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Tribune – Administration : automatiser plutôt qu’épurer

Les mots du président de la République ont été d’une rare sévérité, appelant à « assainir l’administration des cellules qui sabotent le pays ». Si ce constat politique pose le diagnostic d’une machine administrative grippée par les résistances et les inefficacités chroniques, le traitement de ce mal exige de dépasser la simple réponse disciplinaire. Pour un ingénieur et un gestionnaire, le « sabotage » administratif n’est pas toujours le fait d’intentions malveillantes isolées ; il est le produit systémique d’une architecture managériale obsolète.

L’enjeu n’est plus seulement d’épurer, mais de reprogrammer. Cependant, cette reprogrammation logicielle de l’État se heurte à un verrou invisible mais redoutable : la barrière culturelle et psychologique du changement.

Le coût macroéconomique de la subjectivité bureaucratique

L’administration tunisienne souffre d’une pathologie lourde : la prépondérance du facteur humain discrétionnaire dans les processus décisionnels. Chaque guichet, chaque direction, chaque niveau hiérarchique superposé devient un goulot d’étranglement potentiel où la lenteur, l’erreur de jugement ou l’obstruction peuvent paralyser l’économie. Ce déficit d’efficacité a un coût direct sur nos indicateurs macroéconomiques, décourageant l’investissement et ralentissant l’exécution des projets nationaux.

L’approche classique consiste à chercher des coupables et à multiplier les contrôles administratifs. Or, la surrèglementation produit l’effet inverse : elle tétanise les fonctionnaires intègres, ralentit encore les circuits et offre des boucliers procéduraux à ceux qui souhaitent bloquer le système. Le véritable assainissement ne se fera pas par l’accumulation de verrous bureaucratiques, mais par leur suppression au profit d’une transparence algorithmique.

 

Le verrou culturel : la peur de perdre le statut d’expert

Pourquoi l’appareil administratif résiste-t-il si puissamment à sa propre modernisation ? C’est que le principal frein à l’intégration de nouveaux outils — qu’il s’agisse de plateformes interconnectées ou d’intelligence artificielle — n’est jamais technique. Il est culturel.

Dans nos structures publiques, la légitimité et l’autorité des cadres se sont historiquement construites sur la détention exclusive du secret de la procédure, du tampon et du formalisme. Introduire la transparence algorithmique, c’est bousculer cette position de force. Des experts chevronnés redoutent, consciemment ou non, de perdre leur statut de « sachant » face à des systèmes automatisés dont ils ne maîtrisent pas immédiatement les codes. Face à l’inconnu technique, le réflexe bureaucratique naturel est l’inertie sécuritaire.

C’est ici que réside le véritable défi du leadership public, résumé par cette formule managériale percutante : « Ayez le courage d’être nul dans quelque chose de nouveau. » Pour rompre avec le sabotage par l’inertie, l’administration doit accepter la vulnérabilité transitoire de sa propre courbe d’apprentissage. Le courage managérial consiste à instaurer un authentique droit à l’erreur et à accompagner les cadres dans cette phase inconfortable de rodage, indispensable pour passer d’un modèle d’obsolescence à un modèle d’excellence.

 

Appliquer les principes de la saine gestion : les piliers de la refonte

Pour moderniser durablement l’appareil d’État et le prémunir contre toute mauvaise gestion, la Tunisie doit imposer les standards de la gouvernance technologique moderne. Cette refonte repose sur deux piliers managériaux clairs :

  1. L’automatisation radicale des back-offices et le « Zéro Subjectivité » : La meilleure manière d’éliminer une « cellule administrative défaillante », c’est de supprimer le pouvoir discrétionnaire qu’elle exerce sur le citoyen ou l’entreprise. L’octroi de licences, les autorisations financières, les contrôles douaniers ou l’évaluation fiscale doivent être traduits en algorithmes et en processus automatisés. Là où le code informatique remplace l’arbitraire humain, le sabotage devient techniquement impossible.
  2. Le pilotage par la donnée (Data-Driven Governance) : Une administration moderne ne peut plus être gérée à l’aveugle ou selon des grilles d’évaluation purement subjectives. Les critères de performance (KPI) des structures publiques et de leurs dirigeants doivent être quantifiables, transparents et audités en temps réel. Le gaspillage de ressources et les erreurs de priorités budgétaires ne peuvent être corrigés que par une traçabilité totale des flux financiers et décisionnels.

Reclasser l’humain dans sa zone de haute valeur ajoutée

Il ne s’agit pas de promouvoir une vision technocratique déshumanisée, mais bien de restaurer la dignité de la fonction publique. En automatisant les tâches répétitives, bureaucratiques et sujettes à caution, l’État libère son capital humain — ce « Software » national dont nous soulignions récemment la valeur stratégique — pour le repositionner sur des missions de conception, d’analyse, de régulation et de stratégie.

L’assainissement par la technologie est le seul moyen de recréer un environnement de travail attractif pour les compétences tunisiennes intègres. C’est en offrant des outils de pointe et une culture du mérite que l’on redonnera de la fierté à nos cadres publics, tarissant ainsi à la source l’exode de nos talents les plus pointus.

 

Le choix de la rupture systémique

La Tunisie ne sortira pas de son impasse économique par la simple reconduction de ses vieilles méthodes de gestion, fussent-elles durcies par des vagues d’inspections. Le sabotage le plus insidieux et le plus coûteux pour nos finances publiques demeure celui de l’obsolescence. Nettoyer les structures est une étape de salubrité politique ; changer de système d’exploitation est un impératif de survie macroéconomique.

À l’heure des grands arbitrages, la modernisation technologique de l’appareil d’État n’est plus une option de confort budgétaire, mais le premier pilier de notre souveraineté nationale.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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La Tunisie honore un emprunt international de 700 M€

La Tunisie s’apprête à honorer, mercredi 15 juillet 2026, le remboursement de son dernier grand eurobond de 700 millions d’euros (M€), marquant la clôture de cette importante dette contractée sur les marchés internationaux.

Il convient de noter que cet emprunt, contracté en 2019 sur les marchés financiers internationaux, représente l’une des échéances les plus significatives du calendrier financier tunisien de l’année, avec un coût total estimé à environ 2,3 milliards de dinars tunisiens, intérêts compris.

Cette opération marque la fin d’un cycle d’endettement direct auprès des marchés internationaux. Elle intervient dans un contexte où les autorités tunisiennes cherchent à réduire progressivement la vulnérabilité du pays face aux financements extérieurs, tout en préservant l’équilibre des finances publiques.

Un récent article publié par L’Economiste Maghrébin soulignait que l’eurobond de 700 millions d’euros émis au taux de 6,375 % constitue le principal rendez-vous de la dette extérieure en juillet 2026, avec un impact notable sur les réserves en devises et sur le service global de la dette.

Ce remboursement revêt aussi une dimension stratégique. Depuis plusieurs années, la Tunisie a fait le choix de limiter son recours aux émissions obligataires internationales, misant davantage sur des financements intérieurs et sur une gestion plus prudente de sa dette. Plusieurs analyses publiées en 2025 et 2026 rappellent que le pays a déjà remboursé plusieurs échéances majeures d’eurobonds sans recourir à de nouvelles émissions sur les marchés internationaux..

En somme, le remboursement de cet eurobond constitue un signal important : la Tunisie referme une page lourde de son endettement externe, tout en ouvrant une nouvelle phase où la discipline financière et la capacité à mobiliser des ressources durables resteront décisives.

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Révélations | Comment le Mossad a-t-il recruté Mahmoud Ahmadinejad ?

C’est une bombe. Le New York Times a révélé ce lundi 13 juillet 2026 que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été recruté par le Mossad ! Les Israéliens ont commencé à s’intéresser à lui quand ses relations se sont dégradées avec le défunt Guide suprême Ali Khamenei. Ahmadinejad a été empêché à trois reprises de se présenter de nouveau à l’élection présidentielle ce qui a nourri chez lui un profond ressentiment contre le régime et a forgé sa conviction que son retour au pouvoir ne pourrait avoir lieu qu’avec la chute de ce régime. 

Imed Bahri

Dans une enquête intitulée «Dans les coulisses de l’opération secrète d’Israël pour recruter Ahmadinejad» et menée par quatre journalistes Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Farnaz Fassihi et Ronen Bergman, le New York Times a révélé, lundi 13 juillet 2026, que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad est assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution après que les autorités iraniennes ont découvert ses contacts avec Israël. 

Selon le journal américain, Israël a mené pendant des années une opération secrète visant à recruter Ahmadinejad dans le but de l’installer à la tête de l’Iran après la chute du régime. L’enquête s’appuie sur des sources américaines, israéliennes et iraniennes connaissant les détails de l’opération.

Début 2024, un haut responsable du gouvernement hongrois de l’époque a demandé au professeur Gergely Deli, président de la Ludovika University of Public Service (Université Ludovica de l’administration publique) à Budapest, d’inviter Ahmadinejad à une conférence sur le changement climatique. Selon Deli, on lui a indiqué que cette conférence servirait en réalité de couverture à des discussions secrètes entre Ahmadinejad et des responsables des services de renseignement israéliens.

Malgré ses craintes de nuire à sa propre réputation et à celle de l’université, il accepta, estimant que si les deux parties étaient disposées à dialoguer, il fallait leur en donner l’occasion.

L’enquête rapporte que les gardes du corps d’Ahmadinejad ont déclaré qu’il avait réussi à disparaître au moins deux fois durant sa visite pour assister à de longues réunions. Interrogé, il affirma rencontrer des professeurs d’université. Lors de la conférence, Ahmadinejad prononça un discours en anglais, évoquant «l’humanité commune» et un «ordre mondial en mutation». Il surprit l’auditoire en ne commençant pas son discours par un verset du Coran. Comme il l’avait fait tout au long de sa présidence, il offrit même au recteur de l’université un exemplaire du ‘‘Livre des Rois’’ * du grand poète persan du Xe siècle Ferdowsi et reçut de sa main l’emblème de l’université.

La mue d’Ahmadinejad

Deli admet avoir servi d’intermédiaire pour faciliter des réunions secrètes. Selon des sources américaines, l’ancien chef du Mossad David Barnea s’était personnellement rendu à Budapest pour rencontrer Ahmadinejad. Le Mossad a ensuite informé la CIA qu’Israël avait financé ses frais d’hébergement et de voyage ces dernières années et que des responsables du renseignement israélien l’avaient rencontré à plusieurs reprises hors d’Iran. Selon l’enquête, Ahmadinejad, qui a été président de l’Iran de 2005 à 2013 et considéré à l’époque comme l’une des figures les plus importantes de la ligne dure –partisan du programme nucléaire iranien, appelant régulièrement à la destruction d’Israël– a progressivement modifié son image après avoir quitté ses fonctions.

L’enquête indique qu’Ahmadinejad a commencé à adoucir son discours anti-israélien, critiquant l’appareil sécuritaire et la corruption gouvernementale. Il a adopté une apparence plus occidentalisée, appris l’anglais, rencontré fréquemment des civils et s’est présenté comme un homme politique plus modéré. Selon l’un de ses anciens conseillers, Abdolreza Davari, la motivation d’Ahmadinejad n’était pas l’argent mais plutôt le désir de revenir au pouvoir. Un proche collaborateur a déclaré au journal qu’après avoir été disqualifié de la course présidentielle à trois reprises, Ahmadinejad avait conclu qu’il ne pouvait pas revenir au pouvoir tant que le régime en place resterait en fonction.

Renverser le régime

Selon la même source, Ahmadinejad craignait qu’en cas de guerre et de renversement du régime, les États-Unis et Israël choisissent d’installer un opposant exilé depuis l’étranger. C’est pourquoi il s’est présenté comme quelqu’un capable de diriger le pays de l’intérieur, à l’instar de Boris Eltsine en Russie au lendemain de la chute de l’URSS. La même source a affirmé qu’Ahmadinejad avait déclaré à ses conseillers que s’il dirigeait de nouveau l’Iran, le pays reconnaîtrait Israël et normaliserait ses relations avec ce pays dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le président Donald Trump. 

Selon deux sources sécuritaires israéliennes, les services de renseignement israéliens ont suivi de près l’escalade des tensions entre Ahmadinejad et le Guide suprême Ali Khamenei, ainsi que de hauts responsables du régime, notamment après son inéligibilité répétée à la présidence. Parallèlement, selon des sources iraniennes, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont commencé à douter de sa loyauté bien avant ses contacts avec les Israéliens, précisément quand il a adressé des messages publics à Trump en 2017 puis au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Visite au Guatemala

D’après l’enquête, les premiers contacts entre Ahmadinejad et Israël auraient eu lieu lors de sa visite au Guatemala en 2023, où il était invité à participer à une conférence sur l’environnement. Les autorités iraniennes ont tenté de l’empêcher de quitter le pays mais après qu’il se soit barricadé à l’aéroport pendant des heures et ait rendu l’incident public, il a finalement été autorisé à partir.

