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Au rythme du Stambali | Un moment de solidarité et de résistance avec Saadia Mosbah


Amnesty International Tunisie nous fait parvenir le texte dont la traduction est publiée ci-dessous dans le cadre de la «Mobilisation de solidarité avec Saadia Mosbah, militante des droits humains et présidente de l’association Mnemty, actuellement emprisonnée en Tunisie en raison de son engagement pour la défense des droits des personnes noires et la lutte contre le racisme.»

Nous prenons la parole aujourd’hui — alors qu’elle reste privée de liberté, suscitant de vives inquiétudes quant à son intégrité physique ainsi qu’à l’exercice de ses droits aux soins, aux visites et à la communication — pour affirmer que la défense de l’égalité et de la justice ne saurait justifier ni sanction ni isolement. C’est un appel à la solidarité avec elle, ainsi qu’à assumer une responsabilité collective face au racisme et pour la préservation de la dignité de toute personne vivant en Tunisie.

Dans le Stambali, les sonorités du «gumbri» et des «chaqchaq» se mêlent aux corps au fil de la «nouba». C’est un art qui porte en lui la mémoire de l’esclavage, du déracinement et du racisme, mais qui véhicule aussi un autre message : celui de ne jamais laisser seul celui que les épreuves et l’injustice ont accablé.

Dans l’histoire de la résistance à l’esclavage, à la ségrégation et à la discrimination, les femmes noires n’ont pas été de simples figures accrochées aux murs de la mémoire une fois les combats achevés. Elles en ont été le cœur battant, rassemblant ce que la peur avait dispersé : voix, droits et liens humains.

Des champs de coton et des convois d’esclaves a émergé une mémoire refusant de réduire la violence à un passé révolu, transformant la marginalisation et l’isolement qu’elle a engendrés en une conscience commune de la résistance et du droit à la justice.

C’est à travers cet héritage que nous te comprenons, Saadia : non pas comme une femme dont le corps seul porterait le poids d’une cause entière, mais comme une part d’une mémoire collective ayant su transformer une expérience partagée en une conscience politique qui met au jour les mécanismes de l’exclusion.

La lutte pour la visibilité, l’appartenance et la pleine citoyenneté est devenue une exigence générale, plaçant l’État et la société face à leurs responsabilités dans le combat contre le racisme, au-delà de la simple condamnation de certaines de ses manifestations.

Tu as levé le voile sur le mur du déni entourant le racisme, démontrant que ce qui est présenté comme un détail anodin cesse de l’être dès lors qu’il se répète et s’ancre dans le quotidien des gens. Ces petits signes s’accumulent pour ériger des frontières invisibles : entre ceux à qui l’on accorde d’emblée sa confiance et ceux que l’on accueille avec méfiance ; entre ceux qui traversent l’espace public sans avoir à se justifier et ceux à qui l’on rappelle, sans relâche, que leur appartenance même est remise en question.
Ainsi, tes propos sur les Tunisiennes et les Tunisiens noirs portaient sur la Tunisie elle-même : sur une histoire que le pays tend à raconter en gommant ses fissures, et sur un présent où le discours sur la diversité ne suffit pas tant qu’il ne se traduit pas en réalité.

Tu n’as pas réclamé une place en marge du récit national ; tu as plutôt souligné que ce récit demeure incomplet tant que ceux qui en ont longtemps été tenus à l’écart en restent absents. Car la reconnaissance ne s’accomplit pas dans les discours, mais se manifeste dans le monde du travail, à l’école et dans les administrations, ainsi que dans le droit de chacun à traverser la rue sans que son corps ne suscite la méfiance ou qu’il ne soit contraint de justifier son humanité.

Tu as dit ce qui devait être dit et tu as enduré, pour cela, un fardeau qu’aucune personne ne devrait avoir à porter seule. Aujourd’hui, ta sécurité ainsi que tes droits aux soins, aux visites et à la communication ne sont pas des détails accessoires ; ce sont des droits fondamentaux qui touchent à ta liberté et à ta dignité.

Ton emprisonnement ne constitue pas seulement une privation arbitraire de liberté, mais une attaque politique visant ton action en faveur des droits humains et ta lutte contre la discrimination systémique ; c’est la punition d’une femme qui a refusé la marginalisation, ainsi qu’une tentative de réduire au silence une voix ayant mis en lumière les failles du système et d’intimider quiconque choisit de briser le mur du déni pour lutter contre le racisme.

Se tenir à tes côtés signifie ne pas laisser la prison rompre les liens qui t’unissent à ceux qui t’aiment et se soucient de toi. Tu es une femme qui connaît la fatigue, la peur et le besoin de sécurité ; une mère, une amie et une compagne qui a tant donné aux autres.

Les paroles que tu as prononcées et les questions que tu as soulevées concernant la justice et le racisme ne doivent pas peser sur tes seules épaules ; elles constituent une responsabilité que nous partageons tous.

Lors des cérémonies de Stambali, la souffrance n’est jamais laissée seule face à celui ou celle qui l’éprouve ; le rythme, le souffle et la présence des autres l’enveloppent jusqu’à ce qu’elle trouve une autre voie vers la guérison. C’est ainsi que nous te voulons parmi nous : proche de nous telle que tu es, mère, amie et compagne chère.

Le fardeau que tu as porté pour la lutte des personnes noires en Tunisie est une responsabilité partagée, et non une facture qui te serait laissée à régler seule.

Amnesty International Tunisie

Traduit de l’arabe.

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Sebta et Melilla | Ce que les autorités au Maroc ne disent pas

Des organisations syndicales marocaines estiment que les tentatives de migration collective vers les «villes occupées» de Sebta (ou Ceuta) et Melilla, enclaves battant pavillon espagnol situées au nord du Maroc, ainsi que les scènes tragiques et les pertes humaines qu’elles ont entraînées, «révèlent la profondeur de la crise sociale et économique que traverse une partie de la jeunesse marocaine».

Habib Glenza, à Lodz.

 «Ce phénomène préoccupant est le résultat d’un cumul de dysfonctionnements dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la protection sociale, auxquels s’ajoute la baisse du pouvoir d’achat», estime l’Organisation démocratique du travail (ODT) qui a imputé au gouvernement «la responsabilité politique de son échec à élaborer des politiques économiques et sociales capables de créer des emplois décents et de réduire le chômage, la pauvreté et la précarité, notamment chez les jeunes». Et l’accuse également d’avoir «affaibli les institutions de médiation sociale et démocratique, telles que les partis politiques, les syndicats et les organisations sérieuses de la société civile, en marginalisant leur rôle d’encadrement et d’éducation à la citoyenneté».

Dans un communiqué adressé au journal Hespress, l’ODT affirme que cette situation «a contribué à élargir le cercle de la frustration et de la déviance, ainsi qu’à favoriser le développement de la traite des êtres humains, du trafic de drogue et de la migration irrégulière». Et appelle à «l’ouverture d’un large dialogue national sur les questions de la jeunesse et de la migration, débouchant sur de nouvelles politiques publiques capables de traiter les causes structurelles de la migration irrégulière», tout en plaidant pour la recréation d’un département gouvernemental dédié aux questions de la migration, de l’asile et des Marocains du monde, afin d’assurer une meilleure gouvernance de ce dossier stratégique.

Corruption et répartition inégalitaire des richesses   

Bouchta Boukhalfa, ancien vice-secrétaire général de la Confédération démocratique du travail (CDT), a déclaré que les images en provenance des deux enclaves occupées, en particulier de Sebta, «restent entourées de nombreuses zones d’ombre». Selon lui, les vagues de passages collectifs «suscitent une profonde inquiétude sociale et portent des messages qui dépassent leur seule dimension sécuritaire ou conjoncturelle, révélant des dysfonctionnements structurels touchant de larges franges de la société». Il ajoute que «ce phénomène n’est pas dissociable du contexte socio-économique que connaît le Maroc». À ses yeux, il constitue «une réaction directe à la propagation de la corruption et à l’affaiblissement des fondements sociaux des classes populaires et moyennes, dans un contexte marqué par l’absence d’une répartition équitable des richesses et par la persistance d’une économie de rente, poussant de nombreux jeunes à rechercher des voies d’émigration quels qu’en soient les risques».

Le responsable syndical a également souligné que «la flambée des prix des produits de première nécessité et de consommation, conjuguée à la baisse du pouvoir d’achat et à l’extension de la précarité, a renforcé le sentiment de frustration et de perte d’espoir chez une grande partie de la population». Selon lui, cette situation est indissociable de politiques publiques qui «ont échoué à garantir des conditions de vie dignes et la justice sociale».

«La responsabilité de cette situation incombe à l’État dans toutes ses composantes, tant au niveau stratégique que gouvernemental, ainsi qu’à la coalition au pouvoir», qu’il accuse d’avoir «affaibli les institutions de gouvernance et leurs mécanismes de contrôle, aggravant les tensions sociales qui se traduisent aujourd’hui par différentes formes de protestation et de désespoir, dont les tentatives de passage collectif vers l’autre rive».

Le gouvernement porte une large responsabilité    

De son côté, Ali Lotfi, secrétaire général de l’ODT, considère que «les choix politiques du gouvernement actuel en matière d’emploi ont montré leurs limites». Selon lui, «un quasi-consensus existe sur le fait que les différents programmes gouvernementaux dans ce domaine n’ont pas produit les résultats escomptés».

«Le plus préoccupant est que le gouvernement a consacré des milliards de dirhams à ces programmes pour créer des emplois en faveur des jeunes et des chômeurs, sans que ces importants investissements ne se traduisent par une amélioration des indicateurs de l’emploi», affirme-t-il.

«Ces éléments permettent de mieux comprendre ce qui s’est produit à Sebta», affirme Ali Lotfi, en rappelant que «le taux de chômage dépasse 13 %, avec des niveaux encore plus élevés chez les jeunes Marocains», citant les données présentées par le gouverneur de Bank Al-Maghrib au Roi Mohammed VI. «Le chômage et la situation sociale témoignent de l’échec des politiques de l’emploi et illustrent l’ampleur des déséquilibres qui alimentent la migration irrégulière», conclut le dirigeant syndical, en affirmant, également, que «l’ensemble du gouvernement porte la responsabilité de la situation actuelle, car le problème ne se limite pas à l’emploi». Il pointe aussi les difficultés du système éducatif, évoquant «l’aggravation du décrochage scolaire, qui conduit de nombreux jeunes vers le chômage et la précarité dès leur plus jeune âge», ainsi qu’un «abandon universitaire important, de nombreux étudiants quittant leurs études avant d’obtenir leur licence».

