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Après les coupures répétées : la Tunisie face au défi du stockage de l’énergie solaire

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

 

La Tunisie possède une richesse naturelle exceptionnelle : un soleil présent une grande partie de l’année, généreux, abondant et capable de produire une énergie propre. Depuis plusieurs années, l’énergie solaire est présentée comme une réponse aux difficultés énergétiques du pays, à la hausse des coûts de l’électricité et à la nécessité de réduire notre dépendance aux sources d’énergie importées. Cette orientation semble logique, car notre pays dispose d’un potentiel solaire considérable. Pourtant, une question fondamentale demeure souvent oubliée dans les débats publics : que faisons-nous de cette énergie lorsque le soleil disparaît ou lorsque le réseau électrique national rencontre une panne générale ?

Produire de l’électricité solaire est une avancée importante, mais produire seulement au moment où le soleil brille ne suffit pas à répondre aux exigences d’une société moderne. Les citoyens ont besoin d’électricité le jour comme la nuit, en été comme en hiver, pendant les périodes normales comme lors des situations exceptionnelles. L’énergie solaire offre une production variable, alors que la consommation électrique exige une disponibilité permanente. C’est précisément à ce niveau que le stockage devient un enjeu majeur.

La Tunisie a longtemps considéré la question énergétique sous l’angle de la production. Il fallait produire davantage pour accompagner le développement économique et répondre à une demande croissante. Aujourd’hui, cette vision doit évoluer. Il ne suffit plus d’installer des panneaux solaires dans différentes régions du pays. Il faut également penser à la manière de conserver cette énergie afin de pouvoir l’utiliser lorsque les besoins deviennent plus importants ou lorsque la production naturelle diminue.

Une panne générale d’électricité révèle brutalement les limites d’un système qui dépend uniquement de la production instantanée. Les hôpitaux, les entreprises, les commerces, les administrations et les foyers sont alors confrontés aux conséquences d’une interruption qui peut perturber profondément la vie quotidienne. Le soleil tunisien peut produire une grande quantité d’électricité pendant la journée, mais sans moyens efficaces de stockage, une partie de cette énergie ne peut pas être utilisée au moment où elle serait la plus utile.

 

Le stockage, la clé oubliée de la révolution solaire

Le stockage de l’électricité représente aujourd’hui l’un des grands défis de la transition énergétique mondiale. Les batteries modernes permettent de conserver l’énergie produite pendant les heures d’ensoleillement et de la restituer lorsque la production solaire baisse. Elles jouent ainsi un rôle essentiel dans l’équilibre entre l’offre et la demande.

Dans un pays comme la Tunisie, le développement des batteries pourrait changer profondément notre rapport à l’énergie. Une centrale solaire équipée d’un système de stockage pourrait continuer à fournir de l’électricité après le coucher du soleil. Un bâtiment public pourrait disposer d’une réserve énergétique en cas de coupure. Une exploitation agricole pourrait mieux gérer ses besoins sans dépendre totalement des fluctuations du réseau.

Cependant, il faut éviter de présenter les batteries comme une solution simple et immédiate. Leur coût reste élevé, particulièrement pour les installations de grande capacité. Leur fabrication nécessite des matériaux spécifiques et pose des questions environnementales. Leur remplacement après plusieurs années représente également une contrainte économique. La solution ne consiste donc pas à installer des batteries partout sans réflexion, mais à développer une stratégie intelligente adaptée aux moyens du pays.

La Tunisie doit également explorer d’autres formes de stockage, comme les stations de transfert d’énergie par pompage, certaines technologies thermiques ou encore les systèmes hybrides associant plusieurs sources d’énergie. La diversité des solutions permettra de réduire la dépendance à une seule technologie et d’adapter les choix aux réalités géographiques et économiques nationales.

Le débat sur l’énergie ne doit pas être limité aux spécialistes. Il concerne directement chaque citoyen. Derrière les questions techniques de capacité, de puissance et de rendement, il y a une réalité quotidienne : pouvoir conserver une énergie produite localement afin d’éviter une interruption brutale du service électrique.

 

Une nouvelle vision pour l’indépendance énergétique tunisienne

La Tunisie ne manque ni de soleil ni de compétences humaines. Ce qui manque encore, c’est une vision globale qui associe production, stockage, consommation et innovation. Le développement du solaire doit être accompagné par une modernisation du réseau électrique afin de rendre celui-ci plus flexible et plus capable d’intégrer les nouvelles sources d’énergie.

L’avenir énergétique ne sera probablement pas construit uniquement autour de grandes centrales éloignées des villes. Il reposera aussi sur une multiplication des installations locales : maisons équipées de panneaux solaires, entreprises produisant une partie de leur propre électricité, bâtiments publics capables de fonctionner avec une autonomie partielle. Cette évolution pourrait transformer les consommateurs traditionnels en acteurs de la production énergétique.

Mais pour réussir cette transformation, il faudra dépasser plusieurs obstacles. Le premier concerne le financement. Les équipements solaires avec batteries représentent encore un investissement important pour de nombreux Tunisiens. Des mécanismes d’accompagnement financier pourraient permettre à davantage de familles et d’entreprises d’accéder à ces technologies.

Le deuxième obstacle concerne l’information. Beaucoup de citoyens connaissent l’existence des panneaux solaires, mais ignorent encore les possibilités offertes par le stockage. Une meilleure sensibilisation permettrait de mieux comprendre les avantages et les limites de ces systèmes.

Le troisième défi concerne la formation. Les nouvelles technologies énergétiques nécessitent des ingénieurs, des techniciens et des chercheurs capables de concevoir, installer et entretenir ces équipements. Investir dans la formation est donc aussi important qu’investir dans les infrastructures.

Il faut également éviter une erreur fréquente : croire que l’énergie solaire permettra à elle seule de résoudre toutes nos difficultés. Le solaire est une partie de la solution, mais il doit être intégré dans une politique énergétique plus large comprenant l’efficacité énergétique, la réduction du gaspillage et une meilleure organisation de la consommation.

 

L’autonomie énergétique commence aussi au niveau des citoyens

La question du stockage ne concerne pas seulement les grandes décisions nationales. Elle concerne aussi les particuliers. Dans plusieurs pays, les installations solaires domestiques accompagnées de batteries permettent aux familles de mieux gérer leur consommation et de disposer d’une réserve en cas de problème sur le réseau.

En Tunisie, cette approche pourrait progressivement se développer. Les maisons individuelles, les écoles, les petites entreprises et certaines structures publiques pourraient devenir des espaces de production et de stockage énergétique. Une école équipée de panneaux solaires pourrait réduire ses dépenses et continuer certaines activités essentielles lors d’une coupure. Une ferme agricole pourrait sécuriser son alimentation électrique pour ses équipements indispensables.

Cette évolution demande cependant une politique claire. Il ne suffit pas d’encourager l’achat de panneaux solaires. Il faut créer un environnement favorable au stockage, avec des normes adaptées, des dispositifs financiers accessibles et une réglementation capable d’accompagner les changements.

L’énergie de demain sera probablement plus proche des citoyens. Elle ne viendra pas uniquement de grandes installations centralisées, mais aussi d’un réseau composé de nombreux producteurs locaux. Cette organisation rendra le système plus résistant et permettra une meilleure utilisation des ressources disponibles.

Le soleil tunisien est une richesse nationale. Mais une richesse naturelle n’a de valeur que si elle est transformée en bénéfice concret pour la population. Produire de l’électricité lorsque le soleil brille est une première étape. Être capable de conserver cette énergie pour les moments difficiles représente l’étape décisive.

 

Construire aujourd’hui l’énergie de demain

La Tunisie se trouve devant un choix stratégique. Elle peut continuer à développer l’énergie solaire sans résoudre entièrement la question de la disponibilité électrique, ou elle peut franchir une nouvelle étape en plaçant le stockage au cœur de sa politique énergétique.

Les pannes générales nous rappellent une réalité simple : une énergie que l’on ne peut pas utiliser au moment nécessaire reste une énergie partiellement exploitée. Le véritable progrès ne consiste pas seulement à produire davantage, mais à maîtriser cette production et à la rendre disponible lorsque la société en a besoin.

Le défi est important, mais il est à la portée du pays. La Tunisie possède le soleil, des espaces adaptés, des compétences et une population capable d’accompagner cette évolution. Ce qui est nécessaire aujourd’hui, c’est une volonté politique durable et une vision dépassant les solutions immédiates.

Le stockage de l’électricité solaire n’est pas seulement une question technique. C’est une question de souveraineté, de sécurité et de préparation de l’avenir. En apprenant à conserver l’énergie que la nature nous offre chaque jour, nous pourrons transformer une simple ressource solaire en véritable force nationale.

Le soleil tunisien est déjà là. Le défi n’est plus de le trouver, mais de savoir garder son énergie pour les jours où nous en avons le plus besoin.

 

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La voix puissante et apaisante de Big Daddy Wilson au festival d’Hammamet

La voix exceptionnelle de Big Daddy Wilson se fait très rapidement remarquer et adopter par le public tunisien au festival d’Hammamet  .Cette voix inoubliable de miel accompagne une écriture originale sur une musique blues, funk, soul et reggae. A 22h00,Big Daddy Wilson et sa troupe investissent la scène. Un bluesman dont le répertoire relève aussi bien de la soul que du gospel, et qui fait illusion le temps d’une poignée de morceaux (signés de lui-même ou d’Eric Bibb) La prestation de l’artiste  est renforcée par une tenue vestimentaire élégante, des lunettes de soleil, un costume classique. Tout un symbole du blues traditionnel a brillé pendant au moins 100 minutes de prestation.

Il enchaîne en anglais des histoires personnelles qu’il étale en chantant. Il puise dans un répertoire folk Soul et blues rythmé, épousant ainsi l’esprit de sa tournée « Back To the Roots ». Une immersion dans l’enfance, dans les méandres des souvenirs familiaux, des premiers amours, des personnes marquantes et des villes qui ont bercé sa jeunesse et sa vie bien remplie. Ses morceaux racontent les prolétaires, la classe pauvre et moyenne, toute une frange de la société américaine, l’atmosphère des territoires américains du sud. Une certaine douceur de vivre. « She don’t love me no more » raconte la brutalité d’une rupture amoureuse. Une chanson douce – amère qui fait rire et adoucit malgré son propos sérieux.

Même dans les histoires tristes, l’espoir et la beauté restent solaires dans les paroles de Wilson. « He cares for me » possède une empreinte spirituelle, hymne au divin. « Texas Boogie » évoque ses premiers émois liés à la musique blues et à une présence féminine marquante : Le physique imposant d’une femme, sa prestation scénique, son talent e son apparence ont influencé les paroles d’une chanson. « Hello Josephine » raconte son béguin pour l’amie de sa sœur.Du charisme, sa voix profonde  à la fois puissante et apaisante, rauque et douce  passe par tous les états qui permettent d’installer un climat permanent de tension et détente, garant d’une sensation blues intense. Big Daddy Wilson est la force tranquille du blues. Décontraction, sourire, gentillesse, tout semble naturel et facile pour lui. Il est souvent comparé à des légendes comme B.B. King et Muddy Waters. « Dès que vous entendez la voix de Big Daddy Wilson », explique Eric Bibb, fan de la première heure, « vous entendez ses racines ».

                            Kamel Bouaouina

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Canicule et coupures d’électricité : sécuriser l’alimentation électrique, un enjeu de santé publique

La vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la Tunisie depuis plusieurs jours, met à rude épreuve les infrastructures nationales. Dans plusieurs régions du pays, les températures ont dépassé les 49°C, entraînant une consommation d’électricité sans précédent. Face à cette situation, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a été contrainte de procéder à des coupures de courant tournantes afin d’éviter un effondrement généralisé du réseau électrique national.

Sur le plan technique, cette décision peut se comprendre. Les gestionnaires du réseau sont confrontés à une demande qui atteint des niveaux historiques sous l’effet de l’utilisation massive des climatiseurs, des systèmes de réfrigération et des équipements électriques indispensables durant cette période de canicule. Dans un tel contexte, les délestages programmés constituent parfois le seul moyen d’éviter un black-out national dont les conséquences seraient encore plus graves. Mais si ces coupures peuvent se justifier au regard des impératifs de sécurité du réseau, leurs conséquences humaines soulèvent une tout autre question. Car derrière les chiffres de la consommation électrique se trouvent des vies humaines menacées. Une coupure de courant peut provoquer l’arrêt d’un appareil d’assistance respiratoire et aboutir même au décès de son utilisateur. Les coupures d’électricité ne représentent pas uniquement un désagrément pour les ménages ou une gêne passagère pour les activités économiques. Pour certains malades, elles constituent une menace directe pour la vie.

Contraintes techniques et protection des personnes

Ainsi, plusieurs patients auraient été victimes de situations difficiles, nécessitant des interventions d’urgence ou leur transfert vers des établissements hospitaliers afin de rétablir une assistance respiratoire. Ces événements posent une question fondamentale : comment, en 2026, des personnes dont la survie dépend d’un appareil électrique peuvent-elles encore être exposées à un tel risque ? Cette interrogation dépasse largement la seule responsabilité de la STEG.

Le véritable problème réside dans l’absence d’un dispositif national coordonné destiné à protéger les personnes dépendantes d’équipements médicaux électriques. Dans de nombreux pays, les opérateurs d’électricité disposent de registres recensant les patients sous assistance respiratoire ou nécessitant des équipements vitaux. Lorsqu’une coupure programmée est envisagée, ces personnes sont identifiées afin que des solutions particulières soient mises en place. En Tunisie, un tel système demeure encore insuffisamment développé. Il est pourtant possible de concilier les contraintes techniques du réseau électrique avec la protection des personnes les plus vulnérables.

Equipements électrogènes

Plusieurs structures sanitaires du pays ont fini par réagir face à la multiplication des coupures de courant qui menacent la vie des patients sous oxygène à domicile. Dans diverses délégations du pays, des hôpitaux locaux ont annoncé être prêts à accueillir en urgence les malades dépendantes de concentrateurs d’oxygène dès lors qu’une interruption de courant les empêche d’utiliser leur matériel chez eux. Ces établissements invitent les patients concernés, ou leurs proches, à contacter sans délai le service des urgences en cas de besoin, afin de garantir une prise en charge rapide et sécurisée.

Les établissements hospitaliers constituent également un maillon essentiel de cette chaîne de sécurité. La plupart des hôpitaux disposent certes de groupes électrogènes destinés à assurer la continuité des soins en cas de panne, mais les événements récents montrent que ces dispositifs ne couvrent pas toujours l’ensemble des besoins ou ne permettent pas une alimentation instantanée de tous les équipements vitaux. Au-delà des groupes électrogènes classiques, les progrès technologiques offrent aujourd’hui des solutions beaucoup plus performantes. Les alimentations électriques sans interruption (UPS), capables de prendre immédiatement le relais sans la moindre coupure, sont désormais utilisées dans la plupart des services hospitaliers modernes. Elles permettent de maintenir en fonctionnement les respirateurs, les moniteurs, les équipements de réanimation ou les appareils d’assistance respiratoire durant les quelques secondes nécessaires au démarrage des groupes électrogènes. Les batteries médicales autonomes, les concentrateurs d’oxygène équipés d’accumulateurs de longue durée ou encore les systèmes hybrides associant batteries et panneaux photovoltaïques représentent également des solutions fiables pour garantir une continuité des soins. Le coût de ces équipements demeure évidemment important. Mais il doit être comparé au prix inestimable d’une vie humaine.

Registre national des personnes dépendantes d’équipements électriques

Les patients soignés à domicile constituent une autre catégorie particulièrement exposée. De plus en plus de personnes souffrant d’insuffisance respiratoire chronique vivent aujourd’hui chez elles grâce à des concentrateurs d’oxygène fonctionnant exclusivement à l’électricité. Ces malades ne disposent généralement d’aucune alimentation de secours. Lorsqu’une panne survient durant plusieurs heures, leur état peut rapidement devenir critique. Cette réalité impose la mise en place d’une véritable stratégie nationale. Les autorités sanitaires pourraient, en collaboration avec la STEG, créer un registre national des personnes dépendantes d’équipements médicaux électriques.

Chaque patient concerné pourrait bénéficier d’un dispositif de secours adapté à sa situation : batterie autonome, groupe électrogène individuel, bouteilles d’oxygène de réserve ou hébergement temporaire dans un établissement de santé lors des périodes de délestage prolongé.

Une meilleure coordination entre les services de santé, la Protection civile, les collectivités locales et les distributeurs d’électricité permettrait également d’intervenir beaucoup plus rapidement en cas de panne.

