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Les exportations chinoises dépassent toutes les attentes

Les exportations chinoises ont dépassé les attentes en juillet, restant un pilier clé de la croissance économique de cette superpuissance industrielle, alors que le déploiement mondial de l’infrastructure d’intelligence artificielle (IA) continue d’alimenter la demande de produits de haute technologie.

Plus précisément, les exportations ont augmenté de 23,9 % en glissement annuel (en dollars américains) en juillet, selon les données douanières publiées ce vendredi 7 août, un ralentissement par rapport à la hausse record de 27 % enregistrée le mois précédent, mais un chiffre supérieur aux prévisions de croissance de 22,2 % établies par un sondage Reuters.

Les importations ont augmenté de 27,5 % par rapport à juillet de l’année précédente, ralentissant par rapport à la hausse de 36 % enregistrée en juin et confirmant la prévision de 27,9 %.

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Phosphate tunisien : Washington veut mobiliser 100 millions de dollars, avec la Chine en toile de fond

La subvention américaine de 1,5 million de dollars annoncée cette semaine doit financer un programme visant à mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains autour de PhosCo Ltd. Le document complet prévoit une participation américaine de 30 à 40 % dans la société australienne et affiche l’objectif d’empêcher l’entrée d’« entreprises publiques non marchandes » dans le projet, une formulation qui renvoie à la rivalité avec la Chine sans jamais la nommer.

La publication diffusée le 6 août par l’ambassade des États-Unis à Tunis présentait l’initiative « Safeguarding U.S. Critical Minerals Supply Chains-Tunisia » comme un programme destiné à soutenir l’investissement privé transparent dans le phosphate tunisien.

Le document complet de l’appel à candidatures, publié sur Grants.gov sous la référence DFOP0019505 et consulté par Webdo, révèle une opération d’une portée beaucoup plus importante. La subvention, comprise entre un million et 1,536 million de dollars, doit financer un dispositif chargé d’attirer des investisseurs privés américains dans le projet phosphatier développé par PhosCo Ltd.

Une participation américaine de 30 à 40 % visée

L’objectif fixé par le département d’État est de mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains afin de permettre à des investisseurs de prendre une participation de 30 à 40 % dans PhosCo Ltd.

Les 100 millions de dollars ne constituent donc ni une aide américaine ni un investissement déjà garanti. Il s’agit de la cible assignée à l’organisation qui remportera l’appel à candidatures.

Le programme doit également favoriser entre 15 et 25 millions de dollars d’exportations américaines d’équipements et soutenir entre 75 et 125 emplois industriels aux États-Unis. Sa mise en œuvre doit durer entre 18 et 24 mois, avec un démarrage envisagé le 1er octobre 2026.

L’organisation retenue devra identifier des fonds de capital-investissement, des financeurs institutionnels et des investisseurs stratégiques susceptibles d’investir directement dans PhosCo. Elle pourra constituer des espaces sécurisés d’échange de documents, organiser des présentations aux investisseurs et accompagner les procédures de vérification financière et juridique.

Elle devra également coordonner son action avec l’International Development Finance Corporation américaine et d’autres institutions financières pour étudier des solutions combinant capitaux privés, prêts et instruments de réduction des risques.

Un seul financement est officiellement prévu, même si le département d’État se réserve la possibilité d’en accorder jusqu’à deux, selon les candidatures reçues et les fonds disponibles.

PhosCo et le bassin phosphatier du Nord-Ouest au centre du programme

Le document américain identifie explicitement PhosCo Ltd comme la société au cœur de l’opération. Cette entreprise australienne cotée à la Bourse de Sydney développe le projet Gasaat dans la région de Kasserine.

Le NOFO présente PhosCo comme détenteur des droits de développement du « Northwest Mineral Basin » et évoque un gisement de 146 millions de tonnes de phosphate susceptible d’être exploité pendant une cinquantaine d’années.

Ce chiffre correspond cependant à une estimation antérieure. PhosCo fait désormais état d’une ressource de 166,6 millions de tonnes pour Gasaat, après l’intégration de nouvelles découvertes.

Selon le document américain, plus de 285 millions de dollars de financements provenant de banques internationales de développement seraient déjà engagés dans les infrastructures ferroviaires et de traitement de la région. Cette somme est présentée comme un élément réduisant les risques pour les futurs investisseurs, mais elle reste à recouper auprès des institutions financières concernées.

Le programme prévoit aussi un accompagnement juridique pour la préparation d’accords de coentreprise et de contrats d’achat à long terme. Un troisième volet porte sur l’analyse économique des sous-produits issus du traitement du phosphate, notamment le cadmium et d’autres éléments susceptibles d’être valorisés.

La Chine non citée, mais clairement en toile de fond

La dimension géopolitique apparaît dans l’objectif officiel du programme : établir une chaîne d’approvisionnement durable en phosphate tout en empêchant l’entrée d’« entreprises publiques non marchandes ».

Le NOFO ne cite ni la Chine ni aucune entreprise chinoise. Cette formulation s’inscrit toutefois dans la doctrine américaine sur les minerais critiques, qui oppose les investissements privés occidentaux aux entreprises publiques soutenues par des puissances concurrentes. Dans ce contexte, la Chine apparaît comme la principale puissance visée, même si ce rapprochement demeure une interprétation du document.

Le montage retenu confirme l’implication directe de Washington. L’accord prendra la forme d’un « Cooperative Agreement », permettant au gouvernement américain d’approuver la sélection des investisseurs, des institutions financières et des conseillers techniques.

Les autorités américaines devront également donner leur accord écrit sur certains documents techniques, commerciaux et juridiques avant leur transmission aux partenaires tunisiens, ainsi que sur le format des rencontres organisées avec les investisseurs.

Le document fixe enfin une stratégie de sortie précise : le soutien américain doit s’achever après 18 à 24 mois, une fois des capitaux américains installés dans PhosCo, les normes techniques américaines intégrées au projet et les premiers contrats d’achat à long terme conclus.

La subvention de 1,5 million de dollars apparaît ainsi comme le levier initial d’une opération plus large, mêlant investissements privés, exportations industrielles et sécurisation géopolitique d’une ressource désormais considérée comme stratégique.

Document source : NOFO officiel DFOP0019505 NB. Pour consulter le NOFO complet, ouvrir l’onglet « Related Documents », déployer le dossier « Full Announcement – Information for Applicants », puis télécharger le fichier « TUNISIA PhosCo_ FY26 – Notice of Funding Opportunity 06242026.pdf ». Le document est également contenu dans l’archive ZIP proposée dans cette rubrique.

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L’industrie chinoise de l’IA évaluée à près de 177 milliards de dollars

La taille de l’industrie chinoise de l’intelligence artificielle est estimée à plus de 176,7 milliards de dollars (1,2 billion de yuans) en 2025. Ce qui représente une augmentation de 40 % par rapport à l’année précédente. C’est que fait ressortir un rapport de l’Académie chinoise des technologies de l’information et des communications. A savoir, un institut de recherche affilié au ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information.

En juin 2026, note l’académie, la Chine comptait plus de 6 600 entreprises opérant dans le domaine de l’intelligence artificielle. Soit 15 % du nombre total d’entreprises d’intelligence artificielle dans le monde. Elle a ajouté que la Chine a développé un système industriel complet dans le domaine de l’intelligence artificielle, comprenant une infrastructure de base, des modèles et des cadres, ainsi que des applications adaptées à des secteurs spécifiques, selon l’agence de presse chinoise Xinhua.

