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Libération de Mohamed Ben Salem | Une nouvelle audience fixée au 21 juillet

La justice a ordonné cet après-midi la libération de Mohamed Ben Salem, ancien ministre de l’Agriculture et dirigeant du parti islamiste Ennahdha.

Le parquet près la Cour d’appel de Tunis a pris cette décision, ce jeudi 9 juillet 2026, après que Mohamed Ben Salem ait officiellement fait opposition à un jugement par défaut prononcé à son encontre, affirme Mosaïque FM, en citant une source proche du dossier.

Une nouvelle audience a été fixée au 21 juillet devant la chambre correctionnelle d’été de la Cour d’appel de Tunis pour examiner l’affaire sur le fond, ajoute la même source.

Pour rappel, Mohamed Ben Salem a été arrêté hier sur la base d’une condamnation à deux ans de prison par défaut, prononcée par la chambre correctionnelle de la Cour d’appel, dans une affaire de délits douaniers.

Y. N.

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Fatma Mseddi relance la bataille pour classer Ennahdha comme « organisation terroriste »

Au cours de la journée du jeudi 9 juillet 2026, la députée Fatma Mseddi a déposé une proposition de loi composée de six articles, présentée comme visant à protéger la sécurité et la souveraineté nationales, ainsi que le régime républicain. Tout en empêchant l’utilisation des partis politiques et des associations comme couvertures pour des organisations terroristes.

L’article 2 du texte propose de qualifier le parti Ennahdha de « continuité politique et organisationnelle »  de l’organisation internationale des Frères musulmans en Tunisie et de le classer comme  « organisation terroriste ». La proposition de Fatma Mseddi prévoit également l’application de ces mesures à toute association ou structure dont le lien organisationnel, financier ou fonctionnel avec Ennahdha ou les Frères musulmans serait établi.

Le texte prévoit notamment la dissolution immédiate des organisations concernées, la perte du statut représentatif et parlementaire des dirigeants dont l’appartenance serait reconnue, ainsi que l’interdiction, pour les personnes visées, de se présenter aux élections ou d’exercer des fonctions publiques pendant une période de dix ans.

Cette initiative ne constitue toutefois pas une première pour Fatma Mseddi. La députée avait déjà porté cette revendication dans le débat public en 2023, dans le prolongement de ses positions sur le dossier des réseaux d’envoi de jeunes Tunisiens vers les zones de conflit. Avant elle, plusieurs figures de l’opposition avaient également appelé à des mesures contre Ennahdha, notamment après les assassinats politiques de 2013 et les débats liés au terrorisme et aux réseaux jihadistes.

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Parlement européen : les chants racistes qui inquiètent après un vote

Les chants de députés de droite et d’extrême droite scandant « Renvoyez-les ! » lors du vote du règlement Retour continuent de provoquer l’indignation au Parlement européen. Malgré la condamnation de Roberta Metsola, Amnesty International dénonce un racisme et une…

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Tunisie | Majdi Boudhina explique les raisons de sa démission du parti de Abir Moussi

Depuis la publication, il y a cinq jours, d’une lettre ouverte adressée à Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), dans laquelle il l’exhortait à ne pas briguer un troisième mandat à la tête du parti, Majdi Boudhina fait face à une levée de boucliers virulente de la part de la majorité des partisans de Mme Moussi, qui est incarcérée depuis le 3 octobre 2026 et poursuivie dans plusieurs affaires.

Membre du bureau politique du parti et ancien député du Parlement dissous, élu sur une liste de Nabeul 2, M. Boudhina a fait valoir que «le leadership ne se mesure pas au simple fait de se maintenir à un poste, mais aussi à la capacité de prendre une décision ouvrant la voie au renouveau et préservant l’image du parti».

La réaction des partisans de Mme Moussi a été, comme il devait lui-même s’y attendre, d’une grande virulence, allant jusqu’à l’accuser de trahison et d’agir pour le compte d’autrui.

Malgré la publication de nombreux messages exhortant cette majorité à faire preuve de raison — en soulignant qu’un troisième mandat d’Abir Moussi risquait de nuire tant à elle qu’au parti, et en appelant à faire primer les intérêts politiques et organisationnels — toutes ses tentatives ont échoué. Aujourd’hui, Boudhina a décidé de jeter l’éponge et de se retirer du PDL, comme l’indique sa dernière publication sur les réseaux sociaux : «Le bon côté des choses, c’est que l’histoire retiendra mon passage au sein du parti de l’une de ces deux manières seulement : soit comme un traître, un agent, un mercenaire, un infiltré… soit comme le seul à avoir osé… En attendant ce moment-là, c’est terminé, et je vous souhaite le meilleur.»

Pour rappel, voici le message adressé par l’ex-député à la présidente du PDL traduit de l’arabe :

«À Mme Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre — actuellement détenue arbitrairement pour s’être opposée au pouvoir en place : j’ai appris que le parti s’apprête à tenir son congrès dans les semaines à venir et que vous comptez briguer un troisième mandat à sa présidence, à l’instar de la plupart de ses dirigeants. Cette situation m’amène à m’interroger sur les principes et les bonnes pratiques que nous avons longtemps prônés concernant la nécessité de respecter la loi ainsi que l’alternance au pouvoir et le renouvellement des responsabilités.

«Si telle est notre propre attitude, comment pouvons-nous critiquer ou contester l’intention de Kaïs Saïed de briguer un troisième mandat présidentiel ? Sur quelle base pourrions-nous nous opposer à ses partisans — qui l’inciteront à briguer un troisième mandat, voire à gouverner à vie — alors que nous n’avons pas su tirer les leçons de l’expérience et des conséquences liées à des dirigeants tels que Habib Bourguiba et Zine El Abidine Ben Ali (que Dieu ait leur âme) ? Ces derniers se sont accrochés au pouvoir au lieu de choisir une sortie honorable, comme l’ont fait de nombreux autres dirigeants dans le monde.

Ne pensez-vous pas que le moment est venu de réformer en profondeur les statuts du parti – initialement conçus sur mesure – en y insufflant un vent de fraîcheur et en donnant la parole aux énergies, aux personnalités et aux jeunes talents capables de dynamiser le parti et de relever les défis posés par l’évolution de la situation, tant au niveau international que national ? (Bien entendu, je ne me porte pas candidat à un poste quelconque, afin de ne pas être accusé de convoiter une position.)

Ne pensez-vous pas que nous avons — tout comme les autres partis — lamentablement échoué en laissant passer des occasions ?

Sauver la Tunisie de Kaïs Saïed et de ses acolytes, tout en reconquérant la confiance du peuple, exige davantage d’abnégation, d’intégrité et une remise en question critique. Le moment n’est-il pas venu pour nous tous de prendre du recul et de passer le relais à d’autres figures du parti — qui ne manquent pas ?

«Ne prêtez pas l’oreille à ce même chœur qui a fait du ‘‘zaim’’ [leader, par allusion à Bourguiba, Ndlr] un président à vie et maintenu Ben Ali au pouvoir pendant vingt-trois ans ; ce sont des hypocrites mus par des intérêts mesquins. Élevez-vous au-dessus du simple statut de chef de parti pour devenir un véritable leader. Prenez cette décision — un geste noble qui vous assurera une place dans l’histoire et dans le cœur de tout le peuple tunisien — à moins, bien sûr, que vous ne pensiez qu’il n’y a personne d’autre capable d’accomplir cette tâche.

«Je suis conscient que ce message pourrait me coûter mon poste au sein du parti ; néanmoins, j’appelle au renouvellement et à la restructuration de toutes les instances du parti, en commençant par ma propre fonction.

«Bien que je sache que cette lettre finira probablement à la corbeille, je vous exhorte — alors que vous entamez un troisième mandat — à mettre de côté votre statut d’avocate et de professeure de droit pour privilégier une approche économique et sociale.

