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Moins d’accidents, plus de morts : pourquoi nos routes deviennent-elles plus meurtrières ?

Le paradoxe est aussi inquiétant que difficile à ignorer. Depuis le début de l’année, la Tunisie enregistre moins d’accidents de la route, mais davantage de morts. Autrement dit, les collisions sont moins nombreuses qu’au cours de la même période de l’année précédente, mais elles coûtent plus souvent la vie. Une évolution qui montre que le nombre total d’accidents ne suffit plus, à lui seul, à mesurer la gravité de la situation sur les routes tunisiennes. 

Les données de l’Observatoire national de la sécurité routière font apparaître une nette aggravation de la mortalité routière en 2026. Au début du mois de juillet, le nombre de décès était en hausse de près de 10% par rapport à la même période de 2025, alors même que le nombre global d’accidents reculait. L’indice de gravité, qui mesure le nombre de morts par rapport au nombre d’accidents, s’est ainsi détérioré. Chaque collision semble, en moyenne, avoir des conséquences plus lourdes. Ce constat pose une question essentielle : pourquoi les accidents deviennent-ils plus meurtriers alors qu’ils sont moins nombreux ? La réponse ne tient pas à une seule cause. Elle se trouve dans la combinaison de plusieurs facteurs déjà bien identifiés dans les statistiques officielles : vitesse excessive ou inadaptée, inattention, non-respect des priorités, traversée imprudente de la chaussée, comportements dangereux et vulnérabilité particulière des usagers des deux-roues et des piétons.

Tous les accidents n’ont pas les mêmes conséquences. Un accrochage à faible vitesse en ville peut provoquer des dégâts matériels ou des blessures légères. Une collision sur une route rapide, en revanche, laisse beaucoup moins de chances aux occupants des véhicules. C’est précisément cette différence qui permet de comprendre pourquoi une baisse du nombre d’accidents ne signifie pas automatiquement une baisse du nombre de morts. 

La vitesse transforme l’accident en drame

La vitesse joue ici un rôle central. Plus un véhicule roule vite, plus la distance nécessaire pour réagir et s’arrêter augmente. Surtout, la violence du choc devient beaucoup plus importante. Quelques kilomètres à l’heure supplémentaires peuvent suffire à transformer un accident qui aurait pu rester matériel en collision grave, voire mortelle. Les statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière placent régulièrement l’inattention et la vitesse parmi les principales causes des accidents et des décès. Mais ces deux facteurs sont souvent liés. Un conducteur distrait pendant quelques secondes peut parcourir une distance importante sans réellement surveiller la route. Si cette distraction se produit à grande vitesse, le temps disponible pour éviter l’obstacle devient extrêmement réduit. 

Le téléphone au volant, les écrans installés dans les véhicules, la fatigue, les conversations avec les passagers ou le simple relâchement de l’attention constituent autant de situations susceptibles de retarder la réaction du conducteur. Sur une route rapide, ce retard peut avoir des conséquences dramatiques. La période estivale accentue encore certains risques. Les déplacements sont plus nombreux, les trajets plus longs et les routes accueillent des conducteurs qui ne les empruntent pas habituellement. Les départs vers les plages, les retours tardifs, les voyages entre les régions et la circulation nocturne modifient les conditions de conduite. À cela s’ajoutent la fatigue liée à la chaleur et la tentation, sur les axes moins encombrés, d’augmenter la vitesse. La baisse du nombre d’accidents pourrait donc masquer une autre réalité : les collisions qui se produisent sont parfois plus violentes, notamment lorsqu’elles surviennent sur des axes où les vitesses pratiquées sont élevées. Le véritable enjeu n’est alors plus seulement d’empêcher les accidents, mais d’empêcher qu’ils ne deviennent mortels.

Deux-roues et piétons, les plus exposés

La gravité de la mortalité routière en Tunisie s’explique également par la forte vulnérabilité de certains usagers. Un automobiliste bénéficie d’une carrosserie, d’une ceinture de sécurité et de différents équipements de protection. Le conducteur d’une moto, d’un cyclomoteur ou un piéton ne dispose pas de cette protection. Lorsqu’un accident implique un deux-roues ou une personne à pied, les conséquences peuvent donc être beaucoup plus graves. La vitesse du véhicule impliqué, l’absence ou le mauvais usage des équipements de protection et les conditions de la route deviennent alors déterminants. La place croissante des deux-roues dans les déplacements quotidiens constitue un enjeu majeur de sécurité routière. Plus accessibles et pratiques dans les zones urbaines encombrées, motos et cyclomoteurs sont utilisés par une population de plus en plus large. Mais cette progression s’accompagne de comportements à risque : dépassements dangereux, circulation entre les files, non-respect des priorités ou encore port insuffisant d’équipements de protection. Les piétons restent eux aussi particulièrement exposés. Traverser en dehors des passages prévus, marcher sur une chaussée dépourvue de trottoir ou circuler la nuit dans une zone mal éclairée peut rapidement devenir dangereux. Mais la responsabilité ne peut pas être renvoyée uniquement aux usagers vulnérables. La conception des routes, l’éclairage, la signalisation, l’existence de passages protégés et la vitesse pratiquée par les véhicules jouent également un rôle essentiel. La gravité des accidents est ainsi étroitement liée à l’environnement dans lequel ils se produisent. Une même erreur n’a pas les mêmes conséquences sur une rue où la circulation est lente et sur un axe où les véhicules roulent à grande vitesse.

Compter les accidents ne suffit plus

Pendant longtemps, l’évolution de la sécurité routière a surtout été observée à travers le nombre total d’accidents. Une baisse était considérée comme un signe encourageant, une hausse comme une dégradation. Les chiffres de 2026 montrent les limites de cette lecture. Si les accidents sont moins nombreux mais tuent davantage, le principal indicateur à surveiller devient leur gravité. Il faut alors s’interroger sur les circonstances précises des collisions mortelles, les routes sur lesquelles elles surviennent, les catégories d’usagers concernées et les comportements qui transforment le plus souvent une erreur en drame. La prévention doit donc évoluer. Les campagnes générales appelant à la prudence restent nécessaires, mais elles ne peuvent suffire. La réduction de la mortalité passe aussi par un contrôle plus ciblé des comportements les plus dangereux, une présence renforcée sur les axes à risque et une meilleure protection des usagers vulnérables. Le port de la ceinture de sécurité reste, lui aussi, un élément essentiel. Un accident n’est pas toujours évitable, mais ses conséquences peuvent être limitées par les dispositifs de protection. La même logique vaut pour les équipements adaptés aux deux-roues. La sécurité routière ne consiste pas seulement à empêcher la collision, elle consiste aussi à réduire la probabilité qu’elle tue. Les infrastructures ont également leur part dans l’équation. L’état de la chaussée, la visibilité, l’éclairage, la signalisation et l’aménagement des intersections peuvent aggraver ou réduire le risque. Identifier les zones où se concentrent les accidents graves permettrait d’agir plus précisément, plutôt que de considérer l’ensemble du réseau routier de la même manière. 

La situation observée depuis le début de l’année 2026 envoie finalement un avertissement clair. Moins d’accidents ne signifie pas nécessairement des routes plus sûres. Tant que le nombre de morts continue d’augmenter, la baisse des collisions ne peut être considérée comme une victoire. Derrière chaque accident mortel se trouve souvent une succession de facteurs : quelques secondes d’inattention, une vitesse trop élevée, une protection insuffisante ou une route qui pardonne mal l’erreur. C’est cette chaîne qu’il faut désormais chercher à briser. Car le véritable objectif de la sécurité routière ne devrait pas être uniquement de réduire le nombre d’accidents, mais d’empêcher qu’une erreur sur la route ne se transforme, trop souvent encore, en tragédie.

Leila SELMI

 

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Sfax Green Shift 2026 : la transition vers une mobilité plus durable

Dans un contexte marqué par l’urgence climatique et le renforcement des mesures réglementaires et contraintes fiscales, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est devenue une priorité essentielle pour l’économie. Ainsi sous le thème «Mobilité Durable, Décarbonation et Innovation», Sfax Green Shift 2026 réunira les acteurs de la mobilité, de l’industrie, de l’innovation et du développement durable le mercredi 15 juillet 2026 au Technopole de Sfax.

Les technologies sont là (véhicules électriques, flottes connectées, intelligence embarquée), mais notre écosystème d’exploitation, d’assurance et de financement est resté cloisonné. La solution ? L’Alliance. C’est tout l’enjeu du Sfax Green Shift. Ce n’est pas un énième salon, c’est le 1er Laboratoire National de la Mobilité Intelligente. Un «Think Tank» décisif qui revient pour sa 4e édition. Ce Green Shift Festival se réinvente : nouvelles dates, nouveau lieu et une ambition intacte, celle de nourrir nos imaginaires pour nous accompagner vers un monde plus durable. Mêlant performances, discussions, projections, animations et abordant des sujets variés, la programmation du Green Shift Festival met en lumière des formes d’engagement écologique. Mohamed Nidhal Battini, organisateur de l’événement, revient sur les objectifs de cette édition, les temps forts du programme et les enjeux de la transition écologique en Tunisie. «Cette manifestation ‘’Sfax Green Shift 2026’’ vise à soutenir la transition vers une mobilité plus durable et repose sur trois piliers principaux : la mobilité durable, la décarbonation et l’innovation, avec la participation de nombreux acteurs des secteurs des transports, de l’industrie, des technologies, de la recherche scientifique et de l’investissement, ainsi que d’organisations œuvrant pour le développement durable. Le choix de Sfax repose sur une approche scientifique, la région est confrontée à des défis majeurs en matière de mobilité urbaine et rurale. La problématique ne se limite pas aux tarifs des transports, mais englobe également les aspects administratifs et réglementaires, d’où la nécessité d’améliorer les conditions de mobilité et d’accessibilité dans ce grand pôle économique».

Comment décarboner la mobilité ?
Ce forum vise à explorer des pistes pour développer des solutions de mobilité respectueuses de l’environnement, réduire les émissions de carbone et soutenir l’innovation dans le secteur, tout en renforçant le lien entre la recherche scientifique et l’industrie et en s’adaptant aux transformations mondiales dans les domaines des véhicules électriques, de la numérisation et de l’efficacité énergétique. La transition vers une mobilité durable exige une décarbonation profonde des transports, nécessitant l’adoption de technologies innovantes. Ce triptyque repose sur le report modal (transports en commun, vélo), l’électrification des flottes et le développement de services connectés intelligents. La mobilité décarbonée désigne l’ensemble des modes de transports et des solutions permettant de se déplacer en produisant peu d’émissions de gaz à effet de serre (GES). L’absence totale d’émissions semble utopique, puisque l’ensemble des véhicules entraînent des rejets à au moins une étape de leur cycle de vie, que ce soit lors de leur production, leur acheminement ou leur utilisation par exemple. De manière générale, la notion de décarbonation de la mobilité fait référence à la réduction de la consommation de carburants d’origine fossile (essence, diesel…) qui sont fortement émetteurs de dioxyde de carbone (l’un des principaux gaz à effet de serre) et l’usage d’alternatives aux véhicules thermiques (mobilités douces, transports en commun, autopartage…).
Ces transports durables sont des systèmes de mobilité visant à minimiser les émissions de gaz à effet de serre et les impacts environnementaux, tout en garantissant la sûreté et l’accessibilité financière, en améliorant l’efficacité énergétique et l’utilisation des ressources, ainsi qu’en assurant un accès équitable à la mobilité pour tous. Ils englobent une large gamme de solutions, allant des réseaux piétonniers et cyclables aux transports routiers électriques alimentés par les énergies renouvelables, en passant par la promotion des transports publics et l’adoption de carburants propres pour la navigation maritime et l’aviation. Il est également essentiel d’améliorer l’efficacité des systèmes, l’aménagement du territoire et la conception des infrastructures pour rendre les transports plus durables. Il convient de souligner que ce transport durable n’est pas une solution unique, mais repose sur une approche systématique qui intègre les technologies, les infrastructures, la planification, les politiques publiques et le changement de comportement, afin de réduire les émissions tout en renforçant la connectivité. Lorsqu’ils sont bien conçus, les systèmes de transport durables favorisent à la fois la santé, les perspectives économiques et la protection de l’environnement. Cette vision holistique s’applique à l’ensemble des modes de transport et à toutes les régions, faisant du transport un puissant catalyseur de l’action pour le climat et le développement durable. Passer de l’utilisation des véhicules privés à celle des transports publics à faibles émissions, tels que les bus électriques et les systèmes ferroviaires alimentés par l’électricité renouvelable, ou faciliter les déplacements à pied et à vélo grâce à des infrastructures sûres et inclusives, relève du transport terrestre durable. Ce type de mobilité est encouragé par un aménagement urbain adapté, un système de billetterie intégré valable pour plusieurs modes de transport, ainsi que des outils numériques de gestion de mobilité, qui contribuent à améliorer la qualité du service et réduire la congestion routière.
Ces transports durables renforcent également la résilience économique des pays. Dans un monde subissant de plus en plus la volatilité des prix de l’énergie et les pressions inflationnistes, les systèmes de transport propres offrent une stabilité à long terme. Les transports publics électrifiés, les services de mobilité partagée et la logistique efficace -terrestre, maritime, aérienne- deviennent de plus en plus rentables, d’autant plus que leurs coûts continuent de baisser à mesure que les technologies progressent et que les marchés arrivent à maturité.

Kamel BOUAOUINA

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Ouvrières agricoles : rendre visible les invisibles

Dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales, une note a été publiée. Intitulée «Ouvrières agricoles : repenser le travail agricole féminin pour un développement rural durable et inclusif», cette note se veut examiner la situation des ouvrières agricoles dans notre pays, tout en proposant des recommandations concrètes, visant à améliorer les conditions de travail de ces ouvrières et à mieux valoriser leur contribution au secteur agricole.

«Ouvrières agricoles : repenser le travail agricole féminin pour un développement rural durable et inclusif», tel est l’intitulé d’une note de réflexion pour de nouvelles pistes d’action.

Cette note de réflexion a été rédigée dans le cadre du projet Tamkin Femmes Rurales (2025-2026), mis en œuvre suite à une collaboration entre l’Association pour la Protection de l’Environnement et du Développement Durable de Bizerte (APEDDUB), INRAT, INAT et Cirad.

Ce projet est soutenu par Savoirs éco, projet financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France qui vise à appuyer les Structures Productrices de Savoirs à vocation Économique (SPSE) dans notre pays.

L’amélioration des conditions de travail, une priorité

Il est expliqué que cette note examine la situation des ouvrières agricoles, qui représentaient 58% de la main-d’œuvre rurale en 2017, mais exercent majoritairement sans contrat ni protection sociale. Pour leur note, les auteurs ont choisi de croiser une recherche, menée sur trois gouvernorats, en 2024, dans laquelle il est indiqué qu’environ 75% des ouvrières agricoles exercent sans contrat de travail et 92% ne bénéficient pas d’une affiliation à un régime de sécurité sociale, et un atelier participatif tenu à Béja en février de cette année, pour formuler des recommandations autour de cinq axes : définir un statut officiel, rendre effective la protection sociale, améliorer rémunération et conditions de travail, sécuriser le transport et soutenir l’organisation collective des travailleuses.

Le document insiste sur le fait que le travail des ouvrières agricoles reste largement invisibilisé, sous-estimé et peu réglementé, exerçant dans un cadre informel et dans des conditions précaires.

Elles évoluent en marge des dispositifs d’action publics et leurs droits fondamentaux sont souvent négligés au profit de la rentabilité des exploitations agricoles, étant restées pendant longtemps invisibles des politiques de développement.