Pour Ali Lotfi, «la pauvreté, le chômage, la cherté de la vie et l’échec des politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’emploi, constituent des facteurs dont le gouvernement actuel porte une large responsabilité». Selon lui, ces éléments sont directement liés «aux tensions sociales actuelles et à certaines formes d’expression observées au sein de la génération Z lors des récentes protestations, auxquelles se sont ajoutées les tentatives de passages collectifs, nourries par le mirage d’un avenir meilleur».

Au final, la vitrine offerte à l’étranger par la monarchie marocaine a été fissurée et les difficultés sociales du pays ont explosé, laissant voir une réalité peu reluisante que les inégalités dans la distribution des richesses nationales, ajoutées aux brimades auxquelles sont soumis les jeunes chômeurs, s’aggravent d’année en année et ne font que retarder une révolution annoncée. Sans des réformes radicales, sur les plans aussi bien politiques (davantage de libertés), qu’économique (davantage d’emplois) et social (davantage d’équité), la marmite pourrait exploser à tout moment.

Les autorités sont une nouvelle fois averties : l’immobilisme ne saurait être une politique viable à terme.

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Mulhouse : un militant condamné à 3 mois avec sursis pour un salut nazi

À Mulhouse, un militant de 28 ans, ancien colistier de Reconquête aux dernières municipales, a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour « apologie de crime ou délit » après un geste jugé comme un salut nazi.…

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Kaïs Saïed : des sites archéologiques victimes de pillage et des vestiges de l’oued Méliane transformés en dépôt de déchets !

Le président de la République, Kaïs Saïed, a évoqué la situation des sites archéologiques en Tunisie lors d’une réunion tenue lundi 4 août 2026 au palais de Carthage avec la cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Environnement Habib Abid, la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi, la directrice générale de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle Rabiâ Bel Fguira, ainsi que le chargé de la gestion de l’Agence de protection et d’aménagement du littoral Mehdi Belhaj.

Cette réunion a porté notamment sur la situation environnementale et la pollution, à la suite de la visite effectuée dimanche par le chef de l’État à Radès.

Concernant le patrimoine, Kaïs Saïed a souligné le rôle de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle dans la protection des sites archéologiques. Il a cité, à titre d’exemple, les vestiges découverts fortuitement sur les rives de l’oued Méliane, qui « se sont transformés en dépôt de déchets », selon le communiqué de la Présidence de la République.

Le président de la République a indiqué que cet exemple ne constitue qu’un cas parmi de nombreux sites archéologiques qui n’ont pas encore été découverts, qui n’ont pas bénéficié de la protection nécessaire ou qui ont été victimes de pillage.

Il a établi un parallèle entre la situation de certains sites patrimoniaux et celle des biens publics, estimant que ces derniers ont également été exposés au pillage.

Au cours de la même réunion, Kaïs Saïed a par ailleurs affirmé que toute partie responsable de la pollution doit assumer pleinement ses responsabilités, en rappelant le principe du « pollueur-payeur » consacré par le droit international et repris lors du Sommet de Rio de Janeiro en 1992.

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Cette décision de justice espagnole qui fait chavirer la « digue migratoire » de l’Europe

Après la crise provoquée par l’afflux de dizaines de milliers de personnes vers le préside occupé de Sebta, au cours de laquelle des migrants ont perdu la vie, les autorités marocaines ont vivement réagi aux allégations formulées par l’Espagne. En…

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Ingérences étrangères en Afrique entre défense de l’autonomie et pressions géostratégiques

L’Afrique est, aujourd’hui encore, la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

Najiba Ben Hassine *

L’Afrique berceau des civilisations et riche en ressources naturelles a été le théâtre d’interactions complexes avec les puissances étrangères depuis des siècles façonnant son histoire politique, économique et sociale, affectant ses structures socio-économiques et entravant son développement. Depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, les nations africaines ont été le théâtre de rivalités géopolitiques et économiques et de stratégies de puissances émanant de multiples acteurs internationaux, engendrant des défis complexes et des enjeux confus pour l’Afrique et ses peuples. La reconnaissance de la pleine autodétermination, gage incontournable de la coexistence pacifique et du développement des Etats, implique que chacun possède dans l’ordre mondial l’égale plénitude et exclusivité des compétences étatiques.

Le concept de l’autonomie reflète à notre sens une réalité politique qui transcende les considérations purement juridiques découlant du concept de souveraineté. Il incarne l’idée de la liberté d’action, d’autonomisation et d’autodétermination des peuples concernés.

L’autonomie est, en outre un concept relatif, variable et flexible, dépendant des contextes et des aspirations des groupes ou entités concernés. Il s’ensuit que l’évaluation de l’autonomie et la mesure de sa signification juridique et politique demeurent imprécises et controversées. L’autonomie s’exerce dès lors pour faire face à un acte d’ingérence qui signifie «l’action de s’immiscer, c’est-à-dire de s’introduire indûment, sans en être requis ou en avoir le droit, dans les affaires des autres».

En conséquence, l’autonomie génère un statut juridique requérant l’acquisition d’un certain degré de puissance. La puissance va plus loin que la simple réunion des éléments constitutifs d’un Etat souverain, et implique la conscience d’un rôle à jouer, d’une mission à remplir et d’un ordre à établir dans un contexte complexe de rapportsinternationaux rappelant à chaque Etat l’obligation de se positionner par rapport à l’autre.

Il est pertinent de rappeler à cet égard que la Charte de l’Organisation des Nations Unies (Onu) a interdit l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et a érigé cette interdiction en un corollaire du principe de l’égalité souveraine des Etats et une condition essentielle de l’établissement de la paix et de la sécurité internationale.

L’article 4 de la Charte de l’Union africaine (UA) a pris soin également de réaffirmer les principes de l’«égalité souveraine et interdépendance de tous les Etats membres de l’Union» ainsi que celui de la «non-ingérence d’un Etat membre dans les affaires intérieures d’un autre Etat membre».

Paradoxalement, l’Afrique est la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales, Pendant la période coloniale, les puissances coloniales ont exploité les ressources du continent africain ; ils ont laissé derrière elles des divisions artificielles source de tensions et de conflits. Dans la période postcoloniale, en dépit de l’acquisition de l’indépendance, la domination et l’ingérence étrangère persistaient sous de nouvelles formes, souvent perpétués par le néocolonialisme. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

L’ingérence étrangère revêt différentes formes politique, économique, diplomatique militaire et culturelle. Ainsi, on se trouve confronté à une Afrique de plus en plus impliquée dans la mondialisation et très convoitée par les grandes puissances.

Cette ingérence étrangère a toujours constitué un facteur déstabilisant du continent noir et un frein à son développement et à l’exercice de sa pleine souveraineté sur ses ressources.

Pour faire face à cette dépendance vis-à-vis de l’étranger, le panafricanisme se présente comme un mouvement politique unitaire, permettant de relever collectivement les défis de la mondialisation, du développement, de la sécurité et la consolidation des acquis précaires de l’exercice des souverainetés nationales.

L’UA, s’inscrivant dans une gouvernance multilatérale, s’efforce d’ériger l’autonomie et la libération en leviers du développement et de stabilité.

La question de l’autonomie des Etats africains à l’épreuve de l’ingérence étrangère nous parait hasardeuse à traiter. La disparité des Etats africains implique, un traitement différentié à géométrie variable de situations divergentes voire antagonistes, aggravés par le poids de l’héritage colonial auquel s’ajoutent les clivages culturels et les frontières artificielles entre les nations.

Le continent africain compte 54 Etats appartenant à des civilisations différentes et connaissant des niveaux de développement variés voire disparates ; on note cinq grandes régions : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est et Afrique australe. L’amplification des regards et des intérêts externes qui pèsent sur le continent ainsi que la pluralité, la diversité et les interférences des entités interventionnistes complexifient encore notre analyse : les Etats, les organisations et les institutions financières internationales… Il est légitime, dès lors, de questionner la liberté d’action des Etats africains contre toute forme d’ingérence étrangère ?

I- L ’ingérence étrangère : entrave incessante de l’autonomie des Etats

Il est opportun dans ce contexte de traiter la pluralité des formes de l’ingérence étrangère et son impact déstabilisant sur le continent. Cette ingérence a marqué l’espace africain revêtant des formes très variées et attestant de stratégies interventionnistes établies d’une manière différenciée en tenant en compte les particularités de chaque Etat africain et de l’étendue des liens historiques politiques et économiques qui les rattachant.

L’ingérence politique présentée comme «une intervention tendant, directement ou indirectement, à imposer un régime démocratique à une entité souveraine par des pressions multiformes (conditionnalités, menaces ou recours à la force)», remettant en cause le principe de l’autonomie constitutionnelle des Etats.

La conditionnalité démocratique de l’aide au développement représente une manifestation spectaculaire de l’ingérence étrangère dans la mesure où elle a été consacrée dans des convention internationales ou régionales qui mettent en exergue l’exigence démocratique comme condition de l’application desdites conventions ou accords à l’image de la Convention ACP/UE signée le 23 juin 2000 et l’accord d’association entre la Tunisie et l’UE signé en 1995.  L’institutionnalisation de l’ingérence démocratique en direction de l’Afrique la transforme en un enjeu de débat public international légitimant l’intervention d’acteurs transnationaux.

A titre d’illustration, la gouvernance internationale des élections dans le Golf du Guinée (Nigéria, Cameroun, RDC) s’est imposée comme un moyen de reconstruction des Etats en faillite. Néanmoins, ces ingérences ont souvent contribué à l’établissement d’une forme de tutelle politique et d’un clientélisme entre les agents électoraux internationaux et les élites électorales internes, au détriment de la prise en considération de la souveraineté des peuples.

La France et des États-Unis ont entretenu un interventionnisme discriminatoire qui amène à stigmatiser certains États non démocratiques et à tolérer d’autres attestant de l’instrumentalisation et de l’ambivalence de la conditionnalité démocratique. 

Ainsi, au-delà du transfert des valeurs démocratiques, se dévoile la quête par les «entrepreneurs de la cause démocratique» d’un positionnement géostratégique et d’une hégémonie idéologique, politique et économique.

