Lese-Ansicht

Santé numérique : la Tunisie mise sur l’intelligence artificielle pour transformer son système de soins

La Tunisie franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son système de santé grâce au déploiement de technologies souveraines fondées sur l’intelligence artificielle et le numérique.

Cette feuille de route ambitieuse vise à réduire les inégalités territoriales d’accès aux soins, à renforcer la médecine de première ligne et à optimiser la prise en charge médicale grâce à la donnée, tout en maintenant la responsabilité humaine au cœur de la décision thérapeutique. Ces orientations et annonces stratégiques ont été présentées par le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, lors de la clôture officielle du forum « Tunisia Global Forum : Bâtir l’avenir à l’ère de l’IA », qui s’est tenu le 21 juillet à Tunis. Réunissant chercheurs, entrepreneurs, professionnels de santé et membres de la diaspora, l’événement a souligné la nécessité de transformer les compétences et les innovations informatiques en projets concrets à fort impact pour le pays.

Dans le cadre de la définition de la stratégie nationale pour l’IA en santé, le ministre a annoncé le lancement du Centre d’excellence en intelligence artificielle pour la santé. Placé sous une gouvernance tripartite réunissant les ministères de la Santé, des Technologies de la communication et de l’Enseignement supérieur, ce centre s’appuiera sur les capacités du supercalculateur national ainsi que sur l’expertise des hôpitaux et des universités. Cette structure, ouverte aux startups, aux entreprises locales et aux compétences de la diaspora, aura pour mission de développer des solutions d’IA éthiques, certifiées et adaptées aux réalités épidémiologiques nationales, avec l’ambition de faire de la Tunisie un modèle africain en la matière.

Sur le terrain clinique, plusieurs réalisations concrètes illustrent déjà cette dynamique. La première repose sur le développement de l’hôpital numérique et de la téléradiologie nationales, un réseau reliant 38 établissements à travers différentes régions du pays, de Bizerte à Tataouine. En moins d’un an, ce dispositif a permis l’interprétation à distance de plus de 86 000 examens (IRM, scanners, mammographies), avec une prise en charge quotidienne dépassant 500 dossiers et une couverture assurée 24 heures sur 24 pour les urgences. Ce système a notamment permis la remise en service d’équipements lourds restés inutilisés pendant plusieurs années, démontrant que la distance ne doit plus conditionner le pronostic des patients.

Parallèlement, la médecine préventive et d’urgence s’enrichit de nouveaux outils d’anticipation. À l’hôpital militaire de Tunis, le développement conjoint avec une entreprise tunisienne d’un dossier médical informatisé et intelligent permet de connecter en temps réel l’ensemble des équipements de monitorage en réanimation. Capable d’analyser les flux de données hémodynamiques et biologiques, cet outil peut alerter les équipes médicales jusqu’à six heures avant l’apparition des signes cliniques d’un choc septique ou d’une infection sévère, avec une sensibilité et une spécificité avoisinant les 90 %. Pensée et conçue en Tunisie par des ingénieurs issus de la diaspora et des cliniciens locaux, cette technologie nationale est désormais commercialisée à l’international.
Pour unifier ces outils et supprimer la fragmentation des informations cliniques, le déploiement de l’Identifiant National de Santé (INS) se poursuit sur l’ensemble du territoire en collaboration avec le Centre National de l’Informatique. La généralisation de cette clé de voûte du système de santé, prévue d’ici la fin de l’année, garantira une identification sécurisée des patients et une continuité du parcours de soins sans rupture.

L’intelligence artificielle s’attaque également au dépistage précoce en médecine de première ligne. Un modèle souverain d’aide à la lecture des radiographies thoraciques a été développé par les équipes des centres hospitalo-universitaires d’Ariana et de Monastir, en partenariat avec des équipes technologiques locales. Entraîné sur des spécificités pathologiques régionales comme la tuberculose, cet outil présente des performances diagnostiques supérieures à 90 %. Il est destiné à être déployé dans plus de 300 centres de soins de santé de base, notamment dans les régions de l’intérieur, pour seconder les médecins dans la détection précoce des anomalies et des tumeurs pulmonaires.

Face à ces avancées, le ministre rappelle une ligne éthique stricte : la technologie doit rester un instrument d’assistance au service du praticien. Si l’intelligence artificielle formule des propositions diagnostiques et accélère le traitement de la donnée, la décision médicale et l’examen clinique relèvent de la responsabilité exclusive du professionnel de santé.

L’article Santé numérique : la Tunisie mise sur l’intelligence artificielle pour transformer son système de soins est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Trump et les gladiateurs du nouveau monde

Les arènes se sont déplacées outre atlantique sans effusion de sang, pour la dernière édition de la Coupe du monde de football. Les joutes se sont passées dans des stades flambants neufs et retransmises en temps réel dans le monde entier. Sauf que le président américain Donald Trump y avait mis son grain de sel, en sifflant la fin de partie, sur un coup de tête, avant même d’y avoir donné le coup d’envoi. (Photo : Trump a dû remettre la coupe du monde de football à l’Espagne qu’il déteste cordialement et qui le lui rend très bien).

Mohsen Redissi *

L’herbe aux Etats-Unis est un gazon maudit, l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, désigné comme meilleur arbitre africain pour 2025, a été mis d’emblée hors-jeu. Trump a poussé le ballon trop loin, en brandissant le carton rouge, lui barrant la route du Mondial. Son sort était scellé avant même d’avoir frôlé le sol américain. Mauvaise pioche, un tirage qui n’était pas en sa faveur. Son origine et sa couleur de peau ont joué contre lui. Il a perdu contre Trump. Une ineptie à ajouter sur le passif du président de la première puissance mondiale.

La deuxième chance est venue du Canada qui a fait un croche-pied à Trump sans être pénalisé. Un bolide tiré de très loin. Touché par un mauvais tirage au sort et pour qu’il ne reste pas sur le banc des remplaçants, le Canada lui a offert la possibilité de porter la tenue qui colle à la couleur de sa peau, d’arbitrer des matchs sur son terrain. Une occasion unique pour lui pour mouiller son maillot ; son sifflet n’est pas resté muet pendant le Mondial. Il en a profité pour prendre quelque sirop d’érable pendant les pauses fraîcheur, nouvellement introduites pour plaire aux publicitaires et renflouer les caisses de la Fifa.

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Benjamin Franklin, 6e président, 1785-1788, avait inventé le paratonnerre, l’harmonica de verre et les lunettes à double foyer. Trump, lui, vient d’inventer l’arbitrage à distance, on lui doit cette nouvelle initiative, peu louable.

Un président récidiviste

Trump a donc récidivé et frappé fort. Il a eu le bras long, intervenant auprès d’amis très hauts placés qui ne lui refusent rien, même la violation de règles sportives qu’ils sont censées préserver jalousement quoi qu’il arrive. L’attaquant américain Folarin Balogun a écopé d’un carton rouge, synonyme d’expulsion pour le match d’après. Quarante-huit heures après les faits, Gianni Infantino, président de la Fifa, en plein mondial, a déclaré nul et non avenu le carton rouge qui lui a été infligé. Une première mondiale qui a mis en doute la crédibilité de l’instance mondiale et sa neutralité : elle s’est rabaissée et a bafoué ses propres règles pour faire honneur au pays hôte. Rien ne sera plus comme avant. La pause fraîcheur d’Infantino a été un peu plus longue que celle des joueurs.

Le comble de l’affaire, une requête identique de la Belgique déposée avant son match contre les Etats-Unis, a été jugée irrecevable par la même Fifa. Décision arbitraire condamnable. Le silence des foules et des autres équipes engagées dans la compétition a été assourdissant. Deux poids deux mesures. Les diables rouges comme l’Iran se sont retrouvés piégés, ils ont affronté seuls deux géants aux pieds d’argile, le président américain et celui de la Fifa. Le trophée est passé avant l’honneur ; les pays restés en course auraient pu faire bloc pour faire plier ceux qui jouaient en eaux troubles.

La Fifa a vite fait de changer de maillot en trouvant la parade. Pour laver l’affront, elle a suspendu le manager de la sélection américaine et le vice-président chargé de la sécurité. Deux boucs émissaires en somme.

Quand Trump abuse du rouge

L’atmosphère électrisée et le caractère belliqueux des rencontres ont déteint sur la qualité du jeu. Les erreurs d’arbitrage en faveur des grandes équipes, notamment l’Argentine, ont transformé les parties de football en combat de coqs.

Trump a laissé une empreinte indélébile sur cette édition. La question que l’on doit se poser est la suivante : le président d’un pays hôte, quel qu’il soit, a-t-il l’autorité d’annuler une décision de l’arbitrage ? Affaire à suivre, wait and see. La prochaine édition nous confirmera ou infirmera cette nouvelle tendance.

En fin de compte, le président américain n’est pas ‘Eliot Ness’, agent fédéral chef des ‘‘Incorruptibles’’. Trump est accusé d’avoir usé et abusé du rouge, du carton s’entend.

* Fonctionnaire à la retraite.

L’article Trump et les gladiateurs du nouveau monde est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

L’exportation du pétrole saoudien via la mer Rouge menacée !

La menace qui pèse sur la principale voie d’exportation de pétrole de l’Arabie saoudite s’accroît avec l’escalade des tensions entre le Royaume et le groupe Ansar Allah (communément appelé les Houthis), soutenu par l’Iran, au Yémen. Les oléoducs acheminant le pétrole de l’est du royaume jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge (photo), sont devenus une artère vitale, permettant à l’Arabie saoudite de maintenir ses exportations de pétrole malgré les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz dues au conflit irano-américain.

Imed Bahri

Depuis Yanbu, les pétroliers saoudiens empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rejoindre les marchés asiatiques, contribuant ainsi à atténuer l’impact de la hausse des prix du pétrole lorsque le trafic maritime dans le golfe Persique est perturbé par les attaques iraniennes, souligne le Wall Street Journal

Jusqu’à présent, le détroit de Bab el-Mandeb est resté ouvert grâce aux accords politiques conclus par Riyad avec les Houthis, même si ce groupe a perturbé à plusieurs reprises le trafic maritime en mer Rouge au cours des trois dernières années.

Cependant, le cessez-le-feu de 2022, sur lequel ces accords reposaient, commence à se déliter. Les Houthis ont lancé des drones et des missiles sur un aéroport civil du sud-ouest de l’Arabie saoudite après avoir accusé le royaume d’avoir bombardé la piste de l’aéroport de Sanaa, qu’ils contrôlent, cette semaine, afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien.

Aéroports contre aéroports, ports contre ports et blocus contre blocus

Jeudi, le chef houthi, Abdel-Malik al-Houthi, a durci le ton lors d’une allocution télévisée, déclarant : «La véritable équation est : aéroport de Sanaa contre aéroport de Riyad. Aéroports contre aéroports, ports contre ports et blocus contre blocus».

Il a également menacé de cibler les installations pétrolières saoudiennes si Riyad reprenait son implication dans la guerre au Yémen, après avoir dirigé une coalition militaire contre les Houthis il y a plus de dix ans, tout en appelant ses partisans à manifester contre les restrictions de voyage qui leur sont imposées depuis des années par l’Arabie saoudite et ses alliés yéménites.

Les Houthis devraient prochainement tester à nouveau la position saoudienne en tentant d’accueillir un autre avion iranien à l’aéroport de Sanaa. Bien qu’Abdul-Malik al-Houthi n’ait pas explicitement annoncé la reprise des attaques contre les navires transitant en mer Rouge, des responsables et des analystes estiment que l’évolution de la situation régionale pourrait inciter le groupe à recommencer de telles attaques.

«La situation en mer Rouge se détériore à nouveau», a déclaré Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne, lors d’une visite à Djibouti vendredi. Elle ajoute : «Les récentes attaques de missiles menées par les Houthis contre l’Arabie saoudite, qui ont mis fin à une trêve de quatre ans, sont un signal d’alarme : l’instabilité terrestre se transforme rapidement en insécurité maritime».

Le dernier blocus de la mer Rouge imposée par les Houthis avait provoqué une intervention militaire américaine en 2025, infligeant des pertes considérables au groupe. Cependant, des attaques sporadiques ont persisté, perturbant le trafic maritime pendant des mois.

Cette fois-ci, toute perturbation du trafic dans le détroit de Bab el-Mandeb surviendrait alors que le trafic dans le détroit d’Ormuz est déjà de plus en plus congestionné en raison des attaques iraniennes.

