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Chute des IDE en Afrique, mais pas pour l’Égypte et la Guinée

En 2025, l’Afrique n’a capté que 4,4% des investissements mondiaux, et l’essentiel est allé à dix pays seulement.

Le dernier rapport de la CNUCED sur l’investissement mondial indique que les flux d’investissements directs étrangers (IDE) ont grimpé de 6 % en 2025 pour atteindre 1 600 milliards de dollars dans le monde. L’Afrique, elle, a connu la tendance inverse : ses IDE ont chuté de 26 %, tombant à 70 milliards de dollars, soit à peine 4,4 % du total mondial.

A cet égard, la CNUCED rappelle que cette reprise mondiale reste cependant fragile, les chiffres ne se traduisant pas toujours par de nouvelles usines ou de nouveaux emplois. Les investissements restent très concentrés : les 20 premières économies d’accueil captent plus de 80 % des flux mondiaux.

Concentration des IDE dans le monde et en Afrique

En Afrique, ce phénomène de concentration est encore plus marqué : les 10 premiers pays bénéficiaires ont capté 72,3 % des IDE reçus par le continent.

Ainsi, l’Égypte reste en tête, malgré une chute de 67 % par rapport à 2024, année dopée par le mégaprojet immobilier de Ras El-Hekma. Elle conserve la première place grâce notamment au projet touristique d’Alam El-Roum. De son côté, la Guinée-Conakry connaît la progression la plus spectaculaire (+457 %), portée par les investissements miniers liés au gisement de fer de Simandou, entré en production fin 2025. Le Mozambique et le Nigeria profitent des hydrocarbures et du gaz naturel liquéfié; tandis que l’Éthiopie bénéficie des investissements du groupe Dangote dans les engrais. Le Maroc enregistre une forte hausse (+91 %), tirée par l’extension de l’usine Stellantis à Kénitra.

Seule l’Afrique du Sud affiche un flux négatif, lié à des mouvements financiers intragroupes plutôt qu’à un véritable désinvestissement.

Et on remarquera également que la Tunisie ne fait pas partie des pays les plus attractifs.

Top 10 des pays africains bénéficiaires d’IDE en 2025 (en milliards $)

Pays IDE 2025 IDE 2024 Variation Secteurs clés
Égypte 15,45 46,58 -66,8% Tourisme, immobilier
Guinée 7,80 1,40 +457% Minerais
Mozambique 5,70 3,12 +82,7% Gaz
Nigeria 4,00 1,60 +150% Pétrole & gaz
Éthiopie 3,80 3,98 -4,5% Engrais
Ouganda 3,36 3,12 +7,7% Pétrole, raffinage
Maroc 3,34 1,75 +90,9% Automobile, énergie
Kenya 3,20 2,32 +37,9% Énergie, agriculture, minerais
Côte d’Ivoire 2,03 1,48 +37,2% Minerais
Ghana 1,91 1,77 +7,9% Hydrocarbures, minerais

Source : rapport de la CNUCED 2026

Le rapport souligne enfin une tendance de fond : la valeur des grands projets « greenfield » a reculé d’un tiers, au profit d’un plus grand nombre de projets de taille plus modeste. Un signe que le modèle du mégaprojet unique cède peu à peu la place à une diversification des investissements.

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Etihad propulse Fastjet vers plus de 120 destinations internationales

La compagnie aérienne Fastjet Zimbabwe a signé un protocole d’accord avec Etihad Airways pour mettre en place un partenariat d’interligne, première étape d’une coopération plus large qui prévoit également un futur accord de partage de codes (codeshare) et l’intégration au programme de fidélité Etihad Guest. L’information a été officiellement annoncée par Etihad Airways.

Concrètement, ce partenariat permettra aux voyageurs d’Etihad de réserver, sur un seul billet, des correspondances opérées par Fastjet Zimbabwe vers Bulawayo, Victoria Falls et Johannesburg. Les ventes débuteront le 24 août 2026, tandis que l’accord a été signé à Harare le 7 juillet 2026.

