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Ingérences étrangères en Afrique entre défense de l’autonomie et pressions géostratégiques

L’Afrique est, aujourd’hui encore, la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

Najiba Ben Hassine *

L’Afrique berceau des civilisations et riche en ressources naturelles a été le théâtre d’interactions complexes avec les puissances étrangères depuis des siècles façonnant son histoire politique, économique et sociale, affectant ses structures socio-économiques et entravant son développement. Depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, les nations africaines ont été le théâtre de rivalités géopolitiques et économiques et de stratégies de puissances émanant de multiples acteurs internationaux, engendrant des défis complexes et des enjeux confus pour l’Afrique et ses peuples. La reconnaissance de la pleine autodétermination, gage incontournable de la coexistence pacifique et du développement des Etats, implique que chacun possède dans l’ordre mondial l’égale plénitude et exclusivité des compétences étatiques.

Le concept de l’autonomie reflète à notre sens une réalité politique qui transcende les considérations purement juridiques découlant du concept de souveraineté. Il incarne l’idée de la liberté d’action, d’autonomisation et d’autodétermination des peuples concernés.

L’autonomie est, en outre un concept relatif, variable et flexible, dépendant des contextes et des aspirations des groupes ou entités concernés. Il s’ensuit que l’évaluation de l’autonomie et la mesure de sa signification juridique et politique demeurent imprécises et controversées. L’autonomie s’exerce dès lors pour faire face à un acte d’ingérence qui signifie «l’action de s’immiscer, c’est-à-dire de s’introduire indûment, sans en être requis ou en avoir le droit, dans les affaires des autres».

En conséquence, l’autonomie génère un statut juridique requérant l’acquisition d’un certain degré de puissance. La puissance va plus loin que la simple réunion des éléments constitutifs d’un Etat souverain, et implique la conscience d’un rôle à jouer, d’une mission à remplir et d’un ordre à établir dans un contexte complexe de rapportsinternationaux rappelant à chaque Etat l’obligation de se positionner par rapport à l’autre.

Il est pertinent de rappeler à cet égard que la Charte de l’Organisation des Nations Unies (Onu) a interdit l’intervention dans les affaires intérieures des Etats et a érigé cette interdiction en un corollaire du principe de l’égalité souveraine des Etats et une condition essentielle de l’établissement de la paix et de la sécurité internationale.

L’article 4 de la Charte de l’Union africaine (UA) a pris soin également de réaffirmer les principes de l’«égalité souveraine et interdépendance de tous les Etats membres de l’Union» ainsi que celui de la «non-ingérence d’un Etat membre dans les affaires intérieures d’un autre Etat membre».

Paradoxalement, l’Afrique est la partie du monde la plus affectée par les ingérences internationales, Pendant la période coloniale, les puissances coloniales ont exploité les ressources du continent africain ; ils ont laissé derrière elles des divisions artificielles source de tensions et de conflits. Dans la période postcoloniale, en dépit de l’acquisition de l’indépendance, la domination et l’ingérence étrangère persistaient sous de nouvelles formes, souvent perpétués par le néocolonialisme. Les Etats-Unis, L’Europe, la Chine, la Russie, la Turquie s’efforcent d’étendre leur influence, voire leur hégémonie sur le continent prometteur non seulement en termes de richesses naturelles mais encore en termes de croissance démographique et de nouveaux marchés.

L’ingérence étrangère revêt différentes formes politique, économique, diplomatique militaire et culturelle. Ainsi, on se trouve confronté à une Afrique de plus en plus impliquée dans la mondialisation et très convoitée par les grandes puissances.

Cette ingérence étrangère a toujours constitué un facteur déstabilisant du continent noir et un frein à son développement et à l’exercice de sa pleine souveraineté sur ses ressources.

Pour faire face à cette dépendance vis-à-vis de l’étranger, le panafricanisme se présente comme un mouvement politique unitaire, permettant de relever collectivement les défis de la mondialisation, du développement, de la sécurité et la consolidation des acquis précaires de l’exercice des souverainetés nationales.

L’UA, s’inscrivant dans une gouvernance multilatérale, s’efforce d’ériger l’autonomie et la libération en leviers du développement et de stabilité.

La question de l’autonomie des Etats africains à l’épreuve de l’ingérence étrangère nous parait hasardeuse à traiter. La disparité des Etats africains implique, un traitement différentié à géométrie variable de situations divergentes voire antagonistes, aggravés par le poids de l’héritage colonial auquel s’ajoutent les clivages culturels et les frontières artificielles entre les nations.