Capital Economics prévoit qu’une fermeture simultanée des deux détroits, ou des dommages importants aux oléoducs ou aux ports saoudiens, pourraient plonger l’économie mondiale en récession.

La guerre avec l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont déjà privé les marchés mondiaux de plusieurs millions de barils de pétrole par jour. Jusqu’à présent, les consommateurs ont puisé dans les réserves pétrolières pour compenser cette pénurie mais ces réserves s’épuiseront avec le temps.

L’Arabie saoudite utilise l’oléoduc traversant la péninsule arabique pour exporter environ quatre millions de barils par jour via la mer Rouge, ce qui maintient ses exportations totales à environ 4,6 millions de barils par jour.

L’Iran a réussi à mettre les États-Unis dans l’embarras

Bien que ce chiffre soit inférieur au niveau d’avant-guerre (7,3 millions de barils par jour), l’écart aurait été bien plus important sans les exportations de la mer Rouge.

Les analystes estiment que les Houthis se sentent plus confiants sur le plan stratégique car ils pensent que l’Iran est parvenu à mettre les États-Unis dans l’embarras et que le moment est venu de faire pression sur l’Arabie saoudite qui a tout intérêt à maintenir le Yémen hors du conflit régional.

«Les Houthis en sont parfaitement conscients. Ils voient une opportunité d’escalade et ils la saisiront», a déclaré April Longley Alley, ancienne conseillère de l’envoyé spécial de l’Onu pour le Yémen.

Les deux camps semblent plus proches que jamais depuis le cessez-le-feu de 2022 d’une reprise des hostilités transfrontalières, même à faible intensité.

Ce cessez-le-feu visait à assouplir les restrictions saoudiennes sur le carburant entrant dans le port d’Hodeïda et à rétablir les vols commerciaux à destination et en provenance de Sanaa mais les progrès restent limités.

Les États-Unis soutiennent la campagne militaire menée par l’Arabie saoudite contre les Houthis depuis 2015.

Les analystes estiment que Washington continuera de soutenir Riyad, mais que, préoccupé actuellement par le conflit avec l’Iran, le pays cherchera à éviter une nouvelle implication militaire directe au Yémen.

Des responsables américains et saoudiens se sont entretenus cette semaine au sujet du Yémen et le département d’État américain a approuvé un contrat d’armement avec l’Arabie saoudite d’une valeur de près de 2 milliards de dollars, comprenant plus de 20000 kits de munitions de précision.

L’aéroport de Sanaa demeure le point chaud le plus probable d’une nouvelle escalade, compte tenu de sa valeur symbolique pour les deux camps.

L’Arabie saoudite craint que l’assouplissement des restrictions ne permette à l’Iran de fournir des armes et des conseillers militaires aux Houthis.

À l’inverse, les analystes estiment que les Houthis, confrontés à des difficultés économiques internes dues à la hausse des prix et aux pénuries de produits de première nécessité, souhaitent la réouverture de la liaison aérienne afin d’accéder à davantage de ressources.

«Pour eux, il s’agit d’un calcul interne visant à obtenir un accord plus avantageux leur permettant d’accéder à plus de ressources, une plus grande autonomie et une plus grande liberté pour consolider leur contrôle au Yémen et dans la région de la mer Rouge», a déclaré April Longley Alley.

Les Houthis considèrent depuis longtemps comme inacceptables les restrictions saoudiennes imposées aux voyages à destination et en provenance du Yémen.

Les funérailles du défunt Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ce mois-ci, ont offert une nouvelle occasion de tester la volonté de Riyad de s’engager dans une nouvelle confrontation.

Une délégation houthie s’est rendue à Téhéran il y a deux semaines pour assister aux funérailles, provoquant des protestations de la part du gouvernement yéménite internationalement reconnu, basé à Riyad.

À son retour cette semaine, l’avion de la délégation a été contraint d’atterrir dans une autre ville contrôlée par les Houthis après le bombardement de l’aéroport de Sanaa.

L’Arabie saoudite risque de replonger dans la guerre

Les analystes estiment que si un autre avion iranien tente d’atterrir à Sanaa et que l’Arabie saoudite riposte en bombardant à nouveau l’aéroport, les Houthis intensifieront leur riposte, ce qui pourrait inciter Riyad à réagir avec plus de force malgré sa volonté d’éviter d’exposer son territoire à des contre-attaques.

Mohammed al-Basha, fondateur du cabinet d’évaluation des risques Basha Report, a déclaré que les Houthis ont annoncé cette semaine de nouvelles règles d’engagement, confirmant ainsi que l’Arabie saoudite risque de replonger dans la guerre si elle tente d’empêcher de nouveaux vols iraniens. Il a ajouté: «Abdul-Malik al-Houthi intensifie progressivement ses attaques. Il suit une stratégie d’escalade par étapes et n’entre pas directement dans une guerre totale car il ne souhaite pas un conflit à grande échelle»

L’une des principales raisons pour lesquelles l’Arabie saoudite a accepté le cessez-le-feu de 2022 était les attaques de missiles et de drones menées par les Houthis contre des villes saoudiennes, dont Riyad, qui menaçaient les ambitieux projets économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Aujourd’hui, toute nouvelle attaque des Houthis pourrait être encore plus dévastatrice.

Bien que la défense aérienne saoudienne se soit améliorée, les capacités offensives des Houthis se sont également développées, tandis que les projets de développement saoudiens sont confrontés à une pression financière croissante et à des risques politiques supplémentaires en raison de la guerre avec l’Iran.

L’article L’exportation du pétrole saoudien via la mer Rouge menacée ! est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

ZOOM – Revue hebdomadaire 13-17 juillet 2026 : marchés en quête de repères

La semaine du 13 au 17 juillet 2026 a été remarquée : à chaque hausse d’indice et à chaque variation du dollar ou chaque mouvement du pétrole, se cache une interrogation silencieuse. Jusqu’où peut-on encore repousser les incertitudes ?

Les écrans des salles de marché ont continué de clignoter, les analystes ont commenté les statistiques, les banques centrales ont scruté les courbes de l’inflation et des taux d’intérêt. Mais derrière cette mécanique financière se trouve une réalité beaucoup plus humaine : celle d’un monde économique qui cherche simplement à retrouver un peu de stabilité après plusieurs années de crises successives.

Car depuis la pandémie, les guerres, les tensions énergétiques et le retour brutal de l’inflation, une nouvelle psychologie s’est installée dans l’économie mondiale. Les ménages hésitent avant de consommer, les entreprises réfléchissent davantage avant d’investir, les États surveillent leurs déficits, et les investisseurs avancent avec une prudence nouvelle. Les marchés n’ont pas seulement besoin de croissance. Ils ont besoin de confiance.

Wall Street : la grande machine américaine continue de séduire, mais les doutes grandissent

Aux États-Unis, la semaine aura encore été dominée par une fascination presque intacte pour la technologie et l’intelligence artificielle. Dans les tours de verre de la Silicon Valley comme dans les bureaux des grands fonds d’investissement, une conviction demeure : l’intelligence artificielle représente peut-être la prochaine grande révolution économique. Elle promet d’améliorer la productivité, de transformer les entreprises et de créer de nouveaux secteurs d’activité.

Mais derrière cet enthousiasme se glisse une question que les marchés commencent à poser avec davantage d’insistance : combien vaut réellement cette promesse ? La finance connaît bien ces moments d’euphorie collective où une innovation devient un symbole d’avenir. L’histoire économique a connu l’arrivée du chemin de fer, de l’électricité, d’Internet. À chaque époque, une technologie nouvelle a porté un immense espoir, parfois justifié, parfois exagéré.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle nourrit une confiance comparable. Mais les investisseurs savent aussi qu’une grande révolution technologique n’empêche pas les corrections financières. Le véritable sujet n’est donc plus de savoir si l’intelligence artificielle changera le monde. La réponse est probablement oui. La question est plutôt de savoir si les marchés n’ont pas déjà intégré trop rapidement cette réussite future.

Dans le même temps, la politique monétaire américaine continue de peser sur les décisions. Pour autant, les taux d’intérêt élevés rappellent une réalité simple : l’argent a un prix. Après plus d’une décennie où les banques centrales ont rendu le crédit presque abondant et bon marché, les économies doivent désormais apprendre à fonctionner dans un environnement financier plus exigeant.

Le dollar, miroir des inquiétudes du monde

Sur le marché des changes, le dollar continue de jouer son rôle paradoxal. Il est à la fois la monnaie d’une économie américaine puissante et le refuge d’un monde inquiet. Lorsque les tensions augmentent, les investisseurs se tournent naturellement vers le billet vert. Mais lorsque les interrogations portent sur la dette américaine ou la politique future de la Réserve fédérale, cette confiance devient moins automatique. Le dollar raconte ainsi une histoire plus profonde : celle d’un système financier mondial toujours dominé par les États-Unis, mais progressivement confronté à de nouvelles interrogations.

L’euro, de son côté, reste prisonnier d’une équation complexe. L’Europe possède des atouts considérables, une industrie de qualité, un marché intérieur immense et un savoir-faire technologique reconnu. Mais elle souffre d’un problème majeur : elle avance avec une croissance insuffisante. Pour les entreprises européennes, le défi est quotidien. Il ne s’agit plus seulement de conquérir de nouveaux marchés, mais de survivre dans un environnement où l’énergie coûte cher, où la concurrence internationale s’intensifie et où les consommateurs restent prudents.

Le pétrole : cette vieille dépendance qui revient toujours hanter l’économie mondiale

Il suffit parfois d’un événement géopolitique pour rappeler une vérité que l’économie moderne tente souvent d’oublier : le pétrole reste le sang de l’économie mondiale. La semaine écoulée a une nouvelle fois montré combien l’énergie demeure au cœur des équilibres internationaux.

Lorsque le prix du pétrole augmente, ce ne sont pas seulement les grandes compagnies énergétiques qui sont concernées. Ce sont les familles qui voient leurs factures progresser, les transporteurs confrontés à des coûts supplémentaires, les agriculteurs qui subissent la hausse des intrants, et les entreprises qui doivent absorber des charges plus lourdes.

L’inflation énergétique possède une dimension particulière : elle pénètre progressivement tous les secteurs de l’économie. C’est pourquoi les banques centrales observent le pétrole avec autant d’attention. Une inflation provoquée par une demande excessive peut être combattue par les taux d’intérêt. Mais une inflation provoquée par un choc énergétique est beaucoup plus difficile à traiter. Augmenter les taux pour combattre une hausse du pétrole revient parfois à ralentir davantage une économie déjà fragilisée. C’est ce vieux cauchemar économique qui revient : la stagflation.

L’or et la recherche d’une protection dans un monde incertain

Dans ce climat d’incertitude, l’or conserve son pouvoir symbolique. Depuis des siècles, il représente une forme d’assurance collective. Lorsque les sociétés doutent, lorsque les monnaies inquiètent ou lorsque les tensions géopolitiques augmentent, l’or retrouve naturellement sa place. Mais même ce refuge historique n’échappe pas aux nouvelles règles financières. La remontée des taux d’intérêt rend les obligations plus attractives et réduit mécaniquement l’attrait d’un actif qui ne procure pas de rendement.

Cette contradiction résume parfaitement l’époque actuelle : les investisseurs cherchent simultanément la sécurité et la performance, la protection et la rentabilité. Or, ces deux objectifs deviennent de plus en plus difficiles à concilier.

La Tunisie face aux vents contraires de l’économie mondiale

Pour la Tunisie, ces mouvements internationaux ne sont jamais de simples événements observés à distance. Une hausse du pétrole signifie une pression supplémentaire sur les finances publiques et sur la balance commerciale. Un dollar plus fort renchérit les importations. Une remontée des taux internationaux complique l’accès au financement.

Derrière les tableaux statistiques se trouve une réalité quotidienne : celle des entreprises tunisiennes qui cherchent à investir malgré les contraintes, des ménages qui tentent de préserver leur pouvoir d’achat, et des jeunes qui attendent encore des perspectives économiques plus solides. La stabilité monétaire demeure un acquis important. La Banque centrale de Tunisie (BCT) poursuit une politique prudente afin de préserver les équilibres financiers et contenir les tensions inflationnistes.

