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Grève des taxis : réformer le transport non régulier sans sacrifier la justice sociale

La grève générale observée lundi dernier par les professionnels du transport public non régulier a une nouvelle fois mis en lumière les profondes difficultés que traverse ce secteur stratégique. De 5 heures à 21 heures, les taxis individuels, les taxis collectifs, les taxis touristiques, les véhicules de louage ainsi que le transport rural ont été appelés à suspendre leur activité sur l’ensemble du territoire.

Selon la Fédération nationale du transport relevant de l’UTICA, le mouvement a connu un taux de participation élevé, traduisant le malaise grandissant d’une profession confrontée à une dégradation continue de ses conditions d’exercice.

Des revendications de nature réglementaire et législative
Intervenant sur les ondes d’une radio de la place, le vice-président de la Fédération nationale du transport, Moez Sellami, a estimé que la mobilisation s’était déroulée conformément aux prévisions. Il a réaffirmé la volonté des professionnels de parvenir à une solution négociée avec les autorités, tout en soulignant que leurs revendications sont essentiellement de nature législative et réglementaire. Au premier rang de ces revendications figure la révision des tarifs du transport public non régulier. Une augmentation avait été annoncée pour le premier trimestre 2026 avant d’être reportée au mois de juin, sans qu’aucune décision définitive ne soit finalement adoptée. Pour les représentants du secteur, ce nouveau report est devenu difficilement acceptable. Leurs arguments reposent sur une réalité économique incontestable. Depuis plusieurs années, les coûts d’exploitation n’ont cessé de progresser. Le prix des carburants, les dépenses d’entretien, le coût des pneumatiques, des pièces de rechange, des assurances, des réparations mécaniques ainsi que les charges fiscales pèsent lourdement sur la rentabilité de l’activité. Beaucoup de professionnels estiment aujourd’hui que les tarifs en vigueur ne couvrent plus les coûts réels du service rendu.
À cette augmentation des charges s’ajoute une concurrence de plus en plus importante, l’apparition de nouvelles formes de mobilité, ainsi que la diminution du nombre de courses dans certaines régions. Pour nombre de chauffeurs, la rentabilité quotidienne s’est considérablement réduite, mettant parfois en péril leur capacité à rembourser les crédits contractés pour l’acquisition ou le renouvellement de leurs véhicules. Pour la Fédération, il ne s’agit donc pas d’une simple revendication corporatiste mais d’une nécessité économique destinée à assurer la survie même du secteur. Comme l’a rappelé Moez Sellami, «personne ne peut prétendre que ces revendications ne le concernent pas», y compris les organisations professionnelles qui n’ont pas participé au mouvement.

Toute augmentation a un impact sur le budget des citoyens
Cependant, cette lecture du dossier ne saurait être la seule. Car derrière les difficultés des transporteurs se trouvent également celles des citoyens, qui subissent eux aussi une dégradation continue de leur pouvoir d’achat. Depuis plusieurs années, les ménages tunisiens sont confrontés à une hausse sensible du coût de la vie. Les dépenses alimentaires, les frais de logement, les soins de santé, l’éducation, l’énergie et les transports absorbent une part croissante des revenus familiaux, alors même que les salaires évoluent beaucoup plus lentement. Pour de nombreux travailleurs, étudiants, retraités ou demandeurs d’emploi, le taxi constitue parfois le seul moyen de transport disponible lorsque les réseaux publics sont insuffisants. Toute augmentation des tarifs risque donc d’avoir un impact immédiat sur leur budget quotidien. Le problème dépasse ainsi largement la seule question des intérêts des transporteurs. Il renvoie à une problématique plus globale, celle de l’équilibre économique d’un service public indispensable dans un contexte de fortes tensions sociales. Une augmentation uniforme des tarifs pourrait certes soulager momentanément les professionnels, mais elle risquerait également d’aggraver les difficultés financières des usagers et de réduire encore davantage la fréquentation des taxis, créant ainsi un cercle vicieux dont personne ne sortirait véritablement gagnant.

La recherche d’une solution durable suppose une approche plus globale
Une première piste consisterait à procéder à une révision objective de la structure des coûts du secteur afin de déterminer, sur des bases économiques transparentes, le niveau réel des tarifs nécessaires à son équilibre financier. Parallèlement, les pouvoirs publics pourraient examiner des mécanismes d’accompagnement permettant d’alléger certaines charges supportées par les professionnels. Des facilités fiscales ciblées, des crédits préférentiels pour le renouvellement du parc automobile, des mesures d’encouragement à l’acquisition de véhicules moins énergivores ou encore une révision de certaines taxes pourraient contribuer à améliorer la rentabilité sans faire peser exclusivement l’effort sur les usagers. La modernisation du secteur constitue également un enjeu majeur. La généralisation des outils numériques, des applications de réservation, des systèmes de paiement électronique et d’une meilleure organisation des stations permettrait d’améliorer la qualité du service tout en optimisant les recettes. De leur côté, les citoyens attendent également une amélioration des prestations : ponctualité, disponibilité, qualité de l’accueil, sécurité, transparence des tarifs et respect des règles professionnelles. Toute réforme tarifaire gagnerait ainsi en acceptabilité si elle s’accompagnait d’un engagement réciproque en faveur d’une amélioration du service rendu.

Repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité
Plus largement encore, cette crise rappelle l’urgence de repenser l’ensemble de la politique nationale de mobilité. Le transport public collectif demeure insuffisant dans plusieurs régions, ce qui accroît mécaniquement la dépendance des citoyens à l’égard des taxis et du transport non régulier. Le développement des transports collectifs urbains et interurbains, leur modernisation et une meilleure complémentarité entre les différents modes de déplacement constituent des leviers essentiels pour réduire durablement les tensions. Le dialogue demeure, dans ce contexte, la seule voie susceptible de concilier les intérêts parfois divergents des différentes parties. Les revendications des professionnels sont légitimes lorsqu’elles visent à préserver la viabilité économique de leur activité. Les préoccupations des usagers le sont tout autant lorsqu’elles traduisent les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés des millions de citoyens. La véritable réponse ne peut donc résider dans une opposition entre transporteurs et usagers, mais dans une politique publique capable de prendre simultanément en considération les impératifs économiques des professionnels, la protection du pouvoir d’achat des ménages et l’intérêt général.
L’enjeu dépasse finalement la seule question des tarifs. Il concerne la construction d’un modèle de mobilité plus équilibré, plus performant et plus équitable. C’est à cette condition que les réformes pourront répondre aux attentes des transporteurs sans compromettre les droits des citoyens à un service de transport accessible, de qualité et financièrement supportable. Une telle approche s’inscrit dans la recherche d’un équilibre entre justice sociale, efficacité économique et continuité du service public, trois objectifs qui doivent demeurer au cœur des politiques publiques.

Ahmed NEMLAGHI

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La chanteuse espagnole Bebe à Hammamet : Ode à la musique et à la liberté 

L’une des voix espagnoles les plus écoutées de la jeune génération s’est produite sur la scène du festival de Hammamet dans la nuit du 15 juillet 2026. Vêtue sobrement et entourée de ses musiciens virtuoses, elle a offert au public 1h30 de mélodies pures et de déclarations d’amour dans un français approximatif mais attachant. Une soirée d’été caniculaire mais hautement musicale pendant laquelle la chanteuse a pu offrir un spectacle 100% maîtrisé qui allie ballades douces et morceaux rythmés. Une première fois en Tunisie, désormais mémorable.
Chanteuse, auteure – compositrice mais également actrice, l’artiste ponctue ses morceaux par des déclarations touchantes. Bebe, son nom de scène séduit, tout comme sa voix singulière et sa présence scénique attractive. Ses chansons ont résonné dans cet amphithéâtre en plein air, épousant le slogan phare de cette 60ème édition « Endless Memories ». Une performance, qui est désormais marquante.
En réponse à l’esprit anniversaire et festif du festival de Hammamet, la chanteuse a rendu hommage à un album phare « Pafuera Telarañas », qui fête cette année, ses 22 ans. Paru en 2004 et produit par Carlos Jean, il est riche de tous les titres qui ont fait sa carrière et l’ont fait connaître comme « Malo », « Ella » et « Siempre me quedará ». Bebe conquit par son écriture sensible, engagée et profondément humaine.
Ce concert événement revisite un répertoire incontournable qui a fait d’elle l’une des voix incontournables de la musique hispanophone contemporaine. Des chansons comme « 7 horas », « Respirar », « Mi Guapo » ou encore « La micha » se sont succédé pour le plus grand bonheur des mélomanes présents, pour la plupart espagnols ou hispanophones. Son excellence M. l’ambassadeur d’Espagne en Tunisie « Isidro Antonio González Afonso a répondu présent ainsi que des membres de l’ambassade, de l’Institut Cervantes et de l’AECID.
Bebe prône des causes humaines primordiales pour elle, comme la lutte contre les violences faites aux femmes. Son titre « Malo » en dit long sur son combat. Son univers mêle flamenco, pop, rock et chanson d’auteur, avec des textes engagés sur la liberté, la dignité et l’émancipation. « Merci pour votre présence, votre amour …C’est ma première foisen Tunisie et je suis heureuse de vous rencontrer ». Annonce – elle en lisant une déclaration affichée sur son téléphone.
Reprise du marathon estival des concerts le 17 juillet 2026 avec la performance de Noor et Selim Arjoun. Le duo revient avec un “Live with orchestra” qui sera présenté pour la première fois au Festival International de Hammamet
Kamel Bouaouina

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Chiens errants : le miroir blessé de nos villes

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Depuis quelques années, une silhouette s’est installée dans le paysage quotidien de nos villes tunisiennes, celle du chien errant. On le croise au détour d’une rue, près d’un marché, autour d’une benne à ordures ou sous l’ombre maigre d’un mur. Il traverse les carrefours comme s’il avait appris, lui aussi, à négocier avec le désordre, les klaxons et l’impatience. À force de le voir, nous finissons presque par ne plus le regarder. Il devient une présence ordinaire, une forme vivante du décor urbain. Pourtant, derrière cette apparente banalité se cache une question qui devrait nous inquiéter davantage : comment avons-nous laissé l’errance animale devenir l’un des signes les plus visibles de notre manière d’habiter la ville ?

Le phénomène est souvent associé, dans la mémoire collective, aux transformations qui ont suivi 2011. Les pratiques anciennes, notamment les campagnes d’abattage, ont été davantage contestées, et avec raison. Une société ne progresse pas en banalisant la violence, même lorsqu’elle prétend agir au nom de l’ordre ou de la sécurité. Mais notre erreur a été de croire qu’il suffisait de renoncer à une mauvaise méthode pour que le problème disparaisse. Nous avons interrompu, du moins par moments, une logique brutale sans lui substituer une politique cohérente, durable et visible. Or le vide administratif n’est jamais neutre : il se remplit de conséquences. Les chiens ont continué à naître, à être abandonnés, à se regrouper et à survivre comme ils le pouvaient, tandis que les citoyens oscillaient entre compassion, peur et exaspération.

Ainsi, le chien errant nous place devant une contradiction familière. Nous refusons la cruauté mais nous tolérons l’abandon. Nous nous indignons devant une scène violente mais nous détournons les yeux devant une souffrance lente. Nous voulons des rues sûres, sans toujours accepter les efforts de prévention, de propreté, de vaccination, de stérilisation et d’éducation qui rendent cette sécurité possible. Le problème n’est donc pas seulement dans la rue. Il se trouve dans notre manière de décider, de différer, d’improviser et, trop souvent, de chercher une solution spectaculaire lorsqu’un travail patient aurait été plus efficace.

Une présence qui raconte nos défaillances

Les chiens errants ne sont pas tombés du ciel et n’ont pas choisi la marginalité. Beaucoup sont les descendants d’animaux abandonnés ou de portées laissées sans contrôle. Derrière chaque groupe aperçu près d’une décharge, il y a souvent une chaîne de négligences humaines : un maître qui déménage et laisse l’animal derrière lui, une famille qui se lasse, un chiot offert comme un jouet puis rejeté lorsqu’il grandit, un chien de garde remplacé, une femelle non stérilisée dont les petits sont déposés loin du quartier. L’errance n’est pas un instinct mystérieux, elle est, dans une large mesure, une fabrication sociale.

À cette irresponsabilité individuelle s’ajoute une faiblesse collective. Nos villes s’étendent, de nouveaux quartiers apparaissent, les zones périurbaines avancent, mais les services ne suivent pas toujours au même rythme. Les déchets s’accumulent, les terrains vagues deviennent des refuges, les chantiers abandonnés offrent des abris, et les restes alimentaires assurent une survie minimale. Nous produisons involontairement les conditions de l’errance, puis nous reprochons aux animaux d’en profiter. Une poubelle qui déborde n’est pas seulement une faute esthétique ou un signe de mauvaise gestion, elle devient une mangeoire permanente, un point de rassemblement et, à terme, un facteur de multiplication.

Le chien errant est donc le miroir d’une ville qui ne maîtrise ni ses déchets, ni ses périphéries, ni les conséquences de ses propres habitudes. Sa présence révèle l’écart entre le discours et l’action. Nous parlons de modernité, de qualité de vie, d’espace public et d’attractivité urbaine, mais nous acceptons des rues où se côtoient ordures, animaux affamés, circulation anarchique et peur diffuse. Ce miroir est dérangeant parce qu’il nous renvoie une image que nous préférerions attribuer à l’animal : le désordre. Pourtant, le désordre n’est pas le chien ; le désordre est le système qui le produit et l’abandonne ensuite à son sort.

La peur est réelle mais elle ne suffit pas à penser

Il serait injuste, cependant, de nier l’inquiétude des habitants. Une meute peut impressionner, un chien blessé ou affamé peut devenir imprévisible, et la menace de morsure suscite une peur légitime, surtout chez les parents, les enfants, les personnes âgées, les cyclistes ou ceux qui rentrent tard. La compassion ne doit pas exiger de la population qu’elle renonce à la sécurité. Elle doit au contraire nous obliger à rechercher une réponse plus sérieuse que l’alternative paresseuse entre l’abattage massif et l’inaction.

Lorsque la peur devient l’unique langage du débat, elle transforme l’animal en ennemi absolu. On ne voit plus un être vivant issu de nos abandons ; on voit une nuisance à faire disparaître. Cette simplification est dangereuse, car elle autorise toutes les brutalités sans traiter les causes. Même une campagne d’élimination, si elle n’est pas accompagnée d’une maîtrise des déchets, d’un contrôle des naissances et d’une responsabilisation des propriétaires, ne ferait que libérer temporairement un espace qui serait bientôt occupé par d’autres animaux. Une ville ne se gouverne pas par des gestes de colère répétés, elle se gouverne par la continuité, l’anticipation et l’évaluation.

Il suffit d’observer ces chiens avec un peu d’attention pour comprendre que beaucoup ne cherchent pas l’affrontement. Certains gardent leurs distances, d’autres suivent timidement un passant, d’autres encore attendent un morceau de pain ou un peu d’eau. Leur comportement raconte une longue familiarité avec l’humeur humaine : ils savent reconnaître la main qui nourrit et celle qui frappe. Ils apprennent la prudence, la fuite, parfois la méfiance. Leur patience silencieuse devrait nous troubler, car elle accuse sans discours. Ils survivent dans les marges que nous leur laissons et portent sur leur corps les traces de nos retards, de nos déchets et de notre indifférence.