En 2025, les applications représentaient 55 % de la chaîne de valeur totale de l’industrie de l’IA. Soit une augmentation de 22 % par rapport à l’année précédente. Tandis que l’infrastructure de base représentait 38 % et enregistrait une croissance de 59 %…

L’industrie de l’intelligence artificielle est fortement concentrée dans un nombre limité de régions, Pékin, le Guangdong, Shanghai, le Zhejiang et le Shandong représentant à eux seuls plus de 80 % de l’industrie totale à l’échelle nationale, explique l’institution académique. Le développement rapide des grands modèles d’IA, des agents d’IA et des puces d’IA intervient à un moment où les produits d’IA se diversifient et où leur utilisation s’étend à divers secteurs traditionnels.

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Ingérences étrangères en Afrique entre défense de l’autonomie et pressions géostratégiques

L’Afrique est, aujourd’hui encore, la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

Najiba Ben Hassine *

L’Afrique berceau des civilisations et riche en ressources naturelles a été le théâtre d’interactions complexes avec les puissances étrangères depuis des siècles façonnant son histoire politique, économique et sociale, affectant ses structures socio-économiques et entravant son développement. Depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, les nations africaines ont été le théâtre de rivalités géopolitiques et économiques et de stratégies de puissances émanant de multiples acteurs internationaux, engendrant des défis complexes et des enjeux confus pour l’Afrique et ses peuples. La reconnaissance de la pleine autodétermination, gage incontournable de la coexistence pacifique et du développement des Etats, implique que chacun possède dans l’ordre mondial l’égale plénitude et exclusivité des compétences étatiques.

Le concept de l’autonomie reflète à notre sens une réalité politique qui transcende les considérations purement juridiques découlant du concept de souveraineté. Il incarne l’idée de la liberté d’action, d’autonomisation et d’autodétermination des peuples concernés.

L’autonomie est, en outre un concept relatif, variable et flexible, dépendant des contextes et des aspirations des groupes ou entités concernés. Il s’ensuit que l’évaluation de l’autonomie et la mesure de sa signification juridique et politique demeurent imprécises et controversées. L’autonomie s’exerce dès lors pour faire face à un acte d’ingérence qui signifie «l’action de s’immiscer, c’est-à-dire de s’introduire indûment, sans en être requis ou en avoir le droit, dans les affaires des autres».

En conséquence, l’autonomie génère un statut juridique requérant l’acquisition d’un certain degré de puissance. La puissance va plus loin que la simple réunion des éléments constitutifs d’un Etat souverain, et implique la conscience d’un rôle à jouer, d’une mission à remplir et d’un ordre à établir dans un contexte complexe de rapportsinternationaux rappelant à chaque Etat l’obligation de se positionner par rapport à l’autre.

Il est pertinent de rappeler à cet égard que la Charte de l’Organisation des Nations Unies (Onu) a interdit l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et a érigé cette interdiction en un corollaire du principe de l’égalité souveraine des Etats et une condition essentielle de l’établissement de la paix et de la sécurité internationale.

L’article 4 de la Charte de l’Union africaine (UA) a pris soin également de réaffirmer les principes de l’«égalité souveraine et interdépendance de tous les Etats membres de l’Union» ainsi que celui de la «non-ingérence d’un Etat membre dans les affaires intérieures d’un autre Etat membre».

Paradoxalement, l’Afrique est la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales, Pendant la période coloniale, les puissances coloniales ont exploité les ressources du continent africain ; ils ont laissé derrière elles des divisions artificielles source de tensions et de conflits. Dans la période postcoloniale, en dépit de l’acquisition de l’indépendance, la domination et l’ingérence étrangère persistaient sous de nouvelles formes, souvent perpétués par le néocolonialisme. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

L’ingérence étrangère revêt différentes formes politique, économique, diplomatique militaire et culturelle. Ainsi, on se trouve confronté à une Afrique de plus en plus impliquée dans la mondialisation et très convoitée par les grandes puissances.

Cette ingérence étrangère a toujours constitué un facteur déstabilisant du continent noir et un frein à son développement et à l’exercice de sa pleine souveraineté sur ses ressources.

Pour faire face à cette dépendance vis-à-vis de l’étranger, le panafricanisme se présente comme un mouvement politique unitaire, permettant de relever collectivement les défis de la mondialisation, du développement, de la sécurité et la consolidation des acquis précaires de l’exercice des souverainetés nationales.

L’UA, s’inscrivant dans une gouvernance multilatérale, s’efforce d’ériger l’autonomie et la libération en leviers du développement et de stabilité.

La question de l’autonomie des Etats africains à l’épreuve de l’ingérence étrangère nous parait hasardeuse à traiter. La disparité des Etats africains implique, un traitement différentié à géométrie variable de situations divergentes voire antagonistes, aggravés par le poids de l’héritage colonial auquel s’ajoutent les clivages culturels et les frontières artificielles entre les nations.

Le continent africain compte 54 Etats appartenant à des civilisations différentes et connaissant des niveaux de développement variés voire disparates ; on note cinq grandes régions : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est et Afrique australe. L’amplification des regards et des intérêts externes qui pèsent sur le continent ainsi que la pluralité, la diversité et les interférences des entités interventionnistes complexifient encore notre analyse : les Etats, les organisations et les institutions financières internationales… Il est légitime, dès lors, de questionner la liberté d’action des Etats africains contre toute forme d’ingérence étrangère ?

I- L ’ingérence étrangère : entrave incessante de l’autonomie des Etats

Il est opportun dans ce contexte de traiter la pluralité des formes de l’ingérence étrangère et son impact déstabilisant sur le continent. Cette ingérence a marqué l’espace africain revêtant des formes très variées et attestant de stratégies interventionnistes établies d’une manière différenciée en tenant en compte les particularités de chaque Etat africain et de l’étendue des liens historiques politiques et économiques qui les rattachant.

L’ingérence politique présentée comme «une intervention tendant, directement ou indirectement, à imposer un régime démocratique à une entité souveraine par des pressions multiformes (conditionnalités, menaces ou recours à la force)», remettant en cause le principe de l’autonomie constitutionnelle des Etats.

La conditionnalité démocratique de l’aide au développement représente une manifestation spectaculaire de l’ingérence étrangère dans la mesure où elle a été consacrée dans des convention internationales ou régionales qui mettent en exergue l’exigence démocratique comme condition de l’application desdites conventions ou accords à l’image de la Convention ACP/UE signée le 23 juin 2000 et l’accord d’association entre la Tunisie et l’UE signé en 1995.  L’institutionnalisation de l’ingérence démocratique en direction de l’Afrique la transforme en un enjeu de débat public international légitimant l’intervention d’acteurs transnationaux.

A titre d’illustration, la gouvernance internationale des élections dans le Golf du Guinée (Nigéria, Cameroun, RDC) s’est imposée comme un moyen de reconstruction des Etats en faillite. Néanmoins, ces ingérences ont souvent contribué à l’établissement d’une forme de tutelle politique et d’un clientélisme entre les agents électoraux internationaux et les élites électorales internes, au détriment de la prise en considération de la souveraineté des peuples.

La France et des États-Unis ont entretenu un interventionnisme discriminatoire qui amène à stigmatiser certains États non démocratiques et à tolérer d’autres attestant de l’instrumentalisation et de l’ambivalence de la conditionnalité démocratique. 

