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Faire de son honneur un levier : l’autre vision de la nouvelle catégorie de crédits bancaires en Tunisie

Et si le crédit sur l’honneur, que l’on présente comme une épée de Damoclès sur la qualité de l’actif des banques, était en réalité un outil additionnel de gestion des risques ?

Ces dernières semaines, le débat s’enlise dans la peur du risque. Pourtant, en inversant le regard, ces crédits sur l’honneur pourraient bien être la clé qui libère les PME de l’étau fiscal et des lenteurs administratives. Ils peuvent être transformés en un levier de survie et de compétitivité.

Complément de financement pour les PME

Au vu des normes prudentielles en vigueur et de la montée des risques dans l’économie, les banques exigent des garanties réelles qui couvrent souvent les prêts accordés. Or, beaucoup de PME tunisiennes ont un problème de sous-capitalisation et de patrimoine immobilier insuffisant.

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Le crédit sur l’honneur peut jouer un rôle de catalyseur, une sorte d’effet de levier pour les dossiers fragiles mais viables. Pour une PME qui a un carnet de commandes solide mais un bilan comptable peu convaincant, le crédit sur l’honneur permet de combler le gap de garantie.

 

Dans ce cadre, le crédit sur l’honneur peut jouer un rôle de catalyseur, une sorte d’effet de levier pour les dossiers fragiles mais viables. Pour une PME qui a un carnet de commandes solide mais un bilan comptable peu convaincant, le crédit sur l’honneur permet de combler le gap de garantie. La banque ne prend pas un risque supplémentaire démesuré, mais elle pourrait accepter de ne pas exiger un bien immobilier pour la totalité du prêt. Cela permet de débloquer des fonds de roulement pour des commandes exceptionnelles comme un marché public ou une exportation.

De plus, il correspond à un outil de financement rapide. En effet, les procédures de nantissement ou de mise en hypothèque peuvent prendre des semaines. Par contre, le crédit sur l’honneur, basé sur la signature et la traçabilité du chef d’entreprise, peut être accordé rapidement. Pour une PME qui doit saisir une opportunité de prix sur des matières premières importées, ce gain de temps est un véritable avantage concurrentiel.

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Enfin, lorsqu’une banque accorde un crédit sur l’honneur à une entreprise, elle envoie un signal positif à ses parties prenantes. Cela peut rassurer les fournisseurs. Ce qui allège indirectement sa trésorerie.

 

Les charges fiscales (IS, TVA, retenues à la source) et sociales (CNSS) sont des sorties de fonds incompressibles et souvent concentrées en fin de mois ou de trimestre. En utilisant un crédit sur l’honneur pour payer ponctuellement ces échéances, l’entreprise fait des économies indirectes.

 

Un outil pour alléger les pressions sur la trésorerie

Outre les petits investissements productifs, ces crédits peuvent contribuer à la survie opérationnelle. Les charges fiscales (IS, TVA, retenues à la source) et sociales (CNSS) sont des sorties de fonds incompressibles et souvent concentrées en fin de mois ou de trimestre. En utilisant un crédit sur l’honneur pour payer ponctuellement ces échéances, l’entreprise fait des économies indirectes. Cela évite le découvert bancaire, qui est très mal perçu par les banques et très coûteux en agios.

En couvrant, par exemple, les charges sociales, l’entreprise s’assure que ses employés restent protégés, réduisant les tensions sociales et les blocages administratifs (attestations de couverture sociale exigées pour les marchés publics). Le crédit sur l’honneur devient alors un outil de gestion sociale responsable et non plus un simple produit financier. Idem pour les charges fiscales.

 

Pour les PME tunisiennes, engager son honneur pour payer ses charges sociales ou compléter un financement, c’est finalement protéger son outil de travail et sa réputation sur le long terme.

 

Le crédit sur l’honneur peut donc être analysé comme une logique de gestion dynamique du cycle d’exploitation plutôt que de risque statique. Pour les PME tunisiennes, engager son honneur pour payer ses charges sociales ou compléter un financement, c’est finalement protéger son outil de travail et sa réputation sur le long terme. En réalité, tout dépend de la manière dont les banques vont utiliser ces ressources.