Selon l’enquête, l’opération a culminé fin février de cette année, au début du conflit israélo-iranien. Ce récit journalistique indique qu’une attaque israélienne a endommagé la résidence d’Ahmadinejad à Téhéran, précisément le bâtiment de sécurité et son véhicule blindé. Peu après, une Peugeot noire est arrivée sur les lieux, Ahmadinejad y est monté et a pris la fuite.

Des sources américaines et iraniennes ont affirmé que la voiture transportait des agents du Mossad qui l’ont conduit vers un lieu secret en Iran. Cependant, selon ces mêmes sources, Ahmadinejad aurait été déçu par l’opération de sauvetage et le plan visant à le réinstaller au pouvoir. Il a ensuite quitté les lieux dans des circonstances mystérieuses.

Suite à cela, il est allégué que les services de renseignement iraniens ont commencé à enquêter sur ses liens avec Israël et ont recueilli de nombreux renseignements sur ses activités. Selon quatre sources iraniennes de haut rang citées dans l’enquête, Ahmadinejad a été retrouvé et il est actuellement assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution, après que les autorités ont rassemblé des preuves de ses contacts avec Israël.

Depuis son arrestation, il n’était pas apparu en public jusqu’à la semaine dernière, lorsqu’il a brièvement assisté aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Des vidéos de la cérémonie le montrent debout, la tête baissée, entouré de gardes du corps. Les anciens présidents iraniens Hassan Rouhani et Mohammad Khatami n’ont pas assisté aux obsèques. Le Mossad n’a pas répondu aux questions du NYT à ce sujet, de même qu’un porte-parole d’Ahmadinejad.

* Le Livre des Rois ou Shâhnâmeh est une épopée retraçant l’histoire de l’Iran depuis la création du monde jusqu’à l’arrivée de l’Islam.

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Amel Bedoui explore la mémoire des femmes et les blessures de la filiation

Un retour à Tunis, une mère entre la vie et la mort, une femme confrontée à son propre passé. Avec ‘‘En instance de deuil’’, son deuxième livre publié aux éditions Manchourat Ibn Al Arabi en avril 2026, Amel Bedoui signe un roman intime où le deuil devient le point de départ d’une quête de soi. La psychiatre et écrivaine tunisienne y interroge la mémoire familiale, le corps féminin et ces blessures silencieuses qui traversent les générations.

Djamal Guettala

Ines revient à Tunis pour accompagner sa mère Leïla, hospitalisée et plongée dans le coma. Elle croit retrouver une histoire familiale qu’elle connaît déjà, mais ce retour aux sources va bouleverser ses certitudes. Derrière les souvenirs, les silences et les non-dits, elle découvre une autre réalité : elle doit affronter sa propre histoire.

Médecin installée à Montréal, Ines appartient à une génération de Tunisiens de la diaspora qui vivent entre plusieurs appartenances. Son retour n’est pas seulement un voyage géographique. Il est une confrontation avec un passé qu’elle avait tenté de tenir à distance.

À travers ce personnage, Amel Bedoui raconte une expérience largement partagée : celle de ceux qui partent sans jamais totalement quitter leur pays d’origine, de ceux qui construisent une nouvelle vie tout en restant liés à une mémoire familiale.

Le corps féminin au cœur du récit

L’originalité d’‘‘En instance de deuil’’ réside dans la place centrale accordée au corps des femmes. Chez Amel Bedoui, le corps devient un lieu de mémoire, un espace où s’inscrivent les expériences, les blessures et les silences.

La romancière aborde des sujets longtemps restés difficiles à nommer : les tabous autour du corps féminin, les violences invisibles, les rapports complexes à l’intimité, mais aussi les traumatismes transmis d’une génération à l’autre.

Loin d’une approche provocatrice, l’autrice adopte un regard profondément humain. Elle donne une voix à des douleurs souvent enfermées dans la sphère privée et montre comment certaines blessures individuelles sont aussi le reflet de réalités sociales plus larges.

Le corps n’est donc pas seulement un objet de souffrance. Il devient aussi un espace de résistance et de reconquête de soi.

Le roman porte un titre associé à la perte, mais son véritable sujet est la transformation. La disparition possible de la mère oblige Ines à regarder sa propre vie autrement.

Comment aimer sa famille sans s’effacer ? Comment rester fidèle à ses origines sans renoncer à ses propres choix ? Ce sont les questions qui traversent le parcours de l’héroïne.

Ines n’est pas une figure idéale. Elle doute, elle se protège, elle porte ses contradictions. Cette complexité donne au personnage toute sa force. Amel Bedoui refuse les portraits simplifiés : son héroïne est une femme avec ses fragilités, ses blessures et ses tentatives de reconstruction.

Le roman raconte ainsi une émancipation progressive. Choisir sa propre trajectoire ne signifie pas abandonner les siens. C’est accepter de vivre pleinement sans rester prisonnier des attentes héritées.

Une famille racontée par plusieurs voix

La construction du récit repose sur une pluralité de voix. Autour d’Ines apparaissent Selim, son ancien amour, Doussa, son amie, ainsi que Tata Leïla et Tante Warda.

Cette narration multiple permet de dépasser le simple récit individuel. Le deuil devient une expérience familiale, liée aux histoires transmises, aux secrets gardés et aux blessures jamais totalement refermées.

Chaque personnage apporte un éclairage différent. Amel Bedoui ne cherche pas à désigner des responsables, mais à comprendre la complexité des relations humaines.

Les personnages féminins occupent une place essentielle. À travers elles se dessinent différentes façons de résister, de survivre et de chercher une forme de liberté.

Le regard de psychiatre d’Amel Bedoui imprègne son écriture. Elle observe avec précision les émotions enfouies, les mécanismes de défense et les fragilités intérieures.

Mais ‘‘En instance de deuil’’ n’est jamais une démonstration psychologique. La romancière privilégie la littérature, les silences, les souvenirs fragmentés et les détails du quotidien.

Son style, à la fois sobre et précis, évite le pathos. L’émotion naît des situations elles-mêmes, de ce qui est dit mais aussi de ce qui demeure caché.

Entre Tunis et Montréal, une quête d’équilibre

À travers Ines, Amel Bedoui explore également la question de l’exil intérieur.

Entre Tunis et Montréal, entre passé et avenir, l’héroïne cherche non pas à choisir un territoire contre un autre, mais à accepter toutes les dimensions de son identité.

Le roman rappelle qu’un départ n’est pas forcément un abandon et qu’aimer ses origines n’empêche pas de construire son propre chemin.

Avec ‘‘En instance de deuil’’, Amel Bedoui confirme une voix singulière dans la littérature tunisienne contemporaine. Elle choisit l’intime pour parler du collectif, l’histoire d’une femme pour questionner la mémoire des familles et la place des femmes dans la société.

C’est un roman sur la perte, mais surtout sur la capacité à renaître après les blessures.

Une histoire où une femme cesse progressivement de porter uniquement l’héritage des autres pour commencer enfin à écrire le sien.

Amel Bedoui est née en 1981 au Maroc. Psychiatre franco-tunisienne exerçant à Paris, elle est également musicienne et passionnée de littérature (arabe et française). ‘‘En instance de deuil’’ est son deuxième roman après ‘‘Sonate d’une âme perdue’’.

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Le pétrole repart à la hausse, le Brent dépasse les 85 dollars le baril

Les prix du pétrole ont augmenté ce matin du 14 juillet 2026 après que Donald Trump a annoncé son intention d’imposer des frais de transit dans le détroit d’Ormuz, à hauteur de 20 % sur toutes les marchandises transportées.

Le blocus des ports iraniens a également repris. Cela a suscité des inquiétudes quant à d’éventuelles perturbations des approvisionnements mondiaux en brut.

 

Lire aussi : Détroit d’Ormuz : Trump propose une sécurité américaine… payante

 

Washington rejette les droits iraniens

Les États-Unis ont rejeté les projets iraniens de percevoir des droits sur les navires transitant par le détroit, jugés illégaux en vertu du droit international. Mais plutôt que d’appeler au retour du détroit à son statut d’avant-guerre, en tant que voie d’eau internationale sans droits, Trump a affirmé que les navires commerciaux tentant le transit doivent désormais verser de l’argent de protection aux États-Unis.

L’Organisation maritime internationale des Nations unies (OMI), qui régule le transport maritime, a déclaré qu’elle s’oppose fermement à la perception de frais pour le passage par les détroits utilisés pour la navigation internationale. Il n’existe effectivement aucun fondement juridique permettant d’introduire des droits obligatoires pour le simple transit par un détroit.

 

Lire également : L’OMI rejette les revendications de l’Iran sur le détroit d’Ormuz

 

Les marchés réagissent

En réaction, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, pour livraison en septembre, a grimpé à 84,84 dollars, prolongeant ses gains après avoir bondi de 9,6 % lors de la séance précédente. A la rédaction de ces lignes, il a même dépassé les 85 dollars. La possibilité que le régime iranien se retire du mémorandum d’accord jusqu’après les élections de mi-mandat aux États-Unis a également augmenté, un scénario qui verrait très probablement des prix du pétrole plus élevés plus longtemps.

Ce qui se passe n’est pas une bonne nouvelle pour nos finances publiques. L’impact est direct puisque l’Etat a choisi d’absorber le choc de prix en gardant les prix à la pompe stables d’une part, et en préservant le prix de l’électricité. Ce n’est pas rien, surtout avec cette canicule qui coïncide avec le pic de la consommation. Certes, il y aura des arbitrages à faire et c’est certainement l’investissement public qui en paiera la facture en premier lieu. Pour les entreprises, elles seront certainement rattrapées par l’inflation importée et par les coûts de transport qui ont flambé.

L’économie mondiale a besoin de voir ce conflit prendre fin, car, autrement, il ne faut pas s’offusquer de voir le FMI procéder à une nouvelle révision à la baisse de ses perspectives de croissance en octobre prochain.

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Le Centre des Arts de Djerba | Fadhel Jaziri et l’épreuve de la mémoire

Une visite qui serre le cœur : un an après la disparition de Fadhel Jaziri, nous avons voulu revenir au Centre des Arts de Djerba. Non par curiosité, mais par devoir de mémoire. Car certains lieux ne sont pas de simples bâtiments : ils sont les témoins d’une aventure humaine, intellectuelle et artistique. Ils incarnent une vision, une volonté, une espérance. (Photo : Centre des Arts de Djerba, situé entre Guellala et Sedouikech au sud-est de l’île, avec des espaces couverts de 7000 m2).

Abdelhamid Larguèche *

En parcourant aujourd’hui ce vaste ensemble, le silence s’impose. Les espaces conçus pour accueillir les artistes, les spectacles, les résidences de création et les rencontres internationales semblent suspendus dans une attente interminable. Le visiteur ne peut s’empêcher d’éprouver une profonde émotion devant ce qui apparaît comme une œuvre inachevée, ou plus exactement une œuvre privée de vie.

Cette visite est d’abord un hommage. Un hommage à celui qui rêva ce lieu pendant des années et qui ne put véritablement le voir vivre.

L’ultime rêve d’un créateur

Fadhel Jaziri n’était pas seulement un metteur en scène de génie. Il appartenait à cette génération de créateurs qui considéraient la culture comme une responsabilité nationale.

Ses spectacles ont profondément renouvelé le théâtre tunisien, ouvert des chemins nouveaux entre patrimoine et modernité, entre mémoire populaire et création contemporaine. Son œuvre a toujours dépassé la scène : elle portait une réflexion sur l’identité tunisienne, sur la liberté de création et sur la place de l’art dans la cité.

Le Centre des Arts de Djerba fut probablement son projet le plus ambitieux. Il y investit des années de travail, d’énergie, de persuasion et d’engagement personnel. Ce centre est le fruit de sa sueur, de ses combats et de son obstination. Il ne cherchait pas à ériger un monument à sa propre gloire, mais à offrir à la Tunisie un équipement culturel capable de dialoguer avec les plus grandes institutions artistiques de la Méditerranée.

Conférence de presse de Fadhel Jaziri, le 26 octobre 2022, à la Cité de la culture de Tunis, pour présenter son projet de Centre des Arts de Djerba.

Quand le rêve rencontre les controverses

Mais les grandes ambitions rencontrent souvent les grandes résistances. Avant même son ouverture, le Centre des Arts se trouva au cœur de controverses liées notamment à son implantation dans un périmètre relevant du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Des associations de la société civile exprimèrent leurs inquiétudes et engagèrent diverses actions, tandis que plusieurs procédures furent ouvertes.

Il n’appartient pas ici de revenir sur le fond de ces différends, qui relèvent des juridictions compétentes et des autorités concernées.
En revanche, nul ne peut ignorer le coût humain de cette longue période d’incertitude. Celui qui avait consacré une partie de sa vie à construire ce projet dut aussi consacrer une énergie considérable à le défendre.