Sortir de l’improvisation municipale

La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les associations, les bénévoles ou quelques citoyens sensibles. Leur engagement est précieux, mais il ne doit pas servir d’alibi au retrait des institutions. Une politique crédible suppose une coordination entre les municipalités, les services vétérinaires, les associations de protection animale, les établissements scolaires, les médias et les citoyens. Il faut recenser les zones les plus touchées, organiser des campagnes régulières de stérilisation et de vaccination, identifier les animaux déjà pris en charge, traiter les cas de maladie ou d’agressivité et assurer un suivi réel. Sans continuité, chaque opération devient un événement isolé dont les effets s’effacent rapidement.

La propreté urbaine doit être considérée comme une composante essentielle de cette politique. Tant que des quantités importantes de nourriture restent accessibles dans les rues, toute stratégie restera incomplète. Les conteneurs fermés, la collecte régulière, la lutte contre les dépôts sauvages et la sensibilisation des commerçants ne sont pas des sujets séparés de la question animale. Ils en constituent le socle. Il est incohérent de demander la disparition des chiens tout en laissant partout les ressources qui assurent leur regroupement et leur reproduction.

Il faut aussi instaurer une véritable culture de la responsabilité des propriétaires. Posséder un chien ne devrait pas être un acte impulsif, encore moins une mode passagère. L’animal engage pour des années : il faut le nourrir, le soigner, le faire vacciner, empêcher les reproductions incontrôlées et ne pas l’abandonner lorsqu’il devient encombrant. L’identification des chiens domestiques, l’encouragement à la stérilisation et des sanctions réellement appliquées contre l’abandon permettraient de déplacer le débat vers son origine. On parle souvent de contrôler les animaux, il faudrait d’abord contrôler les comportements humains qui les condamnent à l’errance.

Adopter, stériliser, éduquer : une solidarité organisée

Parmi les pistes possibles, une campagne nationale d’adoption mérite d’être défendue. Elle ne consisterait pas à culpabiliser toutes les familles ni à prétendre que chacun peut accueillir un animal. Elle s’adresserait à ceux qui disposent de l’espace, du temps et des moyens nécessaires. Son principe serait simple : transformer une partie du problème public en une multitude d’engagements privés, accompagnés et responsables. Si des milliers de foyers adoptaient chacun un chien, après examen vétérinaire, vaccination et stérilisation, le paysage de nombreuses rues pourrait changer sans violence.

Une telle campagne devrait éviter le sentimentalisme facile. Adopter n’est pas sauver un animal pour quelques jours, puis le rejeter à la première difficulté. C’est accepter une responsabilité durable. Les familles auraient besoin de conseils, d’un suivi initial, d’informations sur le comportement, l’alimentation, l’hygiène et les soins. Les écoles pourraient participer en apprenant aux enfants le respect du vivant, mais aussi les règles de prudence. Les médias pourraient montrer des expériences réussies, expliquer les gestes appropriés et rappeler que la bonté sans organisation peut parfois aggraver le problème, notamment lorsque le nourrissage désordonné favorise les regroupements sans contrôle sanitaire.

Ceux qui ne peuvent pas adopter ne seraient pas exclus de l’effort. Ils pourraient contribuer à une stérilisation, soutenir un refuge, signaler un animal blessé, participer à un point d’eau encadré pendant les fortes chaleurs ou aider une association de manière ponctuelle. Une société adulte ne demande pas la même chose à chacun, elle demande à chacun une part adaptée de responsabilité. Cette solidarité distribuée serait plus efficace qu’une indignation épisodique sur les réseaux sociaux, vite oubliée dès que l’émotion retombe.

Au fond, la question des chiens errants dépasse largement les chiens. Elle parle de la ville que nous construisons, de la valeur que nous accordons à la vie vulnérable, de notre capacité à transformer une émotion morale en politique publique. Elle mesure aussi notre cohérence. Nous ne pouvons pas réclamer des espaces plus propres, plus sûrs et plus humains tout en abandonnant aux rues les conséquences de nos propres décisions. La sécurité des habitants et la protection animale ne sont pas deux causes ennemies, elles deviennent compatibles dès lors que l’on remplace l’improvisation par la prévention et la brutalité par l’organisation.

Après 2011, nous avons beaucoup parlé de liberté, de dignité et de droits. Il reste à donner à ces mots leur complément indispensable : la responsabilité. Une ville digne n’est pas une ville qui cache ses victimes ou les élimine lorsqu’elles deviennent visibles. C’est une ville qui remonte aux causes, corrige ses pratiques et refuse que l’abandon soit la réponse ordinaire à ce qui dérange. Le chien errant, immobile au bord d’un trottoir, n’est peut-être pas seulement un animal perdu. Il est la question silencieuse que la ville nous adresse : que faisons-nous de ceux que notre propre négligence a laissés dehors ? La réponse ne se trouvera ni dans la peur seule ni dans la pitié seule, mais dans une politique patiente, ferme et humaine. C’est à cette condition que nos rues cesseront d’être le théâtre de notre incohérence et pourront redevenir un espace partagé, plus sûr pour les habitants comme pour les animaux.



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L’ATUGE présente la 3e édition de «Tunisia Global Forum» : l’intelligence collective pour bâtir la Tunisie de demain

L’Association des Tunisiens des Grandes écoles (ATUGE) a organisé hier une conférence de presse pour présenter la 3e édition du Tunisia Global Forum (TBF) qui se tiendra mardi prochain, ainsi que les évènements corollaires. « Bâtir l’avenir à l’ère de l’IA » est le leitmotiv choisi pour cette nouvelle édition qui réunira la diaspora tunisienne avec tous les acteurs économiques autour d’un objectif commun, celui de bâtir une Tunisie qui repose sur l’intelligence collective.

Le TBF qui s’affirme comme étant un rendez-vous annuel incontournable pour la diaspora vise à mobiliser les talents tunisiens du monde et les écosystèmes d’entreprises et d’innovation pour accélérer la transformation du pays et renforcer son rayonnement à l’international à l’ère de l’intelligence artificielle.
Amine Aloulou, président de l’ATUGE, a affirmé que l’objectif suprême de l’association, qui travaille de concert avec l’Alliance mondiale des talents tunisiens (World Alliance of Tunisian Talents-WATT) et d’autres partenaires dont la CONECT, le CJD, expertise France et des structures institutionnelles, est de connecter les réseaux de compétences tunisiennes établies à l’étranger aux talents présents en Tunisie, aux acteurs économiques, aux startups, aux institutions publiques et aux organismes de coopération internationale. 
Et d’ajouter : «L’année 2026 coïncide avec le centenaire de la naissance de Mokhtar Latiri, une figure majeure de la génération des Bâtisseurs qui constituent pour nous un message et un exemple frappant de la volonté commune et de l’intelligence commune qui ont fait la force de la Tunisie postindépendance. «D’où notre défi est de faire de l’intelligence collective un tremplin pour bâtir la Tunisie de demain dans un monde de transmutation effervescente où chaque instant est une invitation à renouveler sa vision des choses. L’enjeu pour la Tunisie ne consiste pas seulement à suivre l’évolution de l’intelligence artificielle, mais à construire une capacité collective permettant de transformer cette révolution en opportunités concrètes».

Présentant le programme du TGF, Tarak Bouacida, le Commissaire du forum, a passé en revue plusieurs thématiques qui seront débattues dont : «L’intelligence collective pour bâtir l’avenir de l’IA», «Bâtir aujourd’hui les fondations d’une IA créatrice de valeur» et «Comment réussir le virage de l’IA », une première plénière dédiée aux infrastructures, à l’éthique et à la maîtrise des fondations de l’IA et une seconde plénière qui abordera l’impact de l’IA sur la transformation des métiers, les compétences et l’éducation. Il s’agit de pousser la réflexion autour de la manière d’épouser l’ère du changement, notamment en matière d’éducation et d’emploi.

En parallèle de ces sessions principales, des espaces thématiques interactifs permettront d’approfondir les échanges sur l’open-innovation dans l’industrie, la valorisation de la recherche en IA (notamment dans la santé et les biotechs), ainsi que l’écosystème des startups à l’ère de l’IA, outre les sessions de partage d’expériences animées par des leaders du secteur (AI Founders & Leaders Insights).

La Diaspora régionale Networking du 15 juillet au 15 août
Le forum sera marqué par la publication d’un Livre Blanc dédié à l’intelligence artificielle, a fait savoir le président de l’ATUGE. Le livre en question est le fruit de la réflexion de plus de 20 experts et universitaires en la matière. Lesquels ont présenté une série de recommandations, des clés directrices pour jeter les bases d’un début d’une dynamique autour de l’IA et passer à la concrétisation des stratégies ambitieuses. «L’avenir se bâtit aujourd’hui», a affirmé Amine Aloulou.
La dimension régionale sera présente au cours de ce «Diaspora Month» à travers l’organisation de la Diaspora regional Networking du 15 juillet au 15 août et ce, dans plusieurs régions du pays, à savoir Sfax, Sousse, Hammamet, Bizerte, Gabès, Béja et Djerba.

Le TGF IA Awards pour réduire le gap entre la recherche et l’innovation
Par ailleurs, une autre nouveauté pour le TGF cette année, c’est l’organisation du AI Hackathon (Automate et Reinvent) et ce, du 17 au 19 juillet courant en partenariat avec CJD Horizon. Le hackathon s’articulera autour de trois thèmes, à savoir Finance et assurance, santé, pharma et industrie.
Mouna Marrakchi, SG de l’ATUGE, a affirmé que l’objectif consiste à réduire le gap entre la recherche et l’innovation, en tirant profit de l’IA. D’où l’intérêt du lancement de l’IA Awards qui se projette de mettre en lumière des compétences tunisiennes en Tunisie et/ou à l’étranger. Elle a affirmé que sur une cinquantaine de candidatures, 12 startups ont été retenues. Par ailleurs, 12 projets novateurs pour la valorisation de la recherche et la création de la valeur et de l’impact sont également en course, outre les projets d’intégration de l’IA en entreprise (AI Business).
Ce hackathon qui se positionne comme un laboratoire d’innovation collaborative d’excellence sera marqué par la mobilisation de 42 groupes et plus de 150 étudiants et jeunes talents de Tunisie et de la diaspora, a indiqué la présidente de CJD Tunis Horizon, Nouha Younes. Ils seront encadrés par 50 mentors de haut niveau, comprenant des professionnels de l’écosystème entrepreneurial, des experts en IA et des spécialistes métiers issus des entreprises partenaires. Leur mission consistera à relever des défis opérationnels complexes, avec pour priorité le déploiement de solutions applicables à des secteurs stratégiques de l’économie nationale.
L’événement réunira plus de 2.500 participants, 150 entreprises et startups, ainsi que 80 intervenants et experts de Tunisie et de l’étranger.

Yosr GUERFEL AKKARI

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Santé maternelle et néonatale : transition démographique, justice sociale et gouvernance sanitaire

Par Mondher AFI

Le 10 juillet 2026, au siège de son département à Tunis, le ministre de la Santé, Dr Mustapha Ferjani, a présidé une réunion de travail consacrée au renforcement de la santé maternelle et néonatale. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre des orientations présidentielles impulsées par le Président de la République, Kaïs Saïed, en faveur de la modernisation du système national de santé et de l’amélioration de la qualité des soins périnataux.

La stratégie présentée repose sur le renforcement des compétences des professionnels de santé, l’harmonisation des protocoles cliniques, l’amélioration des circuits de référence, la généralisation du dossier médical numérique interopérable, l’intégration progressive des données du secteur privé et le développement d’une coordination plus efficace entre les différents niveaux de prise en charge, dans l’objectif d’améliorer la qualité, la continuité et l’équité des soins maternels et néonataux sur l’ensemble du territoire.
Comme le rappelle Émile Durkheim, «les faits sociaux doivent être expliqués par d’autres faits sociaux». La santé maternelle ne dépend donc pas uniquement de la qualité des actes médicaux, elle traduit également les conditions sociales dans lesquelles vivent les populations.
L’accès aux soins, le niveau d’instruction des femmes, la protection sociale, les infrastructures de transport, les revenus des ménages et les disparités territoriales influencent directement les risques liés à la grossesse et à l’accouchement. Dans cette perspective, la mortalité maternelle constitue moins un simple indicateur sanitaire qu’un révélateur des inégalités sociales.
À cet égard, l’Organisation mondiale de la Santé considère depuis plusieurs années que la réduction de la mortalité maternelle nécessite une approche globale combinant prévention, accès universel aux soins, qualité des services et réduction des inégalités.
Les analyses démographiques montrent que la Tunisie s’inscrit depuis plusieurs décennies dans une transition démographique relativement avancée au sein du Maghreb.
Selon Kingsley Davis, «la transition démographique est l’une des plus profondes transformations sociales de l’histoire moderne». Elle ne se limite pas à la baisse de la fécondité, elle traduit une transformation des comportements familiaux, de la condition féminine, des politiques de santé et du développement économique.
Les travaux consacrés à l’évolution démographique des pays maghrébins montrent que la baisse de la mortalité infantile et maternelle accompagne généralement la généralisation de la médecine préventive, l’amélioration du niveau de vie, la scolarisation des filles et la modernisation des services publics.
Cependant, comme le soulignent plusieurs démographes, cette transition demeure fragile lorsque les progrès sanitaires ne sont pas accompagnés d’une croissance inclusive et d’une réduction des inégalités territoriales.
Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que «les chances de vie sont inégalement distribuées selon la position sociale des individus».
Cette observation demeure particulièrement pertinente dans le domaine de la santé maternelle. Les complications obstétricales sont souvent aggravées par des facteurs non médicaux : éloignement géographique des maternités, pauvreté, précarité des transports, faiblesse du suivi prénatal ou insuffisance des ressources humaines spécialisées.
Dans cette perspective, renforcer uniquement les équipements hospitaliers ne suffit pas. Une politique efficace doit également agir sur les déterminants sociaux de la santé afin de réduire les inégalités de départ.

La gouvernance sanitaire à l’épreuve des territoires
L’un des apports majeurs de la réunion du 10 juillet réside dans la volonté de renforcer la coordination entre les différents niveaux du système de santé.
Cette orientation rejoint les principes contemporains de la gouvernance sanitaire qui privilégient l’intégration des parcours de soins, la continuité de la prise en charge, la circulation de l’information médicale et l’évaluation permanente des performances.
La numérisation du dossier médical, l’intégration des données du secteur privé et l’harmonisation des protocoles constituent, à cet égard, des leviers importants pour améliorer l’efficacité du système et réduire les ruptures dans la prise en charge.
Le démographe français Alfred Sauvy écrivait : «Gouverner, c’est prévoir».
Cette formule résume parfaitement l’enjeu de la politique de santé maternelle. Investir dans la grossesse, l’accouchement et les premiers jours de vie ne relève pas uniquement de la médecine, il s’agit d’un investissement dans le capital humain, dans la cohésion sociale et dans le développement futur du pays.
Chaque réduction de la mortalité maternelle ou néonatale améliore les indicateurs de développement humain et renforce les capacités futures de la société.