Le continent africain compte 54 Etats appartenant à des civilisations différentes et connaissant des niveaux de développement variés voire disparates ; on note cinq grandes régions : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est et Afrique australe. L’amplification des regards et des intérêts externes qui pèsent sur le continent ainsi que la pluralité, la diversité et les interférences des entités interventionnistes complexifient encore notre analyse : les Etats, les organisations et les institutions financières internationales… Il est légitime, dès lors, de questionner la liberté d’action des Etats africains contre toute forme d’ingérence étrangère ?

I- L ’ingérence étrangère : entrave incessante de l’autonomie des Etats

Il est opportun dans ce contexte de traiter la pluralité des formes de l’ingérence étrangère et son impact déstabilisant sur le continent. Cette ingérence a marqué l’espace africain revêtant des formes très variées et attestant de stratégies interventionnistes établies d’une manière différenciée en tenant en compte les particularités de chaque Etat africain et de l’étendue des liens historiques politiques et économiques qui les rattachant.

L’ingérence politique présentée comme «une intervention tendant, directement ou indirectement, à imposer un régime démocratique à une entité souveraine par des pressions multiformes (conditionnalités, menaces ou recours à la force)», remettant en cause le principe de l’autonomie constitutionnelle des Etats.

La conditionnalité démocratique de l’aide au développement représente une manifestation spectaculaire de l’ingérence étrangère dans la mesure où elle a été consacrée dans des convention internationales ou régionales qui mettent en exergue l’exigence démocratique comme condition de l’application desdites conventions ou accords à l’image de la Convention ACP/UE signée le 23 juin 2000 et l’accord d’association entre la Tunisie et l’UE signé en 1995.  L’institutionnalisation de l’ingérence démocratique en direction de l’Afrique la transforme en un enjeu de débat public international légitimant l’intervention d’acteurs transnationaux.

A titre d’illustration, la gouvernance internationale des élections dans le Golf du Guinée (Nigéria, Cameroun, RDC) s’est imposée comme un moyen de reconstruction des Etats en faillite. Néanmoins, ces ingérences ont souvent contribué à l’établissement d’une forme de tutelle politique et d’un clientélisme entre les agents électoraux internationaux et les élites électorales internes, au détriment de la prise en considération de la souveraineté des peuples.

La France et des États-Unis ont entretenu un interventionnisme discriminatoire qui amène à stigmatiser certains États non démocratiques et à tolérer d’autres attestant de l’instrumentalisation et de l’ambivalence de la conditionnalité démocratique. 

Ainsi, au-delà du transfert des valeurs démocratiques, se dévoile la quête par les «entrepreneurs de la cause démocratique» d’un positionnement géostratégique et d’une hégémonie idéologique, politique et économique.

L’ingérence humanitaire vise dans sa conception initiale à influencer, à contrôler les actes d’un gouvernement étranger qui enfreignent gravement lois d’humanité.  Néanmoins la politisation de cette pratique risque de camoufler les motifs réels de l’intervention, d’autant plus que le flou juridique qui entoure cette notion pourrait conduire à s‘en servir pour légitimer une ingérence dans les affaires des Etats autorisant des programmes impérialistes au nom de valeurs universelles. Il en atteste pleinement la sélectivité dans le choix des théâtres d’intervention humanitaire.

L’ingérence militaire s’exerce également en dépit de l’affirmation intensive du principe du non recours à la force armé dans l’ordre juridique internationale. Cette forme d’ingérence trouve une légitimation internationale. Le continent africain est le théâtre d’affrontements militaires les plus atroces et les plus meurtriers dans le monde. La quasi-totalité de ces conflits surgissent via l’appui de grandes puissances, ou en leur nom. Le cas du Rwanda est le plus emblématique de par le caractère génocidaire du conflit aggravé par une ingérence militaire française.Les conflits armés au Soudan et au Mali provoquent la crise humanitaire la plus grave et la plus atroce dans le continent les transformant en terrains de tensions géopolitiques.  

Il y a, également, l’ingérence économique et monétaire. Il s’avère pertinent de rappeler dans ce contexte que la résolution adoptée par l’AG de l’Onu le 12 décembre 1974 énonce que «chaque Etat détient et exerce librement une souveraineté entière et permanente sur toutes ses richesses, ressources naturelles et activités économiques».

