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Trump et l’Iran | L’échec d’une diplomatie du bluff

Cinq mois après le lancement de l’opération Epic Fury, la stratégie américaine conduite par Donald Trump et ses conseillers   de «pression maximale» contre l’Iran s’est muée en impasse politique et militaire. Entre la réticence des alliés du Golfe, l’épuisement des stocks de missiles et l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump se retrouve pris au piège de sa propre diplomatie du bluff.

Dr Abderrahmane Cherfouh *

Lorsque les premiers missiles américains et israéliens ont frappé le sol iranien fin février dans le cadre de l’opération Epic Fury, Donald Trump reprenait une rhétorique qu’il affectionne : celle de la «paix par la force» théâtralisée. Sur ses réseaux sociaux, le président américain promettait au peuple iranien une «libération imminente», affirmant que le moment était venu de se libérer une fois pour toutes du joug des ayatollahs.

Les analystes les plus avertis s’interrogeaient sur la viabilité d’une telle posture : s’agissait-il d’une réelle démonstration de puissance ou des prémices d’un aveuglement stratégique ? Cinq mois plus tard, la réponse ne fait plus de doute. Le calcul trumpien reposait sur une équation simpliste issue du monde des affaires : appliquer une pression maximale par un déluge de feu pour provoquer l’effondrement immédiat du régime ou forcer une capitulation sans condition. Mais la géopolitique des crises de haute intensité ne répond pas aux règles de la négociation immobilière.

La résilience de Téhéran face à l’impuissance de la surenchère

Au lieu de provoquer le soulèvement populaire escompté ou la panique au sommet de l’État théocratique, l’attaque a déclenché un réflexe de survie institutionnel à Téhéran. La République islamique a promptement verrouillé l’appareil sécuritaire intérieur, étouffant toute contestation naissante, tout en déployant une stratégie de riposte asymétrique et régionale.

Face aux ultimatums répétés de Washington promettant «une destruction encore jamais vue dans l’histoire», Téhéran a choisi la fermeté et le harcèlement à distance. L’incapacité de Donald Trump à faire plier le régime est devenue flagrante : la surenchère verbale, dépourvue de stratégie terrestre ou de vision politique à long terme, a fini par étaler les limites du pouvoir militaire américain.

L’évolution du conflit au cours des cinq derniers mois a mis à nu la méthode Trump : une alternance permanente entre menaces apocalyptiques, reculades précipitées et décisions impulsives dictées par l’humeur du moment plutôt que par une doctrine cohérente.

La régionalisation du conflit (mars-avril) : Téhéran réplique en ciblant les infrastructures stratégiques et les bases alliées à travers le Moyen-Orient, étendant l’instabilité bien au-delà des frontières iraniennes.

Illusion du «deal» et le répit éphémère (mai-juin) : Pris de court par l’enlisement et obsédé par les indicateurs économiques, Trump décrète unilatéralement un cessez-le-feu en proclamant prématurément «victoire». Sans accord politique de fond, cette trêve n’a été qu’un mirage.

Crise navale et suspension des frappes (juillet-août) : la reprise des tensions dans le détroit d’Ormuz pousse la Maison-Blanche à ordonner de nouvelles frappes, avant de devoir se résoudre à les suspendre face à l’absence de résultats probants.

Le tournant saoudien et la fracture des alliés du Golfe

L’élément déclencheur du récent changement de cap à Washington ne provient pas d’une prise de conscience interne, mais d’un rappel à la réalité venu du Golfe. Subissant de plein fouet les tirs de missiles et de drones iraniens sur leurs raffineries, leurs ports et leurs aéroports, les monarchies arabes ont exprimé un ras-le-bol stratégique.

Le point de rupture a été atteint lors d’un entretien téléphonique entre Mohammed Ben Salmane et Donald Trump. Le souverain saoudien a demandé sans détour au président américain de cesser immédiatement les bombardements sur l’Iran. Le constat présenté par Riyad était sans appel : faute de succès militaire décisif et sans perspective réelle de changement de régime, poursuivre ces frappes ne faisait que transformer les pays du Golfe en cibles privilégiées, tout en resserrant les rangs de la population iranienne derrière ses dirigeants.

En Europe, la gestion de la crise par Donald Trump a fini de détruire le peu de confiance qui subsistait envers le parapluie diplomatique américain. Dès le lancement d’Epic Fury, les chancelleries européennes (Paris, Berlin, Londres) avaient mis en garde contre les risques d’une escalade incontrôlée.