Vers une politique intégrée de la santé maternelle
L’amélioration durable de la santé maternelle ne peut reposer uniquement sur le renforcement des capacités hospitalières ou sur l’augmentation des ressources allouées aux services de soins. Elle suppose une approche systémique intégrant les dimensions sanitaires, sociales, territoriales, économiques et informationnelles qui influencent le parcours de santé des femmes avant, pendant et après la grossesse. Une telle orientation implique de dépasser une logique centrée sur la prise en charge curative pour privilégier une politique publique fondée sur la prévention, la continuité des soins, l’équité territoriale et l’évaluation permanente des résultats.
La création d’un observatoire national de la santé maternelle et néonatale renforcerait la gouvernance en centralisant les données, en harmonisant les indicateurs et en orientant les politiques publiques sur des bases scientifiques, tout en identifiant les disparités territoriales. Le développement de la télémédecine et des solutions numériques améliorerait l’accès aux soins spécialisés, notamment dans les régions insuffisamment desservies. Parallèlement, la formation continue des sages-femmes, des obstétriciens et des autres professionnels de la santé périnatale contribuerait à renforcer la qualité et la sécurité des prises en charge. Cette évolution devrait s’accompagner d’un renforcement des services de proximité intégrant le suivi prénatal, l’accompagnement psychosocial et le suivi postnatal. Enfin, des dossiers médicaux numériques interopérables favoriseraient la continuité des soins, la coordination institutionnelle et une planification sanitaire davantage fondée sur les données.
Enfin, l’intégration des sciences sociales dans l’analyse des politiques de santé apparaît indispensable afin de mieux comprendre les déterminants culturels, économiques, éducatifs et territoriaux qui influencent le recours aux soins, l’adhésion aux programmes de prévention et les inégalités de santé. Une telle approche permet d’appréhender la santé maternelle comme un phénomène multidimensionnel où les facteurs médicaux interagissent avec les conditions de vie, les normes sociales, les niveaux d’instruction et les mécanismes institutionnels. Dans cette optique, l’amélioration de la santé maternelle constitue moins un objectif sectoriel qu’un indicateur de la capacité des politiques publiques à garantir un accès équitable à des soins de qualité, à renforcer la résilience du système de santé et à promouvoir le bien-être des femmes tout au long de leur parcours reproductif.
La réunion stratégique du 10 juillet 2026 dépasse le cadre d’une concertation administrative classique. Elle marque l’émergence d’une approche plus systémique de la santé maternelle et néonatale, dans laquelle la qualité des soins ne peut être dissociée des réalités sociales, démographiques, territoriales et économiques. Cette évolution traduit une prise de conscience que les indicateurs de santé ne sont pas uniquement le produit des performances hospitalières, mais aussi le reflet des conditions de vie, du niveau d’éducation, de l’accès équitable aux services publics et de la capacité des institutions à accompagner les femmes tout au long de leur parcours de maternité.

Les défis à l’horizon 2030
À l’horizon 2030, la réussite de cette stratégie dépendra avant tout de la transformation des orientations annoncées en politiques publiques évaluables et durables. Cela suppose une gouvernance fondée sur des données fiables, un système d’information performant, une évaluation régulière des résultats et une capacité d’adaptation permanente aux évolutions démographiques et épidémiologiques. La réduction des disparités territoriales, l’amélioration de la qualité des soins obstétricaux et néonataux, le renforcement des ressources humaines, ainsi que l’intégration effective de la prévention dans les politiques de santé constitueront les principaux indicateurs de cette transformation.
Toutefois, le progrès ne pourra être pleinement atteint que si plusieurs conditions structurelles sont réunies. Il implique d’abord un investissement continu dans les soins de santé primaires, dans la formation des professionnels, dans les infrastructures sanitaires des régions les moins favorisées et dans la modernisation numérique du système de santé. Il exige également une meilleure articulation entre les secteurs de la santé, de l’éducation, de la protection sociale et du développement territorial, car la santé maternelle relève d’une responsabilité collective qui dépasse largement le seul champ médical.
Une autre condition essentielle réside dans le renforcement de la culture de prévention. Informer les femmes et leurs familles sur le suivi de la grossesse, l’accouchement, la période postnatale et le développement du nouveau-né contribue à réduire les risques évitables et favorise des décisions éclairées. L’éducation sanitaire doit ainsi devenir un levier central de la politique publique, au même titre que les investissements matériels ou les réformes organisationnelles.
L’amélioration durable de la santé maternelle passe également par une attention accrue au bien-être des femmes au-delà de l’accouchement. Les enjeux de santé physique, psychologique et sociale durant les mois qui suivent la naissance demeurent souvent insuffisamment pris en compte alors qu’ils conditionnent la qualité de vie des mères, le développement de l’enfant et la stabilité familiale. Une politique moderne de santé maternelle ne peut donc se limiter à assurer la survie, elle doit viser la qualité de vie, l’accompagnement, l’écoute et la continuité des soins.
Cette ambition suppose également de renforcer les droits, les capacités d’autonomie et l’accès des femmes aux services de santé tout au long de leur parcours de vie. Les recherches en santé publique montrent que les sociétés qui investissent dans l’éducation des filles, l’autonomisation des femmes et la protection sociale obtiennent durablement de meilleurs résultats en matière de mortalité maternelle et néonatale. La santé devient alors un facteur de développement humain autant qu’un indicateur de justice sociale.
Les expériences internationales démontrent enfin que la majorité des décès maternels et néonataux reste évitable lorsque les systèmes de santé garantissent un accès rapide à des soins de qualité, une prise en charge coordonnée et un suivi continu avant, pendant et après la grossesse. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’augmenter les moyens disponibles, mais d’améliorer leur efficacité, leur répartition territoriale et leur capacité à répondre aux besoins réels des populations.
À l’horizon 2030, la santé maternelle et néonatale pourrait s’imposer comme un indicateur stratégique de la qualité de la gouvernance publique. Cette ambition suppose la mise en œuvre de politiques intégrées, fondées sur l’équité, l’innovation et l’évaluation continue, afin de garantir à chaque femme et à chaque nouveau-né un parcours de soins sûr, accessible et durable.

 

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Pensées ad libitum : l’Odyssée continue de passer par Djerba

Bien avant les cartes satellites, avant les guides touristiques et les commissions du film, Homère avait déjà dessiné une géographie de l’imaginaire. Dans L’Odyssée, l’île des Lotophages apparaît comme un territoire où le temps suspend son cours, où la mémoire vacille, où le voyageur risque d’oublier jusqu’à son désir de retour. Depuis des siècles, érudits et historiens situent cet épisode sur l’île de Djerba. Vraie ou supposée, cette filiation a traversé les âges sans jamais cesser d’alimenter les récits.
Voilà qu’aujourd’hui, ce mythe antique revient par un chemin inattendu. Au 37e Festival international de cinéma de Marseille, le projet Hôtel Homère, porté par les cinéastes iraniens Parastoo Anoushahpour et Faraz Anoushahpour avec le Canadien Ryan Ferko, révèle que son tournage s’est déroulé entièrement à Djerba, dans un hôtel abandonné de la région d’Aghir. Une œuvre qui convoque Homère, mais qui parle surtout de mémoire, de territoires oubliés et des vies qui continuent d’habiter les lieux désertés.
L’information rappelle que notre patrimoine n’est pas seulement un héritage à préserver. Il constitue aussi une matière première de création. On évoque souvent le patrimoine sous l’angle de la restauration, de la protection ou de la conservation. Ces missions sont essentielles. Mais un patrimoine qui ne produit plus de récits finit par devenir un simple objet de contemplation. Le cinéma lui offre une autre destinée : celle d’entrer dans l’imaginaire mondial.
Car chaque réalisateur qui choisit un paysage ne sélectionne pas uniquement un décor. Il choisit une lumière, une géographie, une mémoire, une texture du réel. Il transforme un territoire en personnage. Les plus grands pays producteurs d’images l’ont compris depuis longtemps. Le cinéma est devenu un formidable outil de diplomatie culturelle. Il fait voyager les paysages bien avant les touristes. Il construit des représentations qui survivent parfois davantage que les campagnes de communication les plus coûteuses.
La Tunisie possède, de ce point de vue, une singularité rare. Sur quelques centaines de kilomètres seulement se succèdent les plages méditerranéennes, les îles, les montagnes, les forêts, les plaines agricoles, les villages berbères, les médinas, les déserts, les oasis, les sites puniques, romains, byzantins, islamiques et contemporains. Peu de pays offrent une telle diversité de décors naturels et historiques dans un espace aussi réduit.
Pourtant, cette richesse demeure insuffisamment exploitée. L’histoire récente du cinéma tunisien montre que le pays attire encore des productions étrangères. Mais ces tournages restent souvent le fruit d’initiatives individuelles plutôt que l’expression d’une politique culturelle assumée. Chaque projet est accueilli comme une réussite ponctuelle au lieu d’être considéré comme un jalon d’une stratégie de long terme.
Les plateformes de diffusion multiplient les productions internationales. Les festivals recherchent des écritures nouvelles. Les réalisateurs explorent des paysages encore peu filmés. Dans cette compétition mondiale des imaginaires, les pays ne rivalisent plus seulement par leurs studios ou leurs moyens techniques. Ils rivalisent aussi par leurs territoires. La Tunisie possède, à cet égard, un avantage considérable. Encore faut-il le faire connaître. Attirer davantage de tournages suppose une politique cohérente : simplifier les procédures administratives, renforcer les structures d’accompagnement, mieux cartographier les sites de tournage, développer des réseaux régionaux capables d’accueillir les équipes étrangères, promouvoir le pays dans les grands marchés internationaux du cinéma et considérer la production audiovisuelle comme un véritable levier de développement culturel et économique.
Le cinéma n’est donc pas seulement une industrie culturelle. Il est aussi une industrie du regard. Et là aussi, l’Odyssée n’a jamais vraiment quitté l’île. Elle a simplement changé de langage.

Mona BEN GAMRA

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Crise de liquidités de la CNAM : le grand «rafistolage» d’un système à bout de souffle

En cet été 2026, le système de protection sociale en Tunisie traverse une tempête financière d’une gravité inédite qui menace d’ébranler les fondations mêmes de l’accès aux soins pour des millions de citoyens. L’épicentre de cette crise se situe au niveau de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), dont les retards de paiement de plus en plus lourds ont poussé les prestataires de soins du secteur privé au bord de la rupture contractuelle. Pour éviter une suspension catastrophique du système du tiers payant, des accords de dernière minute ont été conclus à l’arraché au début du mois de juillet.

Dans le cadre du tiers payant, les prestataires de soins conventionnés avec la CNAM perçoivent de l’assuré social 30% du montant global des frais de soins. Le reliquat fait l’objet d’un décompte adressé au centre régional ou local de la caisse, afin qu’elle procède au paiement intégral du prestataire de soins dans un délai ne dépassant pas quelques semaines ouvrables à compter de la date de réception du décompte et ce, par virement bancaire ou postal au compte indiqué dans le dossier d’adhésion.

Cependant, loin de marquer la fin de la crise, ces compromis fragiles ne résolvent rien sur le fond. En se contentant de calmer la colère des professionnels de santé à coups de promesses de règlements à court terme, la CNAM et le ministère des Affaires sociales s’adonnent à une pure politique de «rafistolage». Cette gestion à vue de la pénurie de liquidités permet d’éviter temporairement la paralysie des soins, mais elle occulte sciemment l’urgence absolue d’une réforme profonde et structurelle du régime d’assurance maladie et du système des retraites, qui sont plus que jamais interdépendants. 

Un tiers payant sous perfusion et une gestion au jour le jour 

L’alerte est maximale au niveau des syndicats des prestataires de soins privés qui refusent désormais de servir de variables d’ajustement financier. À l’issue d’une réunion cruciale tenue le mercredi 8 juillet 2026, l’Intersyndicale des professions médicales dans le secteur privé a fustigé la dégradation continue d’une situation qu’elle avait déjà dénoncée lors d’une première mise en garde en décembre 2025. Ce collectif regroupe des piliers de la santé libérale en Tunisie tels que le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML), le Syndicat tunisien des médecins dentistes de libre pratique (STMDLP), le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), le Syndicat tunisien des biologistes privés (STBP) et les chambres syndicales nationales des cliniques privées et des centres d’hémodialyse affiliés à l’UTICA. Tous s’accordent à dire que les retards de remboursement accumulés asphyxient l’équilibre financier des structures sanitaires privées et font peser un risque immédiat sur la continuité des prestations dues aux assurés sociaux.

Face au spectre imminent d’un blocage généralisé du mécanisme du tiers payant, le ministère des Affaires sociales a multiplié les interventions d’urgence pour colmater les brèches. Le 2 juillet 2026, le SPOT a annoncé la poursuite du système du tiers payant dans les pharmacies conventionnées, suite à des engagements de la CNAM de couvrir les mois de mai et juin, tout en promettant d’établir un accord-cadre clair pour les six mois à venir afin de stabiliser la relation contractuelle.

Une dizaine de jours plus tard, le Syndicat tunisien des biologistes privés a emboîté le pas en suspendant sa décision de mettre fin au tiers payant après une réunion de crise avec le ministre des Affaires sociales et les dirigeants de la caisse. Néanmoins, à l’instar de l’ensemble de la profession, les biologistes préviennent que ce sursis reste strictement conditionné au respect rigoureux et ponctuel par la CNAM de ses engagements financiers. Ces suspensions successives des arrêts de travail illustrent la précarité extrême du régime actuel d’assurance maladie.

La CNAM, «banquière forcée» des caisses de retraite en faillite

De son côté, le secteur public de la santé subit tout aussi violemment l’incapacité de la CNAM à honorer ses dettes. Selon les données alarmantes dévoilées le 6 juillet par le secrétaire général du Syndicat des médecins, des pharmaciensdes médecins-dentistes hospitalo-universitaires, la CNAM traîne une ardoise astronomique de 2,2 milliards de dinars de dettes impayées envers les hôpitaux publics. Cette rétention forcée de fonds tarit les budgets des structures hospitalières étatiques, les privant des ressources nécessaires pour renouveler leurs équipements, assurer la maintenance technique indispensable et s’approvisionner régulièrement en consommables médicaux de base. 

Le système sanitaire tunisien dans sa globalité, public comme privé, se retrouve pris en otage par cette crise de liquidités. Le «rafistolage» opéré en urgence auprès des syndicats libéraux n’est qu’une infime digue face à un océan de dettes systémiques, qui fragilise directement le droit constitutionnel des citoyens à la santé.

Pour comprendre les racines de cette pénurie chronique de liquidités, il convient de dépasser les symptômes pour analyser les flux réels de la sécurité sociale tunisienne. Le grand paradoxe de la CNAM réside dans le fait qu’elle n’est pas structurellement déficitaire, si l’on s’en tient au volume théorique des cotisations sociales qui lui sont allouées. Son incapacité à rembourser ses prestataires découle d’un «mécanisme de vases communicants institutionnalisé» et destructeur pour le secteur de la santé.

Les cotisations d’assurance-maladie prélevées à la source sur les salaires des secteurs public et privé sont centralisées, mais elles sont détournées de leur destination initiale. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) font face à des déficits abyssaux, creusés par le vieillissement de la population, la stagnation de l’emploi formel et le poids écrasant de l’économie informelle. Pour le ministère des Affaires sociales, l’interruption ou le retard du versement des pensions de retraite aux centaines de milliers de seniors tunisiens représenterait une ligne rouge. 

Le choix politique de court terme a donc été d’utiliser depuis 2015 les ressources de la CNAM (ses parts légitimes dans les cotisations sociales) pour maintenir à flot la CNSS et la CNRPS, afin qu’elles puissent poursuivre le versement des pensions. En transformant l’assurance maladie en tiroir-caisse forcé des régimes de retraite en faillite, l’État vide la CNAM de ses liquidités courantes, l’empêchant de payer les pharmaciens, les biologistes et les hôpitaux publics.