L’histoire culturelle est souvent faite de ces paradoxes : les créateurs doivent parfois lutter davantage contre les obstacles administratifs que contre les difficultés de la création elle-même.

Après la disparition de l’homme, le silence des institutions

La disparition de Fadhel Jaziri aurait pu ouvrir un temps de rassemblement autour de son héritage. On pouvait espérer que son Centre devienne un lieu vivant, habité par les artistes, les chercheurs, les étudiants et le public. Un lieu où l’on poursuivrait son œuvre en lui donnant une dimension collective.

Force est pourtant de constater qu’un sentiment d’abandon s’installe. Un équipement culturel ne se résume pas à une architecture, aussi remarquable soit-elle. Sans programmation, sans gouvernance, sans moyens humains et financiers, un centre d’art cesse progressivement d’être un lieu de création pour devenir un simple bâtiment.
L’abandon est rarement spectaculaire. Il commence par quelques portes closes, quelques activités annulées, quelques budgets différés. Puis viennent le silence, le vieillissement des équipements et, finalement, l’oubli.

Le cas du Centre des Arts de Djerba dépasse largement le destin d’un établissement. Il pose une question fondamentale : quelle place la Tunisie accorde-t-elle à la culture ?

Depuis plusieurs décennies, notre pays inaugure des institutions culturelles avec enthousiasme, puis peine à assurer leur fonctionnement durable. Les annonces sont nombreuses ; les politiques publiques de long terme beaucoup moins. Or la culture ne peut vivre au rythme des seules cérémonies d’inauguration. Elle exige une vision, une continuité administrative, des financements stables et une volonté politique qui dépasse les alternances gouvernementales. Faute de cela, les bâtiments deviennent les monuments silencieux de promesses inachevées.

Fadhel Jaziri présentant son projet à l’ancienne cheffe de gouvernement Najla Bouden, le 23 juin 2023, en présence de la ministre des Affaires culturelles Hayet Ketat Guermazi.

Préserver un héritage national

Le Centre des Arts de Djerba n’appartient plus uniquement à son fondateur. Il appartient désormais à la mémoire culturelle de la Tunisie. Le faire vivre constituerait le plus bel hommage que la nation puisse rendre à Fadhel Jaziri. Ce serait reconnaître que les grandes œuvres ne meurent pas avec ceux qui les ont imaginées.

À l’inverse, laisser ce lieu s’enfoncer dans l’inactivité reviendrait à perdre bien davantage qu’un investissement matériel. Ce serait renoncer à une certaine idée de la culture comme bien commun.

L’avenir du Centre des Arts de Djerba concerne les pouvoirs publics, les collectivités locales, les institutions culturelles, les artistes et la société civile.

Il est encore temps d’imaginer une gouvernance renouvelée, respectueuse à la fois des exigences de protection du patrimoine mondial, des impératifs juridiques et de la vocation artistique du lieu. Il est encore temps de transformer une controverse en réussite collective. Car un pays se juge aussi à la manière dont il traite les œuvres de ses créateurs après leur disparition.

Pour que le silence ne soit pas le dernier mot

En quittant le Centre des Arts, une pensée s’impose. Les pierres attendent. Elles attendent les artistes, les étudiants, les musiciens, les metteurs en scène, les visiteurs. Elles attendent que l’intelligence, la beauté et la création reprennent possession de ces espaces.
Un an après la disparition de Fadhel Jaziri, il ne suffit plus d’évoquer son souvenir dans les discours commémoratifs. Le véritable hommage consiste à sauver son dernier grand rêve.

Laisser ce lieu s’éteindre serait une défaite pour la culture tunisienne. Le faire revivre serait, au contraire, une victoire de la mémoire sur l’oubli, de la création sur l’indifférence et de l’avenir sur le renoncement.

* Professeur émérite d’histoire, Conseiller en patrimoine. Ancien membre du Comité du Patrimoine Mondial à l’Unesco.

Un théâtre de plein air de 3000 places face à la mer.

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Tunisie | Le Plan 26-30 vend la vitrine et solde l’usine

Il y a une dissonance qui devrait faire tousser n’importe quel lecteur attentif du Plan de développement économique 2026-2030 : le discours officiel promet simultanément la «souveraineté économique», la «résilience aux chocs» et la «croissance durable» — et il organise, dans le même souffle, la fuite en avant vers un tertiaire de proximité, opportuniste pour l’investisseur privé, jetable au premier coup de vent. On ne bâtit pas une souveraineté sur des call centers et des applications de livraison. Une tertiarisation en trompe l’œil… (Photo : Que reste-t-il de l’industrie industrialisante du tandem Bourguiba-Ben Salah ?)

Moktar Lamari *

On ne construit pas de résilience avec des activités qui ferment en trois mois dès que la demande se contracte. Le Plan parle la langue de la solidité et finance la fragilité. C’est un texte qui se contredit lui-même, phrase après phrase, et qui ne le sait pas — ou pire, qui le sait très bien et préfère regarder ailleurs.

Le Plan 26-30 multiplie les pages sur l’écosystème numérique, le hub logistique, la destination touristique repositionnée. Il ne dit presque rien de l’industrie de transformation, de la valeur ajoutée manufacturière, de la R-D appliquée aux filières productives.

Ce n’est pas un oubli technocratique, c’est un choix de facilité budgétaire et politique : les services ne demandent ni patience, ni vision territoriale pensée sur vingt ans, ni bras de fer avec des intérêts installés. Ils demandent un local, une connexion internet et une story sur LinkedIn.

Résultat : on habille en stratégie ce qui n’est, au fond, qu’une gestion comptable du court terme — un pari opportuniste sur des activités à faible engagement de capital, faciles à ouvrir, encore plus faciles à fermer, et qui laissent l’économie nationale à la merci du moindre choc externe.

De l’industrie industrialisante à la rente de services

Il faut regarder les chiffres en face. Dans la décennie 1970, celle de Nouira et de l’ouverture au secteur privé après l’expérience collectiviste de Ben Salah, l’économie tunisienne se construisait encore autour de l’industrie manufacturière naissante — textile, habillement, cuir — qui concentrait, dès 1977, 54 % des investissements industriels et 87 % des emplois créés dans le secteur.

Les services pesaient alors une part modeste du PIB, de l’ordre de 35 à 40 % selon les séries de la Banque mondiale, une proportion cohérente avec une économie encore agricole et en cours d’industrialisation.

Cinquante ans plus tard, cette proportion a explosé : le tertiaire — commerce, tourisme, transport, administration, finance — représente aujourd’hui autour de 60 % du PIB tunisien, quand l’industrie manufacturière stagne, comme en témoignent les publications récentes de l’INS où le secteur recule en glissement annuel pendant que l’hôtellerie-restauration bondit de plus de 8 %.

Le Rapport annuel 2025 de la BCT confirme la tendance : ce sont l’agriculture et le tourisme qui «sauvent» la croissance, non l’appareil productif industriel. Ce basculement n’est pas une modernisation, c’est un vidage.

La Tunisie n’est pas devenue une économie de services sophistiqués comme l’Irlande ou l’Estonie ; elle est devenue une économie de services de rattrapage, qui comble par du commerce et de l’hôtellerie ce que l’industrie ne produit plus.

Un travail récent publié sur Les Échos, éclaire crûment ce piège : tous les services ne se valent pas. Il y a les services de connaissance — TIC, ingénierie, services professionnels exportables — capables de générer des devises et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales ; et il y a les services locaux — commerce, restauration, informel — qui créent de l’emploi sans transformer l’économie.

Ces services de connaissance ne pèsent qu’environ 6 % du PIB tunisien, contre 15 à 17 % dans les économies européennes avancées, et n’emploient qu’une fraction marginale de la population active — au Maroc, comparateur régional habituel, ils ne mobilisent qu’environ 1,5 % des actifs.

Même le tertiaire noble reste, chez nous, un village éphémère : brillant sur les réseaux sociaux, insignifiant dans la masse salariale et dans les recettes d’exportation.

Le reste — l’écrasante majorité du tertiaire tunisien — n’est que de la redistribution locale de revenus déjà créés ailleurs, essentiellement par les transferts de la diaspora, le tourisme de masse et une agriculture climato-dépendante.

Cinq dissonances que le Plan 26-30 préfère ne pas voir

Premièrement, le coût fixe d’entrée : un centre d’appel ou une plateforme de livraison s’ouvre avec quelques dizaines de milliers de dinars, quand une unité industrielle de taille moyenne — mécanique, agroalimentaire de transformation, chimie fine — exige des mises de fonds initiales dix à vingt fois supérieures.

Deuxièmement, la productivité : la valeur ajoutée par travailleur dans l’industrie manufacturière tunisienne dépasse structurellement celle des services locaux, précisément parce que l’industrie incorpore capital, machines et procédés, là où le service repose d’abord sur le geste humain répétitif.

Troisièmement, le délai de récupération de l’investissement : un commerce ou un service se rentabilise en quelques mois et se ferme tout aussi vite en cas de crise — d’où la vitesse de casse observée depuis 2011 dans le commerce de détail et l’informel, quand une usine, elle, engage un pari de dix à quinze ans.

Quatrièmement, la consommation intermédiaire en technologie de pointe : l’industrie tire la demande de machines-outils, d’automatisation, de recherche appliquée, alors que le service tertiaire local consomme surtout du loyer et de la main-d’œuvre peu qualifiée.

Cinquièmement, le risque : le capital investi dans les services locaux est mobile, liquidable, réversible — celui englouti dans une chaîne de production industrielle est immobilisé, spécifique, sans valeur de revente en cas d’échec.

L’intensité capitalistique — le capital par travailleur — reste ainsi infiniment plus faible dans le tertiaire banal que dans l’industrie, ce qui explique que la tertiarisation crée vite des emplois précaires, jamais des emplois qui durent.

Ces différences et leurs enjeux n’ont même pas été effleurés dans les débats parlementaires, fautes de de visions et de lectures économiques sérieuses et réfléchie.

Quatre conséquences stratégiques que le Plan devrait assumer et qu’il élude :

– primo, une économie qui mise sur le tertiaire de proximité gonfle son PIB à court terme sans construire de chaînes d’approvisionnement nationales — elle importe ce qu’elle consomme et exporte peu ;

– secundo, elle fabrique du chômage déguisé en activité : le vendeur ambulant et le livreur à moto sont statistiquement actifs, économiquement fragiles, et disparaissent des radars dès le premier choc — exactement le profil de vulnérabilité que rappelle la Direction générale du Trésor lorsqu’elle qualifie le modèle tunisien de «particulièrement exposé aux chocs externes» ;

– tertio, elle perd la capacité d’entraînement intersectorielle propre à l’industrie — un atelier textile ou mécanique tire fournisseurs, sous-traitants, transporteurs, formateurs ; un salon de coiffure ne tire rien, un centre d’appel encore moins ;

– quarto, elle expose le pays à une désindustrialisation précoce, avant même d’avoir tiré profit de l’industrialisation — exactement le scénario que documentent les économies en développement comparables, du Maroc à l’Égypte, où l’insertion dans les services mondiaux se fait sans apprentissage technologique durable.

De l’industrie industrialisante aux rentiers de la politique

Il fut un temps où la Tunisie avait une théorie. L’industrie industrialisante d’Ahmed Ben Salah, prolongée avec les nuances libérales d’Hédi Nouira sous Bourguiba, visait des pôles moteurs — sidérurgie, chimie, textile intégré — censés irriguer tout l’appareil productif et transformer une économie agricole en économie industrielle.

On pouvait critiquer la méthode, l’étatisme, les excès de concentration régionale ; on ne pouvait nier l’ambition stratégique ni la cohérence doctrinale.

Cette vision s’est éteinte sous Ben Ali (1987-2011), remplacée par une économie de rente, de façade exportatrice sans montée en gamme, et de capture progressive des filières porteuses par des cercles familiaux.

Depuis 2011, c’est pire encore : l’ère de l’islam politique et de ses alliances sommitales avec l’appareil d’État n’a produit aucune doctrine industrielle de substitution — seulement une gestion comptable de la pénurie, saupoudrée d’un discours sur le numérique et l’entrepreneuriat qui tient lieu, à moindres frais, de politique économique.

Le Plan 2026-2030 hérite de ce vide et choisit de l’habiller en vertu : plutôt que de reconstruire l’escalator manufacturier, il vend le tapis roulant du tertiaire, plus doux sous le pied, mais qui ne mène nulle part et se dérobe au premier ralentissement de la demande européenne ou du tourisme.

Comme le dit l’adage bien connu, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif — et l’on ne peut prétendre construire une économie souveraine avec des activités dont la première vertu, vantée par leurs promoteurs eux-mêmes, est de pouvoir se replier sans dommage.

Ce n’est pas de la résilience, c’est de la précarité érigée en modèle. Tant que le Plan n’assumera pas des choix stratégiques clairs — pôles industriels ciblés, R-D appliquée, intégration technologique, financement patient du capital productif —, il continuera de gérer la vitrine pendant que l’arrière-boutique, seule à créer une richesse qui dure, se vide un peu plus chaque année.