«Je demande que les activités du parti se concentrent sur les enjeux auxquels le peuple tunisien est confronté, plutôt que sur les préoccupations élitistes et les agendas politiques qui ont épuisé tant le parti que ses membres.

«Ce sont les conditions de vie des citoyens — leur coût de la vie, leur bien-être, leur sécurité et leur tranquillité d’esprit — qui changent la donne et vous assurent le soutien du public. Si, toutefois, vous nourrissez le désir ardent de rester à la tête du parti pour les années à venir, je vous exhorte à ne pas organiser ce congrès ; personne ne vous en tiendrait rigueur, compte tenu de votre situation actuelle — qui vous empêche même de signer légalement la convocation de l’assemblée. S’il vous plaît, abstenez-vous simplement de briguer un troisième mandat illégitime, car une telle démarche vous porterait préjudice, à vous comme au parti.

«En fin de compte, être président ou non, à mon avis, importe moins que de maintenir le leadership. Cela requiert un minimum d’altruisme et une grande capacité à former de nouveaux leaders, dont aucun n’a jamais occupé de poste de haut niveau.»

J’ai tiré la sonnette d’alarme, convaincu que nous sommes tous partenaires au sein de ce parti, unis par nos luttes, celles de nos pères et grands-pères, et par mon amour pour la Tunisie et pour sauver Abir de ses propres démons et de la prison.

«Mon roi, vous n’êtes qu’un homme.»

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Tunisie | Le CRLDHT dénonce la condamnation d’Elyes Chaouachi «à près d’un siècle de prison»

Commentant la condamnation du militant politique Elyes Chaouachi, fils du prisonnier politique Ghazi Chaouachi, à un total de 95 ans de prison et 8 mois, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) a «exprimé sa profonde inquiétude et condamné avec la plus grande fermeté» ce qu’il a qualifié de «nouvelle étape dans la répression des familles des prisonniers politiques», en Tunisie. (Photo: CRLDHT).

Dans un communiqué daté du 7 juillet 2026, l’Ong tunisienne basée en France, estime que cette peine de 95 ans de prison et 8 mois est à elle seule révélatrice  de ce qu’elle a qualifié de «dérive que connaît aujourd’hui la justice tunisienne». «Elyes Chaouachi n’a commis ni acte de violence, ni crime de sang, ni acte terroriste. Il est poursuivi pour ses prises de position, ses publications, son engagement politique et sa défense des prisonniers politiques, au premier rang desquels son père, Ghazi Chaouachi», écrit le CRLDHT.

Depuis l’arrestation de ce dernier en février 2023 dans l’affaire dite du ‘‘complot contre la sûreté de l’État’’, «Elyes Chaouachi n’a cessé d’informer l’opinion publique sur les violations des droits humains, les procès politiques, les atteintes à l’indépendance de la justice et les conditions de détention des prisonniers politiques», a souligné l’Ong, rappelant que «l’engagement du concerné s’est traduit par des publications sur les réseaux sociaux, des interventions publiques et la diffusion de documents mettant en cause le fonctionnement de la justice et les ingérences du pouvoir exécutif» et ajoutant que «dans un État de droit, de telles activités relèvent de la liberté d’expression» et «ne sauraient justifier des poursuites pénales, encore moins des accusations de terrorisme.»

Les condamnations prononcées contre Elyes Chaouachi illustrent une «volonté de faire taire ceux qui dénoncent les abus du pouvoir», estime le CRLDHT, qui rappelle les cas similaires de Ramla Dahmani, qui a été condamnée après avoir publiquement défendu sa sœur, l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, et Me Dalila Msaddek, sœur de Jawhar Ben Mbarek, poursuivi dans l’affaire du «complot», qui font également l’objet de poursuites en raison de leur engagement public et de leur dénonciation des procès politiques.

«Ces affaires traduisent une même logique : faire pression sur les familles pour briser la solidarité autour des prisonniers politiques», écrit l’Ong, qui «exprime sa pleine solidarité avec Elyes Chaouachi, Ghazi Chaouachi, Mohamed Sameti, Ramla Dahmani, Me Dalila Msaddek, ainsi qu’avec l’ensemble des prisonniers politiques, des défenseurs des droits humains et des membres de leurs familles.»

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Kaïs Saïed met en garde contre des actions de déstabilisation

Le président de la République Kaïs Saïed a reçu, dans la journée du mercredi 8 juillet 2026 au palais de Carthage, Sarra Zaâfrani Zenzri, la cheffe du gouvernement. Il l’a chargée de présider le Conseil des ministres pour débattre d’un certain nombre de projets de lois et d’ordonnances.

Le chef de l’État a dénoncé des événements récurrents, qu’il a qualifiés d’actions organisées visant à nuire aux citoyens et à envenimer la situation. Tout en soulignant que le peuple tunisien mettra en échec les manœuvres internes et externes, comme il l’a déjà fait par le passé.

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Israël et le retour de bâton du génocide à Gaza

«On fait de nous des zombies», disent des anciens combattants israéliens. «Quand tout est permis, personne n’est protégé» : c’est ce qu’écrit un capitaine de réserve israélien anonyme dans le quotidien Haaretz, dénonçant le flou total quant aux règles d’engagement de l’armée d’occupation. Autorisés à faire tout et n’importe quoi, les militaires israéliens engagés à Gaza depuis bien avant le 7 octobre 2023 subissent un retour de bâton massif : ça s’appelle le stress de combat et ça fait des ravages en profondeur dans la société israélienne. Certains d’entre eux se sont révoltés et sont passés à l’action, comme le raconte le reportage ci-dessous, traduit de l’hébreu, après la tribune publiée par un capitaine anonyme (voir ci-dessous).

Fausto Giudice *

Plus de 70 000 Palestiniens ont été tués et plus de 171 000 blessés par l’armée israélienne à Gaza depuis octobre 2023.

Ces chiffres sont mondialement connus. Un chiffre qui l’est moins est celui des 85 000 soldats qui ont reçu des traitements pour troubles psychiques entre octobre 2023 et décembre 2025.

La consommation de drogues a explosé parmi la population israélienne juive et on estime à deux millions le nombre d’Israéliens ayant besoin de soins mentaux. Entre un quart et un tiers des appelés et réservistes ayant participé à la guerre contre Gaza ont donc été diagnostiqués comme souffrant de troubles mentaux, pour la plupart de ce qu’on appelle «stress de combat».

Le «stress de combat»

L’état de stress post-traumatique (ESPT) désigne une réaction psychologique à un événement traumatique intense, en particulier lorsque la vie est menacée. Ce trouble peut affecter n’importe qui, peu importe l’âge, le milieu culturel ou le sexe. Ce n’est que depuis quelques années que l’on entend davantage parler de l’ESPT, mais on sait que ce trouble est connu depuis au moins l’Antiquité grecque et a été désigné de bien des façons.

Pendant la guerre de Sécession, cette affection était connue sous le nom de «soldier’s heart» (trouble affectif du soldat); lors de la Première Guerre mondiale, elle était désignée par les termes de «traumatisme dû au bombardement», et au cours de la Seconde Guerre mondiale, elle était appelée «névrose de guerre». Bon nombre de soldats qui présentaient des symptômes associés à l’ESPT pendant le combat étaient considérés comme souffrant d’«épuisement au combat».

Au cours de la guerre du Vietnam, c’est l’expression «stress de combat» qui a été employée pour désigner ce phénomène. Certains sujets qui en étaient atteints ont fini par présenter une affection qui, en 1980, à été officiellement appelée «syndrome de stress post-traumatique». L’expression stress de combat se traduit en hébreu parעָקַת קְרָב  (akat krav), se substituant au terme plus ancien deהֶלֶם  קְרָב  (helem krav, qui se traduisait plutôt par «choc de combat» ou «commotion de combat»), aujourd’hui considéré comme moins précis, et encore employé dans le langage courant, par exemple par les vétérans faisant leur sit-in devant la Knesset.