Paradoxalement, on assite à une course contre la montre entre les puissances étrangères pour s’implanter dans les différents pays d’Afrique par des accords militaires ou des partenariats économiques  Pour tous les pays industriels entrés dans l’ère de l’électronique et du numérique, les gisements de minéraux  à usages industriels rendent l’Afrique plus attractive créant ainsi des rivalités entre les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, la France, le Royaume-Uni, et la Turquie  en tissant des relations d’affaires avec les Etats africains.

L’ingérence non seulement freine mais entrave le développement équitable durable   du continent africain. Elle alimente en outre l’insécurité, les tensions et les conflits armés source de fragmentation et de morcellement de Etats africains :

L’entrave au développement : les partenariats entretenus entre les Etats africains ont été conçus dans une logique de déséquilibre et de domination négligeant les enjeux et les défis confrontés par les Etats africains et traduisant une surexploitation des ressources au détriment d’une véritable coopération inclusive et intégrée se fondant sur une gouvernance des échanges économiques sociaux et politiques.

En 2024, plus de la moitié de la population mondiale vit dans une pauvreté multidimensionnelle, dont 51 % (soit environ 588 millions de personnes) résident sur le continent africain

En outre, un fossé est en train de se creuser entre les pays à revenus moyens en plein essor et les Etats fragiles et les moins développés, aggravant ainsi les déséquilibres socioéconomiques du continent et le poids de la dette souveraine et de l’inflation.

Les partenariats UE/ Afrique demeurent aussi déséquilibrés. L’accord de Samoa signé le 15 novembre 2023 s’est succédé à l’accord Cotonou, en visant entre autres à lutter contre le changement climatique, protéger l’environnement et garantir une gestion durable des ressources naturelles.

Toutefois, si cet accord se présente comme un accord de partenariat, il lie des puissances inégales tout en conservant la dépendance et la démarche débiteur/créancier qui caractérisent les accords de Cotonou, et pourrait influencer le processus de l’autonomie décisionnel des Etats ACP dans les instances internationales. En 2019, l’Afrique représentait 2,8% du commerce mondial. Le commerce intra régional de l’Afrique ne représentait que 4,4% du commerce continental total.

L’escalade de la violence et des conflits alimentent la fragmentation et l’affaiblissement des structures étatiques centrales et locales et génèrent un continent instable dont la paix est confisquée. La perpétration des coups d’État aggrave encore l’instabilité et l’insécurité et creuse davantage le fossé d’incertitude et de méfiance entre les gouvernants et les gouvernés et les différents acteurs nationaux.

Depuis 1950, l’Afrique a connu 220 des 492 tentatives de coup d’État recensées dans le monde. On recense, de surcroît, une hausse de 45% du nombre de situations de conflits armés en Afrique depuis 2020, provoquant le déplacement de quelque 35 millions de personnes sur le continent.

Les violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme par les parties belligérantes lors de conflits armés en Afrique laisse présager une atmosphère d’impunité et de stigmatisation du continent et des populations.

Le système de la responsabilité internationale est accusé d’être sélectif et discriminatoire en se focalisant sur les crimes internationaux perpétrés sur le continent africain et en passant sous silence ceux commis ailleurs.

Pire encore, il nous semble que cette situation d insécurité et de guerre est stimulée par les puissances interventionnistes afin de pérenniser leur mainmise sur les ressources du continent : étant fragilisé et fragmenté sa domination devient de plus en plus aisée.  L’effacement des entités étatiques et la montée en puissance de groupes armées irréguliers et de milices, la perte par l’État du monopole légitime de la contrainte représentent des handicaps majeurs au développement durable et à l’établissement de la paix et de la sécurité à l’échelle régionale.

II- Les palliatifs visant à renforcer l’autonomie des Etats africains

On opte dans ce contexte pour une étude sélective de ces palliatifs en mettant en exergue les plus influents, à savoir l’apport de la gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA et le renouvellement des résistances nationalistes à l’échelle étatique :

La gouvernance multilatérale panafricaine dans le cadre de l’UA : depuis le milieu du XXe siècle, le multilatéralisme régional s’est progressivement affirmé comme le mode privilégié de coopération internationale.

Après l’indépendance, les responsables politiques des nouveaux Etats africains se sont servis des idées du panafricanisme pour défendre l’unité du continent et la formation d’une organisation d’intégration africaine.

L’article 3 de l’acte constitutif de l’UA énonce parmi les objectifs de l’Union «de défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale, et l’indépendance de ses Etats membres».

La montée de l’intégration régionale a été toujours présentée comme corollaire du développement, de stabilité et de solidarité.

