

Alors on pourra, comme Pangloss au chevet des ruines, continuer d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des budgets possibles — pendant que le patient, lui, cherche encore son pouls.

* Architecte.

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Diplômés chômeurs : un rendez-vous à Carthage pour débloquer la loi de recrutement

La mobilisation des diplômés chômeurs semble produire ses premiers effets. L’Union des diplômés chômeurs a annoncé, samedi 13 juin 2026, avoir reçu une proposition de rendez-vous avec la présidence de la République, quelques jours après le mouvement de protestation organisé à la Kasbah pour réclamer l’application du dispositif exceptionnel de recrutement prévu par la loi...

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