 * Economiste universitaire.

Bloc de l’auteur: E4T.

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Malaise à la CIA à cause de sa politisation par Trump !

Une enquête interne au sein de la CIA fait état de l’inquiétude qui règne au sein du personnel de l’agence surtout parmi ceux chargés de l’analyse. L’ingérence de l’administration Trump minerait le travail de renseignement. Les analystes subissent des pressions pour parvenir à des conclusions qui correspondent aux souhaits de l’administration actuelle plutôt que de se baser sur les faits réels.

Imed Bahri

Dans un article paru dans The Atlantic, Shane Harris, journaliste spécialiste des questions de sécurité nationale et de renseignement américain, révèle que cette enquête interne menée par la CIA a suscité des inquiétudes croissantes quant à l’indépendance du travail de renseignement. L’enquête a révélé une augmentation significative du nombre d’analystes qui estiment que les pressions politiques ont commencé à affecter l’objectivité des évaluations du renseignement depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche.

Les résultats de l’enquête annuelle menée par le Bureau de l’Ombudsman* sur l’intégrité du travail d’analyse au sein de l’agence n’ont pas été officiellement publiés mais ils reflètent un sentiment croissant parmi les analystes qu’ils subissent des pressions pour parvenir à des conclusions qui correspondent aux souhaits du pouvoir politique plutôt que de s’en tenir aux faits tels que révélés par les renseignements.

Des décisions politiquement motivées

Ray Cline, ancien officier de la CIA qui dirigeait la division d’analyse pendant la crise des missiles de Cuba, rappelle que l’objectivité est la seule vertu qui compte vraiment dans le travail de renseignement mais il alerte que les récents événements soulèvent des questions quant au respect de ce principe par l’administration actuelle. 

De nombreux analystes interrogés ont critiqué ouvertement l’ancienne directrice du renseignement national** Tulsi Gabbard l’accusant d’avoir pris des décisions qu’ils jugeaient politiquement motivées.

Parmi les points les plus importants figure le limogeage de deux hauts responsables du renseignement qui avaient refusé de modifier une évaluation affirmant que le gouvernement vénézuélien ne contrôlait pas le cartel Trin de Aragua alors même que l’administration cherchait à prouver le contraire afin de justifier légalement l’expulsion de migrants vénézuéliens.

Les participants à l’enquête interne ont également protesté contre la décision de Gabbard de révoquer les habilitations de sécurité de dizaines de responsables, actuels et anciens, de la sécurité nationale, notamment ceux qui ont mené les enquêtes sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016, une affaire que Trump avait balayée d’un revers et qu’il a qualifiée à plusieurs reprises de «canular russe».

Des évaluations contraires aux opinions de Trump 

Malgré ces préoccupations, la majorité des participants se sont déclarés satisfaits du travail de leurs supérieurs hiérarchiques directs au sein de l’agence de renseignement, soulignant leur attachement à préserver l’indépendance de leur travail et à respecter les normes professionnelles. Ceci témoigne du respect constant, par les plus hauts responsables de l’agence, des règles du travail de renseignement malgré les pressions politiques.

Shane Harris estime que le problème dépasse le cas de Gabbard et reflète un climat politique plus large marqué par les accusations répétées de Trump selon lesquelles les agences de renseignement fournissaient des évaluations contraires à ses opinions. Il est allé jusqu’à exiger de ses collaborateurs qu’ils trouvent des preuves de ses allégations de fraude électorale en 2020 quand il a été battu par Joe Biden.

Steven Cash, ancien officier du renseignement, affirme que Trump a traité la communauté du renseignement comme une machine de propagande politique ce qui est aux antipodes de la mission fondamentale des agences de renseignement à savoir fournir des informations et des analyses objectives aux décideurs politiques, indépendamment de leurs orientations politiques.

The Atlantic note que la CIA, par la voix de sa directrice des affaires publiques Liz Lyons, a réaffirmé son engagement à fournir des analyses indépendantes aux décideurs politiques, citant le succès de plusieurs opérations militaires et de renseignement récentes comme preuve de l’efficacité continue de l’agence.

Cependant, le journaliste donne un autre exemple des pressions que peuvent subir les responsables lorsque leurs évaluations contredisent le discours officiel.

Le directeur de la Defense Intelligence Agency (renseignement militaire américain), le général Jeffrey Cruz, a été limogé suite à un rapport préliminaire concluant que les frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes n’avaient retardé le programme nucléaire iranien que de quelques mois alors que Trump déclarait que ces installations sont «complètement détruites».

Les tentatives d’influence des politiciens sur les évaluations du renseignement ne sont pas nouvelles mais elles se sont intensifiées ces dernières années. Certains officiers craignent désormais non seulement de perdre leur emploi ou leur habilitation de sécurité mais aussi que leur identité soit révélée, qu’ils soient victimes de campagnes de diffamation en ligne ou de harcèlement de la part des partisans du président.

Les résultats de l’enquête seront transmis au Congrès, qui supervise les agences de renseignement, tandis que le Sénat s’apprête à débattre de la nomination d’un nouveau directeur du renseignement national. Des voix s’élèvent pour que l’indépendance du travail d’analyse du renseignement américain demeure un critère essentiel dans l’évaluation du profil du nouveau titulaire du poste.

* L’Ombudsman dans les pays anglo-saxons est un tiers impartial et indépendant chargé de mener des enquêtes évaluatives les administrations publiques.

** Le directeur du renseignement national (Director of National Intelligence ou DNI) est un membre de l’administration américaine sous l’autorité et le contrôle directs du président des États-Unis dont la mission est de superviser et coordonner l’ensemble des activités de toutes les agences de renseignement dont la CIA. Ce poste a été occupé du par Tulsi Gabbard, figure clé du mouvement Maga de Donald Trump, du 12 février 2025 au 19 juin 2026.

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Tunisie – Plan 26-30 | Plus que le financement, le défi est l’exécution ?

Quelque 21 100 projets pour un montant global de 102 milliards de dinars. Pas moins ? Une cheffe de gouvernement qui appelle à la mobilisation générale pour accélérer la réalisation. Le Parlement qui délibère sur les hypothèses macroéconomiques. Et pendant ce temps, la vraie question reste posée sans réponse : la Tunisie a-t-elle l’appareil administratif capable de transformer cette ambition en réalités livrées ?

Abdelwaheb Ben Moussa *

Autres questions légitimes : Combien d’autres ambitions proclamées haut et fort à l’occasion de précédents plans de développement n’ont-elles pu être réalisées ? A-t-on cherché à comprendre les raisons des échecs accumulés au fil des ans (et des plans) et des obstacles rencontrés, ainsi que des moyens à mettre en œuvre pour les surmonter ? Economiquement, cela s’appelle évaluation et politiquement, reddition des comptes. Et cela ne fait malheureusement pas partie de nos mœurs politiques. 

Le débat public évoque régulièrement la souveraineté énergétique, numérique, alimentaire. Une autre forme de souveraineté reste absente : la souveraineté d’exécution — la capacité d’un État à transformer une décision politique en réalisations concrètes, dans les délais prévus, au coût maîtrisé, avec l’impact attendu.

Un État peut disposer d’une vision pertinente, de financements importants et d’une volonté politique affirmée. Si son appareil administratif ne parvient pas à concrétiser cette ambition, la souveraineté reste inachevée. C’est précisément la situation que la Tunisie a vécue dans ses plans précédents — et que le Plan 2026-2030 risque de reproduire si la question de la capacité d’exécution n’est pas traitée avec la même rigueur que celle des enveloppes budgétaires.

Dans des tribunes précédentes, j’avais nommé ce risque « dette d’exécution » — cette accumulation silencieuse de projets annoncés mais non livrés, qui érode la confiance des investisseurs, des partenaires internationaux et des citoyens. La dette d’exécution ne figure dans aucun bilan. Elle n’a pas de ligne comptable. Mais son coût politique et économique, sur dix ans, dépasse souvent celui de la dette financière.

Le vrai goulot d’étranglement

Depuis des décennies, la Tunisie produit des stratégies et des plans souvent bien conçus. Le problème n’a jamais été l’absence d’idées. Il réside dans la difficulté structurelle à conduire simultanément des milliers de projets complexes.

Les causes sont connues : procédures administratives longues, fragmentation des responsabilités, insuffisance des compétences en gestion de projets, rotation excessive des cadres, faiblesse des dispositifs de pilotage, complexité des marchés publics, blocages fonciers récurrents. Pris séparément, chacun semble gérable. Réunis sur un portefeuille de 21 100 projets, ils deviennent un risque systémique d’une ampleur inédite.

L’appel de la cheffe du gouvernement à accélérer les réalisations traduit implicitement cette réalité. La difficulté n’est plus d’annoncer les projets. Elle consiste à les livrer. Et dans l’histoire des plans tunisiens, les taux d’exécution effectifs ont systématiquement décroché des taux programmés — non par manque de financements, mais par manque de capacité d’exécution.

Sortir de l’État procédurier

L’administration tunisienne demeure largement organisée autour du respect des procédures. C’est une culture héritée — elle a ses mérites en matière de traçabilité. Mais elle produit un biais systématique : on mesure les moyens engagés plutôt que les résultats obtenus.

Les théoriciens de l’État développeur — de Chalmers Johnson à Mariana Mazzucato — ont en commun une conviction : un État n’est pas développeur parce qu’il investit massivement. Il est développeur parce qu’il exécute efficacement, apprend de ses erreurs et rend compte des résultats. Le véritable indicateur de performance n’est plus le nombre de marchés lancés — ce sont les routes livrées, les hôpitaux opérationnels, les plateformes numériques effectivement utilisées par les citoyens.

Cette transformation culturelle doit être engagée maintenant — pendant que le Plan est encore en débat parlementaire, pas après que les premiers retards soient devenus visibles.

L’IA accélère mais ne remplace pas

L’intelligence artificielle ouvre des perspectives réelles : détecter les retards en amont, anticiper les dérives budgétaires, automatiser le reporting, signaler les goulots d’étranglement avant qu’ils ne deviennent des blocages. Mais elle ne remplacera jamais une gouvernance efficace.

Un système de pilotage numérique sophistiqué branché sur une administration dont les processus sont fragmentés produira des tableaux de bord précis sur des retards que personne n’aura le mandat de corriger. C’est le risque du vernis numérique — que j’ai déjà nommé dans ces colonnes : la digitalisation de la façade sans réingénierie de la profondeur.

La vraie révolution est organisationnelle : professionnaliser la gestion de projet dans l’administration, créer des PMO ministériels dotés d’une autorité réelle, simplifier les marchés publics pour les projets structurants, mettre fin à la rotation excessive qui prive les projets de leur mémoire institutionnelle.

La question que le Parlement devrait poser avant de voter

Au-delà des milliards annoncés et des taux de croissance projetés, une question mérite d’être posée avant que le vote final n’intervienne : sommes-nous en train de construire un État capable d’exécuter les ambitions qu’il se fixe ?

Les commissions parlementaires ont la légitimité de conditionner leur approbation à des engagements mesurables : création de PMO ministériels avec mandats et échéances, indicateurs de taux d’exécution trimestriels rendus publics, mécanismes de redevabilité nominale sur les projets structurants. Non pas des promesses générales de réforme administrative — des engagements précis, datés et vérifiables.

Un pays ne se transforme pas grâce à ses plans. Il se transforme grâce à sa capacité à les réaliser. La véritable souveraineté ne consiste pas seulement à décider librement. Elle consiste à pouvoir exécuter efficacement ce que l’on décide. Et c’est cette souveraineté d’exécution — absente de tous les débats — qui conditionnera la réussite ou l’échec de tout le reste.

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Mondial Fifa 2026 | Quelque chose de pourri au royaume du football

Les nouvelles normes arbitrales imposées par la Fifa apparaissent n’avoir d’autre motivation qu’accroître son contrôle sur le cours du jeu, en particulier lors des matchs internationaux, pour favoriser certaines équipes aux dépens d’autres. On en eu la preuve lors de ce Mondial, et surtout lors des matches impliquant l’équipe de l’Argentine, largement favorisée par les arbitres.

Dr Mounir Hanablia *

La Coupe du monde le prouve, le foot est un sport de plus en plus soumis aux influences exogènes, mis à part celle de Donald Trump obtenant l’annulation de la suspension d’un match de rigueur après un carton rouge contre un joueur américain.

Ainsi la «pause fraîcheur» en a fait un sport en quatre quart temps tout comme le basketball de la NBA parce que probablement la publicité américaine possède des habitudes et des exigences auxquelles la Fifa n’a d’autres choix que de se soumettre.

Il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact sur le jeu. Mais il ne s’agit pas que de cela. L’évolution technologique que représente la VAR a donné lieu à de nouvelles contraintes, matérielles par les dispositifs qu’elle nécessite, et arbitrales imposées par les instances supérieures de la Fédération.