En effet, le multilatéralisme tente de mobiliser les Etats africains pour préserver leur autonomie en assumant pleinement les responsabilités découlant de leur autonomie moyennant une reconceptualisation du principe de souveraineté.  

Ainsi, le rôle de l’UA dans la consolidation de l’autonomie des Etats africains et la sécurité du continent se manifeste dans son action opérationnelle guidée par une conception de la souveraineté-responsabilité centrée sur l’homme. Elle défend l’idée de souveraineté partagée enrichie par l’exigence du sentiment d’humanité et de responsabilité pour faire face à des défis qu’un Etat seul ne peut pas relever et qui doivent être traités collectivement dans un esprit de solidarité et de complémentarité tels que la pauvreté, l’insécurité, les crimes internationaux, la pollution…

La création du Conseil de Paix et de sécurité par l’Acte constitutif de l’UA marque un tournant décisif dans le renforcement système de sécurité collective africaine.

De même, l’adoption de l’accord portant création de la ZLE continentale africaine signé en 2018 visant à pallier aux vulnérabilités des économies africaines…

L’UA est, toutefois, confrontée à des défis majeurs tenant à sa capacité à s’ériger en une véritable puissance régionale, à gérer efficacement les disparités et tensions entre les Etats africains.  Encore faut-il craindre l’enchainement vers un simple mimétisme du modèle d’intégration européenne sans une prise de conscience des particularités du contexte africain, en transformant l’organisation indirectement en un outil de domination et d’ingérence.

Le renouvellement du nationalisme africain a aujourd’hui conduit à placer l’identité ethnique, nationale et religieuse au cœur de tout projet politique, défendant l’autonomie des Etats africains dans son acception de résistance aux tentatives du néocolonialisme et aux ingérences étrangères, et répondant aux aspirations de leurs populations à l’autonomie et la prospérité. Ce qui se manifeste en particulier dans le discours politique et la remise en cause d’accords conclus avec les   anciennes colonies.

La montée du nationalisme reflète dans le discours politique des leaders africains une réponse à la domination et aux ingérences étrangères et une quête d’une position respectable sur la scène internationale. Il en atteste la dénonciation en cascade des accords de défense par les États africains qui marque une rupture historique avec les anciennes colonies et en particulier avec la France.

En 2024, le président sénégalien Bassirou Diomaye Faye annonçait le départ des troupes françaises du Sénégal. Il a estimé que la présence militaire française «ne correspond pas à notre conception de la souveraineté et de l’indépendance».Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a annoncé la rupture de l’accord de défense entre le Tchad et la France. Il a qualifié cette décision d’«acte souverain, mûrement réfléchi et entièrement assumé». Ces décisions ont été précédées du retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso puis du Niger.

L’impact de ces tendances nationalistes africaines sur la réaffirmation et le renforcement des souverainetés nationales devrait être, sans doute, mesuré à long terme.

Néanmoins, il est permis de craindre l’avènement d’un nationalisme sélectif dissuasif à l’égard de certaines puissances interventionnistes mais permissif à l’égard d’autres.

De surcroît, ce nationalisme devrait être impérativement accompagné de politiques nationales de réforme et de consolidation des structures étatiques internes et d’une gouvernance dans la gestion des ressources nationales ainsi qu’une internalisation et africanisation des valeurs démocratiques. Il devrait aller de pair également avec une reconfiguration profonde des partenariats établis avec les Etats tiers ou les groupements interétatiques fondée sur l’égalité souveraine et la préservation des richesses africaines pour les générations futures ainsi qu’un développement durable et équitable du continent.

Au total, Une stratégie autonomiste mais ouverte au monde extérieur ne peut réellement s’affermir qu’au moyen d’une solidarité panafricaine globalisée qui transcende les divergences et les tensions entre les Etats africains. Etant confrontés à des défis énormes et partageant un sort commun, ces Etats doivent en conséquence s’engager dans une autonomisation propre au continent.

* Maitre-assistante en droit public à la faculté de droit et des sciences politiques de Sousse.

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Investissement : la Tunisie et la Turquie préparent une percée conjointe sur les marchés africains

Le Forum d’Investissement et de Coopération Tunisie-Türkiye s’est tenu du 29 au 31 juillet à Istanbul en Turquie avec la participation de Ahmed Ben Sghir, ambassadeur de Tunisie à Ankara.