La communication constitue également un élément essentiel

Les coupures programmées devraient être annoncées suffisamment à l’avance afin que les familles puissent prendre les dispositions nécessaires. Une application mobile, des SMS ciblés ou des appels automatisés pourraient informer les patients concernés avant toute interruption de l’alimentation électrique. Ces outils existent déjà dans plusieurs pays. Le changement climatique rend ces questions encore plus urgentes. Les épisodes de chaleur extrême devraient devenir plus fréquents au cours des prochaines années. Les besoins en climatisation continueront d’augmenter, accentuant la pression sur le réseau électrique national. Cette nouvelle réalité impose de repenser simultanément la politique énergétique et la politique sanitaire.

Modernisation des réseaux et protection des personnes fragiles

Le renforcement des capacités de production électrique, l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables, la modernisation des réseaux de transport et de distribution ainsi que le développement des systèmes de stockage de l’électricité constituent autant de priorités pour renforcer la résilience du pays. Mais ces investissements devront s’accompagner d’une réflexion tout aussi ambitieuse sur la protection des personnes les plus fragiles. Car une infrastructure énergétique moderne ne se mesure pas uniquement à sa capacité de produire davantage d’électricité. Elle se juge également à sa capacité de protéger les citoyens lorsque surviennent des situations exceptionnelles. Les drames de Médenine ne doivent donc pas être considérés comme de simples faits divers liés à une canicule exceptionnelle. Ils constituent un signal d’alerte adressé à l’ensemble des pouvoirs publics. La Tunisie dispose aujourd’hui des compétences médicales, techniques et technologiques nécessaires pour éviter que de tels événements ne se reproduisent.

Solidarité nationale et droit à la vie

Il appartient désormais aux différents intervenants, ministère de la Santé, ministère de l’Industrie, STEG, Protection civile, collectivités locales et établissements hospitaliers, de bâtir un véritable dispositif national de prévention. Car si les coupures d’électricité peuvent parfois être inévitables pour préserver l’équilibre du réseau, aucune personne ne devrait perdre la vie faute d’alimentation électrique de secours. La protection des patients les plus vulnérables ne relève pas seulement d’une obligation technique, elle constitue un impératif de santé publique, un devoir de solidarité nationale et l’une des expressions les plus concrètes du droit fondamental à la vie.

À travers ses visites de terrain, le Président de la République Kaïs Saïed ne fait que réaffirmer que les réformes institutionnelles ne sauraient rester au stade des intentions, mais doivent produire des effets tangibles sur le quotidien des citoyens, dans le cadre de sa vision d’un État plus performant, plus responsable et davantage au service de l’intérêt général.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Eau, patrimoine et gouvernance publique :  vers une lecture stratégique de l’action de l’État 

Par Mondher AFI

Le 18 juillet 2026, le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu au complexe hydraulique de Ghedir El Golla, relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), avant de poursuivre sa visite dans la région de Qantara Bizerte, au sein de la délégation de Kalaat El Andalous. Cette visite s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des enjeux liés à la sécurité hydrique, à la préservation des infrastructures stratégiques et à la gestion durable des ressources naturelles.

Au-delà de sa portée institutionnelle, elle met en lumière les défis structurels auxquels la Tunisie demeure confrontée en matière de mobilisation, de sécurisation et de gouvernance de l’eau, de protection du patrimoine hydraulique national et de modernisation des équipements indispensables à la continuité du service public. Elle renvoie également aux impératifs de résilience face aux effets du changement climatique, à l’accroissement des pressions sur les ressources disponibles et à la nécessité d’une planification intégrée conciliant sécurité hydrique, développement territorial et souveraineté nationale.

L’eau ne constitue plus uniquement une ressource naturelle indispensable à la satisfaction des besoins fondamentaux des populations. Elle est devenue un déterminant majeur de la souveraineté des États, de la sécurité nationale, de la compétitivité économique, de la cohésion territoriale et de la stabilité sociale. Dans un contexte international marqué par l’intensification des effets du changement climatique, la croissance démographique, l’urbanisation accélérée et l’augmentation continue des besoins agricoles, industriels et énergétiques, la maîtrise des ressources hydriques s’impose désormais comme une composante essentielle des politiques publiques et de la planification stratégique. La capacité d’un État à sécuriser durablement ses ressources en eau conditionne de plus en plus son autonomie de décision, sa résilience face aux crises et la pérennité de son modèle de développement.

Pour les pays soumis à un stress hydrique structurel, la gestion de l’eau ne peut plus être réduite à une succession de mesures destinées à répondre aux situations de pénurie. Elle suppose une gouvernance anticipative fondée sur une vision de long terme intégrant les dimensions environnementales, économiques, sociales, technologiques et institutionnelles. Cette approche implique une meilleure connaissance des ressources disponibles, une planification rigoureuse des investissements, une modernisation permanente des infrastructures, une rationalisation des usages, une diversification des sources d’approvisionnement ainsi qu’une mobilisation des innovations scientifiques permettant d’améliorer l’efficacité de la gestion hydraulique.

En Tunisie, les tensions observées depuis plusieurs années autour de la disponibilité de l’eau dépassent largement les seules conséquences des épisodes de sécheresse ou de l’élévation des températures. Si la diminution des précipitations, la succession des années déficitaires, l’augmentation de l’évaporation et l’irrégularité croissante des régimes pluviométriques exercent une pression réelle sur les ressources disponibles, ces facteurs naturels ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer l’ampleur des difficultés auxquelles le pays est confronté.

 

L’eau, un enjeu stratégique

De nombreux travaux soulignent que la crise actuelle résulte également de facteurs structurels accumulés sur plusieurs décennies. Les choix d’aménagement du territoire, l’orientation de certaines politiques agricoles vers des productions fortement consommatrices d’eau, l’exploitation croissante des nappes souterraines, le vieillissement des réseaux de transport et de distribution, les pertes importantes enregistrées au sein des infrastructures hydrauliques, les retards dans les opérations de maintenance, l’envasement progressif de plusieurs barrages ainsi que l’insuffisance des investissements consacrés aux nouvelles technologies de mobilisation et de valorisation des ressources non conventionnelles ont progressivement réduit les marges de sécurité hydraulique du pays.

À ces contraintes s’ajoutent des défis institutionnels liés à la fragmentation des responsabilités, à la complexité des mécanismes de coordination entre les différents acteurs publics, à la faiblesse des systèmes de suivi et d’évaluation ainsi qu’à l’absence d’une gouvernance intégrée permettant d’articuler efficacement les politiques de l’eau, de l’agriculture, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. Dans ces conditions, la gestion de l’eau tend à s’inscrire davantage dans une logique de réaction face aux urgences que dans une stratégie fondée sur l’anticipation, la prévention et la résilience.

Les interruptions récurrentes de l’approvisionnement, les difficultés rencontrées dans plusieurs régions ainsi que les tensions croissantes entre les différents usages de l’eau ne constituent donc pas uniquement des dysfonctionnements techniques ou des conséquences conjoncturelles des aléas climatiques. Elles révèlent les limites d’un modèle de gouvernance confronté à des transformations profondes de son environnement naturel, économique et démographique. La crise hydrique apparaît ainsi comme le symptôme d’un déséquilibre plus global entre les ressources disponibles, les modes de consommation, les capacités d’investissement et les mécanismes de pilotage des politiques publiques.

Dans cette perspective, la question de l’eau dépasse désormais le champ des infrastructures hydrauliques pour devenir un enjeu transversal de politique publique. Elle engage simultanément la sécurité alimentaire, la santé publique, le développement industriel, la protection des écosystèmes, la justice territoriale et la souveraineté nationale. La réponse à ces défis ne repose pas uniquement sur l’accroissement des capacités de stockage ou la réalisation de nouveaux ouvrages, mais sur la construction d’un modèle de gouvernance capable d’intégrer les impératifs de durabilité, d’efficacité économique, d’équité sociale et de résilience climatique dans une vision stratégique cohérente et de long terme.

 

La gouvernance des infrastructures : entre responsabilité et coordination

La visite des installations de Ghedir El Golla met en évidence une question essentielle : la qualité d’une infrastructure dépend autant de sa conception que de son mode de gouvernance.

Les réseaux hydrauliques reposent sur une coordination permanente entre les différents niveaux de décision, les opérateurs techniques, les collectivités territoriales et les autorités publiques. Toute défaillance dans cette chaîne peut produire des conséquences importantes sur la continuité du service public.

Au milieu de cette visite, le Président Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les différents intervenants et sur la responsabilité des responsables en cas de manquements constatés. Cette position renvoie à un principe classique de la gouvernance publique : l’efficacité d’une politique dépend autant de la qualité des décisions que de leur mise en œuvre effective.

La visite du chantier de protection contre les inondations de l’oued Medjerda met en évidence que les politiques de l’eau ne peuvent être envisagées sous le seul angle de la gestion des pénuries. Les transformations climatiques se traduisent par une alternance plus marquée entre sécheresses prolongées et épisodes pluvieux de forte intensité, exposant les territoires à des risques hydrologiques de plus en plus complexes. Dans ce contexte, les ouvrages hydrauliques doivent être intégrés dans une stratégie globale associant prévention des inondations, amélioration des capacités de stockage, recharge des nappes phréatiques, valorisation des eaux pluviales et protection des espaces vulnérables. Cette approche repose sur une planification territoriale capable d’articuler adaptation climatique, gestion des risques et développement durable.

La restauration du pont historique de Qantara Bizerte, édifié en 1608, s’inscrit dans une problématique complémentaire liée à la préservation du patrimoine. Les monuments historiques ne constituent pas uniquement des témoins du passé, ils représentent des ressources culturelles, sociales et économiques contribuant à l’identité des territoires, à leur attractivité et à leur développement. Leur conservation exige une politique publique fondée sur l’entretien régulier, l’expertise scientifique, la protection juridique et la coordination entre les institutions nationales et les collectivités territoriales, afin d’assurer la transmission de ce patrimoine tout en l’intégrant aux dynamiques contemporaines de développement local.

 

Vers une nouvelle culture de la gouvernance publique

Les tensions récurrentes observées autour de l’accès à l’eau mettent en évidence le caractère multidimensionnel de la question hydraulique. Elles montrent que les difficultés rencontrées ne peuvent être interprétées comme la simple conséquence d’insuffisances techniques ou de contraintes climatiques conjoncturelles. La raréfaction progressive des ressources disponibles, l’évolution des besoins des différents secteurs économiques, les disparités territoriales dans l’accès aux services publics ainsi que les effets du changement climatique confèrent à la gestion de l’eau une dimension stratégique qui dépasse largement le cadre de l’ingénierie hydraulique.

Dans cette perspective, les défis actuels invitent à une réflexion plus globale sur les mécanismes de gouvernance, les modes de planification et les capacités institutionnelles mobilisés dans la gestion des ressources naturelles. La question ne se limite plus à accroître les capacités de stockage ou à renforcer les réseaux de distribution, elle renvoie également à la nécessité de développer des dispositifs de pilotage capables d’articuler les politiques de l’eau avec celles de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et du développement régional. L’efficacité des réponses publiques dépend en grande partie de cette capacité à dépasser les approches sectorielles au profit d’une vision intégrée prenant en compte les interactions complexes entre les différentes dimensions du développement.

Les mobilisations citoyennes liées aux difficultés d’accès à l’eau révèlent des attentes qui dépassent la seule continuité du service public. Elles mettent en lumière les enjeux d’équité territoriale, de qualité de la gouvernance et de confiance institutionnelle.

L’évolution de la situation hydraulique en Tunisie dépendra moins de la mise en œuvre de réponses ponctuelles aux épisodes de pénurie que de la capacité des politiques publiques à s’inscrire dans une approche stratégique, intégrée et prospective. Une telle orientation suppose d’articuler l’adaptation au changement climatique, la modernisation des infrastructures hydrauliques, l’amélioration de l’efficience des réseaux de distribution, la rationalisation des usages agricoles, le développement des ressources en eau non conventionnelles, le recours aux innovations technologiques ainsi que le renforcement des mécanismes de gouvernance et de coordination institutionnelle.

Dans cette perspective, l’enjeu dépasse la seule gestion opérationnelle des crises hydriques. Il concerne la capacité des institutions à anticiper les évolutions environnementales, démographiques, économiques et territoriales susceptibles de modifier durablement l’équilibre entre l’offre et la demande en eau. Cette anticipation implique le développement d’outils de planification, de systèmes d’information fiables, d’une évaluation régulière des politiques publiques et d’une gouvernance fondée sur la coordination entre les différents secteurs concernés.

À mesure que les ressources hydriques deviennent plus limitées et que leur répartition fait l’objet de tensions croissantes, la gestion de l’eau tend à s’imposer comme une question transversale mobilisant des enjeux de sécurité alimentaire, de développement économique, d’aménagement du territoire, de protection des écosystèmes et de cohésion sociale. Dans ce contexte, les choix relatifs à la politique de l’eau ne relèvent pas uniquement de considérations techniques ou administratives, ils constituent un domaine stratégique dont les orientations influencent, à moyen et à long terme, les trajectoires de développement et les capacités de résilience de l’État face aux transformations climatiques et environnementales.



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Bilel Saidani (Assistant Hospitalo-universitaire en Urologie)  : inciter au dépistage précoce du cancer de la vessie pour éviter des traitements lourds

Le Temps.news : Pourquoi le risque de cancer de la vessie est-il très élevé chez les fumeurs ?

Dr.Bilel Saidani En Tunisie, chaque année, de plus en plus de nouveaux cas sont diagnostiqués. Les raisons de cette augmentation sont à chercher du côté des habitudes de vie : les Tunisiens fument plus qu’auparavant et le tabagisme  est le premier facteur de risque de cancer de la vessie.Le tabac est le principal facteur de risque. On estime que 50% des cancers de la vessie sont liés au tabagisme. 1 tunisien sur 2 fume.Plusieurs études l’ont confirmé, le tabagisme est une cause de cancer de la vessie. Le risque croît en fonction du nombre d’années de tabagisme et de la quantité de cigarettes fumées par jour. .. Chaque année, en Tunisie, plusieurs cancers de la vessie sont détectés et la plupart sont liés au tabagisme. Pourquoi le risque de cancer de la vessie est-il très élevé chez les fumeurs ?Lorsqu’un fumeur inhale la fumée du tabac, les produits chimiques sont filtrés dans leur urine, qui est stockée dans la vessie. Ces produits chimiques seraient responsables de la transformation des cellules de la vessie en cellules cancéreuses. En effet, au fil du temps, ils peuvent endommager la paroi interne de la vessie et causer un cancer. Plus une personne fume, plus son risque augmente. Même si elle ne fume qu’une cigarette par jour, elle court toujours un plus grand risque de cancer de la vessie qu’un non-fumeur.

 L’exposition à des substances de l’environnement professionnel pourrait –il également jouer un rôle dans 5 à 25 % de ces cancers ?

Au-delà des habitudes personnelles, l’environnement professionnel peut exposer à des substances cancérogènes. Certaines activités, notamment dans les industries chimiques, textiles, du cuir, de la peinture ou du caoutchouc, impliquent la manipulation de produits tels que les amines aromatiques et les hydrocarbures polycycliques. En l’absence de protections adaptées, ces substances peuvent altérer durablement les cellules de la vessie, avec des effets qui peuvent se manifester plusieurs années après la fin de l’exposition. Ce type de cancer peut d’ailleurs être reconnu comme maladie professionnelle.

L’environnement quotidien est –il impliqué ?

Au-delà du milieu professionnel, l’exposition environnementale peut aussi intervenir. La consommation d’eau potable contenant de fortes concentrations d’arsenic est un facteur de risque établi dans plusieurs régions du monde.L’implication de certains pesticides agricoles est également étudiée, bien que les preuves scientifiques restent à renforcer. Une exposition prolongée à des substances telles que l’arsenic, les amines aromatiques, la bêta-naphtylamine, la benzidine et l’aniline peuvent favoriser le développement d’un cancer de la vessie. Ces produits sont utilisés dans les peintures professionnelles, la fabrication de caoutchouc ainsi que la production d’aluminium, de métaux, de textiles et de colorants.

L’âge et le sexe influencent –ils la survenue de la maladie ?

L’âge et le sexe influencent la survenue du cancer de la vessie. L’âge avancé reste le principal facteur de risque, la maladie apparaissant majoritairement après 65 ans. Les hommes sont affectés trois à quatre fois plus fréquemment, en raison des expositions professionnelles, des habitudes tabagiques, et de facteurs biologiques encore en cours d’étude. Par ailleurs, les femmes reçoivent souvent un diagnostic à un stade plus avancé. Les spécialistes observent, ces dernières années, la survenue de ce cancer chez des sujets plus jeunes en Tunisie. Mais rassurez-vous, le taux de guérison est élevé lorsque le cancer de la vessie est détecté tôt. Ces éléments soulignent l’importance de la prévention, de l’arrêt du tabac, de la protection des travailleurs exposés et d’un suivi médical adapté pour les patients à risque

Quels sont les symptômes ?

