L’affaire Fergie Chambers franchit une nouvelle étape avec la révélation du contenu de la notice rouge d’Interpol le concernant. Arrêté le 10 juillet à Ibiza à la demande des autorités américaines, l’héritier et mécène du Club Africain est toujours détenu en Espagne, dans l’attente de la suite de la procédure d’extradition. Selon le quotidien espagnol El País, qui affirme avoir consulté la notice, le document permet surtout de préciser les faits que Washington lui reproche.
Trois chefs d’accusation au cœur du dossier
D’après El País, la notice rouge mentionne trois chefs d’accusation : blanchiment d’argent, émeute et complot en vue de provoquer une émeute. Le journal précise que ce dernier chef ne correspond pas exactement à une infraction autonome dans le droit espagnol.
Ces accusations s’inscrivent dans une procédure américaine dont l’acte d’accusation demeure sous scellés. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, Chambers risque jusqu’à 30 ans de prison s’il était reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés aux États-Unis.
Il convient toutefois de rappeler que Chambers n’est pas condamné. Les faits évoqués correspondent aux accusations formulées par les autorités américaines et doivent être distingués d’une culpabilité judiciairement établie.
Les 7,5 millions de dollars transférés en Tunisie
L’un des éléments les plus sensibles du dossier concerne la Tunisie. La notice évoquée par El País fait état d’un transfert de 7,5 millions de dollars vers la Tunisie, considéré comme suspect par les autorités américaines dans le cadre de l’accusation de blanchiment.
Ce montant donne une nouvelle dimension aux interrogations entourant les activités financières de Chambers en Tunisie, où il résidait et où il s’était notamment impliqué dans le Club Africain.
Mais l’interprétation de ces transferts est précisément au cœur du désaccord entre l’accusation et la défense.
Interrogée par El País, l’épouse de Chambers, Stella Schnabel, affirme que les fonds transférés en Tunisie n’étaient pas destinés à un investissement, mais notamment au règlement de dettes et au paiement des salaires des joueurs du Club Africain.
Cette version rejoint le rôle financier joué par Chambers auprès du club tunisien, qu’il a soutenu durant la période de crise financière et administrative traversée par le CA. Son implication avait notamment contribué à faire de l’investisseur américain une figure centrale de l’environnement du club.
Pour autant, il serait prématuré d’établir un lien direct entre les sommes transférées et une quelconque infraction : ce que les autorités américaines considèrent comme suspect relève encore de l’accusation, et non d’une décision de justice définitive.
Gaza, le Hamas et la défense de Chambers
La notice évoquerait également un soutien financier à des organisations présentes à Gaza et susceptibles, selon les autorités américaines, d’avoir des liens avec le Hamas. Cette dimension explique en partie pourquoi le dossier dépasse largement la seule question du blanchiment d’argent.
La défense de Chambers conteste les accusations et soutient que les poursuites constituent une forme de persécution politique liée à son engagement en faveur de la cause palestinienne. Ses avocats, dirigés par l’ancien juge espagnol Baltasar Garzón, défendent cette ligne devant les juridictions espagnoles.
Selon eux, l’homme d’affaires aurait consacré environ un million de dollars à des projets et causes humanitaires à Gaza dont 550.000 dollars au Middle East Children’s Alliance, 370.000 dollars au Sameer Project, 300.000 dollars au People’s Health Movement, 200.000 dollars au fonds pour les enfants de Ghasan Abu Sittah et 100.000 dollars au Zaynab Project.
L’Espagne doit désormais poursuivre l’examen de la demande américaine d’extradition. La justice espagnole devra d’abord se prononcer dans le cadre de la procédure, avant qu’une éventuelle décision finale ne revienne au gouvernement espagnol.
La révélation de la notice rouge apporte donc des éléments nouveaux sur le dossier. Mais elle ne tranche pas la question essentielle : les faits reprochés à Fergie Chambers relèvent-ils d’activités criminelles, comme l’affirment les autorités américaines, ou d’activités philanthropiques et politiques, comme le soutient sa défense ? La procédure d’extradition devra précisément permettre de clarifier cette confrontation.