Mais la stabilité n’est jamais une finalité. Elle doit être le point de départ d’une transformation économique plus profonde. Car une économie ne peut pas vivre éternellement dans la gestion de la rareté. Elle doit retrouver l’ambition de produire davantage, d’innover, d’exporter et de créer des emplois. Le véritable défi tunisien n’est donc pas uniquement financier. Il est économique, social et humain.

Le monde financier attend toujours une réponse à la grande question

Précisément, la semaine du 13 au 17 juillet 2026 aura finalement été une semaine d’attente. Attente des prochaines décisions des banques centrales. Attente de la trajectoire de l’inflation. Attente d’une stabilisation géopolitique. Attente d’un nouveau souffle pour l’économie mondiale. Les marchés financiers ressemblent aujourd’hui à une société entière qui cherche ses repères. Ils reflètent les espoirs mais aussi les inquiétudes des millions d’acteurs économiques qui prennent chaque jour des décisions : acheter ou attendre, investir ou économiser, embaucher ou reporter.

Derrière les milliards échangés chaque jour sur les places financières, il y a toujours une histoire humaine. Celle d’un entrepreneur qui hésite avant d’embaucher : Celle d’un salarié qui regarde ses dépenses augmenter : Celle d’un investisseur qui cherche à protéger son avenir ; Celle d’un État qui tente de préserver ses équilibres… Les marchés ne sont donc pas seulement des machines à calculer. Ils sont le reflet des sociétés qu’ils traversent.

Et cette semaine encore, ils ont raconté l’histoire d’un monde qui avance, mais qui avance avec prudence, comme un marcheur dans le brouillard, conscient que le chemin existe, mais incapable encore d’en distinguer clairement l’horizon.

==================

* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

L’article ZOOM – Revue hebdomadaire 13-17 juillet 2026 : marchés en quête de repères est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Tunisie | Des banquiers développeurs aux courtiers d’argent  

A propos des effets pervers de la restructuration du système bancaire tunisien entre 2000 et 2009, une restructuration conduite sous l’impulsion de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et dans le sillage des diktats du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Comment le dogme de la libéralisation financière a-t-il progressivement sacrifié les banques de développement au profit de banques essentiellement commerciales… et vénales ? (Photo : La Banque centrale de Tunisie laisse faire ces acteurs vautours, et rapaces de la Tunisie de Ben Ali.)

Moktar Lamari *

Pendant près de quatre décennies, et depuis son indépendance, la Tunisie avait fait un choix original. La banque n’était pas seulement un commerçant ou courtier d’argent ; elle constituait un instrument de politique économique.

Le crédit n’était pas une simple marchandise tarifée selon le risque : il servait à transformer une économie agricole en économie industrielle, à financer les hôtels, les usines, les exploitations agricoles, les petites et moyennes entreprises (PME) et le développement régional. Ce fut, l’ère de Bourguiba et sa prodigieuse équipe de technocrates : Ahmed Ben Salah, Hédi Nouira, Mansour Moalla, entre autres. Tous morts et oubliés par ces nouvelles élites qui gouvernent aujourd’hui.

Toute une architecture bancaire au service du développement

Au tournant des années 1990, un autre credo s’imposa : celui de la libéralisation financière, de la concurrence, de la privatisation et de la banque universelle. Trente ans plus tard, une question mérite d’être posée sans complaisance : qu’avons-nous réellement gagné… et surtout, qu’avons-nous perdu ?

Durant les années 1960 à 1990, l’architecture financière tunisienne ressemblait à une véritable boîte à outils. Chaque secteur stratégique disposait de son propre instrument de financement. La Banque de développement économique de Tunisie (BDET), créée en 1963, soutenait l’industrialisation avant d’être absorbée par la Société tunisienne de banque (STB) en 2000.

La Banque nationale de développement touristique (BNDT), fondée en 1973, accompagnait les investissements touristiques jusqu’à sa disparition la même année. La Banque nationale de développement agricole (BNDA) avait, quant à elle, fusionné dès 1989 avec la Banque nationale de Tunisie (BNT) pour donner naissance à l’actuelle Banque nationale agricole (BNA).

Autour de ces établissements gravitaient plusieurs instruments spécialisés : le Fonds de promotion et de décentralisation industrielle (Foprodi), le Fonds spécial de développement agricole (Fosda), le Fonds de dépollution (Fodep), le Fonds national de promotion de l’artisanat et des petits métiers (Fonapra), sans oublier les banques mixtes de développement comme la Banque tuniso-koweïtienne de développement (BTKD) et la Société tuniso-saoudienne d’investissement et de développement (Stusid).

Chaque institution bancaire répondait à une mission clairement définie. Le tout s’arrimait à merveille et se complétait pour financer et refinancer les pôles de développement, les grands projets dans le cadre d’une stratégie visionnaire et articulée. Mais, non sans risque de corruption et de financements risqués, sans garanties.

Cela dit, ces banques de développements et fonds de financement insufflaient ensemble des taux de croissance allant jusqu’à 7% par an.

Retour de manivelle et tournant libéral des années 1990

Ces organismes n’étaient pas exempts de défauts. Bureaucratie, créances douteuses, interférences politiques et gouvernance parfois défaillante nourrissaient des critiques souvent fondées. Mais ils poursuivaient un objectif que les banques commerciales n’assument jamais spontanément : financer ce qui est utile avant de financer ce qui est immédiatement rentable.

Au fil des réformes, le vocabulaire changea de musique : ajustement structurel, gouvernance, concurrence, privatisation, normes prudentielles et ouverture financière remplacèrent progressivement les notions de planification et de développement.

Les institutions financières internationales expliquaient alors que les banques spécialisées appartenaient au passé et que le marché allouerait le capital plus efficacement que l’État. La Tunisie appliqua cette nouvelle doctrine avec une remarquable discipline.

En moins de 5 ans, la BNDA fusionna avec la BNT, la BDET et la BNDT furent absorbées par la STB, l’Union internationale de banques (UIB) fut privatisée en 2002, la Banque du Sud passa sous contrôle d’Attijari Bank en 2005 à l’issue d’une privatisation demeurée controversée (corruption avérée), puis la Banque tuniso-koweïtienne (BTK) fut également privatisée en 2008.

En moins d’une décennie, un écosystème financier construit depuis l’indépendance avait pratiquement disparu. Les défenseurs de ces réformes rappellent, à juste titre, que les banques publiques accumulaient des créances non performantes et souffraient d’interférences politiques. Ces critiques étaient largement justifiées. Mais réformer ne signifie pas nécessairement supprimer.

Restructuration à la tronçonneuse ou la BCT aux ordres du FMI

La Tunisie n’a pas seulement modernisé son système bancaire ; elle a remplacé une philosophie économique par une autre. Les anciennes institutions ont été démantelées avant qu’une véritable banque nationale de développement moderne ne voie le jour. Comme si l’on avait détruit le pont avant de construire celui qui devait le remplacer.

Les principaux artisans de cette transition – gouverneurs de la BCT, hauts responsables du ministère des Finances et économistes influents, parmi lesquels Taoufik Baccar, Mongi Safra ou Mustapha Kamel Nabli – poursuivaient un objectif clair : rapprocher la Tunisie des standards internationaux, améliorer la solidité du système bancaire et renforcer la stabilité financière. Ils prônaient le démantèlement des banques de développement en faveur des banques commerciales.

L’intention était respectable. Mais l’histoire économique juge moins les intentions que les résultats.

Cette évolution ne s’est pas produite dans un vide intellectuel. À partir du Programme d’ajustement structurel de 1986, les recommandations du FMI et de la BN ont profondément influencé les réformes financières tunisiennes.

Le régime Ben Ali croise le fer, et sa famille élargie et son entourage goûtaient à la corruption et aux recettes de la prédation. La BCT, sous la gouverne de Taoufik Baccar (entre 2004 et 2011), ne fait rien pour défendre le système bancaire. Bien au contraire, elle laisse faire ces acteurs vautours, et rapaces de la Tunisie de Ben Ali.

Le FMI fournissait la logistique conceptuelle et quelques prêts avec leurs lots de diktats. Les priorités étaient alors claires : libéraliser les marchés financiers, renforcer la concurrence, réduire les interventions directes de l’État, améliorer les ratios prudentiels, privatiser plusieurs établissements publics, ne rien faire contre la corruption et orienter les banques vers des critères de rentabilité et de gestion du risque conformes aux standards internationaux.

Ces orientations répondaient à une logique macroéconomique de stabilisation et d’efficacité. En revanche, la question du financement de long terme du développement industriel, agricole ou régional est progressivement passée au second plan. Le marché devait, selon cette doctrine, prendre le relais des anciens instruments publics. C’est précisément cette hypothèse que l’expérience tunisienne invite aujourd’hui à réexaminer. Même si c’est trop tard, et le mal est fait, par collusion, par incompétence ou pire par accointance.

Jamais les banques tunisiennes n’ont affiché des ratios prudentiels aussi exigeants, des dispositifs de contrôle aussi sophistiqués et des exigences réglementaires aussi élevées. Pourtant, rarement l’économie productive aura paru aussi orpheline de financement.

Depuis 2011, l’investissement privé productif stagne autour de 12 % du produit intérieur brut, la formation brute de capital fixe demeure inférieure à celle observée durant les décennies précédentes et la croissance économique peine à retrouver un rythme soutenu. Pendant ce temps, les banques ont découvert un client autrement plus confortable : l’État.

Pourquoi financer une PME innovante, risquée et coûteuse à suivre lorsqu’il suffit de souscrire à des titres publics offrant un rendement attractif avec un risque perçu comme plus faible ? Le banquier moderne a trouvé un débouché plus rentable que l’entrepreneur : le Trésor public.

Ce phénomène nourrit un puissant effet d’éviction. En mobilisant une part croissante de l’épargne nationale pour financer ses déficits, l’État réduit mécaniquement les ressources disponibles pour les entreprises productives. Les PME deviennent les variables d’ajustement. Trop petites pour accéder aux marchés financiers, insuffisamment garanties pour satisfaire les banques, mais suffisamment importantes pour créer l’essentiel des emplois, elles se retrouvent dans un véritable désert financier.

Cette évolution éclaire également, sans tout expliquer, l’essor spectaculaire de l’économie informelle. Fiscalité, lourdeurs administratives, corruption et instabilité politique y contribuent également.

Mais lorsque le crédit bancaire devient inaccessible ou prohibitif, les entrepreneurs cherchent d’autres circuits. Une partie de l’épargne quitte progressivement le système bancaire pour alimenter les transactions en espèces, les réseaux familiaux ou les circuits parallèles. L’argent ne disparaît pas ; il change simplement de trottoir.

Les quatre erreurs de la Banque centrale

Avec le recul, quatre erreurs majeures apparaissent. La première fut de supprimer les banques spécialisées dans le développement et promotion stratégique (secteur, région, filière et innovation) sans leur substituer une véritable banque publique d’investissement capable de financer les projets structurants avec des méthodes modernes.

La deuxième fut de croire que les mécanismes du marché remplaceraient spontanément une politique industrielle. Pourtant, les économies qui ont réussi leur transformation – de la Corée du Sud au Maroc, en passant par la Chine ou la Malaisie – n’ont jamais abandonné leurs instruments publics de financement stratégique.

La troisième erreur fut de demander aux banques commerciales de remplir une mission qui n’est pas la leur. Une banque privée maximise naturellement son rendement ajusté au risque ; ce n’est ni une faute ni une anomalie. L’erreur consiste à croire qu’elle assurera, à elle seule, le financement du développement national.

Enfin, la quatrième fut de confondre solidité bancaire et prospérité économique. Des ratios prudentiels irréprochables ne remplacent ni une stratégie industrielle ni une politique d’investissement.

Aujourd’hui, le système bancaire tunisien fonctionne dans un environnement fortement concentré où la logique dominante demeure celle de la rentabilité financière, mesurée notamment par la valeur actualisée nette (VAN) des projets, davantage que par leur contribution au développement économique, régional ou technologique.

Selon les profils d’emprunteurs et les garanties offertes, les taux nominaux appliqués aux entreprises atteignent fréquemment des niveaux très élevés, alors même que la rentabilité moyenne de nombreuses activités productives demeure nettement inférieure.

Dans ces conditions, financer l’investissement relève parfois davantage de l’exploit que de la décision entrepreneuriale.