Ainsi, au-delà du transfert des valeurs démocratiques, se dévoile la quête par les «entrepreneurs de la cause démocratique» d’un positionnement géostratégique et d’une hégémonie idéologique, politique et économique.

L’ingérence humanitaire vise dans sa conception initiale à influencer, à contrôler les actes d’un gouvernement étranger qui enfreignent gravement lois d’humanité.  Néanmoins la politisation de cette pratique risque de camoufler les motifs réels de l’intervention, d’autant plus que le flou juridique qui entoure cette notion pourrait conduire à s‘en servir pour légitimer une ingérence dans les affaires des Etats autorisant des programmes impérialistes au nom de valeurs universelles. Il en atteste pleinement la sélectivité dans le choix des théâtres d’intervention humanitaire.

L’ingérence militaire s’exerce également en dépit de l’affirmation intensive du principe du non recours à la force armé dans l’ordre juridique internationale. Cette forme d’ingérence trouve une légitimation internationale. Le continent africain est le théâtre d’affrontements militaires les plus atroces et les plus meurtriers dans le monde. La quasi-totalité de ces conflits surgissent via l’appui de grandes puissances, ou en leur nom. Le cas du Rwanda est le plus emblématique de par le caractère génocidaire du conflit aggravé par une ingérence militaire française.Les conflits armés au Soudan et au Mali provoquent la crise humanitaire la plus grave et la plus atroce dans le continent les transformant en terrains de tensions géopolitiques.  

Il y a, également, l’ingérence économique et monétaire. Il s’avère pertinent de rappeler dans ce contexte que la résolution adoptée par l’AG de l’Onu le 12 décembre 1974 énonce que «chaque Etat détient et exerce librement une souveraineté entière et permanente sur toutes ses richesses, ressources naturelles et activités économiques».

Paradoxalement, on assite à une course contre la montre entre les puissances étrangères pour s’implanter dans les différents pays d’Afrique par des accords militaires ou des partenariats économiques  Pour tous les pays industriels entrés dans l’ère de l’électronique et du numérique, les gisements de minéraux  à usages industriels rendent l’Afrique plus attractive créant ainsi des rivalités entre les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, la France, le Royaume-Uni, et la Turquie  en tissant des relations d’affaires avec les Etats africains.

L’ingérence non seulement freine mais entrave le développement équitable durable   du continent africain. Elle alimente en outre l’insécurité, les tensions et les conflits armés source de fragmentation et de morcellement de Etats africains :

L’entrave au développement : les partenariats entretenus entre les Etats africains ont été conçus dans une logique de déséquilibre et de domination négligeant les enjeux et les défis confrontés par les Etats africains et traduisant une surexploitation des ressources au détriment d’une véritable coopération inclusive et intégrée se fondant sur une gouvernance des échanges économiques sociaux et politiques.

En 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans une pauvreté multidimensionnelle, dont 51 % (soit environ 588 millions de personnes) résident sur le continent africain

En outre, un fossé est en train de se creuser entre les pays à revenus moyens en plein essor et les Etats fragiles et les moins développés, aggravant ainsi les déséquilibres socioéconomiques du continent et le poids de la dette souveraine et de l’inflation.

Les partenariats UE/ Afrique demeurent aussi déséquilibrés. L’accord de Samoa signé le 15 novembre 2023 s’est succédé à l’accord Cotonou, en visant entre autres à lutter contre le changement climatique, protéger l’environnement et garantir une gestion durable des ressources naturelles.

Toutefois, si cet accord se présente comme un accord de partenariat, il lie des puissances inégales tout en conservant la dépendance et la démarche débiteur/créancier qui caractérisent les accords de Cotonou, et pourrait influencer le processus de l’autonomie décisionnel des Etats ACP dans les instances internationales. En 2019, l’Afrique représentait 2,8% du commerce mondial. Le commerce intra régional de l’Afrique ne représentait que 4,4% du commerce continental total.

L’escalade de la violence et des conflits alimentent la fragmentation et l’affaiblissement des structures étatiques centrales et locales et génèrent un continent instable dont la paix est confisquée. La perpétration des coups d’État aggrave encore l’instabilité et l’insécurité et creuse davantage le fossé d’incertitude et de méfiance entre les gouvernants et les gouvernés et les différents acteurs nationaux.

Depuis 1950, l’Afrique a connu 220 des 492 tentatives de coup d’État recensées dans le monde. On recense, de surcroît, une hausse de 45% du nombre de situations de conflits armés en Afrique depuis 2020, provoquant le déplacement de quelque 35 millions de personnes sur le continent.

Les violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme par les parties belligérantes lors de conflits armés en Afrique laisse présager une atmosphère d’impunité et de stigmatisation du continent et des populations.

Le système de la responsabilité internationale est accusé d’être sélectif et discriminatoire en se focalisant sur les crimes internationaux perpétrés sur le continent africain et en passant sous silence ceux commis ailleurs.

Pire encore, il nous semble que cette situation d insécurité et de guerre est stimulée par les puissances interventionnistes afin de pérenniser leur mainmise sur les ressources du continent : étant fragilisé et fragmenté sa domination devient de plus en plus aisée.  L’effacement des entités étatiques et la montée en puissance de groupes armées irréguliers et de milices, la perte par l’État du monopole légitime de la contrainte représentent des handicaps majeurs au développement durable et à l’établissement de la paix et de la sécurité à l’échelle régionale.

II- Les palliatifs visant à renforcer l’autonomie des Etats africains

On opte dans ce contexte pour une étude sélective de ces palliatifs en mettant en exergue les plus influents, à savoir l’apport de la gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA et le renouvellement des résistances nationalistes à l’échelle étatique :

La gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA : depuis le milieu du XXe siècle, le multilatéralisme régional s’est progressivement affirmé comme le mode privilégié de coopération internationale.

Après l’indépendance, les responsables politiques des nouveaux Etats africains se sont servis des idées du panafricanisme pour défendre l’unité du continent et la formation d’une organisation d’intégration africaine.

L’article 3 de l’acte constitutif de l’UA énonce parmi les objectifs de l’Union «de défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale, et l’indépendance de ses Etats membres».

La montée de l’intégration régionale a été toujours présentée comme corollaire du développement, de stabilité et de solidarité.

En effet, le multilatéralisme tente de mobiliser les Etats africains pour préserver leur autonomie en assumant pleinement les responsabilités découlant de leur autonomie moyennant une reconceptualisation du principe de souveraineté.  

Ainsi, le rôle de l’UA dans la consolidation de l’autonomie des Etats africains et la sécurité du continent se manifeste dans son action opérationnelle guidée par une conception de la souveraineté-responsabilité centrée sur l’homme. Elle défend l’idée de souveraineté partagée enrichie par l’exigence du sentiment d’humanité et de responsabilité pour faire face à des défis qu’un Etat seul ne peut pas relever et qui doivent être traités collectivement dans un esprit de solidarité et de complémentarité tels que la pauvreté, l’insécurité, les crimes internationaux, la pollution…

La création du Conseil de Paix et de sécurité par l’Acte constitutif de l’UA marque un tournant décisif dans le renforcement système de sécurité collective africaine.

De même, l’adoption de l’accord portant création de la ZLE continentale africaine signé en 2018 visant à pallier aux vulnérabilités des économies africaines…

L’UA est, toutefois, confrontée à des défis majeurs tenant à sa capacité à s’ériger en une véritable puissance régionale, à gérer efficacement les disparités et tensions entre les Etats africains.  Encore faut-il craindre l’enchainement vers un simple mimétisme du modèle d’intégration européenne sans une prise de conscience des particularités du contexte africain, en transformant l’organisation indirectement en un outil de domination et d’ingérence.