Cinq ans après le retrait américain et leur retour au pouvoir, les Talibans souhaitent le retour de Washington en Afghanistan mais sous une forme radicalement différente : une présence diplomatique et des investissements économiques mais sans présence militaire. De leur côté, les Américains restent très prudents car même si Donald Trump n’est pas très regardant sur les droits humains, l’oppression des femmes par le sulfureux mouvement islamiste est telle que sauter le pas et ouvrir une nouvelle page avec les Talibans est loin de soulever l’enthousiasme de l’administration américaine.(Photo: Amir Khan Muttaqi).
Imed Bahri
Selon le New York Times, ce changement est clairement perceptible dans les déclarations du ministre afghan des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi qui a appelé les États-Unis à rouvrir leur ambassade à Kaboul et à maintenir une présence diplomatique dans son pays ainsi qu’à investir dans les minerais et les infrastructures notamment les barrages et les routes.
Muttaqi présente cette invitation comme le début d’un «nouveau chapitre» dans les relations bilatérales, fondé sur le respect mutuel et la coopération plutôt que sur la guerre et le conflit.
Le NYT associe cette initiative à une tentative plus large des Talibans de sortir de l’isolement international dans lequel ils sont depuis leur retour au pouvoir en 2021. Ils ont intensifié leurs efforts diplomatiques et économiques en renforçant leurs relations avec la Russie et les pays d’Asie centrale, en concluant des accords commerciaux, en s’ouvrant aux États du Golfe et en coopérant avec plusieurs pays européens sur la question du rapatriement des migrants afghans.
Obstacles majeurs à Washington
Les Talibans considèrent le rétablissement d’une forme de relation avec Washington s’il se concrétise comme un grand succès diplomatique. Ils souhaitent que ceci ait lieu tant que le président Trump est encore au pouvoir car il accorde une grande importance aux deals et aux intérêts commerciaux et économiques.
Par conséquent, le mouvement tente de se présenter aux États-Unis comme une autorité capable d’imposer la sécurité et la stabilité et de créer un environnement propice aux investissements étrangers, bien que cette ambition se heurte à d’importants obstacles à Washington.
En effet, l’administration américaine ne semble pas actuellement disposée à normaliser ses relations avec les Talibans. De fait, elle a pris des mesures ces derniers temps qui ont creusé le fossé entre les deux camps.
Par ailleurs, les États-Unis conditionnent tout engagement avec les Talibans à la lutte contre le terrorisme et au respect des droits humains, alors même que le mouvement continue d’imposer de fortes restrictions aux femmes et aux filles dans le domaine de l’éducation.
Washington a également rejeté plusieurs revendications formulées précédemment par les Talibans, tandis que le mouvement n’a pas répondu aux demandes du président Trump, notamment le retour du contrôle américain sur la base aérienne de Bagram, la restitution des armes américaines laissées en Afghanistan après le retrait et le cas d’un citoyen américain qui, selon Washington, est détenu par les Talibans ce que ces derniers démentent.
À l’inverse, les Talibans tentent de convaincre Washington que le retour des Américains n’implique pas le retour des forces militaires. Muttaqi, selon le NYT, affirme que les Afghans n’acceptent pas une présence militaire étrangère sur leur territoire, compte tenu de la longue expérience historique du pays en matière d’interventions étrangères. C’est pourquoi les Talibans privilégient une approche fondée sur a représentation diplomatique, l’investissement et le commerce plutôt que sur des bases militaires.
L’offre des Talibans met l’accent notamment sur les richesses minières de l’Afghanistan. Le pays possède d’importantes réserves inexploitées de lithium, de cuivre et de minerai de fer, ainsi que des terres rares.
Certaines personnalités américaines interrogées par le NYT estiment que cette question pourrait constituer un point d’entrée concret pour relancer le dialogue entre Washington et Kaboul, d’autant plus que l’administration Trump a tendance à privilégier les intérêts économiques et les accords commerciaux.
Le journal américain rappelle l’expérience passée des États-Unis soulignant qu’ils ont dépensé près d’un milliard de dollars entre 2004 et 2021 pour tenter de développer le secteur extractif afghan, sans obtenir de résultats tangibles.