L’ingérence humanitaire vise dans sa conception initiale à influencer, à contrôler les actes d’un gouvernement étranger qui enfreignent gravement lois d’humanité.  Néanmoins la politisation de cette pratique risque de camoufler les motifs réels de l’intervention, d’autant plus que le flou juridique qui entoure cette notion pourrait conduire à s‘en servir pour légitimer une ingérence dans les affaires des Etats autorisant des programmes impérialistes au nom de valeurs universelles. Il en atteste pleinement la sélectivité dans le choix des théâtres d’intervention humanitaire.

L’ingérence militaire s’exerce également en dépit de l’affirmation intensive du principe du non recours à la force armé dans l’ordre juridique internationale. Cette forme d’ingérence trouve une légitimation internationale. Le continent africain est le théâtre d’affrontements militaires les plus atroces et les plus meurtriers dans le monde. La quasi-totalité de ces conflits surgissent via l’appui de grandes puissances, ou en leur nom. Le cas du Rwanda est le plus emblématique de par le caractère génocidaire du conflit aggravé par une ingérence militaire française.Les conflits armés au Soudan et au Mali provoquent la crise humanitaire la plus grave et la plus atroce dans le continent les transformant en terrains de tensions géopolitiques.  

Il y a, également, l’ingérence économique et monétaire. Il s’avère pertinent de rappeler dans ce contexte que la résolution adoptée par l’AG de l’Onu le 12 décembre 1974 énonce que «chaque Etat détient et exerce librement une souveraineté entière et permanente sur toutes ses richesses, ressources naturelles et activités économiques».

Paradoxalement, on assite à une course contre la montre entre les puissances étrangères pour s’implanter dans les différents pays d’Afrique par des accords militaires ou des partenariats économiques  Pour tous les pays industriels entrés dans l’ère de l’électronique et du numérique, les gisements de minéraux  à usages industriels rendent l’Afrique plus attractive créant ainsi des rivalités entre les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, la France, le Royaume-Uni, et la Turquie  en tissant des relations d’affaires avec les Etats africains.

L’ingérence non seulement freine mais entrave le développement équitable durable   du continent africain. Elle alimente en outre l’insécurité, les tensions et les conflits armés source de fragmentation et de morcellement de Etats africains :

L’entrave au développement : les partenariats entretenus entre les Etats africains ont été conçus dans une logique de déséquilibre et de domination négligeant les enjeux et les défis confrontés par les Etats africains et traduisant une surexploitation des ressources au détriment d’une véritable coopération inclusive et intégrée se fondant sur une gouvernance des échanges économiques sociaux et politiques.

En 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans une pauvreté multidimensionnelle, dont 51 % (soit environ 588 millions de personnes) résident sur le continent africain

En outre, un fossé est en train de se creuser entre les pays à revenus moyens en plein essor et les Etats fragiles et les moins développés, aggravant ainsi les déséquilibres socioéconomiques du continent et le poids de la dette souveraine et de l’inflation.

Les partenariats UE/ Afrique demeurent aussi déséquilibrés. L’accord de Samoa signé le 15 novembre 2023 s’est succédé à l’accord Cotonou, en visant entre autres à lutter contre le changement climatique, protéger l’environnement et garantir une gestion durable des ressources naturelles.

Toutefois, si cet accord se présente comme un accord de partenariat, il lie des puissances inégales tout en conservant la dépendance et la démarche débiteur/créancier qui caractérisent les accords de Cotonou, et pourrait influencer le processus de l’autonomie décisionnel des Etats ACP dans les instances internationales. En 2019, l’Afrique représentait 2,8% du commerce mondial. Le commerce intra régional de l’Afrique ne représentait que 4,4% du commerce continental total.

L’escalade de la violence et des conflits alimentent la fragmentation et l’affaiblissement des structures étatiques centrales et locales et génèrent un continent instable dont la paix est confisquée. La perpétration des coups d’État aggrave encore l’instabilité et l’insécurité et creuse davantage le fossé d’incertitude et de méfiance entre les gouvernants et les gouvernés et les différents acteurs nationaux.

Depuis 1950, l’Afrique a connu 220 des 492 tentatives de coup d’État recensées dans le monde. On recense, de surcroît, une hausse de 45% du nombre de situations de conflits armés en Afrique depuis 2020, provoquant le déplacement de quelque 35 millions de personnes sur le continent.

Les violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme par les parties belligérantes lors de conflits armés en Afrique laisse présager une atmosphère d’impunité et de stigmatisation du continent et des populations.

Le système de la responsabilité internationale est accusé d’être sélectif et discriminatoire en se focalisant sur les crimes internationaux perpétrés sur le continent africain et en passant sous silence ceux commis ailleurs.

Pire encore, il nous semble que cette situation d insécurité et de guerre est stimulée par les puissances interventionnistes afin de pérenniser leur mainmise sur les ressources du continent : étant fragilisé et fragmenté sa domination devient de plus en plus aisée.  L’effacement des entités étatiques et la montée en puissance de groupes armées irréguliers et de milices, la perte par l’État du monopole légitime de la contrainte représentent des handicaps majeurs au développement durable et à l’établissement de la paix et de la sécurité à l’échelle régionale.

II- Les palliatifs visant à renforcer l’autonomie des Etats africains

On opte dans ce contexte pour une étude sélective de ces palliatifs en mettant en exergue les plus influents, à savoir l’apport de la gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA et le renouvellement des résistances nationalistes à l’échelle étatique :

La gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA : depuis le milieu du XXe siècle, le multilatéralisme régional s’est progressivement affirmé comme le mode privilégié de coopération internationale.

Après l’indépendance, les responsables politiques des nouveaux Etats africains se sont servis des idées du panafricanisme pour défendre l’unité du continent et la formation d’une organisation d’intégration africaine.

L’article 3 de l’acte constitutif de l’UA énonce parmi les objectifs de l’Union «de défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale, et l’indépendance de ses Etats membres».

La montée de l’intégration régionale a été toujours présentée comme corollaire du développement, de stabilité et de solidarité.

En effet, le multilatéralisme tente de mobiliser les Etats africains pour préserver leur autonomie en assumant pleinement les responsabilités découlant de leur autonomie moyennant une reconceptualisation du principe de souveraineté.  

Ainsi, le rôle de l’UA dans la consolidation de l’autonomie des Etats africains et la sécurité du continent se manifeste dans son action opérationnelle guidée par une conception de la souveraineté-responsabilité centrée sur l’homme. Elle défend l’idée de souveraineté partagée enrichie par l’exigence du sentiment d’humanité et de responsabilité pour faire face à des défis qu’un Etat seul ne peut pas relever et qui doivent être traités collectivement dans un esprit de solidarité et de complémentarité tels que la pauvreté, l’insécurité, les crimes internationaux, la pollution…

La création du Conseil de Paix et de sécurité par l’Acte constitutif de l’UA marque un tournant décisif dans le renforcement système de sécurité collective africaine.

De même, l’adoption de l’accord portant création de la ZLE continentale africaine signé en 2018 visant à pallier aux vulnérabilités des économies africaines…

L’UA est, toutefois, confrontée à des défis majeurs tenant à sa capacité à s’ériger en une véritable puissance régionale, à gérer efficacement les disparités et tensions entre les Etats africains.  Encore faut-il craindre l’enchainement vers un simple mimétisme du modèle d’intégration européenne sans une prise de conscience des particularités du contexte africain, en transformant l’organisation indirectement en un outil de domination et d’ingérence.

Le renouvellement du nationalisme africain a aujourd’hui conduit à placer l’identité ethnique, nationale et religieuse au cœur de tout projet politique, défendant l’autonomie des Etats africains dans son acception de résistance aux tentatives du néocolonialisme et aux ingérences étrangères, et répondant aux aspirations de leurs populations à l’autonomie et la prospérité. Ce qui se manifeste en particulier dans le discours politique et la remise en cause d’accords conclus avec les   anciennes colonies.

La montée du nationalisme reflète dans le discours politique des leaders africains une réponse à la domination et aux ingérences étrangères et une quête d’une position respectable sur la scène internationale. Il en atteste la dénonciation en cascade des accords de défense par les États africains qui marque une rupture historique avec les anciennes colonies et en particulier avec la France.

En 2024, le président sénégalien Bassirou Diomaye Faye annonçait le départ des troupes françaises du Sénégal. Il a estimé que la présence militaire française «ne correspond pas à notre conception de la souveraineté et de l’indépendance».Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a annoncé la rupture de l’accord de défense entre le Tchad et la France. Il a qualifié cette décision d’«acte souverain, mûrement réfléchi et entièrement assumé». Ces décisions ont été précédées du retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso puis du Niger.

L’impact de ces tendances nationalistes africaines sur la réaffirmation et le renforcement des souverainetés nationales devrait être, sans doute, mesuré à long terme.

Néanmoins, il est permis de craindre l’avènement d’un nationalisme sélectif dissuasif à l’égard de certaines puissances interventionnistes mais permissif à l’égard d’autres.

De surcroît, ce nationalisme devrait être impérativement accompagné de politiques nationales de réforme et de consolidation des structures étatiques internes et d’une gouvernance dans la gestion des ressources nationales ainsi qu’une internalisation et africanisation des valeurs démocratiques. Il devrait aller de pair également avec une reconfiguration profonde des partenariats établis avec les Etats tiers ou les groupements interétatiques fondée sur l’égalité souveraine et la préservation des richesses africaines pour les générations futures ainsi qu’un développement durable et équitable du continent.

Au total, Une stratégie autonomiste mais ouverte au monde extérieur ne peut réellement s’affermir qu’au moyen d’une solidarité panafricaine globalisée qui transcende les divergences et les tensions entre les Etats africains. Etant confrontés à des défis énormes et partageant un sort commun, ces Etats doivent en conséquence s’engager dans une autonomisation propre au continent.

* Maitre-assistante en droit public à la faculté de droit et des sciences politiques de Sousse.

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Kaïs Saïed appelle les médias publics à un discours responsable

Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu hier après-midi, au palais de Carthage, les dirigeants de plusieurs médias publics, dont la Télévision tunisienne, la Radio tunisienne, l’Agence Tunis Afrique Presse, La Presse et Dar Assabah.

Au cours de cette réunion, le chef de l’État a souligné le rôle central des médias nationaux à cette période, estimant qu’ils doivent rester une voix libre et porter une parole courageuse. Il a insisté sur la nécessité d’adopter un discours médiatique responsable, fidèle à la vérité et tourné vers l’intérêt supérieur du pays, sans se laisser distraire par les réactions de ceux qui, selon lui, ne méritent pas d’attention.