Le renouvellement du nationalisme africain a aujourd’hui conduit à placer l’identité ethnique, nationale et religieuse au cœur de tout projet politique, défendant l’autonomie des Etats africains dans son acception de résistance aux tentatives du néocolonialisme et aux ingérences étrangères, et répondant aux aspirations de leurs populations à l’autonomie et la prospérité. Ce qui se manifeste en particulier dans le discours politique et la remise en cause d’accords conclus avec les   anciennes colonies.

La montée du nationalisme reflète dans le discours politique des leaders africains une réponse à la domination et aux ingérences étrangères et une quête d’une position respectable sur la scène internationale. Il en atteste la dénonciation en cascade des accords de défense par les États africains qui marque une rupture historique avec les anciennes colonies et en particulier avec la France.

En 2024, le président sénégalien Bassirou Diomaye Faye annonçait le départ des troupes françaises du Sénégal. Il a estimé que la présence militaire française «ne correspond pas à notre conception de la souveraineté et de l’indépendance».Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a annoncé la rupture de l’accord de défense entre le Tchad et la France. Il a qualifié cette décision d’«acte souverain, mûrement réfléchi et entièrement assumé». Ces décisions ont été précédées du retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso puis du Niger.

L’impact de ces tendances nationalistes africaines sur la réaffirmation et le renforcement des souverainetés nationales devrait être, sans doute, mesuré à long terme.

Néanmoins, il est permis de craindre l’avènement d’un nationalisme sélectif dissuasif à l’égard de certaines puissances interventionnistes mais permissif à l’égard d’autres.

De surcroît, ce nationalisme devrait être impérativement accompagné de politiques nationales de réforme et de consolidation des structures étatiques internes et d’une gouvernance dans la gestion des ressources nationales ainsi qu’une internalisation et africanisation des valeurs démocratiques. Il devrait aller de pair également avec une reconfiguration profonde des partenariats établis avec les Etats tiers ou les groupements interétatiques fondée sur l’égalité souveraine et la préservation des richesses africaines pour les générations futures ainsi qu’un développement durable et équitable du continent.

Au total, Une stratégie autonomiste mais ouverte au monde extérieur ne peut réellement s’affermir qu’au moyen d’une solidarité panafricaine globalisée qui transcende les divergences et les tensions entre les Etats africains. Etant confrontés à des défis énormes et partageant un sort commun, ces Etats doivent en conséquence s’engager dans une autonomisation propre au continent.

* Maitre-assistante en droit public à la faculté de droit et des sciences politiques de Sousse.

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La Chine cherche à freiner les activités financières transfrontalières illégales

En Chine, l’Autorité de régulation des changes est en train de les réglementer afin de renforcer ses capacités en utilisant de nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle et le big data…

Bloomberg News rapporte que ladite administration avait déclaré, à l’issue d’une réunion tenue samedi pour analyser la situation financière actuelle et la position en matière de change de la Chine, qu’elle renforcerait la surveillance des activités de trading sur le marché des changes et continuerait de lutter contre les activités financières transfrontalières illégales.

Elle contrôlerait aussi les flux de trésorerie transfrontaliers et protégerait le marché des changes grâce à des politiques globales, selon l’agence de presse allemande DPA.

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Chronique critique des puissances mondiales (2026–2036)

Je me surprends à relire la carte du monde comme on relit une page déjà annotée : les mêmes noms, les mêmes mers, les mêmes détroits, et pourtant une autre grammaire du pouvoir. Dans la prochaine décennie, l’équilibre des forces ne ressemblera ni à un duel pur entre deux empires, ni à une harmonie multipolaire où chaque pôle serait net, stable, raisonnable. Ce sera plutôt une physique instable de la puissance, faite d’élans et de retenues, de coalitions improvisées, de dépendances converties en leviers, et d’une question obsédante : qui peut encore promettre la sécurité — énergétique, technologique, militaire, alimentaire — sans payer un prix politique intérieur trop élevé ?

Zouhaïr Ben Amor *

Les vieilles métriques (PIB, effectifs militaires, réserves de change…) restent nécessaires, mais elles cessent d’être suffisantes : on peut être riche et fragile, armé et paralysé, connecté et vulnérable. D’une certaine manière, la décennie qui vient prolonge un basculement déjà visible dans les diagnostics des grandes institutions : la croissance mondiale paraît appelée à rester «stable mais médiocre», avec des risques orientés vers le bas, parce que les tensions géopolitiques, la volatilité financière et la fragmentation géoéconomique ne sont plus des accidents mais des paramètres structurels (IMF, 2024). La Banque mondiale décrit elle aussi un monde où l’incertitude et les frictions deviennent un vent de face durable, et où la mondialisation ne s’effondre pas : elle se recompose par segments, par alliances, par exclusions (World Bank, 2025).

Ce qui change, au fond, c’est la place prise par la sécurité économique. On ne parle plus seulement de commerce, on parle d’accès ; plus seulement d’avantages comparatifs, on parle de goulets d’étranglement ; plus seulement d’efficience, on parle de redondance. Les dépendances, autrefois tolérées parce qu’elles semblaient rationnelles, deviennent des vulnérabilités à cartographier, à réduire, parfois à instrumentaliser. Le pouvoir, alors, se niche moins dans la capacité de produire «tout» que dans la capacité de rendre les autres incapables de se passer de vous dans «quelques» secteurs clés — et, symétriquement, dans l’art de se ménager des alternatives crédibles.

Les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine

Les États-Unis abordent cette période avec une force qui demeure globale — monnaie, innovation, alliances, projection militaire — mais avec une sensibilité accrue au risque de dépendance stratégique. La relocalisation partielle des semi-conducteurs et l’obsession des chaînes d’approvisionnement, visibles dans la politique industrielle américaine récente, révèlent moins un repli qu’une réécriture des conditions de l’ouverture : l’accès au marché et aux technologies n’est plus un acquis, c’est une relation, donc un rapport de force (White House, 2024). Cette posture peut rendre l’influence américaine plus conditionnelle, parfois plus transactionnelle, car les arbitrages intérieurs (coûts budgétaires, cohésion sociale, cycles politiques) deviennent une contrainte stratégique à part entière.

L’Union européenne, elle, reste un paradoxe vivant : puissance de marché et de normes, capable d’imposer des standards, mais encore hésitante quand il faut convertir la richesse en capacité matérielle — énergie, défense, matières premières, production. L’adoption d’un cadre visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques signale une prise de conscience tardive : l’autonomie n’est pas un slogan, c’est une industrialisation, des investissements, des permis, des infrastructures, et souvent des conflits locaux autour de l’acceptabilité (EU, 2024). L’Europe peut gagner en poids stratégique si elle assume le coût de la souveraineté ; sinon elle restera un arbitre économique exposé, puissant mais perméable.

La Chine demeure, pour sa part, l’acteur le plus difficile à placer sur une carte simple. Sa profondeur industrielle et ses ambitions technologiques en font un rival systémique, mais sa trajectoire dépend d’un équilibre délicat entre contrôle politique et dynamisme économique, entre puissance projetée et confiance interne. Dans les analyses des risques macrofinanciers, elle reste un centre de gravité autant qu’une source potentielle de chocs, tant son poids dans le commerce mondial et certaines chaînes de valeur demeure élevé (IMF, 2024). Or plus elle est incontournable, plus les autres cherchent à réduire l’incontournable ; et plus ils y parviennent, plus elle se sent menacée et politise à son tour les interdépendances. La boucle est presque mécanique.