Le premier signe d’alarme qui doit alerter un fumeur est la coloration rouge (présence de sang) des urines. Même si ce symptôme est totalement indolore et instable (disparaît pendant plusieurs jours avant de réapparaître), il est impératif de consulter sans tarder. En effet, détecter la tumeur à ce stade encore précoce permet de guérir les tumeurs superficielles, tandis que les tumeurs avancées sont de très mauvais pronostics. A un stade un peu plus avancé, les symptômes seront plus douloureux : envies fréquentes d’uriner, difficultés à uriner, brûlures pendant la miction, spasmes de la vessie ou encore infections urinaires à répétitions.

Comment se fait le dépistage de ce cancer ?

Ce cancer ne fait pas l’objet d’un dépistage systématique dans la population générale.

En présence d’anomalies (symptômes), le médecin peut demander des examens diagnostiques (prise de sang, imagerie médicale, etc.).Si ces examens confirment la présence d’un cancer, ils seront complétés par un bilan d’extension pour préciser la nature exacte et l’étendue de la maladie. Ces informations sont indispensables pour déterminer les meilleurs traitements possibles.

Comment se fait le traitement de ce cancer ?

Les traitements les plus fréquemment appliqués en cas de cancer de la vessie sont l’opération chirurgicale ,les lavages de la vessie par chimiothérapie ou BCG, le traitement au laser, la radiothérapie, la chimiothérapie. Il faudrait distinguer deux grands axes : Les tumeurs qui n’infiltrent pas le muscle vésical c’est généralement un traitement endoscopique par résection suivi d’un BCG  alors que pour  les infiltrants,  la sanction est lourde, il faut tout simplement  enlever la vessie. En cas de cancer de la vessie à un stade avancé, l’équipe médicale incluant les chirurgiens, oncologues et radiothérapeutes au sein d’une commission réfléchit au meilleur traitement à réaliser.

Est-ce que l’immunothérapie a changé la donne ?

L’immunothérapie est validée pour des formes métastatiques et  prolonge la survie d’un patient. Il s’agit d’un traitement qui utilise le système immunitaire du patient pour éliminer les cellules cancéreuses. L’immunothérapie de dernière génération peut être proposée sur un cancer métastatique qui continue de se développer malgré une chimiothérapie (cisplatine) ou qui récidive nous espérons que cette immunothérapie se développe encore  en Tunisie. Reste la thérapie ciblée, pour traiter un cancer avancé lorsque les autres traitements n’ont pas fonctionné

Quel suivi après une tumeur de la vessie ?

À la suite du traitement du cancer de la vessie, le patient doit s’astreindre à un suivi médical régulier. Les examens (analyses de sang, cystoscopie, analyses d’urine, scanner de l’appareil urinaire) qu’il subit pendant cette période permettent d’atténuer les effets indésirables du traitement, les complications dues à l’ablation de la vessie, de constater la rémission et d’agir précocement en cas de récidive ou de rechute

                                                Kamel Bouaouina

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Urgence d’un nouveau cadre juridique pour la maltraitance animale : protéger un être vivant et non un simple bien

Décidément, la maltraitance à l’encontre des animaux devient de plus en plus un phénomène récurrent. Bien plus, des scènes cruelles de maltraitance sont diffusées à travers les réseaux sociaux. Des images qui ont choqué l’opinion publique. Elles ont également relancé un débat juridique qui, en Tunisie, revient régulièrement sans jamais véritablement déboucher sur une réforme de fond. Il y a quelques jours, une vidéo montrant un cheval violemment battu sur une plage à Zarzis a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux.

Face à l’émotion provoquée par ces images, le parquet s’est saisi de l’affaire de sa propre initiative, ordonnant l’ouverture d’une enquête, l’audition des personnes concernées ainsi que la désignation d’un vétérinaire chargé d’examiner l’animal et d’évaluer l’ampleur des blessures qu’il aurait subies.

Cette réaction rapide du ministère public a été largement saluée. Elle témoigne d’une prise de conscience croissante de la gravité des actes de maltraitance animale et de leur impact sur la société.

Mais à peine quelques jours plus tard, une autre vidéo est venue raviver l’émotion collective. Les images montraient une vache maintenue au sol, tandis que plusieurs individus lui sectionnaient la langue alors qu’elle était encore vivante. La violence de la scène, diffusée sans retenue sur les réseaux sociaux, a profondément choqué l’opinion.

Au-delà de l’horreur des faits eux-mêmes, cette succession d’affaires révèle un phénomène plus inquiétant : la banalisation de la violence envers les animaux, transformée en spectacle numérique destiné à être partagé, commenté et relayé.

Une législation héritée d’une autre époque

Ces événements posent inévitablement une question fondamentale : le droit tunisien protège-t-il réellement les animaux ? La réponse est nuancée. Le dispositif juridique actuellement en vigueur repose principalement sur deux textes anciens : le décret beylical de 1896 relatif à la protection des animaux domestiques et l’article 317 du Code pénal.

Ces dispositions ont été élaborées à une époque où l’animal était essentiellement considéré comme un bien appartenant à son propriétaire, au même titre qu’un objet de valeur économique. La philosophie du texte n’est donc pas la protection de l’animal en tant qu’être vivant, mais la protection du droit de propriété.

Autrement dit, c’est moins la souffrance de l’animal qui est sanctionnée que l’atteinte portée au patrimoine de son propriétaire.

Cette conception apparaît aujourd’hui largement dépassée au regard de l’évolution des connaissances scientifiques et des standards internationaux.

Des sanctions dérisoires

L’article 317 du Code pénal prévoit une peine de quinze jours d’emprisonnement et une amende de quatre dinars huit cents millimes (4d,800 ) pour certains actes de mauvais traitements.

Une telle sanction, inchangée depuis plusieurs décennies, apparaît totalement déconnectée de la gravité des actes pouvant être commis. Comment justifier qu’un acte de torture infligé à un animal puisse être sanctionné par une peine aussi symbolique ? Cette faiblesse des sanctions nourrit inévitablement un sentiment d’impunité. Le même texte prévoit certes une peine pouvant atteindre cinq années d’emprisonnement en cas d’empoisonnement volontaire d’un animal situé dans une propriété privée. Mais là encore, la logique juridique demeure essentiellement patrimoniale : ce qui est protégé est avant tout le bien appartenant à autrui et non l’intégrité physique ou la sensibilité de l’animal. Cette distinction montre les limites d’une législation devenue inadaptée aux réalités contemporaines.

L’animal, un être sensible

Les progrès de la science ont pourtant profondément modifié notre compréhension du monde animal. Il est aujourd’hui établi que les animaux ressentent la douleur, la peur, le stress et parfois même des formes complexes d’attachement et d’émotion. De nombreux États ont intégré cette évolution dans leur législation. La France reconnaît désormais, depuis la réforme de son Code civil de 2015, que «les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité». La Suisse, l’Allemagne, l’Autriche ou encore plusieurs pays européens ont également adapté leur droit afin de reconnaître que l’animal ne peut plus être assimilé à une simple chose. Cette évolution ne retire évidemment pas au propriétaire ses droits, mais elle impose également des devoirs envers l’animal placé sous sa responsabilité. La Tunisie gagnerait à s’inscrire dans cette évolution.

Une violence qui dépasse la question animale

Les spécialistes de criminologie soulignent depuis longtemps l’existence d’un lien entre les violences exercées sur les animaux et certaines formes de violence dirigées contre les êtres humains. De nombreuses études internationales montrent que les auteurs d’actes de cruauté envers les animaux présentent parfois des comportements violents dans d’autres sphères de leur vie.

Sans établir de relation automatique, plusieurs recherches considèrent la maltraitance animale comme un indicateur pouvant révéler des troubles comportementaux ou une banalisation de la violence. Lorsqu’un individu prend plaisir à faire souffrir un animal ou diffuse publiquement ces images pour susciter des réactions, c’est toute la société qui est interpellée.

Le problème dépasse largement la seule condition animale. Il concerne également l’éducation, la culture du respect de la vie et les valeurs collectives.

Les réseaux sociaux comme amplificateur

Les nouvelles technologies donnent désormais une dimension supplémentaire à ces violences.

Autrefois limitées à un cercle restreint, elles sont aujourd’hui filmées, diffusées et parfois mises en scène pour rechercher des réactions ou accroître la visibilité de leurs auteurs.

Le phénomène devient particulièrement préoccupant lorsque la souffrance animale est transformée en simple contenu numérique destiné à divertir ou à provoquer. Cette médiatisation contribue à banaliser des comportements qui devraient au contraire susciter une condamnation unanime. Elle pose également la question de la responsabilité des plateformes numériques dans la diffusion de contenus particulièrement choquants.

Les associations réclament une indispensable réforme

Depuis plusieurs années, les associations tunisiennes de protection animale demandent une révision profonde de la législation. Elles plaident notamment pour la reconnaissance juridique de l’animal comme être sensible, l’aggravation des peines en cas de sévices graves, la création d’infractions spécifiques sanctionnant les actes de cruauté, les mutilations volontaires, les abandons, les privations de soins ou les mauvais traitements répétés. Elles proposent également de renforcer les pouvoirs des autorités administratives afin de permettre le retrait immédiat d’un animal victime de maltraitance, ainsi que la création de structures spécialisées capables de recueillir les animaux saisis.

Au-delà des sanctions pénales, ces associations insistent sur l’importance de la prévention, de l’éducation et de la sensibilisation dès le plus jeune âge.

Les récentes affaires de Zarzis montrent que la société tunisienne ne reste plus indifférente face aux actes de cruauté envers les animaux. L’intervention rapide du parquet constitue un signal encourageant. Mais l’action judiciaire, aussi déterminée soit-elle, ne peut pallier les insuffisances d’un cadre législatif devenu obsolète. La Tunisie dispose aujourd’hui de l’occasion d’engager une réforme ambitieuse de son droit de la protection animale. Une telle réforme ne viserait pas uniquement à alourdir les sanctions. Elle traduirait surtout une évolution profonde de la conception juridique de l’animal, qui ne saurait plus être réduit au rang de simple bien patrimonial.

Reconnaître l’animal comme un être vivant doué de sensibilité constituerait une avancée conforme à l’évolution du droit comparé et aux attentes d’une société de plus en plus attachée au respect du vivant.

Car protéger les animaux, ce n’est pas seulement défendre une cause éthique, c’est aussi promouvoir une société fondée sur le respect de la vie, la responsabilité et le refus de toute forme de cruauté. Une législation moderne, assortie de sanctions réellement dissuasives contre les actes de négligence, de maltraitance, de cruauté ou de sadisme, contribuerait à faire reculer l’impunité et à affirmer que la violence envers les êtres vulnérables n’a plus sa place dans un État de droit.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Ouverture officielle de la saison de la Omra : les professionnels partent en guerre contre les intermédiaires

Des millions de pèlerins parcourent chaque année le globe pour visiter des sites sacrés, participer à des cérémonies ou rechercher la paix intérieure. Ce potentiel avéré témoigne de l’importance croissante de cette niche touristique unique. Pour booster cette niche, la Fédération tunisienne des agences de voyages a organisé hier la 5e édition du Salon international du tourisme et de la Omra, annonçant l’ouverture de la saison de la Omra. 

Cet événement, comme le précise Zied Felfoul, le trésorier de la Fédération tunisienne des agences de voyages, vise à promouvoir le tourisme religieux et culturel, à valoriser les produits touristiques tunisiens liés au pèlerinage et à la Omra et à améliorer la qualité des services tout en renforçant la compétitivité des prix. Le salon, auquel participent de nombreuses agences de voyages, constitue un rendez-vous incontournable pour les voyageurs désireux de découvrir les dernières tendances du secteur, les innovations et les nouvelles offres en matière de séjours, notamment ceux liés à la Omra.

Pourquoi passer par une agence de voyages ?

La saison de la Omra pour l’année 1448 de l’hégire (2026-2027) a officiellement débuté, permettant ainsi à des pèlerins tunisiens d’effectuer ce rite spirituel. Le nombre de pèlerins tunisiens accomplissant la Omra chaque année oscille entre 100.000 et 140.000. Les coûts associés à ce voyage spirituel connaissent une envolée, touchant tant les billets d’avion que l’hébergement. Les tarifs de la Omra sont déterminés par certains critères tels que le pack choisi sur les Lieux saints, l’aérien et les hôtels sur place. Sami Ben Saïdane, agent de voyage, a précisé que «les prix de la Omra ont connu une hausse de 10%. C’est un segment qui évolue énormément en fonction de l’offre et de la demande et de l’évolution du rial et du dollar. Et depuis la pandémie de la Covid-19, nous assistons à une hausse continue de ces prix, en particulier à Médine, où le prix des chambres économiques, tournant initialement autour de 350 rials, a considérablement augmenté, atteignant près de 800 rials. Le coût de la Omra varie en fonction de la qualité des services proposés. Le prix des billets d’avion représente environ 60% du coût total et varie selon les périodes : 1.750 dinars le 5 août et 2.150 dinars du 25 août au 1er septembre 2025. Le coût du visa est estimé à 650 dinars. Les prix oscillent entre 3 et 4 millions et entre 4,800 et 5,500 dinars durant Ramadan. Ces coûts varient largement selon les demandes et les exigences des clients, mais aussi selon des critères tels que la proximité des hôtels avec la mosquée al-Haram et la durée du séjour. Pour les packages luxes et autres VIP, les augmentations sont très importantes. Pour ceux qui cherchent un peu plus de confort, les offres de luxe peuvent facilement dépasser les 6.000 dinars. Tout dépend de ce que veut le client». Pour l’organisation d’un séjour, les agences de voyages peuvent s’avérer être de précieux alliés. Pourquoi passer par une agence de voyages ? L’organisation d’un voyage peut être un véritable casse-tête. Nombreux sont les voyageurs à faire appel à une agence de voyages pour planifier tous les détails d’un séjour. Mais que vous apporte réellement une agence de voyages ? Pourquoi passer par un professionnel du tourisme pour la planification et l’organisation de vos différents séjours ? Faouzi Bouguila, agent de voyage, a appelé les fidèles souhaitant accomplir la Omra à veiller à la régularité de leur démarche en concluant obligatoirement un contrat écrit avec l’agence de voyages agréée de leur choix. Cette obligation contractuelle n’est pas nouvelle. Elle a été introduite dès la libéralisation du marché de la Omra en Tunisie en 2013 et permet d’éviter de graves problèmes d’organisation et de logistique durant le pèlerinage. Cette mesure vise à protéger les droits des pèlerins comme ceux des agences, en instaurant un cadre clair et conforme aux réglementations en vigueur. Car, dit-il, «les intermédiaires et les intrus à la profession s’adonnent à des activités légalement du ressort des agences de voyages, sans avoir à supporter les frais, les obligations et les charges auxquelles ces dernières sont soumises. Ils se font passer pour des voyagistes et opèrent au vu et au su de tout le monde dans la sphère facebookienne, créant un amalgame assez grave avec les professionnels légaux qui sont, eux, soumis aux règles draconiennes en vigueur, notamment en matière d’assurance et de remboursement».

Et d’ajouter : «L’agent de voyage n’a qu’un seul objectif, garantir à chaque client un voyage de rêve pour lequel il n’a pas besoin de se soucier de quoi que ce soit. Il peut lui organiser un séjour de A à Z de manière personnalisée. Il dispose de l’expertise et de l’expérience nécessaires pour conseiller les clients sur la destination, les hébergements et les activités pour un séjour hors des sentiers battus. Il peut offrir des recommandations basées sur les préférences et les besoins spécifiques de chaque pèlerin».

Kamel BOUAOUINA

 

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Prise en charge des frais de soins par la CNAM : n’est-il pas grand temps de relever le plafond de remboursement ?

Deux ans seulement après la révision à la hausse du plafond annuel de remboursement des frais de soins par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, la réalité économique a rattrapé, puis balayé cette décision qualifiée alors d’«historique». L’inflation galopante, conjuguée à une hausse continue des tarifs des consultations médicales et à l’explosion du prix des médicaments, a rendu les nouveaux seuils obsolètes. Pour l’assuré social tunisien, le plafond de la CNAM n’est plus un bouclier protecteur, mais une barrière dérisoire franchie dès les premiers mois de l’année. 