Alors que de nombreuses économies émergentes redécouvrent le rôle des banques publiques d’investissement et des institutions de financement du long terme, la Tunisie continue de payer le prix d’un démantèlement qu’elle présentait naguère comme le symbole de la modernité. Les bilans bancaires se sont incontestablement renforcés ; les bilans économiques sont beaucoup moins convaincants. La logique de l’argent facile domine le système bancaire, sous la gouverne d’une BCT complice des collusions opaques.

Les banques prêtent davantage à l’État qu’aux entreprises, davantage au court terme qu’à l’avenir. Elles accomplissent correctement leur mission commerciale, mais laissent inachevée une mission plus essentielle : accompagner la transformation économique du pays.

Une banque qui ne finance plus suffisamment le développement cesse d’être un levier de croissance pour devenir un simple intermédiaire financier. Et lorsqu’un pays renonce à financer son avenir, il finit toujours par payer, intérêts compris, le prix de ses propres illusions. C’est peut-être là le véritable retour de flamme de la grande restructuration bancaire tunisienne.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T

L’article Tunisie | Des banquiers développeurs aux courtiers d’argent   est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Coupures d’électricité : Abdellatif Meziou appelle à une meilleure anticipation

Quel est l’impact des coupures d’électricité pour les industriels ? Quelles en sont les conséquences ? Sont-ils affectés ? Pour décortiquer la situation, nous avons contacté Abdellatif Meziou, membre du bureau exécutif de la CONECT, qui livre un témoignage direct sur le secteur du cosmétique.

Une chose est sûre : les coupures d’électricité récurrentes pèsent lourdement sur l’industrie, particulièrement sur les filières à process continu où l’arrêt n’est pas une simple pause mais peut compromettre des lots entiers. Dans le secteur cosmétique, une coupure survenant durant une phase de mélange altère la texture et la viscosité : selon l’avancement du procédé, la production peut parfois être récupérée; mais souvent le seul recours est de jeter le lot.

« Ces interruptions génèrent des coûts directs, une perte de matières premières et de produits finis, des coûts opérationnels, de remise en route, de maintenance, de contrôles qualité et des coûts humains. Avec des heures salariales perdues, des heures supplémentaires imprévues ou des arrêts temporaires du personnel », explique Abdellatif Meziou.

Et de poursuivre : « Elles réduisent aussi la capacité productive. Un objectif de fabrication de 10 000 unités peut se transformer en 6 000 réalisées, avec des effets en chaîne sur l’approvisionnement du marché. La situation est aggravée par l’absence d’informations précises. Telles que des notifications vagues sur des plages horaires (par exemple “de 11h30 à 17h”) sans garantie de durée empêchent toute planification fiable et compliquent la gestion quotidienne des ateliers. »

Il ajoute : « Les groupes électrogènes, présents dans de nombreuses entreprises, protègent les équipements sensibles mais ne suffisent pas à alimenter l’ensemble des lignes de production. La plupart des sites ne sont donc pas en mesure de fonctionner normalement pendant une longue interruption. Si ces coupures persistent jusqu’à la rentrée, le risque de pénuries devient réel : la cosmétique verra sa production affectée. Mais l’agroalimentaire sera encore plus vulnérable en raison des exigences de la chaîne du froid et de la sécurité sanitaire. »

Sur la question du coût, Abdellatif Meziou constate : « Ce sont d’abord les opérateurs économiques qui supportent le fardeau. L’État et les autres acteurs n’ayant pas toujours les marges pour tout compenser. À terme, c’est le consommateur qui risque de payer, via une baisse de qualité, des ruptures de stock et une hausse des prix. »

Si des coupures planifiées ont déjà eu lieu par le passé pour des opérations de maintenance, la fréquence et l’opacité actuelles constituent pour de nombreux industriels une situation inédite. Selon lui, il faut agir sur deux niveaux. D’abord à court terme, en améliorant la communication et en soutenant les secteurs critiques avec des capacités de secours adaptées. Ensuite, à long terme, en accélérant et finançant des projets visant à augmenter la production énergétique (renouvelables, stockage); et ce, afin de réduire la probabilité de récurrence.

« La solution réside dans une meilleure anticipation et des décisions structurelles », conclut Abdellatif Meziou. Cela est indispensables pour préserver la capacité productive du pays et protéger les consommateurs.

L’article Coupures d’électricité : Abdellatif Meziou appelle à une meilleure anticipation est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Mondial Fifa | La portée politique de la victoire de l’Espagne

La victoire de l’Espagne sur l’Argentine, lors de la finale de la Coupe du Monde Fifa, hier soir, dimanche 19 juillet 2026, au MetLife Stadium, officiellement renommé Stade de New York New Jersey par la Fifa pour la durée du tournoi, dépasse le monde du football pour revêtir une dimension politique. C’est la victoire de la justice contre l’arrogance…

Elyes Kasri *

Cette victoire amplement méritée par les Ibériques, qui se sont longtemps battus pour y parvenir lors des prolongations (116e minutes) impose un parallèle inévitable entre tout ce dont le sionisme international s’est avéré capable pour parvenir à ses fins pour se heurter en fin de compte au cran et à la volonté des peuples.

Ceux qui ont suivi le parcours de l’équipe argentine à la Coupe du monde ont été témoins de la mansuétude dont elle a bénéficié de la part des instances de la Fifa et du soutien fervent des dirigeants israéliens face à une équipe espagnole recueillant le soutien non seulement de ses supporters traditionnels à travers le monde mais également cette fois de tous ceux qui apprécient le courage politique du gouvernement et du peuple espagnols dans leur opposition au génocide à Gaza et à l’aventurisme militaire américano-israélien.

Sans exagérer et ôter quoi que ce soit au mérite légitime de l’équipe espagnole, on ne peut s’empêcher géopolitiquement de considérer la finale de la Coupe du monde de football 2026 dans la périphérie de la métropole newyorkaise, fief traditionnel du sionisme international, après l’élection d’un maire musulman propalestinien, Zohran Mamdani comme une nouvelle défaite des forces du mal augurant d’une victoire inéluctable des peuples palestinien, syrien, libanais, iranien et les autres qui ne cessent de subir le joug et les atrocités de la coalition internationale dirigée par Israël t soutenue par les Etats-Unis et quelques autres Etats sous l’influence du lobby sioniste mondial.

* Ancien ambassadeur.  

NB. La défaite de l’Argentine est aussi celle d’Israël que le gouvernement de droite en place à Buenos Aires ou encore sa star de football, Lionel Messi, soutiennent ouvertement, malgré ses crimes contre l’humanité condamnés par la CIJ et la CPI (NDLR).

L’article Mondial Fifa | La portée politique de la victoire de l’Espagne est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

La grande mutation des voies pétrolières face au péril iranien est lancée

Au-delà des tensions récurrentes dans le détroit d’Ormuz, le secteur de la logistique pétrolière s’apprête à vivre des transformations structurelles majeures.

 

Soucieux de sécuriser leurs rentes financières face aux risques géopolitiques, les pays exportateurs cherchent à diversifier leurs voies d’acheminement. C’est précisément dans cette optique que l’Irak et la Syrie ont officialisé un accord visant à réhabiliter un oléoduc stratégique, ouvrant ainsi une nouvelle voie de contournement pour l’or noir.

 

Renaissance de l’axe Bagdad-Damas

Bagdad et Damas ont signé cet accord lors d’un sommet de la Chambre de commerce à Washington portant sur les investissements américains en Irak. Les Américains ont capté une marge réelle pour augmenter la production de pétrole et réduire les dépendances vis-à-vis de voisins hostiles.

L’oléoduc s’étend de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, jusqu’à la côte méditerranéenne de la Syrie, avec une capacité nominale de 700 000 barils par jour. Il est fermé depuis qu’il a été endommagé lors de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.

Lire aussi : L’Irak confie la relance de Kirkouk aux majors américaines

L’Irak, deuxième plus grand producteur de pétrole de l’OPEP, a lourdement souffert des perturbations du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz pendant la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Bagdad dépend de sa ville portuaire méridionale de Bassora, sur le golfe Persique, en raison des options limitées d’oléoducs pour acheminer son pétrole vers les marchés mondiaux. La production de pétrole de l’Irak a chuté de plus de 50 % pour atteindre environ 1,9 million de barils par jour en juin, contre environ 4,2 millions de barils par jour en février.

 

Quid de la menace d’infrastructure globale ?

Plusieurs États du Golfe souhaitent étendre la capacité de leurs oléoducs afin de réduire leur dépendance à l’égard d’Ormuz. Les Émirats arabes unis construisent un deuxième oléoduc vers le port de Fujaïrah, sur le golfe d’Oman, ce qui doublerait leur capacité d’exportation en dehors du détroit. L’Arabie saoudite envisage d’étendre de 2 millions de barils par jour son oléoduc menant à la mer Rouge.

Mais si les oléoducs peuvent servir de couverture contre les risques géopolitiques dans le détroit d’Ormuz, ils ne résolvent pas la menace sous-jacente que fait peser l’Iran sur les infrastructures énergétiques de la région. Le problème n’est pas la voie navigable. Les derniers mois ont montré que l’Iran peut utiliser des armes pour attaquer les installations de chargement, les stations de pompage, les stations d’arrivée, ces terminaux ainsi que les unités de stockage de ces oléoducs.

L’article La grande mutation des voies pétrolières face au péril iranien est lancée est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Etats-Unis – Israël | Vance fustige le gouvernement Netanyahu

Le 18 juin 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire de l’alliance américano-israélienne. Ce jour-là, le vice-président américain J. D. Vance a lancé depuis la Maison-Blanche un avertissement d’une violence inédite aux dirigeants israéliens, les sommant de cesser leurs critiques contre l’accord signé entre Washington et Téhéran. En déclarant que Donald Trump était «le seul chef d’État au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël», Vance a posé un ultimatum clair : le soutien américain n’est plus inconditionnel, et ceux qui s’opposent à la stratégie trumpienne en payeront le prix.

Habib Glenza

Le vice-président américain ne mâche pas ses mots. Il vise directement les membres du gouvernement israélien qui ont osé critiquer l’accord-cadre signé la veille entre les États-Unis et l’Iran. Sa déclaration eut l’effet d’une onde de choc à travers tout le Proche-Orient : «Donald Trump est le seul chef d’État au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël en ce moment précis. Et il se trouve qu’il est le chef d’État de la superpuissance mondiale.»

La phrase est lâchée, nette, sans filet. Vance poursuit, le regard dur : «Si je faisais partie du cabinet du gouvernement israélien, je ne m’attaquerais pas au seul allié puissant qu’il vous reste dans ce monde.»  

Une charge violente et un ton direct inhabituellement dur pour un vice-président américain vis-à-vis d’Israël. En quelques secondes, les dépêches s’envolent. En Israël, les Unes des journaux du lendemain matin sont unanimes : l’Amérique de Trump a changé de logiciel. Le message de Vance a fait la une des journaux hébreux. 

Rappel brutal de la dépendance : les deux tiers de vos armes sont américaines

Vance ne s’arrête pas à une simple mise en garde diplomatique. Il sort l’artillerie lourde, chiffres à l’appui : «Lors des trois derniers mois, les deux tiers des armes défensives ayant protégé votre pays ont été fabriqués par des mains américaines et financés par l’argent des contribuables américains.»

La phrase est un coup de semonce. Elle ne dit pas explicitement que l’aide sera coupée, mais elle en dessine la menace.

Pour les dirigeants israéliens, le message est limpide : sans les États-Unis, la capacité de défense d’Israël s’effondre. Vance rappelle que cette dépendance n’est pas un simple détail technique, mais le principal levier de Washington. En choisissant de parler d’argent et d’armes plutôt que de valeurs partagées, le vice-président ancre le débat dans une logique transactionnelle, celle-là même qui caractérise la doctrine Trump depuis 2017.

L’avertissement de Vance n’est pas un coup de sang isolé. Il s’inscrit dans une continuité. Trump lui-même n’a jamais caché son mépris pour certains dirigeants israéliens. Selon des révélations d’Axios, il avait traité Benjamin Netanyahu de «effing crazy» en privé, avant d’ajouter : «Israël aurait été rayé de la carte depuis longtemps si je ne m’y étais mêlé.» Plus récemment, il a reproché à Israël ses frappes au Liban, estimant qu’elles nuisent à ses efforts de paix. La doctrine est claire : Trump considère qu’il a sauvé Israël, et que ce dernier lui doit obéissance en retour. Vance ne fait que traduire cette vision en langage diplomatique officiel.