Cette alliance accompagne le lancement de la future liaison directe d’Etihad entre Abou Dhabi et Harare, prévue le 24 mars 2027. En s’appuyant sur le réseau domestique et régional de Fastjet, la compagnie émiratie élargit ainsi son accès au marché d’Afrique australe sans avoir à déployer immédiatement de nouvelles lignes.

Pour Fastjet Zimbabwe, l’accord représente une opportunité majeure. La compagnie pourra connecter ses passagers à plus de 120 destinations desservies par Etihad à travers le Moyen-Orient, l’Europe, l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Australie via le hub d’Abou Dhabi. Cette ouverture renforce sa visibilité internationale et pourrait stimuler les flux touristiques et d’affaires vers le Zimbabwe. Le partenariat ne s’arrête pas à l’interligne. Les deux compagnies prévoient de mettre en place un accord de partage de codes ainsi qu’une réciprocité des avantages de fidélité. Fastjet Zimbabwe deviendra ainsi le 32e partenaire du programme Etihad Guest, offrant à terme la possibilité aux voyageurs de cumuler et d’utiliser leurs miles sur les réseaux des deux transporteurs.

Pour Etihad, cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large d’expansion sur le continent africain, où la compagnie privilégie les partenariats avec des transporteurs régionaux afin d’étendre rapidement sa couverture tout en limitant les investissements opérationnels. De son côté, Fastjet se positionne comme un acteur clé de la connectivité régionale en Afrique australe, capable de servir de relais vers le réseau mondial d’un grand transporteur international.

 

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Cyber Africa Forum 2026 : Cotonou au cœur de la bataille pour la confiance numérique en Afrique

Les 16 et 17 novembre 2026, Cotonou, capitale du Bénin, accueillera la sixième édition du Cyber Africa Forum (CAF), principal rendez-vous africain dédié au numérique, à la cybersécurité et à l’innovation.

Organisé avec l’appui des autorités béninoises, l’événement réunira plus de 1 500 participants, parmi lesquels des décideurs publics, dirigeants d’entreprises, investisseurs, experts internationaux et acteurs de l’écosystème technologique africain, rapportent nos confrères d’Agence Ecofin.

Placée sur le thème « Construire la confiance numérique de demain », cette édition intervient dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle et l’accélération de la transformation digitale à l’échelle mondiale. Pour les organisateurs, la confiance numérique s’impose désormais comme un levier stratégique pour attirer les investissements, stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité des économies africaines.

Le défi est de taille. L’Afrique compte aujourd’hui près de 500 millions d’internautes et son économie numérique pourrait atteindre la valeur de 712 milliards de dollars à l’horizon 2050. Mais reconnaissons-le au passage,  c’est mince par rapport aux autres sommes annoncées ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis.

Pertes liées à la cybercriminalité

Dans le même temps, le continent demeure fortement exposé aux cybermenaces, avec près de 3 milliards de dollars de pertes liées à la cybercriminalité entre 2019 et 2025, selon INTERPOL.

Pour répondre à ces enjeux, le CAF 2026 introduit plusieurs nouveautés. Parmi elles, la création d’un Collège d’experts réunissant universitaires, entreprises, institutions publiques et organisations internationales afin d’alimenter la réflexion stratégique du Forum. L’initiative « Tech 4 Creatives » mettra en lumière les talents africains qui exploitent déjà l’intelligence artificielle dans les industries créatives. Tandis que le HackerLab, organisé avec l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique (ASIN) du Bénin, rassemblera de jeunes talents autour d’un hackathon consacré à la cybersécurité.

Durant deux jours, conférences, tables rondes, sessions ministérielles et rencontres d’affaires aborderont les sujets clés de la prochaine décennie numérique africaine : intelligence artificielle, souveraineté numérique, cyberdiplomatie, protection des données, identité numérique, santé connectée, infrastructures satellitaires et financement de l’économie numérique. Plusieurs ministres africains, responsables d’agences nationales et représentants d’organisations internationales ont déjà confirmé leur participation.

Nous y reviendrons.