Les enjeux démographiques, économiques et technologiques

Le cœur techno-industriel de la décennie, ce sont les semi-conducteurs, l’IA, le cloud, la cybersécurité, mais aussi ce que l’on appelle, d’un ton trop neutre, les «minéraux critiques». La transition énergétique, loin d’être une simple affaire de volonté climatique, reconfigure les dépendances : moins de pétrole importé pour certains, plus de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt, de graphite, de terres rares — et surtout plus de capacité de raffinage, de transformation, de recyclage. L’Agence internationale de l’énergie insiste sur le fait que ces marchés concentrent des risques de rupture, non seulement par la géologie mais par la géopolitique et la lenteur des projets (IEA, 2024b). Dans cette perspective, la puissance se lit aussi dans des ports, des usines, des câbles, des stocks, et dans l’aptitude des États à accélérer sans fracturer leur contrat social.

La démographie, elle aussi, cesse d’être un arrière-plan. Les projections des Nations Unies rappellent un vieillissement rapide dans de nombreux pays riches et en Chine, tandis que l’Afrique et l’Asie du Sud continuent de prendre du poids (UN DESA, 2024). Vieillir, ce n’est pas seulement compter davantage de retraités : c’est durcir la contrainte budgétaire, raréfier certaines compétences, modifier la tolérance au risque, et parfois réorienter les priorités nationales. À l’inverse, une société jeune n’est pas automatiquement puissante : elle peut être dynamique, inventive, expansive, ou bien frustrée, fragmentée, vulnérable. La puissance démographique devient puissance réelle quand elle s’adosse à l’éducation, aux infrastructures, à l’emploi productif, à une gouvernance qui tient.

C’est ici que l’Inde s’impose comme la grande puissance «en fabrication». Son avenir ne se résume pas à sa taille : il dépendra de sa capacité à créer des emplois à grande échelle, à absorber une jeunesse urbaine, à sécuriser son énergie, à renforcer son appareil productif, tout en naviguant entre les blocs sans se laisser enfermer. Dans un monde de fragmentation, ce sont souvent les acteurs capables de choisir dossier par dossier — et non camp par camp — qui gagnent une marge de manœuvre disproportionnée.

Autour des grands pôles, les puissances-charnières prennent de l’importance : hubs logistiques, financiers, énergétiques, industriels, diplomatiques. Le Moyen-Orient n’est plus seulement un théâtre énergétique : il devient un espace d’investissement, de médiation, de modernisation technologique, parfois de rivalité d’influence, où les capitaux circulent comme un outil géopolitique. L’Asie du Sud-Est, avec ses stratégies de diversification industrielle, profite des redéploiements de chaînes de valeur. Dans ce monde, le pouvoir n’est pas toujours d’imposer ; il est aussi de se rendre indispensable, ou d’offrir des alternatives.

Le réarmement n’est plus une parenthèse mais une tendance

Et pendant que l’économie se politise, la guerre — ou la possibilité de la guerre — redevient un organisateur des décisions. Le Sipri observe une hausse marquée des dépenses militaires mondiales, signe que le réarmement n’est plus une parenthèse mais une tendance (Sipri, 2025). Ce n’est pas seulement une question d’armements ; c’est une question d’industrie et de temps. La guerre longue, celle qui consomme des munitions, use des matériels, exige une logistique continue, remet au centre la capacité de production, la robustesse des chaînes d’approvisionnement, la standardisation, la formation.

Dans ce cadre, l’Otan insiste sur la résilience, l’adaptation et la solidarité, comme si l’alliance se pensait de nouveau comme un mécanisme de préparation au risque majeur, pas seulement comme un forum de gestion (Nato, 2024). Mais la force d’une alliance dépend aussi de la politique intérieure de ses membres, de la crédibilité des engagements, du partage du fardeau et de l’intégration rapide d’innovations (drones, guerre électronique, cyber, spatial). Parallèlement, la dissuasion nucléaire redevient un facteur de tension psychologique : non parce qu’elle rend la guerre certaine, mais parce qu’elle rend l’erreur plus coûteuse et les crises plus dangereuses (Sipri, 2024).

La décennie à venir sera une décennie de zones grises : sabotage, cyberattaques, pressions économiques, coercition maritime, guerre de l’information, militarisation du droit. Ces pratiques brouillent la perception de la puissance : elles permettent à des acteurs plus faibles d’infliger des coûts, et à des acteurs plus forts de nier leur implication, créant une atmosphère de suspicion qui rigidifie les alliances et encourage la surenchère. Dans ce monde, l’équilibre ne se voit pas toujours : il s’éprouve.

Alors je reviens à une idée simple, presque brutale : l’équilibre global ne sera pas «équilibré». Il sera asymétrique et parfois incohérent, fait de dominations sectorielles. On peut exceller dans l’IA et dépendre d’un détroit ; contrôler une monnaie mondiale et manquer de main-d’œuvre ; dominer le raffinage et manquer d’alliés ; posséder une armée redoutable et une économie sous plafond.

Les États-Unis resteront probablement la première puissance globale par la combinaison unique de capacités militaires, financières, technologiques et d’alliances, mais leur influence sera plus conditionnelle.

La Chine restera le rival central, mais sa marge dépendra de sa capacité à maintenir son dynamisme tout en évitant qu’une coalition durable de «contre-dépendance» ne se consolide. L’Union européenne peut devenir un pôle plus autonome si elle accepte le coût de la souveraineté matérielle. L’Inde peut être un gagnant relatif si elle réussit sa transformation interne. Et autour d’eux, les puissances-charnières tireront parti d’une polarisation incomplète.

Mais tout cela peut être reconfiguré par ce que l’on sous-estime systématiquement : les chocs de résilience. L’énergie, même en transition, reste un champ de vulnérabilités et de risques ; l’AIE souligne l’ampleur des investissements requis pour une électrification accélérée, sous peine de nouvelles tensions (IEA, 2024a). Le climat, l’eau, l’alimentation, les infrastructures, les dettes, les migrations : autant de facteurs qui échappent aux scénarios trop propres.

Dans un tel contexte, la puissance se mesurera aussi à la capacité d’absorber des chocs sans basculer dans la crise politique, à la solidité des institutions, à la confiance sociale, à la capacité de planifier sans étouffer.

Et si je devais laisser une phrase en suspens, comme on laisse un repère dans la marge d’un carnet, ce serait celle-ci : la décennie à venir ne départagera pas seulement «qui est le premier», elle départagera «qui tient». Qui tient l’effort industriel, qui tient la cohésion sociale, qui tient les alliances, qui tient les chaînes d’approvisionnement, qui tient la légitimité politique quand les coûts s’accumulent.

Dans un monde où l’histoire s’écrit moins en conquêtes éclatantes qu’en capacités d’endurance, c’est peut-être la vraie mesure de la puissance.

Bibliographie
EU. (2024). Regulation (EU) 2024/1252 establishing a framework for ensuring a secure and sustainable supply of critical raw materials.
IEA. (2024a). World Energy Outlook 2024.
IEA. (2024b). Global Critical Minerals Outlook 2024.
IMF. (2024). World Economic Outlook, October 2024: Policy Pivot, Rising Threats.
NATO. (2024). Washington Summit Declaration (10 July 2024).
SIPRI. (2024). Sipri Yearbook 2024.
SIPRI. (2025). Trends in World Military Expenditure, 2024 (Fact sheet).
UN DESA. (2024). World Population Prospects 2024 Revision.