L’évitement de la réforme ou l’art de repousser l’inévitable

Les autorités compétentes esquivent ainsi, une fois de plus, les réformes de fond indispensables du régime d’assurance-maladie et, par extension, d’un système de retraite structurellement failli. Les accords fragiles avec les prestataires de soins privés agissent comme de simples analgésiques sur un corps social profondément malade, maintenant le système en état de sursis permanent. Ce traitement symptomatique au coup par coup démontre un refus obstiné des autorités de s’attaquer aux causes réelles du mal par de grandes réformes. Pour sortir définitivement de cette impasse, une refonte courageuse s’impose à travers plusieurs leviers majeurs. Il s’agit, en premier lieu, d’instaurer une indépendance financière de la CNAM, grâce à une étanchéité budgétaire stricte et absolue, garantissant que chaque dinar cotisé par les travailleurs pour la santé soit sanctuarisé et exclusivement affecté aux prestations médicales et hospitalières.

Le deuxième chantier consiste à réformer les régimes de retraite. Cela passe nécessairement par une réévaluation des âges légaux de départ à la retraite, un réajustement des taux de contribution, une lutte implacable contre le secteur informel pour élargir l’assiette des cotisants, l’instauration de nouvelles taxes parafiscales sur les comportements à risque et les produits nocifs pour la santé (tabac, alcool, usines polluantes, etc.).

Les récents protocoles d’accord conclus en juillet 2026 pour préserver le mécanisme du tiers payant ne sont, en somme, qu’un cautère sur une jambe de bois. Ils offrent au gouvernement quelques mois de répit, mais laissent les causes profondes de la crise intactes. On ne peut indéfiniment financer les pensions de retraite en «affamant» l’assurance-maladie et en asphyxiant les hôpitaux publics. À force de privilégier le colmatage d’urgence au détriment d’une réingénierie globale du modèle de protection sociale, les décideurs s’exposent à un réveil brutal où le système de solidarité nationale finira par s’effondrer définitivement, laissant les assurés sociaux seuls face aux coûts prohibitifs de la maladie.

Walid KHEFIFI

 

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Les relations tuniso-russes :  70 années de continuité diplomatique à l’épreuve des mutations géopolitiques

Par Mondher AFI

La célébration du soixante-dixième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République tunisienne et la Fédération de Russie, État successeur de l’Union des Républiques socialistes soviétiques sur le plan du droit international, constitue une étape significative dans l’évolution des relations bilatérales entre les deux pays. Depuis leur établissement en 1956, ces relations se sont développées dans un environnement international en constante mutation, marqué par la fin de la bipolarité, la recomposition des rapports de puissance et l’émergence de nouvelles configurations géopolitiques.

Malgré ces transformations, la coopération tuniso-russe a conservé une certaine continuité, reposant sur des mécanismes de dialogue politique, des échanges institutionnels réguliers et la recherche de convergences dans plusieurs domaines d’intérêt commun.

Cet anniversaire intervient dans un contexte où la politique étrangère tunisienne est conduite, sous le suivi du Président de la République, Kaïs Saïed, selon des orientations privilégiant la consolidation de la souveraineté nationale, l’élargissement des partenariats internationaux et la diversification des relations extérieures, dans le respect des principes du droit international et de l’égalité souveraine entre les États. Dans cette perspective, les relations avec la Fédération de Russie s’inscrivent dans une approche diplomatique fondée sur l’équilibre des partenariats, la défense des intérêts nationaux et le maintien d’un dialogue ouvert avec l’ensemble des acteurs internationaux, indépendamment des recompositions qui caractérisent le système international contemporain.

L’échange de messages de félicitations entre Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, s’inscrit dans cette dynamique. Au-delà de sa dimension protocolaire, cet échange traduit la volonté des deux États de préserver un dialogue politique régulier et de poursuivre une coopération fondée sur le respect mutuel, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité souveraine et la recherche d’intérêts communs. Il reflète également la continuité d’une relation diplomatique qui, tout en s’adaptant aux évolutions du contexte international, demeure structurée autour d’une approche pragmatique privilégiant la concertation politique et le développement progressif de la coopération bilatérale dans les domaines jugés prioritaires par les deux parties.

Une relation construite dans la durée

Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques le 11 juillet 1956, la Tunisie et la Russie ont entretenu des liens caractérisés par une remarquable continuité. Si les contextes internationaux ont profondément évolué, la coopération bilatérale a su s’adapter aux changements intervenus avec la fin de la guerre froide, la disparition de l’Union soviétique et l’émergence d’un système international plus complexe.

Contrairement à plusieurs configurations des relations soviéto-arabes durant la guerre froide, largement structurées par les logiques de bipolarisation idéologique, les mécanismes d’alignement stratégique et les dynamiques de compétition entre les deux blocs, les relations entre la Tunisie et l’Union soviétique, puis avec la Fédération de Russie après 1991, se sont progressivement distinguées par une orientation sensiblement différente. Elles se sont construites selon une logique davantage pragmatique, dans laquelle les considérations politiques, économiques et diplomatiques ont généralement prévalu sur les affinités doctrinales ou les solidarités idéologiques.

Cette spécificité s’explique notamment par la doctrine diplomatique tunisienne, historiquement fondée sur le principe du non-alignement, la diversification des partenariats extérieurs et la préservation d’une autonomie décisionnelle vis-à-vis des grandes puissances. Dans cette perspective, les relations avec Moscou n’ont jamais reposé sur une adhésion à un projet idéologique commun ni sur une volonté d’intégration à une sphère d’influence déterminée. Elles se sont développées à travers une coopération sélective, modulée en fonction des intérêts nationaux respectifs, de l’évolution des rapports de force internationaux et des opportunités offertes par les transformations de l’environnement géopolitique.

L’analyse de cette trajectoire met en évidence une forme de réalisme diplomatique caractérisée par une faible intensité idéologique et une forte capacité d’adaptation aux mutations du système international. Les interactions bilatérales ont ainsi été principalement déterminées par des considérations relatives au développement économique, aux échanges commerciaux, à la coopération scientifique et technique, aux secteurs de l’énergie, de l’enseignement supérieur, du tourisme ainsi qu’à la concertation sur certaines questions internationales d’intérêt commun. Cette dynamique illustre une conception des relations internationales dans laquelle la coopération est moins le produit d’une proximité doctrinale que le résultat d’une convergence ponctuelle d’intérêts stratégiques, économiques et institutionnels.

Dans cette optique, la relation tuniso-russe apparaît comme un exemple d’interaction interétatique fondée sur une rationalité pragmatique plutôt que sur une logique d’alignement idéologique. Sa continuité historique résulte moins de la permanence d’une communauté de valeurs politiques que de la capacité des deux États à préserver des canaux de dialogue, à adapter leurs mécanismes de coopération aux transformations du contexte international et à inscrire leur partenariat dans une approche fonctionnelle privilégiant les bénéfices mutuels, la flexibilité diplomatique et la recherche d’équilibres compatibles avec les priorités nationales de chacun. Cette évolution traduit une forme de coopération durable dont la stabilité repose essentiellement sur la convergence des intérêts objectifs et sur une gestion pragmatique des relations bilatérales, indépendamment des recompositions idéologiques ayant marqué les différentes phases de l’ordre international contemporain.

Le pragmatisme comme fondement du partenariat

L’analyse des relations internationales montre que les politiques étrangères des États sont principalement déterminées par la défense de leurs intérêts nationaux et par leur capacité à s’adapter aux évolutions de l’environnement international. Dans cette perspective, ni la Tunisie ni la Fédération de Russie ne font exception à cette logique. Leurs politiques extérieures s’inscrivent dans une démarche pragmatique où les considérations de sécurité, de développement économique, de stabilité politique et de diversification des partenariats occupent une place centrale. Les relations bilatérales ne relèvent ainsi ni d’une logique idéologique ni d’un système d’alliances exclusives, mais d’une convergence d’intérêts définie en fonction des priorités propres à chacun des deux États.

Les transformations intervenues depuis la fin de la guerre froide ont profondément modifié les équilibres du système international. L’émergence progressive d’un ordre davantage multipolaire, la diversification des pôles de croissance économique, la montée des enjeux énergétiques, alimentaires et technologiques, ainsi que l’intensification des interdépendances économiques ont conduit de nombreux États à adapter leurs stratégies diplomatiques. Dans ce contexte, la Russie a progressivement réorienté sa politique extérieure afin de préserver ses intérêts stratégiques, économiques et sécuritaires, tandis que la Tunisie a poursuivi une politique de diversification de ses partenariats extérieurs visant à renforcer son autonomie diplomatique et à élargir ses marges de coopération avec différents acteurs internationaux.

Les relations tuniso-russes s’inscrivent précisément dans cette dynamique d’adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques. Pour la Tunisie, la coopération avec la Russie constitue l’un des instruments de diversification de ses relations extérieures, sans remettre en cause ses autres partenariats traditionnels. Pour la Russie, la Tunisie représente un partenaire stable en Méditerranée et en Afrique du Nord, offrant des perspectives de coopération dans plusieurs secteurs présentant des intérêts réciproques.

 Cette complémentarité favorise le développement de projets communs dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la santé, du tourisme, des technologies et des échanges culturels.

Cette relation bilatérale se caractérise ainsi par une approche fonctionnelle fondée sur la recherche d’avantages mutuels plutôt que sur des considérations idéologiques. Son évolution reflète une tendance plus large observée dans les relations internationales contemporaines, où les États privilégient des partenariats flexibles, évolutifs et sectoriels, adaptés aux mutations du système international. Dans cette perspective, la coopération entre la Tunisie et la Russie apparaît comme un partenariat pragmatique, fondé sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’équilibre des intérêts et la recherche d’une coopération susceptible de contribuer au développement économique, scientifique et technologique des deux pays. Cette logique confère aux relations tuniso-russes une stabilité relative, tout en leur permettant de s’adapter aux évolutions de l’environnement géopolitique international sans être tributaires des fluctuations conjoncturelles des rapports de puissance.

Les défis d’un environnement international en mutation

L’ordre international connaît aujourd’hui une profonde recomposition, marquée par le retour des rivalités entre grandes puissances, la montée des pôles émergents et l’accélération des transformations économiques et technologiques.

Dans ce contexte, les relations tuniso-russes s’inscrivent dans une dynamique de diversification des partenariats internationaux. Pour la Tunisie, il s’agit de maintenir un dialogue ouvert avec l’ensemble de ses partenaires, tout en préservant son autonomie décisionnelle. Pour la Russie, le développement des relations avec les pays du Sud participe à une stratégie plus large de consolidation de sa présence diplomatique et économique dans différentes régions du monde.

Cette convergence ne relève pas d’une logique d’alliance, mais d’une coopération adaptée aux intérêts réciproques et aux évolutions de l’environnement international.

Soixante-dix ans après l’établissement de leurs relations diplomatiques, la Tunisie et la Fédération de Russie disposent d’un cadre de coopération qui a su évoluer au rythme des transformations du système international sans perdre sa cohérence ni sa continuité. Cette relation ne repose ni sur une logique d’alliance stratégique ni sur des affinités idéologiques, mais sur une approche pragmatique fondée sur la convergence d’intérêts, le respect de la souveraineté des États et la recherche d’avantages mutuels. Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, la diversification des centres de décision et l’intensification des interdépendances économiques, cette coopération offre encore d’importantes perspectives de développement.

Les perspectives d’évolution des relations tuniso-russes reposent sur l’existence de domaines de coopération susceptibles d’être progressivement consolidés en fonction des priorités de développement des deux pays et de l’évolution du contexte international. Les secteurs de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de l’énergie, de la santé, de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la transformation numérique, de l’innovation, des investissements et du tourisme offrent des possibilités de coopération qui pourraient être davantage développées dans le cadre de mécanismes institutionnels plus structurés. La concrétisation de ces perspectives demeure toutefois liée à la capacité des deux parties à renforcer le dialogue entre les administrations, les opérateurs économiques, les universités et les centres de recherche, ainsi qu’à améliorer les conditions favorisant les échanges commerciaux, les investissements et la circulation des compétences.

Par ailleurs, la concertation diplomatique entre la Tunisie et la Fédération de Russie au sein des organisations internationales constitue un cadre de dialogue permettant d’échanger sur les principales questions régionales et internationales, dans le respect des principes de la Charte des Nations unies, du droit international et de l’égalité souveraine des États. Dans cette perspective, le soixante-dixième anniversaire des relations diplomatiques illustre la continuité d’un dialogue bilatéral qui privilégie une coopération pragmatique, adaptée aux intérêts des deux pays et aux évolutions du système international, sans logique d’alignement, mais dans une recherche d’équilibre, de réciprocité et de bénéfices mutuels.



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La libanaise Yasmine Hemdane : une connexion sincère avec le public au festival d’Hammamet

La jeune chanteuse  libanaise Yasmine Hemdane   a livré une performance émotionnelle   au Festival d’Hammamet. Ses paroles puissantes  et ses messages expriment la douleur  pour les Palestiniens qui luttent jour et nuit pour la libération de leur terre.   elle  a enchanté les mélomanes par sa prestance et son talent d’interprète, capable de maîtriser différentes gammes et styles musicaux.  L’artiste dont la variété du répertoire a suscité l’admiration du public, a créé un univers romantique avec une note mélancolique  où les sentiments et les émotions s’expriment par la puissance des paroles et des notes. Yasmine  a d’entrée de jeu mis la barre haut, très haut. Elle a excellé en chantant avec beaucoup de talent des tubes de son dernier album en date « I remember I forget » :  « Hal », « Mor », « Vows », « Shadia », ou encore « Hon » et « Al Jamilat ».

Capable de monter facilement dans les aigus et d’en redescendre, l’artiste  aux multiples talents a également émerveillé par sa magnifique voix suave, mélodieuse et percutante dont elle a gratifié l’audience.. Pour Yasmine, la chanson est une arme non violente, précieuse et unique, car elle peut traverser les murs et les frontières et s’envoler à des milliers de kilomètres, sans passeport.  Les spectateurs, admiratifs devant cette étoile ont été époustouflés par la prestation inclassable de l’artiste qui joue avec ses cordes vocales de manière déconcertante, sans se poser de limites ou s’imposer une ligne directrice rigide Elle a terminé son concert en apothéose en interprétant « Al Balad » et l’inoubliable « Beirut ». Un moment fort, une énergie partagée, une connexion sincère avec le public

                                 Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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Vers l’interdiction des sacs plastiques : entre impératif écologique et défis économiques

La lutte contre la pollution plastique pourrait bientôt franchir un tournant décisif en Tunisie. Vingt-cinq députés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont déposé une proposition de loi visant à interdire progressivement puis définitivement les sacs plastiques à usage unique et à promouvoir leur remplacement par des alternatives réutilisables ou biodégradables.

 

Composé de 23 articles répartis en sept chapitres, ce texte ne se limite pas à une simple interdiction de produits plastiques. Il propose une véritable réforme du cadre juridique de la gestion des emballages et des déchets, dans une perspective de protection de l’environnement, de préservation de la santé publique et d’accompagnement de la transition vers une économie circulaire.

À travers cette initiative, les députés souhaitent inscrire la Tunisie dans une dynamique internationale de réduction des déchets plastiques, alors que la pollution générée par les emballages à usage unique constitue aujourd’hui l’un des principaux défis environnementaux auxquels sont confrontés de nombreux pays.