Pour comprendre la violence de la sortie de Vance, il faut remonter à la veille. Le 17 juin, les États-Unis et l’Iran ont signé un protocole d’entente en 14 points, fruit de mois de négociations discrètes. Cet accord, qui prévoit une cessation immédiate des hostilités sur tous les fronts, dont le Liban, a provoqué la fureur des ministres israéliens d’extrême droite. Vance, qui s’est personnellement investi dans ce dossier, ne pouvait pas laisser ces critiques sans réponse.

L’accord-cadre prévoit la fin immédiate des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que la dilution du stock d’uranium hautement enrichi de Téhéran. Une période de 60 jours est ouverte pour parvenir à un accord définitif visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Mais le texte ne mentionne pas le programme de missiles balistiques iraniens, ni l’influence de Téhéran dans la région via ses proxys. Pour les ministres israéliens, c’est une trahison. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité intérieure, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances, ont immédiatement dénoncé un accord qui laisse l’Iran libre de poursuivre son développement militaire conventionnel. Leur colère est d’autant plus vive que l’accord prévoit que l’Iran pourrait développer un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars financé par les investissements des États du Golfe, une manne qui pourrait renforcer son influence régionale.

Friction sur le dossier des missiles iraniens et sur l’occupation du Liban 

Israël a annoncé son intention de maintenir une zone tampon étendue au Sud-Liban, malgré l’accord signé entre Washington et Téhéran. Cette décision, officialisée dans une nouvelle version de la «zone tampon», est un défi direct à l’accord. Vance a répondu sans ambages : «Les attaques contre les civils à Beyrouth sont inacceptables.» Le message est clair : l’administration Trump ne tolérera pas qu’Israël sabote l’accord en poursuivant ses opérations militaires au Liban. C’est le deuxième point de friction concret, après le programme de missiles. 

Vance n’est pas un simple exécutant dans cette affaire. Le sénateur Lindsey Graham l’avait qualifié d’«architecte de l’accord» avec l’Iran. Son implication personnelle est totale. Si l’accord-cadre échoue, c’est lui qui en portera la responsabilité politique. Les critiques israéliennes ne sont donc pas seulement une offense diplomatique, elles menacent directement sa crédibilité et son avenir politique. D’où la violence de sa réaction. Vance n’a pas attaqué Israël dans son ensemble. Il a soigneusement choisi ses cibles : les deux ministres d’extrême droite du gouvernement Netanyahu. En les prenant pour cible, il cherche à isoler la frange la plus dure du cabinet israélien et à diviser l’opinion publique. Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich sont les deux figures de proue de l’extrême droite israélienne. Le premier est connu pour ses positions ultranationalistes et son passé de colon radical. Le second dirige le parti Sionisme religieux et milite pour l’annexion de la Cisjordanie. Tous deux ont critiqué avec virulence l’accord avec l’Iran, accusant Trump de trahir Israël. Vance les a spécifiquement pris pour cible dans une interview au New York Times, les qualifiant implicitement d’irresponsables. En s’en prenant à eux, le vice-président américain cherche à les discréditer aux yeux de l’opinion israélienne et internationale.

La phrase la plus cinglante de Vance est sans doute celle-ci : «Vous êtes un pays de 9 millions d’habitants. Vous ne pouvez pas simplement régler chacun de vos problèmes de sécurité nationale à coups de morts.» En rappelant à Israël sa vulnérabilité démographique face à ses voisins, et sa dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis, Vance ne dit pas seulement qu’Israël a besoin des États-Unis ; il dit qu’Israël est trop petit et trop faible pour agir seul. Cette phrase, reprise en boucle par les médias israéliens, a provoqué une onde de choc dans la classe politique.

Netanyahu otage de son gouvernement et de la doctrine America First 

Face à cette tempête, Netanyahu a choisi la prudence. Dans une réponse soigneusement calibrée, il a appelé à préserver la «relation vitale» avec les États-Unis. «Le combat n’est pas terminé, et d’autres défis nous attendent. Ils exigent du discernement, une défense résolue des intérêts sécuritaires d’Israël et, dans le même temps, la préservation de notre relation vitale avec les États-Unis», a-t-il déclaré. Cette position contraste avec la virulence de ses ministres d’extrême droite.

Netanyahu est pris en tenaille : s’il soutient ses ministres, il s’aliène Washington ; s’il les désavoue, il fait voler en éclats sa coalition. Vance et Trump jouent précisément sur cette fracture interne pour imposer leur agenda. En isolant Ben Gvir et Smotrich, ils poussent Netanyahu à choisir son camp.

Le soutien à Israël n’apparaît plus inconditionnel sous l’ère Trump. C’est un changement majeur. Pendant des décennies, le soutien américain à Israël était un dogme bipartisan. Avec Trump, il devient conditionnel, transactionnel. La logique est simple : les contribuables américains paient environ 3,8 milliards de dollars par an à Israël via un protocole d’entente qui court jusqu’en 2028. Si Israël ne suit pas la ligne de Washington, pourquoi continuer à payer ? C’est le cœur de la doctrine «America First» appliquée à la diplomatie. Vance ne fait que mettre des mots sur cette réalité : l’amitié américaine a un prix, et ce prix est l’obéissance.

La menace de Vance n’est pas un simple exercice rhétorique. Elle repose sur des chiffres concrets et une réalité stratégique implacable.

Le prix de la bienveillance, c’est la soumission  

Selon le Council on Foreign Relations, les États-Unis ont fourni au moins 16,3 milliards de dollars d’aide militaire directe à Israël depuis les attaques du 7 octobre 2023. Depuis 1948, le montant total dépasse les 300 milliards de dollars, ajusté de l’inflation. Ces chiffres sont l’argument principal des opposants à l’aide inconditionnelle au Congrès. Chaque année, le débat sur le budget de l’aide étrangère est l’occasion de remettre en question cette manne. En rappelant ces chiffres, Vance donne des armes à ceux qui veulent conditionner l’aide à Israël. La menace est d’autant plus crédible que Trump a déjà montré par le passé qu’il n’hésitait pas à utiliser l’arme budgétaire.

Israël a annoncé son intention de maintenir une zone tampon étendue au Sud-Liban, malgré l’accord signé entre Washington et Téhéran. Vance a répondu que «les attaques contre les civils à Beyrouth sont inacceptables». C’est le test ultime : si Netanyahu continue l’occupation du Sud-Liban, il défie directement l’accord signé par Trump. La conséquence pourrait être un gel de l’aide militaire américaine. 

La phrase de Vance, «Trump est le seul bienveillant envers Israël», est un chantage affectif et politique. Si Israël ne se plie pas à la «bienveillance» de Trump, il se retrouve seul face à l’Iran et ses alliés. La menace est explicite : sans nous, vous êtes vulnérables. C’est un piège redoutable. En se présentant comme le seul ami d’Israël, Trump assure que toute critique israélienne sera perçue comme une ingratitude, et que toute velléité d’indépendance sera punie. Le «prix de la bienveillance», c’est la soumission.

L’article Etats-Unis – Israël | Vance fustige le gouvernement Netanyahu est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Tunisie | Le silence du président, un instrument politique

En politique, l’absence n’est jamais neutre. Mais la réapparition ne l’est pas davantage. Lorsque le président de la république choisit de mettre fin à plusieurs jours d’absence médiatique en visitant personnellement la station de pompage de Ghedir El Golla, rattachée à la Sonede, aux environs de Tunisie, il envoie un message aussi calculé que l’avait été son silence. La séquence mérite d’être lue dans son intégralité — pas seulement dans sa conclusion.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Depuis quelques jours, trois phénomènes se télescopaient dans l’espace public tunisien : des interrogations persistantes sur l’absence médiatique du chef de l’État ; une aggravation des dysfonctionnements des services publics essentiels — notamment l’eau et l’électricité ; et une multiplication des mises en garde officielles contre les «rumeurs», les «fausses informations» et les «tentatives de déstabilisation».

Pris isolément, chacun de ces événements possédait sa propre logique. Mis bout à bout, ils dessinaient une séquence politique qui appelait à être interrogée. La réapparition présidentielle en constitue le quatrième acte — et sans doute le plus instructif.

Plus le silence officiel s’installait, plus les réseaux sociaux se mettaient à parler. Et plus les réseaux sociaux parlaient, plus la réponse sécuritaire semblait prendre le dessus sur la réponse politique et communicationnelle.

Car le vide informationnel ne reste jamais vide bien longtemps. Il est systématiquement occupé par les interprétations, les spéculations et les rumeurs. C’est une constante des systèmes politiques, quels qu’ils soient.

Ce qui s’est passé en Tunisie ces derniers jours en est une illustration parfaite — et la réapparition présidentielle n’efface pas rétrospectivement les questions que cette séquence a posées. Elle les complète.

Trois hypothèses, désormais une lecture possible

Pendant le silence, plusieurs lectures étaient envisageables : un simple concours de circonstances ; une communication minimale choisie dans une période sensible ; une stratégie délibérée consistant à laisser monter l’attente avant une reprise en main du récit public.

La visite de la station de Ghedir El Golla (Sonede) fait pencher la balance vers la troisième hypothèse. Le président ne réapparaît pas dans un cadre protocolaire ordinaire : il réapparaît là où la colère sociale était la plus vive, là où les attentes citoyennes étaient les plus immédiates. C’est une réapparition de terrain, une réapparition de proximité, une réapparition qui dit : «Je suis là où le problème est.»

Que ce choix soit délibéré ou circonstanciel, il produit objectivement les effets d’une stratégie de communication — celle du retour visible sur un sujet concret, après un silence qui avait laissé le champ libre aux spéculations.

Pendant l’absence présidentielle, le débat public s’était progressivement déplacé : de la question des services publics vers celle de la déstabilisation du pays ; de la colère sociale vers la lutte contre les fausses nouvelles. Ce déplacement n’était pas nécessairement délibéré — mais il produisait objectivement les effets d’une recomposition de l’agenda politique.

La réapparition présidentielle opère un nouveau déplacement : elle recentre l’attention sur l’eau, sur la Sonede, sur l’infrastructure — et replace le président dans le rôle de l’homme qui agit, qui inspecte, qui interpelle.

C’est habile. Mais une démocratie mature ne devrait pas avoir besoin de cette chorégraphie. Elle devrait disposer de mécanismes de communication institutionnelle suffisamment solides pour que l’absence d’un chef d’État pendant quelques jours ne génère pas une crise informationnelle de cette ampleur.

La vraie leçon de cette séquence

Ce que cette semaine a révélé n’est pas tant l’état de santé du président que l’état de santé de la communication publique tunisienne. Une communication institutionnelle robuste aurait permis d’informer les citoyens sans alimenter les spéculations. Une transparence ordinaire sur l’agenda présidentiel aurait rendu les rumeurs inopérantes. Celles-ci prospèrent rarement sur l’excès d’information — elles prospèrent presque toujours sur son absence. Et elles s’arrêtent non pas quand le président réapparaît – puisque même après sa réapparition, certains ont continué à douter de l’authenticité de la séquence –, mais quand les institutions fonctionnent de façon suffisamment transparente pour rendre la réapparition banale plutôt que spectaculaire.

Le problème n’est donc pas tant ce que disaient les réseaux sociaux que ce qu’ils sont venus remplacer : la parole publique régulière et prévisible de l’État.

La réapparition du président clôt momentanément la séquence médiatique. Elle ne clôt pas la question analytique qu’elle a soulevée : le silence présidentiel était-il subi ou instrumentalisé ?

La réponse importe moins, finalement, que la leçon à en tirer. En démocratie, la communication du pouvoir ne consiste pas uniquement à parler ou à se taire. Elle consiste à rendre prévisible et transparent l’exercice de l’autorité — pour que ni le silence ni la réapparition ne deviennent des événements en eux-mêmes.

Le président est réapparu là où la colère était la plus forte. C’est une bonne décision de terrain. Mais la vraie question reste entière : comment éviter que la prochaine absence — quelle qu’en soit la raison — ne reproduise la même séquence ? 

La réponse n’est pas dans la communication de crise. Elle est dans les institutions.

* Ingénieur informaticien, cadre de banque.  