Aujourd’hui, l’exaspération des dirigeants européens est totale. Face aux revirements incessants de la Maison-Blanche — qui passe en quelques jours de la menace de guerre totale à des appels du pied pour négocier —, l’Europe déplore l’absence complète de concertation et l’aventurisme d’une administration incapable de fixer un cap stratégique clair. La diplomatie européenne se retrouve contrainte de gérer les répercussions sécuritaires et migratoires d’un conflit qu’elle n’a pas voulu et qu’elle ne peut pas enrayer seule.

Limites techniques et asphyxie économique

Sur le plan interne comme international, le coût de cette diplomatie du bluff est devenu insupportable. Sur le terrain militaire comme sur le plan politique domestique, Washington se heurte à des contraintes matérielles et électorales majeures.

Comme l’a analysé Sébastien Boussois, chercheur spécialiste du monde arabe et directeur de l’Institut géopolitique européen, la marge de manœuvre du président américain s’est considérablement réduite : «Donald Trump ne veut pas forcément frapper, n’en a pas forcément les moyens. Il y avait un problème de missiles, puis il avait un problème d’intercepteurs. Et puis, il y a aussi une opinion qui, à l’approche des élections de mi-mandat, risque de commencer à se détourner du président américain».

Ce double verrou — l’épuisement des stocks d’armement de haute précision et la crainte d’un désaveu dans les urnes — paralyse l’action américaine. Parallèlement, en perturbant gravement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz — canal vital par lequel transite un cinquième du pétrole mondial —, le conflit a provoqué une flambée spectaculaire des cours du baril. Les consommateurs du monde entier paient aujourd’hui au prix fort à la pompe les hésitations de Washington, alimentant une inflation globale qui menace de faire basculer plusieurs économies dans la récession.

Cinq mois après le lancement de l’opération Epic Fury, le bilan de Donald Trump est celui d’une impasse stratégique majeure. En pensant que des coups de bluff répétés, des ultimatums sur les réseaux sociaux et des sautes d’humeur diplomatiques tiendraient lieu de politique étrangère, le président américain a étalé les limites de son leadership.

Désormais contraint par le roi d’Arabie saoudite à suspendre ses frappes, contesté par son opinion publique, désavoué par ses alliés européens et sous la pression d’une crise économique mondiale qu’il a lui-même contribué à alimenter, Trump offre le spectacle d’une puissance paralysée. Les ultimatums non suivis d’effets ont créé l’accoutumance chez l’adversaire et la méfiance chez les alliés. L’étalage de force brute aura, in fine, mis à nu l’incapacité d’un homme à prendre les décisions justes face au temps long et complexe de la géopolitique.

* Médecin algérien basé au Canada.

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Arabie saoudite-Turquie-Pakistan : Vers un « OTAN islamique » ?

L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération stratégique. Les trois pays ont signé, vendredi 7 août 2026 à La Mecque, un accord de défense commune prévoyant une assistance mutuelle en cas d’attaque contre l’un des signataires.

Baptisé « Accord de défense conjoint de La Mecque », ce pacte établit le principe selon lequel une agression armée visant l’un des trois États serait considérée comme une attaque contre l’ensemble du groupe. Les détails opérationnels de l’accord n’ont toutefois pas été rendus publics.

Un rapprochement entre trois puissances musulmanes

Cet accord réunit trois acteurs majeurs aux profils complémentaires. L’Arabie saoudite dispose d’un poids économique et énergétique considérable, la Turquie possède l’une des armées les plus importantes de l’Alliance atlantique et une industrie de défense en forte expansion, tandis que le Pakistan est la seule puissance nucléaire du monde musulman.

Lire aussi : F-35, Iran, Israël : les messages géopolitiques derrière la visite de MBS à la Maison-Blanche

Pour Riyad, Ankara et Islamabad, cette coopération vise officiellement à renforcer la sécurité régionale et la capacité de réponse face aux crises. Les trois pays insistent sur le caractère défensif du pacte et affirment qu’il ne cible aucun État en particulier.

Un signal géopolitique dans une région sous tension

La signature intervient dans un contexte marqué par une forte instabilité au Moyen-Orient et une multiplication des inquiétudes sécuritaires dans le Golfe. Le rapprochement entre ces trois puissances traduit la volonté de renforcer des mécanismes de sécurité régionaux et de diversifier les partenariats militaires.