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‘‘L’étreinte de la patrie’’ | La sécession taïwanaise, de la reconquête à l’indépendance

Avec l’émergence d’un irrédentisme taiwanais antichinois dont l’objectif avoué est de desserrer définitivement l’étreinte jugée insupportable de la patrie, et avec l’exacerbation du nationalisme chinois qui semble faire de la réunification une question de vie ou de mort, à tout le moins pour le pouvoir à Pékin, la guerre semble inévitable entre Pékin et Taipeh.

Dr Mounir Hanablia *

Le 27 février 1947 à Taipei, la principale ville de Taiwan, la police saccage un étal non réglementaire. Dans une île jouissant au sortir de la guerre d’une prospérité relative, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les gens présents réagissent et chassent sans ménagement les agents trop zélés. Le lendemain, ces derniers reviennent en force pour se venger. C’est alors l’émeute. La rue se mobilise. Toutes les villes de l’île se soulèvent les unes après les autres. Le gouverneur doit gérer la situation et les forces disponibles sont insuffisantes. Des comités de résolution de l’incident dit du 28-Février naissent un peu partout sur l’île avec lesquels l’autorité est obligée dans un premier temps de se montrer conciliante, ou de le paraître.

En réalité, des appels au secours ont été envoyés au gouvernement chinois, et une dizaine de jours après les premières troupes continentales commencent à débarquer en provenance du continent. Elles sont souvent composées de soldats originaires du Sichuan, autrement dit de troupes impitoyables aguerries dans la lutte contre les Japonais, puis les Communistes.

La répression est féroce. Le nombre de victimes n’est pas comptabilisé avec exactitudes. Certains ont évoqué trente mille morts. Le pouvoir central en rejette la responsabilité sur… l’armée impériale du Japon, qui a occupé l’île pendant 55 ans. Les personnalités les plus en vue de l’île disparaissent, enlevées par des escadrons de la mort, probablement composées de policiers continentaux. Les comités de résolution se dispersent, leurs membres se cachent. Les plus combatifs se réfugient dans les collines de l’Est, chez les Austronésiens, les populations d’origine de l’île, 2% de la population totale.

Le coup d’envoi de la grande invasion de l’île ?

Après quatre mois, l’autorité est rétablie, certains notables insulaires ne subissent plus qu’une répression judiciaire. L’ordre règne désormais au point qu’en 1949, après la défaite des troupes nationalistes face aux communistes, le gouvernement de Tchang Kai Tchek, en tant qu’autorité légitime de la Chine, choisit de se réfugier à Taiwan, accompagné de deux millions de ses partisans, d’origine continentale, avec pour objectif la reconquête de la Chine. Un Etat policier est mis en place avec le soutien des Etats-Unis d’Amérique, et la loi martiale est maintenue pendant une quarantaine d’années.

L’Incident du 28-Février est durant ce laps de temps passé sous silence et considéré comme un sujet tabou. Selon le Kuomintang, le parti de Tchang Kaï Chek, il s’agissait d’une tentative de subversion de l’île par les communistes, une version corroborée par celle de la République Populaire considérant l’Incident comme un soulèvement populaire contre le gouvernement des féodaux alliés au seigneurs de la guerre.

Ce n’est qu’après la levée de l’état d’urgence et l’instauration du multipartisme à Taiwan que les langues se délient avec les témoignages des acteurs ou des victimes. Qui plus est l’apparition sur le scène politique du Parti Démocratique Progressiste, indépendantiste taiwanais, confère au récit une nouvelle dimension que l’on ne peut pas ignorer.

Personne n’ose encore dire que c’est le coup d’envoi de la grande invasion de l’île par les continentaux pressés de s’emparer des richesses d’une île prospère dans l’océan de misère chinois. Ce serait déjà remettre en question la légitimité de la présence d’une bonne partie de la population actuelle, que même les indépendantistes d’origine insulaire ne peuvent pas se permettre.

Taiwan, d’abord une base commerciale hollandaise sur la route du Japon, ne commence à être peuplée de han qu’à partir de 1650 environ. Et encore, elle sert de base de repli à quelques-uns parmi les Ming qui refusent le pouvoir Mandchou.

L’île n’acquiert sa configuration moderne qu’à partir de l’occupation coloniale japonaise. Le Japon ne cherche pas à imposer sa langue et ses coutumes à la population. Néanmoins, celle-ci au contact de l’occupant bénéficie d’un effort d’éducation et de santé qui la place nettement en porte-à-faux par rapport aux populations de la Chine continentale. Ce n’est qu’avec les terribles combats de la seconde guerre mondiale que l’Empire du Japon, à court de combattants, commence à envisager la possibilité d’assimiler la population de Taiwan, l’une des plus éduquées de l’Asie. Plusieurs milliers de Taiwanais sont alors incorporés dans les rangs de l’armée impériale et participent aux combats les plus marquants, en particulier à Okinawa, contre les Américains. Quelques-uns reçoivent même des patronymes japonais. C’est pourquoi, à la fin de la guerre, le Japon battu, ces combattants taiwanais, bien entraînés, ne voient pas d’un bon œil le débarquement des troupes chinoises continentales indisciplinées pour lesquelles ils n’ont que mépris.

Quel rôle ces combattants ont-ils joué dans l’Incident du 28-Février ou dans les Comités de Résolution ? On l’ignore mais probablement modeste. Les autorités chinoises ont beau jeu de dénoncer l’intrusion de l’armée impériale japonaise dans le soulèvement pour justifier la répression, tout en tentant d’éliminer les élites issues de la colonisation japonaise.

Toujours selon ces mêmes autorités l’Incident du 28-Février s’est accompagné d’une chasse aux sorcières contre les Chinois continentaux, une affirmation qui ne semble avoir d’autre finalité que de fournir de l’eau au moulin de la répression.

Cette incrimination du Japon dans le récit officiel cesse lorsque l’île devient le refuge du gouvernement et de l’armée nationalistes, chassés par les rouges de Mao. Le Japon n’est plus un adversaire et devient un partenaire dans la lutte anticommuniste, avec le soutien américain. Ce dernier n’est au départ pas acquis, et l’île semble à court terme destinée à tomber sous l’autorité de Pékin. Mais la guerre de Corée, où Staline ne laisse d’autre choix à la Chine communiste que d’intervenir, change la donne et Taiwan devient une pièce essentielle dans le dispositif américain de protection du Japon.

Irrédentisme taiwanais contre nationalistes chinois

Malgré la détente sino-américaine de 1972 les choses demeurent en l’état même si le discours politique change. Avec l’émergence d’un irrédentisme taiwanais antichinois dont l’objectif avoué est de desserrer définitivement l’étreinte jugée insupportable de la patrie, et avec l’exacerbation du nationalisme chinois qui semble faire de la réunification une question de vie ou de mort, à tout le moins pour le pouvoir à Pékin, la guerre semble inévitable.

En effet, l’île jouit d’une prospérité enviable et ne semble nullement encline à partager le sort de Hong Kong. Néanmoins, cette affaire de l’incident du 28 février 1947 démontre que le récit historique et les entités politiques qui en émergent sont loin d’être immuables et ne sont que les reflets de rapports de force éphémères. Certes. Mais ce sont en dernier recours les peuples qui façonnent le cours de l’Histoire. Lesquels ?