L’article Tunisie | Le silence du président, un instrument politique est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Mondial Fifa | Une finale qui ne restera pas dans les mémoires

L’Espagne a finalement remporté la Coupe du Monde Fifa, hier soir, dimanche 19 juillet 2026, par le score étriqué de 1-0 sur un but de marqué par Ferran Torres lors des prolongations (106’). Pour une fois l’arbitre a fini par sévir face à l’anti jeu bien connu des Argentins en expulsant Enzo Hernandez à la fin du temps réglementaire **. (Photo : La perle espagnole Lamine Yamal muselé par un défenseur argentin. Le flamenco a finalement eu raison du tango-catch).

Dr Mounir Hanablia *

Le mérite des joueurs espagnols fut d’y parvenir sans génie en se créant des occasions après avoir buté plusieurs fois contre le gardien adverse dont on finit par croire qu’il possédait des aimants qui lui attiraient le ballon dans les mains.

Sur le plan sportif, la formation sud-américaine, dominée, a montré son mauvais visage.

La rencontre fut âpre, hachée par des fautes incessantes, parfois de véritables agressions, sous le regard indifférent de l’arbitre, apparemment allergique au jaune et au rouge des cartons. Le joueur Argentin Leandro Paredes fut l’exemple du joueur averti ayant mérité trois ou quatre fois l’expulsion et qui continua de sévir sur le terrain jusqu’à la fin.

L’intérêt de la rencontre ne fut rien d’autre qu’une attente de la mise à mort de la bête, comme dans une corrida ; ou plutôt du minotaure pour ne pas oublier tout le potentiel offensif et créatif que l’Argentine est capable de révéler et qui fut hier absent.

Mis à part cela le show de l’avant match a failli sombrer dans le ridicule lorsque l’hymne national des Etats-Unis fut joué avant ceux des pays finalistes, peut-être en l’honneur de Donald Trump, présent dans les tribunes et sur le terrain lors de la remise de la Coupe.

Le début de la rencontre en fut décalé de 10 minutes et la mi-temps, transformée en spectacle musical, dura plus de 20 minutes. Le football au service du business et de la politique, cette finale en fut l’une des manifestations les plus éclatantes. Il n’en demeure pas moins que cette victoire espagnole fut nécessaire pour l’esprit du sport. 

* Médecin de libre pratique.

** L’Albiceleste parvient à couper le jeu espagnol avec un jeu plutôt rugueux. Et à la mi-temps, Juanjo González, l’adjoint de Luis de la Fuente, a pesté contre l’arbitrage. «Nous nous sommes bien adaptés, d’abord à la pelouse, très dure. Et deuxièmement, au type de match que l’arbitre a souhaité. On avait un doute et maintenant c’est clair. Il va permettre les contacts, et il va avoir du mal à prendre des décisions», a-t-il indiqué à la télévision espagnole, laissant entendre que par un tel choix arbitral, on voulait avantager l’Argentine.

L’article Mondial Fifa | Une finale qui ne restera pas dans les mémoires est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

TRIBUNE – Sauver la STEG et la SONEDE : Et si la solution était d’abord informatique et financière ?

Les coupures d’eau estivales et les délestages électriques à répétition rythment désormais le quotidien des ménages et des opérateurs économiques tunisiens. Face à cette crise des services publics essentiels, le diagnostic dominant se concentre invariablement sur deux coupables : le stress hydrique induit par le changement climatique et l’envolée des coûts mondiaux de l’énergie.

coupures

Ces facteurs exogènes sont indiscutables. Toutefois, s’arrêter à ce constat masque une vulnérabilité endogène beaucoup plus profonde. La véritable crise que traversent aujourd’hui la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) et la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE) n’est pas uniquement une crise de la ressource. C’est avant tout une crise de la donnée, du pilotage numérique et du financement de leur modernisation algorithmique.  Ces institutions historiques gèrent des réseaux physiques massifs, mais elles naviguent à l’aveugle.

Des réseaux d’infrastructures frappés de cécité

Dans la gestion moderne des utilités publiques, la matière (l’eau, le gaz, les électrons) est indissociable de l’information qui l’accompagne. Or, nos opérateurs souffrent d’un déficit technologique critique : l’incapacité de « lire » leur propre réseau en temps réel.
Le gaspillage par ignorance : une part colossale de l’eau purifiée à grands frais et de l’électricité produite s’évapore dans le réseau avant même d’atteindre le consommateur final. Fuites non détectées, déperditions techniques et fraudes non géolocalisées constituent un fardeau financier insoutenable. Sans une infrastructure de capteurs connectés (IoT), chaque perte physique se transforme en perte financière nette.
L’absence de Jumeau Numérique : les standards internationaux reposent aujourd’hui sur le *Digital Twin*, une réplique virtuelle et dynamique du réseau physique. En Tunisie, l’absence de cette cartographie intelligente condamne la STEG et la SONEDE à subir les pannes. L’intervention se fait dans l’urgence curative, là où l’Intelligence Artificielle aurait permis une maintenance prédictive, identifiant la faiblesse d’un transformateur ou d’une canalisation avant la rupture.
Le fossé du « Smart Grid » : l’absence de compteurs véritablement communicants chez le client final fige toute capacité d’innovation tarifaire. Il est aujourd’hui impossible de lisser les pics de consommation par des tarifications dynamiques ou de procéder à des délestages chirurgicaux. Le réseau subit la charge au lieu de la gérer.

Financer le « Software » pour sauver le « Hardware »

Renflouer indéfiniment les caisses de ces entreprises publiques pour colmater des tuyaux usés ou remplacer des câbles sans moderniser l’intelligence du réseau s’apparente au tonneau des Danaïdes. L’ingénierie financière classique ne suffit plus ; il faut changer le paradigme de l’investissement public.
Le sauvetage de la STEG et de la SONEDE nécessite donc une réorientation urgente des financements vers la « digitalisation de la survie ». Les lignes de crédit bancaires et les appuis des bailleurs de fonds internationaux doivent prioriser la refonte totale des systèmes d’information (SI) et le déploiement d’infrastructures de supervision algorithmique.
La rentabilité d’un tel investissement est immédiate. Chaque dinar investi dans le traitement de la donnée et la supervision numérique du réseau offre un retour sur investissement tangible en réduisant drastiquement la facture des pertes sèches et en optimisant les achats d’énergie. C’est ici que le secteur bancaire national a un rôle structurant à jouer : concevoir des mécanismes de financement innovants dédiés exclusivement à la mise à niveau technologique des infrastructures critiques.

L’État-stratège à l’ère de la donnée

La restructuration de nos entreprises publiques ne se décrète pas uniquement par des ajustements tarifaires ou des plans sociaux. Elle exige une vision technologique assumée.
L’intégration de la transformation numérique au cœur du modèle d’affaires de la STEG et de la SONEDE n’est pas un luxe d’ingénieur ou une mode managériale ; c’est leur seule bouée de sauvetage macro-économique.
Il est grand temps que les pouvoirs publics et l’écosystème financier traitent l’infrastructure immatérielle avec le même degré d’urgence vitale que nos barrages et nos centrales thermiques.

L’article TRIBUNE – Sauver la STEG et la SONEDE : Et si la solution était d’abord informatique et financière ? est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Mondial 2026: La Roja sur le toit du monde

L’Argentine de Lionel Messi n’a pas créé la surprise lors de la finale de la Coupe du monde de football 2026. C’est l’Espagne de Lamine Yamal qui est sacrée pour la deuxième fois de son histoire. En toute logique.

Les Argentins ont tenu pendant plus de 105 minutes, devant fes Espagnols, qui n’ont encaissé qu’un seul petit but au cours de cette édition du mondial 2026.

L’article Mondial 2026: La Roja sur le toit du monde est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

La Tunisie tombe en lambeaux ou le naufrage quotidien

Samedi, j’ai profité de la coupure d’électricité qui a duré quatre bonnes heures pour dégivrer et nettoyer mon vieux réfrigérateur. En réalité, c’est toute la Tunisie qui devrait être dégivré et nettoyé. Ce nettoyage ne sera pas seulement technique ou politique ; il devra d’abord être un nettoyage des mentalités et une prise de conscience morale.

Mohamed Sadok Lejri *

En plein cœur de l’été tunisien, notre quotidien est rythmé par la succession infernale des coupures d’eau et d’électricité. À bout de souffle et usé par les décennies, le réseau de distribution d’eau potable géré par la Sonede est incapable d’assurer l’approvisionnement du pays en période estivale ; il capitule chaque été, asphyxié par une urbanisation anarchique, une gestion défaillante et des infrastructures à l’abandon.

Pour éviter le blackout total, la Steg en est réduite à pratiquer le délestage. Dans quelques semaines, la première averse qui durera un peu plus d’un quart d’heure saturera nos égouts et transformera nos rues en torrents. Ajoutez à cela des transports publics dans un état lamentable et des ordures qui inondent le pays entier : ce naufrage quotidien n’a rien d’un hasard, et encore moins d’une malédiction divine.

Ce désastre est entre autres le résultat d’une urbanisation sauvage, de constructions anarchiques et d’infrastructures obsolètes qui auraient dû être entretenues et modernisées depuis longtemps.

Nos villes victimes d’incivilité et d’abandon

Entre pollution, bétonnage à tout-va, incivisme généralisé et absence d’entretien des grands travaux nécessaires à tout pays qui se veut civilisé, nos villes ont soif et étouffent sous la chaleur, les détritus et le laisser-aller.

Face à l’ampleur de cette crise structurelle et environnementale, force est de constater que ni le peuple tunisien, trop souvent prisonnier de la palabre et de comportements inciviles, ni ses dirigeants successifs, incompétents et/ou déconnectés des réalités, n’ont su se hisser à la hauteur de ces immenses enjeux.

La Tunisie tombe en lambeaux. Pour l’arracher au sous-développement, les demi-mesures ne suffisent plus ; le pays a un besoin vital de visions stratégiques majeures, d’une refonte globale et d’une sorte de «Plan Marshall» pour reconstruire ses fondations.

Un tel sursaut exige trois piliers fondamentaux : beaucoup d’argent, un peuple conscient, dont le patriotisme se traduit par des actes plutôt que par des discours futiles, et des dirigeants d’une tout autre envergure.

Une scène politique nationale tragiquement stérile

Malheureusement, la scène politique post-2011 s’est avérée tragiquement stérile, n’offrant au pays qu’une succession d’illuminés, d’idéologues, d’obscurantistes, d’apprentis dictateurs et de bras cassés.

Pour autant, il serait trop facile d’imputer l’entière responsabilité de ce marasme aux seuls gouvernants actuels. Si ces derniers ne brillent pas par leur compétence, mais plutôt par une impuissance flagrante, le mal est bien plus profond. Les grands chantiers indispensables à la survie du pays auraient dû être engagés il y a plus vingt ans. Ce que subissent les Tunisiens aujourd’hui n’est pas une crise passagère, mais la facture douloureuse d’une accumulation de plusieurs décennies d’irresponsabilité politique et de gouvernance à la petite semaine.

Tant que la compétence ne remplacera pas le populisme et tant que le respect de l’espace public ne deviendra pas un devoir sacré pour le citoyen, la Tunisie subira les conséquences de son absence de civisme et de ses propres renoncements. Le nettoyage du pays ne sera pas seulement technique ou politique ; il devra d’abord être un nettoyage des mentalités et une prise de conscience morale.

L’article La Tunisie tombe en lambeaux ou le naufrage quotidien est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Algérie | Le journaliste Mustapha Benfodil interdit de sortie de territoire

L’interdiction de sortie du territoire national (ISTN) imposée au journaliste et écrivain algérien Mustapha Benfodil dépasse désormais le cadre d’une affaire individuelle. Elle pose une nouvelle fois la question de l’état des libertés publiques en Algérie et, plus largement, dans un Maghreb où les espaces d’expression et de circulation des voix critiques connaissent des restrictions croissantes.

Djamal Guettala 

Journaliste au quotidien El Watan, écrivain et dramaturge reconnu, Mustapha Benfodil a annoncé avoir été empêché de quitter le territoire alors qu’il devait se rendre en France, notamment à Marseille, dans le cadre d’engagements professionnels et culturels.

Cette interdiction intervient alors que son parcours est étroitement lié aux échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée.

Auteur de romans, de pièces de théâtre et de textes engagés, il a vu ses œuvres circuler dans plusieurs espaces culturels internationaux, notamment sur les scènes théâtrales françaises. Son travail de dramaturge l’a conduit jusqu’au Festival Off d’Avignon, où sa pièce ‘‘End/Igné’’, mise en scène par Kheireddine Lardjam, avait été présentée, confirmant la place de son écriture dans le paysage théâtral contemporain.