D’autre part, les jeunes générations se détournent du travail agricole, préférant travailler dans des usines ou en ville, ce qui pourrait menacer à terme le fonctionnement du secteur agricole dans son ensemble.

L’on peut lire dans la note que l’amélioration des conditions de travail des ouvrières agricoles est une priorité pour faire progresser le bien-être de nombreuses femmes rurales chez nous et permettre, aussi, de redonner le goût de la terre aux jeunes.

Le document rappelle que les ouvrières agricoles accèdent au travail souvent à travers des intermédiaires, assurant la mise en relation entre l’offre de travail des agriculteurs et les disponibilités de travail des ouvrières. Les ouvrières changent souvent, au cours d’une même saison agricole, de lieu de travail, en fonction des tâches à effectuer. Ce qui a pour conséquence qu’elles disposent d’un faible pouvoir de négociation, se traduisant par des rémunérations souvent très insuffisantes. Il est donné comme exemple le gouvernorat de Béja dans lequel, en 2025, certains salaires étaient compris entre 10 et 20 dinars par jour.

Pallier les transports dangereux

Outre les salaires, un autre problème se pose : les transports. Comme mentionné dans la note, les conditions de transport des ouvrières agricoles demeurent particulièrement préoccupantes : souvent transportées à l’arrière de camionnettes et de pickups dans des conditions ne respectant pas les normes minimales de sécurité. Certains intermédiaires assurent fréquemment la fonction de transporteur en dehors d’un cadre réglementaire effectif.

Pourtant, la loi n° 2019-51 du 11 juin 2019 a instauré une catégorie spécifique de «transport de travailleurs agricoles» et l’article 2 du décret-loi n° 2024-4 du 22 octobre 2024 prévoit la mise en place d’un service de transport public routier non régulier dédié aux travailleuses agricoles, qu’elles soient salariées ou non salariées. La note rappelle que ces dispositions précisent que ce service sera assuré par des personnes physiques ou morales titulaires d’une autorisation et opérant à l’échelle d’un ou de plusieurs gouvernorats.

Cependant, nombre de transporteurs n’obéit pas au mécanisme prévu par ces deux textes. Le document insiste sur le fait que les difficultés persistent, particulièrement, en raison d’insuffisance des incitations, de la régulation et de la prise en compte incomplète des réalités du terrain, comme l’état des pistes agricoles rendant souvent difficile, voire inadapté, le recours à des bus.

Afin d’améliorer les conditions des ouvrières agricoles, les auteurs de la note préconisent, entre autres, de définir un statut de l’ouvrière agricole en leur donnant un statut officiel et spécifique et en renforçant l’inspection du travail, de rendre effective la protection sociale, en accompagnant l’inscription des ouvrières à la protection sociale et en instaurant une taxe permettant un financement spécifique de la cotisation des agriculteurs employeurs.

Les auteurs préconisent, également, d’améliorer la rémunération et les conditions de travail, en créant des organisations locales d’ouvrières, qui offriront collectivement une force de travail et un pouvoir de négociation, et en mettant en place des protocoles de sécurité du travail et à disposition des équipements de protection dans les exploitations.

D’autre part, afin d’améliorer les conditions de transport des ouvrières agricoles, des incitations et des sanctions pour la mise en œuvre de la réglementation du transport agricole et l’amélioration des pistes rurales seraient de bon ton.

Enfin, pour soutenir la structuration collective des ouvrières agricoles, il faudrait la création de syndicats au niveau national.

Zouhour HARBAOUI

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Femmes tunisiennes et marché du travail : comment améliorer l’employabilité des femmes diplômées ?

En Tunisie, le nombre de femmes actives continue de progresser. Cette évolution de l’occupation féminine est sensiblement liée aux changements démographiques et socioculturels constatés depuis les années 1990 ainsi qu’à l’élévation de leur niveau d’instruction. Cependant, les statistiques font apparaître de fortes disparités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail avec des écarts qui figurent parmi les plus importants au monde. La Tunisie est une pépinière de talents féminins dont l’économie se prive. Le diagnostic révèle un fossé structurel majeur.

Si les femmes affichent des taux d’achèvement scolaire bien supérieurs à ceux des hommes (83,8% au collège contre 46,8% au secondaire), le mécanisme s’enraie dès l’accès à l’emploi. Seules 26,7% des femmes intègrent le marché du travail, contre 64,9% des hommes. Pour le secteur privé, ce différentiel représente une perte sèche de compétitivité et d’innovation. L’accès aux postes de responsabilité reste également verrouillé : les femmes ne représentent que 9% des top managers et 18,6% des propriétaires d’entreprises. Les jeunes femmes ont ainsi du mal à trouver un emploi en Tunisie, même avec des diplômes universitaires. . L’amélioration du niveau d’instruction n’a pas entraîné de meilleurs résultats sur le marché du travail ni des revenus plus élevés, les Tunisiennes gagnant 34% de moins que les hommes (Banque mondiale, 2023). En dépit de l’évolution des comportements d’activités des femmes et de l’élévation de leur niveau d’instruction, elles demeurent minoritaires sur le marché du travail.

Plus éduquées, mieux formées, mais grandes perdantes sur le marché du travail 

Il est difficile de dresser un tableau exhaustif des causes d’une telle disparité et d’expliquer avec précision pourquoi les femmes sont majoritaires sur les bancs des universités et en bout de file dans la course à l’emploi tant les études sur le sujet sont peu nombreuses et les statistiques quasi absentes ou alors trop superficielles. Cependant, certains obstacles structurels et culturels peuvent partiellement expliquer ce déséquilibre : le poids des traditions et les contraintes familiales qui participent à limiter les possibilités des femmes en matière de choix du poste d’emploi et de mobilité, les conceptions archaïques et passéistes promues par certains segments de la classe politique et la sphère culturelle, les préjugés et stéréotypes de genre. Une perte considérable pour le capital «compétences» du pays mais également pour la situation matérielle des femmes, leur qualité de vie et leur statut social. La question de l’emploi est un défi majeur pour tous les pays, cependant avec des degrés variables. Si les disparités dans les acquis en matière d’égalité hommes-femmes creusent un écart important entre les pays du «Nord» et les pays du «Sud», il est assez facile d’imaginer les contrastes disproportionnés qui existent entre les grandes villes et les zones rurales. Les femmes restent souvent orientées vers des emplois précaires et faiblement rémunérés, notamment dans l’agriculture et le secteur informel. Les femmes qualifiées rencontrent, pour leur part, des difficultés à accéder aux postes de responsabilité. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’initiative «WySE»qui vise à améliorer les perspectives d’emploi des femmes diplômées de l’enseignement supérieur dans les domaines scientifiques, en partenariat avec ONU Femmes et avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas en Tunisie. Ce Fonds pour l’emploi des jeunes, une initiative financée par les Pays-Bas, a débuté ses activités en Tunisie en 2019 et a achevé ses programmes en 2026. Durant cette période, il a contribué à la création et à l’amélioration des opportunités d’emploi pour un grand nombre de jeunes, les femmes représentant environ 50% des bénéficiaires dans divers secteurs économiques.

L’initiative «WySE», lancée l’année dernière, répond aux difficultés rencontrées par les femmes diplômées dans des domaines scientifiques tels que l’ingénierie, les mathématiques et la biologie, alors même que la Tunisie figure parmi les pays affichant un pourcentage élevé de femmes diplômées dans ces domaines. Elle repose sur une collaboration avec le secteur privé afin de faciliter la transition des études à la vie professionnelle. Parmi ses principales activités figure l’organisation de forums de l’emploi mettant en relation les demandeurs d’emploi et les institutions proposant des offres de recrutement dans les domaines scientifiques et techniques. En juillet 2025, «WYSE» a réuni 104 femmes diplômées et 29 entreprises à la Cité des Sciences de Tunis. Depuis, la dynamique enclenchée s’est traduite par des avancées concrètes : 41,3% des participantes ont accédé à un emploi, soit 43 jeunes femmes aujourd’hui actives dans les secteurs STEM. Cette première édition du salon avait obtenu des résultats positifs, avec un taux de placement d’environ 40% des participantes. Il a exprimé l’espoir que ce taux atteindra au moins 50% dans les trois à six mois suivant le salon. S’appuyant sur les enseignements de l’édition 2025, «WYSE 2.0» va encore plus loin pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes femmes dans les domaines des Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques (STIM). Cette nouvelle édition renforcera les passerelles entre les jeunes diplômées, les entreprises et les acteurs de l’écosystème, tout en accordant une attention particulière aux secteurs des Technologies de l’Information et des Sciences biologiques, où les opportunités d’innovation et d’emploi sont en pleine croissance. Former, connecter, accompagner et créer davantage d’opportunités, tels sont les objectifs qui guideront «WYSE 2.0».

Kamel BOUAOUINA

 

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Vague de chaleur : un quotidien à l’épreuve des fortes températures

La hausse des températures annoncée à partir de cette semaine marque le début d’un nouvel épisode de forte chaleur qui devrait toucher une grande partie du pays. Comme chaque été, les Tunisiens devront composer avec un mercure en nette hausse, parfois accompagné de vents de sirocco qui accentuent la sensation de chaleur et rendent l’air plus difficile à supporter. Si ces épisodes sont désormais récurrents, leurs conséquences dépassent largement le simple inconfort.

Ils modifient progressivement les habitudes de vie, influencent les comportements, pèsent sur le budget des ménages et mettent sous pression plusieurs services essentiels. Au fil des années, la canicule est devenue bien plus qu’un phénomène météorologique, elle façonne désormais notre quotidien.

Des habitudes de vie qui changent au rythme du thermomètre
Lorsque les températures dépassent les normales saisonnières, les journées ne s’organisent plus de la même manière. Les rues se vident progressivement à l’approche de midi, les déplacements sont reportés en fin d’après-midi ou en soirée et de nombreuses familles choisissent de rester à l’intérieur pendant les heures les plus chaudes. Les cafés climatisés, les centres commerciaux et les plages deviennent des lieux privilégiés pour échapper à la chaleur, tandis que les promenades et les activités de loisirs commencent souvent après le coucher du soleil. L’été impose ainsi un nouveau rythme de vie, où les horaires sont dictés par le soleil plus que par les habitudes.
Cette adaptation concerne également le monde du travail. Les ouvriers du bâtiment, les agriculteurs, les agents municipaux, les livreurs ou encore les forces de l’ordre poursuivent leurs missions malgré des conditions parfois éprouvantes. Travailler plusieurs heures sous une chaleur intense augmente le risque de fatigue, de déshydratation et de malaises. Certaines entreprises réaménagent les horaires lorsque cela est possible afin d’éviter les périodes les plus chaudes, mais de nombreux professionnels n’ont d’autre choix que de poursuivre leurs activités en plein soleil. La canicule devient alors un véritable défi pour la santé et la productivité. Les fortes chaleurs influencent aussi le sommeil. Lorsque les températures restent élevées durant la nuit, beaucoup de personnes peinent à trouver un sommeil réparateur. Les réveils nocturnes sont plus fréquents, les nuits paraissent plus courtes et la fatigue s’accumule au fil des jours. Cette mauvaise qualité de sommeil peut avoir des répercussions sur la concentration, l’humeur et la vigilance, notamment chez les conducteurs ou les personnes exerçant des métiers nécessitant une attention constante.

Une facture plus lourde pour les ménages
L’un des premiers effets de la chaleur se ressent également dans le portefeuille. Pour maintenir une température supportable à l’intérieur des logements, les climatiseurs et les ventilateurs fonctionnent parfois pendant de longues heures. Les réfrigérateurs sont davantage sollicités, tandis que les besoins en eau augmentent avec les douches plus fréquentes, la préparation de boissons fraîches ou l’arrosage des jardins. Résultat : les consommations d’électricité et d’eau progressent sensiblement durant les mois d’été.
Cette hausse des dépenses intervient souvent à une période déjà coûteuse pour les familles. Les vacances scolaires, les déplacements, les loisirs et les dépenses liées à la saison estivale pèsent déjà sur le budget des ménages. L’augmentation des factures vient alors s’ajouter à ces charges, obligeant certains foyers à arbitrer entre confort et économies. Toutes les familles ne disposent d’ailleurs pas d’un climatiseur ou d’un logement suffisamment isolé pour faire face aux fortes chaleurs. Pour elles, supporter les températures élevées devient une contrainte quotidienne.
Les commerces voient eux aussi leurs habitudes évoluer. Les bouteilles d’eau, les boissons fraîches, les glaces, les ventilateurs et les climatiseurs figurent parmi les produits les plus recherchés dès que le mercure grimpe. Les marchés enregistrent également une forte demande pour les fruits riches en eau, comme la pastèque ou le melon, tandis que certains commerçants adaptent leurs horaires afin d’accueillir davantage de clients en soirée. La chaleur modifie ainsi les comportements de consommation et oblige de nombreux professionnels à s’adapter.

Des services publics davantage sollicités
Les épisodes de canicule ne touchent pas uniquement les particuliers. Ils mettent également les services publics sous pression. Les établissements de santé constatent généralement une augmentation des consultations pour déshydratation, épuisement ou malaises liés à la chaleur, notamment chez les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques. Les autorités sanitaires rappellent régulièrement l’importance de boire suffisamment d’eau, d’éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes et de limiter l’exposition directe au soleil.
Les fortes températures entraînent également une augmentation de la consommation d’électricité à l’échelle nationale. Lorsque des centaines de milliers de climatiseurs fonctionnent simultanément, la demande en énergie atteint des niveaux particulièrement élevés. Les gestionnaires du réseau doivent alors répondre à ces pics de consommation afin d’assurer la continuité de l’alimentation électrique, un défi qui revient chaque été avec l’installation des vagues de chaleur. La chaleur affecte aussi les déplacements. Conduire sous des températures élevées peut provoquer une fatigue plus rapide, une baisse de la vigilance et un temps de réaction plus long. Les longs trajets deviennent plus éprouvants, surtout lorsque les véhicules ne sont pas équipés d’un système de climatisation performant. Les animaux domestiques souffrent eux aussi des fortes chaleurs, obligeant leurs propriétaires à adapter les promenades et à veiller davantage à leur hydratation.
Les agriculteurs ne sont pas épargnés. Les épisodes de chaleur accélèrent l’évaporation de l’eau et augmentent les besoins d’irrigation des cultures. Le bétail est également plus vulnérable aux températures extrêmes, ce qui impose des mesures supplémentaires pour préserver son bien-être. Ces contraintes viennent s’ajouter aux défis déjà posés par la gestion des ressources en eau durant la saison estivale. Au-delà des conséquences immédiates, la répétition de ces épisodes montre que la canicule s’installe progressivement comme une composante durable des étés tunisiens. Les habitants adaptent leurs horaires, les entreprises réorganisent parfois leur activité, les services publics renforcent leur vigilance et les familles revoient leurs habitudes de consommation. Ce qui était autrefois considéré comme un épisode exceptionnel tend désormais à devenir une réalité récurrente.
Face à cette évolution, l’adaptation apparaît comme une nécessité. Les comportements individuels restent importants, mais ils devront s’accompagner d’une réflexion plus large sur l’aménagement des villes, la performance énergétique des bâtiments, la gestion des ressources en eau et la protection des personnes les plus vulnérables. Car la canicule ne se résume plus à quelques journées particulièrement chaudes. Elle influence désormais l’organisation de la société, l’économie et la qualité de vie de millions de Tunisiens. Chaque nouvel épisode rappelle que la chaleur n’est plus seulement une caractéristique de l’été, mais un défi auquel le pays devra apprendre à faire face de manière durable.