Actuellement, le gouvernement taliban a déjà commencé à signer des accords d’investissement minier avec des entreprises internationales, ce qui témoigne de sa volonté d’exploiter les ressources naturelles du pays afin d’attirer des capitaux étrangers.
Le NYT rappelle aussi que les pays européens ont commencé à dialoguer avec les Talibans notamment sur la question de l’immigration et de l’expulsion des demandeurs d’asile afghans déboutés ou des criminels de droit commun condamnés.
Les rencontres qui ont eu lieu entre diplomates afghans et européens sont le signe d’un assouplissement progressif de la distance politique qui avait caractérisé les premières années du retour au pouvoir des talibans.
Toutefois, cette ouverture ne constitue pas une reconnaissance internationale formelle du gouvernement taliban. Les pays européens ne reconnaissent toujours pas ce gouvernement comme l’autorité légitime en Afghanistan et les Talibans demeurent exclus des principales institutions internationales.
Par ailleurs, le chef du mouvement Haibatullah Akhundzada fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité liés à la politique du mouvement à l’égard des femmes et des filles.
À Washington même, des voix se sont élevées pour réclamer une réévaluation de la politique d’isolement total des Talibans. D’anciens diplomates et chercheurs américains affirment que la poursuite du boycott pourrait nuire aux intérêts américains, notamment compte tenu de l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afghanistan.
Washington moins enthousiaste à l’idée d’un retour
Ces observateurs estiment qu’une présence diplomatique américaine à Kaboul offrirait à Washington une plus grande marge de manœuvre pour influencer l’évolution de la situation en Afghanistan, défendre ses intérêts économiques, renforcer ses relations avec les États d’Asie centrale et contrebalancer l’influence de la Chine et de la Russie.
Le chercheur Hassan Abbas résume l’essence du dilemme en affirmant que les Talibans n’ont pas encore fait assez pour modifier la position de la communauté internationale à leur égard et que toute véritable ouverture nécessite un changement dans certaines de leurs politiques, ce que le mouvement ne semble pas prêt à proposer pour le moment.
Alors qu’il y a quelques années, la question portait sur le retrait militaire américain d’Afghanistan, elle porte aujourd’hui sur un éventuel retour des États-Unis dans le pays, non pas en tant que force militaire mais en tant que puissance diplomatique et économique, un retour que les talibans semblent souhaiter ardemment tandis que Washington hésite encore à en payer le prix politique et sécuritaire.
Il faut rappeler que depuis leur retour au pouvoir, les talibans n’ont montré aucun signe d’évolution sur les questions sociétales et particulièrement la condition des femmes. Depuis 2021, ils imposent aux femmes et aux filles en Afghanistan une exclusion systématique de la vie publique et des discriminations extrêmes que l’ONU qualifie « d’apartheid de genre ». Privées d’éducation secondaire et supérieure, d’accès à la plupart des emplois et de liberté de mouvement sans tuteur masculin, les Afghanes subissent une répression totale renforcée par de nouvelles lois punitives. Dans ce contexte où les talibans ne font aucun effort sur la question des droits des femmes, l’ouverture d’un nouveau chapitre entre Washington et Kaboul demeure suspendue.
L’incident s’est produit à la fin du sommet de l’Otan, le 8 juillet dernier. Donald Trump, averti d’une prétendue menace d’attaque de la part de l’Iran, s’est retrouvé mêlé à une opération rocambolesque d’évasion au cours de laquelle il s’était fait couvrir de ridicule qui, on le sait, ne tue pas.(Photo : Trump exfiltré dans un conteneur de restauration se la joue James Bond 007).
Habib Glenza, à Lodz.
La première information rapportée par la presse américaine était que Trump avait troqué le Boeing 747-8 récemment rénové, un cadeau du Qatar, contre l’ancien Air Force One pour rentrer du sommet de l’Otan en Turquie.
Les journalistes ont trouvé étrange que Trump ait décidé à la hâte de changer son Boeing 747-8 Air Force One flambant neuf, d’une valeur de 400 millions de dollars, dont la modernisation, selon The Independent, a coûté environ 1 milliard de dollars supplémentaires.
Au départ, on pensait que le changement d’avion de Trump était dû à des failles de sécurité du nouvel Air Force One. Paradoxalement, l’ancien Air Force One était considéré comme plus sûr. Du moins, c’est ce que l’on croyait.