Depuis plusieurs années, les sacs plastiques figurent parmi les déchets les plus visibles dans les espaces publics, les zones agricoles, les cours d’eau et le littoral tunisien. Leur durée de décomposition, qui peut atteindre plusieurs centaines d’années, contribue à la dégradation durable des écosystèmes. Ils représentent également une menace pour la biodiversité, notamment pour les espèces marines qui les ingèrent ou s’y retrouvent piégées. À cette pollution environnementale s’ajoutent des préoccupations croissantes liées à la santé publique. Sous l’effet de la chaleur, de l’humidité ou du vieillissement, certains plastiques libèrent des substances susceptibles de contaminer les sols, les eaux ou les chaînes alimentaires.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la nouvelle initiative parlementaire, dont l’objectif est de réduire progressivement la production et la consommation des sacs plastiques à usage unique.

 

Un calendrier progressif d’interdiction

La proposition de loi prévoit un calendrier de mise en œuvre destiné à permettre aux opérateurs économiques de s’adapter aux nouvelles exigences. Dès l’entrée en vigueur du texte, les commerces ne pourront plus distribuer de sacs plastiques à usage unique aux caisses, qu’ils soient fournis gratuitement ou vendus aux consommateurs. Les fabricants, importateurs et distributeurs bénéficieront ensuite d’une période transitoire de douze mois à compter de la publication de la loi au Journal officiel de la République tunisienne afin de mettre un terme à la production, à l’importation et à la commercialisation de ces sacs. Cette période d’adaptation concernera également les emballages plastiques utilisés pour les produits alimentaires ou les produits vendus en vrac. L’objectif recherché est de permettre une transition progressive sans provoquer de rupture brutale pour les entreprises concernées.

 

Des normes techniques particulièrement exigeantes

Afin d’éviter que l’interdiction ne soit contournée par la mise sur le marché de produits de substitution de faible qualité, la proposition de loi fixe des critères techniques précis. Les sacs réutilisables devront notamment présenter une épaisseur minimale de cinquante microns, supporter une charge d’au moins dix kilogrammes et pouvoir être utilisés au minimum vingt fois. Ils devront également être fabriqués à partir de matériaux exempts de substances dangereuses pour la santé ou l’environnement. Quant aux sacs biodégradables, ils devront répondre à des exigences encore plus strictes. Le texte prévoit qu’ils devront se décomposer à hauteur de 90% dans un délai maximal de six mois dans des conditions industrielles ou de douze mois dans un environnement domestique, sans produire de microplastiques. Ils devront en outre contenir une proportion minimale de matières premières biosourcées. Ces dispositions témoignent de la volonté des auteurs du projet de privilégier des alternatives véritablement respectueuses de l’environnement plutôt que des solutions simplement présentées comme «écologiques».

 

Accompagner les entreprises vers la transition

Conscients des conséquences économiques que pourrait entraîner une telle réforme, les initiateurs du projet prévoient un dispositif d’accompagnement destiné aux industriels. L’objectif consiste à permettre aux entreprises concernées de convertir progressivement leurs unités de production vers la fabrication de produits réutilisables ou biodégradables. À cette fin, le projet recommande la mise en place d’un programme national de soutien reposant sur plusieurs mécanismes : aides financières, prêts bonifiés, avantages fiscaux et encouragement de l’innovation dans les matériaux écologiques. L’enjeu est double : préserver les emplois existants tout en favorisant l’émergence d’une nouvelle filière industrielle tournée vers les technologies vertes. Cette mutation pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises tunisiennes sur les marchés internationaux, où les normes environnementales deviennent de plus en plus exigeantes.

 

La consécration du principe de la responsabilité élargie du producteur

L’un des apports majeurs du texte réside dans l’introduction du principe de la responsabilité élargie du producteur (REP). Déjà largement appliqué dans plusieurs législations étrangères, ce mécanisme repose sur un principe simple : le producteur ne doit plus être responsable uniquement de la fabrication de son produit, mais également de son impact environnemental jusqu’à son élimination. Les entreprises devront ainsi contribuer au financement de la collecte, du recyclage et du traitement des déchets issus de leurs produits. Cette approche vise à responsabiliser davantage les acteurs économiques et à encourager l’écoconception des emballages dès leur fabrication. Elle constitue également l’un des fondements de l’économie circulaire, qui privilégie la réduction des déchets, le recyclage et la réutilisation des ressources.

 

Un dispositif répressif et particulièrement dissuasif

Le projet de loi prévoit un arsenal de sanctions destiné à assurer le respect des nouvelles obligations. Les contrevenants s’exposeraient à des amendes comprises entre 5.000 et 50.000 dinars, auxquelles pourraient s’ajouter la saisie des produits interdits. En cas de récidive, les sanctions financières seraient doublées et pourraient être assorties d’une fermeture temporaire, voire définitive, de l’établissement concerné. Plus encore, le texte introduit des sanctions pénales. La production, l’importation ou la commercialisation illégale de sacs plastiques interdits pourraient être punies d’une peine d’emprisonnement allant de six mois à deux ans. Le recours à des peines privatives de liberté témoigne de la volonté des auteurs du projet de faire de la protection de l’environnement une véritable priorité de politique pénale.

 

Une réforme qui dépasse la seule question des sacs plastiques

Au-delà de l’interdiction des sacs plastiques, cette proposition de loi traduit une évolution plus profonde de la politique environnementale tunisienne. Elle s’inscrit dans un mouvement international visant à réduire les déchets plastiques, à protéger les ressources naturelles et à favoriser une consommation plus responsable. Sa réussite dépendra toutefois de plusieurs facteurs. L’efficacité des contrôles, la capacité des industriels à adapter leurs activités, la disponibilité d’alternatives accessibles aux consommateurs et la sensibilisation du grand public seront déterminantes. Il faudra également veiller à préserver l’équilibre entre les impératifs environnementaux et les réalités économiques des entreprises, notamment des petites et moyennes industries qui devront financer leur transition.

En définitive, cette initiative parlementaire pourrait constituer une étape importante dans la modernisation du droit tunisien de l’environnement. Si elle est adoptée, elle ne se limitera pas à supprimer un produit de consommation courante. Elle marquera surtout l’affirmation d’un nouveau modèle de développement fondé sur la protection des ressources naturelles, la responsabilisation des acteurs économiques et l’intégration progressive des principes de l’économie circulaire dans les politiques publiques. Dans un contexte où les enjeux climatiques et environnementaux occupent une place croissante dans les stratégies nationales de développement, cette réforme pourrait ouvrir la voie à une refonte plus globale de la législation environnementale tunisienne.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Dhafer Youssef au festival d’Hammamet : la magie du luth et ses sonorités envoûtantes

Dhafer Youssef  a  transformé la grande scène du théâtre d’Hammamet  en écrin de poésie musicale. Il   a offert ce soir bien plus qu’un concert : un véritable voyage sensoriel, entre cordes caressées et paysages imaginaires. À chaque morceau, il  prend le temps d’expliquer l’histoire qui l’anime. Puis les notes s’élèvent, et la magie opère. .Avec un show aussi riche que sa voix, Dhafer a alterné  jazz, rock, soufie  sans jamais perdre le fil. Toujours en mouvement,  vit son concert à fond, appelant le public à l’accompagner. Il  a  chanté plusieurs de ses succès de son dernier album  Shiraz », dédié à son épouse, la cinéaste Shiraz Fradi. Une musique traversée par l’amour, les épreuves, la lumière, et cette capacité unique à transformer l’intime en universel.

Accompagné d’un orchestre conséquent, composé du guitariste Nguyên Lê, du pianiste Daniel García, du trompettiste Mario Rom, du bassiste Swaéli Mbappé et du batteur Tao Ehrlich. Dhafer  , très expressif  , si sympathique, accompagne chaque titre de grands gestes. On a parfois l’impression d’assister à un discours, puis il parvient toujours au bon moment à faire exploser ses morceaux, pour le plus grand plaisir d’un public de toute façon acquis à sa cause. Il  change les paroles et   brille  lorsqu’il interprète «  Rose Fregrance »“ Eyeblink ans Eternity” et “Generalife Gardens”, « The Epistleging »  et «  41 Milestones »   .Chaque solo ( clavier  ou trompette, batterie, guitare et synthétiseur ) fait vibrer les planches et les âmes. Le public adhère à sa musique.

Dhafer se distingue aussi  par son répertoire soufi, aux vibrations spirituelles et à la parole libre. Après presque 1h30 de live, les spectateurs ont pu   savourer  cette musicalité distinguée, conçue par ce virtuose. Une improvisation remarquable et un  moment de complicité émouvant. Les musiciens s’en donnent à coeur joie. C’est la frénésie. Les sons émis par leurs instruments les enivrent.  Un mélange de musique traditionnelle, de musique électronique et un répertoire soufi ont fusionné donnant lieu à une performance de haut niveau, amplifiée par la magie du lieu.

Dhafer Youssef déploie sur scène une intensité rare. Voix habitée, oud tout en finesse, tension et lâcher-prise… tout circule, tout vibre lorsqu’il interpréta  « Zakir » « Milestones » et « Shajjan ».Noyés dans cette ambiance magique et portés par des titres entraînants pour certains et calmes pour d’autres, les spectateurs, admiratifs devant cette étoile ont été époustouflés par la prestation inclassable de Dhafer qui joue avec ses cordes vocales de manière déconcertante, sans se poser de limites .Ému par cette performance inédite,  le public a chaleureusement applaudi cet artiste dont on ne peut que saluer l’authenticité et ses sonorités envoûtantes

                                         Kamel Bouaouina

Photos Berrazagua

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Wafa Taboubi : la scène d’Hammamet, le bruitage de vent et le son des vagues m’ont beaucoup aidé à mettre en scène « les Fugueuses »

La pièce de théâtre El Haribate (les fugueuses) de la Tunisienne Wafa Taboubi, une quête de sens face aux angoisses existentielles de la vie, a été présentée, lors de l’ouverture du festival international d’Hammamet .Le spectacle, bien accueilli par le public nombreux,  a été écrit et mis en scène  par Wafa Taboubi qui lors d’un point de presse a souligné que «  « El Haribate » explore le doute, l’attente, l’incertitude et l’espoir, avec une distribution triée sur le volet de cinq talentueuses comédiennes tunisiennes.

Ce face-à-face, aussi irrésistible que tendre et émouvant, touche le public. J’ai préféré miser sur l’intensité de la performance de l’ensemble des prestataires qui a brillamment porté le message. Tenant en haleine les spectateurs durant 75 minutes, Fatma Bensaïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Naamane, Oumaïma Bahri, Sabrine Omar et Oussama El Henaïni, ont réussi à porter la densité du texte et entretenir une performance époustouflante d’intensité, hautement exigeante sur le plan physique et aux échanges ascendants et soutenus déclamés avec vocifération..La scène d’Hammamet est unique. C’est un plus pour cette création immersive  mêlant ombre, son des vagues et musique et là il faut  jouer sur les contrastes sensoriels. L’obscurité accentue l’écoute et l’imagination, tandis que le rythme de la mer enveloppe le spectateur. Ainsi, l’éclairage, feutré ou vif, latéral, vertical (douches) ou en diagonales, suggérait la provenance et l’origine de la détresse, l’angoisse, et la douleur, dont la progression et l’imminence étaient annoncées par des boucles de cadences rythmiques et de corpus musicaux saccadés. L’intensité du son des vagues réside dans ses pauses avec des  moments de silence total entre deux vagues pour créer une forte tension dramatique. Le vent souffle. Dans la mer,il y a un tel mouvement. Dans des dialogues empreints de violence et de colère, les artistes  en détresse absolue, allaient dans tous les sens, s’accusant, se chamaillant, se bousculant, gesticulant, communiquent avec la mer ,courant et vociférant, tous en quête de sens qui apaisera leurs angoisses et leurs tourments.

Wafa Taboubi  propose ainsi une mise en scène à la fois spectaculaire et sensible, en immersion totale dans un monde d’ombres, de légères brises et de vents violents. «  Ici, le théâtre est avant tout une expérience, provoquant en nous des mouvements sensoriels et mentaux subtils et inattendus.. La mer, elle, est toujours là. Le paysage, havre de silence, sonne comme un appel. Les acteurs affrontent leurs peurs, leurs désirs d’évasion et leurs désillusions. Dans cette nouvelle production , les contrastes entre ombre et clarté reflètent désarroi et espoir. C’est là que réside la beauté de cette scène d’Hammamet , une sorte de « Nokha » dit -elle.  Cette comédienne n’envoie pas de messages de désespoir «  j’ai choisi un théâtre qui exprime les préoccupations des gens, en particulier des marginalisés et des oubliés, afin de les connecter au public, qui fait partie d’un processus de réforme et d’optimisme. » dit-elle

                     Kamel Bouaouina

Photos Rached Berrazagua 

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La généralisation de la facturation électronique en marche : impact attendu sur le renforcement du pouvoir d’achat

«Le projet de généralisation de la facturation électronique s’inscrit dans les orientations nationales visant à accélérer la transformation numérique et à moderniser les services publics. Il constitue également un levier important pour renforcer le contrôle des circuits de distribution, lutter contre les pratiques de monopole et de spéculation, réduire le nombre d’intermédiaires et contribuer de la sorte à la stabilité des marchés ainsi qu’à la préservation du pouvoir d’achat des citoyens», a déclaré le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid.

Lors d’une séance de travail consacrée au suivi de la généralisation de ce dispositif dans les marchés de gros, le ministre a souligné que la facturation électronique permettra d’assurer une meilleure traçabilité des produits agricoles tout au long de la chaîne de distribution, d’améliorer les performances des différents intervenants et de disposer d’une base de données fiable et précise au service de la régulation des marchés.

Selon un communiqué publié par le ministère du Commerce à l’issue de cette réunion, les résultats de l’expérience pilote menée par la Société tunisienne des marchés de gros (SOTUMAG) à Bir El Kassaâ, relative à la facturation électronique, ont été examinés. Les aspects techniques, organisationnels et financiers du dispositif ont été évalués, tandis que les modalités de son déploiement à l’ensemble des marchés de gros ont été arrêtées. «La généralisation du système concernera, à terme, les marchés municipaux ainsi que les marchés des ports de pêche», a annoncé le ministère.

Dans le même esprit, le ministre a insisté sur le rôle de la facturation électronique dans le renforcement de la transparence des transactions, la modernisation des marchés de gros et la maîtrise des prix, avec un impact attendu sur le renforcement du pouvoir d’achat des ménages.

Il a, en outre, souligné que «l’extension de cette expérience à l’échelle nationale, notamment aux marchés municipaux, ainsi que l’accélération de sa mise en œuvre nécessitent une mobilisation de l’ensemble des parties prenantes et leur adhésion totale à cette démarche». Le ministre a rappelé, à cet égard, les résultats positifs déjà enregistrés grâce au déploiement de la facturation électronique dans les marchés de gros de Bizerte, Sousse et Sfax.

 

Un dispositif instauré par le Code de la TVA

Il convient de rappeler que la facturation électronique n’est pas une mesure nouvelle. Le Code de la TVA prévoit déjà son application pour les entreprises relevant de la Direction des grandes entreprises, au titre des opérations réalisées avec l’État, les collectivités locales, les établissements publics et les entreprises publiques.

Dans ce même cadre, le paragraphe II ter de l’article 18 du Code de la TVA autorise les assujettis à la TVA à émettre des factures électroniques comportant l’ensemble des mentions obligatoires. «Ces factures doivent être établies sous un format électronique composé d’un ensemble de lettres et de chiffres intelligibles, puis archivées sur un support garantissant leur conservation, leur lecture et leur consultation en cas de besoin», explique le document.