Leila SELMI

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Grève des taxis : réformer le transport non régulier sans sacrifier la justice sociale

La grève générale observée lundi dernier par les professionnels du transport public non régulier a une nouvelle fois mis en lumière les profondes difficultés que traverse ce secteur stratégique. De 5 heures à 21 heures, les taxis individuels, les taxis collectifs, les taxis touristiques, les véhicules de louage ainsi que le transport rural ont été appelés à suspendre leur activité sur l’ensemble du territoire.

Selon la Fédération nationale du transport relevant de l’UTICA, le mouvement a connu un taux de participation élevé, traduisant le malaise grandissant d’une profession confrontée à une dégradation continue de ses conditions d’exercice.

Des revendications de nature réglementaire et législative
Intervenant sur les ondes d’une radio de la place, le vice-président de la Fédération nationale du transport, Moez Sellami, a estimé que la mobilisation s’était déroulée conformément aux prévisions. Il a réaffirmé la volonté des professionnels de parvenir à une solution négociée avec les autorités, tout en soulignant que leurs revendications sont essentiellement de nature législative et réglementaire. Au premier rang de ces revendications figure la révision des tarifs du transport public non régulier. Une augmentation avait été annoncée pour le premier trimestre 2026 avant d’être reportée au mois de juin, sans qu’aucune décision définitive ne soit finalement adoptée. Pour les représentants du secteur, ce nouveau report est devenu difficilement acceptable. Leurs arguments reposent sur une réalité économique incontestable. Depuis plusieurs années, les coûts d’exploitation n’ont cessé de progresser. Le prix des carburants, les dépenses d’entretien, le coût des pneumatiques, des pièces de rechange, des assurances, des réparations mécaniques ainsi que les charges fiscales pèsent lourdement sur la rentabilité de l’activité. Beaucoup de professionnels estiment aujourd’hui que les tarifs en vigueur ne couvrent plus les coûts réels du service rendu.
À cette augmentation des charges s’ajoute une concurrence de plus en plus importante, l’apparition de nouvelles formes de mobilité, ainsi que la diminution du nombre de courses dans certaines régions. Pour nombre de chauffeurs, la rentabilité quotidienne s’est considérablement réduite, mettant parfois en péril leur capacité à rembourser les crédits contractés pour l’acquisition ou le renouvellement de leurs véhicules. Pour la Fédération, il ne s’agit donc pas d’une simple revendication corporatiste mais d’une nécessité économique destinée à assurer la survie même du secteur. Comme l’a rappelé Moez Sellami, «personne ne peut prétendre que ces revendications ne le concernent pas», y compris les organisations professionnelles qui n’ont pas participé au mouvement.

Toute augmentation a un impact sur le budget des citoyens
Cependant, cette lecture du dossier ne saurait être la seule. Car derrière les difficultés des transporteurs se trouvent également celles des citoyens, qui subissent eux aussi une dégradation continue de leur pouvoir d’achat. Depuis plusieurs années, les ménages tunisiens sont confrontés à une hausse sensible du coût de la vie. Les dépenses alimentaires, les frais de logement, les soins de santé, l’éducation, l’énergie et les transports absorbent une part croissante des revenus familiaux, alors même que les salaires évoluent beaucoup plus lentement. Pour de nombreux travailleurs, étudiants, retraités ou demandeurs d’emploi, le taxi constitue parfois le seul moyen de transport disponible lorsque les réseaux publics sont insuffisants. Toute augmentation des tarifs risque donc d’avoir un impact immédiat sur leur budget quotidien. Le problème dépasse ainsi largement la seule question des intérêts des transporteurs. Il renvoie à une problématique plus globale, celle de l’équilibre économique d’un service public indispensable dans un contexte de fortes tensions sociales. Une augmentation uniforme des tarifs pourrait certes soulager momentanément les professionnels, mais elle risquerait également d’aggraver les difficultés financières des usagers et de réduire encore davantage la fréquentation des taxis, créant ainsi un cercle vicieux dont personne ne sortirait véritablement gagnant.

La recherche d’une solution durable suppose une approche plus globale
Une première piste consisterait à procéder à une révision objective de la structure des coûts du secteur afin de déterminer, sur des bases économiques transparentes, le niveau réel des tarifs nécessaires à son équilibre financier. Parallèlement, les pouvoirs publics pourraient examiner des mécanismes d’accompagnement permettant d’alléger certaines charges supportées par les professionnels. Des facilités fiscales ciblées, des crédits préférentiels pour le renouvellement du parc automobile, des mesures d’encouragement à l’acquisition de véhicules moins énergivores ou encore une révision de certaines taxes pourraient contribuer à améliorer la rentabilité sans faire peser exclusivement l’effort sur les usagers. La modernisation du secteur constitue également un enjeu majeur. La généralisation des outils numériques, des applications de réservation, des systèmes de paiement électronique et d’une meilleure organisation des stations permettrait d’améliorer la qualité du service tout en optimisant les recettes. De leur côté, les citoyens attendent également une amélioration des prestations : ponctualité, disponibilité, qualité de l’accueil, sécurité, transparence des tarifs et respect des règles professionnelles. Toute réforme tarifaire gagnerait ainsi en acceptabilité si elle s’accompagnait d’un engagement réciproque en faveur d’une amélioration du service rendu.

Repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité
Plus largement encore, cette crise rappelle l’urgence de repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité. Le transport public collectif demeure insuffisant dans plusieurs régions, ce qui accroît mécaniquement la dépendance des citoyens à l’égard des taxis et du transport non régulier. Le développement des transports collectifs urbains et interurbains, leur modernisation et une meilleure complémentarité entre les différents modes de déplacement constituent des leviers essentiels pour réduire durablement les tensions. Le dialogue demeure, dans ce contexte, la seule voie susceptible de concilier les intérêts parfois divergents des différentes parties. Les revendications des professionnels sont légitimes lorsqu’elles visent à préserver la viabilité économique de leur activité. Les préoccupations des usagers le sont tout autant lorsqu’elles traduisent les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés des millions de citoyens. La véritable réponse ne peut donc résider dans une opposition entre transporteurs et usagers, mais dans une politique publique capable de prendre simultanément en considération les impératifs économiques des professionnels, la protection du pouvoir d’achat des ménages et l’intérêt général.
L’enjeu dépasse finalement la seule question des tarifs. Il concerne la construction d’un modèle de mobilité plus équilibré, plus performant et plus équitable. C’est à cette condition que les réformes pourront répondre aux attentes des transporteurs sans compromettre les droits des citoyens à un service de transport accessible, de qualité et financièrement supportable. Une telle approche s’inscrit dans la recherche d’un équilibre entre justice sociale, efficacité économique et continuité du service public, trois objectifs qui doivent demeurer au cœur des politiques publiques.

Ahmed NEMLAGHI

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La chanteuse espagnole Bebe à Hammamet : Ode à la musique et à la liberté 

L’une des voix espagnoles les plus écoutées de la jeune génération s’est produite sur la scène du festival de Hammamet dans la nuit du 15 juillet 2026. Vêtue sobrement et entourée de ses musiciens virtuoses, elle a offert au public 1h30 de mélodies pures et de déclarations d’amour dans un français approximatif mais attachant. Une soirée d’été caniculaire mais hautement musicale pendant laquelle la chanteuse a pu offrir un spectacle 100% maîtrisé qui allie ballades douces et morceaux rythmés. Une première fois en Tunisie, désormais mémorable.
Chanteuse, auteure – compositrice mais également actrice, l’artiste ponctue ses morceaux par des déclarations touchantes. Bebe, son nom de scène séduit, tout comme sa voix singulière et sa présence scénique attractive. Ses chansons ont résonné dans cet amphithéâtre en plein air, épousant le slogan phare de cette 60ème édition « Endless Memories ». Une performance, qui est désormais marquante.
En réponse à l’esprit anniversaire et festif du festival de Hammamet, la chanteuse a rendu hommage à un album phare « Pafuera Telarañas », qui fête cette année, ses 22 ans. Paru en 2004 et produit par Carlos Jean, il est riche de tous les titres qui ont fait sa carrière et l’ont fait connaître comme « Malo », « Ella » et « Siempre me quedará ». Bebe conquit par son écriture sensible, engagée et profondément humaine.
Ce concert événement revisite un répertoire incontournable qui a fait d’elle l’une des voix incontournables de la musique hispanophone contemporaine. Des chansons comme « 7 horas », « Respirar », « Mi Guapo » ou encore « La micha » se sont succédé pour le plus grand bonheur des mélomanes présents, pour la plupart espagnols ou hispanophones. Son excellence M. l’ambassadeur d’Espagne en Tunisie « Isidro Antonio González Afonso a répondu présent ainsi que des membres de l’ambassade, de l’Institut Cervantes et de l’AECID.
Bebe prône des causes humaines primordiales pour elle, comme la lutte contre les violences faites aux femmes. Son titre « Malo » en dit long sur son combat. Son univers mêle flamenco, pop, rock et chanson d’auteur, avec des textes engagés sur la liberté, la dignité et l’émancipation. « Merci pour votre présence, votre amour …C’est ma première foisen Tunisie et je suis heureuse de vous rencontrer ». Annonce – elle en lisant une déclaration affichée sur son téléphone.
Reprise du marathon estival des concerts le 17 juillet 2026 avec la performance de Noor et Selim Arjoun. Le duo revient avec un “Live with orchestra” qui sera présenté pour la première fois au Festival International de Hammamet
Kamel Bouaouina

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Chiens errants : le miroir blessé de nos villes

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Depuis quelques années, une silhouette s’est installée dans le paysage quotidien de nos villes tunisiennes, celle du chien errant. On le croise au détour d’une rue, près d’un marché, autour d’une benne à ordures ou sous l’ombre maigre d’un mur. Il traverse les carrefours comme s’il avait appris, lui aussi, à négocier avec le désordre, les klaxons et l’impatience. À force de le voir, nous finissons presque par ne plus le regarder. Il devient une présence ordinaire, une forme vivante du décor urbain. Pourtant, derrière cette apparente banalité se cache une question qui devrait nous inquiéter davantage : comment avons-nous laissé l’errance animale devenir l’un des signes les plus visibles de notre manière d’habiter la ville ?

Le phénomène est souvent associé, dans la mémoire collective, aux transformations qui ont suivi 2011. Les pratiques anciennes, notamment les campagnes d’abattage, ont été davantage contestées, et avec raison. Une société ne progresse pas en banalisant la violence, même lorsqu’elle prétend agir au nom de l’ordre ou de la sécurité. Mais notre erreur a été de croire qu’il suffisait de renoncer à une mauvaise méthode pour que le problème disparaisse. Nous avons interrompu, du moins par moments, une logique brutale sans lui substituer une politique cohérente, durable et visible. Or le vide administratif n’est jamais neutre : il se remplit de conséquences. Les chiens ont continué à naître, à être abandonnés, à se regrouper et à survivre comme ils le pouvaient, tandis que les citoyens oscillaient entre compassion, peur et exaspération.

Ainsi, le chien errant nous place devant une contradiction familière. Nous refusons la cruauté mais nous tolérons l’abandon. Nous nous indignons devant une scène violente mais nous détournons les yeux devant une souffrance lente. Nous voulons des rues sûres, sans toujours accepter les efforts de prévention, de propreté, de vaccination, de stérilisation et d’éducation qui rendent cette sécurité possible. Le problème n’est donc pas seulement dans la rue. Il se trouve dans notre manière de décider, de différer, d’improviser et, trop souvent, de chercher une solution spectaculaire lorsqu’un travail patient aurait été plus efficace.

Une présence qui raconte nos défaillances

Les chiens errants ne sont pas tombés du ciel et n’ont pas choisi la marginalité. Beaucoup sont les descendants d’animaux abandonnés ou de portées laissées sans contrôle. Derrière chaque groupe aperçu près d’une décharge, il y a souvent une chaîne de négligences humaines : un maître qui déménage et laisse l’animal derrière lui, une famille qui se lasse, un chiot offert comme un jouet puis rejeté lorsqu’il grandit, un chien de garde remplacé, une femelle non stérilisée dont les petits sont déposés loin du quartier. L’errance n’est pas un instinct mystérieux, elle est, dans une large mesure, une fabrication sociale.

À cette irresponsabilité individuelle s’ajoute une faiblesse collective. Nos villes s’étendent, de nouveaux quartiers apparaissent, les zones périurbaines avancent, mais les services ne suivent pas toujours au même rythme. Les déchets s’accumulent, les terrains vagues deviennent des refuges, les chantiers abandonnés offrent des abris, et les restes alimentaires assurent une survie minimale. Nous produisons involontairement les conditions de l’errance, puis nous reprochons aux animaux d’en profiter. Une poubelle qui déborde n’est pas seulement une faute esthétique ou un signe de mauvaise gestion, elle devient une mangeoire permanente, un point de rassemblement et, à terme, un facteur de multiplication.

Le chien errant est donc le miroir d’une ville qui ne maîtrise ni ses déchets, ni ses périphéries, ni les conséquences de ses propres habitudes. Sa présence révèle l’écart entre le discours et l’action. Nous parlons de modernité, de qualité de vie, d’espace public et d’attractivité urbaine, mais nous acceptons des rues où se côtoient ordures, animaux affamés, circulation anarchique et peur diffuse. Ce miroir est dérangeant parce qu’il nous renvoie une image que nous préférerions attribuer à l’animal : le désordre. Pourtant, le désordre n’est pas le chien ; le désordre est le système qui le produit et l’abandonne ensuite à son sort.

La peur est réelle mais elle ne suffit pas à penser

Il serait injuste, cependant, de nier l’inquiétude des habitants. Une meute peut impressionner, un chien blessé ou affamé peut devenir imprévisible, et la menace de morsure suscite une peur légitime, surtout chez les parents, les enfants, les personnes âgées, les cyclistes ou ceux qui rentrent tard. La compassion ne doit pas exiger de la population qu’elle renonce à la sécurité. Elle doit au contraire nous obliger à rechercher une réponse plus sérieuse que l’alternative paresseuse entre l’abattage massif et l’inaction.

Lorsque la peur devient l’unique langage du débat, elle transforme l’animal en ennemi absolu. On ne voit plus un être vivant issu de nos abandons ; on voit une nuisance à faire disparaître. Cette simplification est dangereuse, car elle autorise toutes les brutalités sans traiter les causes. Même une campagne d’élimination, si elle n’est pas accompagnée d’une maîtrise des déchets, d’un contrôle des naissances et d’une responsabilisation des propriétaires, ne ferait que libérer temporairement un espace qui serait bientôt occupé par d’autres animaux. Une ville ne se gouverne pas par des gestes de colère répétés, elle se gouverne par la continuité, l’anticipation et l’évaluation.

Il suffit d’observer ces chiens avec un peu d’attention pour comprendre que beaucoup ne cherchent pas l’affrontement. Certains gardent leurs distances, d’autres suivent timidement un passant, d’autres encore attendent un morceau de pain ou un peu d’eau. Leur comportement raconte une longue familiarité avec l’humeur humaine : ils savent reconnaître la main qui nourrit et celle qui frappe. Ils apprennent la prudence, la fuite, parfois la méfiance. Leur patience silencieuse devrait nous troubler, car elle accuse sans discours. Ils survivent dans les marges que nous leur laissons et portent sur leur corps les traces de nos retards, de nos déchets et de notre indifférence.