Voyage professionnel transformé en obstacle administratif

L’affaire prend une dimension particulière puisque l’ISTN intervient dans le cadre d’un déplacement lié à une activité culturelle et professionnelle, et non d’un simple voyage personnel.

Empêcher un journaliste et un écrivain de circuler librement soulève des interrogations fondamentales : comment un professionnel de l’information et de la création peut-il exercer pleinement son rôle lorsque sa mobilité est entravée ?

La liberté de circulation est un droit essentiel. Lorsqu’elle concerne des figures engagées dans le débat public, les restrictions administratives deviennent nécessairement une question de libertés fondamentales et de transparence institutionnelle.

Les réactions de l’écrivain et journaliste Hmida Ayachi ainsi que d’Arezki Metref témoignent d’une inquiétude largement partagée dans les milieux culturels algériens.

Au-delà du cas personnel de Mustapha Benfodil, c’est la place du journaliste, de l’écrivain et de l’intellectuel critique qui est interrogée. La littérature et le journalisme ont toujours constitué des espaces où les sociétés questionnent leurs propres contradictions. Les limiter revient à fragiliser un débat public déjà sous tension.

Pour ses soutiens, l’affaire rappelle que la liberté d’expression ne peut être dissociée de la liberté de mouvement. Un journaliste empêché de voyager est aussi un journaliste dont les possibilités de rencontres, d’échanges et de couverture internationale sont réduites.

Un signal inquiétant dans le paysage politique maghrébin

Cette affaire intervient dans un contexte régional marqué par des tensions autour des libertés publiques. En Algérie comme dans d’autres pays du Maghreb, des journalistes, écrivains et militants de la société civile ont régulièrement alerté sur les pressions exercées sur les voix indépendantes.

Les situations nationales sont différentes, mais une même interrogation traverse la région : quelle place reste-t-il pour la critique, la création et le pluralisme lorsque les mécanismes administratifs deviennent des instruments de restriction ?

La liberté de la presse ne se limite pas à l’existence de médias. Elle suppose aussi que les journalistes puissent enquêter, voyager, participer à des rencontres professionnelles et dialoguer avec leurs confrères à l’étranger.

Avec cette ISTN, Mustapha Benfodil devient malgré lui le symbole d’une inquiétude plus large. Celle d’une génération de journalistes et d’écrivains attachés à défendre un espace public ouvert, où la création et la pensée critique peuvent circuler librement.

Son cas rappelle une évidence : la culture ne connaît pas de frontières. Mais lorsque les frontières deviennent des barrières pour les créateurs et les journalistes, c’est toute une société qui voit son horizon se rétrécir.

L’article Algérie | Le journaliste Mustapha Benfodil interdit de sortie de territoire est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Salah El Farzit chantait les blessures et les espoirs des marginaux

La chanson populaire tunisienne a perdu, avec le décès de Salah El Farzit, samedi 18 juillet 2026, à l’âge de 73 ans, l’une de ses voix les plus emblématiques, qui avait marqué plusieurs générations depuis son émergence dans les années 1970. Avec son style profondément ancré dans la tradition populaire, mais porté par une sensibilité nouvelle, il avait contribué à donner à la chanson tunisienne une dimension sociale et humaine, faisant de ses textes le reflet des réalités quotidiennes, des souffrances silencieuses et des aspirations des gens ordinaires.

Djamal Guettala 

Son répertoire compte plusieurs titres devenus incontournables, parmi lesquels «El Warda Elli Nahki Aliha » («La rose dont je parle»), «Ana Elli Sountak Ya Warda» («C’est moi qui t’ai protégée, ô rose»), «Fadh El Kass» («Le verre a débordé»), «Gharriti Bia» («Tu m’as trompé»), mais surtout «Tardha Alina Ya Lmima» («Pardonne-nous, ô maman»), une chanson qui a dépassé le simple cadre artistique pour devenir un véritable morceau de mémoire collective qu’il avait d’ailleurs écrit en prison.

«Tardha Alina Ya Lmima», une chanson née dans l’épreuve

Plus qu’une chanson, «Tardha Alina Ya Lmima» est devenue un symbole. Son histoire est liée à un épisode douloureux de la vie de Salah El Farzit. Composée en 1976 alors que l’artiste se trouvait en prison après avoir dénoncé des abus commis par un officier, elle porte la marque de cette expérience personnelle.

À travers l’adresse à la mère, figure centrale de la famille et du lien affectif dans la société tunisienne, Salah El Farzit exprime la détresse de ceux qui souffrent, la solitude des personnes privées de liberté et le besoin de pardon. La chanson transforme une douleur individuelle en une parole collective, capable de toucher tous ceux qui ont connu l’injustice ou l’éloignement.

Inscrite dans la tradition du zindali, un genre musical historiquement associé aux prisons tunisiennes, l’œuvre s’est imposée par la force de son émotion et par son message universel. Elle a accompagné des moments importants de la vie sociale tunisienne, jusqu’à devenir l’un des titres les plus connus de la chanson populaire nationale.

Un artiste en marge des circuits officiels

La trajectoire de Salah El Farzit n’a pas été exempte de difficultés. Son refus, en 1977, d’interpréter une chanson à la gloire du président Habib Bourguiba lors d’une émission officielle lui aurait valu une mise à l’écart des médias publics pendant plusieurs années.

Cette période n’a cependant pas effacé son influence auprès du public. Bien au contraire, son éloignement des circuits officiels a renforcé l’image d’un artiste proche des gens, dont les chansons circulaient au-delà des cadres institutionnels.

Avec la disparition de Salah El Farzit, la Tunisie perd l’un des représentants majeurs d’une chanson populaire qui puisait sa force dans la vie quotidienne, les émotions et les préoccupations sociales.

Son œuvre restera celle d’un artiste qui a donné une voix aux oubliés, raconté les blessures humaines et transmis, à travers des mélodies simples mais puissantes, une part de l’histoire sociale et culturelle tunisienne.

Le ministère des Affaires culturelles, qui avait fini par l’adopter après l’avoir longtemps exclu de ses circuits officiels de distribution, a rendu hommage à «un des grands noms de la chanson populaire tunisienne» et présenté ses condoléances à sa famille ainsi qu’à l’ensemble de la communauté artistique et culturelle.

Salah El Farzit s’en va, mais sa voix, elle, continuera longtemps à accompagner la mémoire musicale tunisienne.

L’article Salah El Farzit chantait les blessures et les espoirs des marginaux est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Mondial Fifa | L’Angleterre de Tuchel, championne du monde des perdants

Fallait-il suivre la finale des battus de la Coupe du Monde instaurée par la Fifa comme un rituel et refusant absolument d’y renoncer en dépit des calendriers plus que surchargés auxquels sont soumis les joueurs de football désormais exténués et souvent blessés ?

Dr Mounir Hanablia *

Au vu du score digne d’une rencontre de handball 6-4 entre l’Angleterre et la France, hier soir, samedi 18 juillet 2026, à Miami, les absents dont je fais partie ont eu tort en se contentant de consulter The Guardian pour apprendre que la formation du Coq était menée 4-0 à la mi-temps, que Bukayo Saka a marqué trois buts, lui qui ne marque presque jamais, et que Kylian Mbappé a fait un peu moins bien avec deux buts, ce qui le maintient dans la course du meilleur buteur de Coupe du Monde de tous les temps.

Il est vrai que depuis les batailles d’Hastings en 1066, et celle de Waterloo en 1815, les rencontres France-Angleterre ont toujours un caractère disputé que l’accession de Thomas Tuchel, un Allemand, à la tête de l’équipe de la Rose, n’a rendu que plus étrange.

Le parlement anglais au début du XVIIIe siècle n’avait rien trouvé de mieux à faire pour mettre un terme à la subversion catholique des Stuarts, que de faire épouser à l’héritière du trône un membre luthérien de la maison allemande des Hanovre, qui pour ne pas parler anglais, passait le plus clair de son temps sur le continent dans son duché, ce qui permit au parlement anglais d’assumer les charges de la gestion du royaume sans opposition, et de perpétuer la situation en instaurant le parlementarisme.

Sursis pour l’un, fin de partie pour l’autre

On ne peut pas dire que Tuchel, lui, ne se soit pas impliqué dans les affaires de l’équipe d’Angleterre. Tout le monde ou presque, y compris Donald Trump qui s’y connaît en défaite, lui attribue la paternité de celle contre l’Argentine, par la retraite générale ordonnée après le premier but de Anthony Gordon. Il a assumé. Peut-être cela valait-il mieux que dire qu’en fait, les joueurs n’auraient pas pu en faire plus. Tuchel, contrairement à Charles Ier Stuart, a réussi à sauver sa tête malgré la défaite. Et cette victoire contre la France, pour ne pas dire qu’elle redore son blason terni, lui apporte quand même un sursis. Mais fallait-il un match sans enjeu pour cela ?  

Pour Didier Deschamps, son adversaire du jour, en revanche, la situation était claire avant le match : ce serait son dernier sur le banc des Bleus, qui seront bientôt conduits par une autre gloire du football français : Zinedine Zidane.

* Médecin de libre pratique.

L’article Mondial Fifa | L’Angleterre de Tuchel, championne du monde des perdants est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Kaïs Saïed à Ghdir El-Golla | La fin des supputations ?

Kaïs Saïed est finalement réapparu hier soir après une absence des radars de l’actualité qui a duré plus d’une semaine, déclenchant une vague de rumeurs sur son état de santé et de supputations sur l’avenir du pays. La bonne nouvelle est qu’il y a un pilote dans l’avion. Ceux qui se sont sincèrement inquiétés de l’absence du chef de l’Etat sont donc rassurés. Quant à ceux qui y ont trouvé une occasion pour annoncer un crash imminent, ils en ont eu pour leur frais. Vidéo.

Latif Belhedi

Le président de la république a effectué dans la soirée du samedi 18 juillet 2026 une visite au complexe hydraulique de Ghdir El-Golla relevant de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), où il s’est enquis de l’état des équipements et discuté avec les agents des causes des fréquentes coupures d’eau potable enregistrées depuis le début de l’été dans plusieurs régions du pays. Il a aussi visité la délégation de Kalaat El-Andalous où il a discuté avec les citoyens rencontrés sur place. On a eu droit aux mêmes doléances, et aux même assurances et promesses.

Dysfonctionnements de la communication officielle

Cette sortie nocturne de Kaïs Saïed ressemble à toutes celles qu’il avait pris l’habitude de faire. Elle n’y a rien de particulier, sauf que celle-ci est censée démentir les rumeurs sur la santé du président de la république qui ont enflé ces derniers jours sur un fond de malaise général.

«C’est de la routine», semblent vouloir dire les services du Palais de Carthage, qui n’ont pas cru devoir démentir directement et clairement, dans un communiqué en bonne et due forme, ces rumeurs. D’ailleurs, beaucoup de Tunisiens ont démenti, sur les réseaux sociaux, les premières images de cette visite diffusées par certains médias officiels et officieux, affirmant qu’il s’agissait de vieilles images recyclées pour la circonstance. Et il fallu que la présidence de la république diffuse la vidéo de ladite visite sur sa page Facebook, peu après 2 heures du matin, pour que les doutes exprimés entretemps soient dissipés. C’est ce qui montre s’il en est encore besoin les limites actuelles voire les dysfonctionnements de la communication officielle.

Avec des médias nationaux qui ont perdu toute crédibilité aux yeux des citoyens – lesquels ont de plus en plus tendance à aller chercher l’information sur leur pays dans les médias étrangers –, l’information officielle a de plus en plus mal à être admise pour argent comptant et il y a toujours des malins à qui on le joue pas pour la mettre en doute ou la tourner en dérision.

Ces folles rumeurs dont on se passerait volontiers

Dans ce contexte, les paroles comme les silences donnent lieu aux plus folles supputations. Il en va de même des retards souvent enregistrés dans la diffusion des informations, retards qui libèrent les imaginaires les plus sordides ou malveillants.

«Kaïs Saïed se porte bien et vaque à ses occupations habituelles», semble vouloir dire le Palais de Carthage. Le chef de l’Etat utilise d’ailleurs les mêmes mots pour évoquer les mêmes crises (coupures d’eau potable et pannes d’électricité). Il profère, également, les mêmes menaces contre les responsables qui ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur sont confiées. Là aussi, il n’y a rien de nouveau : le même discours rodé et redondant.