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Vivre sans courant ni eau : comment la Tunisie apprend à s’adapter

La Tunisie a connu des coupures tournantes d’électricité et des délestages du 12 au 26 juillet. Une vague de chaleur intense faisant peser une menace sur le réseau électrique. Face à ces perturbations, qui touchent également l’approvisionnement en eau, les ménages tunisiens modifient leurs comportements d’achat et de consommation. Si certains citoyens développent des stratégies d’anticipation autonomes, les petites et moyennes entreprises décrivent une situation devenue, déclarent-elles, une menace pour l’activité économique.

Lotfi Riahi, président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur constate que le Tunisien commence à intégrer ces contraintes dans son quotidien et s’adapte de manière autonome. Il cite l’exemple de la difficulté actuelle à se procurer de petits générateurs électriques sur le marché. Un signe, précise-t-il, que les citoyens anticipent désormais les interruptions de courant et cherchent eux-mêmes des solutions.

Il évoque toutefois une forme de manipulation subie par le consommateur, dont les décisions d’achat seraient désormais dictées par l’influence des réseaux sociaux et des mécanismes d’ingénierie sociale. Ce qui relevait à l’origine d’un simple manque de ressources en eau et en électricité aurait ainsi été transformé en une crise profonde par la puissance des images circulant sur internet, poussant les consommateurs à stocker des quantités de produits largement supérieures à leurs besoins réels.

M. Riahi pointe par ailleurs une absence de vision proactive et de planification de la part des autorités, qui affecterait directement la stabilité du marché : le spectacle de rayons vides dans les grandes surfaces génèrerait une anxiété immédiate chez les consommateurs. Il déplore également un déficit de communication autour des coupures de services. L’absence d’explications claires, de préavis et d’accompagnement empêcherait ainsi les ménages comme les acteurs économiques, à l’image des chefs d’usines, d’anticiper l’impact sur leur activité. Cette instabilité dans la diffusion de l’information venant, selon lui, perturber l’acte d’achat et le comportement général du consommateur.

Pour réguler sainement les habitudes de consommation de la population, M. Riahi estime que seule une stratégie globale fondée sur la transparence et la diffusion d’une information fiable serait efficace.

Les entreprises, premières victimes de l’instabilité énergétique

Ces perturbations ont également des répercussions sur l’activité économique, qui rejaillissent sur le quotidien des ménages. Abderrazek Houas, porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises, estime que la situation ne relève plus d’un simple aléa technique mais constitue, à ses yeux, une menace existentielle pour l’économie nationale, les entreprises tunisiennes étant devenues otages d’une instabilité énergétique qu’elles ne peuvent plus absorber.

Si l’énergie solaire représente, pour lui, la solution de fond, elle demeure inaccessible faute de moyens d’investissement. Les groupes électrogènes ne seraient ainsi que des palliatifs précaires : au-delà d’une heure et demie de coupure, ces équipements risqueraient la surchauffe, voire l’incendie, mettant en péril l’intégrité des locaux.

M. Houas souligne que l’ouverture d’une entreprise génère des charges fixes immédiates, telles que le loyer et les salaires, pouvant atteindre par exemple 800 dinars par jour. Lorsque le courant fait défaut, cette somme se transforme instantanément en dette cumulée pour le lendemain, l’entrepreneur n’étant pas, affirme-t-il, en échec par manque de productivité mais par l’hostilité de son environnement.

Cette précarité est particulièrement visible dans le secteur de la pêche, où les usines de glace, dont les machines valent selon lui des milliards, préfèrent stopper toute activité et placer leurs employés en congé technique afin d’éviter des réparations coûteuses liées aux variations de tension. Privés de glace pour conserver leurs prises, les pêcheurs sont alors contraints de brader leurs produits à n’importe quel prix pour éviter qu’ils ne pourrissent.

L’impact s’étend également aux professions libérales, à l’image des cabinets dentaires, où l’absence d’électricité paralyse non seulement l’outillage de soin mais aussi la gestion informatique, rendant impossible l’accès aux dossiers des patients. Certains industriels parviennent à déplacer leur production la nuit pour honorer leurs commandes, mais cette flexibilité reste impossible pour les menuisiers ou les réparateurs de pneus, dont l’activité est liée aux horaires diurnes.