La Chine n’est qu’un rassemblement hétéroclite d’entités et de territoires écrasés sous le poids niveleur de la colonisation Han. Et l’irrédentisme taiwanais ne lui est insupportable que pour le rappeler. Si Pékin prétend siniser et fédérer des peuples étrangers, au nom de quel principe faudrait-il qu’elle accepte une sédition remettant en question son rôle unificateur ? Sans doute le même qui libérerait le Texas, l’Arizona, le Nouveau Mexique, la Californie, du joug américain. Une éventualité peut être pas autant inconsidérée qu’il n’y paraît depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.   

* ‘‘L’étreinte de la patrie. Décolonisation, sortie de guerre et violence à Taïwan, 1947’’, de Victor Louzon, Éditions de l’EHESS, Paris, 2024, 378 p.

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Robotique : le nouveau champ de bataille sino-américain

En bloquant l’arrivée de nouveaux robots étrangers sur le sol américain, l’administration Trump fait d’une pierre deux coups : limiter les risques d’espionnage au profit de puissances rivales et protéger une industrie encore distancée par Pékin.

 

La guerre technologique entre Washington et Pékin franchit un nouveau cap. Officiellement, il s’agit de prévenir les risques d’espionnage. En filigrane, c’est surtout la suprématie chinoise dans la robotique et l’intelligence artificielle que les États-Unis cherchent à endiguer.

Ainsi, la Federal Communications Commission (FCC), le régulateur américain des télécommunications, a décidé à partir du mardi 28 juillet de bloquer l’homologation de tout nouveau « dispositif robotique avancé » fabriqué à l’étranger, avec la Chine en première ligne. Cette mesure vise les robots humanoïdes, les chiens-robots et les plateformes mobiles sur roues, autrement dit l’ensemble des machines autonomes capables de se déplacer, d’interagir avec leur environnement et de collecter ou transmettre des données. Car, aux yeux de Washington, ces technologies ne relèvent plus seulement de l’innovation, mais constituent désormais un enjeu majeur de sécurité nationale et de souveraineté technologique.

Robots « malveillants »

Comment ? Les technologies visées par la FFC présentent, selon Washington, un risque majeur pour la sécurité nationale. En combinant capteurs de pointe, intelligence artificielle et connexion permanente à Internet, ces robots pourraient être détournés à des fins d’espionnage, de vol de données ou encore de prise de contrôle à distance. L’administration américaine redoute notamment que ces machines ne soient utilisées pour infiltrer des sites stratégiques, circuler au sein d’usines ou d’infrastructures sensibles, cartographier leur environnement, collecter des informations critiques et recevoir, en temps réel, des instructions émanant de l’étranger.

Pis. Ces robots pourraient devenir de véritables outils au service d’acteurs hostiles. Les données qu’ils collectent seraient susceptibles d’alimenter les capacités de services de renseignement étrangers. Tandis que leurs fonctions connectées permettraient d’en prendre le contrôle à distance. « Un robot peut mal serrer un boulon ; toutefois, il peut aussi enregistrer tout ce qui se passe autour de lui », résume le régulateur américain, soulignant que derrière leur apparente vocation industrielle se cache un potentiel risque d’espionnage.

Suite à l’annonce, la Chine a, de son côté, accusé, mercredi 29 juillet, les Etats-Unis de chercher à “réprimer“ ses entreprises. « La Chine a toujours fermement dénoncé la tendance des Etats-Unis à invoquer abusivement la sécurité nationale pour réprimer les entreprises chinoises », a réagi une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Ajoutant que « le protectionnisme n’améliore en rien la compétitivité américaine, il ne fait que nuire aux intérêts des entreprises et des consommateurs américains ». Elle a également assuré que Pékin prendra les mesures nécessaires » pour défendre les intérêts des entreprises chinoises.

Décrochage industriel

Mais derrière l’argument sécuritaire, pourtant loin d’être infondé, se dessine une autre réalité : le décrochage industriel américain face à la montée en puissance de la Chine. En d’autres termes, sous couvert de sécurité nationale, Washington cherche en réalité à freiner l’irrésistible percée industrielle de Pékin sur ce marché stratégique du XXIᵉ siècle.

Car si les États-Unis conservent une longueur d’avance dans plusieurs segments de l’intelligence artificielle, ils accusent par contre un retard croissant dans la robotique humanoïde. Ainsi, leurs industriels peinent encore à produire ces machines à grande échelle. Tandis que les entreprises chinoises ont assuré près de 90 % des livraisons mondiales de robots humanoïdes l’an dernier (2025).

Forte de plus de 140 fabricants et d’une chaîne d’approvisionnement particulièrement intégrée, la Chine est désormais capable de concevoir, produire et commercialiser de nouveaux modèles à un rythme que ses concurrents peinent à égaler. À l’inverse, des groupes américains comme Tesla, Figure AI ou Boston Dynamics disposent certes de technologies de pointe, mais restent loin des capacités de production de leurs rivaux chinois.

Or, jusqu’à présent, le marché américain représentait l’un des principaux débouchés internationaux de ces derniers.

Les dés sont pipés

Une illustration de cette stratégie ? Le cas de l’entreprise chinoise Unitree Robotics est particulièrement révélateur. Basée à Hangzhou, cette société, spécialisée dans les robots humanoïdes et les chiens-robots, s’apprêtait à franchir une nouvelle étape avec son introduction en Bourse.

Pourtant, Washington l’a rapidement placée dans son collimateur, l’accusant d’entretenir des liens avec l’armée chinoise. Ainsi, l’entreprise s’est vu barrer l’accès aux contrats du Pentagone, avant d’être frappée par la nouvelle interdiction de la Federal Communications Commission.

En conclusion, et au-delà de l’argument sécuritaire, la décision américaine rebat les cartes de la concurrence. En empêchant les fabricants chinois de commercialiser librement leurs nouveaux modèles sur le marché américain, elle offre un précieux répit aux industriels nationaux, encore distancés en matière de production de masse.

C’est que l’enjeu est colossal. Selon Morgan Stanley, le marché mondial des robots humanoïdes pourrait atteindre 5 000 milliards de dollars d’ici à 2050. Consciente de cette bataille industrielle, l’administration Trump ne s’en cache d’ailleurs plus : elle entend bâtir une chaîne d’approvisionnement entièrement indépendante de la Chine et relocaliser la fabrication de ces technologies stratégiques sur le sol américain.

Bref, en réalité, la sécurité nationale ne constitue que la partie visible de l’iceberg. Le véritable affrontement se joue sur un autre terrain : celui de la maîtrise de l’industrie robotique du XXIᵉ siècle. Voilà le véritable enjeu.

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Le brut russe, nouveau choix stratégique de la Chine

Les acheteurs chinois se précipitent pour s’approvisionner en pétrole brut russe ESPO, car les risques accrus pesant sur les flux pétroliers en provenance du Moyen-Orient incitent les raffineurs à sécuriser leurs approvisionnements.

Toutes les cargaisons chargées en août au terminal de Kozmino, sur la côte pacifique russe, ont déjà été achetées. Tandis que plusieurs autres prévues pour septembre ont également changé de mains, rapporte Bloomberg, citant des négociants.

Le rythme des ventes est plus rapide que d’habitude, ont-ils déclaré, car un fort intérêt des acheteurs a fait chuter les prix de l’ESPO à une décote d’environ 1 dollar par baril par rapport au Brent ICE, contre une décote de 3 à 4 dollars il y a deux semaines.