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KPMG cherche la prochaine pépite technologique africaine

Le cabinet de conseil KPMG a officiellement lancé les candidatures de l’édition 2026 de son concours international Global Tech Innovator, une compétition destinée aux startup technologiques à fort potentiel. Les jeunes pousses africaines ont jusqu’au 2 août 2026 à 23h59 pour déposer leur dossier.

À l’issue des sélections nationales et régionales organisées à travers le continent, une seule startup représentera l’Afrique lors de la finale mondiale prévue en novembre 2026 à Lisbonne (Portugal), en marge du Web Summit, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de la technologie. Au-delà du trophée, le concours constitue une véritable vitrine internationale pour les entrepreneurs. Les finalistes auront l’occasion de présenter leur innovation devant des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des partenaires commerciaux et des acteurs majeurs de l’écosystème technologique mondial. KPMG met également en avant les opportunités de visibilité médiatique et de développement de réseau offertes par cette compétition.

Le programme s’adresse principalement aux startup en phase de démarrage ou d’accélération. Pour être éligibles, les entreprises doivent notamment être enregistrées dans l’un des pays participants, exister depuis sept ans maximum, proposer une solution technologique ou fortement axée sur la technologie, ne pas être détenues majoritairement par un grand groupe et afficher un chiffre d’affaires compris entre 1 et 15 millions de dollars, ou avoir levé au moins 500 000 dollars en capital. Les candidatures seront évaluées selon plusieurs critères, notamment le caractère innovant de la solution, l’esprit entrepreneurial, le potentiel de croissance, l’orientation client et la capacité de l’entreprise à gérer les risques. Les lauréats des compétitions nationales et régionales accéderont ensuite à la finale mondiale, où sera désignée la KPMG Private Enterprise Global Tech Innovator 2026.

Pour les startup africaines en quête d’une exposition internationale, cette compétition représente une opportunité de se faire connaître bien au-delà de leur marché domestique et d’accélérer leur développement grâce à des connexions avec des investisseurs et des partenaires stratégiques à l’échelle mondiale.

 

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À Agadir, Timitar fait chanter l’âme amazighe

Agadir vibrera bientôt au rythme de la nouvelle édition du Festival Timitar. Fidèle à sa vocation de faire dialoguer les cultures, le rendez-vous réunira des artistes marocains et internationaux autour d’une programmation où se rencontrent traditions amazighes, musiques africaines, orientales…

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Tanzanie : le silence des rues masque une opposition de plus en plus organisée

Le 7 juillet, journée symbolique du « Saba Saba », s’est déroulé sans les manifestations redoutées par les autorités tanzaniennes. Mais derrière ce calme apparent, les mouvements de contestation, largement portés par les jeunes et les réseaux sociaux, semblent privilégier de nouvelles formes de mobilisation…

Les rues de Dar es Salam sont restées largement calmes mardi 7 juillet, malgré les appels à manifester lancés depuis plusieurs semaines par des mouvements de jeunes et des organisations de l’opposition. Le dispositif sécuritaire exceptionnel déployé par les autorités a empêché tout rassemblement d’ampleur. Mais cette démonstration de force ne signifie pas pour autant un recul de la contestation. Elle traduit plutôt une évolution des stratégies adoptées par les opposants dans un contexte de répression croissante.

Le Saba Saba (*), qui commémore à la fois la création en 1954 du mouvement indépendantiste TANU – ancêtre du parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM) – et l’ouverture de la Foire internationale de Dar es Salam, est devenu cette année un symbole de la contestation politique. Des militants souhaitaient profiter de cette journée hautement symbolique pour réclamer des réformes démocratiques, la libération de l’opposant Tundu Lissu et une enquête sur les violences qui ont suivi les élections générales de 2025.