Le Trouble de stress post-traumatique (TSPT) repose sur 3 grands types de symptômes se manifestant simultanément, dont l’intensité perturbe le quotidien :
les reviviscences (intrusions) : la personne revit l’événement de façon incontrôlable (flashbacks, cauchemars, impressions sensorielles) ;
– l’évitement : la mise en place de stratégies pour fuir toute pensée, situation, odeur ou personne liée au traumatisme ;
– l’hyperactivité neurovégétative : un état d’alerte et de sensation de menace permanente (hypervigilance, sursauts, irritabilité, troubles du sommeil).

Une pathologie durable

On ne guérit pas de cette affection. 50 ans après la fin de la guerre du Vietnam, on estime à 271 000 le nombre de vétérans US souffrant de TSPT, soit 11% des vétérans et 9% des vétéranes. 30% des anciens combattants et 27% des anciennes combattantes du Vietnam ont développé des TSPT au cours de leur vie. Environ 50 % à 60 % de ces anciens combattants souffrent également de dépression concomitante, et 30 % à 40 % sont confrontés à des troubles liés à la consommation de substances.

Les chiffres concernant des précédents guerres coloniales/impériales sont plus flous, vu que la pathologie clinique des TSP n’a été établie cliniquement qu’à la fin des années 1960. Ce qu’on sait par exemple, c’est que 15 000 des 2 millions 800 000 soldats français ayant été en service actif pendant la guerre d’Algérie ont été ensuite internés dans des asiles psychiatriques.

La société israélienne va donc au-devant de chocs inouïs, qui ne viendront cette fois-ci plus de l’ennemi atavique, mais de ses propres rangs, de la part de ses fils et filles traumatisés à vie par les horreurs qu’ils ont vécues, de bon ou de mauvais gré.

Rappelons que la violence homicide a explosé aux USA après la Guerre civile, entraînant un quadruplement du nombre de détenus dans certains États, et que le nombre de meurtres «civils» a doublé aux USA mêmes pendant la guerre du Vietnam. À défaut de voir ses responsables jugés, le génocide de Gaza risque bien de susciter un backlash (retour de bâton) terrible, aux conséquences difficilement prévisibles.

* Auteur, traducteur, éditeur.

En tant que commandant de l’armée israélienne, je sais à quel point des règles d’engagement sans limites sont dangereuses»

«Quand tout est permis, personne n’est protégé – ni les civils, ni les soldats, et certainement pas les valeurs que nous sommes censés défendre» (Anonyme, Haaretz, 6 juillet 2026). L’auteur est un capitaine de réserve israélien et un commandant de combat.

Je ne cache habituellement pas mon identité, mais l’anonymat permet souvent de révéler ce qui doit être mis au jour.

Je suis le commandant d’une unité effectuant son service de réserve dans la bande de Gaza, et j’écris ces mots alors que je suis en service actif, de l’autre côté de la frontière. Depuis le 7 octobre [2023], nous avons effectué plus de 300 jours de réserve. Je ne veux pas écrire sur la dureté de ces répétitions de service ou sur les dommages qu’elles infligent au corps et à l’âme, même si ces sujets importants mériteraient d’être davantage discutés.

Je veux plutôt parler de valeurs, d’un problème auquel je suis hélas confronté en voyant une détérioration morale se jouer au sein de l’armée. La moralité est l’essence même de notre nature humaine et de notre lien avec le divin.

La nature actuelle de nos opérations est défensive. Nous menons un combat de tranchées permanent, jamais assouvi. L’objectif de notre mission n’est plus clair, pas même défini, ce qui ne nous laisse aucun critère pour en mesurer le succès. Parce que nous sommes en mission défensive, l’état d’alerte est élevé, de même que la peur d’un ennemi qui pourrait nous prendre par surprise. Cet état d’esprit engendre de nombreux dilemmes moraux.

L’état d’alerte et les souvenirs du 7 octobre poussent les soldats à tirer sur les Gazaouis qui s’approchent (ou sont envoyés) vers nos lignes. Parfois, les tirs sont justifiés, parfois moins. Dans tous les cas, l’ouverture du feu survient parce que le soldat en première ligne se sent menacé ou en insécurité. Le soleil brûlant, la fatigue et le sentiment d’inutilité amplifient ces sensations, même lorsqu’elles sont infondées. Même s’il est facile de les juger sévèrement depuis un bureau climatisé au quartier général de Tel-Aviv, il faut reconnaître que ces sentiments existent.

Blesser et tuer autant d’êtres humains non armés laisse des traces dans l’âme de nos combattants. Cela laisse des traces dans la mienne. Lors de notre dernier entretien, l’officier de santé mentale de la brigade nous a dit qu’en plus des blessures physiques et psychiques, l’armée reconnaît désormais ce qu’on appelle une «blessure morale» – un domaine qui a commencé à être étudié dans les années 1990 et a été officiellement reconnu au début des années 2000.

Cependant, l’aide en santé mentale fournie par l’armée, après coup, après près de trois ans de combat, est insuffisante. Nous avons besoin que l’armée fixe des limites juridiques et les fasse respecter efficacement. Le bureau de l’avocat général militaire, qui est censé poser ces limites, est paralysé, n’exerçant plus ses fonctions depuis l’affaire du centre de détention de Sde Teiman, peut-être même depuis l’affaire antérieure d’Elor Azaria.

La conduite du bureau de l’avocat général militaire me rappelle celle d’un laïc trop zélé qui décide de devenir religieux, passant d’une position extrême à l’autre. Avant le 7 octobre, les règles d’engagement strictes permettaient aux Gazaouis d’organiser leurs manifestations le long de la clôture frontalière – des protestations qui ont provoqué des troubles ayant abouti à la mort de Barel Shmueli.

À mon avis, notre retenue lors de ces manifestations a été l’une des causes du massacre du 7 octobre, en réaction auquel toutes les retenues ont été levées. Aujourd’hui, tout est permis, et nous avons le doigt trop léger – bien trop léger – sur la détente. Les règles d’engagement sans limites garantissent qu’aucun Gazaoui n’atteindra la clôture frontalière, mais elles nous coûtent de plus en plus cher, à nous, à nos valeurs et à notre santé mentale.

Si quelqu’un du bureau de l’avocat général venait enquêter sur la dernière fusillade à laquelle nous avons participé, je soutiendrais pleinement mes soldats en tant que commandant. Je dirais à l’enquêteur que le Gazaoui abattu avait franchi la ligne jaune (même si ce n’était pas vrai), et je dirais que nous nous étions sentis menacés (ce qui était le cas).

Je pourrais même faire plus, en m’en prenant au bureau de l’avocat général. Je m’écrierais : «Comment des fonctionnaires en cravate, venus ici depuis leurs bureaux climatisés, osent-ils questionner des combattants qui ont effectué des centaines de jours de réserve ?» Mais au fond de moi, je serais heureux qu’il soit venu enquêter et mettre fin à cette irresponsabilité. S’il vous plaît, mettez–nous des garde-fous.

«Nous nous sommes battus et on nous a jetés dans des asiles, on fait de nous des zombies» : la révolte des anciens combattants israéliens soumis au stress de combat

Yogev Carmel, Magazine N12 (27/11/25)

«Pas des criminels, mon frère, nous sommes des combattants» : le cri des traumatisés de guerre est passé du bord de mer à la Knesset – «Nous sommes là et ça ne laisse pas le législateur respirer». Alors que le nombre de combattants qui ont mis fin à leurs jours ne cesse d’augmenter autour d’eux, ils racontent : «On nous a promis qu’on arrêterait le prochain suicidaire, chaque missile coûte aussi cher que cent traumatisés de guerre». Et Itzik Saïdian, l’une des figures emblématiques de la lutte, met en garde : «Quand ce flot de traumatisés de guerre arrivera, il y aura un grand pogrom ici.»