Pour comprendre le désarroi grandissant des assurés sociaux tunisiens, il convient de se rappeler l’enthousiasme qui avait entouré le dernier relèvement du plafond annuel de remboursement des frais de soins. L’assuré célibataire sans personne à charge avait vu son plafond de remboursement annuel passer de 300 à 450 dinars tunisiens. Pour une famille de quatre personnes à charge, le plafond de base avait bondi de 600 à 1.350 dinars. À cela s’ajoutaient des bonifications ciblées : 100 dinars par ascendant à charge, 100 dinars par enfant en situation de handicap, ainsi que des enveloppes de 150 dinars pour les soins dentaires et le suivi de grossesse. La prise en charge des lunettes médicales avait, elle aussi, été portée de 50 à 200 dinars. 

Cette réforme d’envergure, saluée à juste titre à l’époque, visait à corriger un décalage criant et intenable avec l’évolution du coût de la vie. Cependant, ce que les autorités n’avaient pas anticipé -ou du moins, n’avaient pas les moyens de contenir-, c’est que cette bouffée d’oxygène allait être quasi instantanément consumée par la spirale inflationniste interne et la révision en cascade des grilles tarifaires de santé libérale en 2025 et 2026.

L’élément déclencheur de la caducité rapide de la réforme de 2024 s’est produit dès le 1er janvier 2025. Après des années de stagnation de leurs émoluments et de négociations infructueuses, le Conseil national de l’Ordre des médecins a adopté une nouvelle fourchette d’honoraires pour le secteur libéral, entraînant une hausse brutale du coût de l’accès au cabinet médical.

La consultation chez un médecin généraliste est ainsi passée dans une fourchette allant de 40 à 55 dinars. Quant aux médecins spécialistes, leurs tarifs ont bondi pour s’établir fermement entre 55 et 80 dinars, tandis que les neuropsychiatres exigent désormais entre 60 et 85 dinars par consultation. Pour les visites à domicile ou les actes d’urgence de nuit, les prix s’envolent régulièrement au-delà de 120 dinars, voire 160 dinars. 

Dès lors, l’arithmétique devient impitoyable pour le portefeuille du contribuable. Pour un assuré social célibataire disposant du plafond de 450 DT, il suffit de consulter un médecin spécialiste quelques fois par an et d’acheter des médicaments pour épuiser l’intégralité de sa couverture annuelle. 

Si la révision des honoraires des praticiens a porté un coup sévère au budget santé des ménages, c’est au niveau des comptoirs des pharmacies que le fardeau est devenu véritablement insoutenable. Au cours des dernières années, une mise à jour tarifaire massive a touché plus de 60% des médicaments commercialisés en Tunisie, presque tous revus à la hausse.

Des ménages acculés à des choix cornéliens

Selon les données publiées récemment, la part des médicaments représente désormais 23,8% des dépenses totales de santé des ménages tunisiens, une proportion qui a pratiquement doublé en l’espace de quatre ans.

Cette «inflation pharmaceutique» s’explique principalement par la dépréciation continue du dinar tunisien face aux monnaies fortes comme le dollar américain et l’euro, qui renchérit mécaniquement les importations de matières premières actives et de molécules innovantes par la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT). À cela s’ajoute la hausse des coûts de fabrication pour l’industrie nationale des génériques, prise en étau entre la hausse des coûts d’exploitation et des marges réglementées de plus en plus étroites.

Aujourd’hui, l’insuffisance flagrante du plafond annuel de remboursement accule les familles tunisiennes à des choix cornéliens. Pour un ménage appartenant à la classe moyenne ou à faible revenu, financer des soins de base relève désormais du parcours du combattant. De nombreux patients en arrivent à différer des examens médicaux capitaux, à renoncer à des soins de prévention ou à interrompre unilatéralement la prise de traitements prescrits, faute de moyens financiers.

Ce renoncement aux soins présente un risque sanitaire majeur : il aggrave des pathologies bénignes et finit par surcharger les structures d’hospitalisation publiques d’urgence, ce qui engendre un coût économique infiniment plus lourd pour la collectivité nationale.

Le modèle à trois filières mis en place par la CNAM (filière publique, filière privée et système de remboursement des frais) est ainsi menacé d’asphyxie. Alors que les hôpitaux publics croulent sous la demande et souffrent de carences structurelles chroniques, l’alternative du secteur libéral devient inaccessible à la majorité des cotisants à cause de plafonds d’un autre temps, déconnectés de la réalité économique des cabinets et des officines.

Le constat est sans appel : le relèvement des plafonds de 2024, indispensable lors de sa mise en œuvre, a été totalement annihilé par la déferlante inflationniste de 2025 et 2026. L’appel à une nouvelle réévaluation des plafonds n’est plus une simple revendication syndicale ou un souhait de confort matériel, c’est un impératif de sauvegarde de la santé publique.

Comme l’a rappelé le président de la République, Kaïs Saïed, lors de sa réunion tenue le 2 mars 2026 avec la Cheffe du gouvernement et le ministre des Affaires sociales, l’assainissement et la réforme des caisses sociales ne doivent pas se faire au détriment des acquis des affiliés. La viabilité à long terme du modèle tunisien de la protection sociale dépend intimement du respect des principes de justice et d’équité sociale. Or, la justice sociale commence par garantir qu’un travailleur qui cotise toute sa vie puisse se soigner dignement sans basculer dans la précarité. Il est plus que jamais urgent que la CNAM mette en place un mécanisme d’indexation dynamique de ses plafonds annuels, calqué sur l’évolution réelle de l’indice des prix à la consommation et des tarifs de référence des professionnels de santé libéraux. Le temps presse car chaque jour d’immobilisme supplémentaire contraint un peu plus les citoyens à choisir arbitrairement entre préserver leur santé et subvenir aux besoins élémentaires de leur foyer. 

Walid KHEFIFI

 

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La culture, un enjeu de souveraineté : pour une refondation de la gouvernance culturelle

Par Mondher AFI

Les orientations des pouvoirs publics tunisiens accordent à la culture une place importante dans les politiques nationales, en tant que levier de préservation du patrimoine, de consolidation de la cohésion sociale et d’affirmation de l’identité nationale. Cette orientation a été réaffirmée à plusieurs reprises par le Président de la République, Kaïs Saïed, dans le cadre de ses interventions consacrées aux enjeux culturels.

Toutefois, la traduction de ces orientations dans les politiques publiques suppose l’élaboration d’une stratégie culturelle globale, fondée sur une vision à long terme, une gouvernance institutionnelle cohérente et une articulation équilibrée entre la sauvegarde du patrimoine, le soutien à la création, la transmission des savoirs et le développement de la recherche.
Dans les sociétés contemporaines, la culture ne peut être considérée comme un secteur secondaire ou une simple succession de manifestations artistiques. Elle constitue un élément essentiel de la construction collective, un espace où une société élabore ses représentations, transmet sa mémoire et imagine son avenir. Elle participe à la formation du citoyen, au renforcement du lien social et au rayonnement international d’un pays.
Ainsi, la question fondamentale n’est pas seulement de savoir combien d’événements culturels sont organisés, mais de s’interroger sur la capacité de la politique culturelle à produire du sens, à soutenir durablement la création et à construire un environnement favorable à l’émergence des idées et des œuvres.

De la gestion culturelle à la gouvernance culturelle
Une institution culturelle ne peut être réduite à une administration chargée de gérer un calendrier de festivals, d’assurer le fonctionnement des établissements ou d’organiser des manifestations ponctuelles. Ces missions sont nécessaires, mais elles ne constituent qu’une partie de la fonction culturelle de l’État.
Dans une conception moderne de la gouvernance culturelle, le rôle des pouvoirs publics consiste également à protéger le patrimoine matériel et immatériel, encourager la création, favoriser la circulation des œuvres, développer les industries culturelles et créatives, soutenir la recherche et garantir l’accès du plus grand nombre aux biens culturels.
Lorsque l’action culturelle se concentre principalement sur la logique événementielle, le risque est de voir la culture perdre progressivement sa dimension structurante au profit d’une approche plus conjoncturelle. Les festivals et les grandes manifestations demeurent des instruments importants de visibilité et de diffusion, mais ils ne peuvent remplacer une stratégie globale capable d’accompagner les transformations profondes de la société.
La véritable question est donc celle du passage d’une culture administrée à une culture gouvernée : une culture pensée comme un écosystème où interagissent institutions publiques, créateurs, chercheurs, associations, collectivités territoriales et citoyens.

Les créateurs : acteurs du bien culturel commun
La relation entre l’institution culturelle et les créateurs constitue l’un des indicateurs essentiels de la vitalité d’une politique publique. L’écrivain, l’artiste, le chercheur, le musicien ou le cinéaste ne sont pas de simples bénéficiaires de dispositifs administratifs, ils sont des producteurs de valeur symbolique et des acteurs de la mémoire collective.
La Tunisie possède un capital humain considérable dans les domaines de la littérature, des arts, des sciences humaines et du patrimoine. Une grande partie de cette richesse repose sur l’engagement personnel, l’initiative associative et des dynamiques souvent construites avec des moyens limités.
Cette réalité pose une question fondamentale : comment garantir que ceux qui contribuent à faire vivre la culture puissent disposer d’un environnement institutionnel qui accompagne leur action plutôt que de fragiliser davantage leurs conditions d’exercice ?
Le soutien public à la création ne doit pas être envisagé comme une assistance accordée aux artistes, mais comme un investissement collectif dans un bien commun. La culture produit des effets qui dépassent largement le champ artistique : elle développe l’esprit critique, renforce la cohésion sociale, nourrit l’éducation et participe à l’attractivité d’un pays.

Quand les acteurs culturels deviennent les principaux financeurs de l’action culturelle
Les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses associations culturelles, clubs littéraires et initiatives citoyennes indépendantes mettent en évidence des enjeux structurels qui dépassent les seules contraintes organisationnelles. Elles interrogent les conditions effectives de participation des acteurs de la société civile à la production, à la diffusion et à la démocratisation de la vie culturelle.
Ces organisations ne s’inscrivent généralement pas dans une logique marchande. Leur action relève d’une mission d’intérêt général fondée sur la promotion de la lecture, l’accompagnement de la création artistique et littéraire, la valorisation des jeunes talents, la transmission des savoirs ainsi que l’animation culturelle de territoires souvent insuffisamment dotés en infrastructures et en ressources. À ce titre, elles constituent un maillon essentiel de l’écosystème culturel et contribuent au renforcement de la cohésion sociale, de la citoyenneté culturelle et de la diversité des expressions artistiques.
Dans cette perspective, les débats relatifs aux modalités d’accès aux équipements culturels publics ne sauraient être appréhendés sous le seul angle des procédures administratives ou des contraintes budgétaires. Ils renvoient à une problématique plus fondamentale touchant aux principes mêmes de la gouvernance culturelle. Il s’agit de déterminer si les infrastructures culturelles doivent être administrées selon une logique essentiellement patrimoniale et gestionnaire, privilégiant la préservation des biens publics et la maîtrise des coûts, ou si elles doivent également être conçues comme des biens communs culturels, destinés à favoriser la participation citoyenne, la création artistique, le débat intellectuel et la circulation des connaissances.
L’enjeu est donc moins celui du financement que celui du modèle de politique culturelle retenu. Une gouvernance exclusivement administrative risque de réduire les équipements culturels à de simples espaces de gestion, alors qu’une gouvernance fondée sur une approche partenariale reconnaît leur fonction de plateformes de coopération entre les institutions publiques, les créateurs, les associations et les citoyens. Dans cette approche, la valeur d’un équipement culturel ne se mesure pas uniquement à son taux d’occupation ou à son équilibre financier, mais également à sa capacité à produire du lien social, à stimuler l’innovation culturelle, à élargir l’accès aux pratiques artistiques et à favoriser l’expression de la pluralité des sensibilités.
Un espace culturel accomplit pleinement sa mission lorsqu’il dépasse sa fonction d’infrastructure matérielle pour devenir un lieu vivant de création, de réflexion critique, de dialogue intergénérationnel et de construction du capital culturel collectif. C’est précisément cette dimension immatérielle qui confère aux équipements culturels leur véritable utilité publique et qui justifie l’élaboration de mécanismes de gouvernance conciliant les exigences de bonne gestion avec les impératifs de démocratisation culturelle et de soutien à l’initiative associative.

La qualité, la diversité et les critères de légitimité culturelle
Les politiques culturelles contemporaines reposent sur un équilibre complexe entre pluralisme et exigence. La diversité des expressions artistiques constitue une richesse fondamentale, mais elle ne signifie pas l’abandon de toute référence qualitative.
Encourager la création contemporaine, soutenir de nouvelles formes artistiques et répondre aux évolutions des pratiques culturelles ne doit pas conduire à négliger les critères liés à la compétence, à la créativité, à la profondeur des œuvres et à leur contribution au patrimoine culturel.
La confiance entre les institutions et les acteurs culturels dépend largement de la transparence des mécanismes de sélection, de financement et de programmation. Une gouvernance culturelle efficace suppose des règles lisibles, des procédures équitables et une évaluation régulière des politiques mises en œuvre.

La culture comme politique publique de long terme
La communication institutionnelle constitue aujourd’hui une composante essentielle de l’action publique. Elle répond aux exigences de transparence, informe les citoyens des politiques mises en œuvre et valorise les réalisations des institutions. Toutefois, si elle participe à la visibilité de l’action culturelle, elle ne saurait, à elle seule, constituer un indicateur fiable de la vitalité culturelle d’un pays. Celle-ci dépend avant tout de la capacité des institutions à créer un environnement favorable à la production intellectuelle, à la création artistique, à la préservation du patrimoine et à la diffusion des savoirs.
Dans cette perspective, la confiance entre les institutions publiques et les acteurs culturels apparaît comme une condition fondamentale de l’efficacité des politiques culturelles. Les écrivains, les artistes, les chercheurs, les associations culturelles et les initiatives citoyennes ne sont pas de simples bénéficiaires de l’action publique, ils participent directement à la production du capital culturel national. Leur contribution dépasse largement le cadre des manifestations ponctuelles. Ils alimentent le débat public, enrichissent la mémoire collective, favorisent la circulation des idées et participent à la construction d’une conscience critique indispensable au développement démocratique et intellectuel de la société.
L’enjeu consiste donc à dépasser une approche essentiellement administrative de la gestion culturelle pour instaurer une gouvernance fondée sur le dialogue, la concertation et la reconnaissance mutuelle. Une politique culturelle durable ne se limite pas à promouvoir les activités réalisées, elle crée les conditions institutionnelles, juridiques et financières permettant l’émergence de nouvelles initiatives, la diversification des expressions artistiques et la consolidation d’un tissu culturel capable de répondre aux mutations contemporaines. La qualité d’une politique culturelle se mesure moins à la quantité des événements organisés qu’à sa capacité à renforcer durablement les institutions culturelles, à soutenir les créateurs et à garantir un accès équitable à la culture sur l’ensemble du territoire.

La culture comme investissement stratégique dans le développement de la société
Dans un contexte marqué par l’accélération des transformations technologiques, des mutations géopolitiques et de la mondialisation des échanges symboliques, la culture s’impose comme un levier stratégique du développement durable et de la souveraineté nationale. Elle ne peut plus être envisagée comme un simple secteur d’activité ni réduite à une succession d’événements, mais doit être appréhendée comme une politique publique structurante, capable de produire du sens, de renforcer la cohésion sociale et de consolider le capital symbolique de la nation.
Une telle ambition suppose une gouvernance culturelle ouverte, fondée sur la concertation permanente entre les institutions publiques, les créateurs, les universitaires, les professionnels du patrimoine, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile. L’efficacité des politiques culturelles dépend désormais de leur capacité à mobiliser l’intelligence collective, à intégrer la diversité des expertises et à anticiper les profondes mutations des pratiques culturelles.
Les intellectuels, les écrivains et les artistes constituent une ressource stratégique pour toute nation. Leur fonction dépasse la production d’œuvres : ils élaborent les référentiels symboliques qui permettent à une société de comprendre ses transformations, de préserver sa mémoire, d’exercer son esprit critique et d’imaginer son avenir. Soutenir la création revient ainsi à investir dans le capital intellectuel et culturel du pays. À long terme, la puissance des nations se mesurera autant à leur capacité d’innover sur le plan des idées et des imaginaires qu’à leurs performances économiques, car la souveraineté culturelle demeure le fondement durable de toute souveraineté.