Sur Truth Social, Donald Trump avait alors affirmé que l’ancien et le nouveau Air Force One feraient un arrêt imprévu à la base de la Royal Air Force de Mildenhall, au Royaume-Uni, afin que les soldats de la base puissent visiter le nouvel appareil.
«Tout le monde est très enthousiaste, et nous pensions qu’ils devaient être les premiers à le voir. Par nostalgie, nous allons faire voler l’ancien Air Force One de Turquie à Mildenhall, un court voyage qui en vaut vraiment la peine afin que nos grands héros militaires aient l’occasion d’apprécier notre magnifique nouvel appareil au sein de la flotte de l’Armée de l’air», écrivait Trump à l’époque dans son style fanfaron habituel.
Les explications concernant ce changement d’avion semblaient pour le moins extravagantes. La vérité allait bientôt être révélée par la presse américaine.
A cause d’une soi-disant menace iranienne
L’échange d’avions est intervenu dans un contexte de nouvelles attaques américaines contre l’Iran, un aspect clé de l’histoire qui a pris une importance accrue lorsque des informations ont indiqué qu’une menace contre le président était la raison apparente de ce changement soudain d’appareil.
Des rapports ultérieurs, publiés en juillet, ont ajouté une autre pièce au puzzle lorsque des responsables ont déclaré que le passage à l’ancien Air Force One était intervenu alors que les États-Unis avaient détecté un complot crédible de groupes soutenus par l’Iran visant à tirer un missile sur l’avion, comme l’a rapporté le New York Times.
Cette révélation a apporté un nouvel éclairage à l’affaire, des informations antérieures ayant indiqué que le Boeing 747-8 fourni par le Qatar, récemment modernisé pour servir de nouvel avion présidentiel Air Force One, ne disposerait pas de certains systèmes avancés de défense antimissile équipant l’ancien appareil présidentiel bleu clair.
Selon le New York Times, une fois la menace détectée, les services secrets américains ont demandé à Trump de changer d’avion.
Le 11 août, le Washington Post a révélé que Trump n’avait voyagé ni à bord du nouvel Air Force One, ni à bord de l’ancien. En réalité, une opération secrète de désinformation avait été mise en place pour protéger le président, opération qui a pu mettre en danger toutes les personnes voyageant à bord d’Air Force One, notamment les journalistes qui suivent Trump lors de ses déplacements.
L’ancien avion Air Force One utilisé comme leurre
Trump a embarqué à bord du vieil avion présidentiel Air Force One sous l’œil des caméras de télévision, mais aurait été rapidement transféré dans un C-32A de l’armée de l’air, plus petit, pour quitter la Turquie.
Mais le plus étonnant dans cette histoire est la manière dont le président a réussi à rejoindre le C-32A sans être repéré. Le président américain aurait été transporté jusqu’au C-32A dans un conteneur de restauration aéroportuaire. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, est monté à bord par un escalier extérieur, ce qui, selon le Washington Post, visait à «donner l’illusion d’un vol normal».
Trump s’est rendu au Royaume-Uni à bord du troisième avion et est remonté secrètement à bord de l’ancien Air Force One, s’adressant finalement au groupe de journalistes, qui n’avaient pas été informés de la situation et qui étaient également resté à bord de l’ancien Air Force One pendant le vol vers le Royaume-Uni.
Un responsable a déclaré au Washington Post que l’ancien Air Force One et les médias à bord servaient de leurre. Durant le vol vers le Royaume-Uni, les journalistes auraient été priés de baisser leurs stores. Interrogé à ce sujet plus tard, de retour à bord de l’ancien Air Force One, Trump a donné une réponse pour le moins surprenante, en déclarant aux journalistes qu’ils avaient dû baisser les stores car ils étaient «probablement sur un vol dangereux à cause de la racaille à laquelle nous devons faire face». Il a ajouté que sa vie était «constamment en danger» et qu’il figurait en tête de la liste noire iranienne.