L’article 53 de la loi de Finances pour 2026 constitue une nouvelle étape dans le processus de généralisation de la facturation électronique. Cette disposition modifie le cinquième alinéa du paragraphe II ter de l’article 18 du Code de la TVA afin d’élargir le champ des opérations concernées par cette mesure.

Concrètement, cette réforme rend le recours à la facturation électronique obligatoire à compter du 1er janvier 2026 et étend son application aux opérations de prestations de services.

À cet effet, le ministère des Finances a publié un communiqué dans lequel il rappelle que l’article 53 de la loi n°17-2025 du 12 décembre 2025 portant loi de finances pour l’année 2026 prévoit la soumission de certaines opérations à la facturation électronique.

Toutefois, afin d’éviter les difficultés susceptibles d’être rencontrées par plusieurs entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, ainsi que par certains secteurs d’activité, dans l’accès aux plateformes électroniques, le ministère a indiqué que la mise en œuvre de cette mesure se fera de manière progressive et adaptée.

«Cette mise en œuvre progressive vise à prévenir toute perturbation ou désorganisation pouvant résulter de la mise en œuvre de cette mesure et à limiter ses éventuelles répercussions négatives sur l’activité économique dans son ensemble», précise le communiqué.

Nouha MAINSI



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Crise du logement : la propriété immobilière à l’épreuve du pouvoir d’achat

Longtemps considéré comme l’un des principaux vecteurs de stabilité sociale et d’ascension économique, l’accès à la propriété immobilière devient progressivement hors de portée pour une large partie des Tunisiens. Ce qui constituait autrefois l’aboutissement naturel d’un parcours de vie, études, emploi, constitution d’une famille puis acquisition d’un logement, tend aujourd’hui à devenir un objectif de plus en plus difficile à atteindre, notamment pour les classes moyennes.

Ce constat est au cœur d’une récente note d’analyse publiée par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) qui dresse un diagnostic préoccupant de la crise actuelle du logement en Tunisie. Au-delà des difficultés conjoncturelles, l’étude met en évidence les dysfonctionnements structurels d’un secteur confronté à une hausse continue des coûts, à un accès de plus en plus restreint au crédit et à une raréfaction du foncier aménagé. Face à cette situation, l’Institut formule plusieurs propositions de réforme afin d’éviter que la crise du logement ne se transforme en véritable fracture sociale.

Un modèle longtemps performant aujourd’hui sous tension

Pendant plusieurs décennies, la politique tunisienne de l’habitat a constitué l’un des succès des politiques publiques. Grâce notamment aux programmes réalisés par la Société nationale immobilière de Tunisie (SNIT) et l’Agence foncière d’habitation (AFH), des dizaines de milliers de familles ont pu accéder à la propriété dans des conditions relativement favorables.

Ce modèle reposait sur plusieurs piliers : une politique foncière active, un financement bancaire relativement accessible, un coût de construction maîtrisé et un pouvoir d’achat permettant aux ménages de supporter les mensualités des crédits immobiliers.

Aujourd’hui, cet équilibre est profondément remis en cause

Les prix des logements ont progressé beaucoup plus rapidement que les revenus. L’écart entre le coût réel de l’immobilier et les capacités financières des ménages n’a cessé de se creuser, rendant l’acquisition d’un logement pratiquement inaccessible pour une partie importante de la population.

Selon l’IACE, plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette évolution. Le premier concerne l’augmentation spectaculaire des coûts de construction. La dépréciation du dinar, conjuguée à la hausse mondiale des prix des matières premières comme l’acier, le ciment, l’énergie ou les matériaux importés, a considérablement renchéri le coût de réalisation des logements. Les promoteurs immobiliers répercutent naturellement ces surcoûts sur les prix de vente.

Par ailleurs, il y a le facteur du durcissement des conditions de financement. La hausse du taux directeur de la Banque centrale a entraîné une augmentation des taux d’intérêt pratiqués par les banques. Les crédits immobiliers sont devenus plus coûteux tandis que les établissements bancaires exigent des garanties toujours plus importantes. Pour de nombreux jeunes cadres, fonctionnaires ou salariés du secteur privé, obtenir un prêt immobilier relève désormais du parcours d’obstacles.

Un autre facteur concerne la question foncière. La rareté des terrains aménagés, notamment ceux relevant de l’Agence foncière d’habitation, entretient une forte pression spéculative sur les prix du foncier. À cela s’ajoutent diverses charges fiscales qui augmentent le coût final supporté par les acquéreurs.

Le blocage du parcours résidentiel

L’IACE attire également l’attention sur un phénomène nouveau : le blocage du parcours résidentiel.

Traditionnellement, les jeunes ménages commençaient par louer un logement avant d’accéder progressivement à la propriété. Aujourd’hui, cette évolution naturelle est interrompue.

Faute de pouvoir acheter, les ménages demeurent locataires pendant de nombreuses années. Cette situation accroît la demande locative, provoque une hausse des loyers et réduit davantage leur capacité d’épargne. Il s’installe alors un véritable cercle vicieux.

Plus les loyers augmentent, moins les ménages peuvent constituer un apport personnel suffisant pour obtenir un crédit immobilier. L’accession à la propriété s’éloigne progressivement.

Les orientations de l’État

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs réformes destinées à relancer l’accès au logement. Sous l’impulsion du Président de la République Kaïs Saïed, plusieurs orientations ont été définies afin de redonner aux promoteurs publics un rôle moteur dans la politique nationale de l’habitat. L’une des principales innovations concerne le recours à la location-vente ou location-accession. Ce mécanisme permet aux ménages de devenir progressivement propriétaires grâce à des paiements échelonnés, sans devoir mobiliser immédiatement un apport financier important.

Cette formule constitue une réponse aux difficultés d’accès au crédit bancaire traditionnel. Parallèlement, l’État entend renforcer l’offre de logements économiques grâce à la mobilisation du foncier public. Des terrains domaniaux sont ainsi appelés à être cédés aux promoteurs publics à des conditions particulièrement avantageuses, parfois au dinar symbolique, afin de réduire le coût de revient des logements destinés aux classes moyennes.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du Plan de développement 2026-2030 qui prévoit la réalisation de plusieurs programmes de logements sociaux et économiques dans différentes régions du pays, notamment à Mornaguia et El Fejja.

Au-delà de ces mesures, le chef de l’État insiste régulièrement sur la nécessité de considérer le logement comme un droit fondamental participant directement à la justice sociale et au développement régional.

Les propositions de l’IACE

Tout en saluant certaines initiatives publiques, l’IACE estime que des réformes plus profondes demeurent indispensables. L’Institut recommande en premier lieu une réforme ambitieuse de la politique foncière. L’objectif consiste à accélérer l’apurement des situations foncières complexes, à libérer davantage de terrains aménagés et à lutter contre les phénomènes spéculatifs. L’IACE préconise également la création de nouveaux mécanismes de garantie publique facilitant l’accès au crédit immobilier des classes moyennes. Le Fonds de promotion du logement pour les salariés (FOPROLOS) pourrait également être révisé afin d’adapter ses plafonds aux réalités actuelles du marché immobilier. L’Institut insiste aussi sur la nécessité de simplifier les procédures administratives. La digitalisation des permis de bâtir, des autorisations et des transferts de propriété permettrait de réduire sensiblement les délais et les coûts supportés par les promoteurs comme par les particuliers. Enfin, l’IACE recommande de promouvoir davantage l’habitat durable grâce à l’utilisation de matériaux locaux, aux économies d’énergie et aux techniques modernes de construction permettant de diminuer les coûts d’exploitation des logements.

Une question économique mais aussi sociale

Au-delà des chiffres, la crise du logement dépasse largement le seul secteur immobilier.

Elle touche directement la cohésion sociale, l’emploi, l’investissement et le développement régional.

Le bâtiment demeure l’un des principaux moteurs de l’économie tunisienne. Chaque projet immobilier génère une activité importante pour les entreprises du bâtiment, les artisans, les industries des matériaux de construction, les banques et de nombreuses professions libérales.

Relancer durablement le marché du logement contribuerait ainsi à soutenir la croissance économique tout en répondant à un besoin fondamental de la population.

Le logement constitue en effet bien plus qu’un simple bien de consommation. Il représente un acteur de stabilité familiale, d’intégration sociale et de sécurisation patrimoniale.

Dans cette perspective, les orientations défendues par le Président de la République convergent avec plusieurs recommandations formulées par l’IACE. Qu’il s’agisse de la relance des promoteurs publics, de la mobilisation du foncier de l’État, du développement de la location-accession ou de la construction de logements adaptés au pouvoir d’achat des classes moyennes, l’objectif demeure identique : restaurer un véritable droit au logement accessible.

Le défi consiste désormais à transformer ces orientations en réalisations concrètes. Car la réussite d’une politique de l’habitat ne se mesure pas uniquement au nombre de programmes annoncés, mais à la capacité effective de permettre à des milliers de familles tunisiennes d’accéder à un logement décent dans des conditions compatibles avec leurs revenus. Dans un contexte marqué par les tensions économiques et la montée des inégalités, le logement apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur de justice sociale, de développement économique et de stabilité nationale.

Ahmed NEMLAGHI

 

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Climatisation : des degrés qui font grimper la facture d’électricité

Dès que les températures grimpent, le même réflexe s’installe dans les foyers, les bureaux et les commerces : fermer les fenêtres, saisir la télécommande et allumer le climatiseur. En quelques années, cet appareil est devenu presque incontournable pendant l’été tunisien. Face à des épisodes de chaleur plus difficiles à supporter, la climatisation n’est d’ailleurs plus toujours perçue comme un simple confort. Mais son utilisation intensive a un coût qui se révèle souvent au moment de recevoir la facture d’électricité.

Le problème ne réside pas seulement dans le fait d’allumer un climatiseur, mais aussi dans la manière de l’utiliser. Une température très basse, un appareil qui fonctionne pendant de longues heures, des fenêtres mal isolées ou un logement exposé au soleil peuvent considérablement augmenter les besoins en énergie. À l’échelle d’un seul foyer, la différence peut sembler limitée. Mais lorsque les climatiseurs fonctionnent simultanément dans des centaines de milliers de logements, leur impact se fait sentir sur l’ensemble du système électrique. Les documents de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie soulignent d’ailleurs que la généralisation de la climatisation entraîne des pointes de surconsommation électrique. Le phénomène est particulièrement visible pendant les périodes de forte chaleur, lorsque la demande augmente brutalement à certaines heures de la journée. La STEG a elle aussi, dans plusieurs de ses rapports d’activité, directement associé les pointes estivales à la forte sollicitation des équipements de climatisation. 

Le thermostat, ce petit réglage qui change beaucoup de choses

Lorsqu’il fait très chaud, la tentation est grande de régler le climatiseur sur une température particulièrement basse. Beaucoup espèrent ainsi rafraîchir la pièce plus vite. Pourtant, le thermostat ne fonctionne pas comme un bouton permettant d’accélérer instantanément le refroidissement. Il indique surtout à l’appareil la température qu’il doit tenter d’atteindre et de maintenir. Plus l’écart entre la chaleur extérieure et la température demandée à l’intérieur est important, plus le système de climatisation est sollicité. Dans une pièce exposée au soleil, mal isolée ou traversée par des entrées d’air chaud, l’appareil peut alors fonctionner pendant de longues périodes pour essayer de maintenir la température choisie. Cette durée de fonctionnement supplémentaire se traduit directement par une consommation d’électricité plus élevée. La qualité du logement joue donc un rôle aussi important que le climatiseur lui-même. Le ministère chargé de l’Énergie distingue deux grands leviers d’efficacité énergétique dans les bâtiments. Le premier est passif et concerne notamment l’orientation, l’isolation thermique et l’étanchéité. Le second est actif et repose sur la performance des équipements, leur régulation et le comportement des utilisateurs. Autrement dit, même un appareil efficace consommera davantage s’il doit continuellement lutter contre la chaleur qui pénètre dans le logement. 

Fermer les fenêtres lorsque la climatisation fonctionne, limiter l’exposition directe au soleil ou encore éviter de refroidir inutilement des pièces inoccupées ne relève donc pas seulement du bon sens. Ces gestes agissent sur la durée pendant laquelle l’appareil doit fonctionner. L’ANME rappelle d’ailleurs dans ses guides consacrés aux logements économes en énergie que la climatisation suppose de maintenir portes et fenêtres fermées pendant son fonctionnement et que sa consommation électrique reste importante. Cette question prend une dimension particulière dans les logements anciens ou mal conçus pour faire face aux fortes chaleurs. Dans certains appartements, les murs et les toitures accumulent la chaleur pendant la journée avant de la restituer le soir. Le climatiseur doit alors compenser les faiblesses du bâtiment. Le problème énergétique ne commence donc pas toujours avec la télécommande : il peut être inscrit dans la conception même du logement.

L’étiquette énergétique, un détail qui n’en est pas un

Tous les climatiseurs ne consomment pas la même quantité d’électricité pour fournir un service comparable. C’est précisément pour permettre au consommateur de distinguer les appareils les plus performants des plus énergivores que la Tunisie a instauré un système de certification et d’étiquetage énergétique. Le dispositif officiel comprend huit classes. La classe 1 correspond aux équipements les plus économes en énergie, tandis que la classe 8 désigne les plus consommateurs. Pour les climatiseurs, l’étiquetage énergétique est encadré par la réglementation depuis 2009. La Tunisie a ensuite progressivement interdit la commercialisation des appareils les moins performants : les classes 6, 7 et 8 ont été écartées du marché en 2009, la classe 5 en 2010 et la classe 4 en 2011. Cette réglementation montre à quel point le choix de l’appareil constitue un enjeu national. Lors de l’achat, le prix reste naturellement un critère déterminant pour les familles. Mais le coût réel d’un climatiseur ne se limite pas à la somme payée en magasin. Il faut aussi tenir compte de l’électricité consommée pendant plusieurs étés.

Un appareil moins performant peut sembler plus économique au moment de l’achat tout en coûtant davantage sur la durée. À l’inverse, un équipement plus efficace peut réduire les besoins en électricité à service comparable. L’étiquette énergétique devient ainsi un outil de comparaison aussi important que la puissance, la marque ou le prix. La question de la puissance mérite également une attention particulière. Un climatiseur doit être adapté à la taille de la pièce, à son exposition et aux caractéristiques du bâtiment. Le fonctionnement énergétique dépend donc d’un ensemble de facteurs qui vont bien au-delà du simple choix d’une température sur la télécommande.

Quand le confort individuel devient un enjeu collectif

L’impact de la climatisation ne s’arrête pas à la porte du logement. Lorsque la chaleur touche simultanément tout le pays, des milliers d’appareils se mettent en marche au même moment. La consommation augmente alors rapidement et le réseau électrique doit répondre à une demande particulièrement forte. Ce phénomène est ancien et documenté. Les rapports de la STEG ont déjà montré que les conditions climatiques estivales influencent directement les appels de puissance. Une année marquée par une forte vague de chaleur entraîne une sollicitation plus importante de la climatisation, tandis qu’un été plus clément peut limiter la demande. Le défi consiste donc à concilier deux réalités. D’un côté, il serait irréaliste de demander aux ménages de renoncer à la climatisation alors que les périodes de forte chaleur rendent parfois les logements difficiles à supporter. De l’autre, l’usage massif et peu maîtrisé de ces appareils alourdit les factures et accentue les pointes de consommation. La réponse ne passe pas nécessairement par la privation. Elle repose davantage sur une meilleure utilisation des équipements et sur des bâtiments mieux adaptés au climat. La politique tunisienne d’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel s’appuie d’ailleurs sur ces deux dimensions : améliorer les qualités du bâtiment lui-même et optimiser les équipements ainsi que les usages. 

