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Le dinar tunisien surévalué face au dollar

Une enquête internationale révèle, sans fard et sans anesthésiant diplomatique, ce que les Tunisiens savent déjà de manière empirique, à savoir que le consommateur tunisien paie objectivement plus cher, en dollars, pour un hamburger que son homologue américain, alors même que le revenu moyen tunisien reste très largement inférieur au revenu américain.

Moktar Lamari *

‘The Economist’’ a mis à jour, 31 juillet 2026, son fameux indice Big Mac, cet outil né en 1986 qui soufflera cette année ses quarante bougies — un âge respectable pour un sandwich qui a fait plus pour la pédagogie monétaire mondiale que des générations de rapports du FMI empilés les uns sur les autres. L’auteur saisit l’occasion pour appliquer cet instrument, aussi gourmand qu’implacable, au dinar tunisien, et répondre une bonne fois pour toutes à la question qui taraude tout Tunisien revenant d’un séjour à l’étranger, portefeuille dégarni : notre monnaie est-elle surévaluée ou sous-évaluée face au dollar et à l’euro ?

La réponse, comme l’annonce le titre, tient en une phrase et une métaphore de cuisson : trop cuit en dollars, à point en euros.

Le principe de l’indice est d’une simplicité presque insolente, et c’est précisément ce qui en fait la force pédagogique. Le Big Mac est fabriqué selon des standards quasi identiques partout dans le monde — même pain, même steak haché, même sauce secrète, même laitue élastique — avec plus de soixante ingrédients calibrés avec la même rigueur d’un pays à l’autre. On tient compte des mêmes ingrédients et on observe leurs prix pour la suite.

Où que vous l’achetiez, vous achetez donc, en théorie, exactement la même chose : un concentré calorique universel, taillé sur mesure pour comparer le pouvoir d’achat réel des monnaies. Il suffit alors de comparer son prix converti en dollars, pays par pays, pour savoir si une devise est chère ou bon marché par rapport à sa «vraie» valeur d’achat.

Aux États-Unis, 100 dollars permettent d’acheter environ 16 Big Mac. La même somme convertie en euros, en yuan ou en yen devrait, en théorie, acheter le même nombre de sandwiches si les monnaies étaient parfaitement alignées sur leur pouvoir d’achat réel.

Ce n’est jamais le cas : 100 dollars n’achètent, sur le marché des changes, que 87 euros ou 677 yuans, révélant à quel point les devises mondiales se sont éloignées de leur juste valeur — la gourmandise du hamburger dévoilant, sandwich après sandwich, la triche silencieuse des banques centrales.

L’indice ne prétend pas remplacer les calculs savants du taux de change effectif réel (TCER), cet instrument que les économistes manient avec la componction d’un chirurgien et que le citoyen moyen ne comprend, en général, absolument rien.

C’est précisément pour cela que l’astuce du Big Mac fonctionne : elle vulgarise, en un seul produit comestible, ce que des institutions comme la Banque mondiale mettent trois ans à publier avec un décalage statistique digne d’un courrier envoyé par dromadaire.

Sur 54 économies comparées, seules 7 affichent un résultat contradictoire entre l’indice Big Mac et les mesures savantes de la Banque mondiale — un taux de fiabilité qui devrait clouer le bec aux esprits chagrins qui n’y voient qu’un gadget marketing bon pour amuser les foules à l’heure du déjeuner.

Le dinar trop cher face au dollar

Passons maintenant à l’exercice qui intéresse vraiment le lecteur : où se situe précisément notre dinar dans ce grand classement mondial du sandwich ?

Un Big Mac tunisien coûte aujourd’hui environ 20 dinars. Converti au taux de change courant du marché — autour de 2,95 dinars pour un dollar —, cela donne un prix en devise américaine d’environ 6,78 dollars. Or, aux États-Unis, ce même Big Mac se vend 6,12 dollars selon la dernière mise à jour de l’indice. On ne tient pas compte des taxes.

Le calcul est imparable : le dinar tunisien apparaît surévalué d’environ 11% face au dollar américain. Une estimation antérieure, publiée par Business News en novembre 2025 sur la base d’un prix américain légèrement plus bas (5,79 dollars), aboutissait à une surévaluation encore plus marquée, de l’ordre de 17%. Selon la période de référence retenue, la fourchette réaliste se situe donc entre 11% et 17% — dans tous les cas, un dinar visiblement trop cuit, calciné même, face au billet vert. Une correction de cette surévaluation pourrait être dénoncée par les exportateurs tunisiens… ou même les organisations internationales.