Depuis, l’affaire a fait les gros titres aux États-Unis. Lorsque le Washington Post a fourni à l’administration les détails de son reportage, le directeur de la communication de la Maison-Blanche, Steve Cheung, a déclaré : «Comme le président l’a dit récemment, de nombreux ennemis des États-Unis le visent, et nous utilisons tous les outils à notre disposition pour faire face à ces menaces.»
Sauf que, dans toute cette affaire, où beaucoup de monde a été mené en bateau, y compris peut-être Trump lui-même, personne ne s’est avisé à vérifier si menace iranienne il y a eu réellement ce jour-là, ou si ce n’était pas une énième manipulation des services secrets… israéliens. Ah, ces incorrigibles Américains !
Il y a vingt ans, les Émirats arabes unis ont voulu acquérir, via leur entreprise de gestion portuaire DP World (Dubai Ports World), six ports américains ce qui a provoqué une levée de boucliers à Washington et l’opération a fini par capoter. Après deux décennies, la situation a complètement changé et les Émirats sont devenus le chouchou des États-Unis au Moyen-Orient. Ce changement a nécessité un investissement de sommes colossales dans le lobbying et le recours massif aux sociétés de relations publiques mais également la lune de miel entre Abou Dhabi et Tel Aviv a consolidé la place des Émirats à Washington. L’inamovible ambassadeur émirati aux États-Unis Youssef Al-Otaiba, en poste depuis juillet 2008, a également joué un rôle clé.
Imed Bahri
Dans le Financial Times, Abigail Hauslohner, correspondante du journal britannique à Washington, a révélé comment les Émirats ont gagné les faveurs de Washington. Selon elle, Abou Dhabi a déployé une stratégie mêlant argent et charme pour devenir l’un des alliés les plus importants des États-Unis au Moyen-Orient.
Pour parvenir à cette position, les Émirats ont tiré les leçons de leurs erreurs passées. Il y a vingt ans, précisément en février et mars 2006, ils se trouvaient au cœur d’une tempête politique à Washington lorsqu’une offre de l’État du Golfe visant à acquérir six grands ports maritimes américains par le biais de DP World, la multinationale émiratie basée à Dubaï, reconnue comme l’un des leaders mondiaux de la logistique et de la gestion portuaire, a suscité une vive controverse au sein du Congrès américain.
Cette offre intervenait cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, dont deux des pirates de l’air étaient Emiratis. À l’époque, certains membres du Congrès affirmaient que les Émirats étaient une plaque tournante du financement d’Al-Qaïda et un «problème persistant en matière de lutte contre le terrorisme», mettant en garde contre une grave menace pour la sécurité nationale américaine si les Émirats étaient autorisés à gérer des ports stratégiques.
Ni les membres du Congrès ni les opposants à l’offre ne semblaient se soucier du fait que les Émirats étaient le seul pays arabe à avoir déployé des troupes en soutien à la guerre américaine en Afghanistan et que l’administration Bush avait soutenu l’accord portuaire. Ce tollé avait contraint DP World à retirer son offre.
Cette affaire marqua un tournant pour les Émirats et leurs relations avec les États-Unis. À Abou Dhabi, le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, alors prince héritier d’Abou Dhabi, convoqua une réunion d’urgence avec ses conseillers. Il expliqua que cette «crise» avait révélé une profonde incompréhension chez la plupart des Américains au sujet des Émirats et qu’il était temps de corriger cette idée fausse.
L’un des plus fidèles alliés des États-Unis au Moyen-Orient
Vingt ans plus tard, ils y parvinrent. Mohammed ben Zayed devint président des Émirats et l’État du Golfe se transforma en l’un des plus fidèles alliés des États-Unis au Moyen-Orient.
Le 28 juillet, l’armée américaine annonça sa collaboration avec les Émirats pour accélérer le développement de l’intelligence artificielle militaire. Outre ses liens militaires, les Émirats ont investi massivement aux États-Unis, via leur fonds souverain de 1 700 milliards de dollars et des entreprises publiques, ainsi que dans les intérêts commerciaux de la famille du président Donald Trump. Le Congrès, à majorité républicaine, se montre moins préoccupé qu’auparavant par les investissements dans des secteurs sensibles pour la sécurité nationale américaine. Trump a récemment accordé aux Émiratis l’accès à certaines des puces informatiques américaines les plus récentes, quelques mois seulement après qu’un prince émirati a investi 500 millions de dollars dans l’entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump.