Sortir de l’improvisation municipale

La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les associations, les bénévoles ou quelques citoyens sensibles. Leur engagement est précieux, mais il ne doit pas servir d’alibi au retrait des institutions. Une politique crédible suppose une coordination entre les municipalités, les services vétérinaires, les associations de protection animale, les établissements scolaires, les médias et les citoyens. Il faut recenser les zones les plus touchées, organiser des campagnes régulières de stérilisation et de vaccination, identifier les animaux déjà pris en charge, traiter les cas de maladie ou d’agressivité et assurer un suivi réel. Sans continuité, chaque opération devient un événement isolé dont les effets s’effacent rapidement.

La propreté urbaine doit être considérée comme une composante essentielle de cette politique. Tant que des quantités importantes de nourriture restent accessibles dans les rues, toute stratégie restera incomplète. Les conteneurs fermés, la collecte régulière, la lutte contre les dépôts sauvages et la sensibilisation des commerçants ne sont pas des sujets séparés de la question animale. Ils en constituent le socle. Il est incohérent de demander la disparition des chiens tout en laissant partout les ressources qui assurent leur regroupement et leur reproduction.

Il faut aussi instaurer une véritable culture de la responsabilité des propriétaires. Posséder un chien ne devrait pas être un acte impulsif, encore moins une mode passagère. L’animal engage pour des années : il faut le nourrir, le soigner, le faire vacciner, empêcher les reproductions incontrôlées et ne pas l’abandonner lorsqu’il devient encombrant. L’identification des chiens domestiques, l’encouragement à la stérilisation et des sanctions réellement appliquées contre l’abandon permettraient de déplacer le débat vers son origine. On parle souvent de contrôler les animaux, il faudrait d’abord contrôler les comportements humains qui les condamnent à l’errance.

Adopter, stériliser, éduquer : une solidarité organisée

Parmi les pistes possibles, une campagne nationale d’adoption mérite d’être défendue. Elle ne consisterait pas à culpabiliser toutes les familles ni à prétendre que chacun peut accueillir un animal. Elle s’adresserait à ceux qui disposent de l’espace, du temps et des moyens nécessaires. Son principe serait simple : transformer une partie du problème public en une multitude d’engagements privés, accompagnés et responsables. Si des milliers de foyers adoptaient chacun un chien, après examen vétérinaire, vaccination et stérilisation, le paysage de nombreuses rues pourrait changer sans violence.

Une telle campagne devrait éviter le sentimentalisme facile. Adopter n’est pas sauver un animal pour quelques jours, puis le rejeter à la première difficulté. C’est accepter une responsabilité durable. Les familles auraient besoin de conseils, d’un suivi initial, d’informations sur le comportement, l’alimentation, l’hygiène et les soins. Les écoles pourraient participer en apprenant aux enfants le respect du vivant, mais aussi les règles de prudence. Les médias pourraient montrer des expériences réussies, expliquer les gestes appropriés et rappeler que la bonté sans organisation peut parfois aggraver le problème, notamment lorsque le nourrissage désordonné favorise les regroupements sans contrôle sanitaire.

Ceux qui ne peuvent pas adopter ne seraient pas exclus de l’effort. Ils pourraient contribuer à une stérilisation, soutenir un refuge, signaler un animal blessé, participer à un point d’eau encadré pendant les fortes chaleurs ou aider une association de manière ponctuelle. Une société adulte ne demande pas la même chose à chacun, elle demande à chacun une part adaptée de responsabilité. Cette solidarité distribuée serait plus efficace qu’une indignation épisodique sur les réseaux sociaux, vite oubliée dès que l’émotion retombe.

Au fond, la question des chiens errants dépasse largement les chiens. Elle parle de la ville que nous construisons, de la valeur que nous accordons à la vie vulnérable, de notre capacité à transformer une émotion morale en politique publique. Elle mesure aussi notre cohérence. Nous ne pouvons pas réclamer des espaces plus propres, plus sûrs et plus humains tout en abandonnant aux rues les conséquences de nos propres décisions. La sécurité des habitants et la protection animale ne sont pas deux causes ennemies, elles deviennent compatibles dès lors que l’on remplace l’improvisation par la prévention et la brutalité par l’organisation.

Après 2011, nous avons beaucoup parlé de liberté, de dignité et de droits. Il reste à donner à ces mots leur complément indispensable : la responsabilité. Une ville digne n’est pas une ville qui cache ses victimes ou les élimine lorsqu’elles deviennent visibles. C’est une ville qui remonte aux causes, corrige ses pratiques et refuse que l’abandon soit la réponse ordinaire à ce qui dérange. Le chien errant, immobile au bord d’un trottoir, n’est peut-être pas seulement un animal perdu. Il est la question silencieuse que la ville nous adresse : que faisons-nous de ceux que notre propre négligence a laissés dehors ? La réponse ne se trouvera ni dans la peur seule ni dans la pitié seule, mais dans une politique patiente, ferme et humaine. C’est à cette condition que nos rues cesseront d’être le théâtre de notre incohérence et pourront redevenir un espace partagé, plus sûr pour les habitants comme pour les animaux.



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L’ATUGE présente la 3e édition de «Tunisia Global Forum» : l’intelligence collective pour bâtir la Tunisie de demain

L’Association des Tunisiens des Grandes écoles (ATUGE) a organisé hier une conférence de presse pour présenter la 3e édition du Tunisia Global Forum (TBF) qui se tiendra mardi prochain, ainsi que les évènements corollaires. « Bâtir l’avenir à l’ère de l’IA » est le leitmotiv choisi pour cette nouvelle édition qui réunira la diaspora tunisienne avec tous les acteurs économiques autour d’un objectif commun, celui de bâtir une Tunisie qui repose sur l’intelligence collective.

Le TBF qui s’affirme comme étant un rendez-vous annuel incontournable pour la diaspora vise à mobiliser les talents tunisiens du monde et les écosystèmes d’entreprises et d’innovation pour accélérer la transformation du pays et renforcer son rayonnement à l’international à l’ère de l’intelligence artificielle.
Amine Aloulou, président de l’ATUGE, a affirmé que l’objectif suprême de l’association, qui travaille de concert avec l’Alliance mondiale des talents tunisiens (World Alliance of Tunisian Talents-WATT) et d’autres partenaires dont la CONECT, le CJD, expertise France et des structures institutionnelles, est de connecter les réseaux de compétences tunisiennes établies à l’étranger aux talents présents en Tunisie, aux acteurs économiques, aux startups, aux institutions publiques et aux organismes de coopération internationale. 
Et d’ajouter : «L’année 2026 coïncide avec le centenaire de la naissance de Mokhtar Latiri, une figure majeure de la génération des Bâtisseurs qui constituent pour nous un message et un exemple frappant de la volonté commune et de l’intelligence commune qui ont fait la force de la Tunisie postindépendance. «D’où notre défi est de faire de l’intelligence collective un tremplin pour bâtir la Tunisie de demain dans un monde de transmutation effervescente où chaque instant est une invitation à renouveler sa vision des choses. L’enjeu pour la Tunisie ne consiste pas seulement à suivre l’évolution de l’intelligence artificielle, mais à construire une capacité collective permettant de transformer cette révolution en opportunités concrètes».

Présentant le programme du TGF, Tarak Bouacida, le Commissaire du forum, a passé en revue plusieurs thématiques qui seront débattues dont : «L’intelligence collective pour bâtir l’avenir de l’IA», «Bâtir aujourd’hui les fondations d’une IA créatrice de valeur» et «Comment réussir le virage de l’IA », une première plénière dédiée aux infrastructures, à l’éthique et à la maîtrise des fondations de l’IA et une seconde plénière qui abordera l’impact de l’IA sur la transformation des métiers, les compétences et l’éducation. Il s’agit de pousser la réflexion autour de la manière d’épouser l’ère du changement, notamment en matière d’éducation et d’emploi.

En parallèle de ces sessions principales, des espaces thématiques interactifs permettront d’approfondir les échanges sur l’open-innovation dans l’industrie, la valorisation de la recherche en IA (notamment dans la santé et les biotechs), ainsi que l’écosystème des startups à l’ère de l’IA, outre les sessions de partage d’expériences animées par des leaders du secteur (AI Founders & Leaders Insights).

La Diaspora régionale Networking du 15 juillet au 15 août
Le forum sera marqué par la publication d’un Livre Blanc dédié à l’intelligence artificielle, a fait savoir le président de l’ATUGE. Le livre en question est le fruit de la réflexion de plus de 20 experts et universitaires en la matière. Lesquels ont présenté une série de recommandations, des clés directrices pour jeter les bases d’un début d’une dynamique autour de l’IA et passer à la concrétisation des stratégies ambitieuses. «L’avenir se bâtit aujourd’hui», a affirmé Amine Aloulou.
La dimension régionale sera présente au cours de ce «Diaspora Month» à travers l’organisation de la Diaspora regional Networking du 15 juillet au 15 août et ce, dans plusieurs régions du pays, à savoir Sfax, Sousse, Hammamet, Bizerte, Gabès, Béja et Djerba.

Le TGF IA Awards pour réduire le gap entre la recherche et l’innovation
Par ailleurs, une autre nouveauté pour le TGF cette année, c’est l’organisation du AI Hackathon (Automate et Reinvent) et ce, du 17 au 19 juillet courant en partenariat avec CJD Horizon. Le hackathon s’articulera autour de trois thèmes, à savoir Finance et assurance, santé, pharma et industrie.
Mouna Marrakchi, SG de l’ATUGE, a affirmé que l’objectif consiste à réduire le gap entre la recherche et l’innovation, en tirant profit de l’IA. D’où l’intérêt du lancement de l’IA Awards qui se projette de mettre en lumière des compétences tunisiennes en Tunisie et/ou à l’étranger. Elle a affirmé que sur une cinquantaine de candidatures, 12 startups ont été retenues. Par ailleurs, 12 projets novateurs pour la valorisation de la recherche et la création de la valeur et de l’impact sont également en course, outre les projets d’intégration de l’IA en entreprise (AI Business).
Ce hackathon qui se positionne comme un laboratoire d’innovation collaborative d’excellence sera marqué par la mobilisation de 42 groupes et plus de 150 étudiants et jeunes talents de Tunisie et de la diaspora, a indiqué la présidente de CJD Tunis Horizon, Nouha Younes. Ils seront encadrés par 50 mentors de haut niveau, comprenant des professionnels de l’écosystème entrepreneurial, des experts en IA et des spécialistes métiers issus des entreprises partenaires. Leur mission consistera à relever des défis opérationnels complexes, avec pour priorité le déploiement de solutions applicables à des secteurs stratégiques de l’économie nationale.
L’événement réunira plus de 2.500 participants, 150 entreprises et startups, ainsi que 80 intervenants et experts de Tunisie et de l’étranger.

Yosr GUERFEL AKKARI

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Santé maternelle et néonatale : transition démographique, justice sociale et gouvernance sanitaire

Par Mondher AFI

Le 10 juillet 2026, au siège de son département à Tunis, le ministre de la Santé, Dr Mustapha Ferjani, a présidé une réunion de travail consacrée au renforcement de la santé maternelle et néonatale. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre des orientations présidentielles impulsées par le Président de la République, Kaïs Saïed, en faveur de la modernisation du système national de santé et de l’amélioration de la qualité des soins périnataux.

La stratégie présentée repose sur le renforcement des compétences des professionnels de santé, l’harmonisation des protocoles cliniques, l’amélioration des circuits de référence, la généralisation du dossier médical numérique interopérable, l’intégration progressive des données du secteur privé et le développement d’une coordination plus efficace entre les différents niveaux de prise en charge, dans l’objectif d’améliorer la qualité, la continuité et l’équité des soins maternels et néonataux sur l’ensemble du territoire.
Comme le rappelle Émile Durkheim, «les faits sociaux doivent être expliqués par d’autres faits sociaux». La santé maternelle ne dépend donc pas uniquement de la qualité des actes médicaux, elle traduit également les conditions sociales dans lesquelles vivent les populations.
L’accès aux soins, le niveau d’instruction des femmes, la protection sociale, les infrastructures de transport, les revenus des ménages et les disparités territoriales influencent directement les risques liés à la grossesse et à l’accouchement. Dans cette perspective, la mortalité maternelle constitue moins un simple indicateur sanitaire qu’un révélateur des inégalités sociales.
À cet égard, l’Organisation mondiale de la Santé considère depuis plusieurs années que la réduction de la mortalité maternelle nécessite une approche globale combinant prévention, accès universel aux soins, qualité des services et réduction des inégalités.
Les analyses démographiques montrent que la Tunisie s’inscrit depuis plusieurs décennies dans une transition démographique relativement avancée au sein du Maghreb.
Selon Kingsley Davis, «la transition démographique est l’une des plus profondes transformations sociales de l’histoire moderne». Elle ne se limite pas à la baisse de la fécondité, elle traduit une transformation des comportements familiaux, de la condition féminine, des politiques de santé et du développement économique.
Les travaux consacrés à l’évolution démographique des pays maghrébins montrent que la baisse de la mortalité infantile et maternelle accompagne généralement la généralisation de la médecine préventive, l’amélioration du niveau de vie, la scolarisation des filles et la modernisation des services publics.
Cependant, comme le soulignent plusieurs démographes, cette transition demeure fragile lorsque les progrès sanitaires ne sont pas accompagnés d’une croissance inclusive et d’une réduction des inégalités territoriales.
Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que «les chances de vie sont inégalement distribuées selon la position sociale des individus».
Cette observation demeure particulièrement pertinente dans le domaine de la santé maternelle. Les complications obstétricales sont souvent aggravées par des facteurs non médicaux : éloignement géographique des maternités, pauvreté, précarité des transports, faiblesse du suivi prénatal ou insuffisance des ressources humaines spécialisées.
Dans cette perspective, renforcer uniquement les équipements hospitaliers ne suffit pas. Une politique efficace doit également agir sur les déterminants sociaux de la santé afin de réduire les inégalités de départ.

La gouvernance sanitaire à l’épreuve des territoires
L’un des apports majeurs de la réunion du 10 juillet réside dans la volonté de renforcer la coordination entre les différents niveaux du système de santé.
Cette orientation rejoint les principes contemporains de la gouvernance sanitaire qui privilégient l’intégration des parcours de soins, la continuité de la prise en charge, la circulation de l’information médicale et l’évaluation permanente des performances.
La numérisation du dossier médical, l’intégration des données du secteur privé et l’harmonisation des protocoles constituent, à cet égard, des leviers importants pour améliorer l’efficacité du système et réduire les ruptures dans la prise en charge.
Le démographe français Alfred Sauvy écrivait : «Gouverner, c’est prévoir».
Cette formule résume parfaitement l’enjeu de la politique de santé maternelle. Investir dans la grossesse, l’accouchement et les premiers jours de vie ne relève pas uniquement de la médecine, il s’agit d’un investissement dans le capital humain, dans la cohésion sociale et dans le développement futur du pays.
Chaque réduction de la mortalité maternelle ou néonatale améliore les indicateurs de développement humain et renforce les capacités futures de la société.