L’objectif est de mettre en place plus de proximité entre les deux pays et de consolider leur coopération dans plusieurs secteurs à l’instar des énergies renouvelables, de l’aéronautique et de l’automobile.

Au total, 69 sociétés turques sont implantées en Tunisie à ce jour, pour un total d’environ 200 millions de dollars investis, un niveau en deçà de ce que les deux économies pourraient réellement construire.

Côté turc, l’objectif affiché est d’avoir un volume d’échanges à 1,6 milliard de dollars. Les exportations turques ont culminé à 273,4 milliards de dollars en 2025, dont 1,2 milliard destiné à la Tunisie. Les échanges bilatéraux ont, ainsi, évolué de 1,46 milliard de dollars en 2024 à près de 1,68 milliard un an plus tard.

Une trentaine d’opérateurs tunisiens présents

La délégation tunisienne réunissait la FIPA, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) et une trentaine d’entreprises actives dans l’industrie, l’énergie, la technologie, le textile et la logistique. Les rencontres B2B organisées en parallèle visaient également à préparer, à terme, une percée conjointe sur des marchés africains tiers.

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Tunisie : 7ᵉ pays le plus prospère d’Afrique… mais une prospérité qui résiste mal à l’épreuve du quotidien

La Tunisie figure parmi les pays africains les plus « prospères » selon le dernier HelloSafe Prosperity Index. Classée 7ᵉ du continent – vous avez bien lu “au 7ème rang africain“, avec un score de 45,19 points sur 100, elle devance même le Maroc et l’Afrique du Sud. Un résultat largement relayé par les médias comme une performance nationale.

Pourtant, derrière ce classement flatteur, une réalité économique beaucoup plus fragile apparaît : dette élevée, investissement en panne, chômage persistant et pouvoir d’achat sous pression.

Autant dire que le paradoxe tunisien est simple : le pays bénéficie encore des fruits d’un modèle social construit depuis plusieurs décennies; mais ses indicateurs économiques récents montrent une capacité de plus en plus réduite à préserver ces acquis, comme l’analysent certains experts de la place. La question n’est donc pas de savoir si la Tunisie est aujourd’hui un pays prospère, mais combien de temps elle pourra encore le rester.

Un indice qui récompense l’héritage plus que la dynamique actuelle

Il faut souligner que le HelloSafe Prosperity Index ne mesure pas directement la croissance ou la performance économique récente. Il tente plutôt d’ »évaluer un niveau global de prospérité à travers cinq critères : le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat; le revenu national brut par habitant; l’indice de développement humain (IDH); les inégalités de revenus mesurées par le coefficient de Gini (ou indice de Gini – est une mesure statistique qui permet de chiffrer les inégalités de revenus ou de patrimoine au sein d’une population); et le taux de pauvreté relative ».

Selon cette méthodologie, les Seychelles dominent largement le classement africain avec 98,09 points, suivies par Maurice (77,09) et l’Algérie (54,24). La Tunisie arrive quant à elle en septième position, mais derrière entre autres la Libye, classée sixième avec 46,61 points.

Oui, vous avez bien lu également : avec tous les problèmes auxquels font face nos voisins de l’Est, ce classement nous dit qu’ils sont plus prospères. Allez savoir ! Ainsi, cette place peut surprendre : comment un pays confronté depuis des années à une instabilité politique majeure peut-il devancer la Tunisie ? L’explication tiendrait à la construction même de l’indice. « Le PIB par habitant représente une part importante du calcul et la rente pétrolière permet encore à la Libye d’afficher des niveaux de revenus élevés malgré ses difficultés institutionnelles », peut-on lire entre les lignes dudit rapport.

La Tunisie, elle, tire principalement son score d’un autre facteur : son capital humain. Et ce n’est pas peu, dirions-nous.

Une performance héritée de l’histoire sociale tunisienne

Si la Tunisie reste bien classée, elle le doit largement à son indice de développement humain (IDH). L’investissement massif dans l’éducation et la santé publiques depuis l’indépendance, particulièrement sous l’ère Bourguiba, continue de produire ses effets.

 

Lire aussi : La Tunisie dans le top 5 africain de l’IDH

 

Cet héritage constitue un avantage réel par rapport à plusieurs autres pays africains. Toutefois, il ne doit pas être confondu avec une réussite économique actuelle. « Le classement mesure davantage un stock accumulé qu’une trajectoire en mouvement ».

Autrement dit, « la Tunisie bénéficie encore des choix publics réalisés il y a plusieurs décennies. Elle ne récolte pas nécessairement les résultats d’une dynamique économique récente ». Car sur le terrain, les signaux sont beaucoup moins encourageants constatent les économistes.