Une démonstration de force des autorités

À Dar es Salam, les principaux axes routiers ont été quadrillés par la police et l’armée, tandis que les abords de la Foire internationale faisaient l’objet d’une surveillance renforcée. Aucun rassemblement significatif n’a été observé, conséquence d’une stratégie sécuritaire mise en place plusieurs jours auparavant. Les autorités avaient déjà procédé à l’arrestation de dizaines de militants et d’organisateurs présumés des manifestations. Quelques jours avant le Saba Saba, le gouvernement avait également suspendu l’ensemble des rassemblements politiques sur le territoire, invoquant des impératifs de sécurité et de maintien de l’ordre public…

Une opposition qui privilégie désormais d’autres modes d’action

Si les manifestations de rue semblent aujourd’hui plus difficiles à organiser, les mouvements contestataires n’ont pas disparu. Les réseaux sociaux sont devenus leur principal espace de mobilisation, permettant de coordonner les initiatives, diffuser des informations et maintenir la pression sur les autorités malgré les restrictions imposées aux partis politiques. Cette évolution rappelle les transformations observées récemment dans plusieurs pays africains, notamment au Kenya, où les mobilisations portées par la jeunesse se structurent de manière plus horizontale, sans véritable direction politique centralisée.

Pour de nombreux observateurs, cette mutation complique la tâche des autorités. Si les grands rassemblements peuvent être empêchés par un important dispositif policier, les campagnes numériques, les actions décentralisées et les formes de désobéissance civile sont plus difficiles à contenir.

Un climat politique qui inquiète les partenaires internationaux

La détention de Tundu Lissu, figure de l’opposition poursuivie pour trahison après avoir contesté le processus des élections générales de 2025, continue d’alimenter les critiques des organisations de défense des droits humains. Plusieurs partenaires internationaux suivent avec attention l’évolution de la situation politique en Tanzanie, autrefois présentée comme l’un des pays les plus stables d’Afrique de l’Est.

Cette dégradation du climat politique pourrait également avoir des conséquences économiques. La Tanzanie poursuit d’ambitieux projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des transports, des mines, de l’énergie et du gaz naturel. Le maintien d’un environnement politique prévisible constitue un facteur important pour préserver l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers.

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(*) Le 7 juillet, Saba Saba, est la Journée qui célèbre plusieurs fêtes historiques en Afrique de l’Est, notamment en Tanzanie et au Kenya. Le nom Saba Saba est symbolique et signifie sept sept en swahili, ce qui signifie le 7e jour du 7e mois de l’année.

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Africa PPP 2026 : Nairobi au cœur des investissements dans les infrastructures africaines

Du 11 au 13 novembre 2026, Nairobi accueillera la 16e édition d’Africa PPP, le Sommet sur le financement, l’investissement et les partenariats public-privé (PPP) en Afrique. Organisé par la Direction des PPP du Kenya, l’événement réunira décideurs publics, investisseurs, institutions financières et développeurs de projets autour d’un objectif commun : accélérer la transformation des ambitions en infrastructures bancables et en projets concrets.

Placée sous le thème « Bâtir la prospérité de l’Afrique : infrastructures, investissements et partenariats transformateurs pour accélérer le développement économique », cette édition intervient à un moment où le défi du continent n’est plus seulement de mobiliser des capitaux, mais de les déployer efficacement.

Le Kenya illustre cette dynamique avec 51 projets PPP, dont 10 déjà en cours de mise en œuvre, tandis que le pays développe un Fonds national d’infrastructure destiné à attirer davantage de capitaux privés et institutionnels. À l’échelle continentale, les réserves de capitaux nationaux non bancaires dépassent désormais 2 000 milliards de dollars, alors que les actifs des fonds de pension et des assurances franchissent 1 000 milliards de dollars, renforçant la nécessité de constituer des portefeuilles de projets solides et attractifs.

Les échanges porteront notamment sur le financement des infrastructures de transport, d’énergie, d’eau, de logement, de santé et d’agriculture, ainsi que sur les mécanismes permettant de réduire les risques pour les investisseurs et d’accélérer la réalisation des projets.

En amont du sommet, une masterclass d’une journée, le 11 novembre, proposera une formation pratique dédiée à la préparation de projets bancables, à destination des unités PPP et des autorités publiques. Des rencontres d’affaires, visites techniques et sessions de réseautage compléteront le programme afin de favoriser la conclusion de nouveaux partenariats et d’accélérer la mise en œuvre des infrastructures prioritaires en Afrique.