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« Kharouba » d’Imen Chérif : Un spectacle haut en couleurs et en harmonie à l’ouverture du festival de Nabeul

La chanteuse Imen Chérif a excellé lors de l’ouverture du Festival international de Nabeul avec son projet artistique « Kharouba »,  spectacle coloré qui  a réuni des jeunes musiciens ,percussionnistes et chorégraphes . A  22h15, la scène s’allume avec l’hymne national , les musiciens se mettent en place, puis le chœur et les chanteurs regagnent leur place.. Le  spectacle grandiose, à la fois spirituel, sonore, visuel et festif, réunit plusieurs artistes entre musiciens, danseurs et chanteurs qui ont interprété, quasiment à la perfection, une nouvelle lecture des traditions et pratiques rituelles et musicales, inspirées notamment du répertoire tunisien. La bal est ouvert avec le maestro Noomane Chaari .

Le public adhère vite . Imen Chérif  fait montre de maîtrise et met en avant ses capacités vocales, avec « Mahich Tatriza Fi Rouba » en chantant Djerba et en  excellant dans l’interprétation de « Kelia – Yurid ».  « Charaa l Bab » « Ya Salem Jadi ya Hemam » .Elle  plongeait  le public dans un moment de transe. Dotée de savoir-faire et de créativité, elle a donné libre cours à sa musicalité avec la complicité des musiciens  Le public réagit,chante, danse, gesticule, frétille, crie, bref la joie est partout, elle se manifeste sur les visages et les sauts répétés et les cris d’encouragement. Soufis, Stambeli, Hadhra, Nouba, Mezwed, Bangua, urban dance ,Rboukh…des styles musicaux de la chanson populaire tunisienne qui ont séduit l’assistance.La mise en scène et la scénographie  de Lamjed Guiga ont été largement orientée vers la théâtralisation de la notion de la Hadhra en tant que rituel collectif qui trouve ses origines dans le patrimoine soufi.

Cette notion novatrice ne manque pas de plaire à un public nombreux.offrant au grand public cosmopolite un patrimoine réinventé, où l’empreinte du passé se réaffirme avec la fougue du présent.Là où les percussions traditionnelles comme le “tbal” et le “bendir” battaient comme un chœur ancestral,  la guitare, la batterie et l’orgue venaient tisser une trame nouvelle, dans une parfaite alchimie musicale. Pendant près de deux heures, chants, musiques et tableaux chorégraphiques se sont enchaînés dans une harmonie saisissante, transportant tout le théâtre  dans un vertige d’émotions et de sensations.

Dans l’air flottait l’odeur entêtante de l’encens, mêlée aux cris de joie, aux claquements de mains et aux youyous fusant de partout, transformant le théâtre  en un sanctuaire où le sacré et l’art se confondaient en parfaite harmonie. Au cœur de cette fresque musicale,  Imen  changeait souvent de répertoire, se jouait des rythmes, refusait la monotonie. Elle  s’amuse sur scène en chantant de nouvelles œuvres  de son répertoire, complétant ainsi une succession de tableaux musicaux, tous plus riches les uns que les autres. Dans un mélange de styles, l’arrangement musical de Noomane Chaari   a bien servi l’authenticité des rythmes et les mélodies aux modes du terroir dont « Ya Harab » « Ya Sidi Achour » « Baba Echérif » « Chlounga » « El Borni », une nouvelle vision à la fois artistique et culturelle.Ses  paroles , puisent dans un ancien vocabulaire utilisé par les générations précédentes. Imen affirme avoir voulu « ressusciter des mots oubliés et sortir de la mémoire populaire des expressions d’une autre époque .Le spectacle ne repose pas uniquement sur le personnage de « El Borni », mais intègre également celui de « Aïchoucha », deux figures qui reflètent différentes facettes de sa personnalité artistique et humaine.

Par sa musique, sa lumière, le son, la voix,  ce  spectacle « Kharouba »    parvient à conquérir son public passionné. Imen Chérif    et son équipe sont parvenus à relever le défi amplement le temps d’une soirée en couleurs et en musique . Une communion s’est installée entre la scène et les gradins.  La fusion entre instruments orientaux et occidentaux offre des sonorités modernes un peu rock, un peu jazzy et un peu oriental .  La danse est présente avec force.  Stambali,  schlounga, banga et Bousaadia ont également habité cette performance musicale sans oublier l’urban dance avec ces jeunes qui ont fait bouger la scène du théâtre de Nabeul..Des chorégraphies inspirées des transes, des danses procurent des tonalités nouvelles et agréables.  Et quand on a un bel espace en plein air comme le théâtre de Nabeul  et qu’on y rajoute   un public impliqué corps et âme dans l’acte artistique, on obtient une soirée magique avec Imen Chérif.

                               Kamel Bouaouina

Photos Berrzagua

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La voix mélodieuse de Yara au Théâtre d’Hammamet

Accueillie par un tonnerre d’applaudissements sur la scène du prestigieux théâtre d’Hammamet, la chanteuse libanaise  a enchanté les mélomanes par sa prestance et son talent d’interprète, capable de maîtriser différentes gammes et styles musicaux.    L’artiste dont la variété du répertoire a suscité l’admiration du public, a créé un univers romantique avec une note mélancolique, douce et jazzy où les sentiments et les émotions s’expriment par la puissance des paroles et des notes. Elle a conquis le public en interprétant les meilleurs tubes de ses chansons romantiques.L’assistance a apprécié à sa juste valeur les tubes de la jeune star libanaise  en reprenant ses refrains et en dansant sur ses mélodieux airs orientaux.Ovationnée dès son apparition sur scène, Yara a, pendant deux heures, gratifié les spectateurs de ses chansons à succès en dialectes libanais et khalidji à l’instar de “Sodfa”, “Itwassi fia”, “Khoni Maâk” et “Jaya oua idi Ala Kheddi’’.

Elle a réussi  à mettre le feu dans le théâtre . Le public, qui l’apprécie beaucoup, a exigé d’elle l’interprétation des nouvelles chansons. Elle a répondu à leur souhait. Cette chanteuse  a une fois de plus prouvé qu’elle avait un talent immense, passant de style en style,  d’une musique à une autre. Un bonheur partagé par le public, très jeune. Téléphones portables et appareils photos étaient braqués sur elle. Tous voulaient garder un souvenir de cette agréable soirée.  La foule s’est fait plaisir, chantant les paroles à sa place. Ce soir-là Yara n’oubliera jamais sa prestation et ce public qu’elle a électrisé avec ses chants et ses rythmes. Elle  a déclaré éprouver une grande joie de participer au festival d’Hammamet et s’est dite “heureuse” du public tunisien émettant le vœu  de se reproduire à nouveau en Tunisie

                                                                               Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua 

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Les coupures de courant se succèdent dans toutes les régions : des sacrifices mesurés pour éviter un éventuel black-out 

En ces temps de canicule, les coupures du courant électrique deviennent très fréquentes et n’épargnent aucune région du pays. La STEG ne s’en cache pas et affirme procéder de la sorte pour éviter un éventuel black-out qui pourrait paralyser tout le pays…

Rien que jeudi dernier, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a annoncé qu’elle allait recourir à des coupures d’électricité dans plusieurs régions du pays, entre 13h00 et 16h00, afin de préserver la stabilité et la continuité du réseau électrique.

La STEG a précisé que ces coupures pourraient concerner les régions suivantes :

Grand Tunis : Hraïria, Le Bardo, La Manouba, Ezzouhour, El Menzah V, El Menzah, L’Ariana, El Manar, Mhamdia, Fouchana, Jedaïda, Sanhaja et Borj Cédria.

Nord : Hemada, Tazarka, El Mida, Zeriba, Mrezga et Somaâ.

Nord-Ouest : Ouechtata, Rouhia, Jedeliane, Oued Meliz, Bou Salem, Bouarada, Amdoun, Touiref et Medjez el-Bab.

Centre : Sahlat Bouhajla, El Khadhra, Jehina, Dar Jamaïa, Sidi Saïidane, El Jem, Sidi Messaoud, Zaâfrana et Ghouiba.

Sfax : Gremda, Menzel Chaker, Agareb, Thyna, Route de Tunis et Route de Mahdia.

Sud : Zerig, Aghir, Mareth, Tataouine, Ouedhref, Chahbania, Ghomrassen et Zarzis.

Sud-Ouest : Regueb, Lajred, Souk Jedid, Chakhar, Nasrallah, Charaïaâ, El Makarem, Hammar et Hichria.

C’est dire que toutes les régions du pays sont concernées et que tous les citoyens vont devoir composer avec ces coupures, rendues nécessaires, voire inévitables pour se prémunir contre toute éventualité de black-out total qui pourrait paralyser tout le pays avec des conséquences très fâcheuses pour tous les secteurs d’activité.

Face à cette situation, les autorités et la STEG expliquent que certaines coupures sont devenues inévitables afin de préserver la stabilité du réseau national et d’éviter un black-out généralisé. C’est ce que rappelle Fayçal Trifa, le PDG de la STEG : «La consommation d’électricité a atteint des niveaux historiques sous l’effet des températures extrêmes et du recours massif aux climatiseurs, notamment entre 13h et 17h, période où le réseau enregistre son pic de charge. À cette pression s’est ajoutée une panne technique sur une installation énergétique située dans l’Est de l’Algérie, réduisant temporairement les capacités d’échange d’électricité entre les deux pays. Or, la Tunisie dispose d’une capacité installée estimée entre 6.000 et 6.300 MW, dont plus de 90% proviennent de centrales thermiques alimentées au gaz naturel. Ainsi, pour préserver l’équilibre entre l’offre et la demande, la STEG recourt à des opérations de délestage, c’est-à-dire des coupures temporaires et ciblées destinées à empêcher un effondrement général du système électrique».

Compréhension et agacement

Ces interruptions, qui touchent différents quartiers selon une rotation, sont présentées par les responsables de la STEG et des autorités compétentes comme un mal nécessaire pour éviter un scénario de black-out similaire à celui qu’avait connu la Tunisie, rappelons-le, en septembre 2023.

Certes, une telle situation n’a rien de satisfaisant ou de rassurant, mais le contexte, avec des chaleurs anormalement élevées et une «obligation» à avoir recours aux climatiseurs, de jour comme de nuit, incitent, tout de même, à la prudence et à une consommation responsable de l’énergie électrique, avec toutes les précautions qui s’imposent. A ce titre, la STEG appelle également les citoyens à prendre les précautions nécessaires afin d’éviter d’éventuelles surtensions lors du rétablissement de l’alimentation électrique pour éviter l’endommagement des appareils et engins électriques.

Du côté du citoyen, les coupures deviennent de plus en plus gênantes, de jour comme de nuit. L’agacement est visible, mais lorsque ces mesures sont prises pour préserver l’intérêt commun du pays et de ces mêmes citoyens, la sagesse incite à se comporter de manière responsable, à condition de voir ces coupures durer le moins de temps possible. De même, on signale des interruptions prolongées de l’approvisionnement en eau potable dans certaines régions. Renseignement pris, il s’avère que les stations de pompage dépendent directement de l’alimentation en électricité et se trouvent, à leur tour, à l’arrêt à chaque fois que l’électricité manque à l’appel.

C’est dire que cette situation exceptionnelle met à nu, encore une fois, les limites d’infrastructures soumises à une demande record, dans un contexte où les épisodes de chaleur extrême deviennent de plus en plus fréquents.

Dans ce même chapitre d’agacement, de nombreux citoyens réclament davantage de transparence sur les horaires des coupures et une meilleure communication de la part des autorités, de manière à prendre plus de précautions et la STEG doit s’y plier pour éviter les mauvaises surprises et les arrêts inattendus.

La consommation a augmenté de 30% 

Jusqu’à quand ces coupures vont-elles demeurer nécessaires et inévitables ? Du côté de la STEG, on appelle les consommateurs à rationaliser leur consommation, particulièrement durant les heures de pointe, afin de réduire la pression sur le réseau électrique national. Les autorités estiment que ces mesures demeurent nécessaires tant que les températures resteront exceptionnellement élevées.

Avec des températures ayant atteint jusqu’à 47°C, et une moyenne de chaleur qui a dépassé, de loin, la normale au mois de juin, les besoins en refroidissement ont fortement augmenté. La multiplication de l’usage des climatiseurs a entraîné une pression supplémentaire sur le réseau électrique, notamment pendant les heures de pointe, entre 13h00 et 17h00, où la consommation a progressé d’environ 30% par rapport aux niveaux habituels.

Kamel ZAIEM

 

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Pourquoi, chaque été, nos champs et forêts sont menacés d’incendie ?

Voilà que depuis toujours, la saison estivale est marquée par ces incendies qui ravagent champs et forêts occasionnant des dégâts importants. Il est vrai que la plupart des incendies sont brusques et imprévus, mais les causes des feux de forêt sont généralement connues et attendues, surtout lorsque la température est très élevée et que la pluie vient à manquer. C’est le moment propice pour que la moindre étincelle enflamme des brindilles, puis des herbes sèches, des buissons, des arbres et enfin, la forêt tout entière. 

Des causes naturelles sont certes à l’origine des feux de forêt, mais aussi les causes humaines sont importantes, comme la malveillance et l’incivisme : un mégot de cigarette mal éteint jeté au sol, un barbecue mal maîtrisé peuvent provoquer un incendie. De plus, il y a une autre cause liée à des actes criminels puisque les feux de forêt sont souvent allumés volontairement par des pyromanes. En effet, la cadence avec laquelle les incendies se déclenchent de façon répétitive et le fait qu’ils se soient tous déclenchés dans des champs de blé, ne poussent-ils pas à croire qu’il y a quelque chose de suspect ?

Le nombre des incendies va crescendo

En 2026, la Tunisie a déjà enregistré au moins 417 incendies depuis le 1er mai, un chiffre qui est supérieur à celui de la même période de l’année dernière. De plus, entre le 1er juin et le 5 juillet 2026, une certaine augmentation du nombre d’incendies a été constatée dans des régions comme les gouvernorats du Kef, de Béja et de Jendouba. Par ailleurs, jusqu’à mi-juillet 2026, on compte déjà plusieurs centaines d’incendies déclenchés dans plusieurs régions du pays. Selon les rapports diffusés par la Direction Générale des Forêts, les données montrent une augmentation progressive du nombre d’incendies en Tunisie au fil des années, soit plus du double par rapport à avant 2010. L’on se demande si à cette époque-là, nos champs et forêts étaient plus protégés qu’aujourd’hui. Y aurait-il d’autres facteurs qui sont à l’origine de ces feux ? Serait-ce un phénomène naturel dû au réchauffement du globe et de la hausse de température en cette saison estivale ? 

Cependant, ces incendies sont souvent déclenchés suite à un comportement humain, irresponsable et irréfléchi provenant d’individus paranoïaques, qu’on appelle des pyromanes, ces personnes qui souffrent d’une impulsion incontrôlable à allumer des incendies de manière délibérée et répétée, trouvant dans cet acte criminel un soulagement et une satisfaction. Et dire que souvent, ces pyromanes perpétuent leurs actes sans être interceptés par les gardes forestiers ou la Direction Générale des Forêts ! Pourtant, les autorités tunisiennes, notamment la Direction Générale des Forêts, ont récemment procédé à des arrestations de pyromanes dans le cadre de la lutte contre les incendies. Ces actions font partie des efforts pour maîtriser les départs de feu volontaires qui contribuent à la recrudescence des incendies en Tunisie. 

Impacts néfastes sur l’agriculture et l’environnement

Il n’y a aucun doute que les incendies ont des impacts significatifs et souvent dévastateurs sur l’agriculture et l’environnement. En agriculture, les incendies détruisent directement les cultures en brûlant les plantes, ce qui entraîne une perte immédiate de la production agricole. Les pertes peuvent affecter les récoltes en cours ainsi que les plantations futures, réduisant la disponibilité alimentaire locale et nationale. Ils peuvent également détruire la matière organique du sol, essentielle à la fertilité. En outre, les incendies touchent souvent le bétail qui peut être blessé ou tué. De même, la destruction des pâturages réduit la disponibilité de nourriture pour les animaux, affectant la production laitière et la reproduction.

Quant aux impacts des incendies sur l’environnement, ils peuvent affecter la biodiversité. En effet, ils détruisent les habitats naturels, mettant en danger la faune et la flore locale. Certaines espèces peuvent être décimées localement, surtout celles qui sont endémiques ou déjà vulnérables. Dans ce cas, la régénération naturelle peut être lente, voire impossible dans certains cas. C’est qu’il faut des années entières pour reboiser une forêt incendiée.