Kaïs Saïed a également appelé à renforcer les campagnes radiophoniques et télévisées pour lutter contre plusieurs phénomènes négatifs, en particulier la drogue, qu’il a qualifiée de fléau visant notamment la jeunesse et cherchant, selon lui, à fragiliser la société.

Le président de la République a enfin affirmé que le bras de fer actuel oppose le système en place à une ancienne “manière de gouverner” qui tente de reprendre souffle, tout en assurant que la cohésion du front intérieur permettra de faire échec à toutes les tentatives de déstabilisation, quels qu’en soient les auteurs ou les objectifs.

Il a conclu en affirmant que les engagements du peuple ne seront pas trahis et que la voie engagée se poursuivra avec constance, dans le respect des sacrifices consentis à travers tout le pays.

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Kaïs Saïed exige responsabilité et action face à la pollution

Lors d’une réunion tenue hier au Palais de Carthage, le président de la République Kaïs Saïed a appelé à l’application stricte du principe « le pollueur-payeur » et au renforcement des interventions pour protéger le littoral et les sites archéologiques, rappelant les obligations constitutionnelles et internationales en matière d’environnement.

Cette annonce intervient après 24 heures de sa visite dimanche à la ville de Radès,il a insisté sur le fait que tout responsable de pollution doit assumer l’entière responsabilité de ses actes, conformément au principe international « le pollueur-payeur », consacré lors du Sommet de Rio de Janeiro en 1992. Il a également rappelé que l’article 47 de la Constitution tunisienne garantit le droit à un environnement sain et équilibré, la contribution à la sauvegarde du climat, et impose à l’État de fournir les moyens nécessaires pour éliminer la pollution environnementale.

Selon le communiqué de la présidence de la République, le Chef de l’Etat a souligné que l’agence de protection et d’aménagement du littoral n’a pas pleinement rempli sa mission dans de nombreuses zones côtières. Il a appelé à redoubler d’efforts, à renforcer les interventions sur le terrain pour protéger le littoral contre toutes formes d’empiétements et de dépassements, et à accélérer la mise en œuvre des programmes d’aménagement et d’entretien, afin de préserver les richesses naturelles et environnementales et de répondre aux aspirations des citoyens à bénéficier d’un littoral propre et protégé.

Protection des sites archéologiques : Concernant l’Agence de revitalisation du patrimoine et du développement culturel, le Chef de l’État a évoqué la nécessité de protéger les sites archéologiques, citant l’exemple des découvertes fortuites sur les rives de l’oued Meliene, transformées en décharge de déchets. Il a ajouté que cet exemple n’est qu’un parmi de nombreux sites archéologiques encore non découverts, non protégés, ou victimes de pillages, tout comme les biens du peuple tunisien qui ont eux aussi été pillés.

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« Don chinois » | Clôture de l’instruction, Bouchlaka renvoyé devant la chambre criminelle

La chambre d’accusation spécialisée dans les affaires de corruption financière près la Cour d’appel de Tunis a confirmé, ce lundi 3 août 2026, la clôture de l’instruction relative à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem Bouchlaka.

La justice a validé la décision du juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier concernant l’affaire du « don chinois ». Rafik Bouchlaka est aini poursuivi pour abus de fonction (ayant procuré un avantage injustifié causant un préjudice à l’État) et pour détournement de fonds publics, pour la gestion illégale de deniers confiés en raison de ses fonctions.

Selon une source judiciaire citée par l’Agence Tap, la chambre d’accusation a ordonné le renvoi de Rafik Bouchlaka, poursuivi en état de fuite, devant la chambre criminelle du Pôle judiciaire économique et financier de Tunis pour y être jugé.

Y. N.

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Habib Bourguiba, l’homme qui a façonné la Tunisie moderne

Le 3 août 1903 ne marque pas seulement une date sur le calendrier : c’est le jour où est né un enfant au cœur simple, issu d’une famille modeste, destiné à devenir un penseur, un visionnaire et le bâtisseur de la Tunisie d’aujourd’hui. Une Tunisie résiliente, fière de son identité et de ses valeurs, qui continue de tenir bon face aux épreuves, aux difficultés et aux tensions.

Pour saisir toute la portée de l’héritage de Bourguiba, il suffit de revenir sur quelques-unes de ses réalisations majeures qui ont façonné le pays.

Habib Bourguiba a d’abord profondément réformé l’enseignement religieux en fermant l’Université Zitouna pour créer la Faculté de la Charia et des Fondements de la Religion. Cette mesure visait à moderniser et unifier les programmes, afin de les adapter aux besoins d’une Tunisie en mutation, à l’instar des réformes menées dans d’autres grandes institutions musulmanes. Son ambition première était de construire une nation unie, développée, capable de goûter au bonheur de vivre et de bénéficier des conditions d’une existence digne.

Il a également accordé une place centrale au travail, qu’il considérait comme une véritable forme de dévotion et le moteur essentiel du progrès et de la dignité nationale, sans renier la foi ni les traditions.

Sa lutte en faveur des droits des femmes a durablement marqué la société tunisienne. En interdisant la polygamie, il a ouvert la voie à plus d’égalité et de respect entre hommes et femmes.

Sur le plan sécuritaire, Bourguiba a consolidé l’unité nationale en intégrant les différentes forces armées naissantes, contribuant ainsi à forger un État fort et stable.

Symbole de la lutte pour la souveraineté, il a enduré 25 longues années de prison et d’exil, avant de soutenir activement les mouvements de libération, notamment en apportant son appui au combat fraternel en Algérie.

En 1961, face à la volonté française de maintenir une présence militaire, il a appelé le peuple tunisien à se lever pour défendre la patrie lors de la bataille de Bizerte, affirmant avec force l’indépendance pleine et entière de la Tunisie.

Enfin, convaincu que le développement devait bénéficier à tous, il a lutté contre les clivages régionaux en plaçant l’éducation et la santé au cœur des priorités nationales. Des écoles, mais aussi des hôpitaux ont été construites dans chaque village. A travers l’éducation, cela a permis à toutes les filles et à tous les garçons d’avoir une réelle chance de s’élever et de participer à la construction du pays.

Ces actions et principes illustrent l’engagement et la vision d’un homme dont le rôle a marqué l’histoire de la Tunisie contemporaine.

Plus encore, l’histoire retiendra que nous lui sommes redevables et nous ne l’oublierons jamais, de génération en génération. Et pour finir, comme le disait la chanson de Céline Dion : “Je ne vous oublie pas, non, jamais.”

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Donald Trump réitère la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara

Le président américain Donald Trump a réaffirmé la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara ainsi que son soutien constant au plan d’autonomie, dans une lettre adressée au roi Mohammed VI à l’occasion du 27e…

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Israël, une société en train de s’effondrer ?

La guerre n’a jamais frappé le territoire israélien proprement dit. Mais le 7 octobre 2023 a tout bouleversé. Le Hamas a pris en défaut «l’infaillible» renseignement sioniste. Les missiles du Hezbollah et ceux de l’Iran ont désorganisé la vie des ménages, la marche des institutions académiques, des maternelles à l’université, l’entassement dans les abris et la promiscuité sont devenus quotidiens… et contraint le Premier ministre à changer souvent de domicile. Cela a un prix… (Photo : Soldats israéliens commettant un génocide à Gaza).

Mohamed Larbi Bouguerra *

Le 29 juillet, le journal Haaretz annonçait le suicide de deux soldates d’active ; ce qui fait que l’armée d’occupation a enregistré 16 membres ayant mis fin à leurs jours cette année. Il faut y ajouter cependant neuf autres soldats qui ont servi pendant la guerre et des réservistes ayant fait leur service actif.  En 2025, l’armée a compté 22 suicides dans ses rangs, le chiffre le plus élevé en 15 ans.

Tom Levinson écrit dans Haaretz du 25 juin 2026 un article intitulé A Collapsing Society: Israel Suffers a National Mental Crisis Due to the War («Une société en train de s’effondrer : Israël subit une crise mentale nationale à cause de la guerre.»)

En résumé : anxiété, troubles du sommeil, violences domestiques, troubles alimentaires, accidents de la route, drogues dures et alcool… Statistique après statistique révèle l’impact sans précédent de la guerre sur la santé mentale des Israéliens.

«Nous vivons dans un état d’incertitude. Le téléphone pourrait sonner à nouveau dans une heure pour aller aux abris, et des missiles depuis l’Iran pourraient être lancés. Nous sommes en mode survie – et cela a des conséquences», diagnostique Gil Salzman, un des principaux psychiatres d’Israël.

«Les chiffres ne laissent aucune ombre de doute», déclare le professeur Eyal Fruchter, président du National Council for Post-Trauma. «Israël fait face à une crise nationale», ajoute-t-il.

Des bombes à retardement

Commençons par les chiffres du ministère de la Défense. Avant la guerre, la branche de réhabilitation prenait en charge 62 000 blessés, dont 11 000 souffraient de problèmes de santé mentale. Le mois dernier, les chiffres avaient grimpé à 82 000 et 31 000 respectivement.

Cependant, ce ne sont pas ces chiffres qui inquiètent les experts. «Les dégâts que nous observons aujourd’hui ne constituent qu’une petite partie, voire la partie émergée de l’iceberg, de ce qui va arriver», déclare la professeure Zahava Solomon, chercheuse de premier plan mondial dans le domaine du traumatisme. Elle ajoute : « Les recherches montrent des taux significatifs de réactions différées… Les soldats démobilisés sont des bombes à retardement. »

Si c’était une guerre comme toutes les guerres, les forces militaires auraient enregistré la plus grande partie des pertes psychologiques. Mais cette guerre est différente, plus complexe. Les civils ne se contentent pas d’observer la guerre de loin, mais aussi en arrière-plan : les horreurs ont atteint le front intérieur, laissant les victimes civiles confrontées à des défis physiques et mentaux. Parmi eux figurent les habitants de l’enveloppe de Gaza, les victimes du concert Nova et ceux dont les maisons ont été touchées par un missile iranien. Au fil de la guerre, le cercle des victimes s’élargit.

À la veille du 7 octobre [2023], le nombre de citoyens blessés dans des actes hostiles et reconnus officiellement comme invalides pour des raisons de santé mentale était de 6 412. Cette semaine, le nombre de personnes reconnues par l’Institut comme ayant des lésions mentales a dépassé 69 000, dont environ 35 000… ont été reconnues comme handicapées. Ainsi, en moins de trois ans, le nombre a été décuplé par plus de dix.