On pourra toujours discuter du bien-fondé de nouvelles normes dans le jeu, quels équilibres internes au sein de l’organisation internationale elles peuvent refléter et dans quelles mesures elles ne faussent pas le déroulement des rencontres.

Des incidents qui interrogent

Les récents incidents survenus lors de deux rencontres de quart de finale de la Coupe du Monde apportent la preuve qu’il ne s’agit pas là que de débats théoriques. Au cours du match Angleterre-Norvège, alors que les Anglais, malmenés, étaient menés au score, le ballon sur un dégagement du gardien norvégien semble avoir heurté un câble soutenant les caméras dominant l’aire du jeu avant d’atterrir sur un pied anglais au départ de l’action ayant conduit au but égalisateur. L’arbitre n’a pas donné suite aux réclamations des Norvégiens, soutenu en cela par la Fifa.

Au cours de la même soirée, la Suisse a été réduite à 10 face à l’Argentine, en accord avec une nouvelle règle d’arbitrage, celle dite de «l’erreur d’identité», qui après revue de la VAR, frappe le véritable auteur de la faute, de la même sanction que celle que l’arbitre, par erreur, a initialement décrétée contre un autre joueur de l’équipe adverse. Cela n’excuse pas le joueur suisse auteur d’une simulation. Néanmoins, ayant déjà été averti, il a été expulsé parce que le joueur argentin avait été sanctionné par l’arbitre d’un carton jaune sur l’action considérée, avant d’être exonéré par la VAR ; une décision totalement injustifiée selon le staff helvétique, la faute en question du joueur argentin n’étant pas justiciable d’avertissement.

Des règles plus arbitraires qu’arbitrales

Il est incontestable que l’incident a constitué le tournant du match qui a permis à l’Argentine, jusque-là dominée, de s’ouvrir les portes de la finale après avoir évolué pendant plus d’une heure en supériorité numérique.

Ce qui est contestable dans cette règle arbitrale, c’est son caractère apparemment moral destiné à sanctionner les tricheurs et qui n’est qu’hypocrisie.

En effet, dans un match, lorsque l’attaquant se retrouve régulièrement soumis aux brutalités physiques du défenseur, souvent sournoises et loin de l’action, sans susciter les réactions adéquates de l’arbitre, on peut concevoir qu’il recoure à la simulation pour imposer à son vis-à-vis plus de retenue et de prudence. Dans ce cas, cette règle ne fait pas de distinction entre le coupable et la victime et apparaît plus arbitraire qu’arbitrale.

Par ailleurs, cette règle n’établit pas de gradation dans la gravité de la faute. Ainsi une simulation est-elle sanctionnée par un carton de la même manière qu’un tacle dangereux, une manchette, ou un coup de genou dans le dos. Or l’une des plus grandes carences de l’arbitrage en football, c’est l’absence d’expulsion temporaire, présente dans d’autres sports. Ainsi un joueur paraguayen a été suspendu parce qu’il s’était couvert la bouche pour s’adresser à un adversaire alors que son équipe auteur d’actes d’anti jeu et de brutalités multiples n’avait eu aucun avertissement. 

Tout compte fait, les normes arbitrales imposées par la Fifa apparaissent n’avoir d’autre motivation qu’accroître son contrôle sur le cours du jeu, en particulier lors des matchs internationaux. Si on ajoute aux tribulations bien connues de l’équipe d’Argentine en Coupe du Monde celles de sa fédération, soupçonnée de corruption et de détournement de fonds, on ne pourra qu’en conclure que décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume du ballon rond.  

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Donald Trump, un maître chanteur

Les Accords d’Abraham, œuvres du premier mandat du président Donald Trump, sont à nouveau remis à l’ordre du jour. Dépoussiérés, ils reviennent en Air Force One. Un couteau à double tranchant sur la gorge des monarques, chefs de gouvernement et cheikhs du golfe arabique et du Moyen-Orient. Seul un camp retranché d’irréductibles en Afrique du Nord résiste à la normalisation et refuse de se soumettre. 

Mohsen Redissi *

De prime abord, c’est une nouvelle initiative de paix de Baba Trump hors son Conseil de paix, remis sur la voie de garage. Vite fait vite oublié, car il a tout faux. Les têtes couronnées, les philanthropes, les businessmen n’ont pas suivi son conseil. L’argent tombé dans l’escarcelle de la première réunion officielle du Conseil a été versé dans les caisses d’Israël. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Depuis, le billet vert, qu’il croyait voir couler à flot pour remplir ses poches et les caisses du Conseil, tarde à venir. La banqueroute avant le banco.

Président Trump a la ferme intention de traîner dans son nouveau stratagème les pays vassaux, en obligeant les petits poucets du Golfe arabique, petits par la taille mais riches comme crésus, à signer les Accords d’Abraham. Ils bénéficient en échange de la protection des Etats-Unis (EU), pas celle des peuples mais celle des monarques et des familles régnantes.

Les récents événements, guerre Iran/Israel-EU, ont mis à nu l’incapacité des EU à garantir la sécurité de ses alliés du Golfe arabique. Battus à plate couture. Un fiasco pour une grande puissance. 

C’est aussi et surtout une autre tentative de Trump pour arriver à ses fins : endosser sa redingote pour la grande cérémonie et se voir remettre le Prix Nobel de la paix, rêve éveillé d’un président versatile. Qui ne risque rien n’a rien !

Entre obéissance et rejet 

Le Maroc est le premier pays, hors zone de turbulence, à signer les Accords d’Abraham. Il a reçu en contrepartie un cadeau royal : la reconnaissance par les ÉU de la marocanité du Sahara occidental. Donnant donnant, du troc comme aux temps révolus, la reconnaissance contre l’adhésion. L’ambassadeur américain auprès du royaume chérifien a gratifié son altesse royale, lors de son audience avec le roi Mohammed VI, de la nouvelle carte géographique du Maroc, signée de sa propre main. Signe d’authenticité et de validité et qui ne craint aucune équivoque. Le Sahara occidental, fraîchement annexé, figure sur la nouvelle carte du Maroc redessinée par Washington. 

Sans crier gare, les EU rattachent et tranchent, au gré de leurs penchants, d’un côté un territoire abandonné par l’ancienne puissance coloniale, l’Espagne, et disputé entre plusieurs parties, la République arabe sahraouie démocratique, l’Algérie et le Maroc. De l’autre côté, ils jettent leur dévolu sur le Groenland qu’ils veulent annexer pour des raisons de sécurité nationale. On ne sait plus où donner de la tête ou à quel saint se vouer ? A Abraham ! Il a ses accords.

La loi du plus fort est toujours la meilleure 

La menace est-elle la nouvelle forme de la dissuasion ? Ou est-elle une violation flagrante de tous protocoles et usages diplomatiques ? That’s the question!

Donald Trump hausse le ton sur sa plateforme. Il crie haut et fort, sans ambiguïté et sans aucune retenue sur Truth Social «J’ai déclaré qu’après tout le travail effectué par les États-Unis pour tenter de résoudre cette situation très complexe, tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d’Abraham.» Au minimum ? C’est-à-dire qu’il se sent autorisé à demander encore plus. Par exemple lui céder leurs champs de gaz et de pétrole… Là où en sont les choses, cela n’étonnerait personne  

Cette «situation très complexe» que Trump décrit n’est que le résultat d’une attaque combinée, sans précédent, Etats-Unis-Israël sur l’Iran. Le ton est menaçant et ne laisse aucune autre issue aux pays de la région. Pas d’échappatoire, la soumission est leur planche de salut. Trump ratisse large et n’y va pas de main morte. Le président américain exige des pays à majorité musulmane de normaliser leurs relations avec Israël. Le «minimum» pour ces pays est l’obéissance et la signature collective de ces accords.

Au fin fond de lui-même, Trump rêve d’une grande cérémonie pour la signature de ces accords. Il a d’autres «shah» à fouetter.

Libéré du fardeau de la guerre et revigoré par la signature de l’accord cadre Etats-Unis-Iran, Trump peut se vanter d’avoir rétabli l’ordre après le désordre, dans une zone en éternelle effervescence. Maintenant, il peut revenir à la charge et se consacrer à son premier chapitre, les Accords d’Abraham. Personne d’autre ne peut lui voler la vedette. Il est fin prêt pour serrer la vis et forcer la main des récalcitrants.

Trump a déclaré à plus de quarante reprises la fin d’une guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran. Il reste toujours sous une menace constante et un équilibre précaire. Il n’est pas le maître à bord. Les belligérants s’accusent déjà mutuellement d’avoir violé un cessez- le-feu déjà précaire. Le nucléaire iranien reste la monnaie des singes dans le traité cadre. La prudence est de mise. Et le pire et peut-être encore à venir avec un président dangereusement impulsif chez qui la sénilité le dispute à la folie.

* Fonctionnaire à la retraite.

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Dougga | Un festival, un territoire, des frustrations…

​Chaque été, les regards se tournent vers le théâtre romain de Dougga. La pierre antique retrouve une voix. Pourtant, lors de l’ouverture de cette 50ᵉ édition, le vendredi 10 juillet 2026, en présence du Président de l’Assemblée des représentants du peuple, une fracture était plus visible que le spectacle lui-même, animé par la talentueuse chanteuse Shayma Helali, qui a fait de son mieux pour instiller de la joie dans les cœurs. On demande à la jeunesse de Béja de porter l’héritage de ses ancêtres, mais on ne lui donne pas les clés du présent. Et encore moins ceux de l’avenir.

Manel Albouchi

​Derrière les discours officiels, la fragilité financière du festival est criante. Un simple retard budgétaire ? Un détail technique ? Non. C’est un symptôme. Ce qui se joue ici dépasse la simple organisation d’un événement ; c’est notre modèle de développement régional qui est en question.

Pendant des décennies, Béja a été réduite à une fonction utilitaire : celle d’un «grenier» que l’on exploite, mais que l’on oublie de nourrir en imaginaire, en projets et en confiance.

​Le capital psychologique : une infrastructure immatérielle

​La psychologie est formelle : un territoire ne se développe pas uniquement avec des ressources naturelles. Il se développe parce que ses habitants croient en lui. Parce qu’ils se sentent vus, reconnus, acteurs d’un futur possible.

​C’est ce que j’appelle le capital psychologique territorial. Il s’agit de l’ensemble des ressources invisibles : la confiance collective, l’espoir, la capacité à coopérer… qui permettent à une région de transformer ses richesses en développement durable. Ces ressources sont aussi stratégiques que les routes ou les infrastructures.

D’ailleurs, entre nous, à quoi servent les routes si personne n’a envie de se rendre là où elles mènent ?

​Le constat est là : notre jeunesse déserte. Si la programmation semble parfois déconnectée, c’est qu’elle ne lui parle pas. Elle ne l’inclut pas. On demande à la jeunesse de Béja de porter l’héritage de ses ancêtres, mais on ne lui donne pas les clés du présent.

​Nous vivons une économie de l’inégalité territoriale. D’un côté, des pôles privilégiés qui concentrent les budgets ; de l’autre, des régions déshéritées auxquelles on demande de la patience, en attendant que les miettes de la croissance finissent par arriver. Quand le projet d’un territoire s’écrit sans ses jeunes, le désengagement n’est pas une passivité, c’est une réponse logique.

​Une fonction sociale, de l’Antiquité à aujourd’hui

​L’histoire nous donne des leçons oubliées. Des théâtres romains aux zerdas traditionnelles, ces lieux n’étaient pas que des spectacles ; c’étaient des moteurs sociaux, des espaces où le commerce, l’idée et la régulation sociale circulaient.

​Aujourd’hui, les festivals occupent ce même vide. Leur langage est artistique, certes, mais leur fonction est profondément sociale. Lorsqu’un territoire voit ses grands rendez-vous s’étioler, il ne perd pas seulement des spectacles. Il fragilise sa confiance collective. Il encourage, silencieusement, ses talents à partir.

​La culture n’est pas une dépense accessoire. C’est une infrastructure immatérielle. Elle produit de la confiance, renforce l’identité et stimule l’économie locale.

​Béja possède tout : les terres, l’histoire, les compétences. Ce qu’il manque, c’est cette ambition commune capable d’articuler ces richesses. Le Festival international de Dougga ne devrait pas être qu’une parenthèse estivale ; il pourrait être un moteur permanent de développement, un espace d’attractivité pour les artistes, les artisans et les entrepreneurs.

​La question est donc pour nous tous, mais surtout pour nos instances gouvernementales : «Comment passons-nous de la survie à la vision ?»

​La véritable richesse d’un territoire ne réside pas dans ce qu’il produit. Elle réside dans ce que ses habitants pensent être capables de construire ensemble. C’est dans cette étincelle de confiance, dans ce passage de l’exécution à la contribution, que commence le vrai développement.

​La transition ne consiste pas à maintenir une survie budgétaire, elle consiste à transformer la relation psychique que la région entretient avec son propre avenir.