D’après rapport

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Sommet africain IA et cybersécurité à Hammamet | Au-delà des déclarations d’intention

Du 13 au 15 juillet 2026, Hammamet accueille le Sommet africain de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, sous le thème «Vers une gouvernance numérique intelligente et sécurisée pour la transformation digitale dans les gouvernements africains». Le thème est ambitieux. Les livrables doivent l’être autant — sinon le thème devient lui-même un problème, celui d’une promesse non tenue.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Choisir Hammamet pour accueillir le premier sommet africain consacré à l’IA et à la cybersécurité est un acte de positionnement stratégique que la Tunisie doit assumer pleinement. Mais les sommets africains sur le numérique ont une histoire chargée de déclarations bien formulées et de suivis insuffisants. Le risque n’est pas l’échec de l’événement — c’est son succès de façade. Trois jours d’échanges brillants, un communiqué final ambitieux, et dans six mois, les mêmes questions sans réponse. Cette tribune pose une question simple : qu’est-ce que Hammamet 2026 doit produire concrètement pour ne pas rejoindre cette liste ?

Chaque mot du thème retenu est un engagement implicite que les participants ne peuvent pas ignorer.

Gouvernance — pas seulement des outils déployés, mais des structures de décision qui encadrent leur usage, leur évolution et leur responsabilité. La gouvernance numérique africaine ne peut pas rester un chantier de chaque pays isolément. Elle exige des architectures communes, des standards partagés, des mécanismes d’arbitrage entre souverainetés nationales et interopérabilité continentale.

Intelligente — pas seulement de l’automatisation de processus existants, mais de la valeur ajoutée mesurable pour les citoyens africains. Une IA intelligente dans l’administration publique africaine, c’est une IA qui comprend les langues locales, qui s’adapte aux réalités infrastructurelles du continent, qui produit des réponses utiles dans des contextes de connectivité intermittente. Ce n’est pas ChatGPT avec un logo africain.

Sécurisée — pas seulement des déclarations sur l’importance de la cybersécurité, mais des architectures réelles de protection des données souveraines, des protocoles opérationnels de réponse aux incidents, et une doctrine commune face aux menaces qui ne respectent aucune frontière nationale. La cybersécurité africaine ne peut pas continuer à se construire pays par pays, chacun découvrant seul ce que les autres ont déjà subi.

Les jalons que Hammamet doit poser

Trois livrables concrets doivent être produits par Hammamet 2026 :le premier, indispensable, est un cadre africain commun de gouvernance des données publiques. Les administrations africaines produisent des volumes de données considérables — données sanitaires, foncières, fiscales, démographiques — dont l’exploitation pour des fins d’IA souveraine se heurte partout aux mêmes obstacles : formats hétérogènes, qualité insuffisante, absence de standards d’interopérabilité, vide juridique sur la propriété et l’usage.

Un cadre commun — pas un traité de plus, mais un référentiel technique et juridique opérationnel — permettrait à chaque pays de capitaliser sur les avancées des autres plutôt que de réinventer individuellement des solutions que le continent a collectivement les moyens de produire une seule fois.

Le deuxième livrable est un mécanisme opérationnel de partage d’expériences en cybersécurité entre gouvernements africains. Pas un comité consultatif — un protocole de réponse aux incidents qui transcende les frontières. Les attaques cyber les plus dévastatrices des dernières années en Afrique ont ciblé des infrastructures critiques — systèmes bancaires, réseaux énergétiques, plateformes de services publics. Elles ont été traitées dans l’isolement national alors qu’elles présentaient des signatures communes et auraient pu être anticipées par un partage précoce d’informations. Un Cert africain opérationnel — Centre d’alerte et de réponse aux incidents — est la réponse structurelle à ce déficit. Hammamet doit en poser les jalons.

Le troisième livrable est une feuille de route de coopération Sud-Sud en IA souveraine qui identifie les complémentarités entre écosystèmes africains et organise la mutualisation des ressources rares. Les data scientists spécialisés dans les langues africaines, les annotateurs de données, les experts en fine-tuning de modèles sur des corpus non occidentaux — ces profils sont rares et dispersés sur le continent. Une feuille de route de coopération Sud-Sud permettrait de les mobiliser collectivement, d’éviter que chaque pays les forme pour les voir partir, et de construire la masse critique nécessaire à une IA africaine qui ne soit pas une simple adaptation d’outils conçus ailleurs pour d’autres réalités.