À l’échelle d’un foyer, fermer une fenêtre ou choisir un appareil performant peut sembler dérisoire. Pourtant, la consommation électrique nationale est précisément la somme de millions de gestes individuels. Pendant les journées les plus chaudes, quelques heures de fonctionnement supplémentaires dans chaque logement peuvent devenir une charge considérable pour l’ensemble du réseau. La climatisation restera sans doute l’un des équipements les plus utilisés des étés tunisiens. La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut ou non l’allumer, mais comment éviter qu’un besoin légitime de fraîcheur ne se transforme en surconsommation. Entre le choix de l’appareil, l’état du logement et le réglage du thermostat, quelques décisions apparemment mineures peuvent peser lourd. Car en été, les degrés que l’on cherche à gagner sur le thermomètre finissent souvent par se retrouver, eux aussi, sur la facture.

Leila SELMI

 

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Les vacances des Tunisiens en 2026 : un rêve de plus en plus inaccessible face à la crise du pouvoir d’achat

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

En Tunisie, l’été incarne traditionnellement le repos, les retrouvailles familiales et le plaisir de la mer. Pourtant, en 2026, pour une large majorité de citoyens, les vacances sont devenues un véritable luxe, presque un privilège réservé à une minorité. Alors que le secteur touristique national enregistre des records d’arrivées étrangères (plus de 11 millions de visiteurs non-résidents en 2025), les Tunisiens peinent à profiter des plages, hôtels et sites touristiques de leur propre pays. Pouvoir d’achat en berne, inflation persistante et envolée des prix des séjours hôteliers transforment les congés estivaux en un casse-tête budgétaire insoluble pour de nombreuses familles. Nous essayons d’analyser en profondeur les mécanismes économiques et sociaux à l’œuvre.

 

Un pouvoir d’achat durablement fragilisé

Le pouvoir d’achat des Tunisiens constitue le principal obstacle aux vacances. Selon des enquêtes réalisées fin 2025, environ 50% des ménages interrogés indiquent que le coût global des vacances est le critère décisif qui détermine s’ils partiront ou non. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) s’établit autour de 528 dinars par mois en 2025, un niveau jugé très insuffisant au regard de l’évolution du coût de la vie.

Les dépenses contraintes – alimentation, logement, transport, santé et éducation – absorbent souvent plus de 70% des revenus d’un foyer moyen. Dans ce contexte, les vacances deviennent un poste budgétaire compressible, voire supprimé. Une famille de quatre personnes (deux adultes et deux enfants) doit souvent choisir entre un séjour estival et des dépenses plus urgentes comme la rentrée scolaire, les factures d’électricité ou les soins médicaux.

L’inflation, même si elle est officiellement maîtrisée, continue d’éroder le pouvoir d’achat année après année. Les prix des produits de première nécessité ont augmenté de manière significative ces dernières années, réduisant d’autant la marge disponible pour les loisirs. Résultat : de nombreux Tunisiens renoncent complètement à partir. D’autres optent pour des formules minimalistes : quelques jours chez des proches à Djerba, à Sfax ou dans le Nord-Ouest, sans hébergement payant. Les Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) font figure d’exception. Leurs transferts de fonds (plus de 4,4 milliards de dinars au premier semestre 2026) soutiennent l’économie locale, mais profitent peu aux classes moyennes résidentes qui se sentent doublement pénalisées.

 

Les prix des hôtels : une barrière de plus en plus infranchissable

Les tarifs hôteliers représentent aujourd’hui l’un des principaux freins. En haute saison 2026, une nuitée en hôtel 3 étoiles dans les zones phares (Hammamet, Sousse, Monastir, Djerba) démarre généralement entre 70 et 130 dinars pour une chambre double en demi-pension. Les établissements 4 étoiles affichent des prix compris entre 150 et 300 dinars, tandis que les resorts 5 étoiles peuvent facilement dépasser 400 dinars la nuit en formule all-inclusive.

Pour une semaine complète en famille, le budget hébergement seul varie entre 1.500 et plus de 4.000 dinars selon le standing et la destination. À cela s’ajoutent les repas supplémentaires, les transports (essence ou location de voiture), les activités pour enfants et les extras. Au total, un séjour «raisonnable» peut rapidement atteindre 3.000 à 6.000 dinars pour une famille de quatre personnes – soit l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour un employé du secteur privé ou public.

Les promotions Early Booking ou les offres flash permettent parfois de réaliser des économies de 20 à 40%, mais elles exigent un paiement anticipé que peu de ménages peuvent se permettre. Paradoxe frappant : la Tunisie reste une destination abordable pour les touristes européens. Des packages tout compris (vols inclus) sont vendus à partir de 300-500 euros par personne depuis la France ou l’Allemagne. Cette différence de perception renforce chez beaucoup de Tunisiens un sentiment d’injustice : leur pays est «bon marché» pour les étrangers, mais cher pour eux-mêmes.

 

Évolution des destinations : intérieur versus extérieur

Confrontés à ces coûts élevés, les Tunisiens adaptent leurs habitudes. Le tourisme intérieur «lowcost» gagne du terrain : location d’une maison chez la famille ou des amis, séjours chez l’habitant, camping ou petits gîtes ruraux. Les régions de l’intérieur (Kroumirie, Cap Bon hors saison ou le Sud tunisien) attirent ceux qui recherchent authenticité et prix modérés, loin de la saturation des grandes stations balnéaires.

Les voyages à l’étranger restent un rêve pour la plupart. La Turquie, l’Égypte, la France ou l’Italie attirent les classes moyennes supérieures et les TRE grâce à des vols low-cost ou des liens familiaux. Cependant, la dépréciation du dinar et la hausse des prix des billets d’avion limitent fortement ces escapades. Les destinations maghrébines restent les plus accessibles pour ceux qui franchissent les frontières.

Cette fracture se creuse : une minorité aisée continue de voyager loin et dans le confort, tandis que la majorité se contente de vacances locales courtes ou renonce totalement. Les jeunes, particulièrement touchés par le chômage et la précarité, sont les plus impactés : pour eux, l’idée même de «vacances» devient abstraite.

 

L’inflation et la crise économique : un cercle vicieux

L’inflation des dernières années a profondément modifié les comportements touristiques. Les hôteliers font face à une hausse de leurs charges (énergie, produits importés, salaires) qu’ils répercutent sur la clientèle. Le secteur touristique national affiche pourtant une belle santé globale, avec des recettes en devises importantes et une contribution significative au PIB (environ 5% directement en 2024-2025).

Mais cette croissance profite surtout aux grands groupes hôteliers, aux tour-opérateurs internationaux et aux zones côtières haut de gamme. Les Tunisiens subissent les effets négatifs : surfréquentation en été, hausse générale des prix et sentiment d’être relégués au second plan sur leur propre territoire.

La crise économique structurelle (chômage structurel, endettement, incertitudes) renforce cette prudence collective. De nombreuses familles reportent leurs projets de vacances d’une année à l’autre, dans l’espoir d’une amélioration économique qui tarde à se concrétiser. Les dépenses estivales deviennent ainsi un indicateur révélateur des difficultés plus larges que traverse la société tunisienne.

 

Vers un tourisme social plus inclusif : quelles solutions ?

Face à ce tableau préoccupant, des initiatives émergent pour promouvoir un tourisme plus accessible. Des propositions de loi en faveur du «tourisme social» circulent, visant à créer des chèques-vacances, des partenariats avec les comités d’entreprise ou des tarifs préférentiels pour les familles tunisiennes. Certains établissements hôteliers proposent déjà des offres dédiées hors saison ou des packages familiaux adaptés.

Cependant, ces mesures restent encore trop limitées et fragmentées. Pour aller plus loin, il faudrait développer massivement l’hébergement alternatif (maisons d’hôtes, éco-loges, camping aménagé), encourager les circuits courts et le tourisme rural et mettre en place des aides ciblées pour les classes moyennes. Des campagnes nationales pourraient également inciter les Tunisiens à redécouvrir les richesses de leur pays à moindre coût : festivals culturels, randonnées, sites historiques et plages moins connues.

Des modèles étrangers (Turquie, Espagne ou certains pays européens) montrent qu’un tourisme social ambitieux peut à la fois soutenir le pouvoir d’achat des citoyens et renforcer la résilience du secteur. La Tunisie, avec son climat favorable, ses infrastructures existantes et sa diversité culturelle et géographique, dispose de tous les atouts nécessaires.

En 2026, les vacances des Tunisiens illustrent cruellement les tensions économiques du pays. Entre un secteur touristique florissant tourné vers l’international et une population locale de plus en plus exclue, le fossé se creuse. Restaurer l’accès aux congés n’est pas seulement une question de bien-être individuel ou familial, c’est un enjeu majeur de cohésion sociale, d’équité et de dynamisme économique à long terme.

Sans politiques volontaristes fortes en matière de pouvoir d’achat et de tourisme inclusif, une partie grandissante de la société tunisienne risque de rester durablement éloignée des plaisirs simples de l’été. Il est temps de faire en sorte que la mer, le soleil et l’hospitalité tunisienne profitent d’abord à celles et ceux qui vivent sur ce territoire.

 

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Les « Fugueuses » ouvrent le bal ce soir au festival international d’Hammamet, histoires des femmes qui voulaient partir!

Partir ou rester ? C’est la question que Wafa Taboubi  posera ce soir avec une intensité bouleversante à l’occasion de l’ouverture du festival international d’Hammamet..La metteuse en scène et dramaturge tunisienne a réuni  dans sa nouvelle création « Les Fugueuses » sur scène six inconnus « cinq femmes et un homme  » dans un espace suspendu, hors du temps. Il s’agit de Fatma Ben Saïdane, Mounira Zakraoui , Lobna Noomene , Mouhamed Bouzid , Oumaima Bahri , et  Sabrine Omar . Six trajectoires marquées par la précarité, la violence, le divorce et l’invisibilité sociale. Six voix qui, ensemble, ont refusé de se taire.

Qui n’a jamais rêvé de fuguer ? Dans la pénombre, seules les voix et les sonorités ouvrent les espaces et les rêves d’évasions. Dans ce dispositif immersif, à la croisée de la performance poétique, de la composition sonore spatialisée et de la musique , ces cinq  femmes et un homme empruntent un chemin sans retour,  abandonnent, avec courage, l’assignation. Elles tracent une cartographie émouvante de ces désirs d’ailleurs. Malgré leurs trajectoires différentes, ils choisissent de poursuivre ensemble un horizon plus vaste, porté par l’espoir autant que par la peur. En chemin, ils se perdent et affrontent le doute sur l’existence, le vide, le sens et l’avenir. Une certitude demeure : rien ne sera plus comme avant.

Sur scène, la gare devient peu à peu un labyrinthe où les personnages affrontent leurs peurs, leurs désirs d’évasion et leurs désillusions. Dans cette nouvelle production , les contrastes entre ombre et clarté reflètent désarroi et espoir. Les six protagonistes possédent divers profils :  une femme de ménage âgée abandonnée par ses enfants, une enseignante suppléante vivant dans la précarité, une jeune diplômée en droit sans avenir professionnel, une ouvrière d’usine exploitée, une ramasseuse de plastique exténuée et un ouvrier divorcé, accablé par les dettes et la peur de la justice. A travers eux, Wafa Taboubi dresse le portrait d’une société minée par  la marginalisation et l’injustice sociale. Avec « Les Fugueuses », Wafa Taboubi livre une pièce poignante et bouleversante qui interpelle dans le style du théâtre existentialiste, poursuivant ainsi dans la lignée de ses précédentes œuvres, « Les Veuves » et « La Dernière ». Cette  pièce tunisienne « Les Fugueuses »  a remporté le Tanit d’Or de la 26ème édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC) en plus du prix du meilleur scénario et celui de la meilleure interprétation féminine attribué à Lobna Noomen.

                   Kamel Bouaouina

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«AfricaCrypt 2026» :  la cryptographie au service de la cybersécurité

La cybersécurité constitue actuellement un enjeu sociétal important, et l’initiation et la sensibilisation ont une importance fondamentale sur le plan de la sécurité à divers niveaux, incluant les enjeux citoyens et de protection des données personnelles. Dans le contexte actuel, l’informatique en fort développement, et les mathématiques, peuvent contribuer à une meilleure compréhension des enjeux de cybersécurité, notamment en lien avec la cryptologie qui a pour objectif de préserver la confidentialité, l’intégrité et l’accès non autorisé des informations. 

Elle repose sur l’utilisation de techniques de chiffrement et de déchiffrement qui transforment les données en un format illisible pour les personnes non autorisées. Cette approche garantit la confidentialité et l’intégrité des informations échangées. 

Le nom «cryptographie», qui signifie «secrets cachés», est tiré de la langue grecque. En d’autres termes, c’est une compétence qui permet de protéger les informations et données. La cryptographie est utilisée pour transformer des données en codes secrets inintelligibles ou «texte chiffré», qui ne peuvent être lus que par ceux qui connaissent la clé secrète pour la décoder. Pendant des siècles, les gouvernements et les militaires ont employé la cryptographie afin de transmettre des messages secrets entre eux. Toutefois, avec l’avènement d’Internet et des échanges de données entre pairs, la cryptographie est devenue plus cruciale que jamais pour protéger les données personnelles et professionnelles. 

De nos jours, les professionnels de la sécurité utilisent la cryptographie pour assurer la sécurité des communications en ligne, des transactions bancaires et des échanges de données sensibles entre les entreprises. La cryptographie englobe les domaines du chiffrement et de l’authentification des données. C’est dans ce cadre que la ville d’Hammamet accueillera du 8 au 10 juillet 2026 la 17e édition de la conférence internationale annuelle «AfricaCrypt 2026», spécialisée en cybersécurité et cryptographie. Cette conférence est une initiative de l’Association internationale pour la recherche cryptographique (IACR) qui vise à promouvoir et à faire progresser la cryptologie sur le continent africain. La conférence a toujours attiré d’excellentes contributions et a accueilli de nombreux chercheurs de renom qui y ont présenté des exposés magistraux. Elle réunira un panel international de scientifiques et d’experts de renom. Elle est organisée conjointement par l’Université de Tunis et le Centre tunisien de la recherche militaire, avec la participation de plusieurs institutions académiques et sociétés savantes spécialisées en mathématiques et cryptographie. AfricaCrypt 2026 a pour objectif de présenter et de discuter des dernières recherches et innovations technologiques, ainsi que de favoriser la collaboration entre les chercheurs des milieux académiques et militaires. Elle vise à développer des solutions avancées pour la protection des systèmes et des données critiques, notamment face aux défis posés par l’informatique quantique et la transition vers la cryptographie post-quantique.

Un gage de sécurité multiforme

La cryptographie pour la cybersécurité présente de nombreux avantages pour maintenir l’intégrité des messages. Elle est utilisée pour protéger des informations et des données hautement confidentielles. Elle offre une protection contre les utilisateurs non destinés à avoir accès à un message. Les signatures numériques offrent une non-répudiation contre les litiges qui surviennent dans des situations où l’expéditeur nie avoir transmis le message. La cryptographie renforce aussi la sécurité des données en utilisant des algorithmes de chiffrement pour protéger les informations échangées entre les parties prenantes. Les algorithmes modernes sont extrêmement complexes, ce qui rend pratiquement impossible le déchiffrement sans la clé appropriée. 