«Aujourd’hui, j’étais chez le psychiatre. Et quelle ordonnance ai-je reçue ? Des pilules pour nous faire taire, des somnifères… Ça les arrange bien qu’on s’endorme pour de bon», confie David Yehuda, combattant du génie de combat dans la réserve, et son ami Omar Amsalem abonde dans son sens en ajoutant : «Ils te donnent des pilules qui te transforment en zombie.»

«Je ne suis ni un psychopathe, ni un malade mental, je vis simplement ma réalité. On s’est battus et au final, on nous jette dans des asiles, à Kfar Shaul, dans des centres de réadaptation. Ce n’est pas vraiment un traitement qui s’attaque à la racine du problème», s’insurge Yehuda. «Ma mère l’a remarqué chez moi – je suis revenu vivre chez elle maintenant, après être rentré de la guerre». «Maman a compris que, tout à coup, quelque chose n’allait pas» chez David : il se levait soudainement la nuit, et à chaque claquement de porte ou à chaque casserole qui tombait, le gamin sursautait. «Maman m’a dit : “Va te faire soigner”. Sans ma mère, je ne serais pas allé suivre ces traitements.»

Il n’y a pas eu de guerre en Israël d’une telle ampleur et intensité depuis des années, rappelant ce qui s’est passé ici au cours des deux dernières années. Jusqu’à présent, le public et le système se sont habitués à des foules de personnes post-traumatiques, chacune avec son propre bagage – des personnes qui ont vécu les horreurs de la guerre sous sa forme la plus brute – mais des gens comme David Yehuda viennent et exigent de renouveler le concept de «stress de combat», un terme qui a été quelque peu piétiné au fil des ans sous les roues du politiquement correct.

«On aborde ça sous l’angle très général du syndrome de stress post-traumatique», explique Yehuda. «Mais le choc de combat, c’est une autre histoire. Je ne minimise bien sûr pas la gravité de ce que vivent les autres, mais le choc de combat, ce sont des choses que nous avons vues de nos propres yeux. Au fond, nous demandons simplement qu’on nous prenne dans les bras, et qu’on écoute les combattants qui reviennent aujourd’hui. Qu’on ne les renvoie pas trop vite à la vie civile et à leur vie de tous les jours, et qu’on ne leur prescrive pas de médicaments qui noient tous ces combats sous un voile».

«On ne comprendra pas d’où ça vient»

«Dès que la vague de traumatisés de guerre issus de ce conflit arrivera, il y aura ici un véritable pogrom contre tous ceux qui sont revenus du front – on assistera à une véritable tempête de gens qui descendront dans les rues et ça va faire un scandale», met en garde Itzik Saïdian, l’une des figures de proue de ce combat. «Je pense que nous sommes à l’aube d’une vague gigantesque de soldats souffrant de traumatismes de guerre, et si nous ne nous en occupons pas et n’investissons pas dès maintenant nos efforts pour résoudre le problème, nous ne parviendrons pas à l’arrêter ; son ampleur sera trop grande. Je le ressens à travers les messages que je reçois, le nombre de personnes qui me contactent, c’est quelque chose d’anormal. Je reçois chaque jour des dizaines, voire parfois des centaines de messages de personnes qui ont du mal à mener une vie quotidienne normale.»

Saïdian vit avec un traumatisme de combat depuis l’opération «Pilier de défense» (2012), et en 2021, il s’est immolé par le feu, juste avant la Journée du souvenir, devant les bureaux de la Direction de la réadaptation. «Le traumatisme de combat diffère à bien des égards de tout autre syndrome de stress post-traumatique. On le constate partout dans le monde, on l’a vu après la Seconde Guerre mondiale, après la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, aux USA, il existe une définition claire du  ‘‘Combat PTSD’’ – un syndrome de stress post-traumatique résultant des combats», explique-t-il. «Il n’y a pas que ceux qui sont reconnus comme souffrant de choc de combat qui rencontrent des difficultés chez eux ; on va se retrouver face à un phénomène dont on ne comprendra pas d’où il vient.»

«Il faut avant tout une définition précise et que l’on comprenne la différence. Tout comme l’État sait mobiliser des combattants et des combattantes pendant plus de 700 jours de guerre, il doit accorder des jours de réserve consacrés à des traitements psychologiques. Avant tout, pour préserver la force de combat. Au final, cela aura des répercussions sur tous les aspects de la vie dans ce pays, notamment sur le plan social et en matière d’emploi. Après tout, les réservistes constituent la force productive d’Israël.»

Tente au bord de la mer – marche vers la Knesset

La protestation, dont la base du petit camp a commencé il y a plus de six mois, était en fait loin de la Knesset, sur la plage d’Atlit. Omer Amselem, ancien combattant de la Brigade Golani qui porte un stress de combat de l’époque de «Bordure protectrice» (juillet 2014), a rejoint deux autres amis dans une situation similaire : Tzachi Atedgi et Shon Danenberg. Ce qui a tout déclenché, c’était, selon eux, le mépris du système pour le cas spécifique d’Atedgi. «Disons qu’il a été jeté de toutes les directions possibles», dit Amselem. «Ils ont arrêté son allocation logement et il n’avait nulle part où vivre, et de là nous est venue l’idée d’installer des tentes au bord de la mer pour avoir un endroit tranquille. D’abord, avant la protestation, surtout si elle va être longue, nous avons besoin de ce calme, pour comprendre où nous allons».

«Nous sommes restés environ un mois au bord de la mer, avec des pancartes pour qu’ils sachent que nous sommes des victimes du stress de combat. Des inspecteurs sont venus, ont pris notre générateur, ont utilisé du gaz lacrymogène contre nous, sans aucune raison. Nous avons eu un déclencheur très sérieux là-bas, ils nous ont même arrêtés et la juge a réprimandé la police. Alors nous avons compris que ça suffit, il faut faire quelque chose de plus significatif, pour qu’ils nous voient, parce qu’à la mer personne ne voit. Et aussi parce que Tzachi était déjà au bord du gouffre. Nous avons dit : passons à Petah Tikva».

À ce stade, la manifestation s’est déplacée vers le parking situé en face des bureaux de la Direction de la réinsertion du ministère de la Défense à Petah Tikva, exactement à l’endroit où Itzik Saidian s’était immolé par le feu quatre ans auparavant. C’est alors que les trois hommes se sont associés à Saidian, qui a mis à profit sa notoriété pour incarner une sorte de figure de proue de la nouvelle génération de manifestants post-traumatiques. «Nous y avons monté des tentes et commencé à nous installer ; chaque jour passé là-bas était une véritable manifestation. Nous étions impatients. Nous voulions obtenir des réponses sur la situation des victimes de traumatismes de guerre en Israël. Cela a duré deux mois et demi. Puis Itzik Saïdian, un camarade de ma promotion dans la Brigade Golani – il était dans le 13e bataillon et moi dans le 51e –, m’a proposé d’aller à la Knesset.»

«Je me suis préparé à ce trajet comme à une opération militaire»

Il y a quelques semaines, dans le cadre de la routine quotidienne dont il a tant besoin, Hagai Azran est monté dans un bus qui l’emmenait de son domicile du quartier de Gilo, à Jérusalem, à ses cours de cuisine à Tel-Aviv. Comme c’est souvent le cas pour bon nombre de victimes de traumatismes de guerre, cette expérience dans l’espace public ne s’est pas déroulée sans heurts. «Deux fois par semaine, j’ai un itinéraire très précis en tête», raconte Azran. «J’achète les mêmes choses, je fume au même endroit et je fais exactement les mêmes gestes que d’habitude, comme si je me préparais à une opération militaire, et ça marche très bien pour moi. Pendant tout le trajet, je ne parle à personne. Ce jour-là, tout se passait comme d’habitude, jusqu’à ce qu’un petit détail vienne tout bouleverser.»