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Tunisie-Russie | Sous le signe de la continuité  

En pleine guerre froide, dans les années 1960-1990, la Tunisie a toujours gardé des relations privilégiées avec le monde dit libre, c’est-à-dire les Etats-Unis et l’Europe occidentale, qui restent encore aujourd’hui ses deux principaux partenaires, mais cela ne l’a pas empêchée de maintenir une coopération étroite avec l’Union soviétique et, aujourd’hui la Russie, par souci d’indépendance et de non-alignement. Cet axe fondamental de la diplomatie tunisienne est on ne peut actuel malgré les grands chambardements géostratégiques qu’a connus le monde depuis la chute du Mur de Berlin en 1989.

Latif Belhedi

Au cours des sept dernières décennies, les relations tuniso-russes se sont développées dans divers domaines alors que de vastes perspectives s’offrent aujourd’hui pour le renforcement de la coopération bilatérale dans les secteurs de l’économie, de la santé, de l’éducation, de la culture, de la science et de la technologie.

C’est ce que le consul de Russie en Tunisie, Vladimir Khatuntsev, a affirmé lors d’un séminaire organisé le 11 juillet 2026 par l’Association d’amitié tuniso-russe pour marquer le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, sous le thème «Les mutations géopolitiques en cours et le positionnement de la Tunisie dans un nouvel ordre mondial».

L’événement a réuni des universitaires tunisiens, des chefs de missions diplomatiques accrédités en Tunisie ainsi que des personnalités s’intéressant aux affaires régionales et internationales.

Les échanges commerciaux ont triplé ces dernières années

Le consul de Russie, dont les propos ont été rapportés par Mosaique FM, a expliqué que la Commission mixte tuniso-russe, dont la première remonte à 1999, doit tenir sa neuvième session en Tunisie avant la fin de l’année, avec pour objectif d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération, notamment dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures. Il a également souligné les progrès réalisés en matière de coopération sanitaire, mettant en avant la signature, ces derniers mois, d’un programme de coopération conjointe entre les ministères de la Santé des deux pays.

Sur le plan économique, le diplomate russe a souligné que la Tunisie est devenue l’un des cinq principaux partenaires commerciaux de la Russie en Afrique, le volume des échanges entre les deux pays atteignant environ 1,8 milliard de dollars — un chiffre qui a triplé ces dernières années. Il a ajouté que la Russie demeure un fournisseur clé de produits pétroliers et de céréales pour la Tunisie, exprimant l’espoir que l’accord de libre-échange actuellement en négociation avec l’Union économique eurasiatique contribuerait à renforcer la coopération économique et les investissements.

En matière de tourisme, le consul de Russie a souligné que la Tunisie occupe une place privilégiée pour les touristes russes, ce qui favorise le développement du secteur touristique ainsi que l’intensification des échanges humains et culturels entre les deux nations.

Un millier d’étudiants tunisiens dans les universités russes

Il a également mis en exergue l’importance de la coopération dans le domaine de l’éducation, rappelant que le gouvernement russe octroie chaque année 80 bourses à des étudiants tunisiens, tandis qu’environ un millier d’étudiants tunisiens poursuivent actuellement leurs études dans diverses disciplines au sein d’universités russes.

Il a ajouté que la coopération culturelle connaît également une dynamique soutenue, comme en témoignent la participation de troupes de théâtre russes à des événements culturels en Tunisie et la présence d’athlètes russes lors de compétitions internationales organisées par la Tunisie, parallèlement à la participation de metteurs en scène, journalistes et chefs tunisiens à des festivals et concours organisés en Russie.

M. Khatuntsev a également souligné l’intérêt croissant pour l’enseignement de la langue russe dans les établissements éducatifs tunisiens, précisant que la fondation Russkiy Mir (Monde russe) a récemment apporté son soutien — notamment sous forme de matériel pédagogique, de livres et de mobilier pour les salles de classe de russe — afin de favoriser les échanges culturels entre les deux nations.

Dans les domaines de la science et de la technologie, le consul de Russie a souligné les étapes clés de la coopération, rappelant la visite en Tunisie, en avril dernier, du cosmonaute russe Kirill Alexandrovitch Peskov — un événement qui a suscité un vif intérêt pour ses conférences — ainsi que la collaboration ayant abouti au lancement, en 2021, du satellite tunisien Challenge 1 à bord d’une fusée russe depuis le cosmodrome de Baïkonour.

Le diplomate a conclu en soulignant que les deux parties poursuivent leurs efforts pour finaliser un accord intergouvernemental de coopération dans l’exploration et l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique à des fins pacifiques, reflétant ainsi une volonté commune d’ouvrir de nouveaux horizons au partenariat tuniso-russe.

Rappelons que les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Mohamed Ali Nafti et Sergueï Lavrov, ont échangé, samedi 11 juillet, deux messages de félicitations, dans lesquels ils ont souligné la profondeur et la solidité des relations d’amitié et de coopération qui unissent la Tunisie et la Russie, et qui trouvent leur fondement dans l’ancienneté et l’ancrage des liens historiques et économiques unissant les deux peuples amis.

Ils se sont félicités du niveau privilégié des relations bilatérales, qui n’ont cessé de se développer et qui reposent sur un dialogue fondé sur le respect mutuel, l’intérêt commun et sur une coopération fructueuse dans de nombreux domaines.

Explorer de nouvelles opportunités de coopération

Ils ont également réaffirmé leur volonté commune de continuer à renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays, et de les porter vers de nouveaux horizons en explorant de nouvelles opportunités de coopération dans des secteurs prometteurs et à forte valeur ajoutée, afin de répondre aux aspirations des deux peuples amis, tout en poursuivant leurs consultations au sein des différentes organisations et instances régionales et internationales.

Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, l’ambassade de Russie à Tunis a rappelé que l’«Union soviétique» et la Tunisie avaient procédé, dans les années 1960, à la nomination réciproque d’ambassadeurs, marquant ainsi le début d’un développement progressif des relations politiques et économiques bilatérales. Moscou a aussi lancé des programmes pour permettre à des étudiants tunisiens de suivre des études dans les universités soviétiques.

Le secteur du tourisme compte actuellement parmi les principaux domaines de coopération entre la Russie et la Tunisie, souligne l’ambassade dans son communiqué et rappelle qu’«en 2019, au pic de la saison touristique, près de 650 000 citoyens russes ont visité la Tunisie». Ce secteur recèle un fort potentiel de croissance et de renforcement des relations bilatérales, estime l’ambassade.

Elle rappelle la visite du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en Tunisie en décembre 2023, au cours de laquelle il a été reçu par le président de la République Kais Saïed, ainsi que sa rencontre avec son homologue tunisien, le 20 décembre 2025, en marge de la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat russe.

Pour un ordre mondial juste et multipolaire

«Les deux pays s’accordent sur l’importance d’établir un ordre mondial juste et multipolaire, fondé sur le respect total des principes fondamentaux du droit international énoncés dans la Charte des Nations unies, dont au premier lieu le principe de l’égalité dans la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures», souligne le communiqué.

Pour sa part, l’ambassadeur de Russie en Tunisie, Alexandre Zolotov, a souligné que la Tunisie constitue un partenaire traditionnel et fiable de la Russie en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mettant en avant une volonté commune de poursuivre le développement de la coopération bilatérale dans les différents domaines et de renforcer le dialogue politique entre les deux parties.

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L’Europe finance les intérêts industriels chinois en Tunisie

Un média italien, Agenzia Nova, s’interroge sur la cohérence de la politique de voisinage de l’Union européenne (UE) qui finance des projets d’infrastructure en Tunisie, dont les retombées industriels et financiers profitent à des entreprises publiques chinoises. Nous traduisons ci-dessous son article sur le sujet intitulé «Tunisie : davantage de fonds européens pour un groupe chinois». (Photo : Abderraouf Essalah, Pdg de la Transtu, signe un accord d’acquisition de 18 rames de train électrique, avec Yang Qi, Pdg de CRC Nanjing Puzhen, le 10 juillet 2026 à Tunis).

Quelques jours seulement après avoir décroché un contrat de 38,2 millions d’euros pour cinq trains destinés à la ligne Moknine-Mahdia, le groupe public chinois CRRC a remporté un second contrat ferroviaire en Tunisie — un projet entièrement financé par des fonds publics et comportant une forte dimension européenne.

La Société des transports de Tunis (Transtu) a signé, le 10 août 2026, un accord avec CRRC Nanjing Puzhen pour la fourniture de 18 rames électriques destinées à la ligne de banlieue historique Tunis-La Goulette-La Marsa.

Ce projet, d’une valeur d’environ 90 millions d’euros, est financé à hauteur de 45 millions d’euros par la Banque européenne d’investissement (BEI) et de 45 millions d’euros supplémentaires par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Le prêt de la BEI est assorti d’une garantie du budget de l’Union européenne (UE) au titre du mandat de prêt extérieur ; le risque repose donc, en dernière analyse, sur les ressources communes apportées par les États membres.

De même, bien que la Berd soit une banque multilatérale basée à Londres, la majorité de son capital est détenue conjointement par les pays de l’UE, l’Union elle-même et la BEI.

Les crédits européens profitent à un géant public chinois

L’Europe fournit ainsi les crédits et les garanties, mais les retombées industrielles profitent une fois de plus à un géant public chinois.

En un peu plus d’une semaine, le géant ferroviaire chinois a décroché des commandes pour un total de 23 trains électriques auprès de deux entreprises publiques tunisiennes : d’abord la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT), et désormais la Transtu.

Bien que ces deux appels d’offres concernent des projets distincts, ils mettent en lumière un même paradoxe industriel : alors que des institutions financières européennes soutiennent la modernisation des infrastructures tunisiennes, les principales retombées industrielles profitent à un champion public chinois.

Ce n’est pas tout. Le même schéma s’applique au nouveau pont de Bizerte, un projet d’infrastructure de 2,07 kilomètres confié à l’entreprise chinoise Sichuan Road and Bridge. Ce projet bénéficie d’un financement de 123 millions d’euros de la BEI (couvert par une garantie budgétaire de l’UE), de 122 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que d’une subvention de Bruxelles pour les études préliminaires. Malgré l’importance de l’engagement financier européen, le contrat de construction — qui représente 79 % de l’investissement total — a été attribué, là encore, à un groupe chinois.

L’affaire avait déjà suscité des interrogations en novembre 2025, à la suite de l’effondrement d’un pont dans la province chinoise du Sichuan — construit par la même entreprise — qui avait été inauguré à peine dix mois plus tôt. L’incident n’a fait aucune victime, l’ouvrage ayant été fermé après l’apparition de fissures et de mouvements de terrain, mais il a relancé le débat sur la cohérence des politiques européennes en Méditerranée.

Limites de la stratégie européenne en Méditerranée

Bruxelles finance des projets stratégiques dans son voisinage, en assumant une partie du risque via le budget commun, tandis que des entreprises chinoises soutenues par l’État remportent les contrats et les commandes, s’assurant ainsi une présence dans l’économie locale.

Les nouvelles rames destinées à la ligne TGM mesureront 40 mètres de long, seront climatisées et équipées de systèmes de vidéosurveillance ainsi que de dispositifs d’information des voyageurs. Elles offriront une capacité de 400 passagers, avec 90 places assises et des espaces réservés aux personnes à mobilité réduite. Capables d’atteindre une vitesse de pointe de 100 kilomètres-heure, elles permettront d’assurer une fréquence initiale d’un train toutes les six minutes aux heures de pointe et toutes les douze minutes le reste du temps.

Le contrat comprend également cinq années de maintenance, la fourniture de pièces de rechange et d’équipements techniques, ainsi que l’acquisition d’une machine à reprofiler les roues.

Une fois le programme de modernisation achevé, les partenaires européens prévoient de porter la fréquence à un passage toutes les quatre minutes aux heures de pointe.

Si ce projet améliorera une infrastructure essentielle à la mobilité dans la capitale, il met aussi en lumière les limites de la stratégie européenne actuelle en Méditerranée : d’un côté, Bruxelles conserve un rôle de bailleur de fonds et de garant, tandis que de l’autre, Pékin transforme ces mêmes ressources en production industrielle, en contrats et en influence économique.

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Le poème du dimanche | ‘‘L’écho du silence’’ de Hichem Gaiesse

Longtemps installé comme médecin généraliste à Hammamet, le premier recueil de poèmes de Hichem Gaiesse s’intitule ‘‘Soliloques de l’épi’’ est paru à compte d’auteur en 2021.

Né en 1957 à Grombalia, Gaiesse a fait des études secondaires à Tunis et supérieures à la Faculté de médecine de Sousse.

J’ai l’âme qui bave

Au rythme des stances

Autant qu’une épave

Qui mousse aux sabords

S’infuse en langage

La chair de mes mots

Qui n’ont que le sens

De leurs métaphores

Et bout de sa lave

Aussi ma pensée

Ruant de l’enclos

Vers d’autres athanors

Patient et muet

Au cœur des naufrages

L’écho du silence

Est mon parolier.