Cependant, tout n’a pas toujours été rose. Les Émirats ont notamment été irrités par la signature, par Washington, de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. La guerre menée par Trump contre l’Iran a mis à l’épreuve les limites de l’influence de Ben Zayed, les Émirats devenant une cible privilégiée des représailles iraniennes. Le déluge de missiles et de drones iraniens a soulevé des questions quant à la stabilité du pays et à la viabilité de son ambition de devenir un pôle technologique mondial.
Le FT cite Barbara Leaf, ancienne ambassadrice des États-Unis à Abou Dhabi (2014-2018) puis secrétaire d’État adjointe américaine aux Affaires du Proche-Orient : «Les Émiratis savent qu’ils ont une influence et une présence, mais en fin de compte, ils n’ont eu aucun mot à dire dans une guerre qui a éclaté à leur frontière et ont subi de plein fouet les attaques».
Le renforcement des liens avec Israël
Néanmoins, la guerre a renforcé la conviction, largement répandue à Abou Dhabi, qu’il était nécessaire de consolider les liens. Abou Dhabi a stratégiquement fondé sa relation avec les États-Unis sur son partenariat et sur le renforcement de ses liens avec Israël. Les autorités affirment que le pays entend non seulement poursuivre sur cette voie mais aussi approfondir ces liens.
Mais comment ce partenariat et cette coopération se sont-ils développés ? Selon le journal britannique, cela est lié au rôle de l’ambassadeur d’Abou Dhabi à Washington, Youssef Al Otaiba, ancien conseiller de Ben Zayed et diplômé de l’université de Georgetown. Il a été envoyé à Washington en 2008 afin de présenter aux Américains une image différente des Émirats. Grâce à un vaste réseau de lobbyistes influents, il a réussi. Quel est son principal outil ? L’argent. Les Émirats ont dépensé plus de 270 millions de dollars à Washington au cours de la dernière décennie, selon OpenSecrets, un site web qui analyse les flux financiers de la politique américaine. Avec leurs voisins du Golfe, l’Arabie saoudite (422 millions de dollars) et le Qatar (269 millions de dollars), les Émirats figurent parmi les dix premiers pays au monde en matière de dépenses dans les relations publiques.
Les Émirats ont également investi massivement dans certains des plus importants think tanks de Washington, notamment l’Atlantic Council, le Center for Strategic and International Studies et la Rand Corporation. Ils ont aussi accueilli des dizaines de conférences et de séminaires internationaux.
Un ancien haut responsable du Département d’État a décrit le rôle de l’ambassadeur des Émirats en ces termes : «Al-Otaiba n’a ménagé aucun effort pour organiser des événements mondains afin de s’attirer les faveurs de ses partisans au sein des deux partis». Le responsable a ajouté : «Il est étonnant de constater le nombre d’anciens responsables qui ont publié des tribunes vantant les mérites de la relation prétendument mutuellement avantageuse entre les États-Unis et les Émirats».
Une oasis de libéralisme de façade dans un région conservatrice
Le journal souligne qu’Al-Otaiba a exploité l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie en 2018 pour présenter les Émirats comme un phare de modernité et d’espoir, abritant un Dubaï modéré et favorable aux entreprises, une oasis de libéralisme de façade dans une région majoritairement musulmane et conservatrice.
Al-Otaiba a incité les responsables politiques américains à se rendre aux Émirats, a piloté les efforts de l’ambassade auprès du Congrès, des groupes de réflexion, des universités, des écoles et des médias, et a organisé des réceptions pour l’élite de Washington.
Lors de la première campagne de Trump, Al-Otaiba a tissé des liens étroits avec Jared Kushner, le gendre du président, devenu par la suite l’un de ses principaux conseillers pour les affaires du Moyen-Orient.
Cette relation a conduit les Émirats à normaliser leurs relations avec Israël en 2020 et ce, dans le cadre des Accords d’Abraham. Un ancien responsable du Département d’État a décrit la décision des Émiratis de normaliser leurs relations en ces termes : «Ils ont su anticiper l’avenir et comprendre les priorités des États-Unis et ils ont réalisé qu’Israël était un moyen de se rapprocher de l’administration Trump». Il a ajouté: «Cette relation étroite avec Israël leur a permis d’échapper aux critiques dont ils faisaient l’objet».