Une économie sous pression : dette, chômage et investissement en panne

D’ailleurs, les indicateurs macroéconomiques racontent une autre histoire. La dette publique tunisienne avoisine désormais 83,4 % du PIB, limitant fortement les capacités de l’État à investir et à soutenir l’économie. Dans le même temps, près de 93 % des recettes fiscales sont absorbées par la masse salariale publique, réduisant considérablement les marges disponibles pour les infrastructures, l’innovation ou les politiques de croissance, comme l’a souvent rappelé l’économiste Hédi Mechri dans ses éditoriaux du magazine L’Economiste maghrébin.

Le chômage reste fixé autour de 15 %, avec un impact particulièrement lourd sur les jeunes diplômés et les femmes. Deux catégories pourtant essentielles pour mesurer la prospérité vécue, mais que les indicateurs agrégés comme l’IDH ne permettent pas toujours de distinguer.

Le principal point faible demeure toutefois l’investissement. Avec un niveau inférieur à 10 % du PIB – et estimé par certains économistes sous les 8 % voire les 6 % -, la Tunisie affiche l’un des taux les plus faibles au niveau international. Les raisons sont multiples : incertitude réglementaire, pression fiscale élevée, faible confiance des investisseurs et système bancaire davantage mobilisé pour financer l’État que l’économie productive.

Cette situation entretient un cercle vicieux. Un secteur informel qui représenterait près de 40 % de l’économie échappe largement à l’impôt et au financement bancaire classique. Tandis que l’État peine à dégager les ressources nécessaires pour moderniser son modèle économique.

Le grand absent du classement : le pouvoir d’achat réel

La principale faiblesse du HelloSafe Index est peut-être ailleurs : il prétend mesurer la « prospérité vécue », mais ignore plusieurs variables qui déterminent directement la vie quotidienne des ménages, au premier rang desquelles l’inflation et le pouvoir d’achat.

Or, sur ce terrain, le bilan est préoccupant. L’inflation cumulée atteint environ 18,6 % sur trois ans et près de 95 % depuis 2015, dépassant largement la progression des revenus pour une grande partie de la population.

L’économiste Ridha Chkoundali a résumé cette érosion par un exemple frappant : en 1985, un salaire minimum permettait d’acheter environ 31 kilogrammes de viande rouge; en 2025, il n’en permettrait plus que huit.

Même avec les hausses salariales prévues par la loi de finances, la perte de pouvoir d’achat pourrait encore atteindre environ 2 % en 2026. Les produits alimentaires illustrent particulièrement cette pression : certains prix ont fortement augmenté, avec notamment une hausse annoncée de 19,2 % pour les fruits et de 16 % pour les viandes.

 

Lire également – Inflation vs pouvoir d’achat : la réalité sur le terrain

 

Pour les ménages modestes, cette inflation n’est pas une statistique abstraite : elle réduit concrètement la capacité à se nourrir correctement, se soigner ou épargner.

In fine, une prospérité à relativiser plutôt qu’à célébrer

Le classement HelloSafe révèle une réalité paradoxale : la Tunisie possède encore des atouts sociaux importants, mais ceux-ci reposent sur un héritage qui s’érode progressivement.

Son rang continental n’est donc pas une preuve de bonne santé économique, mais plutôt le reflet d’un capital humain construit sur plusieurs générations. La véritable question est désormais celle de la préservation de cet acquis.

Selon certains analystes, le remboursement de l’euro-obligation de juillet dernier, de 700 millions d’euros, pourrait offrir un peu d’air au système financier tunisien. La baisse progressive de l’inflation et l’assouplissement monétaire de la Banque centrale pourraient également améliorer les conditions de crédit. Mais ces améliorations resteront insuffisantes sans reprise durable de l’investissement et sans rééquilibrage des finances publiques.

La contradiction centrale demeure : un indice présenté comme une mesure de la prospérité vécue ne prend pas en compte certains éléments qui façonnent le plus directement cette prospérité (inflation, emploi et pouvoir d’achat réel).

La Tunisie peut donc être classée parmi les pays africains les plus prospères. Mais ce classement doit être relativisé d’urgence : il décrit davantage ce que le pays a construit hier que ce qu’il est capable de garantir demain.