Ces dernières décennies ont été marquées par d’importants investissements dans le domaine de l’informatique quantique. Les ordinateurs quantiques exploitent les principes de la physique quantique et sont capables de résoudre des problèmes mathématiques insolubles pour les ordinateurs classiques, tels que le problème de la factorisation. La cryptographie est maintenant utilisée pour conserver des données confidentielles, y compris des mots de passe privés, en toute sécurité en ligne. Elle est maintenant utilisée par les experts en cybersécurité pour favoriser l’innovation, le texte chiffré, ainsi que d’autres mesures de protection qui appliquent mais aussi isolent les informations professionnelles et personnelles. Lors de la communication, les gens veulent et exigent la confidentialité et la sécurité. Historiquement, la cryptographie a été largement utilisée lors d’applications militaires pour cacher des informations sensibles aux ennemis.

Pour se connecter avec ses généraux sur le champ de bataille, Jules César a utilisé un simple chiffrement par décalage. A mesure que la technologie progresse, notre dépendance vis-à-vis des systèmes électroniques augmente, nécessitant le développement de techniques plus sophistiquées. La plupart des méthodes et techniques de communication sécurisée sont fournies par la cryptographie. Avec l’inquiétude grandissante de perdre sa vie privée, la sécurité des consommateurs est à un niveau record. La cryptographie est l’étude du cryptage et du décryptage des données pour empêcher tout accès non autorisé. Le texte chiffré doit être connu à la fois de l’expéditeur et du destinataire. La cybersécurité a continué d’évoluer pour devenir l’une des technologies les plus innovantes qui permet de sécuriser nos données confidentielles.

C’est dans ce cadre qu’une école sur la cryptographie post-quantique a eu lieu les 6 et 7 juillet à Hammamet. Cette école vise à former de jeunes chercheurs et à les familiariser avec les dernières avancées dans le domaine, notamment les algorithmes résistant aux attaques quantiques. Elle vise à initier les participants aux fondements et aux orientations actuelles de la cryptographie post-quantique, un domaine en pleine évolution qui prépare la cryptographie à l’ère quantique. Les sessions ont abordé quatre grandes familles de primitives résistant à l’informatique quantique : la cryptographie symétrique, l’introduction à la cryptographie sur réseau et à la cryptographie basée sur l’isogénie.

 Kamel BOUAOUINA

 

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Menace sur le littoral de Kélibia :  nécessité de préserver nos plages de la pollution des oueds

La pollution des plages est devenue un phénomène récurrent. En dépit des mesures prises par les pouvoirs publics visant la protection de l’environnement, y compris les plages, le phénomène de la pollution persiste et certaines plages deviennent un véritable dépotoir pour les déchets, ordures et eaux usées qui défigurent l’image des plages autorisées à la baignade, accueillant chaque année un grand nombre d’estivants. C’est le cas de certaines plages de Kélibia qui sont de plus en plus menacées, surtout lorsque le début de la saison estivale approche où d’aucuns constatent amèrement que le sable doré est recouvert de déchets et de détritus. Ces plages de la côte septentrionale du Cap Bon sont polluées par les déversements des eaux usées. La baignade est donc rendue impossible dans des lieux pourtant destinés aux touristes. Qu’en est-il vraiment ?

Les plages de Kélibia, de Mansoura au Petit Paris en passant par l’Aïn Grinz sont les plus appréciées par les habitants, notamment grâce à leur beauté, leur propreté, mais aussi à l’ambiance qui y règne. En effet, tous les âges s’y côtoient pour une ambiance familiale et chaleureuse. Mais voilà que ces plages sont menacées par la pollution. Les eaux usées des oueds sont rejetées dans la mer en provenance d’un oued avoisinant, oued Lahjar, qui est déjà très pollué. De gros déchets se sont accumulés, créant de grosses taches aux odeurs nauséabondes. Habitants de la zone et amoureux de la plage ont manifesté leur indignation face à ce crime contre la nature.

Ces eaux dans lesquelles se baignent les habitants pourraient représenter un vrai danger pour la santé, plus précisément au niveau de l’Aïn Grinz, la nature étant dans son état le plus critique. Les citoyens dénoncent le déversement des eaux usées polluées directement près de la plage. Très dangereuses pour la santé, ces eaux usées empêchent les riverains de profiter de la corniche kélibienne. Pourtant, la sonnette d’alarme avait déjà été tirée par la société civile. Cette dernière dénonçait, sur base d’enquêtes sur le terrain, la pollution des eaux de cette région. «Nous avons découvert une véritable catastrophe écologique. Le constat que nous avons établi met en exergue le déversement des eaux usées dans des plages réputées être l’attraction pour de nombreux estivants, qui affluent des quatre coins du pays, et même de l’étranger», déclarait Hédi, un jeune cadre de Kélibia. 

Un enjeu environnemental majeur

D’ailleurs un sit-in a été organisé par les habitants le week-end dernier visant à dénoncer l’état dégradant de la mer par l’oued Lahjar appelant les autorités locales et régionales, l’ONAS et l’APAL, à intervenir d’urgence. La saison estivale est d’ores et déjà commencée dans ce coin de villégiature, qui reste néanmoins autorisé à la baignade malgré le fait qu’il soit noyé dans la pollution. Ces eaux usées déversées dans la mer demeurent l’une des plus grandes catastrophes écologiques. En somme, cela constitue une véritable bombe à retardement. Ainsi, chaque année, la mer est à l’origine de plusieurs maladies à transmission hydrique, telles que les infections cutanées et les intoxications bactériologiques. Certains baigneurs à travers le littoral ont contracté la conjonctivite.

Le déversement des eaux usées en provenance de l’oued cause des ravages environnementaux à la mer. Des stations d’épuration des eaux usées sont prévues depuis des années mais ne sont toujours pas opérationnelles. La pollution des plages tunisiennes n’est plus un désagrément saisonnier, mais un enjeu environnemental majeur, aux répercussions durables. Si des mesures sérieuses ne sont pas prises rapidement, c’est tout un pan de notre patrimoine naturel, touristique et économique qui risque de disparaître. L’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE) ne manque pas de souligner les efforts engagés par les autorités publiques. Cependant, ces efforts demeurent insuffisants face à l’ampleur du phénomène, notamment sur les plages, où les déchets, les eaux usées et l’urbanisation incontrôlée continuent de nuire gravement à l’environnement et au tourisme. Il est donc urgent d’adopter des mesures concrètes, durables et coordonnées, aussi bien au niveau national que local. Cela implique une meilleure gouvernance du littoral, une mobilisation citoyenne et la mise en œuvre de politiques de prévention et de répression efficaces. Car préserver nos plages, c’est aussi préserver l’économie nationale, le cadre de vie des citoyens et l’image de la Tunisie à l’international.

Kamel BOUAOUINA

 

 

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En vue de les aider dans leur choix :  des tuyaux pour les nouveaux bacheliers 

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a mis à la disposition des nouveaux bacheliers le nouveau guide d’orientation universitaire pour l’année 2024. Ces derniers sont invités à y accéder pour formuler leurs choix. Les lauréats qui ont réussi brillamment avec des moyennes excellentes n’ont pas de souci puisqu’ils peuvent obtenir leur premier choix. Les autres peinent souvent à sélectionner leurs choix et n’accèdent pas toujours à la filière universitaire qu’ils préfèrent. Vu le grand nombre de filières universitaires, le nouveau bachelier trouve parfois des difficultés à effectuer son choix.

Le guide d’orientation universitaire comprend tous les critères que les futurs étudiants doivent respecter (calcul de score, score du dernier orienté, capacité d’accueil, étapes de l’orientation, conditions et procédures de la réorientation…) ainsi que l’ensemble des offres d’études universitaires dans les universités publiques et privées. Le guide comprend également l’ensemble des offres de formation professionnelle pour le cycle de Technicien supérieur (formation professionnelle pour bacheliers). En vue d’aider les nouveaux bacheliers dans leurs choix, nous leur proposons quelques filières qui promettent une formation menant à des métiers d’avenir.

Les métiers de l’audiovisuel 

Le guide d‘orientation propose plusieurs filières dans le domaine de l’audiovisuel dont la formation dure trois ans. Les nouveaux bacheliers peuvent opter pour des études accompagnées d’une formation dans ce domaine et ce, en optant, selon leur score, pour l’obtention d’une licence fondamentale de technicien du son ou une licence en audio-visuel ou encore en multimédias ou en techniques cinématographiques (assistant-réalisateur, images et lumières, son et montage), assurés par l’Institut Supérieur des Arts Multimédia de la Manouba et par d’autres instituts régionaux comme l’Institut Supérieur des Arts et Métiers répartis sur plusieurs gouvernorats. Lors de leurs études, les étudiants recevront une formation spécifique concernant le domaine audiovisuel, comme l’installation des équipements sonores et la captation du son, l’édition de fichiers audio ou encore le mixage et la diffusion. Parmi les débouchés accessibles après cette option, on retrouve, entre autres, les métiers d’ingénieur du son, de perchman, d’opérateur de prise de son, de régisseur son, d’assistant studio et de sonorisateur.

Electricité et énergies renouvelables 

Le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi propose des formations et certifications adaptées en électricité et en énergies renouvelables. Les cursus universitaires et techniques en Tunisie proposent des formations en génie électrique, énergie, et plus spécifiquement en énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc.). Ces formations sont souvent proposées dans les écoles d’ingénieurs, universités et centres de formation professionnelle pour lesquels les nouveaux étudiants peuvent opter. Ils peuvent développer des compétences en conception, installation, maintenance et gestion des systèmes électriques et des installations d’énergies renouvelables. Ils apprennent aussi les normes de sécurité, les techniques d’efficacité énergétique et les technologies innovantes. Les diplômés issus de ces différentes instances universitaires peuvent être recrutés par la STEG pour la gestion, la production et la distribution d’électricité, y compris les projets d’énergies renouvelables, ainsi que par les entreprises industrielles et du bâtiment pour l’installation et la maintenance des systèmes électriques et énergétiques, notamment dans le cadre de la transition énergétique sachant qu’aujourd’hui, les énergies renouvelables constituent un secteur en croissance avec des opportunités dans l’installation de panneaux solaires, éoliennes, systèmes de chauffage écologique et services liés à l’efficacité énergétique.

Les études agroalimentaires 

Parmi les filières proposées aux nouveaux bacheliers dans le guide figurent celles qui ont trait à l’alimentation et aux industries agroalimentaires. L’Ecole Supérieure des Industries Alimentaires de Tunis (ESIAT) est un établissement public d’enseignement supérieur, dont la vocation est de former des ingénieurs (Bac+5), des licences appliquées (Bac+3) et de délivrer des mastères et des doctorats en Industries alimentaires. Elle fait partie d’un ensemble d’autres instituts d’enseignement supérieur agricole répartis sur les universités tunisiennes. Concernée comme tous les établissements supérieurs par l’application du système LMD, cette école adhère à ce système en instituant la licence appliquée qui prendra ainsi la place du cycle de formation de technicien supérieur. Cette licence doit répondre aux besoins du marché de l’emploi dans le domaine de l’industrie alimentaire.

Une licence fondamentale en Production Animale et Ressources Alimentaires est délivrée par l’Ecole Supérieure d’Agriculture de Mateur, l’Institut National Agronomique de Tunisie sous la double tutelle du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Cette école offre la possibilité aux étudiants titulaires d’une licence de poursuivre leurs études en vue d’obtenir un master (Diplôme national d’ingénieur en production animale et végétale). 

Spécialités de l’environnement

Le guide d’orientation propose des filières qui débouchent sur un diplôme de techniciens supérieurs ou des ingénieurs en la matière. L’Institut Supérieur des Sciences et Technologies de l’Environnement (ISSTE) est un établissement d’enseignement supérieur spécialisé en environnement dans l’acception large du terme. Eu égard à la complexité des problématiques environnementales, la formation au sein de l’institut est polyvalente et interdisciplinaire.

L’ISSTE de Borj Cédria est l’un de ces instituts qui assure aux étudiants, dans le cadre du système LMD, la formation nécessaire qui les prépare aux différentes spécialités exigées dans ce secteur. Cet institut fait partie du technopôle de Borj Cédria, spécialisé dans les énergies renouvelables, l’eau, l’environnement et la biotechnologie végétale. Ce technopôle regroupe en son sein des instituts supérieurs divers (sciences et technologies de l’environnement, informatique et études technologiques) et différents centres de recherche dans ces secteurs.

L’ISSTE est doté de tout l’équipement nécessaire à la pointe de la technologie et des ressources humaines qualifiées et expérimentées garantissant aux étudiants une formation adaptée au progrès technologique et adéquate aux potentialités du marché de l’emploi dans le secteur de l’environnement. Une licence appliquée est octroyée aux étudiants ayant accompli les trois ans avec succès qui leur permettrait d’entrer dans le marché de l’emploi en qualité de technicien supérieur dans l’architecture de protection et de lutte contre la pollution de l’environnement. L’ISSTE réalise depuis sa création des taux de réussite très importants. Les diplômés de l’ISSTE, titulaires d’une licence appliquée dans l’une des spécialités de l’environnement auront des perspectives d’emploi variées. Ils pourront créer leurs propres projets, poursuivre leurs études pour obtenir un master ou un doctorat en la matière ou travailler dans le secteur public ou privé dans les domaines suivants : les bureaux d’études spécialisés, les laboratoires d’analyses publics ou privés, les entreprises privées (collecte, recyclage et traitement de déchets, traitement de l’eau, entretien d’espaces…), les organisations non gouvernementales nationales et internationales et d’autres possibilités d’emploi non moins intéressantes. Le ministère de l’Environnement, le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, ainsi que les petites et moyennes entreprises sont prêts à embaucher les diplômés de l’ISSTE.

Formation professionnelle

En dehors des filières universitaires proposées dans le guide d’orientation, le nouveau bachelier peut y trouver d’autres voies disponibles dans le cadre du système de formation professionnelle et ce, à travers les différents Centres Sectoriels de Formation aux Métiers du Tertiaire qui fournissent des formations requises par le marché du travail et permettent à l’étudiant d’acquérir des compétences, des aptitudes et des spécialisations dans plusieurs domaines dans ces différents centres sectoriels où l’étudiant peut bénéficier d’une formation initiale dans les métiers du tertiaire. Les programmes ont été élaborés en collaboration avec les entreprises selon l’approche par compétences.

Au sein de ces centres sectoriels, la formation est assurée par un cadre de formateurs et de consultants en médias et en orientation professionnelle, ainsi que par des conseillers dans la formation et l’encadrement. Les formateurs sont recrutés parmi les ingénieurs et les techniciens de haut rang, et sont soumis à des stages pédagogiques avant d’entamer leurs tâches. La formation s’effectue en collaboration avec les recruteurs éventuels pour s’assurer que les jeunes acquièrent des compétences requises par les employeurs. Ces centres sectoriels reposent sur la formation en alternance, un mode de formation qui nécessite une coordination étroite entre l’organisme de formation et les entreprises, afin que les apprenants puissent bénéficier d’une formation cohérente et efficace. Ces centres sectoriels de formation aux métiers du tertiaire sont nombreux et se répartissent sur tous les gouvernorats.

Hechmi KHALLADI



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