Vers une politique intégrée de la santé maternelle
L’amélioration durable de la santé maternelle ne peut reposer uniquement sur le renforcement des capacités hospitalières ou sur l’augmentation des ressources allouées aux services de soins. Elle suppose une approche systémique intégrant les dimensions sanitaires, sociales, territoriales, économiques et informationnelles qui influencent le parcours de santé des femmes avant, pendant et après la grossesse. Une telle orientation implique de dépasser une logique centrée sur la prise en charge curative pour privilégier une politique publique fondée sur la prévention, la continuité des soins, l’équité territoriale et l’évaluation permanente des résultats.
La création d’un observatoire national de la santé maternelle et néonatale renforcerait la gouvernance en centralisant les données, en harmonisant les indicateurs et en orientant les politiques publiques sur des bases scientifiques, tout en identifiant les disparités territoriales. Le développement de la télémédecine et des solutions numériques améliorerait l’accès aux soins spécialisés, notamment dans les régions insuffisamment desservies. Parallèlement, la formation continue des sages-femmes, des obstétriciens et des autres professionnels de la santé périnatale contribuerait à renforcer la qualité et la sécurité des prises en charge. Cette évolution devrait s’accompagner d’un renforcement des services de proximité intégrant le suivi prénatal, l’accompagnement psychosocial et le suivi postnatal. Enfin, des dossiers médicaux numériques interopérables favoriseraient la continuité des soins, la coordination institutionnelle et une planification sanitaire davantage fondée sur les données.
Enfin, l’intégration des sciences sociales dans l’analyse des politiques de santé apparaît indispensable afin de mieux comprendre les déterminants culturels, économiques, éducatifs et territoriaux qui influencent le recours aux soins, l’adhésion aux programmes de prévention et les inégalités de santé. Une telle approche permet d’appréhender la santé maternelle comme un phénomène multidimensionnel où les facteurs médicaux interagissent avec les conditions de vie, les normes sociales, les niveaux d’instruction et les mécanismes institutionnels. Dans cette optique, l’amélioration de la santé maternelle constitue moins un objectif sectoriel qu’un indicateur de la capacité des politiques publiques à garantir un accès équitable à des soins de qualité, à renforcer la résilience du système de santé et à promouvoir le bien-être des femmes tout au long de leur parcours reproductif.
La réunion stratégique du 10 juillet 2026 dépasse le cadre d’une concertation administrative classique. Elle marque l’émergence d’une approche plus systémique de la santé maternelle et néonatale, dans laquelle la qualité des soins ne peut être dissociée des réalités sociales, démographiques, territoriales et économiques. Cette évolution traduit une prise de conscience que les indicateurs de santé ne sont pas uniquement le produit des performances hospitalières, mais aussi le reflet des conditions de vie, du niveau d’éducation, de l’accès équitable aux services publics et de la capacité des institutions à accompagner les femmes tout au long de leur parcours de maternité.

Les défis à l’horizon 2030
À l’horizon 2030, la réussite de cette stratégie dépendra avant tout de la transformation des orientations annoncées en politiques publiques évaluables et durables. Cela suppose une gouvernance fondée sur des données fiables, un système d’information performant, une évaluation régulière des résultats et une capacité d’adaptation permanente aux évolutions démographiques et épidémiologiques. La réduction des disparités territoriales, l’amélioration de la qualité des soins obstétricaux et néonataux, le renforcement des ressources humaines, ainsi que l’intégration effective de la prévention dans les politiques de santé constitueront les principaux indicateurs de cette transformation.
Toutefois, le progrès ne pourra être pleinement atteint que si plusieurs conditions structurelles sont réunies. Il implique d’abord un investissement continu dans les soins de santé primaires, dans la formation des professionnels, dans les infrastructures sanitaires des régions les moins favorisées et dans la modernisation numérique du système de santé. Il exige également une meilleure articulation entre les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection sociale et du développement territorial, car la santé maternelle relève d’une responsabilité collective qui dépasse largement le seul champ médical.
Une autre condition essentielle réside dans le renforcement de la culture de prévention. Informer les femmes et leurs familles sur le suivi de la grossesse, l’accouchement, la période postnatale et le développement du nouveau-né contribue à réduire les risques évitables et favorise des décisions éclairées. L’éducation sanitaire doit ainsi devenir un levier central de la politique publique, au même titre que les investissements matériels ou les réformes organisationnelles.
L’amélioration durable de la santé maternelle passe également par une attention accrue au bien-être des femmes au-delà de l’accouchement. Les enjeux de santé physique, psychologique et sociale durant les mois qui suivent la naissance demeurent souvent insuffisamment pris en compte alors qu’ils conditionnent la qualité de vie des mères, le développement de l’enfant et la stabilité familiale. Une politique moderne de santé maternelle ne peut donc se limiter à assurer la survie, elle doit viser la qualité de vie, l’accompagnement, l’écoute et la continuité des soins.
Cette ambition suppose également de renforcer les droits, les capacités d’autonomie et l’accès des femmes aux services de santé tout au long de leur parcours de vie. Les recherches en santé publique montrent que les sociétés qui investissent dans l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes et la protection sociale obtiennent durablement de meilleurs résultats en matière de mortalité maternelle et néonatale. La santé devient alors un facteur de développement humain autant qu’un indicateur de justice sociale.
Les expériences internationales démontrent enfin que la majorité des décès maternels et néonataux reste évitable lorsque les systèmes de santé garantissent un accès rapide à des soins de qualité, une prise en charge coordonnée et un suivi continu avant, pendant et après la grossesse. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’augmenter les moyens disponibles, mais d’améliorer leur efficacité, leur répartition territoriale et leur capacité à répondre aux besoins réels des populations.
À l’horizon 2030, la santé maternelle et néonatale pourrait s’imposer comme un indicateur stratégique de la qualité de la gouvernance publique. Cette ambition suppose la mise en œuvre de politiques intégrées, fondées sur l’équité, l’innovation et l’évaluation continue, afin de garantir à chaque femme et à chaque nouveau-né un parcours de soins sûr, accessible et durable.

 

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Pensées ad libitum : l’Odyssée continue de passer par Djerba

Bien avant les cartes satellites, avant les guides touristiques et les commissions du film, Homère avait déjà dessiné une géographie de l’imaginaire. Dans L’Odyssée, l’île des Lotophages apparaît comme un territoire où le temps suspend son cours, où la mémoire vacille, où le voyageur risque d’oublier jusqu’à son désir de retour. Depuis des siècles, érudits et historiens situent cet épisode sur l’île de Djerba. Vraie ou supposée, cette filiation a traversé les âges sans jamais cesser d’alimenter les récits.
Voilà qu’aujourd’hui, ce mythe antique revient par un chemin inattendu. Au 37e Festival international de cinéma de Marseille, le projet Hôtel Homère, porté par les cinéastes iraniens Parastoo Anoushahpour et Faraz Anoushahpour avec le Canadien Ryan Ferko, révèle que son tournage s’est déroulé entièrement à Djerba, dans un hôtel abandonné de la région d’Aghir. Une œuvre qui convoque Homère, mais qui parle surtout de mémoire, de territoires oubliés et des vies qui continuent d’habiter les lieux désertés.
L’information rappelle que notre patrimoine n’est pas seulement un héritage à préserver. Il constitue aussi une matière première de création. On évoque souvent le patrimoine sous l’angle de la restauration, de la protection ou de la conservation. Ces missions sont essentielles. Mais un patrimoine qui ne produit plus de récits finit par devenir un simple objet de contemplation. Le cinéma lui offre une autre destinée : celle d’entrer dans l’imaginaire mondial.
Car chaque réalisateur qui choisit un paysage ne sélectionne pas uniquement un décor. Il choisit une lumière, une géographie, une mémoire, une texture du réel. Il transforme un territoire en personnage. Les plus grands pays producteurs d’images l’ont compris depuis longtemps. Le cinéma est devenu un formidable outil de diplomatie culturelle. Il fait voyager les paysages bien avant les touristes. Il construit des représentations qui survivent parfois davantage que les campagnes de communication les plus coûteuses.
La Tunisie possède, de ce point de vue, une singularité rare. Sur quelques centaines de kilomètres seulement se succèdent les plages méditerranéennes, les îles, les montagnes, les forêts, les plaines agricoles, les villages berbères, les médinas, les déserts, les oasis, les sites puniques, romains, byzantins, islamiques et contemporains. Peu de pays offrent une telle diversité de décors naturels et historiques dans un espace aussi réduit.
Pourtant, cette richesse demeure insuffisamment exploitée. L’histoire récente du cinéma tunisien montre que le pays attire encore des productions étrangères. Mais ces tournages restent souvent le fruit d’initiatives individuelles plutôt que l’expression d’une politique culturelle assumée. Chaque projet est accueilli comme une réussite ponctuelle au lieu d’être considéré comme un jalon d’une stratégie de long terme.
Les plateformes de diffusion multiplient les productions internationales. Les festivals recherchent des écritures nouvelles. Les réalisateurs explorent des paysages encore peu filmés. Dans cette compétition mondiale des imaginaires, les pays ne rivalisent plus seulement par leurs studios ou leurs moyens techniques. Ils rivalisent aussi par leurs territoires. La Tunisie possède, à cet égard, un avantage considérable. Encore faut-il le faire connaître. Attirer davantage de tournages suppose une politique cohérente : simplifier les procédures administratives, renforcer les structures d’accompagnement, mieux cartographier les sites de tournage, développer des réseaux régionaux capables d’accueillir les équipes étrangères, promouvoir le pays dans les grands marchés internationaux du cinéma et considérer la production audiovisuelle comme un véritable levier de développement culturel et économique.
Le cinéma n’est donc pas seulement une industrie culturelle. Il est aussi une industrie du regard. Et là aussi, l’Odyssée n’a jamais vraiment quitté l’île. Elle a simplement changé de langage.

Mona BEN GAMRA

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Crise de liquidités de la CNAM : le grand «rafistolage» d’un système à bout de souffle

En cet été 2026, le système de protection sociale en Tunisie traverse une tempête financière d’une gravité inédite qui menace d’ébranler les fondations mêmes de l’accès aux soins pour des millions de citoyens. L’épicentre de cette crise se situe au niveau de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), dont les retards de paiement de plus en plus lourds ont poussé les prestataires de soins du secteur privé au bord de la rupture contractuelle. Pour éviter une suspension catastrophique du système du tiers payant, des accords de dernière minute ont été conclus à l’arraché au début du mois de juillet.

Dans le cadre du tiers payant, les prestataires de soins conventionnés avec la CNAM perçoivent de l’assuré social 30% du montant global des frais de soins. Le reliquat fait l’objet d’un décompte adressé au centre régional ou local de la caisse, afin qu’elle procède au paiement intégral du prestataire de soins dans un délai ne dépassant pas quelques semaines ouvrables à compter de la date de réception du décompte et ce, par virement bancaire ou postal au compte indiqué dans le dossier d’adhésion.

Cependant, loin de marquer la fin de la crise, ces compromis fragiles ne résolvent rien sur le fond. En se contentant de calmer la colère des professionnels de santé à coups de promesses de règlements à court terme, la CNAM et le ministère des Affaires sociales s’adonnent à une pure politique de «rafistolage». Cette gestion à vue de la pénurie de liquidités permet d’éviter temporairement la paralysie des soins, mais elle occulte sciemment l’urgence absolue d’une réforme profonde et structurelle du régime d’assurance maladie et du système des retraites, qui sont plus que jamais interdépendants. 

Un tiers payant sous perfusion et une gestion au jour le jour 

L’alerte est maximale au niveau des syndicats des prestataires de soins privés qui refusent désormais de servir de variables d’ajustement financier. À l’issue d’une réunion cruciale tenue le mercredi 8 juillet 2026, l’Intersyndicale des professions médicales dans le secteur privé a fustigé la dégradation continue d’une situation qu’elle avait déjà dénoncée lors d’une première mise en garde en décembre 2025. Ce collectif regroupe des piliers de la santé libérale en Tunisie tels que le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML), le Syndicat tunisien des médecins dentistes de libre pratique (STMDLP), le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), le Syndicat tunisien des biologistes privés (STBP) et les chambres syndicales nationales des cliniques privées et des centres d’hémodialyse affiliés à l’UTICA. Tous s’accordent à dire que les retards de remboursement accumulés asphyxient l’équilibre financier des structures sanitaires privées et font peser un risque immédiat sur la continuité des prestations dues aux assurés sociaux.

Face au spectre imminent d’un blocage généralisé du mécanisme du tiers payant, le ministère des Affaires sociales a multiplié les interventions d’urgence pour colmater les brèches. Le 2 juillet 2026, le SPOT a annoncé la poursuite du système du tiers payant dans les pharmacies conventionnées, suite à des engagements de la CNAM de couvrir les mois de mai et juin, tout en promettant d’établir un accord-cadre clair pour les six mois à venir afin de stabiliser la relation contractuelle.

Une dizaine de jours plus tard, le Syndicat tunisien des biologistes privés a emboîté le pas en suspendant sa décision de mettre fin au tiers payant après une réunion de crise avec le ministre des Affaires sociales et les dirigeants de la caisse. Néanmoins, à l’instar de l’ensemble de la profession, les biologistes préviennent que ce sursis reste strictement conditionné au respect rigoureux et ponctuel par la CNAM de ses engagements financiers. Ces suspensions successives des arrêts de travail illustrent la précarité extrême du régime actuel d’assurance maladie.

La CNAM, «banquière forcée» des caisses de retraite en faillite

De son côté, le secteur public de la santé subit tout aussi violemment l’incapacité de la CNAM à honorer ses dettes. Selon les données alarmantes dévoilées le 6 juillet par le secrétaire général du Syndicat des médecins, des pharmaciensdes médecins-dentistes hospitalo-universitaires, la CNAM traîne une ardoise astronomique de 2,2 milliards de dinars de dettes impayées envers les hôpitaux publics. Cette rétention forcée de fonds tarit les budgets des structures hospitalières étatiques, les privant des ressources nécessaires pour renouveler leurs équipements, assurer la maintenance technique indispensable et s’approvisionner régulièrement en consommables médicaux de base. 

Le système sanitaire tunisien dans sa globalité, public comme privé, se retrouve pris en otage par cette crise de liquidités. Le «rafistolage» opéré en urgence auprès des syndicats libéraux n’est qu’une infime digue face à un océan de dettes systémiques, qui fragilise directement le droit constitutionnel des citoyens à la santé.

Pour comprendre les racines de cette pénurie chronique de liquidités, il convient de dépasser les symptômes pour analyser les flux réels de la sécurité sociale tunisienne. Le grand paradoxe de la CNAM réside dans le fait qu’elle n’est pas structurellement déficitaire, si l’on s’en tient au volume théorique des cotisations sociales qui lui sont allouées. Son incapacité à rembourser ses prestataires découle d’un «mécanisme de vases communicants institutionnalisé» et destructeur pour le secteur de la santé.

Les cotisations d’assurance-maladie prélevées à la source sur les salaires des secteurs public et privé sont centralisées, mais elles sont détournées de leur destination initiale. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) font face à des déficits abyssaux, creusés par le vieillissement de la population, la stagnation de l’emploi formel et le poids écrasant de l’économie informelle. Pour le ministère des Affaires sociales, l’interruption ou le retard du versement des pensions de retraite aux centaines de milliers de seniors tunisiens représenterait une ligne rouge. 

Le choix politique de court terme a donc été d’utiliser depuis 2015 les ressources de la CNAM (ses parts légitimes dans les cotisations sociales) pour maintenir à flot la CNSS et la CNRPS, afin qu’elles puissent poursuivre le versement des pensions. En transformant l’assurance maladie en tiroir-caisse forcé des régimes de retraite en faillite, l’État vide la CNAM de ses liquidités courantes, l’empêchant de payer les pharmaciens, les biologistes et les hôpitaux publics.

L’évitement de la réforme ou l’art de repousser l’inévitable

Les autorités compétentes esquivent ainsi, une fois de plus, les réformes de fond indispensables du régime d’assurance-maladie et, par extension, d’un système de retraite structurellement failli. Les accords fragiles avec les prestataires de soins privés agissent comme de simples analgésiques sur un corps social profondément malade, maintenant le système en état de sursis permanent. Ce traitement symptomatique au coup par coup démontre un refus obstiné des autorités de s’attaquer aux causes réelles du mal par de grandes réformes. Pour sortir définitivement de cette impasse, une refonte courageuse s’impose à travers plusieurs leviers majeurs. Il s’agit, en premier lieu, d’instaurer une indépendance financière de la CNAM, grâce à une étanchéité budgétaire stricte et absolue, garantissant que chaque dinar cotisé par les travailleurs pour la santé soit sanctuarisé et exclusivement affecté aux prestations médicales et hospitalières.