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Le Théâtre Royal propulse Rabat sur la carte culturelle mondiale

Le New York Times a classé le Théâtre Royal de Rabat parmi les édifices culturels qui contribuent à inscrire leur ville sur la carte culturelle mondiale. Une reconnaissance qui illustre la stratégie culturelle du Maroc, fondée sur de grands équipements,…

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Ceuta | Miroir d’un monde déséquilibré

Les images de Ceuta **, l’enclave espagnole en terre africaine, reviennent régulièrement hanter les écrans. Des milliers de femmes, d’hommes et de jeunes franchissent une frontière, parfois au péril de leur vie, tandis que d’autres sont rapidement reconduits vers leur pays. L’actualité de ces derniers jours, avec des dizaines de milliers de passages suivis d’un retour massif vers le Maroc, rappelle une évidence : les migrations ne disparaissent jamais sous l’effet des seuls barbelés. Elles ne font que changer de visage.

Khemaïs Gharbi *

Le débat public se focalise souvent sur les chiffres, les contrôles aux frontières ou les conséquences politiques de ces mouvements. Pourtant, la véritable question est ailleurs : pourquoi tant de personnes sont-elles prêtes à quitter leur foyer, leur famille, leur culture et parfois leur dignité pour tenter leur chance de l’autre côté d’une frontière ?

Le démographe et sociologue François Héran rappelle avec raison que l’immigration doit être abordée avec rigueur, en s’appuyant sur des faits plutôt que sur les émotions ou les slogans. Les données méritent d’être examinées avec précision, sans exagération ni minimisation. C’est à cette condition que le débat démocratique peut échapper aux caricatures et aux surenchères populistes, qui font le lit de l’extrême droite raciste et xénophobe en Europe.

La richesse mondiale répartie de manière inégale

Mais derrière les statistiques se cache une réalité plus profonde. Depuis des décennies, la richesse mondiale est répartie de manière profondément inégale. Une partie importante de l’humanité demeure exclue des bénéfices de la mondialisation, alors même que les moyens de communication lui montrent quotidiennement le niveau de vie auquel elle n’a pas accès.

L’Afrique paie un tribut particulièrement lourd à cette injustice. Continent riche en ressources naturelles, en jeunesse et en potentiel humain, elle continue pourtant à voir une partie de ses enfants chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez eux : un emploi, un avenir, une sécurité ou simplement l’espoir d’une vie meilleure.

Aucun mur, aucune clôture, aucune politique de refoulement ne pourra durablement contenir une espérance plus forte que la peur. L’histoire de l’humanité montre que les migrations accompagnent les grands déséquilibres économiques et politiques. Elles en sont souvent la conséquence plus que la cause.

La véritable réponse ne réside donc pas uniquement dans le renforcement des frontières. Elle suppose un effort international beaucoup plus ambitieux en faveur du développement, de l’éducation, de la stabilité politique, de la création d’emplois et d’un partage plus équitable des richesses. Permettre à chacun de vivre dignement dans son pays reste la politique migratoire la plus humaine, la plus efficace et la moins coûteuse à long terme.

Pour un ordre international plus juste

Tant que les écarts de richesse continueront de se creuser entre les régions du monde, les mouvements migratoires resteront une réalité durable. On pourra en modifier les itinéraires, en ralentir les flux ou en déplacer les points de passage, mais on n’en supprimera jamais les causes profondes.

Les événements de Ceuta ne constituent donc pas une exception. Ils sont le symptôme d’un monde dont les déséquilibres n’ont jamais été véritablement corrigés. Tant que cette injustice perdurera, la migration demeurera moins un problème à résoudre qu’un appel à construire un ordre international plus juste.

* Ecrivain et traducteur.

** Entre le 30 et le 31 juillet 2026, près de 50 000 à 60 000 migrants, en grande majorité des jeunes hommes et des adolescents, ont traversé illégalement la frontière depuis le Maroc, en forçant le passage par la terre et par la mer dans des conditions chaotiques. Cet afflux massif, marqué par des dizaines de morts en mer, a entraîné l’envoi de l’armée par Madrid et un renforcement des contrôles frontaliers en Europe.