«J’ai dû partir sans mon chien, car le ministère de la Santé n’autorise toujours pas les chiens à entrer dans l’établissement où j’étudie», raconte-t-il en retraçant les événements de la journée. «À la fin de la descente de Gilah, au carrefour de Pat, il y a un bouchon et le bus est tout simplement à l’arrêt. Au bout de dix minutes, j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer. Si l’on remonte vingt ans en arrière, c’est exactement au même endroit que cette ligne avait explosé», confie-t-il, évoquant un éventuel déclencheur issu de sa mémoire. «Je me souviens que j’étais à l’armée ; des enfants du quartier avaient vu le bus exploser depuis en haut, après avoir raté ce même bus. À l’époque, je sortais avec une fille dont les amis de son frère avaient été tués là-bas. Et son frère, lui, était tellement en colère contre lui-même d’avoir raté ce bus et d’être resté en vie.»

«Je m’approche du chauffeur et je lui demande gentiment d’ouvrir la porte, car je suis en pleine crise et j’ai déjà du mal à rester assis dans le bus. Le chauffeur refuse et je m’en vais avant de revenir une demi-minute plus tard, car je ne comprends pas pourquoi il me dit ‘‘non’’. Je m’explique plus en détail, en précisant que je souffre d’un traumatisme de guerre et que je suis en pleine crise, mais il refuse toujours, et de manière très catégorique, car pour lui, je le dérange. Je suis retourné à ma place, j’ai regardé les gens en me demandant pourquoi ils ne réagissaient pas, je me suis levé et j’ai commencé à hurler pour qu’on ouvre la porte du bus, car je n’arrivais plus à respirer. Je commence déjà à trembler, puis je vais voir le chauffeur et lui explique à nouveau ce qui va se passer s’il n’ouvre pas la porte. Il sort alors son téléphone et se met à parler avec ses amis en arabe, juste pour me faire enrager».

«J’essaie de descendre à trois reprises, je supplie et je crie après les gens, et tout le monde là-dedans prend peur et se dégonfle – parce que je passe du Hagai gentil au Hagai très-pas-gentil – puis je lance un chronomètre d’une minute et j’annonce à tous les passagers que si la porte ne s’ouvre pas dans la minute, je me ferai justice moi-même. J’attends une minute et, bien sûr, personne ne se lève. Le chronomètre sonne et j’ouvre la porte de force. Je n’ai blessé personne, je leur ai expliqué que je voulais juste un câlin et qu’on me laisse descendre du bus.»

«L’un d’entre eux a même essayé de m’étrangler»

«Le jour même, je suis allé porter plainte contre le chauffeur, j’ai crié sur son responsable et j’ai pleuré», résume Azran, désespéré. «Il y avait là un groupe de chauffeurs qui s’en est pris à moi, l’un d’eux a commencé à m’insulter et à se jeter sur moi, il a même essayé de m’étrangler. L’affaire s’est terminée par l’intervention de la police. Bref, ça s’est mal terminé. Il n’y a tout simplement pas de sensibilisation. La loi m’a ignoré tant de fois – que ce soit des chauffeurs de taxi qui nous jettent dehors, ou des gens qui ne nous comprennent pas.»

La prise de conscience, c’est justement ça. Quelques semaines après ce jour-là dans le bus, Azran ne cherche plus un chauffeur qui lui ouvre la porte, mais un État qui l’écoute. Nous nous retrouvons au bord de la route menant à la Knesset : le campement est en fait son lieu de vie depuis quatre mois. Il fait partie d’un petit groupe, comptant tout au plus vingt membres, qui, comme lui, sont tous marqués par un traumatisme profond lié à leur service militaire ; certains d’entre eux sortent tout juste des derniers combats à Gaza. Ezran est l’un des «aînés» du campement, âgé de 42 ans, marié et père de famille. Il s’est enrôlé dans l’armée israélienne pendant la deuxième Intifada et c’est là qu’il a «contracté» son traumatisme psychologique au cours d’une série d’attentats et d’incidents sécuritaires auxquels il a été exposé.

«Ces vingt dernières années m’ont peu à peu fait me replier sur moi-même. Je me suis marié il y a 12 ans et depuis, j’ai commencé à ressentir une angoisse existentielle pour mes enfants. Les événements que j’ai vécus à l’armée se sont mêlés à ceux concernant mes enfants et, au cours des six dernières années, je me suis complètement coupé du monde extérieur. À l’approche de l’opération ‘‘Gardien des murailles’’ [2021], j’ai été diagnostiqué pour la première fois par un psychologue clinicien, car j’avais alors eu une crise de folie. Un scénario similaire à ce qui s’est finalement passé le 7 octobre me trottait dans la tête : tous mes cauchemars ont commencé à se cristalliser en quelque chose que je commençais à voir de mes propres yeux, et depuis, je me suis coupé de tout ce qui bougeait : le travail, la famille, les shabbats, les cousins, les frères, les sœurs, les parents.»

Depuis son diagnostic, il a intégré le programme thérapeutique des «12 étapes», dans le cadre duquel il s’est mis à suivre des cours de cuisine. «Ce n’est qu’au cours des dix-huit derniers mois que j’ai vraiment commencé à sortir. Si tu m’avais rencontré il y a deux ans, tu n’aurais pas réussi à me parler. Je transpirais, je portais une casquette qui me couvrait les yeux pour que personne ne sache ce que je vivais. Je voulais me faire un t-shirt sur lequel j’aurais écrit, un peu pour plaisanter : ‘‘Après le service, ne pas caresser’’, parce que si j’ai une crise d’angoisse ou de rage en pleine rue, les gens pensent : c’est un psychopathe, quelqu’un à qui on ne peut pas parler».

«Ils nous ont promis d’empêcher le prochain suicide»

Il y a environ deux mois, les membres du camp ont rencontré le Premier ministre ainsi que le ministre de la Défense. Dans les salles de réunion climatisées et sécurisées où se prennent les décisions, ils ont essayé d’expliquer ce qui se passe pendant les nuits chaudes à l’extérieur de la Knesset. « Nous avons discuté avec Katz pendant deux heures et demie. Ils nous ont promis d’empêcher le prochain suicide », racontent-ils, et Amselem souligne : : « Pour l’instant, rien ne bouge, en principe. Peut-être que ça bouge en coulisses, mais nous n’en savons rien. Quand j’étais assis avec le Premier ministre, je l’ai vraiment cru. Lui-même ne savait pas vraiment ce qui se passait ; il pensait que les gens étaient pris en charge et que tout allait bien. Nous lui avons expliqué où se situaient les dysfonctionnements, nous lui avons donné des points clairs, des éléments qui permettront de sauver le prochain suicidaire.»

«Nous avons des revendications claires. Avant tout, une retraite de deux mois pour chaque combattant qui quitte une zone de combat. Il faut lui accorder deux mois, et non deux jours, de ‘‘traitement post-combat’’. Au cours de cette retraite, il faut intégrer des phases d’identification et de reconnaissance, afin de repérer ceux qui souffrent d’un traumatisme de guerre, ceux qui présentent les symptômes, puis commencer à expliquer à la femme, aux enfants, aux parents, ce qui se passe et comment faire face à une telle situation. Un système qui le prenne en charge, le coupe de la réalité et commence à s’occuper de lui avant que tout ne commence, qui identifie les symptômes et lui explique ce qui va se passer. Ce n’est qu’après cela qu’il pourra être prêt à reprendre le cours de sa vie, et que sa femme sera prête à affronter ce qu’elle va elle aussi traverser, et qu’ils puissent aller chercher de l’aide ensemble. Il faut leur donner les outils nécessaires pour mieux gérer les déclencheurs et les réduire. C’est la chose la plus importante.»