Environ un mois avant la guerre, le taux de symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT ou  PTSD) dans la population était d’environ 16 % ; un mois après le 7 octobre, elle est passée à environ 30 % ; et deux ans et trois mois plus tard, c’était d’environ 19,7 %. «C’est nettement plus élevé que le taux mondial», affirme le Pr  Levi-Belz. L’OMS, par exemple, a constaté en 2021 que le taux mondial de personnes ayant subi des symptômes post-traumatiques était d’environ 3,9 %.

Un traumatisme collectif

Traumatisme collectif pour le Pr Levi-Belz, responsable du Lior Tsfaty Center for Suicide & Mental Pain Studies au Ruppin Academic Center : le massacre du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi, dit-il, sont liés à nos structures sociales, à notre identité et à nos relations interpersonnelles. «La société israélienne est épuisée, ressentant un épuisement intense et brutal. Elle se débat dans des questions morales et souffre d’un sentiment de trahison de la part de l’État et de ses dirigeants.»

Le traumatisme collectif, poursuit Levi-Belz, «est insidieux ; ça ne s’arrête pas comme le PTSD. Parfois, les gens semblent aller bien, voire trop bien, sortir et socialiser. Mais on ne peut pas oublier que ce n’est pas fini. Ce n’est pas seulement l’apparence extérieure [qui compte]. Les questions les rongent de l’intérieur ainsi que les peurs.  La quantité de klaxons et de rage au volant sur la route, par exemple, est un instantané de l’eau bouillonnant sous la surface de la société israélienne.»

Pendant la guerre, il y a eu une augmentation des décès sur la route – de 361 en 2023, à 439 en 2024, puis à 459 en 2025. En surface, ces figures n’ont aucun lien avec la guerre à cause du PTDS

Un rapport de l’Organisation sioniste internationale des femmes a constaté une augmentation de 65 % de la violence domestique dans la population générale d’Israël au cours des six premiers mois de la guerre, par rapport à la même période l’année précédente – 4 566 appels à ses refuges contre 2 760. Une étude de 2024 a révélé un risque huit fois plus élevé de violences physiques ou sexuelles à domicile lorsque les deux partenaires servent dans la réserve de l’armée sioniste.

Face à cette situation, les psychiatres quittent Israël en masse pour la Nouvelle Zélande, le Canada…

De plus, la pénurie de professionnels de la santé mentale ne se limite pas aux psychiatres. Elle existe sur tout le spectre des soins.  Chaque travailleur est responsable d’environ 770 patients.

Selon les experts, la pénurie s’applique même aux lits d’hôpital et aux maisons d’équilibre (une forme de maison de transition pour les personnes en détresse mentale aiguë).

Pour le Pr Fruchter, qui est également président de l’ONG Collective Action for Resilience d’Israël, souligne qu’une approche globale et systémique est nécessaire pour traiter ce problème. «Beaucoup d’organisations sont en train d’être créées, et personne ne sait comment les guider d’en haut. Il n’y a pas non plus suffisamment de communication entre les différentes agences publiques et semi-publiques impliquées, telles que le ministère de la Santé, le ministère de la Défense, l’Institut national d’assurance et les prestataires de soins de santé. Un comité interministériel sur cette question doit être créé. Dans un monde idéal, cette question aurait dû figurer en tête des programmes électoraux des candidats, mais le gouvernement choisit de détourner le regard. Elle va exploser sur nous à l’avenir comme une bombe très puissante. Il y aura des conséquences sans précédent – dans le milieu universitaire, le marché du travail et toute l’économie israélienne. »

Israël en train de s’effondrer ?

Une société dont le gouvernement ne réserve la pendaison qu’aux Palestiniens et qui sable le champagne après le vote de cette ignoble loi est à mettre aux galères disait Voltaire ; un pays dont les colons se targuent d’assassiner des bébés palestiniens est sûrement dérangé.

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Les remèdes de l’UGTT à la crise en Tunisie

Marginalisée par le pouvoir exécutif, exclue du dialogue social dont elle fut historiquement l’un des principaux piliers et son influence considérablement réduite sur la scène politique, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) tente d’exister, tant bien que mal, en s’invitant, de temps en temps, dans le débat national, par des déclarations de ses dirigeants à peine relayées par les médias, en attendant des jours meilleurs. (Photo: Slaheddine Selmi, SG de l’UGTT).

Latif Belhedi

L’organisation s’est rappelée au souvenir des Tunisiens, hier, samedi 1er août 2026, en communiquant sur un document de son département d’études intitulé «La Tunisie à la croisée des chemins : défis majeurs et clés pour surmonter la crise», qui souligne le caractère désormais structurel des difficultés du pays.

La Tunisie dispose des ressources nécessaires pour renouer avec la croissance, mais cela nécessite des réformes structurelles, une stratégie économique à long terme et un dialogue national sur les grands choix économiques et sociaux, a-t-elle souligné dans ledit document, qui insiste sur les enjeux clés de la crise : le poids de la dette publique (qui dépasse 80% du PIB), la faiblesse de l’investissement, la dépendance énergétique, notamment du gaz algérien, la perte de pouvoir d’achat, la fuite des compétences et la pression sur les ressources hydriques.

Selon l’UGTT, le rythme de la croissance (entre 1,5 et 2,5 %, bon an mal an) demeure insuffisant pour réduire le chômage et financer adéquatement les services publics.

Au chapitre des recommandations, la centrale syndicale appelle l’Etat à soutenir l’investissement productif, à simplifier les procédures administratives et à développer les énergies renouvelables ainsi que les secteurs à forte valeur ajoutée, en renforçant les liens entre universités, instituts de recherche et entreprises.

Le rapport appelle également à la réforme des entreprises publiques sur la base d’objectifs vérifiables, tout en maintenant le contrôle de l’État sur les secteurs stratégiques. Position du reste partagée par le président de la république Kaïs Saïed, qui rejette catégoriquement toute idée de cession, totale ou partielle, de ces entreprises qui croulent sous les déficits et les dettes et pèsent lourdement sur les finances publiques.

Concernant les ressources en eau, l’UGTT appelle à prendre des mesures contre le gaspillage et prône le recours au dessalement et aux eaux usées traitées.

Les réformes relatives aux subventions, à la fiscalité et aux entreprises publiques, ils ne peuvent être adoptées unilatéralement ; elles doivent faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux et s’accompagner d’une répartition équitable des coûts, souligne l’organisation syndicale, Prix Nobel de la Paix en 2015 pour son rôle important dans la conduite du dialogue national, mais qui peine à retrouver le rôle central qui fut le sien dans le dialogue politique et social dans le pays.

La Tunisie, conclut l’UGTT, peut tirer parti de sa proximité avec les marchés européens et africains, de son capital humain qualifié et de ses infrastructures relativement développées.

Toutefois, la relance dépendra de la capacité à bâtir un nouveau modèle fondé sur l’investissement, la productivité, la bonne gouvernance et la justice sociale.

Vers une réconciliation nationale globale

Intervenant, samedi, dans l’émission ‘‘Houna Tunes’’, sur Diwan FM Ahmed Jaziri — secrétaire général adjoint chargé du département des études et de la documentation au sein de l’UGTT — a souligné que la Tunisie fait face à des défis majeurs et que les conditions nécessaires à un niveau de vie décent ont disparu, notant que les citoyens se plaignent de plus en plus de la cherté de la vie.

M. Jaziri a ajouté que la situation actuelle du pays a incité le département des études et de la documentation de l’Union à présenter le document analytique intitulé «La Tunisie à la croisée des chemins : défis majeurs et clés pour résoudre la crise», dans le but de trouver des solutions aux problèmes de la nation, affirmant : «Le syndicat travaille jour et nuit pour trouver des solutions aux problèmes de la Tunisie.»

M. Jaziri a souligné au passage la nécessité pour toutes les parties concernées par la recherche de solutions à la crise multisectorielle que traverse le pays de s’unir et de parvenir à une réconciliation nationale globale. Rejetant les démarches unilatérales, qui caractérise le pouvoir exécutif depuis le 25 juillet 2021, date de la proclamation de l’état d’exception, il a prôné un dialogue inclusif associant toutes les organisations et la société civile pour faire face à la situation — une crise nécessitant, selon lui, l’instauration de l’état d’urgence pour remettre la Tunisie sur la bonne voie — tout en rappelant que le pays a actuellement besoin de toutes ses compétences professionnelles, dont beaucoup le quittent pour des cieux plus cléments.

M. Jaziri a ajouté que ce message s’adresse à l’actuel gouvernement qui, a-t-il affirmé, refuse d’engager le dialogue avec l’Union et d’autres organisations, insistant sur le fait que la situation exige un effort concerté de toutes les parties.

Tout en soulignant que le syndicat a ses propres idées et sa propre stratégie, et que la Tunisie ne manque de rien, le responsable syndical a affirmé que toute crise peut être résolue et que «les fardeaux partagés sont légers» (comme le dit l’adage).

Par ailleurs, M. Jaziri a soutenu que la mauvaise gouvernance, le manque de suivi et la négligence ont conduit les institutions étatiques à la ruine, citant la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) comme exemple flagrant.

En réponse à ceux qui imputent la crise actuelle du pays au syndicat, M. Jaziri a déclaré que l’UGTT est marginalisée depuis cinq ans et que ses propositions sont restées sans réponse. «Aujourd’hui, on rejette tout sur le syndicat, qui est une force positive et un vecteur de dialogue», a-t-il déclaré, qualifiant cette tentative de rejeter la responsabilité des problèmes du pays sur le syndicat de «fuite en avant» etune tentative d’éluder les véritables problèmes.

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Chronique critique des puissances mondiales (2026–2036)

Je me surprends à relire la carte du monde comme on relit une page déjà annotée : les mêmes noms, les mêmes mers, les mêmes détroits, et pourtant une autre grammaire du pouvoir. Dans la prochaine décennie, l’équilibre des forces ne ressemblera ni à un duel pur entre deux empires, ni à une harmonie multipolaire où chaque pôle serait net, stable, raisonnable. Ce sera plutôt une physique instable de la puissance, faite d’élans et de retenues, de coalitions improvisées, de dépendances converties en leviers, et d’une question obsédante : qui peut encore promettre la sécurité — énergétique, technologique, militaire, alimentaire — sans payer un prix politique intérieur trop élevé ?