Le deuxième chantier consiste à réformer les régimes de retraite. Cela passe nécessairement par une réévaluation des âges légaux de départ à la retraite, un réajustement des taux de contribution, une lutte implacable contre le secteur informel pour élargir l’assiette des cotisants, l’instauration de nouvelles taxes parafiscales sur les comportements à risque et les produits nocifs pour la santé (tabac, alcool, usines polluantes, etc.).

Les récents protocoles d’accord conclus en juillet 2026 pour préserver le mécanisme du tiers payant ne sont, en somme, qu’un cautère sur une jambe de bois. Ils offrent au gouvernement quelques mois de répit, mais laissent les causes profondes de la crise intactes. On ne peut indéfiniment financer les pensions de retraite en «affamant» l’assurance-maladie et en asphyxiant les hôpitaux publics. À force de privilégier le colmatage d’urgence au détriment d’une réingénierie globale du modèle de protection sociale, les décideurs s’exposent à un réveil brutal où le système de solidarité nationale finira par s’effondrer définitivement, laissant les assurés sociaux seuls face aux coûts prohibitifs de la maladie.

Walid KHEFIFI

 

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Les relations tuniso-russes :  70 années de continuité diplomatique à l’épreuve des mutations géopolitiques

Par Mondher AFI

La célébration du soixante-dixième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République tunisienne et la Fédération de Russie, État successeur de l’Union des Républiques socialistes soviétiques sur le plan du droit international, constitue une étape significative dans l’évolution des relations bilatérales entre les deux pays. Depuis leur établissement en 1956, ces relations se sont développées dans un environnement international en constante mutation, marqué par la fin de la bipolarité, la recomposition des rapports de puissance et l’émergence de nouvelles configurations géopolitiques.

Malgré ces transformations, la coopération tuniso-russe a conservé une certaine continuité, reposant sur des mécanismes de dialogue politique, des échanges institutionnels réguliers et la recherche de convergences dans plusieurs domaines d’intérêt commun.

Cet anniversaire intervient dans un contexte où la politique étrangère tunisienne est conduite, sous le suivi du Président de la République, Kaïs Saïed, selon des orientations privilégiant la consolidation de la souveraineté nationale, l’élargissement des partenariats internationaux et la diversification des relations extérieures, dans le respect des principes du droit international et de l’égalité souveraine entre les États. Dans cette perspective, les relations avec la Fédération de Russie s’inscrivent dans une approche diplomatique fondée sur l’équilibre des partenariats, la défense des intérêts nationaux et le maintien d’un dialogue ouvert avec l’ensemble des acteurs internationaux, indépendamment des recompositions qui caractérisent le système international contemporain.

L’échange de messages de félicitations entre Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, s’inscrit dans cette dynamique. Au-delà de sa dimension protocolaire, cet échange traduit la volonté des deux États de préserver un dialogue politique régulier et de poursuivre une coopération fondée sur le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité souveraine et la recherche d’intérêts communs. Il reflète également la continuité d’une relation diplomatique qui, tout en s’adaptant aux évolutions du contexte international, demeure structurée autour d’une approche pragmatique privilégiant la concertation politique et le développement progressif de la coopération bilatérale dans les domaines jugés prioritaires par les deux parties.

Une relation construite dans la durée

Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques le 11 juillet 1956, la Tunisie et la Russie ont entretenu des liens caractérisés par une remarquable continuité. Si les contextes internationaux ont profondément évolué, la coopération bilatérale a su s’adapter aux changements intervenus avec la fin de la guerre froide, la disparition de l’Union soviétique et l’émergence d’un système international plus complexe.

Contrairement à plusieurs configurations des relations soviéto-arabes durant la guerre froide, largement structurées par les logiques de bipolarisation idéologique, les mécanismes d’alignement stratégique et les dynamiques de compétition entre les deux blocs, les relations entre la Tunisie et l’Union soviétique, puis avec la Fédération de Russie après 1991, se sont progressivement distinguées par une orientation sensiblement différente. Elles se sont construites selon une logique davantage pragmatique, dans laquelle les considérations politiques, économiques et diplomatiques ont généralement prévalu sur les affinités doctrinales ou les solidarités idéologiques.

Cette spécificité s’explique notamment par la doctrine diplomatique tunisienne, historiquement fondée sur le principe du non-alignement, la diversification des partenariats extérieurs et la préservation d’une autonomie décisionnelle vis-à-vis des grandes puissances. Dans cette perspective, les relations avec Moscou n’ont jamais reposé sur une adhésion à un projet idéologique commun ni sur une volonté d’intégration à une sphère d’influence déterminée. Elles se sont développées à travers une coopération sélective, modulée en fonction des intérêts nationaux respectifs, de l’évolution des rapports de force internationaux et des opportunités offertes par les transformations de l’environnement géopolitique.

L’analyse de cette trajectoire met en évidence une forme de réalisme diplomatique caractérisée par une faible intensité idéologique et une forte capacité d’adaptation aux mutations du système international. Les interactions bilatérales ont ainsi été principalement déterminées par des considérations relatives au développement économique, aux échanges commerciaux, à la coopération scientifique et technique, aux secteurs de l’énergie, de l’enseignement supérieur, du tourisme ainsi qu’à la concertation sur certaines questions internationales d’intérêt commun. Cette dynamique illustre une conception des relations internationales dans laquelle la coopération est moins le produit d’une proximité doctrinale que le résultat d’une convergence ponctuelle d’intérêts stratégiques, économiques et institutionnels.

Dans cette optique, la relation tuniso-russe apparaît comme un exemple d’interaction interétatique fondée sur une rationalité pragmatique plutôt que sur une logique d’alignement idéologique. Sa continuité historique résulte moins de la permanence d’une communauté de valeurs politiques que de la capacité des deux États à préserver des canaux de dialogue, à adapter leurs mécanismes de coopération aux transformations du contexte international et à inscrire leur partenariat dans une approche fonctionnelle privilégiant les bénéfices mutuels, la flexibilité diplomatique et la recherche d’équilibres compatibles avec les priorités nationales de chacun. Cette évolution traduit une forme de coopération durable dont la stabilité repose essentiellement sur la convergence des intérêts objectifs et sur une gestion pragmatique des relations bilatérales, indépendamment des recompositions idéologiques ayant marqué les différentes phases de l’ordre international contemporain.

Le pragmatisme comme fondement du partenariat

L’analyse des relations internationales montre que les politiques étrangères des États sont principalement déterminées par la défense de leurs intérêts nationaux et par leur capacité à s’adapter aux évolutions de l’environnement international. Dans cette perspective, ni la Tunisie ni la Fédération de Russie ne font exception à cette logique. Leurs politiques extérieures s’inscrivent dans une démarche pragmatique où les considérations de sécurité, de développement économique, de stabilité politique et de diversification des partenariats occupent une place centrale. Les relations bilatérales ne relèvent ainsi ni d’une logique idéologique ni d’un système d’alliances exclusives, mais d’une convergence d’intérêts définie en fonction des priorités propres à chacun des deux États.

Les transformations intervenues depuis la fin de la guerre froide ont profondément modifié les équilibres du système international. L’émergence progressive d’un ordre davantage multipolaire, la diversification des pôles de croissance économique, la montée des enjeux énergétiques, alimentaires et technologiques, ainsi que l’intensification des interdépendances économiques ont conduit de nombreux États à adapter leurs stratégies diplomatiques. Dans ce contexte, la Russie a progressivement réorienté sa politique extérieure afin de préserver ses intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires, tandis que la Tunisie a poursuivi une politique de diversification de ses partenariats extérieurs visant à renforcer son autonomie diplomatique et à élargir ses marges de coopération avec différents acteurs internationaux.

Les relations tuniso-russes s’inscrivent précisément dans cette dynamique d’adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques. Pour la Tunisie, la coopération avec la Russie constitue l’un des instruments de diversification de ses relations extérieures, sans remettre en cause ses autres partenariats traditionnels. Pour la Russie, la Tunisie représente un partenaire stable en Méditerranée et en Afrique du Nord, offrant des perspectives de coopération dans plusieurs secteurs présentant des intérêts réciproques.

 Cette complémentarité favorise le développement de projets communs dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la santé, du tourisme, des technologies et des échanges culturels.

Cette relation bilatérale se caractérise ainsi par une approche fonctionnelle fondée sur la recherche d’avantages mutuels plutôt que sur des considérations idéologiques. Son évolution reflète une tendance plus large observée dans les relations internationales contemporaines, où les États privilégient des partenariats flexibles, évolutifs et sectoriels, adaptés aux mutations du système international. Dans cette perspective, la coopération entre la Tunisie et la Russie apparaît comme un partenariat pragmatique, fondé sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’équilibre des intérêts et la recherche d’une coopération susceptible de contribuer au développement économique, scientifique et technologique des deux pays. Cette logique confère aux relations tuniso-russes une stabilité relative, tout en leur permettant de s’adapter aux évolutions de l’environnement géopolitique international sans être tributaires des fluctuations conjoncturelles des rapports de puissance.

Les défis d’un environnement international en mutation

L’ordre international connaît aujourd’hui une profonde recomposition, marquée par le retour des rivalités entre grandes puissances, la montée des pôles émergents et l’accélération des transformations économiques et technologiques.

Dans ce contexte, les relations tuniso-russes s’inscrivent dans une dynamique de diversification des partenariats internationaux. Pour la Tunisie, il s’agit de maintenir un dialogue ouvert avec l’ensemble de ses partenaires, tout en préservant son autonomie décisionnelle. Pour la Russie, le développement des relations avec les pays du Sud participe à une stratégie plus large de consolidation de sa présence diplomatique et économique dans différentes régions du monde.

Cette convergence ne relève pas d’une logique d’alliance, mais d’une coopération adaptée aux intérêts réciproques et aux évolutions de l’environnement international.

Soixante-dix ans après l’établissement de leurs relations diplomatiques, la Tunisie et la Fédération de Russie disposent d’un cadre de coopération qui a su évoluer au rythme des transformations du système international sans perdre sa cohérence ni sa continuité. Cette relation ne repose ni sur une logique d’alliance stratégique ni sur des affinités idéologiques, mais sur une approche pragmatique fondée sur la convergence d’intérêts, le respect de la souveraineté des États et la recherche d’avantages mutuels. Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, la diversification des centres de décision et l’intensification des interdépendances économiques, cette coopération offre encore d’importantes perspectives de développement.

Les perspectives d’évolution des relations tuniso-russes reposent sur l’existence de domaines de coopération susceptibles d’être progressivement consolidés en fonction des priorités de développement des deux pays et de l’évolution du contexte international. Les secteurs de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de la santé, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la transformation numérique, de l’innovation, des investissements et du tourisme offrent des possibilités de coopération qui pourraient être davantage développées dans le cadre de mécanismes institutionnels plus structurés. La concrétisation de ces perspectives demeure toutefois liée à la capacité des deux parties à renforcer le dialogue entre les administrations, les opérateurs économiques, les universités et les centres de recherche, ainsi qu’à améliorer les conditions favorisant les échanges commerciaux, les investissements et la circulation des compétences.

Par ailleurs, la concertation diplomatique entre la Tunisie et la Fédération de Russie au sein des organisations internationales constitue un cadre de dialogue permettant d’échanger sur les principales questions régionales et internationales, dans le respect des principes de la Charte des Nations unies, du droit international et de l’égalité souveraine des États. Dans cette perspective, le soixante-dixième anniversaire des relations diplomatiques illustre la continuité d’un dialogue bilatéral qui privilégie une coopération pragmatique, adaptée aux intérêts des deux pays et aux évolutions du système international, sans logique d’alignement, mais dans une recherche d’équilibre, de réciprocité et de bénéfices mutuels.



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La libanaise Yasmine Hemdane : une connexion sincère avec le public au festival d’Hammamet

La jeune chanteuse  libanaise Yasmine Hemdane   a livré une performance émotionnelle   au Festival d’Hammamet. Ses paroles puissantes  et ses messages expriment la douleur  pour les Palestiniens qui luttent jour et nuit pour la libération de leur terre.   elle  a enchanté les mélomanes par sa prestance et son talent d’interprète, capable de maîtriser différentes gammes et styles musicaux.  L’artiste dont la variété du répertoire a suscité l’admiration du public, a créé un univers romantique avec une note mélancolique  où les sentiments et les émotions s’expriment par la puissance des paroles et des notes. Yasmine  a d’entrée de jeu mis la barre haut, très haut. Elle a excellé en chantant avec beaucoup de talent des tubes de son dernier album en date « I remember I forget » :  « Hal », « Mor », « Vows », « Shadia », ou encore « Hon » et « Al Jamilat ».

Capable de monter facilement dans les aigus et d’en redescendre, l’artiste  aux multiples talents a également émerveillé par sa magnifique voix suave, mélodieuse et percutante dont elle a gratifié l’audience.. Pour Yasmine, la chanson est une arme non violente, précieuse et unique, car elle peut traverser les murs et les frontières et s’envoler à des milliers de kilomètres, sans passeport.  Les spectateurs, admiratifs devant cette étoile ont été époustouflés par la prestation inclassable de l’artiste qui joue avec ses cordes vocales de manière déconcertante, sans se poser de limites ou s’imposer une ligne directrice rigide Elle a terminé son concert en apothéose en interprétant « Al Balad » et l’inoubliable « Beirut ». Un moment fort, une énergie partagée, une connexion sincère avec le public

                                 Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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Vers l’interdiction des sacs plastiques : entre impératif écologique et défis économiques

La lutte contre la pollution plastique pourrait bientôt franchir un tournant décisif en Tunisie. Vingt-cinq députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont déposé une proposition de loi visant à interdire progressivement puis définitivement les sacs plastiques à usage unique et à promouvoir leur remplacement par des alternatives réutilisables ou biodégradables.

 

Composé de 23 articles répartis en sept chapitres, ce texte ne se limite pas à une simple interdiction de produits plastiques. Il propose une véritable réforme du cadre juridique de la gestion des emballages et des déchets, dans une perspective de protection de l’environnement, de préservation de la santé publique et d’accompagnement de la transition vers une économie circulaire.

À travers cette initiative, les députés souhaitent inscrire la Tunisie dans une dynamique internationale de réduction des déchets plastiques, alors que la pollution générée par les emballages à usage unique constitue aujourd’hui l’un des principaux défis environnementaux auxquels sont confrontés de nombreux pays.

Depuis plusieurs années, les sacs plastiques figurent parmi les déchets les plus visibles dans les espaces publics, les zones agricoles, les cours d’eau et le littoral tunisien. Leur durée de décomposition, qui peut atteindre plusieurs centaines d’années, contribue à la dégradation durable des écosystèmes. Ils représentent également une menace pour la biodiversité, notamment pour les espèces marines qui les ingèrent ou s’y retrouvent piégées. À cette pollution environnementale s’ajoutent des préoccupations croissantes liées à la santé publique. Sous l’effet de la chaleur, de l’humidité ou du vieillissement, certains plastiques libèrent des substances susceptibles de contaminer les sols, les eaux ou les chaînes alimentaires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la nouvelle initiative parlementaire, dont l’objectif est de réduire progressivement la production et la consommation des sacs plastiques à usage unique.