La reconnaissance spécifique prévue par la loi, qui est au cœur de leurs revendications, conduira – espèrent-ils – à une prise en charge plus ciblée, plus attentive, et non à une approche qui cherche simplement à balayer le problème sous le tapis. La semaine dernière encore, ils ont remporté une victoire non négligeable devant la Cour suprême, qui a rendu une ordonnance conditionnelle obligeant l’État à expliquer pourquoi les victimes de stress post-traumatique présentant des blessures «invisibles» ne bénéficient pas des mêmes droits que ceux accordés aux invalides de l’armée israélienne souffrant de lésions physiques. «Les étoiles se sont alignées de telle sorte que nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où nous pouvons et voulons changer toute la méthode de prise en charge des victimes de traumatismes de guerre», explique Azran. «Et nous voilà réunis ici en groupe : moi, qui suis ‘‘arrivé’’ en 2002, Itzik Saidian et Omer Amsalem, arrivés en 2014, ainsi que Boaz, venu du Liban. Et nous arrivons avec notre expérience et, ensemble, nous leur disons : ‘‘Mes amis, la situation est telle que vous devez prendre la décision et changer les choses dès maintenant’’. Nous n’avons pas le temps d’attendre des commissions qui s’éternisent pendant des années. Nous devons mettre en place des commissions d’urgence et faire bouger les choses dès maintenant».

«Nos amis se suicident et nous ne jouons pas au plus fin»

La distinction que font ces jeunes entre «choc de combat» et «syndrome de stress post-traumatique» n’est pas seulement terminologique : elle s’accompagne d’une volonté de profiter de la rare opportunité qui s’offre à eux aujourd’hui, avec le cessez-le-feu, pour opérer rien de moins qu’un véritable bouleversement dans la manière dont ils sont pris en charge, ainsi que leurs camarades, dont beaucoup ne sont même pas encore conscients de leur état. Et Azran précise : «La première chose, la plus importante de toutes, c’est la ‘‘loi Argaman’’ (projet de loi débattu à la Knesset depuis des années et visant à améliorer encore davantage le statut des victimes de guerre, en mettant l’accent sur les traumatismes psychologiques). Si on commence par là, on pourra aborder des questions plus sérieuses, comme prendre en charge tous ces combattants qui sortent du combat dès maintenant – nous avons devant nous trois mois.»

Source: Fausto Giudice.

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Tunisie-Canada | Rencontre à Ottawa autour de la Francophonie et des partenariats

L’ambassadeur de Tunisie au Canada Lassaad Boutara, a reçu, mardi, Mario Beaulieu, député à la Chambre des Communes du Canada et porte-parole du Bloc Québécois en matière de langues officielles.

S’inscrivant dans le cadre du renforcement des liens culturels, humains et économiques entre la Tunisie et le Canada, cette rencontre s’est déroulée dans une ambiance constructive, indique un communiqué du ministère, en ajoutant que la responsable de la section culturelle et académique de l’ambassade Amira Cherni a également pris part aux discussions.

Celles-ci ont principalement porté sur les préparatifs de la participation de Beaulieu au Festival international de la francophonie de Sousse, prévu du 8 au 11 octobre 2026.

Cet entretien a par ailleurs permis d’explorer les perspectives de cet événement en matière d’investissements, de partenariats économiques et d’échanges culturels entre la Tunisie et le Canada, ajoute encore la même source, en se réjouissant « d’une rencontre qui confirme la volonté partagée des deux pays de promouvoir l’ouverture et le dialogue au sein de la Francophonie ».

Y. N.

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Yassine Bouzrou : « Ce texte enterre toute espérance de justice »

Après l’adoption en première lecture de la proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes, l’avocat pénaliste Yassine Bouzrou dénonce un texte qui affaiblirait les enquêtes judiciaires et favoriserait l’impunité. En bref Yassine…

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Rapport | Violations subies par la société civile en Tunisie depuis deux ans

L’association Intersection pour les droits et les libertés vient de publier un rapport documentant l’escalade des violations visant la société civile en Tunisie au cours des deux dernières années, notamment par le biais de poursuites judiciaires, de mesures administratives restrictives, de pressions financières et de campagnes d’incitation à la haine dirigées contre des associations indépendantes et des défenseurs des droits humains.

Le rapport s’appuie sur un processus de suivi et de documentation couvrant la période allant de mai 2024 à fin mai 2026. Durant cette période, 88 cas affectant des organisations de la société civile et des militants ont été recensés. Ces cas comprennent 47 situations de restrictions et de poursuites visant des associations et des organisations, ainsi que 41 procédures judiciaires engagées contre des militants et des responsables au sein d’organisations de la société civile.

Le rapport fait également état de 8 cas de détention provisoire, tandis que 34 personnes sont restées en liberté malgré les poursuites pénales engagées à leur encontre.

Par ailleurs, 7 jugements en première instance ont été prononcés contre des militants de la société civile.

Sur le plan administratif, le rapport a enregistré 22 décisions de suspension d’un mois visant des associations, alors que deux associations — Mnemty et Al-Khatt — font toujours l’objet de procédures judiciaires visant leur dissolution.

Le rapport met en lumière plusieurs cas emblématiques illustrant la nature du ciblage de la société civile au cours de la période étudiée. Concernant Saadia Mosbah, présidente de l’association Mnemty, elle a été arrêtée à la suite d’une perquisition au siège de l’association en mai 2024. Elle a par la suite été condamnée en première instance à huit ans de prison, bien qu’une expertise financière n’ait révélé aucune irrégularité. L’association fait également toujours l’objet d’une procédure judiciaire visant sa dissolution.

Le rapport évoque aussi le cas d’Abdallah Saïd, président de l’association Les Enfants de la Lune, qui demeure en détention après avoir été condamné en première instance à une peine d’un an de prison.

Le rapport conclut que les violations documentées n’étaient ni isolées ni fortuites, mais s’inscrivaient dans une dynamique systématique reposant sur quatre mécanismes principaux.

Le premier consiste en la criminalisation des activités civiques et humanitaires, notamment par le recours à la législation antiterroriste et à celle relative à la lutte contre le blanchiment d’argent à l’encontre d’acteurs de la société civile.

Le deuxième mécanisme est le contrôle administratif, qui s’est traduit par des décisions de suspension visant des dizaines d’associations, fondées sur des justifications juridiques quasi identiques et prises dans un laps de temps très court.

Le troisième mécanisme est l’entrave financière, affectant de nombreuses organisations par le gel de leurs comptes bancaires et la restriction de l’accès aux ressources nécessaires à la poursuite de leurs activités.

Le quatrième mécanisme réside dans l’incitation officielle et la stigmatisation : le discours public a dépeint les associations comme des traîtres ou des agents de l’étranger, offrant ainsi une couverture politique aux campagnes ciblant les organisations indépendantes de la société civile.

Le rapport souligne en outre que les conséquences de ces politiques dépassent largement le cadre des organisations de la société civile pour toucher les communautés qu’elles servent. La suspension de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a entraîné la fermeture de quatre centres d’écoute et d’accompagnement pour les femmes victimes de violences. Les services de soutien psychologique et d’assistance juridique destinés aux enfants réfugiés et migrants ont été perturbés. L’observation indépendante de l’élection présidentielle de 2024 a été considérablement compromise suite au ciblage du réseau Mourakiboun et de l’organisation I Watch, tandis que l’aide juridique accessible aux défenseurs des droits humains a également diminué.