Zouhaïr Ben Amor *

Les vieilles métriques (PIB, effectifs militaires, réserves de change…) restent nécessaires, mais elles cessent d’être suffisantes : on peut être riche et fragile, armé et paralysé, connecté et vulnérable. D’une certaine manière, la décennie qui vient prolonge un basculement déjà visible dans les diagnostics des grandes institutions : la croissance mondiale paraît appelée à rester «stable mais médiocre», avec des risques orientés vers le bas, parce que les tensions géopolitiques, la volatilité financière et la fragmentation géoéconomique ne sont plus des accidents mais des paramètres structurels (IMF, 2024). La Banque mondiale décrit elle aussi un monde où l’incertitude et les frictions deviennent un vent de face durable, et où la mondialisation ne s’effondre pas : elle se recompose par segments, par alliances, par exclusions (World Bank, 2025).

Ce qui change, au fond, c’est la place prise par la sécurité économique. On ne parle plus seulement de commerce, on parle d’accès ; plus seulement d’avantages comparatifs, on parle de goulets d’étranglement ; plus seulement d’efficience, on parle de redondance. Les dépendances, autrefois tolérées parce qu’elles semblaient rationnelles, deviennent des vulnérabilités à cartographier, à réduire, parfois à instrumentaliser. Le pouvoir, alors, se niche moins dans la capacité de produire «tout» que dans la capacité de rendre les autres incapables de se passer de vous dans «quelques» secteurs clés — et, symétriquement, dans l’art de se ménager des alternatives crédibles.

Les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine

Les États-Unis abordent cette période avec une force qui demeure globale — monnaie, innovation, alliances, projection militaire — mais avec une sensibilité accrue au risque de dépendance stratégique. La relocalisation partielle des semi-conducteurs et l’obsession des chaînes d’approvisionnement, visibles dans la politique industrielle américaine récente, révèlent moins un repli qu’une réécriture des conditions de l’ouverture : l’accès au marché et aux technologies n’est plus un acquis, c’est une relation, donc un rapport de force (White House, 2024). Cette posture peut rendre l’influence américaine plus conditionnelle, parfois plus transactionnelle, car les arbitrages intérieurs (coûts budgétaires, cohésion sociale, cycles politiques) deviennent une contrainte stratégique à part entière.

L’Union européenne, elle, reste un paradoxe vivant : puissance de marché et de normes, capable d’imposer des standards, mais encore hésitante quand il faut convertir la richesse en capacité matérielle — énergie, défense, matières premières, production. L’adoption d’un cadre visant à sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques signale une prise de conscience tardive : l’autonomie n’est pas un slogan, c’est une industrialisation, des investissements, des permis, des infrastructures, et souvent des conflits locaux autour de l’acceptabilité (EU, 2024). L’Europe peut gagner en poids stratégique si elle assume le coût de la souveraineté ; sinon elle restera un arbitre économique exposé, puissant mais perméable.

La Chine demeure, pour sa part, l’acteur le plus difficile à placer sur une carte simple. Sa profondeur industrielle et ses ambitions technologiques en font un rival systémique, mais sa trajectoire dépend d’un équilibre délicat entre contrôle politique et dynamisme économique, entre puissance projetée et confiance interne. Dans les analyses des risques macrofinanciers, elle reste un centre de gravité autant qu’une source potentielle de chocs, tant son poids dans le commerce mondial et certaines chaînes de valeur demeure élevé (IMF, 2024). Or plus elle est incontournable, plus les autres cherchent à réduire l’incontournable ; et plus ils y parviennent, plus elle se sent menacée et politise à son tour les interdépendances. La boucle est presque mécanique.

Les enjeux démographiques, économiques et technologiques

Le cœur techno-industriel de la décennie, ce sont les semi-conducteurs, l’IA, le cloud, la cybersécurité, mais aussi ce que l’on appelle, d’un ton trop neutre, les «minéraux critiques». La transition énergétique, loin d’être une simple affaire de volonté climatique, reconfigure les dépendances : moins de pétrole importé pour certains, plus de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt, de graphite, de terres rares — et surtout plus de capacité de raffinage, de transformation, de recyclage. L’Agence internationale de l’énergie insiste sur le fait que ces marchés concentrent des risques de rupture, non seulement par la géologie mais par la géopolitique et la lenteur des projets (IEA, 2024b). Dans cette perspective, la puissance se lit aussi dans des ports, des usines, des câbles, des stocks, et dans l’aptitude des États à accélérer sans fracturer leur contrat social.

La démographie, elle aussi, cesse d’être un arrière-plan. Les projections des Nations Unies rappellent un vieillissement rapide dans de nombreux pays riches et en Chine, tandis que l’Afrique et l’Asie du Sud continuent de prendre du poids (UN DESA, 2024). Vieillir, ce n’est pas seulement compter davantage de retraités : c’est durcir la contrainte budgétaire, raréfier certaines compétences, modifier la tolérance au risque, et parfois réorienter les priorités nationales. À l’inverse, une société jeune n’est pas automatiquement puissante : elle peut être dynamique, inventive, expansive, ou bien frustrée, fragmentée, vulnérable. La puissance démographique devient puissance réelle quand elle s’adosse à l’éducation, aux infrastructures, à l’emploi productif, à une gouvernance qui tient.

C’est ici que l’Inde s’impose comme la grande puissance «en fabrication». Son avenir ne se résume pas à sa taille : il dépendra de sa capacité à créer des emplois à grande échelle, à absorber une jeunesse urbaine, à sécuriser son énergie, à renforcer son appareil productif, tout en naviguant entre les blocs sans se laisser enfermer. Dans un monde de fragmentation, ce sont souvent les acteurs capables de choisir dossier par dossier — et non camp par camp — qui gagnent une marge de manœuvre disproportionnée.

Autour des grands pôles, les puissances-charnières prennent de l’importance : hubs logistiques, financiers, énergétiques, industriels, diplomatiques. Le Moyen-Orient n’est plus seulement un théâtre énergétique : il devient un espace d’investissement, de médiation, de modernisation technologique, parfois de rivalité d’influence, où les capitaux circulent comme un outil géopolitique. L’Asie du Sud-Est, avec ses stratégies de diversification industrielle, profite des redéploiements de chaînes de valeur. Dans ce monde, le pouvoir n’est pas toujours d’imposer ; il est aussi de se rendre indispensable, ou d’offrir des alternatives.

Le réarmement n’est plus une parenthèse mais une tendance

Et pendant que l’économie se politise, la guerre — ou la possibilité de la guerre — redevient un organisateur des décisions. Le Sipri observe une hausse marquée des dépenses militaires mondiales, signe que le réarmement n’est plus une parenthèse mais une tendance (Sipri, 2025). Ce n’est pas seulement une question d’armements ; c’est une question d’industrie et de temps. La guerre longue, celle qui consomme des munitions, use des matériels, exige une logistique continue, remet au centre la capacité de production, la robustesse des chaînes d’approvisionnement, la standardisation, la formation.

Dans ce cadre, l’Otan insiste sur la résilience, l’adaptation et la solidarité, comme si l’alliance se pensait de nouveau comme un mécanisme de préparation au risque majeur, pas seulement comme un forum de gestion (Nato, 2024). Mais la force d’une alliance dépend aussi de la politique intérieure de ses membres, de la crédibilité des engagements, du partage du fardeau et de l’intégration rapide d’innovations (drones, guerre électronique, cyber, spatial). Parallèlement, la dissuasion nucléaire redevient un facteur de tension psychologique : non parce qu’elle rend la guerre certaine, mais parce qu’elle rend l’erreur plus coûteuse et les crises plus dangereuses (Sipri, 2024).

La décennie à venir sera une décennie de zones grises : sabotage, cyberattaques, pressions économiques, coercition maritime, guerre de l’information, militarisation du droit. Ces pratiques brouillent la perception de la puissance : elles permettent à des acteurs plus faibles d’infliger des coûts, et à des acteurs plus forts de nier leur implication, créant une atmosphère de suspicion qui rigidifie les alliances et encourage la surenchère. Dans ce monde, l’équilibre ne se voit pas toujours : il s’éprouve.

Alors je reviens à une idée simple, presque brutale : l’équilibre global ne sera pas «équilibré». Il sera asymétrique et parfois incohérent, fait de dominations sectorielles. On peut exceller dans l’IA et dépendre d’un détroit ; contrôler une monnaie mondiale et manquer de main-d’œuvre ; dominer le raffinage et manquer d’alliés ; posséder une armée redoutable et une économie sous plafond.

Les États-Unis resteront probablement la première puissance globale par la combinaison unique de capacités militaires, financières, technologiques et d’alliances, mais leur influence sera plus conditionnelle.

La Chine restera le rival central, mais sa marge dépendra de sa capacité à maintenir son dynamisme tout en évitant qu’une coalition durable de «contre-dépendance» ne se consolide. L’Union européenne peut devenir un pôle plus autonome si elle accepte le coût de la souveraineté matérielle. L’Inde peut être un gagnant relatif si elle réussit sa transformation interne. Et autour d’eux, les puissances-charnières tireront parti d’une polarisation incomplète.

Mais tout cela peut être reconfiguré par ce que l’on sous-estime systématiquement : les chocs de résilience. L’énergie, même en transition, reste un champ de vulnérabilités et de risques ; l’AIE souligne l’ampleur des investissements requis pour une électrification accélérée, sous peine de nouvelles tensions (IEA, 2024a). Le climat, l’eau, l’alimentation, les infrastructures, les dettes, les migrations : autant de facteurs qui échappent aux scénarios trop propres.

Dans un tel contexte, la puissance se mesurera aussi à la capacité d’absorber des chocs sans basculer dans la crise politique, à la solidité des institutions, à la confiance sociale, à la capacité de planifier sans étouffer.

Et si je devais laisser une phrase en suspens, comme on laisse un repère dans la marge d’un carnet, ce serait celle-ci : la décennie à venir ne départagera pas seulement «qui est le premier», elle départagera «qui tient». Qui tient l’effort industriel, qui tient la cohésion sociale, qui tient les alliances, qui tient les chaînes d’approvisionnement, qui tient la légitimité politique quand les coûts s’accumulent.

Dans un monde où l’histoire s’écrit moins en conquêtes éclatantes qu’en capacités d’endurance, c’est peut-être la vraie mesure de la puissance.

Bibliographie
EU. (2024). Regulation (EU) 2024/1252 establishing a framework for ensuring a secure and sustainable supply of critical raw materials.
IEA. (2024a). World Energy Outlook 2024.
IEA. (2024b). Global Critical Minerals Outlook 2024.
IMF. (2024). World Economic Outlook, October 2024: Policy Pivot, Rising Threats.
NATO. (2024). Washington Summit Declaration (10 July 2024).
SIPRI. (2024). Sipri Yearbook 2024.
SIPRI. (2025). Trends in World Military Expenditure, 2024 (Fact sheet).
UN DESA. (2024). World Population Prospects 2024 Revision.