Citant des sources proches de la famille régnante, le FT indique que le renforcement des liens avec les États-Unis sert plusieurs objectifs stratégiques pour Ben Zayed notamment diversifier l’économie et réduire sa dépendance aux revenus pétroliers, faire des Émirats un pôle mondial de l’IA et s’affranchir de la domination de l’Arabie saoudite, principale puissance régionale.
Après deux décennies d’échecs dans la conquête de grands ports maritimes américains, les Émirats ont progressivement commencé à investir dans un secteur bien plus lucratif. Des fonds d’investissement publics, tels que Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi, et MGX, dirigé par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats et frère du président, Cheikh Tahnoun bin Zayed Al Nahyan, ont noué d’importants partenariats avec des entreprises technologiques comme OpenAI et XAI.
Ces fonds ont également acquis une participation majoritaire dans le fabricant de semi-conducteurs GlobalFoundries et réalisé des investissements significatifs dans Cerebras Systems, un autre fabricant de semi-conducteurs, et Allied Data Centers, un développeur de centres de données. Abu Dhabi a également connu une avancée majeure avec la décision du département du Commerce américain d’autoriser la vente de puces électroniques de pointe aux Émirats et de lever les restrictions sur leurs exportations. L’ambassadeur Al Otaiba a salué cet accord, le qualifiant de «réalisation importante fruit d’une coopération continue». Cependant, les démocrates ont une opinion différente. La représentante de l’Arizona Yasmin Ansari l’a décrit «comme peut-être l’un des cas de corruption les plus importants et les plus flagrants de l’histoire des États-Unis».
Depuis des années, des responsables de la sécurité nationale et des membres du Congrès mettent en garde contre les risques liés à l’accès des Émirats aux puces électroniques de pointe. Selon eux, cela exposerait les technologies américaines les plus sensibles à un risque d’acquisition par la Chine, leur principal rival mondial, avec laquelle les Émirats arabes unis entretiennent des liens commerciaux et technologiques étroits. L’administration Trump et les Émirats arabes unis affirment avoir pris des mesures pour protéger ces technologies.
Une politique étrangère qui fait grincer des dents
Cependant, certains responsables et anciens parlementaires restent sceptiques. «Abou Dhabi a cultivé avec les États-Unis une relation qui sert largement les intérêts des Émirats mais qui nuit à la politique étrangère américaine et à nos intérêts nationaux», déclare un ancien responsable du Département d’État.
Même au sein de l’administration Trump, la politique d’Abou Dhabi peut faire grincer des dents comme cela a été le cas à cause de la livraison d’armes lourdes aux Forces de soutien rapide, la milice soudanaise de Hemedti Dagalo accusée de crimes de guerre.
L’année dernière, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que les Émirats arabes unis «soutenaient ouvertement une entité commettant un génocide au Soudan», une accusation que les Émirats arabes unis réfutent. Cependant, les membres du Congrès ont systématiquement voté contre les tentatives du Congrès de bloquer les ventes d’armes à Abou Dhabi, arguant qu’il s’agit d’un allié stratégique.
Les Émirats ont également échappé à des sanctions sévères pour leur rôle de plaque tournante du financement illicite de l’Iran. Ce rôle était crucial pour la survie du régime iranien avant la guerre, au point que Trump a déclaré cette année que les Émirats arabes unis étaient «le banquier de l’Iran».
Une analyse du Financial Times sur les sanctions du Trésor américain contre l’Iran a révélé que les Émirats étaient le deuxième pays le plus fréquemment cité après la Chine, malgré la position traditionnellement intransigeante d’Abou Dhabi à l’égard de Téhéran. Sur les 1 573 entités et individus sanctionnés pour leurs liens avec un pays autre que l’Iran, 22% possèdent la nationalité émiratie ou ont une adresse ou une entreprise enregistrée aux Émirats.