Extrait de ‘‘Soliloques de l’épi, la Tunisie m’a dit’’, 2021.

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Norvège vs Angleterre en live streaming : Coupe du Monde 2026

La Norvège et l’Angleterre s’affrontent dans un quart de finale très attendu de la Coupe du monde 2026, avec une place en demi-finales en jeu. Portés par Erling Haaland, Martin Ødegaard et Alexander Sørloth, les Norvégiens défient des Three Lions emmenés par Harry Kane, Jude Bellingham, Bukayo Saka, Phil Foden et Declan Rice. Heure du coup d’envoi, diffusion TV, compositions probables et enjeux : tout ce qu’il faut savoir sur cette affiche de prestige entre deux prétendants au dernier carré.

Suivez en live streaming Norvège – Angleterre coupe du monde 2026:

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Au sommet de l’Otan, Trump mélange le miel et le fiel !

Arrivé au sommet annuel de l’Otan à Ankara animé de ressentiment et n’épargnant pas plusieurs pays européens de ses griefs habituels, le message d’adieu de Donald Trump, mercredi 8 juillet 2026, offrait pourtant un contraste saisissant entre optimisme et pessimisme.

Imed Bahri

The Guardian rapporte qu’en s’adressant aux journalistes en présence de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain a surpris tout le monde en témoignant de son affection pour une alliance qu’il avait pourtant fustigée la veille, évoquant notamment la sempiternelle querelle concernant le Groenland.

«Nous venons de terminer notre réunion de l’Otan et ce fut une excellente réunion ! Il y avait beaucoup d’affection et d’unité dans cette salle aujourd’hui. On ne pouvait pas espérer mieux», a déclaré Trump.

Un revirement de situation frappant par rapport à la veille, lorsque le président américain, assis aux côtés du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte avait débité une litanie de griefs bien rodée, notamment un manque de soutien perçu dans la guerre contre l’Iran et le refus de l’Espagne de se conformer aux nouveaux objectifs de dépenses de défense.

Une concorde inespérée

Même Zelensky, autrefois la cible de violentes réprimandes publiques dans le Bureau ovale, semblait avoir gagné en estime auprès de Trump. «Nous avons de bonnes nouvelles à nous dire», a-t-il déclaré, évoquant les perspectives d’un accord pour mettre fin à la guerre de quatre ans et demi entre l’Ukraine et la Russie. Il ajouté concernant son homologue ukrainien : «Il a fait un travail remarquable».

Cette concorde inattendue s’expliquait en partie par Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, qui, invité par Trump à décrire cette réunion harmonieuse, a déclaré : «Monsieur, tous les Européens vous attribuent le mérite d’avoir sauvé l’Otan et ils veulent faire ce qu’ils ont à faire et vous êtes là pour ça».

L’atmosphère s’est assombrie lorsque la conversation a porté sur l’Iran, avec lequel Trump avait récemment signé un fragile mémorandum d’entente instaurant un hypothétique cessez-le-feu de 60 jours, que Washington ne s’est pas gêné de rompre à plusieurs reprises.

Le président américain a d’ailleurs lui-même déclaré mercredi que le cessez-le-feu était pratiquement rompu, après que les forces américaines ont frappé des cibles iraniennes la veille. Il a affirmé que l’Iran avait violé les termes de l’accord en attaquant trois navires dont un pétrolier qatari (pays intermédiaire dans les négociations) dans le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique vitale, censément rouvert en vertu du récent accord.

Des comptes à régler avec l’Iran

«Nous avons des comptes à régler», a-t-il déclaré au cours d’un long monologue évoquant les soi-disant transgressions iraniennes passées, notamment la fabrication d’engins explosifs improvisés qui ont tué et blessé de nombreux soldats américains en Irak et en Afghanistan.

Alors qu’il y a à peine deux semaines, il avait salué son propre accord comme étant nécessaire pour éviter une catastrophe économique comparable à la Grande Dépression* si le détroit d’Ormuz restait fermé, Trump a désormais écarté toute possibilité d’accord avec les dirigeants iraniens qu’il avait pourtant récemment qualifiés de plus raisonnables après l’assassinat de personnalités clés.

«Ils violent l’accord chaque jour. Ils mentent, ils trichent, ils tuent. Ils tuent depuis 47 ans. Ils ont coulé l’USS Cole», a déclaré le président américain, faisant référence au rôle présumé de l’Iran dans l’attentat d’Al-Qaïda contre un navire de guerre américain en octobre 2000. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage !

S’étant déjà contenté de la réouverture du détroit d’Ormuz – par lequel transite 20% des approvisionnements mondiaux en carburant –, Trump a affirmé que l’objectif était désormais la «dénucléarisation», une allusion à la capacité de l’Iran à se doter de l’arme nucléaire et un objectif censé être atteint par la négociation durant le cessez-le-feu de 60 jours.

«Nous allons conclure un accord. Nous pourrions même nous en passer, car, vous savez quoi, c’est plus simple», a-t-il déclaré d’un ton menaçant.

Les circonstances ne semblaient pas propices à la négociation, malgré un bref hommage rendu à Steve Witkoff, son principal émissaire, à Jared Kushner, son gendre, et à JD Vance, qui ont joué un rôle déterminant dans le cessez-le-feu.

«J’ai toujours été un négociateur mais je ne crois pas à une telle approche avec eux. Peut-être une attaque d’envergure, qui ferait des ravages», a-t-il déclaré. 

À plusieurs reprises, son discours a dérapé dans des lapsus et des erreurs d’appellation vaguement comiques.

À un moment donné, évoquant des missiles censés viser le porte-avions USS Abraham Lincoln, il a déclaré qu’ils avaient été tirés par «la République islamique du Japon».

Il confond les noms des pays et des dirigeants

Au beau milieu d’un discours enflammé sur la destruction des forces armées iraniennes, il a brusquement changé de sujet pour affirmer : «L’un des sujets que nous allons aborder aujourd’hui, c’est que nous allons leur donner le droit de fabriquer des missiles Patriot», il parlait bien sûr de l’Ukraine.

À une autre occasion, après une série de questions sur la guerre russo-ukrainienne, il a demandé aux journalistes s’ils avaient une question pour le «président Poutine», tandis que Zelensky, l’adversaire acharné du dirigeant russe, était assis à quelques mètres de lui. Ce moment rappelait une gaffe similaire de Joe Biden lors du sommet annuel de l’Otan à Washington en 2024, peu après le débat télévisé désastreux avec Trump à Atlanta qui a finalement mis fin à sa candidature à la présidence.

Sans doute conscient de cela, Trump a eu une tentative de dissimulation maladroite, persistant et insistant sur le fait qu’il voulait dire Poutine, car il avait un appel téléphonique prévu avec lui plus tard.

Pourtant, son erreur la plus révélatrice a sans doute été sa méprise sur le nom du défunt guide suprême iranien, Ali Khamenei, inhumé cette semaine lors de funérailles nationales, quatre mois après avoir été tué dans une frappe israélienne au début de la guerre.

«Ils voulaient aller aux funérailles de Khomeini», a déclaré Trump, écorchant le nom de Khamenei et le confondant avec celui de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, le guide suprême de la révolution iranienne de 1979, qui a instauré des décennies d’hostilité envers Washington après le siège de 444 jours de l’ambassade américaine à Téhéran et la prise d’otages de 52 Américains.

* La Grande Dépression est la plus grave crise économique mondiale du XXe siècle, déclenchée par le krach boursier de Wall Street en octobre 1929 et s’est étendu jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale.

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Mondial Fifa 2026 | Le FBI lance une enquête pour corruption contre l’Argentine 

En pleine Coupe du Monde Fifa 2026, le FBI, principal service fédéral de police judiciaire et de renseignement intérieur américain, enquête sur les finances de la Fédération argentine de football au lendemain de la qualification de l’Albiceleste face à l’Egypte. Alors que les polémiques arbitrales explosent déjà autour de Lionel Messi et de ses coéquipiers, cette affaire pourrait provoquer un véritable séisme. (Photo: Lionel Messi et Claudio Tapia : une trop grande proximité entre le football, l’argent et les trafics de toute sortes).

Habib Glenza, Lodz, Pologne.

La qualification de l’Argentine pour les quarts de finale de la Coupe du Monde 2026 aurait dû rester comme l’un des plus grands scénarios de ce tournoi. Menée de deux buts par une Égypte héroïque, l’Albiceleste semblait au bord de l’élimination avant de renverser complètement la rencontre grâce à Cristian Romero, Lionel Messi puis Enzo Fernández, dans des circonstances douteuses qui ont suscité plus que de simples suspicions. Aussi, quelques minutes après le coup de sifflet final, le football est-il passé au second plan.

L’Argentine suscite davantage la suspicion que l’admiration  

Les décisions arbitrales du François Letexier ont immédiatement déclenché une vague de critiques d’une ampleur exceptionnelle. Le sélectionneur Hossam Hassan a dénoncé un match influencé, tandis que plusieurs joueurs égyptiens ont affirmé que leur équipe avait été privée d’une qualification historique sous l’impulsion d’une Fifa corrompue et à la botte de l’Argentine. Sur les réseaux sociaux comme dans les médias internationaux, les accusations de favoritisme se sont propagées à une vitesse impressionnante. Pour une partie des observateurs, cette rencontre est devenue le symbole d’une Coupe du Monde 2026 où chaque décision concernant l’Argentine est désormais scrutée avec une suspicion permanente.

Cette polémique ne tombe pas dans un contexte neutre. Depuis le début de cette Coupe du Monde 2026, la Fifa fait déjà l’objet de nombreuses critiques concernant sa gouvernance, ses relations avec plusieurs dirigeants politiques dont Donald Trump et la gestion globale de la compétition. Les liens affichés entre Gianni Infantino et plusieurs responsables argentins alimentent depuis des mois les soupçons de certains observateurs, tandis que les théories complotistes se multiplient après chaque match de l’Albiceleste. Plusieurs voix en Europe réclament désormais davantage de transparence sur le fonctionnement de l’instance mondiale et des élus de l’Union européenne ont demandé qu’une enquête soit menée sur les relations et les méthodes de gouvernance d’Infantino après l’intervention de Trump pour faire annuler le carton rouge de Folarin Balogun.

Dans cette atmosphère déjà extrêmement tendue, chaque décision arbitrale favorable à l’Argentine est immédiatement interprétée comme une preuve supplémentaire par les détracteurs de la Fifa, à l’heure où les fédérations multiplient les appels et les plaintes après certaines rencontres. Même si aucune preuve ne vient confirmer ces accusations sur le terrain, le climat devient de plus en plus explosif au moment où la compétition entre dans sa phase décisive.

Le FBI enquête sur d’éventels trafics de la Fédération argentine

Comme si cette immense polémique sportive ne suffisait pas, une révélation venue des États-Unis a jeté une ombre encore plus importante sur le football argentin. Selon les informations diffusées par Fox et La Nacion, des agents du FBI et des procureurs fédéraux américains ont lancé une vaste enquête portant sur les opérations financières de la Fédération argentine de football, dirigée par Claudio Tapia.

Les investigations visent à comprendre comment plusieurs centaines de millions de dollars liés aux contrats commerciaux de l’AFA ont circulé par le système bancaire américain par le biais d’entités financières telles que Citibank, Synovus, Bank of America, JP Morgan et PNC Bank. Les autorités américaines cherchent désormais à déterminer si certaines opérations pourraient relever de délits financiers relevant de la justice fédérale.

L’affaire dépasse donc largement le cadre sportif puisque le département de la Justice américain s’est directement saisi du dossier au moment même où l’Argentine dispute la Coupe du Monde 2026 sur le sol américain, ce qui renforce considérablement l’impact médiatique de cette révélation. Toujours d’après Fox et La Nacion, plusieurs témoins ont déjà commencé à être entendus par les enquêteurs américains. Parmi eux figure notamment l’homme d’affaires Guillermo Tofoni, qui aurait participé à une longue audition en visioconférence avec des procureurs et des agents du FBI spécialisés dans les crimes financiers.

Les investigations portent notamment sur TourProdEnter LLC, société qui gérait une partie des contrats internationaux de l’AFA.

Les enquêteurs cherchent à reconstituer précisément les flux financiers transitant par plusieurs banques américaines afin d’identifier d’éventuelles irrégularités.

Les procureurs envisageraient également d’entendre d’anciens responsables du gouvernement argentin de Javier Milei susceptibles d’avoir eu accès à des informations sensibles concernant ces opérations.

Pour les autorités américaines, il s’agit de vérifier si certaines transactions peuvent constituer des infractions financières relevant de leur juridiction. La Nacion précise que les procédures judiciaires concernant l’AFA avancent désormais beaucoup plus lentement en Argentine, notamment en raison de plusieurs recours déposés par les personnes visées afin de contester les éléments transmis par les autorités américaines.