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Tribune – Tunisie. La société civile, entre torpeur et éclat

La société civile tunisienne oscille depuis 2021 entre un abandon relatif et des coups d’éclat, confirmant en tout cas son statut historique depuis l’indépendance. En bref La société civile tunisienne s’est mobilisée le 25 juillet 2026 à Tunis, à l’occasion…

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En diabolisant l’Algérie, on dessert les intérêts de la Tunisie

Suite à l’article publié dans votre journal et intitulé ‘‘Les menaces réelles de la stabilité tunisienne’’ de M. Elyes Kasri, je ne peux, en tant que citoyen algérien profondément attaché à l’axe Tunis- Alger, rester silencieux face à des accusations aussi graves portées contre l’Algérie. En tant que fervent partisan des relations algéro-tunisiennes, j’ai souhaité apporter un éclairage factuel, juridique et historique afin de déconstruire certaines approximations qui nuisent à une analyse sereine de la géopolitique de notre région.

Dr Abderrahmane Cherfouh *

Qu’un ancien ambassadeur, ayant exercé les plus hautes fonctions de représentation de l’État tunisien à l’étranger, se prête à un tel pamphlet à charge est particulièrement regrettable.

Une lecture lucide des relations tuniso-algériennes

Face à la récurrence d’analyses à charge tendant à ériger l’Algérie en menace pour la Tunisie, et à un discours nourri de contrevérités, d’approximations historiques, économiques et juridiques, il apparaît indispensable de rétablir les faits.

L’auteur de l’article porte, une fois de plus, des accusations particulièrement graves contre le voisin algérien. Habitué des réquisitoires à charge, il s’appuie malheureusement sur des contresens historiques et des approximations géopolitiques qui masquent les réalités de notre région.

Il me paraît indispensable de substituer l’émotion à la rigueur des faits, des traités et de notre histoire commune. Au-delà des postures individuelles, la responsabilité impose le respect des faits, du droit international et des engagements qui unissent nos deux nations.

1. Frontières terrestres – Un cadre juridique définitif et incontestable : affirmer que l’Algérie occupe des territoires tunisiens relève d’une méconnaissance flagrante du droit international.

Les frontières terrestres entre nos deux pays ne souffrent d’aucune ambiguïté. Elles ont été définitivement délimitées par l’accord du 20 mars 1970, puis consolidées par la convention du 19 mars 1983. Ce cadre juridique bilatéral a définitivement réglé les contentieux hérités de la période coloniale.

Agiter aujourd’hui le spectre d’une prétendue spoliation territoriale constitue un anachronisme qui ne repose sur aucune réalité juridique.

2. Sécurité énergétique – L’Algérie, partenaire constant et non prédateur : accuser l’Algérie de nuire à la Tunisie sur le plan énergétique est un non-sens économique. C’est exactement l’inverse qui se produit.

Grâce au gazoduc TransMed, l’Algérie fournit entre 65 % et 70 % du gaz naturel indispensable à la production d’électricité tunisienne. Ce partenariat stratégique, assorti de facilités de paiement durant les périodes de difficultés macroéconomiques, constitue le véritable poumon énergétique de la Tunisie.

On ne cherche pas à déstabiliser un pays que l’on contribue quotidiennement à alimenter en énergie.

En géopolitique, les intentions réelles ne se mesurent pas aux rumeurs, mais aux flux économiques. Fragiliser l’axe énergétique Alger-Tunis ne pénaliserait pas l’Algérie : cela infligerait une double peine à l’économie et aux consommateurs tunisiens.

3. Stress hydrique – L’impératif de la coopération face au changement climatique : imputer le stress hydrique tunisien à une prétendue volonté d’assèchement de ses ressources de la part de l’Algérie relève d’une aberration scientifique.

L’ensemble du Maghreb subit les conséquences du changement climatique. Bien loin de s’opposer sur cette ressource vitale, l’Algérie, la Tunisie et la Libye ont signé à Tripoli un accord historique visant à mettre en place un mécanisme commun de gestion des eaux souterraines du Système aquifère du Sahara septentrional. Cet accord garantit un échange transparent de données et une exploitation équitable des ressources.

Si l’on suivait le raisonnement développé dans cet article, il faudrait croire que l’Algérie consacrerait ses journées à assécher les nappes phréatiques communes tout en subventionnant le gaz qui éclaire les foyers tunisiens. Une telle contradiction ne résiste pas une seconde à l’épreuve des faits.

4. Flux transnationaux – Ne pas confondre crises subies et manœuvres politiques : réduire les phénomènes de contrebande et les flux migratoires subsahariens à de prétendues manœuvres algériennes constitue un raccourci simpliste.

La contrebande frontalière pénalise d’abord l’économie algérienne, en détournant massivement des produits fortement subventionnés par l’État, notamment les carburants et les produits alimentaires.

Quant à la crise migratoire, elle est continentale. Avec des milliers de kilomètres de frontières sahéliennes, l’Algérie en subit les effets au même titre que la Tunisie. Présenter cette réalité comme une stratégie de déstabilisation revient à occulter le rôle des réseaux criminels de passeurs ainsi que les insuffisances des politiques migratoires européennes.

5. Vérités historiques – Gafsa et la lutte contre le terrorisme : l’exercice de désinformation atteint son paroxysme lorsque l’auteur tente de réécrire l’histoire en attribuant à l’Algérie les événements tragiques de Gafsa en 1980.

Les archives historiques établissent clairement que cette agression contre la Tunisie du Président Habib Bourguiba fut organisée par le régime libyen de l’époque. L’Algérie s’y était opposée **.

De la même manière, suggérer une quelconque complaisance de l’Algérie envers le terrorisme constitue une insulte à la mémoire de toute la région.

L’Algérie a payé un tribut humain considérable durant la décennie noire pour éradiquer ce fléau. Forte de cette expérience douloureuse, elle constitue aujourd’hui un partenaire essentiel de la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme, grâce à un échange permanent de renseignements et à une coopération opérationnelle le long de la frontière commune.

Notre destin commun face aux défis du siècle

La doctrine de sécurité nationale algérienne repose sur un principe simple : une Tunisie instable constitue une menace directe pour la sécurité de l’Algérie.

Alger n’a donc aucun intérêt politique, économique ou sécuritaire à fragiliser Tunis.

L’amitié algéro-tunisienne n’est ni un slogan ni une formule diplomatique. Elle est une réalité géographique, historique et humaine, scellée notamment par le sang versé à Sakiet Sidi Youssef.

On ne badine pas avec la mémoire des martyrs.

Prétendre que l’Algérie entretient un lien avec le terrorisme revient à insulter la mémoire des militaires algériens et tunisiens tombés sous les mêmes balles, notamment dans le massif du Chaambi. La sécurité frontalière n’est pas une faveur : elle est notre tranchée commune.

Diviser pour régner demeure une vieille recette coloniale. À qui profiterait une discorde durable entre Alger et Tunis ? Certainement pas à nos deux peuples. Fragiliser notre voisinage immédiat, c’est ouvrir la porte aux ingérences étrangères qui rêvent de transformer le Maghreb en terrain de rivalités géopolitiques.

Enfin, l’auteur pousse le contresens diplomatique jusqu’à accuser l’Algérie d’exercer un prétendu chantage énergétique ou terroriste afin d’isoler la Tunisie sur la scène internationale.

Comment peut-on sérieusement prêter à Alger la volonté d’isoler un pays dont elle défend régulièrement les intérêts dans les enceintes internationales, rappelant constamment que la stabilité de la Tunisie constitue une condition essentielle de la sécurité régionale ?

Qu’un ancien ambassadeur, censé incarner la retenue, la nuance et le sens de l’État, se laisse aller à des accusations gratuites est profondément regrettable.

La diplomatie n’est ni le lieu des ressentiments personnels ni celui des invectives. Elle exige de la hauteur de vue.

En cherchant à diaboliser le partenaire algérien, l’auteur ne fragilise pas l’Algérie ; il affaiblit sa propre crédibilité et dessert les intérêts stratégiques profonds de la Tunisie.

* Médecin algérien résident au Canada.

** L’implication d’éléments de l’armée algérienne dans l’organisation de cette attaque de Gafsa a été prouvée et documentée par des historiens (NDLR).

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Des artistes interpellent le monde culturel après la polémique autour de Barbara Butch

Une nouvelle tribune publiée dans Médiapart et signée par des artistes et des professionnels de la culture dénonce ce qu’ils considèrent comme un traitement médiatique déséquilibré des prises de position liées à la guerre à Gaza. Elle intervient quelques jours…

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Maroc/Espagne. Déferlante migratoire sur le préside occupé de Sebta

Des centaines de migrants, dont des mineurs, traversent depuis le 30 juillet le bras de mer qui sépare Fnideq du préside occupé de Sebta, au nord du Maroc. En bref Des milliers de migrants sont entrés à Sebta depuis le…

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UGTT : une croissance de moins de 4 % freine l’emploi et décourage les investisseurs

Le département des études et de la documentation de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) estime que la Tunisie dispose toujours d’importants atouts pour renouer avec une croissance durable. Dans un document intitulé « La Tunisie à la croisée des chemins : les grands défis et les clés pour sortir de la crise », il souligne toutefois que ces potentialités ne pourront être valorisées qu’à travers une volonté politique de réforme, un dialogue national responsable et une vision économique de long terme.

Selon cette analyse, le pays bénéficie notamment d’une position géographique stratégique, de ressources humaines qualifiées, d’infrastructures jugées acceptables ainsi que d’une ouverture privilégiée sur les marchés européens et africains. Pour l’UGTT, ces avantages doivent être transformés en leviers de croissance fondés sur la confiance, l’investissement et la productivité, dans le respect des libertés publiques, des droits économiques et des droits sociaux.

Une économie confrontée à des défis structurels

Le document estime que l’économie tunisienne traverse « sa période la plus complexe de la dernière décennie ». Les difficultés ne sont plus conjoncturelles, mais structurelles, touchant les fondements mêmes du modèle économique national.

Parmi les principales préoccupations figurent la dégradation des finances publiques, la faiblesse de la croissance, les tensions inflationnistes, le recul de l’investissement ainsi que les défis énergétiques.