Face à l’euro, en revanche, la cuisson devient nettement plus raisonnable — un dinar à point, ni trop saignant ni trop grillé. Ces mêmes 20 dinars, convertis au taux de change courant d’environ 3,38 dinars pour un euro, donnent un Big Mac tunisien équivalent à 5,92 euros.

Or, le Big Mac de la zone euro, qui s’échange à 7 dollars sur les marchés selon la dernière publication, correspond à environ 6,48 euros une fois reconverti au taux EUR/USD courant.

Le Big Mace tunisien coûte donc, en euros constants, près de 9% de moins que son cousin européen : le dinar apparaît ici légèrement sous-évalué face à la monnaie unique, presque à l’équilibre — un paradoxe seulement apparent, puisqu’il s’explique par le fait que l’euro lui-même est actuellement surévalué d’environ 15% face au dollar selon le même indice.

Autrement dit, notre dinar est trop cher pour l’Américain qui débarque à Tunis avec ses billets verts et sa fringale de burger, mais reste cuit juste comme il faut pour le touriste français ou allemand qui compte en euros — un détail qui n’échappera pas aux professionnels du tourisme, qui pourront désormais expliquer à leurs clients américains, en connaissance de cause, pourquoi leur addition leur semble étrangement salée.

Maintenir artificiellement une monnaie «forte» via le contrôle des changes

Comprenons bien ce que cela signifie concrètement, au-delà du plaisir gustatif. Un dinar «fort» sur le papier — celui qu’on brandit fièrement au bureau de change comme preuve de stabilité monétaire — masque en réalité une économie peu compétitive à l’exportation et des prix intérieurs élevés par rapport au pouvoir d’achat réel des ménages.

Le dinar tunisien s’échange dans un marché fermé, encadré, largement non convertible pour les particuliers — ce qui l’empêche de subir le test de vérité qu’affrontent quotidiennement les monnaies flottantes.

Le Big Mac, lui, ne connaît pas cette pudeur réglementaire : il révèle, sans fard et sans anesthésiant diplomatique, que le consommateur tunisien paie objectivement plus cher, en dollars, pour un hamburger que son homologue américain, alors même que le revenu moyen tunisien reste très largement inférieur au revenu américain.

C’est un peu comme payer le prix d’un plat trop cuit qu’on vous présente comme cuisiné à la perfection — sauf qu’ici, personne ne vous a prévenu au moment de passer commande.

Ce paradoxe éclaire d’ailleurs, à sa manière goulue, le débat récurrent sur la non-convertibilité du dinar tunisien : maintenir artificiellement une monnaie «forte» via le contrôle des changes, plutôt que de la laisser flotter et trouver son véritable niveau, revient à se raconter une histoire rassurante pendant que les fondamentaux économiques — productivité stagnante, dépendance aux importations, déficit commercial chronique — continuent, eux, de se dégrader sans complexe, un peu à la manière d’un appétit qu’on croit contenir en serrant simplement la ceinture d’un cran.

En attendant que le dinar tunisien daigne un jour retirer du feu sa cuisson excessive face au dollar — tout en conservant sa juste cuisson face à l’euro —, le Big Mac, lui, continuera de trôner, imperturbable et calorique, comme le juge de paix le plus digeste de l’économie mondiale.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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Pourquoi le moment serait-il opportun pour acheter de l’or en Tunisie ?

Après plusieurs années de hausse des prix, le marché de l’or en Tunisie semble connaître une phase de stabilisation qui pourrait représenter une opportunité pour les consommateurs. Le président de la Chambre syndicale nationale des commerçants de l’or, Hatem Ben Youssef, estime que la période actuelle constitue « le moment le plus opportun » pour acheter de l’or, les prix ayant enregistré une baisse significative par rapport aux niveaux atteints auparavant.