Une transition solaire réclamée face à l’inertie politique

Sur le plan politique, M. Houas constate une inertie chronique : les discours sur la transition énergétique se succèdent depuis les gouvernements de Mehdi Jomaa et de Habib Essid, sans qu’aucune réalisation concrète ne soit visible dans les administrations publiques ou les habitations. Il regrette que la Tunisie n’ait pas suivi l’exemple de pays comme l’Italie, où le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi de subventionner le carburant pour protéger la production et le transport des fluctuations mondiales.

Pour l’association, qui a mené des visites de terrain afin de constater ces dommages, la solution réside dans une accélération massive du recours au solaire. Une telle transition permettrait, souligne M. Houas, de soulager le réseau de la STEGSTEG, notamment lors des pics de consommation de fin juillet et du mois d’août, et de garantir la continuité économique nécessaire à la survie des petites et moyennes entreprises.

Au final, Lotfi Riahi noté sur seule une information transparente et fiable permettrait de canaliser durablement ces comportements. Tandis qu’Abderrazek Houas estime que c’est une accélération du recours au solaire qui garantirait la continuité de l’activité des entreprises. Deux réponses distinctes à une même réalité : celle de foyers et d’entreprises contraints de composer, au jour le jour, avec les coupures d’électricité et d’eau.

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Comment les coupures d’éléctricité plombent la production ? Foued Gueddich répond

Depuis plusieurs semaines, les  coupures d’électricité à répétition se multiplient à travers le pays, plongeant usines et ateliers dans l’incertitude. Pertes de production, surcoûts cachés, image ternie auprès des partenaires étrangers, investisseurs échaudés… la facture s’alourdit et menace la confiance déjà fragile des opérateurs économiques. Foued Gueddich, président de Taste Tunisia (Agrigold international), membre du bureau exécutif de la CONECT et ancien président de la CONECT International, livre à L’Economiste Maghrébin son analyse de cette question.

Foued Gueddish déclare en préambule que les coupures répétées ont des effets directs et lourds pour les entreprises exportatrices. Il illustre son propos par le cas d’une conserverie totalement exportatrice qui livre aujourd’hui vers 26 pays. « Une commande destinée à la France a dû être reportée de plusieurs semaines à cause d’une coupure d’électricité. Ce retard a ralenti les exportations et détérioré l’engagement de l’entreprise auprès de ses clients, notamment les grandes surfaces européennes, très exigeantes sur les délais de livraison ».

Foued Gueddich rappelle entre autres que, dans la chaîne de transformation des légumes, épluchage, lavage, préparation, broyage des poivrons et des tomates, puis leur mise en bocal et pasteurisation, l’électricité est indispensable. Tout en ajoutant : « Si la pasteurisation est interrompue (par exemple en fin de journée), le produit sort du circuit et, au bout d’une heure à une heure et demie, il devient impropre à la commercialisation et doit être détruit. La perte couvre non seulement les matières premières mais aussi la main-d’œuvre et tous les intrants (huile, ail, bouchons, etc.), entraînant des coûts cachés importants qui se chiffrent parfois en milliers de dinars. »

Autrement dit, un arrêt de l’électricité provoque un blocage complet et une perte de production (downtime). En revanche, pour y remédier, au titre des critères prioritaires pour un investisseur figurent la stabilité économique, la qualité de la main-d’œuvre et la fiabilité du réseau électrique. Si ce dernier fait défaut, l’investissement n’arrive pas.

Aujourd’hui, une question s’impose : quelle serait la ou les solution(s) face aux coupures ? A cette interrogation, le président de Taste Tunisia répond que de nombreuses entreprises ont dû recourir massivement aux générateurs et aux batteries. « Cette solution de secours alourdit les coûts de production. Ce qui modifie les comportements économiques, parfois au détriment de l’efficience ».

Compte tenu de cette situation, Foued Gueddich appelle à une réforme du cadre énergétique pour améliorer les relations avec les opérateurs, rendre le secteur attractif aux yeux des investisseurs et responsabiliser les consommateurs. Il estime qu’une énergie fiable est une condition essentielle du développement industriel et de la confiance des opérateurs économiques. Tant que la situation perdure, certains investisseurs pourraient changer de cap en allant vers d’autres marchés, freinant ainsi l’attractivité économique du pays. 

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