L’UGTT souligne notamment que la dette publique dépasse désormais 82 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que le déficit budgétaire demeure élevé. Le service de la dette absorbe une part croissante des ressources de l’État, alors que les négociations au point mort avec le Fonds monétaire international limitent l’accès à des financements extérieurs concessionnels et renforcent le recours à l’endettement intérieur, au détriment de la liquidité et de l’investissement privé.

Une dépendance énergétique croissante

Le département des études met particulièrement en garde contre l’évolution du secteur énergétique. Selon lui, la Tunisie est progressivement passée d’un pays relativement autosuffisant sur le plan énergétique à une économie de plus en plus dépendante des importations de gaz et de pétrole.

Cette évolution accroît l’exposition du pays à la volatilité des prix internationaux de l’énergie, détériore davantage la balance commerciale et exerce une pression croissante sur les réserves en devises.

Le document souligne également que la demande nationale d’électricité continue d’augmenter, alors que les réseaux et les infrastructures de production nécessitent d’importants investissements de modernisation et d’extension. Il regrette par ailleurs que le rythme de développement des projets d’énergies renouvelables reste en deçà des objectifs fixés.

Croissance, investissement et emploi sous pression

L’UGTT rappelle qu’une croissance économique inférieure à 3 à 4 % par an ne permet ni d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail ni de réduire durablement le chômage et les inégalités sociales.

Le document pointe également la persistance des pressions inflationnistes, le recul de l’investissement privé, la baisse de la confiance des investisseurs ainsi que la fuite des compétences. À ces difficultés s’ajoutent les défis liés à la sécurité hydrique et au changement climatique, qui constituent désormais des freins majeurs au développement économique.

Miser sur l’investissement productif et le dialogue social

Pour sortir durablement de cette situation, le département des études appelle à dépasser la logique de gestion des crises au quotidien. Il recommande de privilégier l’investissement productif, le développement de l’économie numérique, les énergies renouvelables et les industries à forte valeur ajoutée.

L’organisation plaide également pour un rapprochement entre l’université et le tissu économique, un soutien renforcé à l’innovation et aux start-up, ainsi qu’une réforme fiscale destinée à élargir l’assiette de l’impôt et à réduire le poids de l’économie informelle.

Enfin, le document insiste sur le rôle central du dialogue social. Selon l’UGTT, les grandes réformes – notamment celles relatives au système de compensation, aux entreprises publiques ou encore à la fiscalité – ne pourront aboutir sans un large consensus réunissant le gouvernement, l’UGTT, l’organisation patronale et les composantes de la société civile.

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‘‘L’étreinte de la patrie’’ | La sécession taïwanaise, de la reconquête à l’indépendance

Avec l’émergence d’un irrédentisme taiwanais antichinois dont l’objectif avoué est de desserrer définitivement l’étreinte jugée insupportable de la patrie, et avec l’exacerbation du nationalisme chinois qui semble faire de la réunification une question de vie ou de mort, à tout le moins pour le pouvoir à Pékin, la guerre semble inévitable entre Pékin et Taipeh.

Dr Mounir Hanablia *

Le 27 février 1947 à Taipei, la principale ville de Taiwan, la police saccage un étal non réglementaire. Dans une île jouissant au sortir de la guerre d’une prospérité relative, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les gens présents réagissent et chassent sans ménagement les agents trop zélés. Le lendemain, ces derniers reviennent en force pour se venger. C’est alors l’émeute. La rue se mobilise. Toutes les villes de l’île se soulèvent les unes après les autres. Le gouverneur doit gérer la situation et les forces disponibles sont insuffisantes. Des comités de résolution de l’incident dit du 28-Février naissent un peu partout sur l’île avec lesquels l’autorité est obligée dans un premier temps de se montrer conciliante, ou de le paraître.

En réalité, des appels au secours ont été envoyés au gouvernement chinois, et une dizaine de jours après les premières troupes continentales commencent à débarquer en provenance du continent. Elles sont souvent composées de soldats originaires du Sichuan, autrement dit de troupes impitoyables aguerries dans la lutte contre les Japonais, puis les Communistes.

La répression est féroce. Le nombre de victimes n’est pas comptabilisé avec exactitudes. Certains ont évoqué trente mille morts. Le pouvoir central en rejette la responsabilité sur… l’armée impériale du Japon, qui a occupé l’île pendant 55 ans. Les personnalités les plus en vue de l’île disparaissent, enlevées par des escadrons de la mort, probablement composées de policiers continentaux. Les comités de résolution se dispersent, leurs membres se cachent. Les plus combatifs se réfugient dans les collines de l’Est, chez les Austronésiens, les populations d’origine de l’île, 2% de la population totale.

Le coup d’envoi de la grande invasion de l’île ?

Après quatre mois, l’autorité est rétablie, certains notables insulaires ne subissent plus qu’une répression judiciaire. L’ordre règne désormais au point qu’en 1949, après la défaite des troupes nationalistes face aux communistes, le gouvernement de Tchang Kai Tchek, en tant qu’autorité légitime de la Chine, choisit de se réfugier à Taiwan, accompagné de deux millions de ses partisans, d’origine continentale, avec pour objectif la reconquête de la Chine. Un Etat policier est mis en place avec le soutien des Etats-Unis d’Amérique, et la loi martiale est maintenue pendant une quarantaine d’années.

L’Incident du 28-Février est durant ce laps de temps passé sous silence et considéré comme un sujet tabou. Selon le Kuomintang, le parti de Tchang Kaï Chek, il s’agissait d’une tentative de subversion de l’île par les communistes, une version corroborée par celle de la République Populaire considérant l’Incident comme un soulèvement populaire contre le gouvernement des féodaux alliés au seigneurs de la guerre.

Ce n’est qu’après la levée de l’état d’urgence et l’instauration du multipartisme à Taiwan que les langues se délient avec les témoignages des acteurs ou des victimes. Qui plus est l’apparition sur le scène politique du Parti Démocratique Progressiste, indépendantiste taiwanais, confère au récit une nouvelle dimension que l’on ne peut pas ignorer.

Personne n’ose encore dire que c’est le coup d’envoi de la grande invasion de l’île par les continentaux pressés de s’emparer des richesses d’une île prospère dans l’océan de misère chinois. Ce serait déjà remettre en question la légitimité de la présence d’une bonne partie de la population actuelle, que même les indépendantistes d’origine insulaire ne peuvent pas se permettre.

Taiwan, d’abord une base commerciale hollandaise sur la route du Japon, ne commence à être peuplée de han qu’à partir de 1650 environ. Et encore, elle sert de base de repli à quelques-uns parmi les Ming qui refusent le pouvoir Mandchou.

L’île n’acquiert sa configuration moderne qu’à partir de l’occupation coloniale japonaise. Le Japon ne cherche pas à imposer sa langue et ses coutumes à la population. Néanmoins, celle-ci au contact de l’occupant bénéficie d’un effort d’éducation et de santé qui la place nettement en porte-à-faux par rapport aux populations de la Chine continentale. Ce n’est qu’avec les terribles combats de la seconde guerre mondiale que l’Empire du Japon, à court de combattants, commence à envisager la possibilité d’assimiler la population de Taiwan, l’une des plus éduquées de l’Asie. Plusieurs milliers de Taiwanais sont alors incorporés dans les rangs de l’armée impériale et participent aux combats les plus marquants, en particulier à Okinawa, contre les Américains. Quelques-uns reçoivent même des patronymes japonais. C’est pourquoi, à la fin de la guerre, le Japon battu, ces combattants taiwanais, bien entraînés, ne voient pas d’un bon œil le débarquement des troupes chinoises continentales indisciplinées pour lesquelles ils n’ont que mépris.

Quel rôle ces combattants ont-ils joué dans l’Incident du 28-Février ou dans les Comités de Résolution ? On l’ignore mais probablement modeste. Les autorités chinoises ont beau jeu de dénoncer l’intrusion de l’armée impériale japonaise dans le soulèvement pour justifier la répression, tout en tentant d’éliminer les élites issues de la colonisation japonaise.

Toujours selon ces mêmes autorités l’Incident du 28-Février s’est accompagné d’une chasse aux sorcières contre les Chinois continentaux, une affirmation qui ne semble avoir d’autre finalité que de fournir de l’eau au moulin de la répression.

Cette incrimination du Japon dans le récit officiel cesse lorsque l’île devient le refuge du gouvernement et de l’armée nationalistes, chassés par les rouges de Mao. Le Japon n’est plus un adversaire et devient un partenaire dans la lutte anticommuniste, avec le soutien américain. Ce dernier n’est au départ pas acquis, et l’île semble à court terme destinée à tomber sous l’autorité de Pékin. Mais la guerre de Corée, où Staline ne laisse d’autre choix à la Chine communiste que d’intervenir, change la donne et Taiwan devient une pièce essentielle dans le dispositif américain de protection du Japon.

Irrédentisme taiwanais contre nationalistes chinois

Malgré la détente sino-américaine de 1972 les choses demeurent en l’état même si le discours politique change. Avec l’émergence d’un irrédentisme taiwanais antichinois dont l’objectif avoué est de desserrer définitivement l’étreinte jugée insupportable de la patrie, et avec l’exacerbation du nationalisme chinois qui semble faire de la réunification une question de vie ou de mort, à tout le moins pour le pouvoir à Pékin, la guerre semble inévitable.

En effet, l’île jouit d’une prospérité enviable et ne semble nullement encline à partager le sort de Hong Kong. Néanmoins, cette affaire de l’incident du 28 février 1947 démontre que le récit historique et les entités politiques qui en émergent sont loin d’être immuables et ne sont que les reflets de rapports de force éphémères. Certes. Mais ce sont en dernier recours les peuples qui façonnent le cours de l’Histoire. Lesquels ?

La Chine n’est qu’un rassemblement hétéroclite d’entités et de territoires écrasés sous le poids niveleur de la colonisation Han. Et l’irrédentisme taiwanais ne lui est insupportable que pour le rappeler. Si Pékin prétend siniser et fédérer des peuples étrangers, au nom de quel principe faudrait-il qu’elle accepte une sédition remettant en question son rôle unificateur ? Sans doute le même qui libérerait le Texas, l’Arizona, le Nouveau Mexique, la Californie, du joug américain. Une éventualité peut être pas autant inconsidérée qu’il n’y paraît depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.   

* ‘‘L’étreinte de la patrie. Décolonisation, sortie de guerre et violence à Taïwan, 1947’’, de Victor Louzon, Éditions de l’EHESS, Paris, 2024, 378 p.

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