Cet achat anticipé marque une rupture avec les pratiques commerciales habituelles de l’ESPO. Ce pétrole brut léger et doux — ainsi nommé en raison de sa relative liquidité et de sa faible teneur en soufre — nécessite environ une semaine de transport de Kozmino à la Chine. De ce fait, les acheteurs sont généralement peu incités à s’approvisionner beaucoup plus tôt. Bien que l’ESPO ne soit pas identique aux mélanges de pétrole brut du Moyen-Orient, il reste attractif pour les raffineurs chinois en raison de son prix bas et de son rendement élevé en diesel.

Cependant, les raffineurs semblent désormais disposés à payer un prix plus élevé afin de sécuriser leur approvisionnement. Car le conflit au Moyen-Orient crée une incertitude quant aux expéditions de pétrole en provenance du golfe Persique. « Les grandes compagnies pétrolières chinoises, menées par Unipec, achètent du pétrole brut russe ESPO depuis juillet, et les récents troubles au Moyen-Orient ont accéléré les achats pour août et septembre », a déclaré Emma Li, analyste en chef du marché chinois chez Vortexa Ltd…

Ces marchés stimulent déjà les exportations de pétrole russe vers la Chine. Les importations maritimes mensuelles devraient atteindre leur plus haut niveau depuis mars, date à laquelle le conflit au Moyen-Orient a commencé à perturber les approvisionnements pétroliers régionaux, relève la société d’analyse de données Kpler.

Par ailleurs, un projet de loi américain pourrait imposer des droits de douane aux principaux acheteurs de pétrole brut et de gaz naturel russes, dont la Chine. Ce qui augmenterait encore l’incitation à acheter dans un avenir proche.

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Boom des échanges sino-africain: l’Afrique parvient-elle enfin à remonter dans la chaîne de valeur?

Les chiffres donnent le vertige. En six mois seulement, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont franchi un nouveau seuil, à 203,5 milliards de dollars, en hausse de 24% sur un an, selon les données relayées par l’agence ecofin. En effet, Pékin est devenu un partenaire économique incontournable pour le continent africain. Mais derrière cette croissance spectaculaire, une autre réalité apparaît. Le commerce sino-africain continue de fonctionner selon un schéma déséquilibré: l’Afrique vend principalement ses ressources naturelles, tandis qu’elle achète des produits transformés, des équipements et des technologies, prècise la même source. La question n’est donc plus seulement celle du volume des échangesm mais celle de la valeur créée par cette relation.

Les dernières données de l’Administration générale de la douane chinoise illustrent cette dynamique à deux vitesses. Au premier semestre 2026, les exportations chinoises vers l’Afrique ont atteint 130,01 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 26%. Dans le même temps, les importations chinoises en provenance du continent ont progressé de 20%, pour s’établir à 73,5 milliards de dollars.

Cette différence explique l’un des principaux points de tension. A dire vrai, le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine s’est creusé pour atteindre 56,8 milliards de dollars sur les six premiers mois de l’année. Par ailleurs, dderrière ces montants se cache une réalité plus profonde. L’Afrique exporte encore largement du pétrole, du cuivre, du cobalt, du fer, du gaz ou encore des produits agricoles peu transformés. La Chine, de son côté, fournit des machines, des équipements électroniques, des véhicules, des produits manufacturés et de plus en plus de technologies liées à la transition énergétique.

Cette structure des échanges n’est pas nouvelle. Elle rappelle une difficulté persistante pour de nombreuses économies africaines : disposer de ressources abondantes ne garantit pas automatiquement la création de valeur sur place. La transformation industrielle reste le maillon faible.

La hausse des importations chinoises depuis l’Afrique ne traduit d’ailleurs pas forcément une diversification de l’offre africaine. Elle est aussi portée par l’évolution des cours mondiaux des matières premières. Lorsque les prix du pétrole ou des minerais augmentent, la valeur des exportations progresse mécaniquement, sans que cela signifie nécessairement une montée en gamme de la production africaine.

La Chine tente pourtant de faciliter l’accès de ses marchés aux produits africains. Depuis le 1er mai 2026, Pékin a étendu le traitement tarifaire zéro à 53 pays africains disposant de relations diplomatiques avec elle. Une mesure qui concerne désormais un nombre plus large de pays, au-delà des seuls pays les moins avancés.

Mais cette ouverture commerciale ne règle qu’une partie du problème. Car le principal obstacle n’est pas uniquement lié aux droits de douane. Avant même cette nouvelle étape, environ 94,5 % des exportations africaines entraient déjà sur le marché chinois sans droits de douane.

Le véritable défi reste ailleurs de produire davantage, transformer localement et répondre aux exigences d’un marché chinois en évolution.C’est précisément sur ce point que les institutions africaines insistent. Pour Afreximbank, l’enjeu est désormais de renforcer les capacités productives du continent afin que l’Afrique ne se limite plus à exporter des matières premières.

Cela passe par le développement de chaînes de valeur régionales, notamment dans l’agro-industrie, les minerais stratégiques ou encore les industries manufacturières. Transformer le cacao avant exportation, raffiner certains minerais localement ou développer des composants industriels permettrait de capter une part plus importante de la richesse générée.

La question logistique reste également centrale. L’accès au marché chinois ne dépend pas seulement des tarifs commerciaux, mais aussi de la capacité à produire régulièrement, à respecter les normes internationales et à acheminer les marchandises dans de bonnes conditions. Zones industrielles proches des ports, réseaux ferroviaires, plateformes logistiques ou encore infrastructures de stockage deviennent des éléments déterminants.

Cette nouvelle phase des relations sino-africaines intervient aussi dans un contexte international particulier. Face aux tensions commerciales avec les États-Unis, la Chine cherche à renforcer ses débouchés dans les marchés émergents. L’Afrique apparaît ainsi comme un partenaire stratégique pour ses entreprises, mais cette dynamique pourrait aussi accentuer certaines inquiétudes locales.

Des analyses, notamment celles d’Oxford Economics, alertent sur le risque de voir apparaître davantage de tensions commerciales si les importations chinoises continuent de concurrencer directement certaines productions africaines. Certains pays pourraient alors renforcer leurs mesures de protection, à travers des mécanismes antidumping ou des restrictions sur certains produits.

Pour autant, réduire la relation Chine-Afrique à un simple déséquilibre commercial serait incomplet. La Chine reste un acteur majeur du financement des infrastructures africaines, un fournisseur d’équipements et un partenaire industriel de nombreux pays. L’enjeu pour le continent n’est donc pas de choisir entre ouverture ou protection, mais de mieux négocier sa place dans cette relation.

Le prochain chapitre du commerce sino-africain se jouera moins sur les milliards échangés que sur la capacité de l’Afrique à transformer une partie de ses richesses sur son propre sol. Car la véritable question n’est plus seulement combien l’Afrique vend à la Chine, mais ce qu’elle est capable de construire grâce à ces échanges.

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Tunisie-Chine : un accord final sur le certificat d’origine pour fluidifier les exportations

Les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Chine franchissent une nouvelle étape technique jugée importante pour les opérateurs économiques. La Chambre de commerce et d’industrie de Tunisie a annoncé, jeudi 25 juin 2026, qu’un accord définitif avait été trouvé entre les deux parties sur les caractéristiques du modèle de « certificat d’origine » utilisé...

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