L’association Intersection pour les droits et les libertés souligne que les conclusions de ce rapport révèlent une tendance persistante et systématique à restreindre la liberté d’association et l’action civique, en contradiction avec les garanties constitutionnelles de la Tunisie et ses obligations au regard du droit international des droits de l’homme, notamment l’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l’article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le rapport met également en évidence la multiplication des tentatives de contournement des dispositions du décret-loi n° 88 de 2011 relatif aux associations, l’une des avancées majeures de la révolution tunisienne en matière de garantie de la liberté d’association.

Dans ce contexte, l’association Intersection pour les droits et les libertés appelle à :

● La libération immédiate de toutes les personnes détenues en raison de leurs activités au sein de la société civile ou en faveur des droits humains.

● La fin du recours abusif à la détention provisoire comme instrument de sanction et de répression, en dehors des garanties légales.

● La fin de l’utilisation des législations antiterroristes et de lutte contre le blanchiment d’argent pour criminaliser des activités civiques et humanitaires légitimes.

● La fin du harcèlement administratif et financier visant les associations indépendantes.

● La fin de l’incitation officielle et des campagnes de diffamation dirigées contre les associations et les défenseurs des droits humains.

● Le plein respect des obligations de la Tunisie en matière de liberté d’association, ainsi que la garantie de la liberté de s’organiser et de mener des activités au sein de la société civile.

Communiqué de presse.

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Tirs policiers : l’Assemblée nationale adopte la présomption de légitime défense

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes. Soutenu par le gouvernement, le texte divise profondément la classe politique et les organisations de défense des…

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Verdict dans l’affaire visant Samir Abdelli

Le tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire visant l’avocat et ancien candidat à la présidentielle de 2014 Samir Abdelli, en détention depuis deux ans.

Ce dernier a écopé d’une lourde peine de 18 ans de prison ferme, émise par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme et ce pour blanchiment d’argent et des accusations liées à des infractions à caractère terroriste et au complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État.

Dans cette même affaire, le chauffeur de l’avocat a été condamné à trois ans de prison et sa secrétaire à deux ans.

Y. N.

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Explosions près de l’hôtel de Macron à Damas

Deux explosions ont été entendues ce matin, mardi 7 juillet 2026, à proximité de l’hôtel où le président français Emmanuel Macron avait passé la nuit à Damas, alors qu’il effectue une visite officielle en Syrie.

Selon les premières informations rapportées par plusieurs agences de presse, les déflagrations se sont produites après le départ du chef de l’État vers le palais présidentiel, où il s’entretenait avec le président syrien Ahmad al-Charaa.

L’Élysée a confirmé qu’Emmanuel Macron est indemne, qu’aucun membre de la délégation française n’a été blessé et que le programme officiel de la visite est maintenu. La présidence française précise qu’aucun élément ne permet, à ce stade, d’établir un lien entre les explosions et la présence du président français à Damas.

Les autorités syriennes ont renforcé les mesures de sécurité autour du secteur concerné et ouvert une enquête afin de déterminer l’origine des déflagrations. Aucun bilan officiel n’avait été communiqué au moment de la publication.

Cet incident intervient dans un contexte sécuritaire toujours précaire en Syrie, alors que la visite de Macron s’inscrit dans une séquence diplomatique marquée par la reprise des contacts entre Paris et les nouvelles autorités syriennes.

Djamal Guettala 

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L’Arabie saoudite, tête de gondole du nouvel axe sunnite !

Le Moyen-Orient assiste à la formation d’un nouvel axe mené par l’Arabie saoudite. Ce nouveau bloc composé des principaux pays sunnites repose sur deux objectifs principaux : contenir la menace iranienne et restaurer l’influence sunnite dans les pays dominés par des groupes ou alliés de l’Iran et simultanément, freiner Israël devenu hégémonique et limiter ses aventures militaires. Pour sa part, Abou Dhabi préfère continuer à faire cavalier seul et poursuivre sa lune de miel avec Tel Aviv. (Photo : Les ministres des Affaires étrangères turc Hakan Fidan, pakistanais Ishaq Dar, égyptien Badr Abdel Ati et saoudien Faisal bin Farhan au Caire, le 21 juin 2026.)

Imed Bahri

La région du Golfe a été durement touchée par la guerre israélo-américaine contre l’Iran, ses exportations ont chuté et son sentiment de sécurité s’est amoindri, rappelle Anchal Vohra dans Foreign Policy.  Cependant, ajoute la journaliste, certains des États de la région se montrent plus déterminés à coopérer sur les questions de politique régionale. Un nouveau bloc a émergé en dehors du Conseil de coopération du Golfe (CCG), regroupant l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que des États en dehors du Golfe comme l’Égypte, le Pakistan et la Turquie. Les Émirats arabes unis ne font pas partie de ce bloc.

Certains de ces États sont sortis clairement vainqueurs de la guerre, tandis que d’autres ont simplement bénéficié d’une plus grande résilience. Malgré une apparence de rapprochement, de profonds désaccords persistent quant à la meilleure approche à adopter face à l’Iran et quant à l’opportunité de normaliser les relations avec Israël ou de se préparer à affronter ce qui est perçu comme une expansion hégémonique israélienne.

Vers un nouvel ordre régional dans le Golfe

Quoi qu’il en soit, il est clair que la guerre contre l’Iran a engendré un nouvel ordre régional dans le Golfe dont les répercussions s’étendent au monde musulman dans son ensemble.

Ce nouveau bloc repose sur deux objectifs principaux : contenir la menace iranienne et restaurer l’influence de ce bloc sunnite dans les pays dominés par des groupes ou alliés de l’Iran, comme la Syrie et le Liban et, simultanément, freiner Israël et limiter ses aventures militaires.

Un observateur régional a fait remarquer que la frappe israélienne sur Doha l’an dernier, visant des membres du Hamas, a suscité des inquiétudes parmi les États du Golfe, qui craignent d’être les prochains visés, contribuant ainsi à un rapprochement entre d’anciens rivaux comme l’Arabie saoudite et la Turquie.

L’arsenal nucléaire pakistanais constitue également un pilier de cette alliance, servant de moyen de dissuasion face à Israël dans le cadre de la coopération saoudo-pakistanaise en matière de défense.

Bien que ce bloc ne possède pas de nom officiel, il est désigné dans les médias israéliens par les termes d’«Alliance sunnite» ou d’«Otan islamique en expansion», il reflète un réalignement régional alimenté par une méfiance croissante entre Riyad et Abou Dhabi. Alors que les deux pays cherchent à réduire leur dépendance au pétrole, les Saoudiens et les Émiratis se disputent désormais les mêmes investissements étrangers.

Après le Printemps arabe, l’Arabie saoudite et les Émirats considéraient les Frères musulmans comme une menace commune et partageaient la même position sur la plupart des questions régionales. Aujourd’hui, cependant, leurs intérêts semblent diverger. Les Émirats estiment que la normalisation des relations et la paix avec Israël constituent la meilleure voie à suivre, tandis que Riyad a constitué ce bloc régional adoptant des positions plus critiques à l’égard d’Israël.

Cette alliance à cinq pays représente également une tentative saoudienne de consolider son rôle de leader dans la région.

Le retrait des Émirats de l’Opep a soulevé des questions quant à la position de l’Arabie saoudite en tant que chef de file officieux du cartel pétrolier. Riyad a décidé d’organiser un sommet régional réunissant les États arabes et l’Iran mais la date de cet événement et la participation des Émirats restent incertaines, même si l’on s’attend à ce qu’ils abordent ce sommet avec une extrême prudence.

L’Arabie saoudite a subi relativement moins d’attaques que ses voisins, mais son sentiment de sécurité n’en a pas été moins ébranlé.

Riyad a affirmé que la confiance, déjà fragile, qui s’était instaurée avec l’Iran suite à l’accord de rapprochement négocié par Pékin en 2023 s’est totalement effondrée.