 

Un calendrier progressif d’interdiction

La proposition de loi prévoit un calendrier de mise en œuvre destiné à permettre aux opérateurs économiques de s’adapter aux nouvelles exigences. Dès l’entrée en vigueur du texte, les commerces ne pourront plus distribuer de sacs plastiques à usage unique aux caisses, qu’ils soient fournis gratuitement ou vendus aux consommateurs. Les fabricants, importateurs et distributeurs bénéficieront ensuite d’une période transitoire de douze mois à compter de la publication de la loi au Journal officiel de la République tunisienne afin de mettre un terme à la production, à l’importation et à la commercialisation de ces sacs. Cette période d’adaptation concernera également les emballages plastiques utilisés pour les produits alimentaires ou les produits vendus en vrac. L’objectif recherché est de permettre une transition progressive sans provoquer de rupture brutale pour les entreprises concernées.

 

Des normes techniques particulièrement exigeantes

Afin d’éviter que l’interdiction ne soit contournée par la mise sur le marché de produits de substitution de faible qualité, la proposition de loi fixe des critères techniques précis. Les sacs réutilisables devront notamment présenter une épaisseur minimale de cinquante microns, supporter une charge d’au moins dix kilogrammes et pouvoir être utilisés au minimum vingt fois. Ils devront également être fabriqués à partir de matériaux exempts de substances dangereuses pour la santé ou l’environnement. Quant aux sacs biodégradables, ils devront répondre à des exigences encore plus strictes. Le texte prévoit qu’ils devront se décomposer à hauteur de 90% dans un délai maximal de six mois dans des conditions industrielles ou de douze mois dans un environnement domestique, sans produire de microplastiques. Ils devront en outre contenir une proportion minimale de matières premières biosourcées. Ces dispositions témoignent de la volonté des auteurs du projet de privilégier des alternatives véritablement respectueuses de l’environnement plutôt que des solutions simplement présentées comme «écologiques».

 

Accompagner les entreprises vers la transition

Conscients des conséquences économiques que pourrait entraîner une telle réforme, les initiateurs du projet prévoient un dispositif d’accompagnement destiné aux industriels. L’objectif consiste à permettre aux entreprises concernées de convertir progressivement leurs unités de production vers la fabrication de produits réutilisables ou biodégradables. À cette fin, le projet recommande la mise en place d’un programme national de soutien reposant sur plusieurs mécanismes : aides financières, prêts bonifiés, avantages fiscaux et encouragement de l’innovation dans les matériaux écologiques. L’enjeu est double : préserver les emplois existants tout en favorisant l’émergence d’une nouvelle filière industrielle tournée vers les technologies vertes. Cette mutation pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises tunisiennes sur les marchés internationaux, où les normes environnementales deviennent de plus en plus exigeantes.

 

La consécration du principe de la responsabilité élargie du producteur

L’un des apports majeurs du texte réside dans l’introduction du principe de la responsabilité élargie du producteur (REP). Déjà largement appliqué dans plusieurs législations étrangères, ce mécanisme repose sur un principe simple : le producteur ne doit plus être responsable uniquement de la fabrication de son produit, mais également de son impact environnemental jusqu’à son élimination. Les entreprises devront ainsi contribuer au financement de la collecte, du recyclage et du traitement des déchets issus de leurs produits. Cette approche vise à responsabiliser davantage les acteurs économiques et à encourager l’écoconception des emballages dès leur fabrication. Elle constitue également l’un des fondements de l’économie circulaire, qui privilégie la réduction des déchets, le recyclage et la réutilisation des ressources.

 

Un dispositif répressif et particulièrement dissuasif

Le projet de loi prévoit un arsenal de sanctions destiné à assurer le respect des nouvelles obligations. Les contrevenants s’exposeraient à des amendes comprises entre 5.000 et 50.000 dinars, auxquelles pourraient s’ajouter la saisie des produits interdits. En cas de récidive, les sanctions financières seraient doublées et pourraient être assorties d’une fermeture temporaire, voire définitive, de l’établissement concerné. Plus encore, le texte introduit des sanctions pénales. La production, l’importation ou la commercialisation illégale de sacs plastiques interdits pourraient être punies d’une peine d’emprisonnement allant de six mois à deux ans. Le recours à des peines privatives de liberté témoigne de la volonté des auteurs du projet de faire de la protection de l’environnement une véritable priorité de politique pénale.

 

Une réforme qui dépasse la seule question des sacs plastiques

Au-delà de l’interdiction des sacs plastiques, cette proposition de loi traduit une évolution plus profonde de la politique environnementale tunisienne. Elle s’inscrit dans un mouvement international visant à réduire les déchets plastiques, à protéger les ressources naturelles et à favoriser une consommation plus responsable. Sa réussite dépendra toutefois de plusieurs facteurs. L’efficacité des contrôles, la capacité des industriels à adapter leurs activités, la disponibilité d’alternatives accessibles aux consommateurs et la sensibilisation du grand public seront déterminantes. Il faudra également veiller à préserver l’équilibre entre les impératifs environnementaux et les réalités économiques des entreprises, notamment des petites et moyennes industries qui devront financer leur transition.

En définitive, cette initiative parlementaire pourrait constituer une étape importante dans la modernisation du droit tunisien de l’environnement. Si elle est adoptée, elle ne se limitera pas à supprimer un produit de consommation courante. Elle marquera surtout l’affirmation d’un nouveau modèle de développement fondé sur la protection des ressources naturelles, la responsabilisation des acteurs économiques et l’intégration progressive des principes de l’économie circulaire dans les politiques publiques. Dans un contexte où les enjeux climatiques et environnementaux occupent une place croissante dans les stratégies nationales de développement, cette réforme pourrait ouvrir la voie à une refonte plus globale de la législation environnementale tunisienne.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Dhafer Youssef au festival d’Hammamet : la magie du luth et ses sonorités envoûtantes

Dhafer Youssef  a  transformé la grande scène du théâtre d’Hammamet  en écrin de poésie musicale. Il   a offert ce soir bien plus qu’un concert : un véritable voyage sensoriel, entre cordes caressées et paysages imaginaires. À chaque morceau, il  prend le temps d’expliquer l’histoire qui l’anime. Puis les notes s’élèvent, et la magie opère. .Avec un show aussi riche que sa voix, Dhafer a alterné  jazz, rock, soufie  sans jamais perdre le fil. Toujours en mouvement,  vit son concert à fond, appelant le public à l’accompagner. Il  a  chanté plusieurs de ses succès de son dernier album  Shiraz », dédié à son épouse, la cinéaste Shiraz Fradi. Une musique traversée par l’amour, les épreuves, la lumière, et cette capacité unique à transformer l’intime en universel.

Accompagné d’un orchestre conséquent, composé du guitariste Nguyên Lê, du pianiste Daniel García, du trompettiste Mario Rom, du bassiste Swaéli Mbappé et du batteur Tao Ehrlich. Dhafer  , très expressif  , si sympathique, accompagne chaque titre de grands gestes. On a parfois l’impression d’assister à un discours, puis il parvient toujours au bon moment à faire exploser ses morceaux, pour le plus grand plaisir d’un public de toute façon acquis à sa cause. Il  change les paroles et   brille  lorsqu’il interprète «  Rose Fregrance »“ Eyeblink ans Eternity” et “Generalife Gardens”, « The Epistleging »  et «  41 Milestones »   .Chaque solo ( clavier  ou trompette, batterie, guitare et synthétiseur ) fait vibrer les planches et les âmes. Le public adhère à sa musique.

Dhafer se distingue aussi  par son répertoire soufi, aux vibrations spirituelles et à la parole libre. Après presque 1h30 de live, les spectateurs ont pu   savourer  cette musicalité distinguée, conçue par ce virtuose. Une improvisation remarquable et un  moment de complicité émouvant. Les musiciens s’en donnent à coeur joie. C’est la frénésie. Les sons émis par leurs instruments les enivrent.  Un mélange de musique traditionnelle, de musique électronique et un répertoire soufi ont fusionné donnant lieu à une performance de haut niveau, amplifiée par la magie du lieu.

Dhafer Youssef déploie sur scène une intensité rare. Voix habitée, oud tout en finesse, tension et lâcher-prise… tout circule, tout vibre lorsqu’il interpréta  « Zakir » « Milestones » et « Shajjan ».Noyés dans cette ambiance magique et portés par des titres entraînants pour certains et calmes pour d’autres, les spectateurs, admiratifs devant cette étoile ont été époustouflés par la prestation inclassable de Dhafer qui joue avec ses cordes vocales de manière déconcertante, sans se poser de limites .Ému par cette performance inédite,  le public a chaleureusement applaudi cet artiste dont on ne peut que saluer l’authenticité et ses sonorités envoûtantes

                                         Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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Wafa Taboubi : la scène d’Hammamet, le bruitage de vent et le son des vagues m’ont beaucoup aidé à mettre en scène « les Fugueuses »

La pièce de théâtre El Haribate (les fugueuses) de la Tunisienne Wafa Taboubi, une quête de sens face aux angoisses existentielles de la vie, a été présentée, lors de l’ouverture du festival international d’Hammamet .Le spectacle, bien accueilli par le public nombreux,  a été écrit et mis en scène  par Wafa Taboubi qui lors d’un point de presse a souligné que «  « El Haribate » explore le doute, l’attente, l’incertitude et l’espoir, avec une distribution triée sur le volet de cinq talentueuses comédiennes tunisiennes.

Ce face-à-face, aussi irrésistible que tendre et émouvant, touche le public. J’ai préféré miser sur l’intensité de la performance de l’ensemble des prestataires qui a brillamment porté le message. Tenant en haleine les spectateurs durant 75 minutes, Fatma Bensaïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Naamane, Oumaïma Bahri, Sabrine Omar et Oussama El Henaïni, ont réussi à porter la densité du texte et entretenir une performance époustouflante d’intensité, hautement exigeante sur le plan physique et aux échanges ascendants et soutenus déclamés avec vocifération..La scène d’Hammamet est unique. C’est un plus pour cette création immersive  mêlant ombre, son des vagues et musique et là il faut  jouer sur les contrastes sensoriels. L’obscurité accentue l’écoute et l’imagination, tandis que le rythme de la mer enveloppe le spectateur. Ainsi, l’éclairage, feutré ou vif, latéral, vertical (douches) ou en diagonales, suggérait la provenance et l’origine de la détresse, l’angoisse, et la douleur, dont la progression et l’imminence étaient annoncées par des boucles de cadences rythmiques et de corpus musicaux saccadés. L’intensité du son des vagues réside dans ses pauses avec des  moments de silence total entre deux vagues pour créer une forte tension dramatique. Le vent souffle. Dans la mer,il y a un tel mouvement. Dans des dialogues empreints de violence et de colère, les artistes  en détresse absolue, allaient dans tous les sens, s’accusant, se chamaillant, se bousculant, gesticulant, communiquent avec la mer ,courant et vociférant, tous en quête de sens qui apaisera leurs angoisses et leurs tourments.

Wafa Taboubi  propose ainsi une mise en scène à la fois spectaculaire et sensible, en immersion totale dans un monde d’ombres, de légères brises et de vents violents. «  Ici, le théâtre est avant tout une expérience, provoquant en nous des mouvements sensoriels et mentaux subtils et inattendus.. La mer, elle, est toujours là. Le paysage, havre de silence, sonne comme un appel. Les acteurs affrontent leurs peurs, leurs désirs d’évasion et leurs désillusions. Dans cette nouvelle production , les contrastes entre ombre et clarté reflètent désarroi et espoir. C’est là que réside la beauté de cette scène d’Hammamet , une sorte de « Nokha » dit -elle.  Cette comédienne n’envoie pas de messages de désespoir «  j’ai choisi un théâtre qui exprime les préoccupations des gens, en particulier des marginalisés et des oubliés, afin de les connecter au public, qui fait partie d’un processus de réforme et d’optimisme. » dit-elle

                     Kamel Bouaouina

Photos Rached Berrazagua 

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La généralisation de la facturation électronique en marche : impact attendu sur le renforcement du pouvoir d’achat

«Le projet de généralisation de la facturation électronique s’inscrit dans les orientations nationales visant à accélérer la transformation numérique et à moderniser les services publics. Il constitue également un levier important pour renforcer le contrôle des circuits de distribution, lutter contre les pratiques de monopole et de spéculation, réduire le nombre d’intermédiaires et contribuer de la sorte à la stabilité des marchés ainsi qu’à la préservation du pouvoir d’achat des citoyens», a déclaré le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid.

Lors d’une séance de travail consacrée au suivi de la généralisation de ce dispositif dans les marchés de gros, le ministre a souligné que la facturation électronique permettra d’assurer une meilleure traçabilité des produits agricoles tout au long de la chaîne de distribution, d’améliorer les performances des différents intervenants et de disposer d’une base de données fiable et précise au service de la régulation des marchés.

Selon un communiqué publié par le ministère du Commerce à l’issue de cette réunion, les résultats de l’expérience pilote menée par la Société tunisienne des marchés de gros (SOTUMAG) à Bir El Kassaâ, relative à la facturation électronique, ont été examinés. Les aspects techniques, organisationnels et financiers du dispositif ont été évalués, tandis que les modalités de son déploiement à l’ensemble des marchés de gros ont été arrêtées. «La généralisation du système concernera, à terme, les marchés municipaux ainsi que les marchés des ports de pêche», a annoncé le ministère.

Dans le même esprit, le ministre a insisté sur le rôle de la facturation électronique dans le renforcement de la transparence des transactions, la modernisation des marchés de gros et la maîtrise des prix, avec un impact attendu sur le renforcement du pouvoir d’achat des ménages.

Il a, en outre, souligné que «l’extension de cette expérience à l’échelle nationale, notamment aux marchés municipaux, ainsi que l’accélération de sa mise en œuvre nécessitent une mobilisation de l’ensemble des parties prenantes et leur adhésion totale à cette démarche». Le ministre a rappelé, à cet égard, les résultats positifs déjà enregistrés grâce au déploiement de la facturation électronique dans les marchés de gros de Bizerte, Sousse et Sfax.

 

Un dispositif instauré par le Code de la TVA

Il convient de rappeler que la facturation électronique n’est pas une mesure nouvelle. Le Code de la TVA prévoit déjà son application pour les entreprises relevant de la Direction des grandes entreprises, au titre des opérations réalisées avec l’État, les collectivités locales, les établissements publics et les entreprises publiques.

Dans ce même cadre, le paragraphe II ter de l’article 18 du Code de la TVA autorise les assujettis à la TVA à émettre des factures électroniques comportant l’ensemble des mentions obligatoires. «Ces factures doivent être établies sous un format électronique composé d’un ensemble de lettres et de chiffres intelligibles, puis archivées sur un support garantissant leur conservation, leur lecture et leur consultation en cas de besoin», explique le document.

L’article 53 de la loi de Finances pour 2026 constitue une nouvelle étape dans le processus de généralisation de la facturation électronique. Cette disposition modifie le cinquième alinéa du paragraphe II ter de l’article 18 du Code de la TVA afin d’élargir le champ des opérations concernées par cette mesure.

Concrètement, cette réforme rend le recours à la facturation électronique obligatoire à compter du 1er janvier 2026 et étend son application aux opérations de prestations de services.

À cet effet, le ministère des Finances a publié un communiqué dans lequel il rappelle que l’article 53 de la loi n°17-2025 du 12 décembre 2025 portant loi de finances pour l’année 2026 prévoit la soumission de certaines opérations à la facturation électronique.

Toutefois, afin d’éviter les difficultés susceptibles d’être rencontrées par plusieurs entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, ainsi que par certains secteurs d’activité, dans l’accès aux plateformes électroniques, le ministère a indiqué que la mise en œuvre de cette mesure se fera de manière progressive et adaptée.