«Les Émirats exercent une influence considérable ici à Washington, une influence excessive», déclare le sénateur Van Hollen, démocrate du Maryland, qui ajoute : «Ils ont donc pu agir impunément, contrairement à d’autres pays». Malgré toute cette influence, les Émirats n’ont pas été en mesure d’empêcher les États-Unis et Israël de déclencher une guerre contre l’Iran cette année.
Cependant, depuis le début du conflit, les Émirats ont pris la décision radicale de renforcer leurs liens avec Washington et Israël, allant jusqu’à lancer des dizaines de frappes aériennes contre l’Iran.
Les Émirats se sont davantage rapprochés d’Israël et, en mai, se sont retirés de l’Opep dirigée par l’Arabie saoudite, renforçant ainsi leur position aux côtés de Trump, qui a toujours désapprouvé l’influence de l’Opep sur les prix du pétrole. Un responsable émirati ajoute que l’Arabie saoudite n’est plus la puissance dominante qu’elle était lors de la visite de Trump dans le Golfe l’année dernière.
Certains experts prévoient que privilégier les relations avec les États-Unis et Israël au détriment des alliances arabes régionales aura des conséquences néfastes. Andrew Leber, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Tulane, affirme qu’en agissant ainsi, les Émirats risquent de sacrifier leur indépendance stratégique à ces pays.
Certains démocrates estiment également que les Émirats arabes unis devront rendre des comptes si le Parti démocrate reprend le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, ce qui pourrait ouvrir la voie à des enquêtes parlementaires.
Le secteur tunisien des phosphates attire de nouveau l’attention à l’international. Cette fois, l’initiative vient de Washington. L’ambassade des États-Unis à Tunis et le département d’État américain viennent de lancer un appel à projets pouvant mobiliser jusqu’à 1,536 million de dollars, (soit environ 4,4 millions de dinars tunisiens), pour soutenir le développement d’investissements privés et transparents dans cette filière.
Le projet retenu devra être mis en œuvre sur une période allant de 18 à 24 mois. À travers ce financement, les États-Unis cherchent notamment à accompagner la mise en place de standards techniques de production plus avancés, à favoriser les échanges commerciaux avec la Tunisie et, plus largement, à renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement en minéraux considérés comme stratégiques.
Concrètement, l’appel s’adresse à des acteurs capables de porter ce type de projet. Les entreprises privées, organisations à but non lucratif américaines ou internationales, universités et centres de recherche peuvent présenter leur candidature, à condition de disposer d’une expertise dans des domaines tels que le financement de projets, la diplomatie commerciale ou encore le développement minier.
En effet, le financement ne vise donc pas simplement à soutenir la production de phosphate. Il cherche à agir sur l’ensemble de l’environnement qui permet à une filière minière de se développer (normes techniques, investissement privé, expertise et accès aux marchés internationaux).
A dire vrai, cette démarche américaine intervient dans un contexte où les chaînes mondiales d’approvisionnement en ressources stratégiques font l’objet d’une attention croissante. Pour Washington, la diversification des fournisseurs et le développement de partenariats avec des pays producteurs constituent désormais un enjeu économique et stratégique.
Par ailleurs, la Tunisie dispose, dans ce cadre, d’un secteur des phosphates déjà structuré autour de l’extraction et de la transformation industrielle. Mais la filière fait également face à des défis importants en matière de production, de compétitivité, d’investissement et de modernisation. L’intérêt américain ouvre ainsi une nouvelle piste pour mobiliser des ressources et des compétences autour de ces enjeux.
Le programme est financé par le Bureau de coordination de l’assistance, relevant du Bureau des affaires du Proche-Orient du département d’État américain. Sa mise en œuvre est prévue sur une période maximale de deux ans. Le calendrier est désormais fixé. Les candidats peuvent adresser leurs questions jusqu’au 18 août 2026, avant de déposer leur dossier au plus tard le 2 septembre 2026 à 23h59 (heure de l’Est des États-Unis). Les demandes d’information doivent être envoyées à NEA-Grants@state.gov, en indiquant la référence DFOP0019505. L’appel à projets et les modalités de candidature sont disponibles sur Grants.gov.
Le président américain Donald Trump a réaffirmé la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara ainsi que son soutien constant au plan d’autonomie, dans une lettre adressée au roi Mohammed VI à l’occasion du 27e…