Invité sur les ondes de Diwan FM, le responsable professionnel a indiqué que les cours actuels se sont stabilisés et qu’une nouvelle baisse importante n’est pas attendue à court terme. Selon lui, le marché a atteint un niveau qui pourrait inciter les particuliers à passer à l’achat, notamment ceux qui préparent un mariage ou souhaitent placer leur épargne dans une valeur considérée comme refuge.

Des prix en baisse par rapport aux années précédentes

Hatem Ben Youssef a précisé que le prix de référence de l’or 18 carats, reconnu par la Banque centrale de Tunisie, s’établit actuellement autour de 285 dinars le gramme. Dans les commerces, le consommateur peut acquérir de l’or à des prix oscillant généralement entre 340 et 370 dinars le gramme.

Ces niveaux restent toutefois nettement inférieurs à ceux observés lors des périodes de forte tension sur le marché, lorsque le prix du gramme avait dépassé les 500 dinars, selon le président de la Chambre syndicale.

Cette évolution s’explique notamment par les fluctuations internationales du cours de l’or, mais aussi par les conditions spécifiques du marché tunisien, marqué par la demande, les coûts de fabrication et la présence d’un important circuit parallèle.

Un marché partagé entre trois catégories d’or

Le secteur de l’or en Tunisie fonctionne actuellement autour de trois catégories principales de produits, selon Hatem Ben Youssef.

La première concerne l’or portant le poinçon officiel, c’est-à-dire les bijoux conformes aux normes réglementaires et contrôlés par les autorités compétentes. Il s’agit de l’or destiné principalement à la vente dans les bijouteries officielles.

La deuxième catégorie est celle de l’or ne portant pas de poinçon, appelé communément « or cassé ». Ce métal précieux provient notamment du recyclage de bijoux anciens appartenant aux particuliers, mais aussi de certaines acquisitions réalisées auprès de Tunisiens résidant à l’étranger, de visiteurs algériens ou libyens, ainsi que de pèlerins revenant de La Mecque.

La troisième catégorie, qui constitue une source de préoccupation majeure pour les professionnels, est l’or issu de la contrebande. Ce commerce parallèle échappe au contrôle officiel et prive l’État de recettes fiscales tout en favorisant une concurrence déloyale pour les commerçants respectant les règles.

La réouverture du Bureau de garantie au cœur des revendications

Face à ces difficultés, le président de la Chambre syndicale a appelé les autorités, notamment le ministère des Finances, à accélérer la réouverture du « Bureau de garantie » (Dar Ettabaa), actuellement fermé.

Lire aussi : Le prix de l’or recule en Tunisie : Voici les nouveaux prix

Selon lui, la remise en activité de ce laboratoire de contrôle permettrait de mieux encadrer le marché, de lutter contre les circuits illégaux et de renforcer les recettes publiques issues des taxes. Elle pourrait également contribuer à une meilleure régulation des prix et à une baisse des coûts pour les consommateurs.

Pour les professionnels, la réorganisation du secteur passe donc par un retour à un contrôle institutionnel efficace, capable de distinguer clairement l’or conforme aux normes des produits provenant de circuits non réglementés.

L’or, toujours considéré comme une valeur refuge

Malgré les fluctuations du marché, Hatem Ben Youssef rappelle que l’or conserve son statut de valeur refuge, particulièrement dans les périodes d’incertitude économique. Contrairement à d’autres placements, il garde une valeur intrinsèque sur le long terme et reste fortement ancré dans les habitudes d’épargne des Tunisiens.

Il conseille ainsi aux personnes qui envisagent un achat, notamment les futurs mariés, de profiter de la période actuelle. Selon lui, il est possible d’acquérir des pièces de bijouterie avec des budgets débutant autour de 5 000 dinars.

Une opportunité qui dépendra toutefois de l’évolution du marché international de l’or et de la capacité des autorités tunisiennes à mieux organiser un secteur confronté depuis plusieurs années au poids de l’économie parallèle.

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Restaurants touristiques : la fédération évoque une baisse d’activité d’au moins 50%

La Fédération tunisienne des restaurants touristiques tire la sonnette d’alarme. Selon son président, Habib Ben Moussa, les établissements enregistrent une baisse d’activité estimée à au moins 50%. Une situation qui traduit, selon lui, une désaffection d’une partie de la clientèle tunisienne, sur fond d’érosion du pouvoir d’achat, et fragilise de nombreux professionnels du secteur. Le...

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