Eviter la propagation des feux

Au cas où les incendies, causés par des facteurs naturels ou humains, seraient évidents, compte tenu des fortes chaleurs de ce mois de juillet, notre devoir serait d’éviter la propagation des feux que ce soit dans les champs ou dans les forêts. Aussi faut-il prendre les mesures préventives nécessaires afin d’éviter de grandes pertes. Nous avons certes une stratégie nationale pour la protection des forêts contre les incendies qui se base principalement sur un programme d’action pour coordonner avec toutes les parties intervenantes, l’ouverture des circuits forestiers et le contrôle des points d’approvisionnement en eau, dont le nombre s’élève à 355. Il s’agit, également, de l’adoption du système des patrouilleurs et la création de 43 centres avancés d’alerte précoce, d’information et d’intervention rapide. Mais il reste beaucoup à faire. Lors d’un incendie, il est important de maîtriser la propagation, en particulier si des habitations, des bâtiments d’élevage ou de stockage de l’engrais ou des engins se trouvent à proximité. Si le début d’incendie ne peut être arrêté par les moyens présents sur place, la Direction Générale des Forêts insiste sur la priorité qui est de prévenir pour faire évacuer tous les bâtiments.

Hechmi KHALLADI

 

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Protection contre le décrochage scolaire et inclusion des élèves en situation de handicap :  entre ambition stratégique et défis de la mise en œuvre

 Par Mondher AFI

La séance d’audition consacrée à la protection des enfants menacés de décrochage scolaire, à l’inclusion des élèves en situation de handicap ainsi qu’aux perspectives de réforme du système éducatif, tenue le 9 juillet 2026 devant la Commission des services et du développement social du Conseil national des régions et des districts, s’inscrit dans le cadre de la vision générale de réforme de l’État portée par le Président de la République, Kaïs Saïed.

Cette orientation stratégique traduit une volonté de repenser l’école non seulement comme une institution de transmission des savoirs, mais également comme un instrument de cohésion sociale, de réduction des inégalités et de consolidation du capital humain.

Cependant, comme dans toute réforme publique d’envergure, la définition d’une vision stratégique ne constitue que la première étape. La véritable mesure de son efficacité réside dans sa traduction opérationnelle. Or, les politiques éducatives révèlent souvent un décalage entre l’ambition des orientations nationales et leur concrétisation sur le terrain. Ce décalage ne remet pas nécessairement en cause la pertinence des objectifs poursuivis, il met plutôt en évidence la complexité des mécanismes institutionnels chargés de leur mise en œuvre. Les contraintes administratives, les limites des ressources humaines et financières, les disparités territoriales et la coordination parfois insuffisante entre les différents intervenants ralentissent le rythme de réalisation des réformes et réduisent leur impact sur les établissements scolaires.

Le décrochage scolaire : une problématique systémique

Les données présentées au cours de la séance témoignent d’une évolution positive grâce au renforcement des réseaux d’accompagnement, aux cellules d’écoute, au suivi psychosocial et aux Écoles de la deuxième chance. Cette approche marque une rupture avec une conception strictement curative du décrochage scolaire en privilégiant désormais l’anticipation, la prévention et l’accompagnement individualisé.

Toutefois, les recherches en sociologie de l’éducation montrent que le décrochage scolaire ne constitue jamais un phénomène exclusivement pédagogique. Il résulte d’une accumulation de facteurs économiques, sociaux, familiaux, territoriaux, psychologiques et institutionnels. Les inégalités sociales, la précarité, l’éloignement géographique, la fragilité des infrastructures, les difficultés d’apprentissage ou encore les transformations du rapport des jeunes à l’école participent simultanément à la production du risque de rupture scolaire.

Dans cette perspective, la lutte contre le décrochage ne peut être limitée au seul espace scolaire. Elle suppose une coordination durable entre les politiques éducatives, sociales, sanitaires et territoriales afin de construire un environnement protecteur autour de l’enfant. L’efficacité de cette stratégie dépendra moins de la multiplication des dispositifs que de leur articulation, de leur continuité et de leur capacité à intervenir précocement avant que les situations d’exclusion ne deviennent irréversibles.

L’intégration de plus de douze mille élèves en situation de handicap dans les établissements scolaires constitue une avancée importante vers la reconnaissance du droit universel à l’éducation. Elle traduit une évolution des politiques publiques vers une approche davantage fondée sur les droits humains et l’égalité des chances.

Néanmoins, les standards internationaux rappellent que l’inclusion ne peut être assimilée à une simple présence physique dans les établissements ordinaires. Une école véritablement inclusive suppose une transformation profonde de l’environnement éducatif : accessibilité des infrastructures, adaptation pédagogique, disponibilité d’accompagnants spécialisés, formation continue des enseignants, équipements adaptés et coopération permanente entre les secteurs de l’éducation, de la santé et des affaires sociales.

Les difficultés relevées dans plusieurs régions illustrent l’écart qui peut subsister entre les principes consacrés par les textes et leur application concrète. Les contraintes budgétaires, les insuffisances organisationnelles, les disparités territoriales et les difficultés de coordination institutionnelle limitent encore l’effectivité de ce droit. Ainsi, la question centrale n’est plus celle de la reconnaissance juridique de l’inclusion, largement acquise, mais celle des capacités administratives, techniques et financières nécessaires pour la rendre pleinement opérationnelle.

 

La gouvernance comme condition de réussite

L’analyse comparée des réformes éducatives met en évidence que leur efficacité ne dépend pas exclusivement de la qualité des orientations stratégiques ou des objectifs affichés, mais repose essentiellement sur les modalités de leur gouvernance, de leur pilotage et de leur mise en œuvre. Les systèmes éducatifs qui enregistrent des progrès durables sont généralement ceux qui disposent d’institutions capables d’assurer la continuité des politiques publiques, de coordonner les différents niveaux décisionnels, de mobiliser les ressources nécessaires et d’adapter les interventions aux réalités territoriales, sociales et démographiques. La gouvernance constitue ainsi un facteur structurant qui conditionne la traduction des choix politiques en résultats observables.

Dans le contexte tunisien, l’examen des politiques éducatives fait apparaître un ensemble de contraintes principalement liées aux mécanismes d’exécution et de régulation. La complexité des procédures administratives, la dispersion des responsabilités entre les différents niveaux de décision, l’hétérogénéité des capacités institutionnelles, l’insuffisance des dispositifs de suivi et d’évaluation, ainsi que les disparités persistantes entre les régions influencent le rythme et l’efficacité de la mise en œuvre des réformes. Ces éléments témoignent moins d’une absence d’orientations stratégiques que des difficultés inhérentes à leur opérationnalisation et à leur inscription dans une logique de gouvernance intégrée.

Dans cette perspective, la consolidation des politiques éducatives suppose le développement de mécanismes institutionnels fondés sur la planification stratégique, la coordination intersectorielle, l’évaluation continue des résultats, la production d’indicateurs fiables et la clarification des responsabilités des différents acteurs. Une telle approche favorise l’ajustement progressif des politiques publiques aux évolutions du système éducatif et contribue à renforcer leur cohérence, leur efficacité et leur capacité d’adaptation aux transformations économiques, sociales et technologiques.

 

Vers une école plus équitable et plus résiliente

La prévention du décrochage scolaire et la pleine inclusion des élèves en situation de handicap constituent désormais des critères fondamentaux d’évaluation de la performance des systèmes éducatifs contemporains. Elles ne relèvent plus uniquement de considérations pédagogiques ou sociales, mais traduisent la capacité d’un État à construire un modèle de développement fondé sur la justice éducative, la cohésion sociale et la valorisation durable du capital humain. À travers ces deux enjeux se mesure la faculté des politiques publiques à garantir un accès équitable aux apprentissages, à prévenir les mécanismes de marginalisation scolaire et à offrir à chaque enfant les conditions nécessaires à la réalisation de son potentiel, indépendamment de son origine sociale, de son territoire de résidence ou de sa situation de handicap.

Au regard de ces éléments, le décrochage scolaire ne saurait être réduit à un simple abandon des études ou à une interruption ponctuelle du parcours éducatif. Il constitue l’aboutissement d’un processus cumulatif d’exclusion progressive, résultant de l’interaction complexe de facteurs individuels, familiaux, institutionnels, économiques, culturels et territoriaux.

Bien avant la rupture définitive avec l’école, apparaissent des signes précurseurs tels que l’absentéisme répété, les difficultés d’apprentissage, la démotivation, la dégradation des performances scolaires, les tensions avec l’institution éducative ou encore le sentiment de ne plus trouver sa place au sein de l’environnement scolaire. Le décrochage représente ainsi la manifestation visible de dysfonctionnements plus profonds qui affectent simultanément les politiques éducatives, les mécanismes de protection sociale et les conditions de développement des territoires.

Ses conséquences dépassent largement le cadre scolaire. Elles affectent durablement les trajectoires individuelles en limitant l’accès à l’emploi qualifié, en renforçant la précarité économique, en accroissant les risques d’exclusion sociale et en réduisant les possibilités de mobilité sociale intergénérationnelle. À l’échelle collective, le décrochage entraîne une perte considérable de ressources humaines, affaiblit la compétitivité économique, accentue les inégalités sociales et territoriales, nourrit les phénomènes de pauvreté structurelle et peut favoriser diverses formes de vulnérabilité sociale, notamment la marginalisation, la délinquance ou l’économie informelle. Il représente ainsi une forme particulièrement coûteuse de gaspillage éducatif et d’inefficience des investissements publics consacrés à l’éducation.

L’inclusion des élèves en situation de handicap s’inscrit dans la même logique de transformation des systèmes éducatifs. Elle ne peut être envisagée comme une simple mesure compensatoire ou comme une politique d’assistance destinée à des catégories spécifiques d’élèves. Elle suppose une redéfinition profonde de l’organisation scolaire afin de garantir l’accessibilité physique, pédagogique, numérique et sociale des établissements, d’adapter les méthodes d’enseignement à la diversité des besoins éducatifs, de renforcer les compétences des personnels éducatifs et de promouvoir une culture institutionnelle fondée sur la reconnaissance de la diversité comme richesse collective plutôt que comme facteur de différenciation. L’inclusion constitue ainsi un principe structurant qui interroge la capacité de l’école à accueillir tous les élèves sans discrimination et à transformer ses propres pratiques plutôt qu’à exiger des apprenants qu’ils s’adaptent à des normes rigides.

Une lecture critique conduit toutefois à dépasser les approches exclusivement centrées sur les comportements individuels des élèves ou sur les difficultés des familles. Une part importante des situations de décrochage trouve également son origine dans les insuffisances structurelles des systèmes éducatifs eux-mêmes : programmes peu adaptés aux réalités sociales, méthodes pédagogiques insuffisamment différenciées, faiblesse des dispositifs d’accompagnement personnalisé, orientation scolaire parfois inéquitable, inégalités territoriales persistantes, déficit de coordination entre les secteurs éducatif, social et sanitaire, ainsi qu’une prise en compte encore insuffisante des besoins spécifiques des élèves vulnérables. Le décrochage apparaît alors moins comme un échec individuel que comme le révélateur des limites d’un système incapable d’assurer durablement la réussite de tous.

Dans cette perspective, la lutte contre le décrochage scolaire et la promotion d’une école pleinement inclusive ne peuvent se limiter à des interventions correctives intervenant après la rupture scolaire. Elles exigent une stratégie globale fondée sur la prévention précoce, le repérage des facteurs de risque, le renforcement du partenariat entre l’école, la famille et les acteurs sociaux, l’amélioration de la qualité des apprentissages, le développement d’environnements scolaires bienveillants et la mise en œuvre de politiques publiques intégrées articulant éducation, protection sociale, santé, développement territorial et insertion professionnelle. Ce n’est qu’à cette condition que l’école pourra pleinement remplir sa mission de réduction des inégalités, de promotion de la citoyenneté et de construction d’un développement humain inclusif et durable.

Les orientations présentées témoignent d’une évolution significative des politiques publiques vers une approche plus inclusive et plus préventive. Toutefois, leur réussite dépendra principalement de la capacité des institutions à assurer une mise en œuvre continue, coordonnée et évaluée, fondée sur des ressources suffisantes et une gouvernance efficace. Le véritable enjeu ne réside donc plus dans la définition des objectifs, largement identifiés, mais dans la capacité à transformer ces orientations en résultats mesurables, durables et équitablement répartis sur l’ensemble du territoire national. C’est à cette condition que la réforme éducative pourra produire une amélioration réelle de la qualité de l’école tunisienne et renforcer son rôle comme levier de développement humain, de cohésion sociale et de réduction des inégalités.

 

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Moins d’accidents, plus de morts : pourquoi nos routes deviennent-elles plus meurtrières ?

Le paradoxe est aussi inquiétant que difficile à ignorer. Depuis le début de l’année, la Tunisie enregistre moins d’accidents de la route, mais davantage de morts. Autrement dit, les collisions sont moins nombreuses qu’au cours de la même période de l’année précédente, mais elles coûtent plus souvent la vie. Une évolution qui montre que le nombre total d’accidents ne suffit plus, à lui seul, à mesurer la gravité de la situation sur les routes tunisiennes. 

Les données de l’Observatoire national de la sécurité routière font apparaître une nette aggravation de la mortalité routière en 2026. Au début du mois de juillet, le nombre de décès était en hausse de près de 10% par rapport à la même période de 2025, alors même que le nombre global d’accidents reculait. L’indice de gravité, qui mesure le nombre de morts par rapport au nombre d’accidents, s’est ainsi détérioré. Chaque collision semble, en moyenne, avoir des conséquences plus lourdes. Ce constat pose une question essentielle : pourquoi les accidents deviennent-ils plus meurtriers alors qu’ils sont moins nombreux ? La réponse ne tient pas à une seule cause. Elle se trouve dans la combinaison de plusieurs facteurs déjà bien identifiés dans les statistiques officielles : vitesse excessive ou inadaptée, inattention, non-respect des priorités, traversée imprudente de la chaussée, comportements dangereux et vulnérabilité particulière des usagers des deux-roues et des piétons.

Tous les accidents n’ont pas les mêmes conséquences. Un accrochage à faible vitesse en ville peut provoquer des dégâts matériels ou des blessures légères. Une collision sur une route rapide, en revanche, laisse beaucoup moins de chances aux occupants des véhicules. C’est précisément cette différence qui permet de comprendre pourquoi une baisse du nombre d’accidents ne signifie pas automatiquement une baisse du nombre de morts. 

La vitesse transforme l’accident en drame

La vitesse joue ici un rôle central. Plus un véhicule roule vite, plus la distance nécessaire pour réagir et s’arrêter augmente. Surtout, la violence du choc devient beaucoup plus importante. Quelques kilomètres à l’heure supplémentaires peuvent suffire à transformer un accident qui aurait pu rester matériel en collision grave, voire mortelle. Les statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière placent régulièrement l’inattention et la vitesse parmi les principales causes des accidents et des décès. Mais ces deux facteurs sont souvent liés. Un conducteur distrait pendant quelques secondes peut parcourir une distance importante sans réellement surveiller la route. Si cette distraction se produit à grande vitesse, le temps disponible pour éviter l’obstacle devient extrêmement réduit. 

Le téléphone au volant, les écrans installés dans les véhicules, la fatigue, les conversations avec les passagers ou le simple relâchement de l’attention constituent autant de situations susceptibles de retarder la réaction du conducteur. Sur une route rapide, ce retard peut avoir des conséquences dramatiques. La période estivale accentue encore certains risques. Les déplacements sont plus nombreux, les trajets plus longs et les routes accueillent des conducteurs qui ne les empruntent pas habituellement. Les départs vers les plages, les retours tardifs, les voyages entre les régions et la circulation nocturne modifient les conditions de conduite. À cela s’ajoutent la fatigue liée à la chaleur et la tentation, sur les axes moins encombrés, d’augmenter la vitesse. La baisse du nombre d’accidents pourrait donc masquer une autre réalité : les collisions qui se produisent sont parfois plus violentes, notamment lorsqu’elles surviennent sur des axes où les vitesses pratiquées sont élevées. Le véritable enjeu n’est alors plus seulement d’empêcher les accidents, mais d’empêcher qu’ils ne deviennent mortels.