L’un des principaux enjeux consiste à tenter d’empêcher que les documents bancaires obtenus aux États-Unis puissent être pleinement utilisés dans les procédures pénales argentines.

Une partie de la bataille se joue également sur le terrain de la compétence des tribunaux, plusieurs demandes ayant été déposées pour déplacer les dossiers vers d’autres juridictions. Cette stratégie judiciaire pourrait encore repousser l’avancée de l’enquête pendant plusieurs mois, alors que les investigations du FBI et du département de la Justice américain continuent parallèlement à progresser.

Un Mondial éclaboussé par des scandales en série

Les documents révélés par La Nacion évoquent des montants particulièrement impressionnants qui alimentent la gravité du dossier. TourProdEnter LLC aurait géré au moins 260 millions de dollars provenant des activités commerciales internationales de l’AFA. Les enquêteurs s’intéressent surtout à plusieurs dizaines de millions de dollars dont la destination finale ne serait pas clairement justifiée dans les documents bancaires consultés. Des virements vers différentes sociétés font également partie des éléments actuellement examinés par le département de la Justice et le FBI afin de déterminer si une enquête pénale complète doit être ouverte pour corruption et blanchiment d’argent.

Aucune culpabilité n’est établie à ce stade et la présomption d’innocence demeure entière. Malgré cela, le simple fait que le FBI mène des investigations pendant la Coupe du Monde provoque un séisme dans le monde du football, à l’heure où la délégation argentine est présente aux Etats-Unis.

Au moment où l’Argentine se retrouve déjà au centre des polémiques arbitrales, cette affaire financière donne encore davantage de poids aux critiques visant la gouvernance de son football et renforce un climat de défiance qui ne cesse de grandir autour de cette édition 2026 qui n’est pas à un scandale près.

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Vers la création d’une université autonome à Bizerte

Un pas décisif vient d’être franchi pour l’enseignement supérieur dans la région de Bizerte. Ce vendredi 10 juillet 2026, la salle de conférence de la Faculté des Sciences a abrité une importante table ronde de concertation, réunissant l’administration universitaire et le tissu associatif, et qui a porté sur le projet de création d’une université autonome.

Lotfi Sahli, Bizerte.

Organisée sous l’égide du recteur de l’établissement, Adel Toumi, aux côtés du secrétaire général et du directeur des stages et de l’environnement, la rencontre a été marquée par la présence d’un large panel de la société civile, mené par Amor Béjaoui, figure emblématique de la vie associative locale.

Preuve de l’importance cruciale de ce projet pour la région, les forces vives économiques et associatives ont répondu en nombre à l’invitation. Parmi les participants figuraient les représentants locaux de la Confédération nationale des entreprises citoyennes (Conect) et de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Est (CCINE) pour le volet économique. Le tissu associatif, quant à lui, a affiché une mobilisation pluridisciplinaire avec la participation de l’association Travail et Développement, l’association Allamni, ainsi que les défenseurs de l’environnement de l’Association de protection et de sauvegarde du littoral de Bizerte (APSLB) et de l’Association Méditerranée Action Nature.

Au cœur des débats : le projet ambitieux de fonder une université propre à Bizerte. Cette nouvelle entité s’appuie sur une réalité territoriale solide, puisqu’elle regroupe déjà 8 institutions universitaires (facultés, écoles et instituts), fédérant d’ores et déjà un bassin de 7 000 à 9 000 étudiants.

Un projet à «coût zéro» pour le contribuable

Pour porter cette ambition, la Faculté des Sciences dispose d’arguments de poids. Véritable fleuron scientifique, elle s’appuie sur des laboratoires de recherche de pointe dédiés aux écosystèmes des lacs de Bizerte et d’Ichkeul, forts de nombreuses publications internationales. Son corps professoral de haut niveau compte environ 130 maîtres de conférences et professeurs, représentant à eux seuls un tiers des enseignants de catégorie A de l’Université de Carthage.

Plus qu’une simple restructuration administrative, cette future université se veut résolument tournée vers les secteurs d’avenir. Elle ouvrirait la voie à la création de filières d’excellence axées sur les énergies renouvelables, une institution de comptabilité carbone et de transition écologique, l’intelligence artificielle et l’économie digitale. Un positionnement stratégique alors que Bizerte s’apprête à devenir un véritable hub technologique, idéalement connectée par les câbles sous-marins en fibre optique la reliant la ville à Marseille.

L’urgence de ce projet d’université autonome a d’ailleurs été mise en exergue par une statistique alarmante partagée lors des débats. Habib Fathallah a ainsi révélé que 85% des bacheliers de la région de cette année n’ont, à l’heure actuelle, aucune chance d’obtenir une orientation dans les institutions universitaires du gouvernorat de Bizerte, faute de capacités d’accueil et de filières adaptées. Un argument de poids qui démontre la nécessité absolue de retenir les talents locaux et d’élargir l’offre de formation régionale.

Face aux éventuelles réticences budgétaires, les initiateurs du projet se veulent rassurants : la création de cette université autonome ne représentera aucun surcoût pour le contribuable. Les participants ont ainsi insisté sur la viabilité logistique immédiate du projet, excluant tout problème d’infrastructure ou d’hébergement. Grâce à la pleine disponibilité des locaux existants au sein des institutions actuelles, le déploiement de la nouvelle entité universitaire pourra se faire à structures constantes, optimisant ainsi l’existant sans peser sur les finances publiques.

Une feuille de route pour créer l’Université El Jala

L’adhésion unanime des participants au principe de création de l’Université El Jala a marqué l’aboutissement des travaux de la table ronde. Les échanges, nourris et constructifs, ont permis de dégager une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités destinées à transformer cette ambition en projet concret.

Les participants ont d’abord insisté sur la nécessité d’engager un plaidoyer auprès des pouvoirs publics afin de les informer de cette initiative et d’obtenir leur adhésion officielle. Ils ont également recommandé d’élargir la dynamique en associant l’ensemble des établissements universitaires du gouvernorat de Bizerte.

La mobilisation de la société civile constitue un autre axe majeur. Les associations et organisations non gouvernementales de la région sont appelées à rejoindre cette démarche afin d’en faire un projet fédérateur. Dans le même esprit, les acteurs économiques devront être pleinement impliqués, notamment le Pôle de compétitivité de Bizerte et le Parc des activités économiques de Bizerte (PAEB), considérés comme des partenaires stratégiques du futur établissement.

Sur le plan opérationnel, les participants ont préconisé la mise en place immédiate d’une commission de travail chargée d’élaborer les aspects techniques du projet et de préparer l’organisation d’un grand séminaire régional. Cette rencontre réunira les représentants des institutions, du monde universitaire, des acteurs économiques et de la société civile afin de poser les bases de la création de cette nouvelle institution, qui portera le nom symbolique d’Université El Jala, en référence à l’évacuation du dernier soldat français de la base navale de Bizerte qui a eu lieu le 15 octobre 1963, marquant la fin de la présence militaire de la France en Tunisie.

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Tunisie | Les mêmes plans génèrent les mêmes échecs

La Tunisie rejoue le même film (un autre Plan de développement) en espérant une issue différente. Ce jeudi 9 juillet 2026, le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple a transmis à la plénière le rapport de synthèse sur le Plan de Développement 2026-2030. Un énième acte d’une pièce que plus personne ne regarde vraiment, tant on en connaît d’avance le dénouement : de grandes promesses au lever de rideau, un silence gêné à la fermeture.

Moktar Lamari *

On appelle ça, en psychologie de comptoir, la définition même de la folie : refaire toujours la même chose en espérant un résultat différent.

En Tunisie, on a simplement institutionnalisé la folie sous forme de planifications (triennale, ou quinquennale) que tout le monde sait que c’est un exercice de mobilisation de foule et une parade populiste dont les résultats sont connus d’avance.

Un casting de blablateurs recyclés

Le Plan 2016-2020, porté par Youssef Chahed, promettait 5% de croissance annuelle et 45 milliards de dinars d’investissements publics. Monsieur Chahed a quitté la Kasbah en 2020 sans jamais revenir devant les Tunisiens pour expliquer pourquoi la croissance réelle a plafonné sous les 2,5%.

Aucune conférence de presse de bilan, aucun mea culpa chiffré — juste un exil confortable et un mandat d’arrêt international pour d’autres motifs, pendant que le pays, lui, encaissait la facture de ses promesses non tenues.

Vient ensuite Najla Bouden, qui présente en janvier 2023 son Plan 2023-2025 : 2,1% de croissance moyenne, chômage à 14% en 2025, investissement à 17,8% du PIB.

Madame Bouden quitte ses fonctions en août 2023, remplacée par Ahmed Hachani, lui-même remplacé en mars 2025 par Sarra Zaâfrani Zenzeri — trois chefs de gouvernement pour un seul plan triennal, aucun n’étant resté assez longtemps pour répondre de son exécution.

Résultat, en 2025 : chômage toujours calé autour de 15%, investissement public exsangue, dette publique à 82% du PIB. Personne n’a payé le prix politique de cet échec — la sanction, en Tunisie, ne s’applique jamais aux plans, seulement au peuple qui les subit.

Et voici Madame Zaâfrani Zenzeri qui présente, elle, un Plan 2026-2030 affublé d’une méthodologie «ascendante» présentée comme révolutionnaire. Une nouveauté de façade pour emballer le même produit périmé : toujours aucune évaluation publique et chiffrée des trois plans précédents, toujours pas de responsable désigné, toujours pas de mea culpa. On change l’emballage, jamais la recette qui rate.

Quatre échecs, quatre responsables, et c’est le peuple qui paie la facture

Primo, l’absence d’évaluation ex post — un choix, pas un oubli. Ne jamais évaluer, c’est ne jamais devoir rendre de comptes. Le ministère de l’Économie et de la Planification, qui rédige plan après plan depuis dix ans, a suffisamment de compétences techniques pour produire un bilan rigoureux ; s’il ne le fait pas, c’est qu’aucun gouvernement successif n’a intérêt à ce que la lumière soit faite sur l’héritage de son prédécesseur — ni, in fine, sur le sien.

Secundo, des hypothèses de croissance gonflées sciemment pour vendre le plan au Parlement et aux bailleurs de fonds. Annoncer 5% quand on sait pertinemment que la structure de l’économie ne le permet pas n’est pas de l’optimisme, c’est de la présentation frauduleuse de résultats escomptés — un délit qui, dans une entreprise cotée, vaudrait une enquête du régulateur boursier.

Tertio, des réformes structurelles promises et jamais engagées — code des marchés publics, réforme fiscale, modernisation administrative — recyclées de plan en plan comme un copier-coller PowerPoint que personne ne relit plus.

Chaque ministre de l’Économie et de la Planification qui a occupé ce poste depuis 2016 — de Fadhel Abdelkefi à Samir Saïed jusqu’à Samir Abdelhafidh aujourd’hui — a eu ce même paragraphe sous les yeux et l’a simplement retapé, sans jamais exiger de ses collègues du gouvernement qu’ils rendent des comptes de son exécution.

Quarto, une valse de chefs de gouvernement organisée comme une stratégie de dilution des responsabilités : quand un plan échoue sur trois ans mais que trois chefs de gouvernement différents se le partagent, personne n’est individuellement comptable — et c’est précisément ce flou organisationnel qui permet à chacun de partir la conscience tranquille.

Une planification sérieuse imposerait qu’aucun nouveau plan ne soit présenté au Parlement sans un rapport d’évaluation indépendant du précédent, publié et débattu en séance plénière avant le vote — pas après, jamais après.

Elle imposerait que les ministres signataires d’un plan soient nommément identifiés comme responsables de sa non-exécution, avec obligation de comparution devant la commission des finances en fin de mandat. Elle imposerait enfin l’abandon des horizons lointains et vagues — 2030, 2035 — au profit d’engagements annuels vérifiables, sanctionnables, et donc réellement contraignants.

Trois constats, sans complaisance

Primo, les décideurs tunisiens ne rejouent pas la même erreur par incompétence — ils la rejouent parce que l’absence d’évaluation leur profite personnellement et politiquement : pas de bilan, pas de blâme.

Secundo, chaque chef de gouvernement qui part avant l’échéance de son propre plan laisse une dette de redevabilité que le suivant n’a aucun intérêt à recouvrer, puisque lui-même compte partir avant l’heure des comptes.

Tertio, tant que la sanction de l’échec continuera de retomber uniquement sur le pouvoir d’achat des Tunisiens et jamais sur la carrière de ceux qui signent ces plans, le cinquième acte de cette pièce, en 2031, ressemblera trait pour trait aux quatre précédents.

Comme le dit le proverbe : «Idha kther el tabbakhine, el tabkha tahrek» (Quand les cuisiniers se multiplient, le plat brûle).

En Tunisie, on a changé les cuisiniers plusieurs fois depuis 2016 sans jamais changer la recette — et le plat, lui, continue de brûler pendant que tout le monde regarde ailleurs. Ou souffler sur le feu… de l’insatisfaction sociale !

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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