«Cette mise en œuvre progressive vise à prévenir toute perturbation ou désorganisation pouvant résulter de la mise en œuvre de cette mesure et à limiter ses éventuelles répercussions négatives sur l’activité économique dans son ensemble», précise le communiqué.

Nouha MAINSI



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Crise du logement : la propriété immobilière à l’épreuve du pouvoir d’achat

Longtemps considéré comme l’un des principaux vecteurs de stabilité sociale et d’ascension économique, l’accès à la propriété immobilière devient progressivement hors de portée pour une large partie des Tunisiens. Ce qui constituait autrefois l’aboutissement naturel d’un parcours de vie, études, emploi, constitution d’une famille puis acquisition d’un logement, tend aujourd’hui à devenir un objectif de plus en plus difficile à atteindre, notamment pour les classes moyennes.

Ce constat est au cœur d’une récente note d’analyse publiée par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) qui dresse un diagnostic préoccupant de la crise actuelle du logement en Tunisie. Au-delà des difficultés conjoncturelles, l’étude met en évidence les dysfonctionnements structurels d’un secteur confronté à une hausse continue des coûts, à un accès de plus en plus restreint au crédit et à une raréfaction du foncier aménagé. Face à cette situation, l’Institut formule plusieurs propositions de réforme afin d’éviter que la crise du logement ne se transforme en véritable fracture sociale.

Un modèle longtemps performant aujourd’hui sous tension

Pendant plusieurs décennies, la politique tunisienne de l’habitat a constitué l’un des succès des politiques publiques. Grâce notamment aux programmes réalisés par la Société nationale immobilière de Tunisie (SNIT) et l’Agence foncière d’habitation (AFH), des dizaines de milliers de familles ont pu accéder à la propriété dans des conditions relativement favorables.

Ce modèle reposait sur plusieurs piliers : une politique foncière active, un financement bancaire relativement accessible, un coût de construction maîtrisé et un pouvoir d’achat permettant aux ménages de supporter les mensualités des crédits immobiliers.

Aujourd’hui, cet équilibre est profondément remis en cause

Les prix des logements ont progressé beaucoup plus rapidement que les revenus. L’écart entre le coût réel de l’immobilier et les capacités financières des ménages n’a cessé de se creuser, rendant l’acquisition d’un logement pratiquement inaccessible pour une partie importante de la population.

Selon l’IACE, plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette évolution. Le premier concerne l’augmentation spectaculaire des coûts de construction. La dépréciation du dinar, conjuguée à la hausse mondiale des prix des matières premières comme l’acier, le ciment, l’énergie ou les matériaux importés, a considérablement renchéri le coût de réalisation des logements. Les promoteurs immobiliers répercutent naturellement ces surcoûts sur les prix de vente.

Par ailleurs, il y a le facteur du durcissement des conditions de financement. La hausse du taux directeur de la Banque centrale a entraîné une augmentation des taux d’intérêt pratiqués par les banques. Les crédits immobiliers sont devenus plus coûteux tandis que les établissements bancaires exigent des garanties toujours plus importantes. Pour de nombreux jeunes cadres, fonctionnaires ou salariés du secteur privé, obtenir un prêt immobilier relève désormais du parcours d’obstacles.

Un autre facteur concerne la question foncière. La rareté des terrains aménagés, notamment ceux relevant de l’Agence foncière d’habitation, entretient une forte pression spéculative sur les prix du foncier. À cela s’ajoutent diverses charges fiscales qui augmentent le coût final supporté par les acquéreurs.

Le blocage du parcours résidentiel

L’IACE attire également l’attention sur un phénomène nouveau : le blocage du parcours résidentiel.

Traditionnellement, les jeunes ménages commençaient par louer un logement avant d’accéder progressivement à la propriété. Aujourd’hui, cette évolution naturelle est interrompue.

Faute de pouvoir acheter, les ménages demeurent locataires pendant de nombreuses années. Cette situation accroît la demande locative, provoque une hausse des loyers et réduit davantage leur capacité d’épargne. Il s’installe alors un véritable cercle vicieux.

Plus les loyers augmentent, moins les ménages peuvent constituer un apport personnel suffisant pour obtenir un crédit immobilier. L’accession à la propriété s’éloigne progressivement.

Les orientations de l’État

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs réformes destinées à relancer l’accès au logement. Sous l’impulsion du Président de la République Kaïs Saïed, plusieurs orientations ont été définies afin de redonner aux promoteurs publics un rôle moteur dans la politique nationale de l’habitat. L’une des principales innovations concerne le recours à la location-vente ou location-accession. Ce mécanisme permet aux ménages de devenir progressivement propriétaires grâce à des paiements échelonnés, sans devoir mobiliser immédiatement un apport financier important.

Cette formule constitue une réponse aux difficultés d’accès au crédit bancaire traditionnel. Parallèlement, l’État entend renforcer l’offre de logements économiques grâce à la mobilisation du foncier public. Des terrains domaniaux sont ainsi appelés à être cédés aux promoteurs publics à des conditions particulièrement avantageuses, parfois au dinar symbolique, afin de réduire le coût de revient des logements destinés aux classes moyennes.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du Plan de développement 2026-2030 qui prévoit la réalisation de plusieurs programmes de logements sociaux et économiques dans différentes régions du pays, notamment à Mornaguia et El Fejja.

Au-delà de ces mesures, le chef de l’État insiste régulièrement sur la nécessité de considérer le logement comme un droit fondamental participant directement à la justice sociale et au développement régional.

Les propositions de l’IACE

Tout en saluant certaines initiatives publiques, l’IACE estime que des réformes plus profondes demeurent indispensables. L’Institut recommande en premier lieu une réforme ambitieuse de la politique foncière. L’objectif consiste à accélérer l’apurement des situations foncières complexes, à libérer davantage de terrains aménagés et à lutter contre les phénomènes spéculatifs. L’IACE préconise également la création de nouveaux mécanismes de garantie publique facilitant l’accès au crédit immobilier des classes moyennes. Le Fonds de promotion du logement pour les salariés (FOPROLOS) pourrait également être révisé afin d’adapter ses plafonds aux réalités actuelles du marché immobilier. L’Institut insiste aussi sur la nécessité de simplifier les procédures administratives. La digitalisation des permis de bâtir, des autorisations et des transferts de propriété permettrait de réduire sensiblement les délais et les coûts supportés par les promoteurs comme par les particuliers. Enfin, l’IACE recommande de promouvoir davantage l’habitat durable grâce à l’utilisation de matériaux locaux, aux économies d’énergie et aux techniques modernes de construction permettant de diminuer les coûts d’exploitation des logements.

Une question économique mais aussi sociale

Au-delà des chiffres, la crise du logement dépasse largement le seul secteur immobilier.

Elle touche directement la cohésion sociale, l’emploi, l’investissement et le développement régional.

Le bâtiment demeure l’un des principaux moteurs de l’économie tunisienne. Chaque projet immobilier génère une activité importante pour les entreprises du bâtiment, les artisans, les industries des matériaux de construction, les banques et de nombreuses professions libérales.

Relancer durablement le marché du logement contribuerait ainsi à soutenir la croissance économique tout en répondant à un besoin fondamental de la population.

Le logement constitue en effet bien plus qu’un simple bien de consommation. Il représente un acteur de stabilité familiale, d’intégration sociale et de sécurisation patrimoniale.

Dans cette perspective, les orientations défendues par le Président de la République convergent avec plusieurs recommandations formulées par l’IACE. Qu’il s’agisse de la relance des promoteurs publics, de la mobilisation du foncier de l’État, du développement de la location-accession ou de la construction de logements adaptés au pouvoir d’achat des classes moyennes, l’objectif demeure identique : restaurer un véritable droit au logement accessible.

Le défi consiste désormais à transformer ces orientations en réalisations concrètes. Car la réussite d’une politique de l’habitat ne se mesure pas uniquement au nombre de programmes annoncés, mais à la capacité effective de permettre à des milliers de familles tunisiennes d’accéder à un logement décent dans des conditions compatibles avec leurs revenus. Dans un contexte marqué par les tensions économiques et la montée des inégalités, le logement apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur de justice sociale, de développement économique et de stabilité nationale.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Climatisation : des degrés qui font grimper la facture d’électricité

Dès que les températures grimpent, le même réflexe s’installe dans les foyers, les bureaux et les commerces : fermer les fenêtres, saisir la télécommande et allumer le climatiseur. En quelques années, cet appareil est devenu presque incontournable pendant l’été tunisien. Face à des épisodes de chaleur plus difficiles à supporter, la climatisation n’est d’ailleurs plus toujours perçue comme un simple confort. Mais son utilisation intensive a un coût qui se révèle souvent au moment de recevoir la facture d’électricité.

Le problème ne réside pas seulement dans le fait d’allumer un climatiseur, mais aussi dans la manière de l’utiliser. Une température très basse, un appareil qui fonctionne pendant de longues heures, des fenêtres mal isolées ou un logement exposé au soleil peuvent considérablement augmenter les besoins en énergie. À l’échelle d’un seul foyer, la différence peut sembler limitée. Mais lorsque les climatiseurs fonctionnent simultanément dans des centaines de milliers de logements, leur impact se fait sentir sur l’ensemble du système électrique. Les documents de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie soulignent d’ailleurs que la généralisation de la climatisation entraîne des pointes de surconsommation électrique. Le phénomène est particulièrement visible pendant les périodes de forte chaleur, lorsque la demande augmente brutalement à certaines heures de la journée. La STEG a elle aussi, dans plusieurs de ses rapports d’activité, directement associé les pointes estivales à la forte sollicitation des équipements de climatisation. 

Le thermostat, ce petit réglage qui change beaucoup de choses

Lorsqu’il fait très chaud, la tentation est grande de régler le climatiseur sur une température particulièrement basse. Beaucoup espèrent ainsi rafraîchir la pièce plus vite. Pourtant, le thermostat ne fonctionne pas comme un bouton permettant d’accélérer instantanément le refroidissement. Il indique surtout à l’appareil la température qu’il doit tenter d’atteindre et de maintenir. Plus l’écart entre la chaleur extérieure et la température demandée à l’intérieur est important, plus le système de climatisation est sollicité. Dans une pièce exposée au soleil, mal isolée ou traversée par des entrées d’air chaud, l’appareil peut alors fonctionner pendant de longues périodes pour essayer de maintenir la température choisie. Cette durée de fonctionnement supplémentaire se traduit directement par une consommation d’électricité plus élevée. La qualité du logement joue donc un rôle aussi important que le climatiseur lui-même. Le ministère chargé de l’Énergie distingue deux grands leviers d’efficacité énergétique dans les bâtiments. Le premier est passif et concerne notamment l’orientation, l’isolation thermique et l’étanchéité. Le second est actif et repose sur la performance des équipements, leur régulation et le comportement des utilisateurs. Autrement dit, même un appareil efficace consommera davantage s’il doit continuellement lutter contre la chaleur qui pénètre dans le logement. 

Fermer les fenêtres lorsque la climatisation fonctionne, limiter l’exposition directe au soleil ou encore éviter de refroidir inutilement des pièces inoccupées ne relève donc pas seulement du bon sens. Ces gestes agissent sur la durée pendant laquelle l’appareil doit fonctionner. L’ANME rappelle d’ailleurs dans ses guides consacrés aux logements économes en énergie que la climatisation suppose de maintenir portes et fenêtres fermées pendant son fonctionnement et que sa consommation électrique reste importante. Cette question prend une dimension particulière dans les logements anciens ou mal conçus pour faire face aux fortes chaleurs. Dans certains appartements, les murs et les toitures accumulent la chaleur pendant la journée avant de la restituer le soir. Le climatiseur doit alors compenser les faiblesses du bâtiment. Le problème énergétique ne commence donc pas toujours avec la télécommande : il peut être inscrit dans la conception même du logement.

L’étiquette énergétique, un détail qui n’en est pas un

Tous les climatiseurs ne consomment pas la même quantité d’électricité pour fournir un service comparable. C’est précisément pour permettre au consommateur de distinguer les appareils les plus performants des plus énergivores que la Tunisie a instauré un système de certification et d’étiquetage énergétique. Le dispositif officiel comprend huit classes. La classe 1 correspond aux équipements les plus économes en énergie, tandis que la classe 8 désigne les plus consommateurs. Pour les climatiseurs, l’étiquetage énergétique est encadré par la réglementation depuis 2009. La Tunisie a ensuite progressivement interdit la commercialisation des appareils les moins performants : les classes 6, 7 et 8 ont été écartées du marché en 2009, la classe 5 en 2010 et la classe 4 en 2011. Cette réglementation montre à quel point le choix de l’appareil constitue un enjeu national. Lors de l’achat, le prix reste naturellement un critère déterminant pour les familles. Mais le coût réel d’un climatiseur ne se limite pas à la somme payée en magasin. Il faut aussi tenir compte de l’électricité consommée pendant plusieurs étés.

Un appareil moins performant peut sembler plus économique au moment de l’achat tout en coûtant davantage sur la durée. À l’inverse, un équipement plus efficace peut réduire les besoins en électricité à service comparable. L’étiquette énergétique devient ainsi un outil de comparaison aussi important que la puissance, la marque ou le prix. La question de la puissance mérite également une attention particulière. Un climatiseur doit être adapté à la taille de la pièce, à son exposition et aux caractéristiques du bâtiment. Le fonctionnement énergétique dépend donc d’un ensemble de facteurs qui vont bien au-delà du simple choix d’une température sur la télécommande.

Quand le confort individuel devient un enjeu collectif

L’impact de la climatisation ne s’arrête pas à la porte du logement. Lorsque la chaleur touche simultanément tout le pays, des milliers d’appareils se mettent en marche au même moment. La consommation augmente alors rapidement et le réseau électrique doit répondre à une demande particulièrement forte. Ce phénomène est ancien et documenté. Les rapports de la STEG ont déjà montré que les conditions climatiques estivales influencent directement les appels de puissance. Une année marquée par une forte vague de chaleur entraîne une sollicitation plus importante de la climatisation, tandis qu’un été plus clément peut limiter la demande. Le défi consiste donc à concilier deux réalités. D’un côté, il serait irréaliste de demander aux ménages de renoncer à la climatisation alors que les périodes de forte chaleur rendent parfois les logements difficiles à supporter. De l’autre, l’usage massif et peu maîtrisé de ces appareils alourdit les factures et accentue les pointes de consommation. La réponse ne passe pas nécessairement par la privation. Elle repose davantage sur une meilleure utilisation des équipements et sur des bâtiments mieux adaptés au climat. La politique tunisienne d’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel s’appuie d’ailleurs sur ces deux dimensions : améliorer les qualités du bâtiment lui-même et optimiser les équipements ainsi que les usages. 

À l’échelle d’un foyer, fermer une fenêtre ou choisir un appareil performant peut sembler dérisoire. Pourtant, la consommation électrique nationale est précisément la somme de millions de gestes individuels. Pendant les journées les plus chaudes, quelques heures de fonctionnement supplémentaires dans chaque logement peuvent devenir une charge considérable pour l’ensemble du réseau. La climatisation restera sans doute l’un des équipements les plus utilisés des étés tunisiens. La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut ou non l’allumer, mais comment éviter qu’un besoin légitime de fraîcheur ne se transforme en surconsommation. Entre le choix de l’appareil, l’état du logement et le réglage du thermostat, quelques décisions apparemment mineures peuvent peser lourd. Car en été, les degrés que l’on cherche à gagner sur le thermomètre finissent souvent par se retrouver, eux aussi, sur la facture.

Leila SELMI

 

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