Ce que la Tunisie doit en retirer

Accueillir n’est pas une position stratégique. C’est une opportunité — qui se transforme en position seulement si elle est saisie avec lucidité.

La Tunisie doit sortir de Hammamet avec trois engagements propres, distincts des conclusions collectives du sommet.

Le premier est d’inscrire ce sommet comme point de départ officiel d’un hub tunisien de certification et de gouvernance numérique africaine. La doctrine développée dans ces colonnes au fil des mois — la Tunisie comme couche intelligente entre l’Afrique et l’Europe, tiers de confiance numérique, architecte de la conformité des flux — trouve dans ce sommet sa première occasion de se traduire en mandat institutionnel concret. L’hôte du sommet africain de l’IA a une légitimité naturelle pour proposer d’en devenir le centre de gravité permanent.

Le deuxième engagement est de capitaliser sur la dynamique du sommet pour accélérer l’adoption de la stratégie IA souveraine nationale — dont le Plan 2026-2030, actuellement en cours d’examen parlementaire, doit sortir avec des engagements de transformation opérationnelle mesurables, pas seulement des objectifs de déploiement.

Ce que Hammamet produit en termes de standards et de bonnes pratiques doit alimenter directement les délibérations parlementaires en cours — pas atterrir dans un rapport de conférence qui dormira dans une bibliothèque ministérielle.

Le troisième engagement est de transformer la position d’hôte en position d’architecte — en proposant que Tunis devienne le siège permanent du secrétariat de coopération africaine en IA et cybersécurité. Ce n’est pas une revendication de prestige. C’est une décision stratégique qui ancre durablement la Tunisie dans l’écosystème continental du numérique, génère un flux permanent d’expertise et de relations, et donne à la doctrine du hub Afrique-Europe une incarnation institutionnelle réelle.

Ce que l’histoire des sommets africains enseigne

Les sommets africains sur le numérique ont rarement manqué d’ambition dans leurs thèmes ni de qualité dans leurs débats. Ce qui leur a manqué, systématiquement, c’est le mécanisme de suivi qui transforme les conclusions en décisions et les décisions en réalités.

La différence entre un sommet qui change quelque chose et un sommet qui documente l’état du problème tient à une seule variable : l’existence ou l’absence d’un organe de suivi doté d’un mandat clair, d’une échéance ferme et d’une responsabilité nominale. Sans cela, les meilleures résolutions restent des intentions — et les participants se retrouvent au prochain sommet à constater que les mêmes obstacles sont toujours là, formulés avec un vocabulaire légèrement différent.

Hammamet 2026 doit donc produire, avant de se clôturer, non seulement un communiqué final mais un mécanisme de redevabilité — qui désigne des responsables, fixe des échéances et prévoit une évaluation publique des engagements pris dans douze mois.

Hammamet peut être un tournant

Le contexte est favorable comme il l’a rarement été. Le Plan de développement 2026-2030 est en cours d’examen parlementaire et inscrit l’IA parmi ses axes stratégiques. Le momentum africain sur le numérique n’a jamais été aussi fort. La position géographique tunisienne entre l’Afrique et l’Europe n’a jamais été aussi pertinente. Et la qualité de l’écosystème d’ingénierie tunisien — mathématiciens, data scientists, experts en cybersécurité — n’a jamais été aussi reconnue au niveau continental.

La fenêtre est ouverte. Ce que les participants en feront dans les 72 heures déterminera si Hammamet est un tournant ou un communiqué de plus.

Un sommet ne vaut que par ce qu’il engage. Et ce qu’il engage ne vaut que par ce qui est fait le lendemain.

* Ingénieur informatique et cadre bancaire.

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Tribune – Le Sénégal et la Côte d’Ivoire, pays les plus industrialisés d’Afrique de l’Ouest

Selon le dernier classement de la Banque africaine de développement, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont les pays les plus industrialisés de l’espace CEDEAO et les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest au sein du top 10 africain. Ils devancent nettement le Nigeria et le Ghana, et dépassent également tous les pays d’Afrique de l’Est continentale. Cette performance résulte d’un environnement plus favorable aux affaires, à l’investissement et à l’industrialisation.