On doit donc s’en contenter voire s’en féliciter, tout en formant l’espoir que la communication officielle, notamment celle de la présidence de la république, soit plus rigoureuse, plus rapide et plus efficace, et ne provoque, par ses silences et ses omissions, les plus folles rumeurs dont on se passerait volontiers dans le contexte de crise que traverse le pays.

L’article Kaïs Saïed à Ghdir El-Golla | La fin des supputations ? est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Le poème du dimanche | ‘‘Loin, plus loin que la vie’’ de Mario Luzi

Né à Castello, près de Florence, en 1914, Mario Luzi est reconnu aujourd’hui comme un des poètes majeurs de ce siècle en Europe.

Il est aussi considéré comme le plus éminent représentant de la «troisième génération» poétique italienne qui regroupe à ses côtés Bertolucci, Bigongiari, Caproni et Sereni.

Poète, nouvelliste, essayiste, auteur d’écrits pour le théâtre et traducteur de nombreux poètes français, anglais, espagnols, Mario Luzi est une figure intellectuelle de premier plan. Il a longuement enseigné la littérature française à l’Institut des sciences politiques de Florence.

Il décède le 28 février à Florence.

Loin, plus loin que la vie,
à quel point les choses peuvent trahir
et surprendre la chasteté de la pensée,
tu l’as vu, tu en as douté, tu l’as connu,
à quel point les choses peuvent blesser
et leurrer la pureté intérieure,
tu l’as vu, tu l’as mesuré même par le songe.
Le réveil est le soir impétueux,
c’est ce signe d’âmes exilées,
l’hirondelle en crie la fraîcheur.
Ah, il n’est par tard quoique la nuit menace,
tu as avant cela eu le temps de voir
à quel point les choses portent loin,
à quel point d’un seul coup elles peuvent manquer,
faire défaut à la vive vérité de l’esprit.
Les routes, si tu les parcours à cette heure, sont parsemées
de ces hommes, non, de ces larves
inquiètes qui répètent la vie déjà vécue,
vagues dans l’implacable clarté
des sentiers déjà vus et déjà parcourus,
et qui hâtent la mort pour s’ouvrir
dans l’ombre, pour se dérober au connu.
Tu en vis venir dans la nuit
une lumière minuscule surgie du fond
pour chercher accueil dans l’amour.

Traduit de l’italien par Jean-Yves Masson et Antoine Fongaro.

‘‘Prémices du désert’’, poèmes 1932-1956, Éd. Poésie/Gallimard.

L’article Le poème du dimanche | ‘‘Loin, plus loin que la vie’’ de Mario Luzi est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

L’édito de Hédi Mechri – Plan 2026-2030 : l’anti-hasard à l’épreuve du réel

Enfin, un vrai débat qui s’engage à l’occasion de la présentation du Plan de développement 2026-2030. L’ARP y met son point d’honneur à vouloir laisser son empreinte. Les experts, les universitaires, les médias se jettent dans l’arène et s’invitent dans ce débat d’intérêt national. Signe des temps, le Plan n’est plus ce qu’il était il y a si peu de temps encore : une impressionnante architecture d’un futur annoncé, conçu et décidé d’en haut.

Innovation politique oblige, il est perçu désormais comme une émanation de la base, comme pour faire écho au slogan de campagne et au mot d’ordre du chef de l’État : le peuple veut.

Le Plan 2026-2030 se définit comme le reflet, l’incarnation d’une démocratie directe à l’opposé du pouvoir quasi absolu dévolu aux technocrates du gouvernement. Ces derniers, influencés par leurs modèles économiques et leurs représentations théoriques, finiraient par « produire » des plans désincarnés, sans véritable ancrage local, voire régional. La vraie question serait alors de savoir ce que recouvre la notion de Plan de développement économique à l’échéance 2030. Sûrement pas un catalogue à la Prévert, une kyrielle, une litanie de projets en tout sens, quand bien même ils relèveraient d’un diagnostic juste, approprié, mais qui serait déconnecté de l’impératif financier. Auquel cas, le coût de réalisation des projets planifiés dépasse de très loin la capacité financière du pays.

Le Plan, aussi élaboré soit-il, ne doit pas déroger à la règle d’équilibrer «emplois et ressources», pour ne pas perdre de sa crédibilité en se heurtant à l’infranchissable plafond de verre qu’est l’épargne nationale aujourd’hui à son plus bas historique. La contrainte financière est incontournable. On le mesure aujourd’hui face à l’hostilité des marchés et des bailleurs de fonds.

 

Le Plan, aussi élaboré soit-il, ne doit pas déroger à la règle d’équilibrer «emplois et ressources», pour ne pas perdre de sa crédibilité en se heurtant à l’infranchissable plafond de verre qu’est l’épargne nationale aujourd’hui à son plus bas historique.

 

Il est vrai que la signature du pays a beaucoup perdu de son aura. L’état peu rassurant de l’économie nationale, qui vit sa plus longue et grave crise structurelle, est passé par là. Nos certitudes d’avant vacillent. Si bien que gouverner aujourd’hui, dans les conditions qui sont les nôtres, serait pour nous autant prévoir, anticiper qu’arbitrer, doser et choisir. Il faut mettre, injecter, autant de confiance que de cohérence, sans quoi l’attelage ne tiendra pas longtemps. Il n’est pas exclu que les bonnes intentions tournent aux désillusions. Le bien n’est pas toujours l’ennemi du mal.

Un plan de développement version 21e siècle est beaucoup plus qu’une simple feuille de route aussi fournie soit-elle. Il a d’abord une connotation et une portée stratégique. Il est élaboré par un État stratège qui pense global, réfléchit sur le long terme, légifère et se réinvente en permanence.

Il a aussi vocation, sinon l’obligation, de protéger, de faciliter, d’inciter, d’encourager l’initiative privée, de faire faire plutôt que de s’enliser, quoi qu’il fasse, dans le marécage de la gestion d’entreprises en dehors de son implication pleine et entière dans les services publics : éducation, santé, transport, logistique, logement, aménagement du territoire, R&D, nouvelles technologies, transition énergétique et écologique…

On n’imagine pas aujourd’hui un plan de développement à l’horizon 2030 sans qu’il porte une vision, qu’il ne soit l’incarnation d’un vaste dessein national et d’une ambition renouvelée et réaffirmée. Le Plan 2026-2030 n’aura d’autres significations que de redessiner et réinventer le pays, tombé en déshérence, pris qu’il a été dans la tourmente post-révolution, qui ne finit pas d’en finir plus de 15 ans après.

L’économie et notre modèle social n’ont pas résisté à la déferlante contestatrice. Ils ont été de surcroît abîmés et affaiblis par des chocs récurrents de tout ordre, tout autant que par un mode de gouvernance politique approximatif, d’efficacité pour le moins réduite. On s’étonne même que l’économie, sans boussole ni cap précis, exposée qu’elle est à des ruptures technologiques et économiques d’une ampleur inégalée, ne se soit pas effondrée et qu’elle ait affiché une telle résilience.

 

Le Plan 2026-2030 n’aura d’autres significations que de redessiner et réinventer le pays, tombé en déshérence, pris qu’il a été dans la tourmente post-révolution, qui ne finit pas d’en finir plus de 15 ans après.

 

Le Plan 2026-2030 doit pouvoir projeter l’image de la Tunisie de demain. A quoi ressemblera-t-elle à l’horizon 2030 et au-delà ? Quelle serait, en dehors du rythme, notre trajectoire de croissance ? De quel côté seront-nous de la ligne de démarcation qui sépare les pays à revenus intermédiaires en mal de développement des pays à hauts revenus et à fort potentiel scientifique, technologique et économique ?

Le pays a manqué, depuis plusieurs décennies, de vision d’avenir au point qu’on a aujourd’hui du mal à nous extraire de la dictature de l’urgence, de l’immédiat et du très court terme qui ont rétréci notre horizon économique, notre périmètre d’action et ont gravement endommagé notre potentiel de croissance.

L’annonce du Plan 2026-2030 sonne comme un signe du destin en ces temps d’incertitudes, de refondation géopolitique, de montée du protectionnisme, de guerres économiques et de guerres mettant à mal l’économie mondiale. Cela semble vouloir dire que la Tunisie, blessée, abîmée, reléguée loin derrière, est de retour dans le concert des pays émergents. Nous savons d’où l’on vient, de loin, dirons-nous, et nous voulons que le Plan nous dise avec précision où l’on va. Et de quelle manière, à la fois comment et avec qui ?

En évitant tout à la fois de grossir le rang des laissés-pour-compte, toutes celles et tous ceux qui vivent dans la précarité et, plus encore, dans le dénuement total. Sans compter la crainte de voir s’élever le mur de l’argent, privant le pays d’investissements. Dans la nouvelle bataille de développement qui s’annonce, et c’en est une, l’Etat doit s’assurer de l’adhésion de tous, retraités, salariés et patronat, sans distinction de nationalités et de rang.

 

Sans compter la crainte de voir s’élever le mur de l’argent, privant le pays d’investissements. Dans la nouvelle bataille de développement qui s’annonce, et c’en est une, l’Etat doit s’assurer de l’adhésion de tous, retraités, salariés et patronat, sans distinction de nationalités et de rang.

 

On oublie trop souvent de rappeler que derrière les performances économiques, le rétablissement des équilibres économiques et financiers, il y a des entreprises qui sont à la manœuvre, les PME, ces soldats de l’ombre, tout autant que les grands groupes qui sont plus visibles, mais qui n’en constituent pas moins les principales locomotives de l’économie nationale. Sans leur puissance de feu, le Plan ne sera que pure illusion. Ils doivent se sentir en confiance, en vrais partenaires de la puissance publique pour aller jusqu’au bout de l’innovation, de l’investissement et de l’effort.

Le Plan 2026-2030 ne manque pas d’ambition. Celle-ci peut même paraître, à bien des égards, largement excessive. Il n’est aucun secteur d’activité, aucune filière qu’il ne cherche à activer, à ressusciter et à promouvoir.

Reste que l’enfer est pavé de bonnes intentions. L’Etat doit avoir les moyens de ses politiques publiques et de son ambition. Pour l’heure, ceux-ci sont littéralement oblitérés par les déficits abyssaux d’entreprises publiques, devenues de véritables machines de destruction de richesse et de valeur. Sans aucune perspective de redressement en vue. Il y a un moment où il faut choisir et trancher entre la nostalgie du passé et les voies d’avenir : on ne peut charger un navire qui prend eau de toute part. L’économie aura du mal à avancer, même à vitesse réduite, plombée qu’elle est par un grand nombre d’entreprises publiques en état de mort cérébrale, sous perfusion permanente, privant ainsi l’Etat du moindre espace budgétaire. Elles sont maintenues artificiellement en vie aux frais du contribuable tout en freinant l’activité économique, la mobilité des acteurs économiques et nos échanges extérieurs.

Comment nous projeter dès lors dans le futur, dans les nouvelles technologies, dans l’IA, les entreprises 4.0 et dans les nouvelles chaînes d’approvisionnement et de valeur qui redessinent l’économie mondiale ?

 

Le Plan, même dans sa version moderne, c’est l’anti-hasard. En clair, on ne peut se donner une feuille de route sans au passage déblayer le terrain. Dans une vision moderne de l’économie et de la société, il n’y a pas de place pour l’idéologie teintée peu ou prou de populisme, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne. 

 

Comment dispenser un enseignement et des soins de qualité et entretenir notre vivier de capital humain, quand l’essentiel du maigre budget dédié aux investissements d’avenir sert à entretenir des entreprises publiques devenues de véritables reliques du passé ? Difficile de les transformer en l’état sans qu’elles changent de nature, de statut, de gouvernance.

Le Plan, même dans sa version moderne, c’est l’anti-hasard. En clair, on ne peut se donner une feuille de route sans au passage déblayer le terrain. Dans une vision moderne de l’économie et de la société, il n’y a pas de place pour l’idéologie teintée peu ou prou de populisme, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.

 

————————-

Cet éditorial est paru dans le magazine L’Economiste maghrébin N° 949 – du 15 au 29 juillet 2026.

L’article L’édito de Hédi Mechri – Plan 2026-2030 : l’anti-hasard à l’épreuve du réel est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  
❌