La Turquie, membre de l’OTAN, entretient depuis plusieurs années une coopération militaire croissante avec les pays du Golfe, notamment dans le domaine des drones et de l’industrie de défense. L’Arabie saoudite cherche de son côté à développer ses capacités militaires et à élargir ses alliances stratégiques au-delà de ses partenaires traditionnels.

Vers un « OTAN islamique » ?

L’annonce a déjà suscité des comparaisons avec une possible organisation de défense inspirée de l’OTAN. Certains analystes y voient les prémices d’un nouveau bloc sécuritaire régional, même si les trois pays ne présentent pas officiellement cet accord comme une alliance militaire comparable.

Au-delà de l’aspect militaire, la dimension symbolique est forte : la signature à La Mecque donne à l’accord une portée politique particulière dans le monde musulman. Reste à voir si ce partenariat se traduira par des mécanismes concrets, comme des exercices conjoints réguliers, un partage accru du renseignement ou une coopération industrielle renforcée.

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Moyen-Orient : Trois puissances, un bouclier, cet axe défensif doit-il inquiéter l’Occident?

L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont officialisé, vendredi 7 août 2026, « un pacte de défense mutuelle », scellé lors d’une rencontre entre le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif.

Ainsi, en réponse à l’instabilité croissante au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont conclu, vendredi, selon un communiqué de presse du ministère pakistanais des Affaires étrangères, un pacte de défense mutuelle. « Ce traité instaure un cadre de sécurité collective dans lequel une attaque militaire contre un État membre est considérée comme une attaque contre l’ensemble du groupe ».

Les trois pays ont déclaré que cette alliance visait à renforcer la stabilité régionale et à garantir un avenir pacifique et prospère grâce à des efforts communs en matière de sécurité.

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Face au risque d’Ormuz, le Golfe redessine ses corridors pétroliers

Les principaux producteurs de pétrole du Golfe accélèrent leurs investissements dans de nouvelles infrastructures d’exportation afin de réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz. Lequel est devenu l’un des points de passage les plus vulnérables du commerce mondial de l’énergie.

La guerre entre les États-Unis et l’Iran, les attaques contre les navires marchands et les perturbations répétées du trafic maritime ont convaincu les États du Golfe d’accélérer des projets parfois en discussion depuis plusieurs décennies. Environ 20 % du pétrole mondial transporté par voie maritime transite habituellement par le détroit d’Ormuz, faisant de cette zone un point névralgique pour la sécurité énergétique mondiale.

L’Arabie saoudite mise notamment sur l’extension de son pipeline Est-Ouest, qui relie les champs pétroliers de l’est du royaume au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Cette infrastructure permet déjà de contourner Ormuz pour une partie importante des exportations saoudiennes.

Les Émirats arabes unis renforcent, de leur côté, le rôle du pipeline Habshan-Fujaïrah, qui relie les installations pétrolières d’Abou Dhabi au port de Fujaïrah, situé sur le golfe d’Oman, en dehors du détroit d’Ormuz. Cette liaison constitue aujourd’hui l’une des principales alternatives opérationnelles aux routes maritimes traditionnelles, même si elle demeure exposée aux risques sécuritaires régionaux.

L’Irak cherche également à diversifier ses débouchés. Bagdad a récemment conclu un accord avec la Turquie afin de relancer et d’étendre les exportations via l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, qui débouche sur la Méditerranée. Cette infrastructure doit permettre d’augmenter progressivement les volumes exportés tout en réduisant la dépendance aux terminaux du Golfe.

Lire aussi : Ankara refuse le statu quo sur l’oléoduc irakien

Parallèlement, plusieurs projets de plus long terme restent à l’étude, notamment un oléoduc reliant le sud de l’Irak au port jordanien d’Aqaba, une liaison vers le port omanais de Duqm ainsi que d’autres corridors énergétiques reliant le Golfe à la Méditerranée. Leur réalisation dépend toutefois d’importants investissements et d’une stabilité politique encore incertaine.

Malgré ces projets, les experts estiment qu’aucune de ces infrastructures ne pourra, à court terme, remplacer totalement le rôle du détroit d’Ormuz. La capacité combinée des itinéraires alternatifs reste toutefois nettement inférieure aux quelque 20 millions de barils de pétrole qui transitent quotidiennement par ce passage stratégique en période normale.