 

Dans son dernier rapport sur l’industrialisation en Afrique, publié le 24 mai et intitulé « Indice d’industrialisation en Afrique, 2025 », la Banque africaine de développement (BAD) place le Sénégal et la Côte d’Ivoire aux huitième et dixième places, respectivement, du classement continental avec des scores de 0,6368 et 0,6173 point. 

Ces deux pays sont les seuls représentants de l’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les plus industrialisés du continent. Ils devancent ainsi nettement le Nigeria et le Ghana, qui occupent les troisième et quatrième positions au niveau régional, respectivement, mais se classent 14e et 18e au niveau continental. Par ailleurs, ils devancent également l’ensemble des pays d’Afrique de l’Est, hors États insulaires, en se positionnant devant le Kenya (11e), pays le plus industrialisé de la région, et loin devant la Tanzanie (23e), l’Éthiopie (31e) ou encore le Rwanda (32e). 

Le Nigeria et le Ghana sont suivis par le Bénin et le Togo, deux autres pays membres de l’UEMOA, et classés 24e et 25e sur le plan continental (soit à peu près au même niveau que la Tanzanie, et également devant l’Éthiopie). Non membres de la CEDEAO, la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso suivent aux 34e, 35e et 36e places continentales. Ils précèdent le Cap-Vert (37e) et le Niger (40e), qui a lui aussi récemment quitté la CEDEAO. 

Les cinq dernières places ouest-africaines sont donc occupées par la Guinée (41e), le Liberia (42e), la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). Aucun pays francophone ne figure donc parmi les quatre pays les moins industrialisés de la CEDEAO et d’Afrique de l’Ouest. 

Au niveau continental, l’Afrique du Nord demeure la région la plus industrialisée (avec quatre représentants dans le top 10, dont trois francophones), devant l’Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et enfin l’Afrique de l’Est. Cette dernière concentre, à elle seule, cinq des dix pays les moins industrialisés du continent, comme le Soudan du Sud, pays produisant une assez importante quantité de pétrole et classé 53e et avant-dernier du classement (juste devant Sao Tomé-et-Principe, minuscule État insulaire lusophone d’Afrique centrale). 

L’Afrique de l’Est demeure d’ailleurs également la partie la plus pauvre du continent, dont elle continue à afficher les niveaux de PIB par habitant les plus faibles. À titre d’exemple, seul deux pays d’Afrique de l’Est continentale dépassent la barre des 1 500 dollars par habitant (Djibouti et le Kenya), contre non moins de six d’Afrique de l’Ouest continentale (dont cinq pays francophones). Ce qui rend d’autant plus remarquable le fait que l’Afrique de l’Ouest francophone soit régulièrement l’espace le plus dynamique du continent, avec un taux de croissance annuel de 5,6 % sur la période de 12 années 2014-2025, contre seulement 4,1% pour l’Afrique de l’Est anglophone, moins développée. 

Enfin, le classement démontre également la présence de trois pays non francophones d’Afrique de l’Ouest parmi les dix pays les moins industrialisés du continent, à savoir la Sierra Leone (45e), la Gambie (50e) et la Guinée-Bissau (51e). La Gambie se retrouve donc une nouvelle fois aux toutes dernières places du classement continental, soit très loin derrière le Sénégal qui fait, au contraire, régulièrement partie des cinq premiers en Afrique subsaharienne. La question de la viabilité de ce petit pays anglophone extrêmement pauvre, et dont le territoire enclavé constitue la plus grande anomalie territoriale du continent, peut donc être légitimement posée. 

 

Un environnement plus favorable aux affaires et à l’investissement industriel 

La supériorité industrielle du Sénégal et de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest, ainsi que par rapport aux pays d’Afrique de l’Est, résulte d’un environnement globalement plus favorable aux affaires et aux investissements, notamment industriels. Les différentes politiques économiques et monétaires suivies au cours des dernières années ont permis de faciliter considérablement les procédures relatives à la création d’entreprise et à l’investissement, tout en maîtrisant l’inflation et en accordant une attention particulière à la transformation locale des matières premières, notamment à travers la multiplication des zones industrielles. 