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La vigne marocaine, entre terroirs et histoire

Des coteaux de Meknès aux terroirs de Berkane, la culture de la vigne raconte une histoire ancienne du Maroc. Héritier d’un riche patrimoine viticole, le royaume développe aujourd’hui une filière qui conjugue tradition, modernisation et recherche de qualité. À la…

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Algérie-Mozambique: Examen des moyens d’accélération des projets énergétiques

Le ministre de l’Energie et des Energies renouvelables, Mourad Adjal, a examiné, lundi, avec le ministre des Ressources minérales et de l’Energie de la République du Mozambique, Estevao Tomas Rafael Pale, les moyens d’accélérer la réalisation des projets de coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie, notamment le projet de construction d’une centrale électrique d’une […]

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Maroc : Le bilan de la tentative massive de passage à Ceuta s’alourdit à 19 morts

Le bilan de la tentative d’entrée massive vers Ceuta s’alourdit avec au moins 19 morts, principalement noyés en tentant de rejoindre l’enclave à la nage depuis Fnideq, selon l’agence de presse espagnole EFE, rapporte Yabiladi. D’après la même source, les corps ont été confiés aux services de police et de médecine légale pour autopsie et identification. […]

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Air France : Lionel Rault, DG ANSCO, Sadri Essid directeur Tunisie

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Air France annonce la nomination de Lionel Rault au poste de Directeur Général Air France-KLM pour la région Afrique du Nord, Sahel et Côte Ouest (ANSCO), à compter du 1er août 2026.

Fort de 27 années d’expérience au sein d’Air France, Lionel Rault occupait jusqu’à présent les fonctions de Directeur Général pour la région Caraïbes. Au cours de son parcours, Lionel Rault a exercé plusieurs responsabilités opérationnelles et managériales, notamment dans les escales de Paris-Charles de Gaulle et de Paris-Orly ainsi qu’à la Direction des escales France.

Après avoir occupé le poste de Chef d’escale à Toulouse, Lionel Rault a poursuivi son parcours en tant que Directeur d’Air France en Martinique, puis Directeur régional pour la Polynésie française avant de rejoindre la Direction Générale Caraïbes.

Dans ses nouvelles fonctions, Lionel Rault aura pour mission de poursuivre le développement des activités d’Air France dans l’ensemble des pays couverts par la région ANSCO, tout en accompagnant la montée en gamme de l’expérience client.

Il succédera à Nadia Azalé, appelée à exercer de nouvelles fonctions au sein du Groupe.

Lionel Rault :
« Je suis honoré et ravi de rejoindre la Direction Générale Afrique du Nord, Sahel et Côte Ouest. J’aurais à cœur de poursuivre le travail de Nadia afin de renforcer notre compétitivité et de défendre les intérêts des pays de la zone au service de nos clients. J’ai hâte de rejoindre nos équipes au professionnalisme reconnu, de tisser des relations fortes avec les autorités des différents pays et de renforcer nos liens avec l’ensemble de nos clients et partenaires. »

Nadia Azalé :
« Alors que je clôture mon expatriation dans la région Afrique Nord Sahel et Ouest, je souhaite remercier sincèrement les marchés, les équipes et nos partenaires pour leur engagement dans les réussites accomplies ensemble. Je quitte cette région avec émotion et fierté pour prendre mes nouvelles fonctions de Vice-Président France et DOM-TOM, avec une grande confiance dans l’avenir et dans la capacité des équipes à poursuivre cette belle dynamique. »

Par cette nomination, Air France réaffirme sa volonté de poursuivre son développement sur les marchés de la région ANSCO et de renforcer durablement sa proximité avec ses clients et partenaires.

Air France annonce également la nomination de Sadri Essid en tant que Directeur d’Air France Tunisie, où il succède à Olivier Dubus qui occupera le poste de Directeur Commercial de la Délégation régionale ANSCO. Sadri Essid occupait précédemment le poste de Directeur des ventes directes Maroc.

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Les trois organisations estiment que ces dispositifs, destinés à renforcer la sécurité aux frontières et à faciliter les déplacements des voyageurs, doivent reposer sur un cadre juridique harmonisé, limiter la collecte des données au strict nécessaire et garantir leur utilisation à des fins exclusivement sécuritaires, précisent-elles dans communiqué.

L’AFRAA, l’AASA et l’IATA demandent également que le financement des programmes API et PNR soit assuré par les gouvernements, conformément aux recommandations de l’OACI. Elles mettent en garde contre l’instauration de redevances à la charge des compagnies aériennes ou des passagers. Tout en estimant qu’une telle mesure renchérirait le coût du transport aérien, affaiblirait la connectivité du continent et réduirait les retombées économiques de l’aviation.

Les trois organisations réaffirment enfin leur volonté de collaborer avec les États africains afin de déployer des systèmes conformes aux standards internationaux, conciliant sécurité, efficacité opérationnelle et compétitivité du transport aérien.

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