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A qui profite la guerre contre l’Iran ?

Alors que la guerre contre l’Iran reprend de plus belle, le seul vainqueur de cette débauche de violences et de destructions semble être la Chine et ce, sans avoir levé le petit doigt ni tiré un seul coup de feu. La guerre menée par le président américain Donald Trump contre la République islamique – pour le compte d’Israël, autre bénéficiaire –, a accompli ce dont la Chine rêvait depuis longtemps : rendre les États du Golfe moins dépendants des États-Unis. L’Arabie saoudite, le Qatar et Oman, qui ont été très affectés par cette guerre dont le prétendu parapluie américain n’a pas su les en protéger, recherchent, aujourd’hui, à rééquilibrer leurs relations internationales en se tournant vers la Chine.

Habib Glenza, à Lodz.

Alors que le conflit entre Washington et Téhéran s’est enlisé et son issue est devenue imprévisible, les villes et les infrastructures de la région du Golfe en ont été des cibles collatérales. Conséquence inattendue : les États du Golfe se sont divisés en deux camps : le premier est composé des Émirats arabes unis, désireux de rester proches des États-Unis et d’Israël. Tandis que le second comprend l’Arabie saoudite, le Qatar, Oman et peut-être la Turquie et l’Irak, qui recherchent un équilibre entre le maintien de bonnes relations avec les États-Unis, l’amélioration de leurs relations avec l’Iran et un rapprochement stratégique avec la Chine, la superpuissance de demain.

L’accord nucléaire des Etats-Unis avec l’Arabie saoudite

L’accord nucléaire conclu par Donald Trump avec l’Arabie saoudite le 22 juillet 2026 est sans aucun doute motivé par la crainte que la Chine ne gagne en influence dans une région traditionnellement dominée par les États-Unis.Ce pacte indique que Washinton souhaite maintenir un statu quo, même si un tel accord va lui attirer les foudres de son principal allié au Moyen-Orient : Israël.

«Les pays du Moyen-Orient souhaitent développer leur infrastructure nucléaire et ils le feront même sans l’implication des États-Unis. Washington commence à le reconnaître», a déclaré à la BBC Yusuf Can, expert du Moyen-Orient pour le cabinet de conseil Amena Strategies. Avec cet accord nucléaire, a-t-il ajouté, «les États-Unis disent en substance : vous n’êtes pas obligés de travailler avec la Chine. Vous pouvez travailler avec nous.»

Même si l’Arabie saoudite cesse de se rapprocher de la Chine, la guerre a d’autres retombées qui ont renforcé la position de la Chine, comme le besoin urgent du monde en matière de technologies d’énergies renouvelables. L’électricité représente désormais 30 % de la consommation d’énergie en Chine, soit 40 % de plus qu’aux États-Unis et qu’en Europe.

La guerre a placé les énergies renouvelables et les véhicules électriques au sommet de l’agenda mondial, alors que les prix du pétrole s’envolent, et la Chine est le pays de référence dans ce domaine. Ce pays domine environ 91 % de la capacité mondiale de production de panneaux solaires et 89 % de la capacité de production de batteries de stockage en lithium-ion.

Les entreprises chinoises produisent également environ 70 % des technologies d’énergie propre, ce qui signifie que plus la guerre contre l’Iran s’éternise et plus le détroit d’Ormuz est pratiquement bloqué, plus des pays investiront dans ce secteur vital désormais contrôlé par la Chine.

Chute du dollar au profit des monnaies asiatiques 

La guerre a également contribué à modifier la domination du dollar dans le commerce mondial, accélérant une tendance naissante. Selon Bloomberg, l’Iran a autorisé plusieurs pétroliers à traverser le détroit d’Ormuz à condition qu’ils paient en monnaie officielle chinoise, le renminbi, ou en cryptomonnaie.

Le Wall Street Journal rapporte que la Chine encourageait déjà le commerce en renminbi pour permettre à des pays comme l’Iran et la Russie de contourner les sanctions américaines.

Enfin, la Chine s’impose comme une superpuissance capable d’exercer son influence sans conflits, tandis que l’Amérique est apparue comme une puissance adoptant une approche chaotique et agressive pour contraindre les autres nations à se plier à sa volonté.

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