À titre d’exemple, le Sénégal et la Côte d’Ivoire font également partie des dix pays africains les plus performants en matière de climat des affaires, selon le dernier classement annuel publié par la Banque mondiale, en décembre 2025. Ils font d’ailleurs partie des quatre pays ouest-africains francophones figurant au sein du top 10, avec le Bénin et le Togo. Quant à la maîtrise de l’inflation, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont connu un taux annuel d’environ 2 % seulement sur la période de douze années allant de 2014 à 2025 (2,2 et 2,1 % respectivement), contre non moins de 17,2 % et 16,6 % pour le Ghana et le Nigeria, qui ont également subi de très importantes dépréciations de leur monnaie. 

Par ailleurs, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se distinguent en matière de lutte contre la corruption. En effet, et selon le dernier classement annuel publié par Transparency International et faisant référence en la matière, le Sénégal est le pays le moins touché par la corruption en Afrique de l’Ouest continentale (65e au niveau mondial), devant le Bénin (70e) et la Côte d’Ivoire (76e). De leur côté, le Ghana affiche également un bon score en se classant au même niveau que la Côte d’Ivoire (76e également), alors que le Nigeria se positionne très loin derrière, à la 142e place mondiale (tout comme le Kenya, 130e). 

Les différentes politiques et réformes menées par le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont donc permis d’instaurer un environnement globalement plus favorable au développement économique. Une réalité qui s’est notamment traduite par le fait que ces deux pays aient réalisé un taux de croissance annuel de 6,3 % et 5,5 %, respectivement, sur la période 2014-2025, contre 4,3 % pour le Ghana et seulement 1,9 % pour le Nigeria. 

C.rst l’occasion de rappeler que l’Afrique francophone subsaharienne est globalement la partie la plus dynamique du continent, dont elle a réalisé en 2025 le niveau de croissance économique le plus élevé pour la douzième année consécutive, affichant ainsi une progression annuelle de 4,1 % sur la période 2014-2025, contre seulement 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Dans le même temps, elle a enregistré un taux d’inflation annuel de seulement 4,2 % (et même de 2,3 % en zone CFA), contre non moins de 19,8 %. 

Parallèlement, l’Afrique francophone, Maghreb inclus, est globalement la partie la plus industrialisée du continent, avec notamment six pays francophones parmi les dix pays les plus industrialisés selon le dernier classement de la BAD. Un classement dominé par le Maroc francophone, et où un seul pays francophone se trouve parmi les six pays les moins bien classés. 

Toutefois, si de grandes avancées ont été réalisées, le chemin est encore long afin de rattraper le retard économique et industriel du continent sur le reste du monde. Aujourd’hui, et selon la BAD, l’Afrique ne serait à l’origine que de 2 % de la production mondiale de produits manufacturés et de 1,4 % des exportations en la matière. Cependant, la mise en œuvre progressive de la zone de libre-échange continentale (ZLECAf) devrait contribuer à accélérer l’industrialisation du continent.

Par ailleurs, l’augmentation considérable des coûts de production asiatiques au cours des dernières années est de nature à augmenter grandement la compétitivité et l’attractivité de l’Afrique en tant que fournisseur de produits manufacturés, notamment vers l’énorme marché européen. 

Une évolution qui offrira donc très prochainement de grandes opportunités au continent, comme on le voit déjà avec le Bénin, qui commence à concurrencer la Chine et le Bangladesh dans le domaine du textile. Les pays africains devront donc poursuivre leurs efforts en matière de bonne gouvernance, d’amélioration du climat des affaires, de développement des infrastructures et des compétences humaines afin d’être en mesure de saisir les nombreuses et gigantesques opportunités qui se présenteront.

 

Ilyes Zouari  

Président du CERMF (Cercle d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

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C’était mieux avant ? Le grand retour des traditions entre mémoire et illusion

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Migrants en Libye : l’UE critiquée par Amnesty International

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