Deux-roues et piétons, les plus exposés

La gravité de la mortalité routière en Tunisie s’explique également par la forte vulnérabilité de certains usagers. Un automobiliste bénéficie d’une carrosserie, d’une ceinture de sécurité et de différents équipements de protection. Le conducteur d’une moto, d’un cyclomoteur ou un piéton ne dispose pas de cette protection. Lorsqu’un accident implique un deux-roues ou une personne à pied, les conséquences peuvent donc être beaucoup plus graves. La vitesse du véhicule impliqué, l’absence ou le mauvais usage des équipements de protection et les conditions de la route deviennent alors déterminants. La place croissante des deux-roues dans les déplacements quotidiens constitue un enjeu majeur de sécurité routière. Plus accessibles et pratiques dans les zones urbaines encombrées, motos et cyclomoteurs sont utilisés par une population de plus en plus large. Mais cette progression s’accompagne de comportements à risque : dépassements dangereux, circulation entre les files, non-respect des priorités ou encore port insuffisant d’équipements de protection. Les piétons restent eux aussi particulièrement exposés. Traverser en dehors des passages prévus, marcher sur une chaussée dépourvue de trottoir ou circuler la nuit dans une zone mal éclairée peut rapidement devenir dangereux. Mais la responsabilité ne peut pas être renvoyée uniquement aux usagers vulnérables. La conception des routes, l’éclairage, la signalisation, l’existence de passages protégés et la vitesse pratiquée par les véhicules jouent également un rôle essentiel. La gravité des accidents est ainsi étroitement liée à l’environnement dans lequel ils se produisent. Une même erreur n’a pas les mêmes conséquences sur une rue où la circulation est lente et sur un axe où les véhicules roulent à grande vitesse.

Compter les accidents ne suffit plus

Pendant longtemps, l’évolution de la sécurité routière a surtout été observée à travers le nombre total d’accidents. Une baisse était considérée comme un signe encourageant, une hausse comme une dégradation. Les chiffres de 2026 montrent les limites de cette lecture. Si les accidents sont moins nombreux mais tuent davantage, le principal indicateur à surveiller devient leur gravité. Il faut alors s’interroger sur les circonstances précises des collisions mortelles, les routes sur lesquelles elles surviennent, les catégories d’usagers concernées et les comportements qui transforment le plus souvent une erreur en drame. La prévention doit donc évoluer. Les campagnes générales appelant à la prudence restent nécessaires, mais elles ne peuvent suffire. La réduction de la mortalité passe aussi par un contrôle plus ciblé des comportements les plus dangereux, une présence renforcée sur les axes à risque et une meilleure protection des usagers vulnérables. Le port de la ceinture de sécurité reste, lui aussi, un élément essentiel. Un accident n’est pas toujours évitable, mais ses conséquences peuvent être limitées par les dispositifs de protection. La même logique vaut pour les équipements adaptés aux deux-roues. La sécurité routière ne consiste pas seulement à empêcher la collision, elle consiste aussi à réduire la probabilité qu’elle tue. Les infrastructures ont également leur part dans l’équation. L’état de la chaussée, la visibilité, l’éclairage, la signalisation et l’aménagement des intersections peuvent aggraver ou réduire le risque. Identifier les zones où se concentrent les accidents graves permettrait d’agir plus précisément, plutôt que de considérer l’ensemble du réseau routier de la même manière. 

La situation observée depuis le début de l’année 2026 envoie finalement un avertissement clair. Moins d’accidents ne signifie pas nécessairement des routes plus sûres. Tant que le nombre de morts continue d’augmenter, la baisse des collisions ne peut être considérée comme une victoire. Derrière chaque accident mortel se trouve souvent une succession de facteurs : quelques secondes d’inattention, une vitesse trop élevée, une protection insuffisante ou une route qui pardonne mal l’erreur. C’est cette chaîne qu’il faut désormais chercher à briser. Car le véritable objectif de la sécurité routière ne devrait pas être uniquement de réduire le nombre d’accidents, mais d’empêcher qu’une erreur sur la route ne se transforme, trop souvent encore, en tragédie.

Leila SELMI

 

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Sfax Green Shift 2026 : la transition vers une mobilité plus durable

Dans un contexte marqué par l’urgence climatique et le renforcement des mesures réglementaires et contraintes fiscales, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est devenue une priorité essentielle pour l’économie. Ainsi sous le thème «Mobilité Durable, Décarbonation et Innovation», Sfax Green Shift 2026 réunira les acteurs de la mobilité, de l’industrie, de l’innovation et du développement durable le mercredi 15 juillet 2026 au Technopole de Sfax.

Les technologies sont là (véhicules électriques, flottes connectées, intelligence embarquée), mais notre écosystème d’exploitation, d’assurance et de financement est resté cloisonné. La solution ? L’Alliance. C’est tout l’enjeu du Sfax Green Shift. Ce n’est pas un énième salon, c’est le 1er Laboratoire National de la Mobilité Intelligente. Un «Think Tank» décisif qui revient pour sa 4e édition. Ce Green Shift Festival se réinvente : nouvelles dates, nouveau lieu et une ambition intacte, celle de nourrir nos imaginaires pour nous accompagner vers un monde plus durable. Mêlant performances, discussions, projections, animations et abordant des sujets variés, la programmation du Green Shift Festival met en lumière des formes d’engagement écologique. Mohamed Nidhal Battini, organisateur de l’événement, revient sur les objectifs de cette édition, les temps forts du programme et les enjeux de la transition écologique en Tunisie. «Cette manifestation ‘’Sfax Green Shift 2026’’ vise à soutenir la transition vers une mobilité plus durable et repose sur trois piliers principaux : la mobilité durable, la décarbonation et l’innovation, avec la participation de nombreux acteurs des secteurs des transports, de l’industrie, des technologies, de la recherche scientifique et de l’investissement, ainsi que d’organisations œuvrant pour le développement durable. Le choix de Sfax repose sur une approche scientifique, la région est confrontée à des défis majeurs en matière de mobilité urbaine et rurale. La problématique ne se limite pas aux tarifs des transports, mais englobe également les aspects administratifs et réglementaires, d’où la nécessité d’améliorer les conditions de mobilité et d’accessibilité dans ce grand pôle économique».

Comment décarboner la mobilité ?
Ce forum vise à explorer des pistes pour développer des solutions de mobilité respectueuses de l’environnement, réduire les émissions de carbone et soutenir l’innovation dans le secteur, tout en renforçant le lien entre la recherche scientifique et l’industrie et en s’adaptant aux transformations mondiales dans les domaines des véhicules électriques, de la numérisation et de l’efficacité énergétique. La transition vers une mobilité durable exige une décarbonation profonde des transports, nécessitant l’adoption de technologies innovantes. Ce triptyque repose sur le report modal (transports en commun, vélo), l’électrification des flottes et le développement de services connectés intelligents. La mobilité décarbonée désigne l’ensemble des modes de transports et des solutions permettant de se déplacer en produisant peu d’émissions de gaz à effet de serre (GES). L’absence totale d’émissions semble utopique, puisque l’ensemble des véhicules entraînent des rejets à au moins une étape de leur cycle de vie, que ce soit lors de leur production, leur acheminement ou leur utilisation par exemple. De manière générale, la notion de décarbonation de la mobilité fait référence à la réduction de la consommation de carburants d’origine fossile (essence, diesel…) qui sont fortement émetteurs de dioxyde de carbone (l’un des principaux gaz à effet de serre) et l’usage d’alternatives aux véhicules thermiques (mobilités douces, transports en commun, autopartage…).
Ces transports durables sont des systèmes de mobilité visant à minimiser les émissions de gaz à effet de serre et les impacts environnementaux, tout en garantissant la sûreté et l’accessibilité financière, en améliorant l’efficacité énergétique et l’utilisation des ressources, ainsi qu’en assurant un accès équitable à la mobilité pour tous. Ils englobent une large gamme de solutions, allant des réseaux piétonniers et cyclables aux transports routiers électriques alimentés par les énergies renouvelables, en passant par la promotion des transports publics et l’adoption de carburants propres pour la navigation maritime et l’aviation. Il est également essentiel d’améliorer l’efficacité des systèmes, l’aménagement du territoire et la conception des infrastructures pour rendre les transports plus durables. Il convient de souligner que ce transport durable n’est pas une solution unique, mais repose sur une approche systématique qui intègre les technologies, les infrastructures, la planification, les politiques publiques et le changement de comportement, afin de réduire les émissions tout en renforçant la connectivité. Lorsqu’ils sont bien conçus, les systèmes de transport durables favorisent à la fois la santé, les perspectives économiques et la protection de l’environnement. Cette vision holistique s’applique à l’ensemble des modes de transport et à toutes les régions, faisant du transport un puissant catalyseur de l’action pour le climat et le développement durable. Passer de l’utilisation des véhicules privés à celle des transports publics à faibles émissions, tels que les bus électriques et les systèmes ferroviaires alimentés par l’électricité renouvelable, ou faciliter les déplacements à pied et à vélo grâce à des infrastructures sûres et inclusives, relève du transport terrestre durable. Ce type de mobilité est encouragé par un aménagement urbain adapté, un système de billetterie intégré valable pour plusieurs modes de transport, ainsi que des outils numériques de gestion de mobilité, qui contribuent à améliorer la qualité du service et réduire la congestion routière.
Ces transports durables renforcent également la résilience économique des pays. Dans un monde subissant de plus en plus la volatilité des prix de l’énergie et les pressions inflationnistes, les systèmes de transport propres offrent une stabilité à long terme. Les transports publics électrifiés, les services de mobilité partagée et la logistique efficace -terrestre, maritime, aérienne- deviennent de plus en plus rentables, d’autant plus que leurs coûts continuent de baisser à mesure que les technologies progressent et que les marchés arrivent à maturité.

Kamel BOUAOUINA

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Ouvrières agricoles : rendre visible les invisibles

Dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales, une note a été publiée. Intitulée «Ouvrières agricoles : repenser le travail agricole féminin pour un développement rural durable et inclusif», cette note se veut examiner la situation des ouvrières agricoles dans notre pays, tout en proposant des recommandations concrètes, visant à améliorer les conditions de travail de ces ouvrières et à mieux valoriser leur contribution au secteur agricole.

«Ouvrières agricoles : repenser le travail agricole féminin pour un développement rural durable et inclusif», tel est l’intitulé d’une note de réflexion pour de nouvelles pistes d’action.

Cette note de réflexion a été rédigée dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales (2025-2026), mis en œuvre suite à une collaboration entre l’Association pour la Protection de l’Environnement et du Développement Durable de Bizerte (APEDDUB), INRAT, INAT et Cirad.

Ce projet est soutenu par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) dans notre pays.

L’amélioration des conditions de travail, une priorité

Il est expliqué que cette note examine la situation des ouvrières agricoles, qui représentaient 58% de la main-d’œuvre rurale en 2017, mais exercent majoritairement sans contrat ni protection sociale. Pour leur note, les auteurs ont choisi de croiser une recherche, menée sur trois gouvernorats, en 2024, dans laquelle il est indiqué qu’environ 75% des ouvrières agricoles exercent sans contrat de travail et 92% ne bénéficient pas d’une affiliation à un régime de sécurité sociale, et un atelier participatif tenu à Béja en février de cette année, pour formuler des recommandations autour de cinq axes : définir un statut officiel, rendre effective la protection sociale, améliorer rémunération et conditions de travail, sécuriser le transport et soutenir l’organisation collective des travailleuses.

Le document insiste sur le fait que le travail des ouvrières agricoles reste largement invisibilisé, sous-estimé et peu réglementé, exerçant dans un cadre informel et dans des conditions précaires.

Elles évoluent en marge des dispositifs d’action publics et leurs droits fondamentaux sont souvent négligés au profit de la rentabilité des exploitations agricoles, étant restées pendant longtemps invisibles des politiques de développement.

D’autre part, les jeunes générations se détournent du travail agricole, préférant travailler dans des usines ou en ville, ce qui pourrait menacer à terme le fonctionnement du secteur agricole dans son ensemble.

L’on peut lire dans la note que l’amélioration des conditions de travail des ouvrières agricoles est une priorité pour faire progresser le bien-être de nombreuses femmes rurales chez nous et permettre, aussi, de redonner le goût de la terre aux jeunes.

Le document rappelle que les ouvrières agricoles accèdent au travail souvent à travers des intermédiaires, assurant la mise en relation entre l’offre de travail des agriculteurs et les disponibilités de travail des ouvrières. Les ouvrières changent souvent, au cours d’une même saison agricole, de lieu de travail, en fonction des tâches à effectuer. Ce qui a pour conséquence qu’elles disposent d’un faible pouvoir de négociation, se traduisant par des rémunérations souvent très insuffisantes. Il est donné comme exemple le gouvernorat de Béja dans lequel, en 2025, certains salaires étaient compris entre 10 et 20 dinars par jour.

Pallier les transports dangereux

Outre les salaires, un autre problème se pose : les transports. Comme mentionné dans la note, les conditions de transport des ouvrières agricoles demeurent particulièrement préoccupantes : souvent transportées à l’arrière de camionnettes et de pickups dans des conditions ne respectant pas les normes minimales de sécurité. Certains intermédiaires assurent fréquemment la fonction de transporteur en dehors d’un cadre réglementaire effectif.

Pourtant, la loi n° 2019-51 du 11 juin 2019 a instauré une catégorie spécifique de «transport de travailleurs agricoles» et l’article 2 du décret-loi n° 2024-4 du 22 octobre 2024 prévoit la mise en place d’un service de transport public routier non régulier dédié aux travailleuses agricoles, qu’elles soient salariées ou non salariées. La note rappelle que ces dispositions précisent que ce service sera assuré par des personnes physiques ou morales titulaires d’une autorisation et opérant à l’échelle d’un ou de plusieurs gouvernorats.

Cependant, nombre de transporteurs n’obéit pas au mécanisme prévu par ces deux textes. Le document insiste sur le fait que les difficultés persistent, particulièrement, en raison d’insuffisance des incitations, de la régulation et de la prise en compte incomplète des réalités du terrain, comme l’état des pistes agricoles rendant souvent difficile, voire inadapté, le recours à des bus.

Afin d’améliorer les conditions des ouvrières agricoles, les auteurs de la note préconisent, entre autres, de définir un statut de l’ouvrière agricole en leur donnant un statut officiel et spécifique et en renforçant l’inspection du travail, de rendre effective la protection sociale, en accompagnant l’inscription des ouvrières à la protection sociale et en instaurant une taxe permettant un financement spécifique de la cotisation des agriculteurs employeurs.

Les auteurs préconisent, également, d’améliorer la rémunération et les conditions de travail, en créant des organisations locales d’ouvrières, qui offriront collectivement une force de travail et un pouvoir de négociation, et en mettant en place des protocoles de sécurité du travail et à disposition des équipements de protection dans les exploitations.

D’autre part, afin d’améliorer les conditions de transport des ouvrières agricoles, des incitations et des sanctions pour la mise en œuvre de la réglementation du transport agricole et l’amélioration des pistes rurales seraient de bon ton.

Enfin, pour soutenir la structuration collective des ouvrières agricoles, il faudrait la création de syndicats au niveau national.

Zouhour HARBAOUI

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Femmes tunisiennes et marché du travail : comment améliorer l’employabilité des femmes diplômées ?

En Tunisie, le nombre de femmes actives continue de progresser. Cette évolution de l’occupation féminine est sensiblement liée aux changements démographiques et socioculturels constatés depuis les années 1990 ainsi qu’à l’élévation de leur niveau d’instruction. Cependant, les statistiques font apparaître de fortes disparités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail avec des écarts qui figurent parmi les plus importants au monde. La Tunisie est une pépinière de talents féminins dont l’économie se prive. Le diagnostic révèle un fossé structurel majeur.

Si les femmes affichent des taux d’achèvement scolaire bien supérieurs à ceux des hommes (83,8% au collège contre 46,8% au secondaire), le mécanisme s’enraie dès l’accès à l’emploi. Seules 26,7% des femmes intègrent le marché du travail, contre 64,9% des hommes. Pour le secteur privé, ce différentiel représente une perte sèche de compétitivité et d’innovation. L’accès aux postes de responsabilité reste également verrouillé : les femmes ne représentent que 9% des top managers et 18,6% des propriétaires d’entreprises. Les jeunes femmes ont ainsi du mal à trouver un emploi en Tunisie, même avec des diplômes universitaires. . L’amélioration du niveau d’instruction n’a pas entraîné de meilleurs résultats sur le marché du travail ni des revenus plus élevés, les Tunisiennes gagnant 34% de moins que les hommes (Banque mondiale, 2023). En dépit de l’évolution des comportements d’activités des femmes et de l’élévation de leur niveau d’instruction, elles demeurent minoritaires sur le marché du travail.