Sur le plan économique, l’Arabie saoudite a profité de la forte hausse de la demande et des prix du pétrole. En mars, malgré la fermeture du détroit d’Ormuz, la valeur des exportations saoudiennes a atteint son plus haut niveau en trois ans. Hisham al-Ghannam, chercheur au Centre Carnegie pour le Moyen-Orient à Riyad, a indiqué que le bénéfice net d’Aramco avait bondi de 26% au premier trimestre, le prix du pétrole passant de 74$ à plus de 119$ le baril. L’oléoduc Est-Ouest, qui offre une voie d’exportation alternative via la côte de la mer Rouge, a fonctionné à pleine capacité, soit sept millions de barils par jour.

Toutefois, M. Al-Ghannam a ajouté que la croissance du PIB saoudien avait ralenti à 2,8%, contre 3,7% précédemment, en raison de la fermeture de certains puits de pétrole, malgré la réorientation des flux pétroliers. Les experts sont partagés quant aux perspectives économiques du royaume, mais la guerre l’a incité à renforcer ses infrastructures en mer Rouge.

Le Qatar joue les utilités diplomatiques

Le Qatar est un autre acteur de cette nouvelle alliance. En 2017, Doha était boycotté par Bahreïn, l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats mais elle est aujourd’hui considérée comme un acteur diplomatique majeur. Durant la guerre contre l’Iran, les contraintes géographiques du Qatar, l’incapacité de Washington à empêcher les frappes iraniennes dans le Golfe et les relations plus chaleureuses que Doha entretenait avec Téhéran avant le conflit ont conduit les dirigeants qataris à privilégier la voie diplomatique avec l’Iran.

Après l’échec des efforts de médiation pakistanaise, Doha s’est engagée résolument dans une médiation à la mi-mai. Fin juin et alors que des négociateurs américains et iraniens tenaient 18 heures de pourparlers dans un complexe hôtelier de luxe surplombant le lac des Quatre-Cantons en Suisse, on craignait qu’un échange de tirs entre Israël et le Hezbollah ne fasse dérailler les négociations, selon une source proche du dossier.

Hisham al-Ghannam a déclaré : «Alors même que de hauts responsables s’asseyaient à la table des négociations– référence au vice-président américain J.D. Vance, aux conseillers de Trump Steve Witkoff et Jared Kushner et au négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf– les tensions concernant le Liban étaient palpables». Le chercheur a salué les efforts des médiateurs qataris pour contenir la crise in extremis, ajoutant que le Qatar avait usé de son influence auprès de l’Iran pour inciter le Hezbollah à publier une déclaration acceptant un cessez-le-feu et avait également encouragé les Américains à faire pression sur Israël pour obtenir une désescalade.

Les autres pays du bloc dirigé par l’Arabie saoudite cherchent également à tirer profit de la guerre. L’Égypte espère bénéficier de la volonté de l’Arabie saoudite d’étendre ses infrastructures, après que Riyad a officialisé son projet de construction d’un pont la reliant à la péninsule du Sinaï, avec l’ambition de faire de la côte méditerranéenne égyptienne une porte d’entrée vers l’Europe.

La Turquie, quant à elle, souhaite accroître ses ventes d’armes, anticipant la persistance des préoccupations sécuritaires.

Le Pakistan, pour sa part, a bénéficié d’une couverture médiatique positive après des années de condamnation internationale pour son soutien aux réseaux terroristes.

Les Émirats ont également décidé d’améliorer leur système logistique et de réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz. Même pendant la guerre, ils ont réussi à maintenir leurs exportations via le port de Fujairah et cherchent désormais à développer leurs ports orientaux sur le golfe d’Oman.

Le Qatar a été le pays le moins touché par les frappes iraniennes durant la guerre, même si des attaques ont visé une installation majeure. Un bombardement a paralysé l’usine de Ras Laffan, l’une des plus grandes usines de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, réduisant la capacité d’exportation du Qatar d’environ 17%.

Les Émirats restés fidèles aux accords d’Abraham

    Cependant, les Émirats sont restés en dehors du bloc dirigé par l’Arabie saoudite. Le chercheur au Carnegie Middle East Center a déclaré que ce bloc existe «parce que le Conseil de coopération du Golfe lui-même a peu de chances de s’unir sur la question iranienne».

    Ces derniers mois, les relations entre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président émirati, le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, se sont considérablement détériorées, principalement en raison de désaccords sur le Yémen et le Soudan.

    On ignore encore si les Émirats participeront à un éventuel sommet sur l’Iran organisé par l’Arabie saoudite. Les Émirats ont subi plus de 3 000 attaques de missiles et de drones iraniens –plus que le total cumulé des attaques contre les autres États membres du CCG– ce qui a durci leur position à l’égard de l’Iran. Ils privilégient une campagne militaire américaine de longue durée contre l’Iran afin d’affaiblir ses capacités avant la conclusion d’un cessez-le-feu.

    Toutefois, le point de désaccord majeur entre les deux camps concerne Israël. «Il y a deux camps : l’un soutient Israël, l’autre fait preuve de prudence», a déclaré un responsable du Golfe lors d’un entretien téléphonique.

    Les Émirats sont restés fidèles aux accords d’Abraham malgré les récents conflits à Gaza et au Liban, tandis que l’Arabie saoudite a éprouvé des difficultés à normaliser ses relations dans ce contexte. En avril, Axios a rapporté que les Émirats avaient reçu d’Israël, pendant la guerre, du matériel de défense notamment des systèmes de défense aérienne ce qui est un signe d’une coopération accrue en matière de défense entre les deux pays face aux futures menaces iraniennes.

    Les Émiratis perçoivent l’Iran comme une menace plus importante que nombre de leurs voisins, y compris ceux qui se sont alignés sur l’Arabie saoudite. Les Émirats ont subi des attaques iraniennes sans précédent tout en bénéficiant du soutien d’Israël, tandis que l’Arabie saoudite cherche à contenir simultanément l’Iran et Israël. Il semble évident que la divergence des approches en matière de sécurité collective dans le Golfe déterminera l’avenir de la région et les Émirats resteront probablement en dehors de ce bloc.

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    France-Paraguay : Kylian Mbappé répond aux propos racistes

    Kylian Mbappé a répondu aux propos racistes tenus par la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla après la victoire de la France face au Paraguay en Coupe du monde 2026. La Fédération française de football (FFF), Emmanuel Macron et la ministre des…

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    Tirs policiers : cinq choses à savoir sur la loi examinée ce mardi

    L’Assemblée nationale examine ce mardi une proposition de loi qui instaurerait une présomption de légalité des tirs policiers. Soutenu par le gouvernement, ce texte, qui modifierait les règles encadrant l’usage des armes par les forces de l’ordre, suscite une vive…

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    Tribune : les racines historiques de la guerre en Iran de 2026

    Sociologue à l’université UMLP en Franche-Comté, Thierry Brugvin revient sur les grandes étapes des relations entre l’Iran, les États-Unis et les puissances occidentales. Dans cette tribune, il défend l’idée que la guerre de 2026 s’inscrit dans une histoire de plusieurs…

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    Olivier Faure prêt à censurer le gouvernement sur le climat

    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure annonce qu’il votera la motion de censure déposée par les Écologistes contre le gouvernement Lecornu. Il dénonce son « inaction » face au réchauffement climatique et à la canicule. En bref Olivier…

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    Deux députés rappelés à l’ordre pour des propos sur le racisme

    Le Bureau de l’Assemblée nationale a infligé un rappel à l’ordre aux députés Élise Leboucher et Benjamin Lucas-Lundy après avoir qualifié de « racistes » et de « xénophobes » des élus soutenant une proposition de loi sur les mariages…

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