Plus éduquées, mieux formées, mais grandes perdantes sur le marché du travail 

Il est difficile de dresser un tableau exhaustif des causes d’une telle disparité et d’expliquer avec précision pourquoi les femmes sont majoritaires sur les bancs des universités et en bout de file dans la course à l’emploi tant les études sur le sujet sont peu nombreuses et les statistiques quasi absentes ou alors trop superficielles. Cependant, certains obstacles structurels et culturels peuvent partiellement expliquer ce déséquilibre : le poids des traditions et les contraintes familiales qui participent à limiter les possibilités des femmes en matière de choix du poste d’emploi et de mobilité, les conceptions archaïques et passéistes promues par certains segments de la classe politique et la sphère culturelle, les préjugés et stéréotypes de genre. Une perte considérable pour le capital «compétences» du pays mais également pour la situation matérielle des femmes, leur qualité de vie et leur statut social. La question de l’emploi est un défi majeur pour tous les pays, cependant avec des degrés variables. Si les disparités dans les acquis en matière d’égalité hommes-femmes creusent un écart important entre les pays du «Nord» et les pays du «Sud», il est assez facile d’imaginer les contrastes disproportionnés qui existent entre les grandes villes et les zones rurales. Les femmes restent souvent orientées vers des emplois précaires et faiblement rémunérés, notamment dans l’agriculture et le secteur informel. Les femmes qualifiées rencontrent, pour leur part, des difficultés à accéder aux postes de responsabilité. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’initiative «WySE»qui vise à améliorer les perspectives d’emploi des femmes diplômées de l’enseignement supérieur dans les domaines scientifiques, en partenariat avec ONU Femmes et avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas en Tunisie. Ce Fonds pour l’emploi des jeunes, une initiative financée par les Pays-Bas, a débuté ses activités en Tunisie en 2019 et a achevé ses programmes en 2026. Durant cette période, il a contribué à la création et à l’amélioration des opportunités d’emploi pour un grand nombre de jeunes, les femmes représentant environ 50% des bénéficiaires dans divers secteurs économiques.

L’initiative «WySE», lancée l’année dernière, répond aux difficultés rencontrées par les femmes diplômées dans des domaines scientifiques tels que l’ingénierie, les mathématiques et la biologie, alors même que la Tunisie figure parmi les pays affichant un pourcentage élevé de femmes diplômées dans ces domaines. Elle repose sur une collaboration avec le secteur privé afin de faciliter la transition des études à la vie professionnelle. Parmi ses principales activités figure l’organisation de forums de l’emploi mettant en relation les demandeurs d’emploi et les institutions proposant des offres de recrutement dans les domaines scientifiques et techniques. En juillet 2025, «WYSE» a réuni 104 femmes diplômées et 29 entreprises à la Cité des Sciences de Tunis. Depuis, la dynamique enclenchée s’est traduite par des avancées concrètes : 41,3% des participantes ont accédé à un emploi, soit 43 jeunes femmes aujourd’hui actives dans les secteurs STEM. Cette première édition du salon avait obtenu des résultats positifs, avec un taux de placement d’environ 40% des participantes. Il a exprimé l’espoir que ce taux atteindra au moins 50% dans les trois à six mois suivant le salon. S’appuyant sur les enseignements de l’édition 2025, «WYSE 2.0» va encore plus loin pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes femmes dans les domaines des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques (STIM). Cette nouvelle édition renforcera les passerelles entre les jeunes diplômées, les entreprises et les acteurs de l’écosystème, tout en accordant une attention particulière aux secteurs des Technologies de l’Information et des Sciences biologiques, où les opportunités d’innovation et d’emploi sont en pleine croissance. Former, connecter, accompagner et créer davantage d’opportunités, tels sont les objectifs qui guideront «WYSE 2.0».

Kamel BOUAOUINA

 

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Vague de chaleur : un quotidien à l’épreuve des fortes températures

La hausse des températures annoncée à partir de cette semaine marque le début d’un nouvel épisode de forte chaleur qui devrait toucher une grande partie du pays. Comme chaque été, les Tunisiens devront composer avec un mercure en nette hausse, parfois accompagné de vents de sirocco qui accentuent la sensation de chaleur et rendent l’air plus difficile à supporter. Si ces épisodes sont désormais récurrents, leurs conséquences dépassent largement le simple inconfort.

Ils modifient progressivement les habitudes de vie, influencent les comportements, pèsent sur le budget des ménages et mettent sous pression plusieurs services essentiels. Au fil des années, la canicule est devenue bien plus qu’un phénomène météorologique, elle façonne désormais notre quotidien.

Des habitudes de vie qui changent au rythme du thermomètre
Lorsque les températures dépassent les normales saisonnières, les journées ne s’organisent plus de la même manière. Les rues se vident progressivement à l’approche de midi, les déplacements sont reportés en fin d’après-midi ou en soirée et de nombreuses familles choisissent de rester à l’intérieur pendant les heures les plus chaudes. Les cafés climatisés, les centres commerciaux et les plages deviennent des lieux privilégiés pour échapper à la chaleur, tandis que les promenades et les activités de loisirs commencent souvent après le coucher du soleil. L’été impose ainsi un nouveau rythme de vie, où les horaires sont dictés par le soleil plus que par les habitudes.
Cette adaptation concerne également le monde du travail. Les ouvriers du bâtiment, les agriculteurs, les agents municipaux, les livreurs ou encore les forces de l’ordre poursuivent leurs missions malgré des conditions parfois éprouvantes. Travailler plusieurs heures sous une chaleur intense augmente le risque de fatigue, de déshydratation et de malaises. Certaines entreprises réaménagent les horaires lorsque cela est possible afin d’éviter les périodes les plus chaudes, mais de nombreux professionnels n’ont d’autre choix que de poursuivre leurs activités en plein soleil. La canicule devient alors un véritable défi pour la santé et la productivité. Les fortes chaleurs influencent aussi le sommeil. Lorsque les températures restent élevées durant la nuit, beaucoup de personnes peinent à trouver un sommeil réparateur. Les réveils nocturnes sont plus fréquents, les nuits paraissent plus courtes et la fatigue s’accumule au fil des jours. Cette mauvaise qualité de sommeil peut avoir des répercussions sur la concentration, l’humeur et la vigilance, notamment chez les conducteurs ou les personnes exerçant des métiers nécessitant une attention constante.

Une facture plus lourde pour les ménages
L’un des premiers effets de la chaleur se ressent également dans le portefeuille. Pour maintenir une température supportable à l’intérieur des logements, les climatiseurs et les ventilateurs fonctionnent parfois pendant de longues heures. Les réfrigérateurs sont davantage sollicités, tandis que les besoins en eau augmentent avec les douches plus fréquentes, la préparation de boissons fraîches ou l’arrosage des jardins. Résultat : les consommations d’électricité et d’eau progressent sensiblement durant les mois d’été.
Cette hausse des dépenses intervient souvent à une période déjà coûteuse pour les familles. Les vacances scolaires, les déplacements, les loisirs et les dépenses liées à la saison estivale pèsent déjà sur le budget des ménages. L’augmentation des factures vient alors s’ajouter à ces charges, obligeant certains foyers à arbitrer entre confort et économies. Toutes les familles ne disposent d’ailleurs pas d’un climatiseur ou d’un logement suffisamment isolé pour faire face aux fortes chaleurs. Pour elles, supporter les températures élevées devient une contrainte quotidienne.
Les commerces voient eux aussi leurs habitudes évoluer. Les bouteilles d’eau, les boissons fraîches, les glaces, les ventilateurs et les climatiseurs figurent parmi les produits les plus recherchés dès que le mercure grimpe. Les marchés enregistrent également une forte demande pour les fruits riches en eau, comme la pastèque ou le melon, tandis que certains commerçants adaptent leurs horaires afin d’accueillir davantage de clients en soirée. La chaleur modifie ainsi les comportements de consommation et oblige de nombreux professionnels à s’adapter.

Des services publics davantage sollicités
Les épisodes de canicule ne touchent pas uniquement les particuliers. Ils mettent également les services publics sous pression. Les établissements de santé constatent généralement une augmentation des consultations pour déshydratation, épuisement ou malaises liés à la chaleur, notamment chez les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques. Les autorités sanitaires rappellent régulièrement l’importance de boire suffisamment d’eau, d’éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et de limiter l’exposition directe au soleil.
Les fortes températures entraînent également une augmentation de la consommation d’électricité à l’échelle nationale. Lorsque des centaines de milliers de climatiseurs fonctionnent simultanément, la demande en énergie atteint des niveaux particulièrement élevés. Les gestionnaires du réseau doivent alors répondre à ces pics de consommation afin d’assurer la continuité de l’alimentation électrique, un défi qui revient chaque été avec l’installation des vagues de chaleur. La chaleur affecte aussi les déplacements. Conduire sous des températures élevées peut provoquer une fatigue plus rapide, une baisse de la vigilance et un temps de réaction plus long. Les longs trajets deviennent plus éprouvants, surtout lorsque les véhicules ne sont pas équipés d’un système de climatisation performant. Les animaux domestiques souffrent eux aussi des fortes chaleurs, obligeant leurs propriétaires à adapter les promenades et à veiller davantage à leur hydratation.
Les agriculteurs ne sont pas épargnés. Les épisodes de chaleur accélèrent l’évaporation de l’eau et augmentent les besoins d’irrigation des cultures. Le bétail est également plus vulnérable aux températures extrêmes, ce qui impose des mesures supplémentaires pour préserver son bien-être. Ces contraintes viennent s’ajouter aux défis déjà posés par la gestion des ressources en eau durant la saison estivale. Au-delà des conséquences immédiates, la répétition de ces épisodes montre que la canicule s’installe progressivement comme une composante durable des étés tunisiens. Les habitants adaptent leurs horaires, les entreprises réorganisent parfois leur activité, les services publics renforcent leur vigilance et les familles revoient leurs habitudes de consommation. Ce qui était autrefois considéré comme un épisode exceptionnel tend désormais à devenir une réalité récurrente.
Face à cette évolution, l’adaptation apparaît comme une nécessité. Les comportements individuels restent importants, mais ils devront s’accompagner d’une réflexion plus large sur l’aménagement des villes, la performance énergétique des bâtiments, la gestion des ressources en eau et la protection des personnes les plus vulnérables. Car la canicule ne se résume plus à quelques journées particulièrement chaudes. Elle influence désormais l’organisation de la société, l’économie et la qualité de vie de millions de Tunisiens. Chaque nouvel épisode rappelle que la chaleur n’est plus seulement une caractéristique de l’été, mais un défi auquel le pays devra apprendre à faire face de manière durable.

Leila SELMI

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Grève des taxis : réformer le transport non régulier sans sacrifier la justice sociale

La grève générale observée lundi dernier par les professionnels du transport public non régulier a une nouvelle fois mis en lumière les profondes difficultés que traverse ce secteur stratégique. De 5 heures à 21 heures, les taxis individuels, les taxis collectifs, les taxis touristiques, les véhicules de louage ainsi que le transport rural ont été appelés à suspendre leur activité sur l’ensemble du territoire.

Selon la Fédération nationale du transport relevant de l’UTICA, le mouvement a connu un taux de participation élevé, traduisant le malaise grandissant d’une profession confrontée à une dégradation continue de ses conditions d’exercice.

Des revendications de nature réglementaire et législative
Intervenant sur les ondes d’une radio de la place, le vice-président de la Fédération nationale du transport, Moez Sellami, a estimé que la mobilisation s’était déroulée conformément aux prévisions. Il a réaffirmé la volonté des professionnels de parvenir à une solution négociée avec les autorités, tout en soulignant que leurs revendications sont essentiellement de nature législative et réglementaire. Au premier rang de ces revendications figure la révision des tarifs du transport public non régulier. Une augmentation avait été annoncée pour le premier trimestre 2026 avant d’être reportée au mois de juin, sans qu’aucune décision définitive ne soit finalement adoptée. Pour les représentants du secteur, ce nouveau report est devenu difficilement acceptable. Leurs arguments reposent sur une réalité économique incontestable. Depuis plusieurs années, les coûts d’exploitation n’ont cessé de progresser. Le prix des carburants, les dépenses d’entretien, le coût des pneumatiques, des pièces de rechange, des assurances, des réparations mécaniques ainsi que les charges fiscales pèsent lourdement sur la rentabilité de l’activité. Beaucoup de professionnels estiment aujourd’hui que les tarifs en vigueur ne couvrent plus les coûts réels du service rendu.
À cette augmentation des charges s’ajoute une concurrence de plus en plus importante, l’apparition de nouvelles formes de mobilité, ainsi que la diminution du nombre de courses dans certaines régions. Pour nombre de chauffeurs, la rentabilité quotidienne s’est considérablement réduite, mettant parfois en péril leur capacité à rembourser les crédits contractés pour l’acquisition ou le renouvellement de leurs véhicules. Pour la Fédération, il ne s’agit donc pas d’une simple revendication corporatiste mais d’une nécessité économique destinée à assurer la survie même du secteur. Comme l’a rappelé Moez Sellami, «personne ne peut prétendre que ces revendications ne le concernent pas», y compris les organisations professionnelles qui n’ont pas participé au mouvement.

Toute augmentation a un impact sur le budget des citoyens
Cependant, cette lecture du dossier ne saurait être la seule. Car derrière les difficultés des transporteurs se trouvent également celles des citoyens, qui subissent eux aussi une dégradation continue de leur pouvoir d’achat. Depuis plusieurs années, les ménages tunisiens sont confrontés à une hausse sensible du coût de la vie. Les dépenses alimentaires, les frais de logement, les soins de santé, l’éducation, l’énergie et les transports absorbent une part croissante des revenus familiaux, alors même que les salaires évoluent beaucoup plus lentement. Pour de nombreux travailleurs, étudiants, retraités ou demandeurs d’emploi, le taxi constitue parfois le seul moyen de transport disponible lorsque les réseaux publics sont insuffisants. Toute augmentation des tarifs risque donc d’avoir un impact immédiat sur leur budget quotidien. Le problème dépasse ainsi largement la seule question des intérêts des transporteurs. Il renvoie à une problématique plus globale, celle de l’équilibre économique d’un service public indispensable dans un contexte de fortes tensions sociales. Une augmentation uniforme des tarifs pourrait certes soulager momentanément les professionnels, mais elle risquerait également d’aggraver les difficultés financières des usagers et de réduire encore davantage la fréquentation des taxis, créant ainsi un cercle vicieux dont personne ne sortirait véritablement gagnant.

La recherche d’une solution durable suppose une approche plus globale
Une première piste consisterait à procéder à une révision objective de la structure des coûts du secteur afin de déterminer, sur des bases économiques transparentes, le niveau réel des tarifs nécessaires à son équilibre financier. Parallèlement, les pouvoirs publics pourraient examiner des mécanismes d’accompagnement permettant d’alléger certaines charges supportées par les professionnels. Des facilités fiscales ciblées, des crédits préférentiels pour le renouvellement du parc automobile, des mesures d’encouragement à l’acquisition de véhicules moins énergivores ou encore une révision de certaines taxes pourraient contribuer à améliorer la rentabilité sans faire peser exclusivement l’effort sur les usagers. La modernisation du secteur constitue également un enjeu majeur. La généralisation des outils numériques, des applications de réservation, des systèmes de paiement électronique et d’une meilleure organisation des stations permettrait d’améliorer la qualité du service tout en optimisant les recettes. De leur côté, les citoyens attendent également une amélioration des prestations : ponctualité, disponibilité, qualité de l’accueil, sécurité, transparence des tarifs et respect des règles professionnelles. Toute réforme tarifaire gagnerait ainsi en acceptabilité si elle s’accompagnait d’un engagement réciproque en faveur d’une amélioration du service rendu.

Repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité
Plus largement encore, cette crise rappelle l’urgence de repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité. Le transport public collectif demeure insuffisant dans plusieurs régions, ce qui accroît mécaniquement la dépendance des citoyens à l’égard des taxis et du transport non régulier. Le développement des transports collectifs urbains et interurbains, leur modernisation et une meilleure complémentarité entre les différents modes de déplacement constituent des leviers essentiels pour réduire durablement les tensions. Le dialogue demeure, dans ce contexte, la seule voie susceptible de concilier les intérêts parfois divergents des différentes parties. Les revendications des professionnels sont légitimes lorsqu’elles visent à préserver la viabilité économique de leur activité. Les préoccupations des usagers le sont tout autant lorsqu’elles traduisent les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés des millions de citoyens. La véritable réponse ne peut donc résider dans une opposition entre transporteurs et usagers, mais dans une politique publique capable de prendre simultanément en considération les impératifs économiques des professionnels, la protection du pouvoir d’achat des ménages et l’intérêt général.
L’enjeu dépasse finalement la seule question des tarifs. Il concerne la construction d’un modèle de mobilité plus équilibré, plus performant et plus équitable. C’est à cette condition que les réformes pourront répondre aux attentes des transporteurs sans compromettre les droits des citoyens à un service de transport accessible, de qualité et financièrement supportable. Une telle approche s’inscrit dans la recherche d’un équilibre entre justice sociale, efficacité économique et continuité du service public, trois objectifs qui doivent demeurer au cœur des politiques publiques.

Ahmed NEMLAGHI

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